"Les Amateurs" de Yan Lespoux
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L’histoire : Lors d'une de ses sessions de formation à la récupération de cocaïne en mer, Cosimo Perri, mafieux innovateur, perd malencontreusement la cargaison qu'il devait réceptionner dans le golfe de Gascogne.
Dans une station balnéaire du Médoc en pleine hibernation, les locaux commencent à voir s'échouer de nombreux pains estampillés d'un Al Pacino approximatif. Très vite, la nouvelle se répand et les gendarmes voient bientôt débarquer au village des curieux de toute la France. Dans le même temps, Hélène, la patronne du seul bar ouvert, assiste à la naissance de narcotrafiquants en herbe. Débute alors pour Arnaud, Fleur et quelques autres "chanceux" une course contre la montre effrénée pour écouler leur butin et toucher le pactole. Mais c'était sans compter sur Perri qui entend bien récupérer ce qui lui appartient...
La critique de Mr K : Super lecture que le dernier roman de Yan Lespoux sorti aux éditions Agullo pour la rentrée littéraire. Les Amateurs est un roman picaresque se déroulant dans le Médoc adoré de l’auteur. On se passionne pour ce récit hallucinant, narré par la tenancière du bar du coin. C’est drôle, naturaliste, thrash par moments et terriblement addictif !
Ce roman s’inspire d’un fait divers qui a fait parler de lui fin 2019 et début 2020 : une véritable marée blanche a submergé le Sud-ouest. A cette époque, 1,5 tonnes de cocaïne pure en provenance de Colombie s’était échouée sous forme de paquets bien hermétiques le long des côtes de la Gironde jusqu’aux Landes. Yan Lespoux reprend le principe et le transpose en Médoc, décrivant avec talent et une certaine jubilation les effets que peuvent produire un tel événement sur une petite communauté rurale pas piquée des vers.
Il flotte un doux parfum de Pulp. On retrouve toute une brochette de personnages plus rocambolesques les uns que les autres, un croisement improbable entre Pulp Fiction avec ses gangsters à l’ouest et une population qui pourrait parfois se revendiquer grolandaise. Le ton est donné d’emblée par la narratrice qui nous raconte la mort tragique et stupide de son mari lors de la tempête de 1999 et qui a décidé d’écrire pour se rappeler des derniers événements qu’a connus son patelin à l’occasion de la fameuse marée blanche.
Au départ, tout devait n’être qu’un exercice d’entraînement à la récupération de ballots de drogue en pleine mer organisé par un trafiquant spécialiste en stage de formation dans le domaine ! Mais patratas, une panne moteur et voila la chère marchandise emportée par le courant se déposant sur les rivages de la côte Sud-Ouest. À partir de là, on croise une multitude de personnages : des promeneurs, des chasseurs de champignons, un couple de jeunes beatniks, des petits caïds locaux, un ancien militaire devenu Parrain, des touristes et bientôt des marseillais, des parisiens et pire... des bordelais ! L’ensemble se complète et se répond, nous plongeant dans un petit coin de sud-ouest où il s’en passe des vertes et des pas mûres.
Il y en a qui s’en fichent, d’autres qui signalent aux forces de l’ordre leur trouvaille et puis il y a les autres... L’opportunité est alléchante même si personne n’y connaît rien d’où le titre du roman. La narratrice verbeuse à souhait donnant dans l’art délicat, et ici jubilatoire, de la digression, on apprend tout sur tout le monde. Les tracas intimes, les soucis économiques ou encore les velléités de changer de vie, avec son lot de plans bancals. Voici le programme d’un récit très vif et gouleyant à la fois. On s’en paie vraiment de bonnes tranches tout en basculant très vite à l’occasion dans une ambiance à la Breaking bad mais made in Medoc. On parle ici de trafic de drogue, ça attire une faune et ça attise les vieux codes mafieux. La tension monte vite et le final est tarantinesque à souhait entre réalisme des dialogues et explosion de violence fulgurante à l’occasion. Les deux colombiens valent vraiment le détour, il y a du Scarface dans l’air.
Surtout, c’est superbement écrit, je pèse mes mots. Le style est impressionnant, mêlant densité des descriptions de la Nature, dialogues au cordeau d’une redoutable efficacité et formulations parfois complètement débridées. La plaisir de lecture est vraiment optimum, on est happé, transporté et déconnecté de notre réalité. Un petit chef-d’œuvre à découvrir au plus vite.
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