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Le Capharnaüm Éclairé
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10 février 2021

"Presqu'îles" de Yan Lespoux

L’histoire : Un coin secret de champignons. Un tracteur en boîte de nuit. Une vierge phosphorescente. Un concert fantôme. Des chemins de sable qui serpentent entre les pins jusqu’à l’océan.


L’envie de partir et le besoin de rester...


Presqu’îles, ce sont des tranches de vie saisies au vol, tour à tour tragiques ou cocasses qui, à travers les portraits de personnages attachés de gré ou de force à un lieu, les landes du Médoc, parlent de la vie telle qu’elle est, que ce soit là ou ailleurs. Au fur et à mesure que ces textes courts se répondent et s’assemblent, un monde prend forme. Celui de celles et de ceux dont on ne parle pas forcément, que l’on ne voit pas toujours.

 

La critique de Mr K : Je vous présente aujourd’hui un recueil de nouvelles fort réussi, le premier de la nouvelle collection Court de chez Agullo, une maison d’édition qui jusque là se cantonnait au format roman. Presqu’îles de Yan Lespoux est une très belle expérience de lecture. À travers des textes parfois très courts, toujours incisifs, l’auteur nous invite dans les landes du Médoc, petit coin de France que l’on redécouvre ici dans son universalité à travers des tranches de vie remarquablement saisies et servies dans une langue simple et évocatrice à souhait.

 

Avant ma lecture, le Médoc pour moi c’était les dunes, la plage, les forêts de pins. Des homme qui y habitent, de leur culture et mentalité, je ne connaissais pas grand-chose. Le fait est que beaucoup d’histoires de ce recueil tournent autour des éléments naturels que je viens de citer, ils font partie prenante de l’ADN des hommes et femmes de ce pays au charme finalement insoupçonnable. À travers le récit de petites fractions d’existences de gens du commun, de petits textes introductifs ayant souvent trait à la notion d’intégration ou de rejet (Aaaah le premier texte sur les Bordelais démarre le recueil en fanfare !), on pénètre dans la vie des simples gens, des vies communes que rien ne semble sortir de la routine mais qui par leur exposition nous ramènent bien souvent à notre condition humaine.

 

Il y a donc une universalité qui transpirent de ses pages, des thèmes, des actes et des pensées que l’on peut facilement retranscrire dans son propre milieu. Ainsi, les querelles de chapelles entre ruraux et urbains que l’on retrouve un peu partout, la mise à l’index de certaines minorités sexuelles ou ethniques, la vengeance mais aussi la famille, la nature et ses trésors, le temps qui passe sont autant d’éléments que l’auteur aborde avec finesse et sensibilité. Les pages se tournent toutes seules et l’on est assailli par des émotions très contrastées. On rit beaucoup aussi, par exemple face à certains textes hauts en couleur mettant en scène des personnages bruts de décoffrage. On s’interroge sur la persistance du jugement de l’autre, la violence inhérente à notre espèce et les réactions disproportionnées de certains (l’histoire de l’incendiaire, les deux pilleurs de champs de cannabis, le frère ultra-protecteur...). Mais on s’émerveille devant la nature qui procure ses bienfaits avec des scènes de ramassage de champignons dans des sous-bois clairs-obscurs à l’image de la superbe photo de couverture, les parties de pêche ou de baignade dans une mer au charme insondable qui peut aussi se révéler être très dangereuse. Le cadre et les hommes se réunissent donc bien souvent dans ces nouvelles d’une rare efficacité.

 

Une lumière, des odeurs, des ambiances uniques allant d’un calme profond à des scènes très tendues s’enchaînent au fil des pages qui se tournent toutes seules. L’écriture est posée avec une élégance et une fluidité assez confondante. Humour cinglant, rythme plus effréné mais aussi des moments plus évocateurs et envolées autour de certaines descriptions de lieux magnifient la trajectoire des protagonistes, l’action en court et les propos universels abordés au fil des microstorias : l’identité, l’intolérance mais aussi tous les aspects d’une vie de l’adolescence à la mort, en passant par la quête de sens qui nous accompagne tous, l’idée de routine, de changement de direction parfois nécessaires... Autant de thématiques brossées avec brio avec toujours en ligne de mire l’idée de s’attacher tant aux âmes qu’aux lieux.

 

Cette lecture fut un vrai délice, une immersion douce et rugueuse à la fois avec des textes qui prennent bien souvent aux tripes et qui vous proposent un voyage inoubliable dans un Médoc insoupçonné. À découvrir absolument si le format court vous plaît, l’auteur maîtrise son sujet haut la main et mérite vraiment d’être découvert. On en redemande !

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