"Les Rois des sables" de George R. R. Martin
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L’histoire : De retour d'un voyage d'affaires extra-planétaire, Simon Kress découvre avec amusement que ses piranhas se sont entre-dévorés et que des deux créatures exotiques qui vivaient sur sa propriété, seule une subsiste.
En quête de nouveaux familiers pour alimenter ses jeux cruels, Simon va mettre la main sur une colonie de rois des sables, d'étranges insectes intelligents capables de bien des surprises... Six nouvelles - inédites pour la plupart - qui nous rappellent que l'auteur culte du trône de fer est aussi a l'aise avec les textes courts et incisifs de la science-fiction qu'avec les immenses sagas de fantasy.
La critique de Mr K : Chronique d’un recueil de nouvelles de George R. R. Martin , composé de sept textes venus tout droit des seventies et explorant des univers SF ou fantasy. Les Rois des sables proposent des récits variés, tous accrocheurs et fournit un grand plaisir de lecture. Suivez le guide !
On débute avec Par la croix et le dragon, de la SF pure qui aborde des thématiques autour de la foi et de la vérité en suivant un chevalier inquisiteur missionné pour épurer une planète lointaine d’une hérésie chrétienne mêlant Judas et dragons dans une réinterprétation qui met à mal de dogme officiel. Il va y rencontrer le chef et idéologue qui va lui révéler une vérité qui ne demandait qu’à émerger dans l’esprit du héros, un homme qui doute mais loyal. Religion, pouvoir, manipulation, la notion d’Ordre, les frontières ténues entre le Bien et le Mal, tout se mêle merveilleusement et froidement à la fois dans ce texte incisif, efficace et diablement emballant. Ça commence fort !
On enchaîne avec Âprevères, une étrange nouvelle entre survie, mémoire nébuleuse et parcours initiatique. Une jeune femme perd son binôme au cœur d’une tempête de glace et rencontre Morgane, un avatar mystérieux qui va lui inspirer la connaissance et l’amour. Véritable space trip aux confins d’un esprit en formation, l’héroïne revient à jamais changée vers son clan où elle va continuer sa vie et inspirer les autres à son tour. Viendra le moment de la libération où elle retournera sur les lieux de la rencontre qui a bouleversé son existence. Belle découverte que ces mots venus d’ailleurs proposant une expérience totale, profonde.
Vient ensuite Dans la maison du ver, récit fantasy se déroulant en vase clos dans les souterrains plongés dans les ténèbres d’une cité perdue. Un jeune bourgeois impudent froissé dans son honneur de mâle (sa copine lui préfère un autre) part pour une expédition périlleuse, à la chasse au Groun, créature crainte et errante des bas fond. Déséquilibre interne, abnégation, affrontement de ses peurs au cœur d’une nuit perpétuelle cachant mille embûches, autant d’éclats descriptifs et narratifs qui distillent une ambiance unique et voit l’antihéros se muer en quelque chose d’hybride entre réalisation de soi et violence contenue qui ne demande qu’à se libérer. Longtemps restée inédite, cette nouvelle frappe elle aussi fort et juste, laissant le lecteur pantelant lorsqu’il a parcouru les ultimes pages de ce parcours initiatique.
L’auteur calme le jeu mais monte d’un cran dans la spiritualité avec Vifs-amis, une histoire d’amour à sens unique. Un homme poursuit une chimère, la femme qui l’a aimé mais qui a fusionné avec les étoiles, vivant désormais dans l’espace et se muant en vif-ami, être éthéré ayant atteint une conscience collective sereine et distante à la fois. Plongé dans une mission purement commerciale (récupérer de l’énergie dans l’espace pour ses commanditaires), il passe le temps avec un ange artificiel qui a pour mission de le combler dans tous les domaines. Mais le souvenir reste vivace et il va provoquer la rencontre avec son ex aimée. Cela va le changer à jamais et révéler la véritable nature de son esprit. Planante et cruelle à la fois, cette fable est implacable et l’on ne voit pas les pages se tourner. Encore une belle réussite !
La Cité de pierre est un récit qui m’a moins convaincu même si le background est intéressant avec cette cité perdue dans l’espace où l’on peut rester longtemps coincé avant qu'un vaisseau ne se présente pour repartir. C’est le cas du héros qui vit de magouilles et de petits plans aux limites de la loi. Il a pour ami, un chercheur (bloqué lui aussi) qui étudie de mystérieuses ruines d’une ancienne peuplade. Au fil de leurs discussions et explorations, ils vont lever le voile sur des mystères qu’ils ne soupçonnaient même pas. J’ai trouvé Martin plus paresseux sur celle-ci, manque de profondeur, des personnages peu ou pas attachants. Ça se lit bien quand-même mais la nouvelle en elle-même n’est pas inoubliable.
L'auteur se rattrape de fort belle manière avec La Dame des étoiles, une variation autour d’un personnage féminin naufragé des étoiles, perdu en territoire hostile et qui va s’élever (et encore…) grâce à sa détermination et sa résilience. Placée sous la protection d’un mac qui va lui faire vendre ses charmes au gotha d’un monde dégénéré où les clans se disputent les moindres parcelles de pouvoir, une rencontre improbable et unique va lui laisser entrapercevoir un espoir dans une existence qui semble clouée à ce caillou perdu au milieu de nulle part et d‘où personne ne repart jamais. L’auteur nous prévient en préambule, il n’y pas de héros dans ce texte. C’est vrai, chacun a sa part de lumière et d’ombre, le dénouement est un modèle du genre avec une conclusion sans appel qui limite les avancées de chacun et laisse à penser qu’un cycle se reproduira à l’infini. C’est très bien emmené et l’on reste sur son postérieur. Grosse claque que ce récit.
La nouvelle éponyme, Les Rois des sables, clôture de manière magistrale le recueil avec ce collectionneur d’animaux de compagnie étranges et repoussants qui suite au décès de deux d’entre eux se porte acquéreur de Rois des sables, des insectes vivants dans le sable, doués d’une intelligence collective qui les pousse à s’organiser, à construire des forteresses et qu’il va dresser à la guerre malgré les recommandations inverses de la vendeuse. Organisant des joutes et des paris sur les résultats, il va pousser le bouchon trop loin, les conséquences vont être désastreuses. Belle parabole sur le pouvoir, l’avarice et la pulsion consumériste, la nouvelle monte constamment en pression et prend littéralement le lecteur en otage. Encore, une beau texte, impitoyable et porteur de sens comme Martin sait nous en livrer quand il n’a pas la flemme d’écrire la suite du Trône de Fer … Non non, je ne suis pas aigri, pas du tout...
Belle compilation donc que ce recueil qui se lit avec grand plaisir en suivant le style narratif vif et malicieux d’un auteur doué pour interroger et emporter son lectorat avec lui. C’est beau, puissant, volontiers intimiste aussi et universel dans les messages qu’il porte. À lire absolument pour tous les fans du maître, les autres y trouveront leur compte aussi.
Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Chanson pour Lya
- Le trône de fer, intégrale 1
- Le trône de fer, intégrale 2
- Le trône de fer, intégrale 3
- Le trône de fer, intégrale 4
- Le trône de fer, Le bûcher d'un roi, volume 13
- Le trône de fer, Les dragons de Meereen, volume 14
- Le trône de fer, Une Danse avec les dragons, volume 15
- Dragon de glace
- L'Agonie de la lumière
- L'Oeuf de dragon
- Feu et Sang