"Ithaque" de Laurent Mantese
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L’histoire : Après avoir guerroyé dix ans à Troie et vaincu l’ennemi par la ruse, il est temps pour le roi d’Ithaque, Ulysse, de retourner au pays natal et de rejoindre sa femme, Pénélope.
En chemin, à la tête d’une flotte de dix nefs, Ulysse donne ordre de saccager la ville d’Ismaros, alliée à l’ennemi troyen. Lui et ses guerriers se déchaînent : ils tuent, violent et volent tout ce qui peut l’être.
Profondément troublé par son attitude et celle de ses hommes, doutant du bien-fondé de la guerre de Troie et de lui-même, Ulysse reprend la mer et, sous un ciel d’un vert impossible, ne tarde pas à se convaincre que les Dieux l’ont maudit.
Dès lors, le retour à Ithaque sera-t-il même possible ?
La critique de Mr K : Au programme de la chronique du jour, une relecture moderne de L’Odyssée d’Homère par Laurent Mantese qui s‘était déjà illustré auparavant par son incursion dans l’univers de Conan avec la dernière aventure du barbare devenu roi. Dans Ithaque, 1er tome d’une trilogie à venir, l’auteur s’attaque là encore à un monument mais celui-ci a une saveur toute particulière pour moi car Ulysse a toujours été mon héros mythologique préféré, un être rusé entre tous qui privilégie l’astuce et le raisonnement à la force et la furie. Inutile de vous dire que mes attentes étaient élevées. Au final, cet ouvrage est une très belle réussite qui conjugue fidélité au matériau de base et innovation bienvenue au niveau du point de vue de narration. Purement jubilatoire et addictif !
Ce volume s’attache donc à suivre le roi d’Ithaque depuis son départ de Troie jusqu’au pays des Géants. Sacré programme pour une expédition qui dès le départ semble maudite. Il faut dire qu’il y a de quoi car déjà en partie responsables du saccage de la cité de Troie, ils s’arrêtent à Ismaros et lui font subir la même chose. De quoi mettre en rogne certains dieux et s’attirer leurs foudres. Mers et vents seront tour à tour favorables ou démontés, ce qui va faire durer un trajet de retour qui au départ ne devait pas être aussi long. Rappelons qu’Ulysse mettra 10 ans pour revenir chez lui après déjà 10 ans de guerre !
Clairement l’auteur, professeur de philosophie dans la vie civile - sic -, est imprégné de l’œuvre originelle et la version 2026 est très respectueuse du contenu, suit exactement la même ligne temporelle et l’on retrouve les repères qui nous guidaient déjà lors de la lecture du classique. Ce qui change la donne en premier lieu, c’est les points de vue adoptés. L’auteur nous offre ainsi le regard des compagnons d’Ulysse, des êtres et divinités qui croisent le sillage des nefs qui tentent désespéramment de rentrer chez elles. Cela donne à voir un héros beaucoup plus tortueux, tourmenté. L’image d’Ulysse que je plaçais sur un piédestal à mon plus jeune âge en prend un coup, il est plus humain, nuancé et parfois même terrifiant et repoussant. Moi qui aime être bousculé, j’ai été servi. Ulysse peut donc être cruel, traître à sa famille et parfois individualiste même si au fil de son périple, il va évoluer face aux épreuves qu’il va rencontrer.
Ce qui dans le livre originel n’est parfois qu’évoqué est ici parfois livré brut et sans fioritures. Je dois avouer qu’on est mis à mal, je pense notamment aux exactions commises par Ulysse et ses hommes à Ismaros. Les mœurs guerrières sont terribles et rien ne nous est épargné sans pour autant que cela soit gratuit. Ça donne un éclairage sur l’époque, les manières de se conduire et sur les rapports de force qui sont la règle à l’époque (on inventera le droit international plus tard pour mieux le bafouer de nos jours - sic -). Au-delà des phases connues, échanges et épisodes iconiques (j’aime toujours autant le passage sur l’île des Cyclopes et ce pauvre Polyphème), l’auteur nous glisse de saisissantes descriptions qui plongent encore davantage le lecteur dans l’époque et le mythe à la fois. C’est un pur bonheur d’immersion et de reconstitution intelligente.
La destinée individuelle se confond avec le groupe et l’on s’élève vers des horizons métaphysiques sur le sens de la vie, qu’est ce qu’être homme finalement ? La famille, la camaraderie, le pouvoir, l’ordre, le plaisir, Le poids des traditions, le dépassement de soi, l’abandon... La science et la Raison contre la Foi et la superstition sont aussi au cœur du mythe d’Ulysse, c’est l’histoire de l’humanité qui veut se séparer des dieux or ces derniers n’existent que parce que l’on croit en eux et veulent empêcher leur disparition. Tout ici s’imbrique parfaitement et grise littéralement le lecteur captif de ces pages.
L’ensemble est donc très riche, mené sous un ton épique haletant et une écriture érudite mais souple et accessible. Le rythme ne se dément jamais alternant passages intimistes, réflexifs et actes de bravoure, épisodes iconiques du mythe. Une sacrée aventure, un retour aux sources jubilatoire pour un plaisir de lecture optimum. À lire absolument pour tous les amateurs !
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