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Le Capharnaüm Éclairé

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3 septembre 2026

Désherbage en folie !


Il est temps aujourd'hui de vous parler de nouvelles acquisitions réalisées en juin dernier dans le cadre d'un désherbage de médiathèque dans notre secteur géographique. Ce fut une véritable orgie livresque notamment pour le fan de récits SF et fantasy que je suis. Jugez plutôt !

 

 

Je vous avais prévenu ! Quelle belle récolte et pour seulement 1€ chaque volume ! Entre les auteurs que j'adore, ceux que je voulais enfin découvrir et des ouvrages qui sont dans ma wishlist depuis des années, je me suis gâté et le tout dans de belles éditions grand format. Rien que de vous en parler, cela me donne envie de tout lâcher et de me plonger dans ces ouvrages ô combien alléchants ! Passons à la présentation !

 

 

- La Saison des singes et L'Empire du sommeil de Sylvie Denis. Je vais enfin pouvoir découvrir cette auteure que je connais uniquement par ses interventions que j'ai pu écouter et voir lorsque nous allions aux Utopiales. Plus d'une fois, je me suis dit qu'il fallait que je lise quelques titres d'elle, enfin je vais pouvoir passer à l'acte ! Ce diptyque estampillé space opera promet beaucoup entre aventure et suspens, se déroulant sur plus de mille ans et abordant le rôle de la technoscience sur fond de chasse à l'homme et de réflexion sur le pouvoir et ses arcanes.

 

- Jihad de Jean-Marc Ligny. Un autre auteur que je souhaitais découvrir depuis longtemps pour les mêmes raisons que Sylvie Denis. Présenté comme un thriller de politique-fiction, le récit est une histoire de vengeance sur fond de France déchirée avec l'extrême droite au pouvoir. Toute ressemblance avec une actualité future possible est fortuite mais malheureusement très probable vu les sondages que l'on nous sert régulièrement. Ça n'augure pas d'une lecture optimiste mais je la trouve tout de même diablement tentante.

 

- La Longue utopie de Terry Pratchett et Stephen Baxter. Il s'agit du quatrième tome de la pentalogie du Cycle de la Longue terre initiée par deux auteurs cultes et dont je n'ai lu que les trois premiers tomes. Je replongerai avec délice dans ce récit foisonnant de terres parallèles où les humains ont trouvé refuge suite à la plongée dans l'hiver volcanique de la Terre mère. L'utopie existe-t-elle toujours ? Car tout a un coût et on ne peut échapper à son passé. Que deviennent les héros des tomes précédents ? J'ai hâte d'en savoir plus.

 

 

- Demain et le jour d'après de Tom Sweterlitsch. Un thriller d'anticipation où un homme brisé par la perte de sa femme dans un attentat nucléaire se lance dans une enquête sur la disparition d'une femme assassinée. Œuvre présentée comme sombre et implacable, son auteur jouit d'une excellente réputation dans le milieu littéraire, je vais pouvoir vérifier cela avec ce polar mâtiné de SF qui, paraît-il, dépote !

 

- Le Courage de l'arbre de Léafar Izen. Space opera encore, avec un titre séduisant qui interroge sur notre hyper connectivité et notre rapport à l'environnement. Un arbre prodigue et mystérieux qui a permis à l'humanité de conquérir une bonne partie de la galaxie, un réseau de communication tentaculaire qui synchronise le temps des hommes et fait vibrer leurs âmes au son du même diapason, une jeune ethnologue qui étudie les origines de notre espèce, un bricoleur de génie qui vit de trafics en tout genre et une traque qui va débuter pour essayer de les attraper car ils menaceraient l'équilibre du monde... C'est typiquement le genre de pitch qui me tente !

 

- La Mer sans étoiles d'Erin Morgenstern. Voila un ouvrage que j'avais repéré lors de sa sortie en avril 2020 et que j'ai laissé passé. Il s'est donc rappelé à mon bon souvenir et je l'ai adopté immédiatement. Il faut dire que la quatrième de couverture est accrocheuse au possible avec un livre mystérieux qui raconte votre enfance, une quête qui débute et un étrange labyrinthe souterrain, les rives d'une mer sans étoiles, des tunnels tortueux et des cités perdues. Ce roman semble vraiment fait pour moi !

 

 

- Rive gauche et Cité de Pierre Bordage. Là encore des livres que je souhaitais acquérir depuis longtemps avec cette rencontre de Pierre Bordage avec l'univers de Glukhovsky , ce dernier l'ayant invité à écrire une œuvre sœur à sa trilogie Metro, une trilogie que j'ai adoré. L'action se déroule donc à Paris, nous sommes toujours en 2033 et les humains ont été chassé de la surface suite à un apocalypse nucléaire. Ça promet là aussi beaucoup mais il me reste à trouver le tome 2 Rive droite pour pouvoir envisager cette lecture car une fois débutée, je ne pourrais plus m'arrêter !

 

- Le Livre de Koli, Les épreuves de Koli et La Chute de Koli de M. R. Carey. Une trilogie se déroulant dans une "Engleterre" future où la civilisation semble avoir régressée et où quelques-uns s'accaparent des bribes de technologies et le pouvoir. Le jeune héros qui donne son nom aux titres veut changer les choses et son destin déjà tout tracé mais le peut-il vraiment ? À priori, on est dans le domaine des grands romans initiatiques. J'avais été déçu par Celle qui a tous les dons lors de sa sortie, je donne une deuxième chance à cet auteur très apprécié dans le milieu. Gageons que je ne sois pas déçu.

 

 

- Conan Le Cimmérien de Robert E. Howard. Impossible de résister avec ce premier volume de l'intégrale dédiée à Conan, un héros de mon enfance aux récits vifs, enlevés et diablement séduisants pour un petit gars timide qu'on emmerdait régulièrement au collège, comme l'auteur d'ailleurs qui a créé son personnage culte pour exorciser ses peurs. Sans doute la plus belle édition en langue française, cet ouvrage comprend de nombreux récits et notes autour de cette figure quasi mythologique qui a vécu mille aventures dans un univers sombre et décadent. Miam miam !

 

- L’Âme des Parangon de Pierre Grimbert. Encore un auteur que j'apprécie beaucoup et qui ne m'a jamais déçu. On retourne ici dans l'univers découvert dans Le Sang des Parangons où l'on retrouve des centaines de condamnés au bagne libérés par les circonstances, en l’occurrence une gigantesque tempête de sable. Les voila libres à nouveau mais plongés dans un territoire inhospitalier près d'une cité ancienne exhumée par les éléments mais dont aucune carte ne mentionne le nom. Est-ce un signe ou une malédiction ? Seule la lecture de ce livre en donnera la réponse. 

 

- Imajica de Clive Barker. Un sacré auteur là encore que je n'ai pas pratiqué depuis longtemps et que je prendrai plaisir à retrouver sans aucun doute. Fresque épique, récit à couper le souffle, les qualificatifs ne manquent pas chez les confrères blogueurs pour qualifier cette œuvre se déroulant à la croisée des mondes et des dimensions mettant les êtres humains aux prises avec des êtres étranges et des énigmes métaphysiques. Quand on sait qu'en plus Imajica a reçu le prix Julia Verlanger, je crois que je ne me suis pas trompé en le glissant dans ma PAL. 

 

 

- Le Dixième vaisseau de Pierre Bordage. Encore un Bordage mais plus à destination d'un public jeunesse avec une histoire d'expédition aux confins des mondes connus à la rencontre d'une intelligence extraterrestre. Le problème, c'est que personne n'en est jamais revenu ! Un pitch classique mais qui fait son petit effet. Wait and read !

 

- Dix jours avant la fin du monde de Manon Fargetton. Comme son titre l'indique, un compte à rebours implacable est en route, passé ces dix jours, le monde disparaîtra, l'apocalypse est tout proche ! On suit six hommes et femmes que le destin a réuni pour vivre une expérience initiatique à nulle autre pareil. Impossible de résister à une telle mise en bouche, j'espère ne pas être déçu. Les premiers échos que j'ai pu en lire étant enthousiastes en tout cas.

 

- L'Autre : Le Souffle de la hyène de Pierre Bottero. Il s'agit du premier tome d'une trilogie, j'ai craqué car j'aime beaucoup l'auteur. Natan habite au Canada, il excelle dans tous les sports au point que c'en est étrange. Shaé vit près de Marseille. Elle possède, tapie au fond d'elle-même, une Chose qu'elle ne maîtrise pas. Lorsqu'ils se rencontrent à Marseille, ils comprennent que leurs existences sont liées… J'attendrai de trouver les deux volumes suivants pour me lancer dans ce récit très apprécié des jeunes lecteurs avec en toile de fond l'éternelle lutte entre le Bien et le Mal. 

 

PAL explosée, promesses de nombreuses heures de lecture, de quoi préparer les prochains mois (années) à venir qui franchement ne donnent pas envie quand on voit ce qui se profile en terme d'actualité. Plus que jamais, la lecture doit être un sanctuaire et source d'épanouissement, à ce niveau là je suis totalement paré !

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1 septembre 2026

"Le manoir des immortelles" de Thierry Jonquet


L’histoire : Pauvre Numéro 52 ! Il se promène, insouciant, satisfait. Il ignore que dans l'Empire des Morts, Hadès le guette, l'épie. Et que bientôt, il traversera les eaux noires du Styx pour venir le tuer. Comme il a tué Numéro 28. Comme il a tué Numéro 42. Et là-bas, dans le manoir, Lola, dédaigneuse de ces querelles, dort.

 

La critique de Mr K : Retour vers un auteur très apprécié aujourd’hui avec la chronique du Manoir des immortelles de Thierry Jonquet qu’on ne présente plus et qui était une pointure en terme de romans policiers et / ou noirs. Une fois de plus avec ce titre, il arrive à surprendre le lecteur et à l’emmener vers des rivages littéraires troubles et déstabilisants. Encore une belle lecture !

 

Hadès est un tueur. C’est quasiment tout ce que l’on sait de lui si ce n’est qu’il réside dans un manoir perdu au milieu de nulle part, qu’il s'est entiché d’une certaine Lola qui semble le dédaigner et qu’il surveille notamment depuis un studio loué en face de chez elle d'où il observe les allers et venus d’hommes qu’il désigne par des numéros. A certains moment, il décide de les faire passer de vie à trépas quand ils font quelque chose qui lui semble profondément anormal. Bien évidemment, l’auteur se garde bien d’en dire plus. Il va falloir lire l’ensemble de l’ouvrage pour découvrir la nature et la raison des actes de ce personnage bien borderline.

 

En parallèle, on suit l’enquête menée par le commissaire Salarnier qui a fort à faire avec une série de meurtres horribles où la victime est décapitée de façon nette et précise à l’aide sans doute d’une faux. Lui et son équipe pédalent dans la choucroute, le meurtrier prenant bien soin de ne laisser quasiment aucunes traces derrière lui. On apprend assez vite que Salarnier est en train de perdre sa femme, victime d’un cancer du sein et suivant un traitement de chimio depuis longtemps, sans réel succès. La tension est maximum, le craquage pas très loin.

 

Comme dit précédemment, on navigue vraiment en eaux troubles. Il est difficile de pouvoir se faire une idée précise des motivations des uns et des autres. On avance prudemment dans une lecture qui bascule à la moitié de l’ouvrage vers une autre direction. Les éléments au départ disparates commencent à se relier, à se répondre et l’on commence à voir vers où veut nous emmener l'auteur. Vous pouvez compter sur lui pour explorer les failles et déviances de l’esprit humain, il y a de beaux spécimens ici. Souvenirs douloureux, passion / pulsion, le deuil et la mort, autant de thématiques que l’intrigue décortique nous livrant des personnages en prise avec des luttes intérieures féroces.

 

C’est comme toujours écrit finement, sans manichéisme et avec un amour certain. C’est simple et profond à la fois, l’auteur ne se refuse rien, y compris une fin totalement apocalyptique laissant le lecteur sur les genoux et totalement sonné. C’est typiquement le genre de lecture que j’adore entre grandes émotions et réflexions sur le genre humain. Bon, par contre, ça ne brille pas par son optimisme, mais notre espèce ne s’y prête guère, non ?

 

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Folle aventure des bleus
- Le Bal des débris
- Les Orpailleurs
- Le Pauvre nouveau est arrivé !

Moloch
Mémoire en cage
La bête et la belle
La vie de ma mère !
Mygale
- Ad vitam aeternam

28 août 2026

"La piqûre d'abeille" de Paul Murray


L’histoire : Ça ne tourne plus vraiment rond dans la famille Barnes. Dickie, dont le garage automobile est sur le point de péricliter, passe ses journées dans les bois à construire un bunker avec un survivaliste. Imelda, sa femme, ancienne reine de beauté, met ses bijoux en vente sur eBay. Cass, leur fille, brillante élève, semble déterminée à saccager son avenir dans une beuverie effrénée. Enfin, PJ, le cadet, passionné de sciences naturelles comme de jeux vidéo, s'apprête à fuguer pour retrouver un mystérieux inconnu...

À quel moment le cours des choses a-t-il déraillé ? Faut-il remonter jusqu'à cette piqûre d'abeille qui a fait virer le mariage d'Imelda au cauchemar ?

 

La critique de Mr K : Première lecture de la rentrée littéraire de septembre 2026 et une sacrée claque que ce roman chorale qui décortique une mécanique familiale avec un rare brio. Ce roman venu tout droit d’Irlande est une petite merveille de construction et de finesse. Nul doute que La piqûre d’abeille de Paul Murray restera longtemps gravé dans ma mémoire de lecteur !

 

Rien ne semble plus aller chez les Barnes depuis un certain temps. À travers leurs divers points de vue s’étalant sur plusieurs mois, l’auteur nous propose d’essayer de saisir les tenants et aboutissants d’une situation au bord du dérapage dans cette famille de prime abord plutôt classique et sans histoire mais qui cache comme chez tout le monde des secrets inavoués, des zones d’ombre que les non-dits, les habitudes ou les replis sur soi de certains membres vont masquer. Le déroulement des événements et des ressentis vont mener à une conclusion terrible qui cueille littéralement le lecteur prisonnier de ces pages fascinantes.

 

Ainsi le père, Dickie, gestionnaire d’un garage en plein déclin dans une ville moyenne de campagne semble se désintéresser complètement de son entreprise (héritage familial) pour se consacrer à la construction d’un abri survivaliste en compagnie d’un homme à tout faire qu’Imelda la mère de famille ne supporte pas. On apprend vite qu’elle a épousé son mari suite à la mort de son fiancé dans un tragique accident de voiture, le propre frère de Dickie. Elle semble vivre avec de la rancœur et la sensation d’avoir gâché sa vie, de vivre avec des fantômes. Leur fille Cass est aussi en déserrance et s’imbibe régulièrement à l’alcool pour oublier quoi ou qui ? Elle se cherche et ne se rend pas compte que le petit dernier, PJ ne va pas bien non plus et se rapproche d’un ami qu’il ne connaît que sur les réseaux et l'incite à le rejoindre à Dublin.

 

Les chapitres sont plutôt longs au départ, une cinquantaine de pages chacun (l'ouvrage compte un peu plus de 600 pages) et permet à chaque changement de focalisation d’en savoir un peu plus sur chacun des personnages. Au départ, comme souvent dans ce type de narration, on navigue un peu à vue, on ne comprend pas tout. À la manière d’un puzzle, les pièces sont bien mélangées mais des liens se font jour et des flash-back bien placés vont densifier le récit et lui apporter une cohérence qui prend de plus en plus d’ampleur.

 

On explore la psyché humaine dans toute sa complexité avec ses luttes intergénérationnelles, le poids de la famille, les attentes de chacun, les routes qu’on prend dans l’existence et les choix qui peuvent avoir des conséquences dramatiques. On navigue constamment entre belles envolées d’espoir et retour à la réalité rude avec des êtres qui se débattent avec leur vie, tentant de la rendre à nouveau belle mais qui semblent embourbés dans des logiques bien trop installées pour être bousculées facilement. On parle d’amour, de désir, de nature de soi que l’on peut trahir par sens du devoir, le sens du sacrifice qui nous revient en pleine face quand on s’y attend le moins, de la nature humaine parfois fragile parfois cruelle. Cela donne vraiment de belles pages sur notre espèce, notre façon d’essayer de passer les années avec le moins de dégâts possibles, illusion tragi-comique que résument très bien des discussions entre copines de tout âge, des scènes de la vie quotidiennes lourdes de sens et une accélération des événements qui peut nous prendre de cours.

 

Le roman est épais mais se lit quasiment d’une traite avec un plaisir renouvelé. La construction est parfaite, millimétrée et finement pensée pour garder captif le lecteur. La langue est belle, vive et dense. On est dans l’exigence et l’accessibilité en même temps, l’Irlande d’aujourd’hui est évoquée avec justesse et une contemporanéité qui touche en plein cœur. On ne s’ennuie pas une seconde et c’est vraiment sur les genoux que l’on finit cette lecture à la fois marquante et inspirante. Une grande et belle œuvre que je vous invite fortement à découvrir à votre tour.

24 août 2026

"L'École ronde" d'Anne Pierjean


L’histoire : Une école dans un pré entouré de tourne-sols et partout le grand silence de la montagne...

Pourtant il s'en passe des choses pour Mademoiselle Arpège, son chien Berlingot, Anne, Anouche, Marie, Chris le fils du garde forestier et tous les enfants espiègles et tendres de cette école pas comme les autres.

Que d'aventures ! C'est au fil des mois, l'enlèvement de Yorik, le faon, par les braconniers, la fugue du chien Patch, les incartades de la poule Jacotte, les malheurs de Brise-Lise - cette Lise qui casse tout - et bien d'autres mystères autour des bêtes familières et sauvages de la montagne et des enfants heureux de l'Ecole Ronde.

 

La critique de Mr K : C’est en faisant une balade en vélo avec Little K que nous sommes tombés sur cet ouvrage dans la boîte à livres qui jalonne notre parcours. La couverture m’a attiré l’œil de suite rappelant des souvenirs de mes lectures de la collection Rouge et or. La quatrième de couverture étant engageante, j’ai embarqué l’infortuné livre laissé de côté pour pouvoir le faire lire plus tard à ma fille. Mais en attendant, il fallait bien quand-même que j’en jauge le contenu, c’est donc avec attente et enthousiasme que j’entamai L’école ronde de Pierjean, écrit en 1974 ! Je n’ai pas été déçu, l’ouvrage n’a pas pris une ride, possède un charme profond et transmet de good vibes.

 

Au cœur du récit un ensemble de personnages gravite dans et autour de la fameuse école ronde qui donne son nom au livre. C’est une mignonne école de campagne, plongée en pleine nature où tout le monde ou presque est heureux. Une image surannée certes mais enveloppante et qui provoque une curiosité et une appétence immédiate. On y croise des élèves charmants, coquins parfois et soucieux de vivre de bons moments ensemble. La maîtresse et son chien veillent au grain, tout le monde a sa place, des premiers de la classe aux loulous amateurs de mauvais coups et autres "luneux" plongés constamment dans leurs pensées (mes préférés, je pense notamment à Clothaire dans la série des Petit Nicolas).

 

Évidemment, il faut qu’il se passe des choses pour que le récit prenne encore plus et on alterne les petites histoires du quotidien jusqu’à parfois des soucis plus importants. On suit ainsi les mésaventures d’une petite fille très maladroite qui se fiche de l’avis des autres, les pérégrinations d’une poule chef de basse cours qui cache un grand cœur, la disparition d’un chien qui alarme tout le monde ou encore le rapt par de vilains braconniers d’un faon. Enquêtes, discussions et interrogations sont au programme et donnent à voir des animaux parfois très malins et des gamins débrouillards et parfois plus sensés que les adultes.

 

Chaque trame et les interludes qui les lient parfois s’adaptent au jeune public en exprimant simplement et finement à la fois les enjeux et sentiments en jeu. On se laisse bercer par un climax apaisant non sans tension. On se met à hauteur d’écolier, on partage leurs joies et craintes, on parle avec les animaux et l’on se recentre sur l’essentiel à travers de belles leçons de vie autour de l’amitié, l’amour et l’importance d’être soi. On baigne dans une espèce de gangue cotonneuse, on sait bien que rien de grave ne peut survenir, que tout se finira bien, cependant on ne tombe pas pour autant dans la mièvrerie et le easy reading. En creusant, en recontextualisant aussi par rapport à la date de parution de l’ouvrage, on se rend compte que ce petit livre est grand dans ce qu’il aborde avec notamment une vision bien saisie parfois autour de la problématique de la place des femmes dans la société.

 

Très accessible dans l’écriture sans jamais tomber dans la facilité, ce petit ouvrage est un réel bonheur de lecture que l’on parcourt vite avec l’envie constante de progresser. Nul doute qu’il ravira Little K et tout primo lecteur amateur de douceur littéraire.

22 août 2026

"Le Crépuscule et l'Aube" de Ken Follett


L’histoire : En l’an 997, à la fin du haut Moyen Âge, les Anglais font face à des attaques de Vikings qui menacent d’envahir le pays. En l’absence d’un État de droit, c’est le règne du chaos.
Dans cette période tumultueuse, s’entrecroisent les destins de trois personnages. Le jeune Edgar, constructeur de bateaux, voit sa vie basculer quand sa maison est détruite au cours d’un raid viking. Ragna, jeune noble normande insoumise, épouse par amour l’Anglais Wilwulf, mais les coutumes de son pays d’adoption sont scandaleusement différentes des siennes. Aldred, moine idéaliste, rêve de transformer sa modeste abbaye en un centre d’érudition de renommée mondiale. Chacun d’eux s’opposera au péril de sa vie à l’évêque Wynstan, prêt à tout pour accroître sa richesse et renforcer sa domination.

 

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui attendait bien sagement dans ma PAL que le moment soit venu d’être lu. Vu le pavé, il fallait que ce soit l’été avec ses longues plages de temps libre disponible car je me connais, quand je commence un Ken Follett, j’ai du mal à faire ou à penser à autre chose tant il n’a pas son pareil pour rendre le lecteur captif et accro.

 

Le Crépuscule et l’Aube, préquelle des Piliers de la terre, nous propose d’aller à Kingbridge avant que la cité ne s’appelle ainsi. On plonge en toute fin de Xème siècle, dans une Angleterre à peine émergente, où le pouvoir royal reste encore fragile et critiqué, un pays en construction soumis à des attaques régulières de barbares vikings venus faire leurs courses sur les côtes comme une horde de consommateurs hystériques lors d’un Black Friday avec morts, rapines et viols en plus. La période est donc difficile et l’on survit comme on peut quand on est du mauvais côté de la barrière. Les privilégiés eux (nobles et ecclésiastiques) se la coulent douce ou presque.

 

Le roman s’ouvre sur une attaque viking qui survient en pleine nuit dans le petit village de Combe où réside Edgar, un jeune charpentier de marine qui pensait ce soir là s’enfuir de cette vie étriquée pour vivre le grand Amour. Tout est balayé en une soirée et le voila envoyé par son seigneur dans les terres pour s’occuper d’une ferme aux arpents stériles en compagnie de sa mère et de ses deux idiots de frères. Edgar est intelligent, il connaît les chiffres, se représente très bien l’espace, il a l’âme d’un bâtisseur. Sensible et malin, il va se heurter à la bêtise et à la méchanceté.

 

De l’autre côté de La Manche, on retrouve Ragna, jeune fille noble qui va épouser par amour un noble anglais qui règne justement sur la région de Combe depuis la puissante ville de Shiring. Courageuse et intelligente, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Cependant, elle va tomber de Charybde en Scylla à son arrivée en Angleterre. Les mœurs sont rudes, son amoureux ne lui a pas tout dit et ses proches sont redoutables dans le genre complotistes affamés de pouvoir et de largesses pécuniaires. Il y a notamment l’évêque Wynstan, son beau-frère qui est un méchant que l’on adore détester tout le long de la lecture. Et je peux vous dire qu’il est clairement dérangé et complètement plongé dans le côté obscur -sic-.

 

Le troisième larron-héros est un jeune moine épris de culture que l’on a éloigné de son centre de formation pour cause de relation inconvenante avec un de ses frères d’étude. Volontaire mais lui aussi à la langue bien pendu, il va devoir affronter sa hiérarchie et la jalousie de quelques-uns pour réaliser son rêve de développer un grand centre culturel dans la région de Shiring. Navigue autour de tous ces personnages, une kyrielle de personnages secondaires tous plus fouillés les uns que les autres, l’ouvrage faisant plus de 1000 pages, il y a de quoi faire et tout fonctionne parfaitement.

 

Le récit mélange allégrement histoire d’amour, de conquête de pouvoir, de récit initiatique le tout sous une immersion historique brillante. On s’y croirait vraiment, l’auteur détaillant énormément la vie quotidienne des uns et des autres sans que cela ne soit lourd et pesant pour le lecteur. On éprouve et ressent la réalité de l’époque qui est peu recommandable avec les limites de la technologie qui font que les tâches et travaux à faire sont éreintants et chronophages, les soucis de santés récurrents, les structures sociales injustes et les frustrations qu’elles nourrissent, la disette et les rigueurs climatiques et bien évidemment ce qu’il y a de mieux partagé au monde la connerie et la rapacité. On passe donc par de nombreux états alternant grandes joies, espoir et désespoir profond, injustice criante qui retourne l’estomac. On en apprend aussi beaucoup sur les mœurs de l’époque et notamment les différences entre nos voisin d’outre-Manche et nous, sur la répartition des privilèges et avantages de chacun, sur l’esclavage qui est largement pratiqué en Angleterre à l’époque, la rareté des ressources en métal ou en pierre, sur les logiques de développement culturel, sur l’émergence d’un christianisme plus centralisateur avant la réforme grégorienne à venir pour remettre de l’ordre dans les fonctionnements de l’institution. Tout cela est très bien amené et très intéressant si la période vous parle.

 

Le Crépuscule et l'Aube est plein de bondissements et le style est très fluide tout en étant exigeant en terme de véracité historique. Ruses et complots, meurtres, viols, combats dantesques, négociations et arrangements, avancées techniques et l’amour sont au programme et on ne s’ennuie pas une seconde. Un sacré bon page-turner que tous les amateurs peuvent entamer sans souci, il est impossible de le relâcher avant de l’avoir terminé.

 

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Peur blanche
- Un monde sans fin

- Les Piliers de la Terre

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19 août 2026

"Le Diamant du rajah" de Robert Louis Stevenson


L’histoire : Qui aurait cru qu'un diamant puisse provoquer une telle avalanche de catastrophes dans la haute société londonienne ? Certainement pas le jeune et distingué Harry Hartley, victime bien malgré lui du maléfique diamant du rajah…

 

La critique de Mr K : Petite incartade en lecture jeunesse avec un ouvrage de Robert Louis Stevenson, l’immortel auteur de L’île au trésor, un de mes premiers coups de cœur de lecture. Le Diamant du rajah est un ouvrage très malin de par sa construction et jubilatoire dans son contenu, j’ai passé un très agréable moment.

 

Lorgnant entre le mini-roman et la suite de nouvelles, ce recueil s’apparente à un récit à tiroirs où l’élément central est le fameux diamant qui attise bien des convoitises et va livrer en parallèle la nature profonde de l’âme humaine. C’est un ensemble composé de quatre parties où à chaque fois le protagoniste principal a maille à faire avec la fameuse pierre. On change de personnage principal à chaque partie, le lien se fait naturellement et crée une trame assez dense et parfois à fort rebondissement.

 

On oscille entre polar et aventure mystérieuse, le suspens est constant avec des personnages plutôt attachants même si certains sont quand même bien gratinés au niveau de la veulerie et de l’ambition destructrice. On est dans du classique en terme de sujet et de traitement, l’avarice maîtresse du vice, l’addiction au pouvoir, la fascination pour l’argent roi face à la jeunesse, l’innocence et la pureté de la Raison.

 

On est dans du easy-reading sans que cela soit dommageable bien au contraire. L’auteur ne s’embarrasse pas de luxe de descriptions et de ronds de jambe, on va ici à l’essentiel dans la pure tradition des feuilletons du XIXème siècle avec en plus un charme tout britannique avec un certain humour, décalage qui s’approche du no-sense. C’est rafraîchissant et assez brut de décoffrage par moments notamment dans les relations tissées entre personnages. Le diamant est le spectateur / témoin de ces atermoiements et changements de main, et comme lui nous assistons à ce jeu de dupes qui réserve bien des surprises.

 

L’écriture est une petite merveille de concision et d’évocation en même temps, le plaisir est immédiat et durable. On s’amuse beaucoup et on referme le roman avec un sourire vissé aux lèvres. A faire découvrir absolument à de jeunes pousses !

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