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Le Capharnaüm Éclairé

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14 septembre 2026

"Cat Magic" de Whitley Strieber


L’histoire : La mort est un chat noir au regard insondable. Le sursaut d'une grenouille décérébrée par un biologiste. La main coupée et momifiée d'une fillette en robe bleue, assassinée par un prédicateur. La mort est à la fois horreur et tentation…


A Maywell, petite ville de Pennsylvanie, la mort est tapie au fond des cœurs, Rapide et silencieuse comme un félin, oui violente et crépitante comme un brasier, Elle s'alimente de la peur, de la haine et des remords.


A Maywell, en 1987, s'affrontent deux communautés : les fidèles de frère Simon Pierce et les disciples de Constance Collier. Les premiers se disent chrétiens et haïssent les seconds parce qu'ils font l'amour, dansent au clair de lune et ont d'étranges pouvoirs...

 

La critique de Mr K : Chronique d’un roman fantastique dans tous les sens du terme aujourd’hui avec un roman des années 80 sorti dans la collection Épouvante de J’ai lu que j’ai beaucoup fréquenté plus jeune notamment avec mes lectures de Stephen King qui m’ont éveillé au genre. Cat Magic de Whitley Strieber s’en rapproche avec une histoire mêlant surnaturel et connerie humaine dans un style enlevé et addictif à souhait. J’ai passé un excellent moment même si je n’étais pas au meilleur de ma forme à ce moment là.

 

Dans la petite ville de Maywell en Pennsylvanie cohabitent deux communautés que tout oppose. Les uns suivent le prédicateur intégriste Pierce qui prône un christianisme radical et fidèle à la lettre prêt aux Saintes écritures, il prêche la "bonne parole" et la haine envers Constance Collier, adepte de la sorcellerie et de l’Amour pour ses disciples et la nature environnante. Ces sorciers possèdent un grand domaine à l’écart de la ville où ils vivent quasiment en autarcie. Leurs membres sont pourtant bien intégrés dans la ville et même au-delà. La tension est vive cependant entre les deux groupes mais pour le moment, rien d’irrémédiable ne s’est passé même si l’on sent bien que la moindre étincelle pourrait mettre le feu aux poudres.

 

L’histoire débute dans un laboratoire d’université où un scientifique mal vu par les autorités pratique des expériences autour de la mort et poursuit le but de ressusciter les défunts... et il est proche de la réussite ! En parallèle, sa nièce Amanda revient en ville après plusieurs années pour un RDV qu’elle a obtenu avec la fameuse Constance Collier, reine des sorcières (son titre exact est "Demoiselle"). Illustratrice de profession, elle pourrait bien être embauchée pour réaliser l’accompagnement de textes des frères Grimm. Évidemment, rien ne va vraiment se passer comme prévu entre la folie galopante de son oncle littéralement possédé par sa quête d’immortalité et prêt à tout pour parvenir à ses fins, les révélations que va lui faire Constance sur son rôle exact et la soif de pouvoir spirituel du frère Pierce qui cache un lourd secret.

 

Le rythme démarre fort très vite, le décor est rapidement planté et les différents personnages sont remarquablement caractérisés. Il ne faut se fier à rien car l’auteur est bien malin, semant fausses pistes et illusions quant aux uns et aux autres. Ce qui est sûr, c’est que les êtres humains ne ressortent pas grandis tant ils cultivent pour certains de sombres desseins et des passés qui continuent de les obséder et les feront basculer définitivement du côté obscur. Désirs inavoués, haines viscérales, frustrations et culpabilités mêlées, le tout développé par un auteur qui semble jubiler à l’idée de bousculer un lecteur fasciné par tant de fiel répandu.

 

La foi est aussi au cœur du récit avec deux systèmes de pensées qui s’opposent et un focus très développé sur les croyances des sorciers loin des clichés et des images que les religions monothéistes ont contribué à répandre. On rentre au cœur de leurs pratiques, de leur credo. Le rôle de chacun, les entités auxquels ils vouent un culte et finalement, une représentation du monde et de la mort non manichéens où coexistent des principes opposés qui se complètent. J’ai aimé cette immersion avec des passages forts comme notamment l’initiation à travers des épreuves éprouvantes pour la future Demoiselle (le passage dans l’au-delà est totalement ahurissant). L’auteur se plaît aussi à bien décrire les rapports humains entre les uns et les autres, le processus d’embrigadement des esprits par Pierce qui est bien retors et les dégâts qui peuvent être causés par la folie sur une personne et ses proches.

 

C’est mené tambour battant avec une langue souple, maîtrisée et parfois même exigeante quand on aborde de vieilles légendes et des concepts abstraits. Certains passages sont bien rudes aussi, cela faisait longtemps que je n’avais pas lu des descriptions infernales aussi saisissantes et repoussantes. Quelle claque par moment ! Le dénouement se révèle par contre un peu convenu et rapide, j’en aurais bien pris pour une trentaine de pages de plus, la déception est légère et me rappelle la fin un peu avortée de certains livres de Stephen King justement.

 

Cat Magic reste cependant une très bonne lecture pour les amateurs d’ésotérisme et d’épouvante. Il reste marqué en tout cas dans la mémoire et offre un plaisir de lecture certain.

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11 septembre 2026

"L'Enragé" de Sorj Chalandon


L’histoire : Dans la nuit du 27 août 1934, cinquante-six gamins se révoltent et s’échappent de la colonie pénitentiaire pour mineurs de Belle-Île-en-Mer. Voici ouverte la chasse aux enfants. Tous sont capturés. Tous ? Non : aux premières lueurs de l’aube, un évadé manque à l’appel. Voici son histoire…

 

La critique de Mr K : Nouvelle très belle lecture au programme de la chronique du jour avec L’Enragé de Sorj Chalandon, lu et dévoré en un temps record tant il a un potentiel addictif élevé et une force d’évocation incroyable. Je peux vous dire que je ne suis pas près d’oublier le parcours de Jules Bonneau, le jeune héros cabossé de ce récit haut en couleur !

 

Le jeune Jules Bonneau n’est pas né sous une bonne étoile. Dès l’âge de cinq ans, il est abandonné par sa mère. Son père saisonnier dans l’agriculture et blessé de guerre ne se préoccupe que très peu de lui et finit par le confier à son grand-père maternel qui l’ignore et le brutalise. Manquant d’affection, de soin et de nourriture, Jules survit comme il peut et commence à s’écarter du droit chemin. Un jour de grande faim, il dérobe trois œufs, cela va déclencher le début de l’escalade judiciaire.

 

Mais dans les années 30, la Justice française n’envoie pas les enfants en déserrance dans des structures sociales d’aide, on les place dans des maisons de correction qui sont de véritables colonies pénitentiaires, des bagnes pour enfants. L’idée est de les "redresser". Ces maisons d’éducation surveillées servaient en réalité à cacher et exploiter des enfances brisées par la vie : orphelins, vagabonds, petits voleurs… le tout sous la supervision de gardiens tortionnaires adeptes de la violence morale et physique.

 

Le 27 août 1934, c’est le jour de la grande évasion pour 56 gamins à la faveur d’un grand charivari. Jules en fait partie, il ne sera jamais repris contrairement aux autres, aidé par un pêcheur et sa femme qui le recueillent malgré les risques encourus. La deuxième partie de l’ouvrage s’attarde sur cette cavale, l’entraide et le désarmement mental du garçon que la vie a endurci jusqu’à le transformer en "enragé" dont tout sens moral et fraternel semble avoir disparu.

 

"Je n’ai pas le droit aux sentiments. Les sentiments c’est un océan, tu t’y noies. Pour survivre ici, il faut être en granit. Pas une plainte, pas une larme, pas un cri et aucun regret. Même lorsque tu as peur, même lorsque tu as faim, même lorsque tu as froid, même au seuil de la nuit cellulaire, lorsque l’obscurité dessine le souvenir de ta mère dans un recoin. Rester droit, sec, nuque raide. N’avoir que des poings au bout de tes bras. Tant pis pour les coups, les punitions, les insultes. S’évader les yeux ouverts et marcher victorieux dans le sang des autres, mon tapis rouge. Toujours préférer le loup à l’agneau."

 

Tiré d’un fait réel, la révolte a bel et bien eu lieu, Sorj Chalandon de formation journalistique est soucieux de réalisme, de véracité. Jules Bonneau est inventé mais nombre d’éléments sont vrais comme la présence de Jacques Prévert le soir fatidique et qui a assisté à cette chasse aux enfants qui a inspiré un de ses poèmes les plus célèbres, la topographie des lieux, l’organisation et le fonctionnement de ces maisons de correction, la vie sur une chaloupe sardinière et bien d’autres éléments que je vous laisserai découvrir. La reconstitution est frappante avec de surcroît des allusions aux temps historiques : la montée des nationalismes, les tensions sous-jacentes dans la société et les mouvements de révoltes, la guerre d’Espagne, la pénalisation et répression des IVG clandestins… Le tout forme un ensemble cohérent et passionnant.

 

Le focus sur les fameuses colonies pénitentiaires pour enfant est saisissant et effrayant. Le travail forcé et la non-rémunération, les repas sans goût et sans calorie, la fatigue, les insultes, les coups, la répression à tous les étages avec comme témoin moral un prêtre dont l’affectation est vécue comme une punition. C’est dur, très dur. L’État a cautionné pendant longtemps ces mauvais traitements, cette institution qui broie du môme et le régurgite ensuite policé ou déglingué. Chalandon n’en fait jamais trop, certains éléments sont simplement évoqués au détour d’une réflexion ou d’un travelling sur une scène, il plante un décor froid et impitoyable. On le prend en pleine face.

 

Les réaction des habitants de l’île après l’évasion n’est guère réjouissante non plus avec une collaboration presque totale, il faut dire que chaque fuyard rattrapé vaut 25 francs d’argent. On assiste à ce que l’humain fait de plus vil avec courses-poursuite, saoulerie, encore des coups et des moqueries. Heureusement pour Jules, il va être sauvé. Nous voila alors immergé dans le monde des pêcheurs de sardines, fratrie et amitié sur un bateau, le partage des parts, l’entraide et des caractère bien trempés. Jules va y faire son trou et peu à peu relâcher la colère enfouie en lui, même si un retour de flamme est toujours possible. Cette deuxième partie est éprouvante aussi mais pour d’autres raisons, il est dehors et doit tenir compte des gens qui l’entourent, fini l’individualisme de survie surtout que ses hôtes pour qui il éprouve de l’affection de plus en plus cachent un lourd secret.

 

C’est le temps de la reconstruction pour Jules et petit à petit, il redevient un être humain à part entière même si son tempérament fougueux et son esprit criant justice peuvent à l’occasion le mener encore au bord du gouffre. Mais l’attention, la bienveillance mais aussi la fermeté des personnes qui l’ont recueilli vont le sauver. Le parcours est rude mais attachant au possible. L’écriture vive, incisive, sans concession mais derrière laquelle transparaît une énorme tendresse fait mouche et porte le lecteur dans sa lecture vers des horizons insoupçonnés et un plaisir de lire absolu.

 

Un grand et beau livre tout simplement, à lire absolument.

7 septembre 2026

"La vie, impair et passe" de Jean-Michel Guenassia


L’histoire : Et si la vie avançait comme un lancer de dés ?

À cause d'un stupide quiproquo, Dany, fils et petit-fils de forains, se retrouve un jour abandonné par sa communauté. Grâce à cette mésaventure originelle, il atterrit chez Lucy et son compagnon, Hector, un braqueur mélancolique passionné d'opéra. Son existence en sera définitivement chamboulée, comme celles de tous les protagonistes de cette histoire menée tambour battant.

De la fête foraine à la prison de Fleury-Mérogis en passant par le casino de Sète ou le couvent des clarisses, "La vie, impair et passe", ce sont les voix de héros inoubliables, qui vont tour à tour mener le récit et se révéler au lecteur, de coïncidences en malentendus dévastateurs, d'amours blessées en rencontres miraculeuses.

 

La critique de Mr K : Très belle lecture que le dernier Jean-Michel Guenassia qui vient juste de sortir en librairie à l’occasion de la rentrée littéraire. J’avais beaucoup aimé de cet auteur Le Club des incorrigibles optimistes et La Valse des arbres et du ciel, deux romans lus en un temps record portés par une écriture souple, lumineuse et une science du récit parfaite. Je remettais donc le couvert cette année avec La vie, impair et passe, chronique de destins tourmentés, hauts en couleur que l’on suit avec délectation et avec un intérêt qui ne se dément jamais. Lecture express à nouveau pour un plaisir de lire optimum !

 

On débute la lecture en faisant la connaissance de Dany, fils de forains dont les parents sont distants. Mal aimé, mal considéré, il grandit comme il peut et veut se faire sa place auprès d’eux sans vraiment y parvenir. Il ne peut qu’observer son père, Manuel, monter et démonter son attraction d’autos tamponneuses mais celui-ci pour des raisons mystérieuses ne veut pas vraiment qu’il participe alors que dans cette communauté, il est de tradition de succéder à ses parents. On apprend que Manuel est passé à côté de la possibilité d’une carrière de musicien et qu’il semble nourrir des regrets. Sa mère, bigote et malheureuse en ménage n’est pas d’un grand réconfort. Un jour, Dany part en vadrouille avec un ami et quand il revient, la fête foraine est partie le laissant seul et abandonné. Cet événement va marquer son existence, le définir en tant qu’individu et expliquer la suite qui va se révéler dantesque.

 

Il va rencontrer Lucy et Hector, un couple d’originaux qui vont le prendre sous son aile, le faire grandir et prendre conscience de ses capacités entre chant opératique et carrière professionnelle dans la restauration. Les années vont défiler, des enfants vont naître, des drames se jouent, des liens se font et se défont et les prochaines parties du roman s’attardent alors sur Lucy et ses enfants auxquels Dany est très lié. Le tout forme une sorte de saga familiale ressemblant à une gigantesque partie de dés, où les coups du sort sont nombreux et la vie compliquée. Une vie humaine en quelque sorte, de véritables montagnes russes qui captivent le lecteur et ne lui laissent aucune chance de s’échapper.

 

Bien que concis et allant à l’essentiel, ce récit volontiers elliptique par moment (on peut voir défiler les années en quelques lignes parfois) est d’une densité folle et brasse nombre de thématiques et aspects d’une vie humaine. La famille et les liens que l’on noue sont au cœur de la trame, les rapports parents / enfants compliqués avec des géniteurs soit désarmés, soit dépourvus d’instinct parental ce qui impacte forcément les enfants et les conduit à emprunter des chemins parfois dangereux. Mais la vie force chacun à se mettre un coup de pied aux fesses, à réagir, essayer des choses, se rater, se rattraper et retenter encore. Pour certains, la fin n’est pas heureuse, on peut sombrer. On alterne ici de très belles tranches de vie, de bonheur extatique mais aussi des moments dramatiques avec une souffrance exprimée à fleur de mots.

 

On parle aussi de musique, elle est omniprésente dans l’ouvrage entre les chansons populaires diffusées dans la fête foraine, l’opéra tellement aimé par Victor, un braqueur mélancolique qui va commettre l’irréparable et briser plusieurs destins, le rock et la rébellion que Lucy et une de ses filles aiment tellement (Nirvana for ever !), le milieu de l’industrie du disque aussi avec une aventure aussi brève qu’intense pour un personnage qui là encore va briser sa trajectoire lors d’un coup de folie… On navigue entre les routes de France, la ville de Sète et sa nature ensoleillé, la prison, un couvent ou le casino. C’est flamboyant, varié et totalement prenant. Les pages se tournent toutes seules, la surprise est au rendez-vous et entretient la flamme.

 

L’écriture simple, douce et romanesque en diable porte le lecteur. On ne peut que se passionner pour ces vies livrées dans leur entièreté avec spontanéité et justesse. Ce fut une lecture passionnante, rapide et totalement addictive une fois encore. Un vrai bonheur de lecture pour un roman à découvrir absolument.

3 septembre 2026

Désherbage en folie !


Il est temps aujourd'hui de vous parler de nouvelles acquisitions réalisées en juin dernier dans le cadre d'un désherbage de médiathèque dans notre secteur géographique. Ce fut une véritable orgie livresque notamment pour le fan de récits SF et fantasy que je suis. Jugez plutôt !

 

 

Je vous avais prévenu ! Quelle belle récolte et pour seulement 1€ chaque volume ! Entre les auteurs que j'adore, ceux que je voulais enfin découvrir et des ouvrages qui sont dans ma wishlist depuis des années, je me suis gâté et le tout dans de belles éditions grand format. Rien que de vous en parler, cela me donne envie de tout lâcher et de me plonger dans ces ouvrages ô combien alléchants ! Passons à la présentation !

 

 

- La Saison des singes et L'Empire du sommeil de Sylvie Denis. Je vais enfin pouvoir découvrir cette auteure que je connais uniquement par ses interventions que j'ai pu écouter et voir lorsque nous allions aux Utopiales. Plus d'une fois, je me suis dit qu'il fallait que je lise quelques titres d'elle, enfin je vais pouvoir passer à l'acte ! Ce diptyque estampillé space opera promet beaucoup entre aventure et suspens, se déroulant sur plus de mille ans et abordant le rôle de la technoscience sur fond de chasse à l'homme et de réflexion sur le pouvoir et ses arcanes.

 

- Jihad de Jean-Marc Ligny. Un autre auteur que je souhaitais découvrir depuis longtemps pour les mêmes raisons que Sylvie Denis. Présenté comme un thriller de politique-fiction, le récit est une histoire de vengeance sur fond de France déchirée avec l'extrême droite au pouvoir. Toute ressemblance avec une actualité future possible est fortuite mais malheureusement très probable vu les sondages que l'on nous sert régulièrement. Ça n'augure pas d'une lecture optimiste mais je la trouve tout de même diablement tentante.

 

- La Longue utopie de Terry Pratchett et Stephen Baxter. Il s'agit du quatrième tome de la pentalogie du Cycle de la Longue terre initiée par deux auteurs cultes et dont je n'ai lu que les trois premiers tomes. Je replongerai avec délice dans ce récit foisonnant de terres parallèles où les humains ont trouvé refuge suite à la plongée dans l'hiver volcanique de la Terre mère. L'utopie existe-t-elle toujours ? Car tout a un coût et on ne peut échapper à son passé. Que deviennent les héros des tomes précédents ? J'ai hâte d'en savoir plus.

 

 

- Demain et le jour d'après de Tom Sweterlitsch. Un thriller d'anticipation où un homme brisé par la perte de sa femme dans un attentat nucléaire se lance dans une enquête sur la disparition d'une femme assassinée. Œuvre présentée comme sombre et implacable, son auteur jouit d'une excellente réputation dans le milieu littéraire, je vais pouvoir vérifier cela avec ce polar mâtiné de SF qui, paraît-il, dépote !

 

- Le Courage de l'arbre de Léafar Izen. Space opera encore, avec un titre séduisant qui interroge sur notre hyper connectivité et notre rapport à l'environnement. Un arbre prodigue et mystérieux qui a permis à l'humanité de conquérir une bonne partie de la galaxie, un réseau de communication tentaculaire qui synchronise le temps des hommes et fait vibrer leurs âmes au son du même diapason, une jeune ethnologue qui étudie les origines de notre espèce, un bricoleur de génie qui vit de trafics en tout genre et une traque qui va débuter pour essayer de les attraper car ils menaceraient l'équilibre du monde... C'est typiquement le genre de pitch qui me tente !

 

- La Mer sans étoiles d'Erin Morgenstern. Voila un ouvrage que j'avais repéré lors de sa sortie en avril 2020 et que j'ai laissé passé. Il s'est donc rappelé à mon bon souvenir et je l'ai adopté immédiatement. Il faut dire que la quatrième de couverture est accrocheuse au possible avec un livre mystérieux qui raconte votre enfance, une quête qui débute et un étrange labyrinthe souterrain, les rives d'une mer sans étoiles, des tunnels tortueux et des cités perdues. Ce roman semble vraiment fait pour moi !

 

 

- Rive gauche et Cité de Pierre Bordage. Là encore des livres que je souhaitais acquérir depuis longtemps avec cette rencontre de Pierre Bordage avec l'univers de Glukhovsky , ce dernier l'ayant invité à écrire une œuvre sœur à sa trilogie Metro, une trilogie que j'ai adoré. L'action se déroule donc à Paris, nous sommes toujours en 2033 et les humains ont été chassé de la surface suite à un apocalypse nucléaire. Ça promet là aussi beaucoup mais il me reste à trouver le tome 2 Rive droite pour pouvoir envisager cette lecture car une fois débutée, je ne pourrais plus m'arrêter !

 

- Le Livre de Koli, Les épreuves de Koli et La Chute de Koli de M. R. Carey. Une trilogie se déroulant dans une "Engleterre" future où la civilisation semble avoir régressée et où quelques-uns s'accaparent des bribes de technologies et le pouvoir. Le jeune héros qui donne son nom aux titres veut changer les choses et son destin déjà tout tracé mais le peut-il vraiment ? À priori, on est dans le domaine des grands romans initiatiques. J'avais été déçu par Celle qui a tous les dons lors de sa sortie, je donne une deuxième chance à cet auteur très apprécié dans le milieu. Gageons que je ne sois pas déçu.

 

 

- Conan Le Cimmérien de Robert E. Howard. Impossible de résister avec ce premier volume de l'intégrale dédiée à Conan, un héros de mon enfance aux récits vifs, enlevés et diablement séduisants pour un petit gars timide qu'on emmerdait régulièrement au collège, comme l'auteur d'ailleurs qui a créé son personnage culte pour exorciser ses peurs. Sans doute la plus belle édition en langue française, cet ouvrage comprend de nombreux récits et notes autour de cette figure quasi mythologique qui a vécu mille aventures dans un univers sombre et décadent. Miam miam !

 

- L’Âme des Parangon de Pierre Grimbert. Encore un auteur que j'apprécie beaucoup et qui ne m'a jamais déçu. On retourne ici dans l'univers découvert dans Le Sang des Parangons où l'on retrouve des centaines de condamnés au bagne libérés par les circonstances, en l’occurrence une gigantesque tempête de sable. Les voila libres à nouveau mais plongés dans un territoire inhospitalier près d'une cité ancienne exhumée par les éléments mais dont aucune carte ne mentionne le nom. Est-ce un signe ou une malédiction ? Seule la lecture de ce livre en donnera la réponse. 

 

- Imajica de Clive Barker. Un sacré auteur là encore que je n'ai pas pratiqué depuis longtemps et que je prendrai plaisir à retrouver sans aucun doute. Fresque épique, récit à couper le souffle, les qualificatifs ne manquent pas chez les confrères blogueurs pour qualifier cette œuvre se déroulant à la croisée des mondes et des dimensions mettant les êtres humains aux prises avec des êtres étranges et des énigmes métaphysiques. Quand on sait qu'en plus Imajica a reçu le prix Julia Verlanger, je crois que je ne me suis pas trompé en le glissant dans ma PAL. 

 

 

- Le Dixième vaisseau de Pierre Bordage. Encore un Bordage mais plus à destination d'un public jeunesse avec une histoire d'expédition aux confins des mondes connus à la rencontre d'une intelligence extraterrestre. Le problème, c'est que personne n'en est jamais revenu ! Un pitch classique mais qui fait son petit effet. Wait and read !

 

- Dix jours avant la fin du monde de Manon Fargetton. Comme son titre l'indique, un compte à rebours implacable est en route, passé ces dix jours, le monde disparaîtra, l'apocalypse est tout proche ! On suit six hommes et femmes que le destin a réuni pour vivre une expérience initiatique à nulle autre pareil. Impossible de résister à une telle mise en bouche, j'espère ne pas être déçu. Les premiers échos que j'ai pu en lire étant enthousiastes en tout cas.

 

- L'Autre : Le Souffle de la hyène de Pierre Bottero. Il s'agit du premier tome d'une trilogie, j'ai craqué car j'aime beaucoup l'auteur. Natan habite au Canada, il excelle dans tous les sports au point que c'en est étrange. Shaé vit près de Marseille. Elle possède, tapie au fond d'elle-même, une Chose qu'elle ne maîtrise pas. Lorsqu'ils se rencontrent à Marseille, ils comprennent que leurs existences sont liées… J'attendrai de trouver les deux volumes suivants pour me lancer dans ce récit très apprécié des jeunes lecteurs avec en toile de fond l'éternelle lutte entre le Bien et le Mal. 

 

PAL explosée, promesses de nombreuses heures de lecture, de quoi préparer les prochains mois (années) à venir qui franchement ne donnent pas envie quand on voit ce qui se profile en terme d'actualité. Plus que jamais, la lecture doit être un sanctuaire et source d'épanouissement, à ce niveau là je suis totalement paré !

1 septembre 2026

"Le manoir des immortelles" de Thierry Jonquet


L’histoire : Pauvre Numéro 52 ! Il se promène, insouciant, satisfait. Il ignore que dans l'Empire des Morts, Hadès le guette, l'épie. Et que bientôt, il traversera les eaux noires du Styx pour venir le tuer. Comme il a tué Numéro 28. Comme il a tué Numéro 42. Et là-bas, dans le manoir, Lola, dédaigneuse de ces querelles, dort.

 

La critique de Mr K : Retour vers un auteur très apprécié aujourd’hui avec la chronique du Manoir des immortelles de Thierry Jonquet qu’on ne présente plus et qui était une pointure en terme de romans policiers et / ou noirs. Une fois de plus avec ce titre, il arrive à surprendre le lecteur et à l’emmener vers des rivages littéraires troubles et déstabilisants. Encore une belle lecture !

 

Hadès est un tueur. C’est quasiment tout ce que l’on sait de lui si ce n’est qu’il réside dans un manoir perdu au milieu de nulle part, qu’il s'est entiché d’une certaine Lola qui semble le dédaigner et qu’il surveille notamment depuis un studio loué en face de chez elle d'où il observe les allers et venus d’hommes qu’il désigne par des numéros. A certains moment, il décide de les faire passer de vie à trépas quand ils font quelque chose qui lui semble profondément anormal. Bien évidemment, l’auteur se garde bien d’en dire plus. Il va falloir lire l’ensemble de l’ouvrage pour découvrir la nature et la raison des actes de ce personnage bien borderline.

 

En parallèle, on suit l’enquête menée par le commissaire Salarnier qui a fort à faire avec une série de meurtres horribles où la victime est décapitée de façon nette et précise à l’aide sans doute d’une faux. Lui et son équipe pédalent dans la choucroute, le meurtrier prenant bien soin de ne laisser quasiment aucunes traces derrière lui. On apprend assez vite que Salarnier est en train de perdre sa femme, victime d’un cancer du sein et suivant un traitement de chimio depuis longtemps, sans réel succès. La tension est maximum, le craquage pas très loin.

 

Comme dit précédemment, on navigue vraiment en eaux troubles. Il est difficile de pouvoir se faire une idée précise des motivations des uns et des autres. On avance prudemment dans une lecture qui bascule à la moitié de l’ouvrage vers une autre direction. Les éléments au départ disparates commencent à se relier, à se répondre et l’on commence à voir vers où veut nous emmener l'auteur. Vous pouvez compter sur lui pour explorer les failles et déviances de l’esprit humain, il y a de beaux spécimens ici. Souvenirs douloureux, passion / pulsion, le deuil et la mort, autant de thématiques que l’intrigue décortique nous livrant des personnages en prise avec des luttes intérieures féroces.

 

C’est comme toujours écrit finement, sans manichéisme et avec un amour certain. C’est simple et profond à la fois, l’auteur ne se refuse rien, y compris une fin totalement apocalyptique laissant le lecteur sur les genoux et totalement sonné. C’est typiquement le genre de lecture que j’adore entre grandes émotions et réflexions sur le genre humain. Bon, par contre, ça ne brille pas par son optimisme, mais notre espèce ne s’y prête guère, non ?

 

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Folle aventure des bleus
- Le Bal des débris
- Les Orpailleurs
- Le Pauvre nouveau est arrivé !

Moloch
Mémoire en cage
La bête et la belle
La vie de ma mère !
Mygale
- Ad vitam aeternam

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28 août 2026

"La piqûre d'abeille" de Paul Murray


L’histoire : Ça ne tourne plus vraiment rond dans la famille Barnes. Dickie, dont le garage automobile est sur le point de péricliter, passe ses journées dans les bois à construire un bunker avec un survivaliste. Imelda, sa femme, ancienne reine de beauté, met ses bijoux en vente sur eBay. Cass, leur fille, brillante élève, semble déterminée à saccager son avenir dans une beuverie effrénée. Enfin, PJ, le cadet, passionné de sciences naturelles comme de jeux vidéo, s'apprête à fuguer pour retrouver un mystérieux inconnu...

À quel moment le cours des choses a-t-il déraillé ? Faut-il remonter jusqu'à cette piqûre d'abeille qui a fait virer le mariage d'Imelda au cauchemar ?

 

La critique de Mr K : Première lecture de la rentrée littéraire de septembre 2026 et une sacrée claque que ce roman chorale qui décortique une mécanique familiale avec un rare brio. Ce roman venu tout droit d’Irlande est une petite merveille de construction et de finesse. Nul doute que La piqûre d’abeille de Paul Murray restera longtemps gravé dans ma mémoire de lecteur !

 

Rien ne semble plus aller chez les Barnes depuis un certain temps. À travers leurs divers points de vue s’étalant sur plusieurs mois, l’auteur nous propose d’essayer de saisir les tenants et aboutissants d’une situation au bord du dérapage dans cette famille de prime abord plutôt classique et sans histoire mais qui cache comme chez tout le monde des secrets inavoués, des zones d’ombre que les non-dits, les habitudes ou les replis sur soi de certains membres vont masquer. Le déroulement des événements et des ressentis vont mener à une conclusion terrible qui cueille littéralement le lecteur prisonnier de ces pages fascinantes.

 

Ainsi le père, Dickie, gestionnaire d’un garage en plein déclin dans une ville moyenne de campagne semble se désintéresser complètement de son entreprise (héritage familial) pour se consacrer à la construction d’un abri survivaliste en compagnie d’un homme à tout faire qu’Imelda la mère de famille ne supporte pas. On apprend vite qu’elle a épousé son mari suite à la mort de son fiancé dans un tragique accident de voiture, le propre frère de Dickie. Elle semble vivre avec de la rancœur et la sensation d’avoir gâché sa vie, de vivre avec des fantômes. Leur fille Cass est aussi en déserrance et s’imbibe régulièrement à l’alcool pour oublier quoi ou qui ? Elle se cherche et ne se rend pas compte que le petit dernier, PJ ne va pas bien non plus et se rapproche d’un ami qu’il ne connaît que sur les réseaux et l'incite à le rejoindre à Dublin.

 

Les chapitres sont plutôt longs au départ, une cinquantaine de pages chacun (l'ouvrage compte un peu plus de 600 pages) et permet à chaque changement de focalisation d’en savoir un peu plus sur chacun des personnages. Au départ, comme souvent dans ce type de narration, on navigue un peu à vue, on ne comprend pas tout. À la manière d’un puzzle, les pièces sont bien mélangées mais des liens se font jour et des flash-back bien placés vont densifier le récit et lui apporter une cohérence qui prend de plus en plus d’ampleur.

 

On explore la psyché humaine dans toute sa complexité avec ses luttes intergénérationnelles, le poids de la famille, les attentes de chacun, les routes qu’on prend dans l’existence et les choix qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. On navigue constamment entre belles envolées d’espoir et retour à la réalité rude avec des êtres qui se débattent avec leur vie, tentant de la rendre à nouveau belle mais qui semblent embourbés dans des logiques bien trop installées pour être bousculées facilement. On parle d’amour, de désir, de nature de soi que l’on peut trahir par sens du devoir, le sens du sacrifice qui nous revient en pleine face quand on s’y attend le moins, de la nature humaine parfois fragile parfois cruelle. Cela donne vraiment de belles pages sur notre espèce, notre façon d’essayer de passer les années avec le moins de dégâts possibles, illusion tragi-comique que résument très bien des discussions entre copines de tout âge, des scènes de la vie quotidiennes lourdes de sens et une accélération des événements qui peut nous prendre de cours.

 

Le roman est épais mais se lit quasiment d’une traite avec un plaisir renouvelé. La construction est parfaite, millimétrée et finement pensée pour garder captif le lecteur. La langue est belle, vive et dense. On est dans l’exigence et l’accessibilité en même temps, l’Irlande d’aujourd’hui est évoquée avec justesse et une contemporanéité qui touche en plein cœur. On ne s’ennuie pas une seconde et c’est vraiment sur les genoux que l’on finit cette lecture à la fois marquante et inspirante. Une grande et belle œuvre que je vous invite fortement à découvrir à votre tour.

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