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Le Capharnaüm Éclairé

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22 août 2026

"Le Crépuscule et l'Aube" de Ken Follett


L’histoire : En l’an 997, à la fin du haut Moyen Âge, les Anglais font face à des attaques de Vikings qui menacent d’envahir le pays. En l’absence d’un État de droit, c’est le règne du chaos.
Dans cette période tumultueuse, s’entrecroisent les destins de trois personnages. Le jeune Edgar, constructeur de bateaux, voit sa vie basculer quand sa maison est détruite au cours d’un raid viking. Ragna, jeune noble normande insoumise, épouse par amour l’Anglais Wilwulf, mais les coutumes de son pays d’adoption sont scandaleusement différentes des siennes. Aldred, moine idéaliste, rêve de transformer sa modeste abbaye en un centre d’érudition de renommée mondiale. Chacun d’eux s’opposera au péril de sa vie à l’évêque Wynstan, prêt à tout pour accroître sa richesse et renforcer sa domination.

 

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui attendait bien sagement dans ma PAL que le moment soit venu d’être lu. Vu le pavé, il fallait que ce soit l’été avec ses longues plages de temps libre disponible car je me connais, quand je commence un Ken Follett, j’ai du mal à faire ou à penser à autre chose tant il n’a pas son pareil pour rendre le lecteur captif et accro.

 

Le Crépuscule et l’Aube, préquelle des Piliers de la terre, nous propose d’aller à Kingbridge avant que la cité ne s’appelle ainsi. On plonge en toute fin de Xème siècle, dans une Angleterre à peine émergente, où le pouvoir royal reste encore fragile et critiqué, un pays en construction soumis à des attaques régulières de barbares vikings venus faire leurs courses sur les côtes comme une horde de consommateurs hystériques lors d’un Black Friday avec morts, rapines et viols en plus. La période est donc difficile et l’on survit comme on peut quand on est du mauvais côté de la barrière. Les privilégiés eux (nobles et ecclésiastiques) se la coulent douce ou presque.

 

Le roman s’ouvre sur une attaque viking qui survient en pleine nuit dans le petit village de Combe où réside Edgar, un jeune charpentier de marine qui pensait ce soir là s’enfuir de cette vie étriquée pour vivre le grand Amour. Tout est balayé en une soirée et le voila envoyé par son seigneur dans les terres pour s’occuper d’une ferme aux arpents stériles en compagnie de sa mère et de ses deux idiots de frères. Edgar est intelligent, il connaît les chiffres, se représente très bien l’espace, il a l’âme d’un bâtisseur. Sensible et malin, il va se heurter à la bêtise et à la méchanceté.

 

De l’autre côté de La Manche, on retrouve Ragna, jeune fille noble qui va épouser par amour un noble anglais qui règne justement sur la région de Combe depuis la puissante ville de Shiring. Courageuse et intelligente, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Cependant, elle va tomber de Charybde en Scylla à son arrivée en Angleterre. Les mœurs sont rudes, son amoureux ne lui a pas tout dit et ses proches sont redoutables dans le genre complotistes affamés de pouvoir et de largesses pécuniaires. Il y a notamment l’évêque Wynstan, son beau-frère qui est un méchant que l’on adore détester tout le long de la lecture. Et je peux vous dire qu’il est clairement dérangé et complètement plongé dans le côté obscur -sic-.

 

Le troisième larron-héros est un jeune moine épris de culture que l’on a éloigné de son centre de formation pour cause de relation inconvenante avec un de ses frères d’étude. Volontaire mais lui aussi à la langue bien pendu, il va devoir affronter sa hiérarchie et la jalousie de quelques-uns pour réaliser son rêve de développer un grand centre culturel dans la région de Shiring. Navigue autour de tous ces personnages, une kyrielle de personnages secondaires tous plus fouillés les uns que les autres, l’ouvrage faisant plus de 1000 pages, il y a de quoi faire et tout fonctionne parfaitement.

 

Le récit mélange allégrement histoire d’amour, de conquête de pouvoir, de récit initiatique le tout sous une immersion historique brillante. On s’y croirait vraiment, l’auteur détaillant énormément la vie quotidienne des uns et des autres sans que cela ne soit lourd et pesant pour le lecteur. On éprouve et ressent la réalité de l’époque qui est peu recommandable avec les limites de la technologie qui font que les tâches et travaux à faire sont éreintants et chronophages, les soucis de santés récurrents, les structures sociales injustes et les frustrations qu’elles nourrissent, la disette et les rigueurs climatiques et bien évidemment ce qu’il y a de mieux partagé au monde la connerie et la rapacité. On passe donc par de nombreux états alternant grandes joies, espoir et désespoir profond, injustice criante qui retourne l’estomac. On en apprend aussi beaucoup sur les mœurs de l’époque et notamment les différences entre nos voisin d’outre-Manche et nous, sur la répartition des privilèges et avantages de chacun, sur l’esclavage qui est largement pratiqué en Angleterre à l’époque, la rareté des ressources en métal ou en pierre, sur les logiques de développement culturel, sur l’émergence d’un christianisme plus centralisateur avant la réforme grégorienne à venir pour remettre de l’ordre dans les fonctionnements de l’institution. Tout cela est très bien amené et très intéressant si la période vous parle.

 

Le Crépuscule et l'Aube est plein de bondissements et le style est très fluide tout en étant exigeant en terme de véracité historique. Ruses et complots, meurtres, viols, combats dantesques, négociations et arrangements, avancées techniques et l’amour sont au programme et on ne s’ennuie pas une seconde. Un sacré bon page-turner que tous les amateurs peuvent entamer sans souci, il est impossible de le relâcher avant de l’avoir terminé.

 

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Peur blanche
- Un monde sans fin

- Les Piliers de la Terre

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19 août 2026

"Le Diamant du rajah" de Robert Louis Stevenson


L’histoire : Qui aurait cru qu'un diamant puisse provoquer une telle avalanche de catastrophes dans la haute société londonienne ? Certainement pas le jeune et distingué Harry Hartley, victime bien malgré lui du maléfique diamant du rajah…

 

La critique de Mr K : Petite incartade en lecture jeunesse avec un ouvrage de Robert Louis Stevenson, l’immortel auteur de L’île au trésor, un de mes premiers coups de cœur de lecture. Le Diamant du rajah est un ouvrage très malin de par sa construction et jubilatoire dans son contenu, j’ai passé un très agréable moment.

 

Lorgnant entre le mini-roman et la suite de nouvelles, ce recueil s’apparente à un récit à tiroirs où l’élément central est le fameux diamant qui attise bien des convoitises et va livrer en parallèle la nature profonde de l’âme humaine. C’est un ensemble composé de quatre parties où à chaque fois le protagoniste principal a maille à faire avec la fameuse pierre. On change de personnage principal à chaque partie, le lien se fait naturellement et crée une trame assez dense et parfois à fort rebondissement.

 

On oscille entre polar et aventure mystérieuse, le suspens est constant avec des personnages plutôt attachants même si certains sont quand même bien gratinés au niveau de la veulerie et de l’ambition destructrice. On est dans du classique en terme de sujet et de traitement, l’avarice maîtresse du vice, l’addiction au pouvoir, la fascination pour l’argent roi face à la jeunesse, l’innocence et la pureté de la Raison.

 

On est dans du easy-reading sans que cela soit dommageable bien au contraire. L’auteur ne s’embarrasse pas de luxe de descriptions et de ronds de jambe, on va ici à l’essentiel dans la pure tradition des feuilletons du XIXème siècle avec en plus un charme tout britannique avec un certain humour, décalage qui s’approche du no-sense. C’est rafraîchissant et assez brut de décoffrage par moments notamment dans les relations tissées entre personnages. Le diamant est le spectateur / témoin de ces atermoiements et changements de main, et comme lui nous assistons à ce jeu de dupes qui réserve bien des surprises.

 

L’écriture est une petite merveille de concision et d’évocation en même temps, le plaisir est immédiat et durable. On s’amuse beaucoup et on referme le roman avec un sourire vissé aux lèvres. A faire découvrir absolument à de jeunes pousses !

16 août 2026

"Mille millilitres de Ganymède" de Philippe Savet


L’histoire : Un jeune homme disparaît à la sortie d’un club. Il ne laisse derrière lui qu’une lettre et, dans sa chambre, des carnets, des poèmes, des flacons : autant d’indices sur sa disparition.


À travers le témoignage de ses proches et ses écrits personnels, le roman esquisse le portrait d’un garçon blessé par un amour vénéneux et interroge l’image de soi qu’on fabrique quand tout vacille à l’intérieur.


De Paris à Rome et à New York se déploie l’exploration sensuelle et sexuelle d’un être dispersé, déchiré entre un romantisme sombre et une tendre cruauté.
 

La critique de Mr K : C’est d’un premier roman très réussi dont je vais vous parler aujourd’hui. Mille millilitres de Ganymède de Philippe Savet est un ouvrage à part, viscéral et multiforme à la fois. Il happe littéralement le lecteur sans jamais lui laisser la moindre chance de s’extirper d’un récit vif et âpre qui prend à la gorge. Amateurs de sensations forte en lecture, j’ai été estomaqué et profondément ému par cette expérience intense et ultime à sa manière.

 

Le jeune Ganymède disparaît sans laisser de traces et de nouvelles à la sortie d’un club qu’il fréquente régulièrement. Oiseau de nuit à la vie rock and roll (mais pas que), Ganymède est un clubbeur gay amateur de défonce et de sexe mais il semblerait que depuis quelque temps quelqu’un ait attiré son attention. Serait-ce le début d ‘une idylle ? Il y croit et tombe de haut quand il s’aperçoit qu’il est tombé sur le mauvais gars et souffre désormais le martyr, déchiré par la frustration et la déception d’un amour physique, sans issu et surtout à sens unique. Ceci expliquerait cette disparition, mais a-t-il tout simplement vraiment disparu ? La trame générale est simple, le développement de l’intrigue mince en soi (il ne se passe pas vraiment grand chose) mais l’intérêt n’est pas là et c’est tant mieux.

 

Très vite, on sent qu’on est face à un OLNI (Objet Littéraire Non identifié) car Philippe Savet a travaillé sa forme de manière étonnante. En effet, chaque parcelle textuelle est différente de la première et l’on passe allégrement de la narration et dialogue classiques à des vers libres jetés à la face du lecteur par Ganymède lui-même, en passant par des extraits de journaux intimes, des points de mythologie pure, des rapports d’enquête, des SMS ou des mails, des extraits de journaux papiers ou TV, des podcast radiophoniques et d’autres éléments que je vous laisse découvrir. La structure narrative est donc éclatée, polyphonique et totalement barrée.

 

Et ça fonctionne à plein régime ! On n’est jamais perdu même si l'on explore une âme tourmentée et un milieu bien hardcore. Les âmes sensibles ou prudes risquent de passer leur chemin très vite tant on tourne autour d’une obsession centrale chez Ganymède : son corps. Le plaisir qu’il prend, qu’il donne avec moult détails anatomiques mais aussi sensoriels. C’est désarçonnant parfois heurtant, ça va loin mais ce n’est jamais gratuit ou voyeuriste. On est dans l’intimité de cet homme qui est livré nu ou du moins à découvert sur certains aspects de sa vie, les zones d’ombre sont légions et le resteront sans nourrir de regret chez le lecteur.

 

On s’accroche donc malgré un désespoir perlé qui nourrit une mélancolie terrible, celle de Ganymède un jeune homme perdu et entier à la fois. En témoignent, ses vers libres qui émaillent le roman entre deux autres documents, envolées lyriques fulgurantes qui sont autant de flèches en plein cœur. Il y a de l’aplomb et de la démesure dans ses mots et ses maux mais la langue est merveilleuse de modernité (ça pique, ça se répond, ça casse, ça se répare pour mieux se briser de nouveau ensuite) et la portée réflexive assez bluffante.

 

On referme Mille millilitres de Ganymède un peu sonné, conscient d’avoir lu un ouvrage pas évident, qui vous met à l’épreuve mais vous apporte aussi un plaisir de lire incroyable.

14 août 2026

"Carnets indigènes" de Miroslav Misak


L’histoire : Dans les forêts sauvages des Carpates, un homme des bois est devenu la bête noire des chasseurs et des forestiers. Sveto se sent chez lui sur ces versants boisés qui l'ont vu naître, parmi les lynx, les ours et les loups. Quand il n'est pas occupé à planter des arbres à l'étranger, il passe son temps dans ces forêts qu’il aime. Il n’a pas un sou en poche, mais quand les érables flamboient, à l’automne, il est l’homme le plus riche du monde.


Il mène une vie solitaire jusqu’au jour où il rencontre Nadia, qui élève seule sa fille et peine à trouver un sens à sa vie citadine. Se présente alors l’occasion de cheminer à deux et de s’émerveiller ensemble.

 

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vous propose la chronique d’un ouvrage apaisant et profondément marquant à la fois (vu les temps qui courent, ce n’est pas du luxe !). Paru avant l’été chez Paulsen, une maison d'édition appréciée au Capharnaüm éclairé, Carnets indigènes de l’auteur slovaque Miroslav Misak est un bonheur de lecture, une invitation au lâcher prise, à la découverte de la Nature, de nous-même et de l’autre. Court mais suffisant, écrit dans un langage envoûtante et riche, ce premier roman est une ode à tout ce qui vit et respire.

 

Sveto, quand il ne plante pas des arbres aux quatre coins du monde, revient toujours dans sa chère forêt des Carpates, un havre de paix qui l'apaise, l’habite littéralement. Il arpente sans cesse, par tous temps et en toutes saisons, les versants boisés de ce petit coin de Paradis, territoire des lynx, ours et loups. Marche, bivouac, observations, écriture de poèmes sont son lot quotidien et éclairent sa vie. Il vit chichement mais il n’est évidemment par matérialiste, la richesse pour lui se mesurant avec l’expérience et ce que l’on observe, ce que l’on comprend, ce que l’on apprend et la nature est un trésor en la matière.

 

Et puis vient Nadia une jeune mère célibataire qu’il a "rencontré" sur les réseaux sociaux et qui montre un intérêt non feint pour son mode de vie. Sveto va lui ouvrir sa vie et elle l’accompagne sur plusieurs expéditions pour "comme ils disent" contempler ensemble. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer car la citadine s’émerveille de ce qu'elle ressent. Malgré la rudesse des conditions de voyage et certains moments plus âpres, elle se recentre et reconsidère sa vie. Et puis Sveto est bien attirant et la réciproque est vraie.

 

Mais ne vous y laissez pas tromper, cet arc sentimental est très secondaire car évoqué par une dizaine de phrases tout au plus sur l’ensemble de l’ouvrage, il découle du reste, il y fait écho. Ici on s’extasie devant les mouvements du soleil, la rosée du matin, le souffle du vent, le bruissement des insectes, les déplacements d’animaux, le doux murmure des ruisseaux et rivières et tout un luxe de détails ciselés qui nous englobent dans un microcosme au charme envoûtant. Cet ouvrage, c’est avant tout une immersion totale dans ces Carpathes foisonnantes de vie où l’empreinte humaine est encore relativement réduite même si certains braconniers sévissent. Mais Sveto sait leur jouer des tours pour les détourner de leurs objectifs sanguinaires.

 

Ce récit est tout simplement beau, plein. Au contact de la nature, les corps et les esprits se libèrent, s’ouvrent. On redevient un, on se confronte à soi, on se reconstruit. Hymne au rythme lent, à la compréhension de la vie dans son fonctionnement et son ancrage, ce texte possède une beauté confondante qui nous emporte et nous accompagne à la fois, libérant une foule d’émotions et de ressentis que l’on aborde autrement, plus complètement et profondément. Le lecteur captif, réceptacle volontaire et pénétré par le sujet, tourne les pages avidement.

 

On referme l’ouvrage un peu déboussolé, il faut revenir à la vraie réalité mais elle n’a plus tout à fait la même saveur. Elle paraît plus douce, plus apaisée. Un grand coup de cœur littéraire pour un ouvrage à la sensibilité et à la portée universelle.

9 août 2026

"Alma" - Intégrale - de Timothée de Fombelle

 


L’histoire : 1786. Quittant la vallée d'Afrique qui la protégeait du reste du monde, Alma, 13 ans, part seule à la recherche de son petit frère disparu. Pendant ce temps, à La Rochelle, le jeune Joseph Mars embarque clandestinement sur La Douce Amélie, l'imposant navire de traite du cruel capitaine Gardel. Il est en quête d'un immense trésor, mais c'est Alma qu'il va découvrir...

La critique de Mr K : Très très belle lecture de vacances au programme de la chronique du jour avec le triptyque Alma de Timothée de Fombelle dont j’avais déjà hautement apprécié le diptyque Vango. Il m’a été une fois de plus conseillé par ma collègue documentaliste qui n’a pas son pareil pour me donner des idées de lectures qui font mouche. Aventure, passion, histoire et engagement sont au cœur d’une œuvre marquante et orchestrée de main de maître. C’est un vrai coup de cœur !     

C’est avant tout une superbe évocation historique avec un focus sur la traite des nègres et la naissance du capitalisme moderne avec son lot de cupidité, d'enrichissement personnel au détriment de la morale la plus élémentaire. Rien ne nous est épargné depuis la conception des navires en passant par leur armement, la préparation de l'expédition, la descente vers l’Afrique et les négociations pour acheter les esclaves. Le voyage vers les Amériques et les horribles pertes qui l’accompagnent, la vente sur place et le traitement inhumain qu'on fait subir aux esclaves dans les plantations. C’est aussi un focus sur la société de l’époque, les mœurs, les tensions sous-jacentes de la société qui vont aboutir à la Révolution Française avec des scènes cultes de l’histoire revisitée au passage de nos protagonistes. L'auteur multiplie les détails sans en rajouter, toujours soucieux d'une vérité historique de tous les instants et un plaisir de lire optimum. L'immersion est totale, désarçonnante, parfois très rude mais toujours éclairante. J’aurais adoré lire ce livre en quatrième ou en seconde lorsqu'on étudie la période moderne, l'esclavage et la Révolution en classe.     

On se prend de suite d'affection pour tous les personnages même les plus iniques. Ils viennent de tous les horizons, sont de toutes les conditions et chacun est traité avec un luxe de détails, de finesse et de nuances. Chacun ici ou presque possède sa part d'ombre, sa part de lumière, l'être humain dans toute sa subtilité est décrit avec justesse. Difficile de parler de tous ces personnages tant ils sont nombreux et intéressants. Il y a bien évidemment Alma victime du système esclavagiste qui part à la recherche de son jeune frère enlevé par des marchands d'esclaves. Elle est jeune et impétueuse, descendant des Okos de par ses parents. Avant l’enlèvement de son jeune frère qui précipite les événements, la famille vit coupée du monde dans une vallée cachée et protégée par des falaises, en harmonie totale avec la Nature. Alma est douée d'un don unique comme chacun des membres de sa famille, elle va entreprendre un voyage à nul autre pareil, affronter de multiples dangers et rencontrer des gens qui vont marquer et infléchir sa vie. En parallèle, on suit Joseph, un jeune petit gars issu de l'assistance publique qui court après un mystérieux trésor qui serait sur le navire sur lequel il a embarqué. Ces deux-là sont faits pour se rencontrer et cela va changer leur existence à jamais. L’auteur ne les préserve pas pour autant, leurs destins entrecroisés les éloignent régulièrement l’un de l’autre et il faut garder ses nerfs en tant que lecteur !     

Il y a aussi Gardel, le capitaine esclavagiste du navire, un monstre de cruauté qui régit son navire comme un roi sur son royaume. Plus fin et cachant son jeu (du moins au tout départ), Saint Ange est un personnage qu’on adore détester tout le long de la lecture, c’est un jeune parvenu, ambitieux et sans morale qui souhaite avant tout la richesse et l'amour d’Amélie de Bassac, attirance non partagée qui va lui faire commettre de belles atrocités. Il y a aussi Mozy le père d'Alma, ancien chasseur d’esclaves, qui remue ciel et terre pour retrouver les siens enlevés par les blancs. Beaucoup d’autres personnages interviennent un peu plus tard lorsque l'action se déroule sur le nouveau continent et lors des événements plus tardifs se déroulant en France, pays alors plongé en pleine Révolution Française. Ce livre foisonne de personnages qui se répondent les uns aux autres et qui donnent à lire un récit aux ramifications nombreuses et passionnantes. Il n'y a pas de quoi s'ennuyer et je peux vous dire qu'une fois qu'on a commencé le premier tome, il est difficile de relâcher le récit avant la fin du troisième.     

L’immersion est donc totale, l’addiction galopante. Les émotions se bousculent, se succèdent et se complètent. On passe vraiment par tous les états entre espoir, sérénité et tensions extrêmes où tous les vices humains sont explorés. C’est éprouvant j’avoue, ce sont les montagnes russes. Malgré des phases d’abattement (les personnages prennent cher quand même), on est irrémédiablement poussé à lire le chapitre suivant, les pages se tournent toutes seules.     

Ce triptyque est un véritable bijou de littérature jeunesse d'ailleurs tout le monde peut le lire sans problème, l'auteur ne sacrifiant jamais la qualité littéraire au profit de l'âge présumé du lecteur. C'est très très bien écrit, c'est beau entre contemplation et pages descriptives terribles et scènes d'action trépidantes et échanges vifs entre personnages. Le rythme ne se dément jamais, la trame est superbement maîtrisée et offre un roman feuilleton d'une force rare qui se partage entre aventure, dénonciation de la barbarie humaine et description au cordeau de l'époque "dite" moderne. Une expérience de lecture à part assez unique que je vous encourage à faire à votre tour au plus vite ​

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4 août 2026

Acquisitions estivales


Retour aujourd'hui sur un premier lot d'acquisitions effectuées depuis quelques mois, pour être honnête certaines datent d'avant le début officiel de l'été -oups-. Comme à l'habitude, c'est très varié et très encourageant pour la suite sauf pour nos PAL mais ce discours, vous l'avez lu des dizaines de fois sur ce blog.

 

 

Une belle photo de famille comme vous pouvez le constater ! J'ai toujours autant de mal à dire non à un livre que me tend ses petites pages en me suppliant de l'adopter. Voici donc maintenant la traditionnelle revue de détail des nouveaux arrivants dans nos PAL.

 

 

- Respire d'Anne-Sophie Brasme. Un livre qui date d'avant la prise de pouvoir de Bolloré sur la ligne éditoriale de la maison d'édition Fayard avec le récit d'une relation perverse entre deux jeunes filles qui va mener l'une d'entre elles à commettre l'irréparable. J'ai lu de très bons échos sur ce titre, je pense qu'il sera dévoré très vite.

 

- La Guerre des pauvres d'Eric Vuillard. C'est le titre du livre qui m'a interloqué et qui m'a poussé à m'y intéresser. On y suit les événements qui se sont déroulés en 1524 dans le sud de l'Allemagne, une insurrection populaire qui va déborder sur les régions adjacentes et mettre à mal les pouvoirs en place. L'auteur s'intéresse à un compagnon de route du mouvement,Thomas Müntzer, un théologien à la vie romanesque qui méritait d'être racontée. J'ai bien hâte de voir ce que cela va donner !

 

- T'es pas ma mère de Prune Bergé. Née sous X, l'héroïne de ce court roman va, des années plus tard, être recontactée par sa mère biologique. La voila qui se retrouve avec deux familles et beaucoup de questions existentielles. Un ouvrage qui a très bonne presse pour un sujet intéressant et rude à la fois. 

 

 

- Ce que je sais de Vera Perdida de Véronique Ovaldé. Un livre d'une auteure qu'on aime au Capharnaüm éclairé avec une histoire se déroulant sur une île imaginaire où trois générations de femmes semblent vouées à enfanter des filles sans père. Mais la petite dernière veut briser la malédiction qui semble s'acharner sur la lignée et décide de quitter l'île pour une vie meilleure. Un pitch accrocheur et une plume magique, tous les ingrédients sont là pour que cette lecture soit mémorable.

 

- Le Roman de Saint-Petersbourg de Vladimir Fédorovski. Pour les 300 ans de la création de la ville de Saint Petersbourg, Vladimir Fédorovski a écrit cet ouvrage qui propose de mettre en scène les grands moments de l'Histoire de la cité. On croise du beau monde dans ces pages : Pierre le Grand, Catherine II, le prince Potemkine, Pouchkine, Dostoïevski, Éon, Balzac et bien d'autres. Parce que la Russie ne se résume pas à Poutine et sa clique, que la culture russe et son histoire sont passionnantes, je pense que ce sera une très très bonne lecture. 

 

- L'origine de la violence de Fabrice Humbert. Un voyage scolaire au camp de Buchenwald va bouleverser la vie du jeune professeur, héros de ce roman. Le passé familial ressurgit, un passé que l'on s'est évertué à cacher et qui va littéralement exploser. Un livre bien tentant qui m'avait été conseillé il y a longtemps par un collègue et qui aujourd'hui a rejoint ma PAL.

 

 

- Comedia de Thierry Jonquet. J'adore cet auteur et j'ai réussi à mettre la main sur un titre que je n'ai pas lu de lui (et un autre qui va suivre juste après). Ici, un vieux cinéphile théâtreux est abattu en région parisienne. On sait comment et par qui, mais pourquoi ? Les raisons se trouvent dans un passé trouble qui évoque Franco, Rosa Luxembourg, les charniers nazis, les studios d'Hollywood et la France des eighties. Sacré programme, non ? 

 

- Le Manoir des immortelles de Thierry Jonquet. Annoncé comme un roman noir policier, un policier est sur les traces d'Hadès un tueur au nom prédestiné. Je n'en sais pas beaucoup plus mais j'imagine que connaissant l'auteur, ça va être sombre et bien tordu. La quatrième de couverture est intrigante à souhait en tous les cas !

 

- Le Cercle celtique de Björn Larsson. Des amoureux en fuite dans un voilier poursuivis par des inconnus prêts à tout, la mer immense qui cache de sinistres vérités... ce roman maritime (un genre que j'aime beaucoup) est bien tentant et annonce un bon moment d'évasion et de suspens. 

 

- Un endroit discret de Seichô Matsumoto. Écrit dans les seventies, ce roman policier nippon est considéré comme un classique au pays du Soleil levant. Un homme perd sa femme d'une crise cardiaque mais en creusant un peu, sa douce et calme épouse semblait avoir une double vie... Cela fait maintenant un petit temps que je n'ai pas lu de littérature asiatique, ce sera l'occasion de s'y replonger.

 

 

- Légendes présenté par Robert Silverberg. Onze des plus prestigieux auteurs de fantasy contemporaine relèvent le défi d'imaginer une histoire inédite se déroulant dans leur univers de référence. On retrouve parmi les "invités" le King, Pratchett, Goodking, Martin, Feist notamment. Un bon casting pour un recueil qui promet beaucoup.

 

- Aqua de Jean-Marc Ligny. Un roman fleuve de plus de 950 pages autour de la thématique de l'eau et des convoitises qu'elle suscite dans un monde ultra-capitaliste où seul compte le profit. Nous sommes en 2030 et la guerre de l'eau a débuté. Ce sera ma première incursion dans la bibliographie de cet auteur hautement recommandé à de multiples reprises lorsque nous assistions à des conférences aux Utopiales. J'ai bien hâte de voir ce que cela va donner. 

 

- Histoire de Lisey de Stephen King. Lisey a passé 25 ans à partager les secrets et les angoisses de son écrivain de mari. Quand ce dernier décède, elle s'immerge dans les papiers qu'il a laissés et qui vont la faire s'enfoncer de plus en plus dans les ténèbres. Obsession, trouble et réflexion autour des sources de la création sont au cœur de ce récit très apprécié des fans du maître. En sera-t-il de même pour nous ? Réponse ici d'ici quelques temps.

 

 

- Les Autres Dieux de H. P. Lovecraft. Sans doute mon auteur favori en matière de fantastique, j'ai tout lu de Lovecraft ou presque mais je ne refuse pas à l'occasion d'acquérir une édition ou un recueil qui m'aurait échappé. Cette couverture m'a de suite attiré l’œil et l'ouvrage compile huit nouvelles dont certaines très connues. Ce sera un vrai plaisir de s'y replonger !

 

- L'appel des étoiles de Ken Follett.  Il s'agit d'un livre jeunesse que Ken Follett a écrit pour ses enfants. Deux jumeaux qui en ont assez de s'occuper de leur petit cousin pénible se voient proposer un voyage à l'autre bout de l'univers par un oncle qu'ils n'avaient jamais rencontré auparavant. On change donc des registres habituels de l'auteur (plutôt dans le roman historique et dans le thriller / espionnage d’habitude). Qui lira verra, mais j'ai un très bon pressentiment. 

 

- Le Crâne percé d'un trou d'Évelyne Brisou-Pellen. La chance une fois de plus était avec moi quand elle a mis sur ma route un nouvel ouvrage de cette auteure adorée lors de mes années collège. On devrait retrouver ici l'univers policier moyen-âgeux teinté d'humour que j'avais apprécié lors d'une lecture récente Le Fantôme de maître Guillemin. Ici, l'action se déroule au Mont Saint Michel où des morts suspectes s'accumulent autour du crâne de Saint Aubert. malédiction ou assassin bien humain ? That is the question. 

 

Un très beau lot de nouveautés pour nos PAL, des heures de lecture et de plaisir à venir et de futures chroniques à prévoir. Miam miam !

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