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Le Capharnaüm Éclairé

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6 juillet 2026

"Ithaque" de Laurent Mantese

 


L’histoire : Après avoir guerroyé dix ans à Troie et vaincu l’ennemi par la ruse, il est temps pour le roi d’Ithaque, Ulysse, de retourner au pays natal et de rejoindre sa femme, Pénélope.

En chemin, à la tête d’une flotte de dix nefs, Ulysse donne ordre de saccager la ville d’Ismaros, alliée à l’ennemi troyen. Lui et ses guerriers se déchaînent : ils tuent, violent et volent tout ce qui peut l’être.

Profondément troublé par son attitude et celle de ses hommes, doutant du bien-fondé de la guerre de Troie et de lui-même, Ulysse reprend la mer et, sous un ciel d’un vert impossible, ne tarde pas à se convaincre que les Dieux l’ont maudit.

Dès lors, le retour à Ithaque sera-t-il même possible ?

 

La critique de Mr K : Au programme de la chronique du jour, une relecture moderne de L’Odyssée d’Homère par Laurent Mantese qui s‘était déjà illustré auparavant par son incursion dans l’univers de Conan avec la dernière aventure du barbare devenu roi. Dans Ithaque, 1er tome d’une trilogie à venir, l’auteur s’attaque là encore à un monument mais celui-ci a une saveur toute particulière pour moi car Ulysse a toujours été mon héros mythologique préféré, un être rusé entre tous qui privilégie l’astuce et le raisonnement à la force et la furie. Inutile de vous dire que mes attentes étaient élevées. Au final, cet ouvrage est une très belle réussite qui conjugue fidélité au matériau de base et innovation bienvenue au niveau du point de vue de narration. Purement jubilatoire et addictif !

 

Ce volume s’attache donc à suivre le roi d’Ithaque depuis son départ de Troie jusqu’au pays des Géants. Sacré programme pour une expédition qui dès le départ semble maudite. Il faut dire qu’il y a de quoi car déjà en partie responsables du saccage de la cité de Troie, ils s’arrêtent à Ismaros et lui font subir la même chose. De quoi mettre en rogne certains dieux et s’attirer leurs foudres. Mers et vents seront tour à tour favorables ou démontés, ce qui va faire durer un trajet de retour qui au départ ne devait pas être aussi long. Rappelons qu’Ulysse mettra 10 ans pour revenir chez lui après déjà 10 ans de guerre !

 

Clairement l’auteur, professeur de philosophie dans la vie civile - sic -, est imprégné de l’œuvre originelle et la version 2026 est très respectueuse du contenu, suit exactement la même ligne temporelle et l’on retrouve les repères qui nous guidaient déjà lors de la lecture du classique. Ce qui change la donne en premier lieu, c’est les points de vue adoptés. L’auteur nous offre ainsi le regard des compagnons d’Ulysse, des êtres et divinités qui croisent le sillage des nefs qui tentent désespéramment de rentrer chez elles. Cela donne à voir un héros beaucoup plus tortueux, tourmenté. L’image d’Ulysse que je plaçais sur un piédestal à mon plus jeune âge en prend un coup, il est plus humain, nuancé et parfois même terrifiant et repoussant. Moi qui aime être bousculé, j’ai été servi. Ulysse peut donc être cruel, traître à sa famille et parfois individualiste même si au fil de son périple, il va évoluer face aux épreuves qu’il va rencontrer.

 

Ce qui dans le livre originel n’est parfois qu’évoqué est ici parfois livré brut et sans fioritures. Je dois avouer qu’on est mis à mal, je pense notamment aux exactions commises par Ulysse et ses hommes à Ismaros. Les mœurs guerrières sont terribles et rien ne nous est épargné sans pour autant que cela soit gratuit. Ça donne un éclairage sur l’époque, les manières de se conduire et sur les rapports de force qui sont la règle à l’époque (on inventera le droit international plus tard pour mieux le bafouer de nos jours - sic -). Au-delà des phases connues, échanges et épisodes iconiques (j’aime toujours autant le passage sur l’île des Cyclopes et ce pauvre Polyphème), l’auteur nous glisse de saisissantes descriptions qui plongent encore davantage le lecteur dans l’époque et le mythe à la fois. C’est un pur bonheur d’immersion et de reconstitution intelligente.

 

La destinée individuelle se confond avec le groupe et l’on s’élève vers des horizons métaphysiques sur le sens de la vie, qu’est ce qu’être homme finalement ? La famille, la camaraderie, le pouvoir, l’ordre, le plaisir, Le poids des traditions, le dépassement de soi, l’abandon... La science et la Raison contre la Foi et la superstition sont aussi au cœur du mythe d’Ulysse, c’est l’histoire de l’humanité qui veut se séparer des dieux or ces derniers n’existent que parce que l’on croit en eux et veulent empêcher leur disparition. Tout ici s’imbrique parfaitement et grise littéralement le lecteur captif de ces pages.

 

L’ensemble est donc très riche, mené sous un ton épique haletant et une écriture érudite mais souple et accessible. Le rythme ne se dément jamais alternant passages intimistes, réflexifs et actes de bravoure, épisodes iconiques du mythe. Une sacrée aventure, un retour aux sources jubilatoire pour un plaisir de lecture optimum. À lire absolument pour tous les amateurs !

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2 juillet 2026

"Tous les pièges de la terre" de Clifford Simak

 

Le contenu : Plus d'enfants délinquants chez les Terriens : d'étranges "Nounous" se chargent de leur éducation... mais s'approprient leur jeunesse en guise de salaire. Larmes à gogo... ou l'alcool des extraterrestres. La révélation des malheurs des autres conduit à l'ivresse aussi sûrement que l'abus du whisky. Dans quel piège peut tomber un robot ? Dans celui de la sensibilité humaine, tout simplement. La publicité mène à tout... Même à une guerre interplanétaire, quand l'enjeu est un tranquillisant parfait.   

 

La critique de Mr K : Retour sur une bonne lecture bien vintage avec ce recueil de nouvelles signé Clifford Simak, un auteur que j’aime beaucoup et qui ne m’a jamais déçu. C’est notamment un spécialiste des textes courts et Tous les pièges de la terre traînait dans ma PAL depuis trop longtemps. Bref, les planètes étaient alignées pour que je l’exhume et le dévore. À la clef, de bons moments d’évasion et de réflexion.   

 

Sept nouvelles composent l’ouvrage et abordent différents genres et domaines. L’essentiel est clairement estampillé SF mais à l’occasion, on se rapproche du policier, du récit de survie ou fantastique avec un ton décalé voire très ironique livrant une critique souvent forte et juste de nos contemporains. 

 

Le recueil débute avec la nouvelle éponyme Tous les pièges de la terre dont le protagoniste principal est un robot domestique démodé mais en parfait état de marche. Il vient de perdre sa dernière propriétaire, dernière branche de la famille Barrington qu’il a servi durant des centaines d’années. Son sort est scellé, il va être reprogrammé et ses souvenirs effacés. Il refuse cet état de fait, chérit tous les moments qu’il a vécus et décide de partir sans autorisation. Le voila changeant de système solaire, voyageant de monde en monde, se confrontant à une communauté d’humanoïdes ou encore une planète où les humains n’ont pas atteint le même degré de technologie. La nouvelle est très maligne car derrière ce robot doué de sensibilité, l’auteur nous interroge sur notre propre nature et notre propension à l’égoïsme et la cupidité. Un très bon moment de lecture. 

 

Dans Bonne nuit M. James, un homme sans mémoire se "réveille" dans un fossé. Peu à peu, les souvenirs rejaillissent et il se sait chargé d’une mission essentielle à toute la survie de l’humanité, la chasse à un monstre impitoyable aux capacités redoutables qu’il a contribué à lâcher sur Terre ! Très resserré autour des sensations et réflexions du héros, ce récit est efficace, âpre et l’on oscille constamment entre rêve et réalité. Difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. Au final, on se fait bien balader, un récit réussi là encore.   

 

Raides mortes, le récit suivant, suit une exploration d’un monde neuf par une équipe de scientifiques. On fait connaissance avec la faune et la flore étranges d’une planète fortement convoitée. Plus posée, parfois évanescente, cette nouvelle atteint pleinement son but notamment en décrivant l’espèce humaine comme un cancer qui ronge les mondes qu’elle colonise. C’est impressionnant et délicat à la fois dans la manière de faire. 

 

Dans Les Nounous, on se retrouve dans une ville moyenne où trois extraterrestres servent de nounous pour les enfants de la ville. Elles sont charmantes, tout le monde les apprécie mais que cela cache-t-il ? Les enfants évoluent à leur contact, gagnent en maturité à une vitesse stupéfiante. Ils semblent aussi apaisés, toute propension à la violence et à l’agressivité semblent avoir disparues. Le héros qui a des doutes et s’interroge va à leur rencontre et finira par découvrir la vérité. Très bon récit resserré encore une fois avec l’évocation tout en subtilité d’une petite bourgade qui confie son destin à l’inconnu. Gare à la révélation !   

 

Dans Larmes à gogo, un étranger et son robot arrivent en ville sur une planète lointaine. Ils demandent aux gens qu’ils rencontrent qu’ils leur racontent des histoires tristes. Ils s‘en repaissent et les personnes concernées en sortent soulagées. Le héros leur raconte tout en se bourrant la gueule car il est assez porté sur la boisson. Il va découvrir (dans un moment de lucidité) qu’ils viennent d’un autre monde et que les mauvaises nouvelles requinquent ces exilés de l’espace dont personne ne veut. C’est la nouvelle la plus décalée et dingue du recueil, on rit beaucoup (parfois jaune d’ailleurs) et la chute très surprenante est top. 

 

Vient ensuite Planète à crédit où le héros, Sheridan, arrive sur une planète pour récupérer un chargement d'un matériau permettant la fabrication d'une drogue relaxante très prisée et qui enrichit la compagnie qui l’emploie. Mais les habitants sont peu courageux et coopératifs et il semblerait bien qu'un nouveau concurrent ait fait la main basse sur les fameuses pierres. L’enquête permettra de faire la lumière sur quelque chose d’encore plus gros… Plus classique, ce texte souffre de certaines longueurs qui gâtent un peu le plaisir même si la révélation vaut le détour.   

 

Dans Le nerf de la guerre, un exilé sur Terre veut revenir sur Mars, son monde d’origine, car il ne supporte plus la planète bleue qu’il trouve trop verte. Mécanicien moteur, il trouve un vaisseau en partance qui aurait besoin de ses services. Commence le voyage de retour jusqu’à la révélation finale qui retourne complètement le lecteur tant tout ce que l’on croyait comme vrai se révèle être illusions et un sacré conditionnement mental. Très très bon texte là encore. 

 

La plupart des textes ont plus de 60 ans mais n’ont pas pris une ride grâce au style limpide et accessible d’un auteur passé maître dans la caractérisation rapide et efficace de situations apparemment simples mais qui, une fois développées, livrent des vérités et raisonnements insoupçonnés. Les textes se lisent avec un plaisir de tous les instants, les pages se tournent toutes seules et à part une nouvelle un ton en dessous des autres, c’est un sans faute. À découvrir si vous êtes amateur du genre, on est dans le haut du panier ! ​

27 juin 2026

"The Mandalorian et Grogu" de John Favreau

 


L’histoire : La chute du maléfique Empire Galactique a précipité la dispersion des seigneurs de guerre impériaux à travers la galaxie… Pour protéger tout ce pour quoi la Rébellion s’est battue, la jeune Nouvelle République décide de faire appel au légendaire chasseur de primes mandalorien Din Djarin et son jeune apprenti Grogu…

 

La critique de Mr K : 4/6. Session purement régressive au cinoche que ce visionnage effectué il y a déjà quelques semaines de The Mandalorian et Grogu de John Favreau, dernier né cinématographique de l’univers Star Wars avec aux manettes un authentique amoureux de la franchise d’origine qui nous avait régalé déjà avec la série éponyme sur ce chasseur de prime et son étrange et surtout très mignon compagnon. On passe à nouveau un très bon moment même si le lissage est de mise et les arcs narratifs limités. En même temps, c’est Star Wars, il ne faut pas s’attendre à du film d’auteur mais à du grand spectacle et le contrat est bien rempli de ce côté là.

 

Din Djarin et son jeune apprenti aux grandes oreilles louent leurs services aux quatre coins du monde connu et très généralement pour la Nouvelle République qui a remplacé à sa chute l’Empire Galactique. Chasse à l’homme, aux renseignements ou missions de sauvetage, rien ne leur résiste. Cette fois-ci, on leur demande de retrouver Rotta, le fils de Jabba le Hutt qui a disparu et que ces oncles et tantes veulent retrouver. Les voila partis pour rechercher une énorme limace qui n’a pas forcément envie d’être ramenée à la maison tant les hutts ont des mœurs barbares. Et derrière cette disparition, se cache quelque chose d’autre qui pourrait mettre à mal l’ordre nouveau tout juste installé.

 

 

Bon, le film ne brille pas par la profondeur de son scénario. C’est cousu de fil blanc, très prévisible et prédigéré. Comme dit plus haut, on ne s’attend pas à des ramifications denses mais on aurait pu espérer davantage de nuances et un poil de surprise. Finalement, on reste sur sa faim et on se laisse guider. Un bon détente neurone en quelque sorte ! Mix entre action et enquête, les séquences s’enchaînent bien même si l’on peut déplorer un certain délayage inutile et que le film aurait pu durer 20 minutes de moins. Le métrage est clairement orienté pour les jeunes, ceci explique peut-être cela, on manque d’ambition en tout cas clairement.

 

 

Mais pour le reste, ça fonctionne très bien à commencer par le personnages qu’on aime retrouver avec ce Mandalorian au charme fou malgré qu’il soit casqué pendant 90% du métrage. Efficace, rapide et doté d’un petit cœur en sucre face à son jeune protégé, il arrive encore à nous épater et nous émouvoir. Grogu reste la principale attraction du duo cependant. Qu’il est cute ! Qu’il est attachant ! Une partie du métrage le voit évoluer seul et protéger son maître durement touché, j’ai adoré ce passage. Il y a clairement du Guizmo en lui ! Il crève littéralement l’écran et je fond littéralement. Oui oui, purement régressif !

 

 

Les autres personnages sont survolés mais font le job eux aussi à commencer par un méchant principal iconique à mort et un Rotta bien sympa à voir évoluer et combattre. Ça pullule aussi de créatures en tous genres avec notamment un magnifique serpent-dragon aquatique et une ribambelle de monstres de foire lâchés dans une arène. Mention spéciale à Sigourney Weaver qui cachetonne mais que j’ai toujours plaisir à voir ou entrapercevoir ici tant elle est peu présente à l’écran (10 minutes maximum).

 

 

Au niveau technique, c’est très très beau. On voyage de planète en planète en un éclair dans des univers très différents entre univers cyberpunk d’une planète-cité et ambiance plus à la Zelda dans la planète des hutts. Les scènes d’actions sont bien rythmées, on retrouve tout le carnet des charges de tout Star Wars qui se respecte et la recette fonctionne malgré un arrière-goût de déjà vu. Petite déception , la musique. Certes on retrouve le thème original du personnage principal mais le reste m’est apparu brouillon et très loin des belles partitions auxquelles on a été habitué avec les autres productions de la franchise.

 

Vous l’avez compris ce n’est pas le film du siècle, je ne le reverrai sans doute jamais (ou alors avec Little K plus tard si elle aime l’univers Star Wars) mais au cinoche c’est un très bon moment de détente et d’évasion. Par les temps qui courent ce n’est pas du luxe !

21 juin 2026

"Casanova et la femme sans visage" d'Olivier Barde-Cabuçon


L’histoire : Après avoir sauvé Louis XV de la mort lors de l’attentat de Damiens, et malgré son peu de goût pour la monarchie, le jeune Volnay obtient du roi la charge de “commissaire aux morts étranges” dans la police parisienne.


Aidé d’un moine aussi savant qu’hérétique et d’une pie qui parle, Volnay apparaît comme le précurseur de la police scientifique, appelé à élucider les meurtres les plus horribles ou les plus inexpliqués de son époque. Épris de justice, c’est aussi un homme au passé chargé de mystère, en révolte contre la société et son monarque qu’il hait profondément. Lorsque, en 1759, le cadavre d’une femme sans visage est retrouvé dans Paris, Volnay doit conduire une enquête sur le fil du rasoir avant que le meurtrier ne frappe de nouveau.

 

La critique de Mr K : Très bonne lecture que ce premier volume des enquêtes du commissaire aux morts étranges que j’avais découvert l’année dernière avec Messe Noire. J’avais apprécié la langue raffinée de l’auteur et son sens de la précision dans sa reconstitution d’un 18ème siècle plus vrai que nature. La lecture de Casanova et la femme sans visage confirme mon premier avis, cet auteur est doué pour distiller le suspens, rendre accro quasi immédiatement son lectorat et proposer une immersion jubilatoire dans des temps anciens.

 

Le jeune Volnay, le fameux commissaire aux morts étranges doit enquêter sur la mort d’une femme dont le visage a été littéralement "arraché". Très vite, on lui confie cette enquête tant elle est peu commune et dégoûte la police officielle. Aidé d’un moine au passé trouble (que l’on retrouve aussi dans le livre susnommé), il va mettre les pieds dans une affaire qui remonte haut dans la hiérarchie de l’époque. Difficile dans ces conditions de se fier à qui que ce soit, chacun semblant jouer sa propre partition… Volnay mène cependant l’enquête avec sa rigueur habituelle quitte à se mettre à dos ses soutiens. Mais en sont-ils vraiment ?

 

L’auteur ne perd pas de temps en exposition, on débute directement par la découverte du cadavre et l’arrivée du commissaire étrange. Ce policier d’un type nouveau, en avance sur son temps, doit faire face à un crime méticuleux et bien orchestré. Peu commune, cette mort interroge et inquiète aussi car la victime n’est pas une pauvresse des rues mais comme il va le découvrir plus tard, une femme qui fréquente le milieu royal et notamment les maisons privées du roi, où ce dernier s’adonne à son penchant pour les très jeunes filles. C’est d’ailleurs en partie à cause de cela que Louis XV fut si détesté de son vivant. Quelle est la signification de cette mort ? Qui cherche-t-on à atteindre ? Vous imaginez bien que les obstacles vont être nombreux face à Volnay car la vérité n’est pas toujours bonne à entendre surtout chez les puissants si elle peut potentiellement les salir.

 

Rajoutez là-dessus un chevalier Casanova des plus agaçants, au rôle trouble et qui se met constamment sur votre chemin, l’enquête devient ardue. On ne peut pas faire plus différent que Volnay et Casanova, c’est la glace et le feu, la Raison et la Passion. Cerise sur la gâteau, Chiara, une jeune femme se glisse entre le duo, amatrice de sciences et d’intrigues, et les cartes sont encore redistribuées. Les troubles du désir commencent à toucher un Volnay réputé incorruptible et très froid dont toutes les certitudes semblent prêtes à voler en éclat. Passant d’un point de vue à un autre, le lecteur ne peut que jubiler tant les rapports entre ces trois là sont complexes et au cœur de l’intrigue.

 

Le suspens est donc mené de main de maître malgré un rythme plutôt lent, l’auteur nous retranscrivant à merveille une ambiance, une époque. Le Paris du milieu du XVIIIème siècle est crépusculaire, le climax inquiétant. La pauvreté est partout, le ressentiment aussi, l’époque porte en elle les germes de la révolution de 1789 à venir. On erre avec le héros dans les ruelles, les bouges les plus interlopes mais aussi les salons et les festivités organisées entre gens bien nés. Le contraste est saisissant, écœurant. Lui, Volnay, nommé à ce poste pour avoir naguère sauver le roi ressent cette injustice, la réprouve et cache à peine ses velléités révolutionnaires. On s’y croirait donc complètement avec une belle évocation aussi des luttes intestines au sein de la Cour, des différents partis qui luttent pour influencer le plus le monarque. C’est très bien mis en scène, ça s’imbrique parfaitement et donne une lecture très immersive et passionnante.

 

On retrouve la langue assez unique de l’auteur avec ses multiples descriptions vivantes qui plongent le lecteur dans le récit au sens littéral, des passes d’armes bien cinglantes entre les différents protagonistes et une trame qui se dévoile petit à petit, de manière millimétrée et implacable. Il est tout bonnement impossible de lâcher ce roman tant il nous happe et c’est avec un grand sourire qu’on finit par le refermer. Un petit bijou à découvrir au plus vite.

18 juin 2026

"Replay - Mémoires d'une famille" de Jordan Mechner


L’histoire : Franzi, 7 ans, est séparé de ses parents et devient réfugié dans la France occupée de 1940. Son père, autrichien menacé par le nazisme, a vécu la Première Guerre, connu le Front russe et doit fuir son pays pour l'Amérique. 80 ans plus tard, le fils de Franzi, Jordan Mechner, raconte leurs histoires grâce aux carnets tenus par chacun d'entre eux et y mêle son expatriation professionnelle des États-Unis en France.

 

La critique de Mr K : Chronique d’une belle trouvaille faite à la médiathèque de notre secteur. Je farfouillais dans les romans graphiques et autres one-shot BD et je suis tombé sur cet ouvrage très bien côté. Le nom de Jordan Mechner me disait vaguement quelque chose sans que je ne puisse mettre une image ou un lien quelconque avec cet auteur. En fait, je le connaissais de ma pratique forcenée de gamer dans ma folle vie étudiante, il est le créateur de Prince of Persia, un jeu qui a fait date dans l’industrie du jeu vidéo avec notamment l’animation hyper réaliste de son personnage principal. Je ne savais donc pas qu’il avait aussi réalisé quelques albums BD dont Replay - Mémoires d'une famille, très intimiste et ouvrant le destin tortueux de sa famille avec l’Histoire. Ce fut une lecture rapide et passionnante à la fois.

 

 

Le livre s’ouvre sur l’arbre généalogique des Mechner-Ziegler, on comprend vite que l’on va suivre cette famille sur trois générations avec des similitudes dans le déroulé de leurs existences notamment le déracinement. Les origines juives d’une branche annoncent la couleur, être de cette confession en Europe en début de siècle dernier n’annonce rien de bon car aucune famille n’a été épargnée par l’antisémitisme qu’il soit quotidien / social ou étatique avec les pogroms en Russie en début de période et la politique nazie dès 1933 en Allemagne entre autres.

 

 

On croise donc des familles séparées par le sort et la guerre avec la nécessité de vivre loin les uns des autres en attendant de pouvoir se rejoindre, des gens que l’on emporte et qu’on ne reverra jamais, l’exil loin de sa patrie et la nécessaire reconstruction qui s’ensuit. C’est aussi de belles histoires d’amour, de la résilience et le sens de la famille très prononcé, la joie ou des parcelles de bonheur finissent toujours par rompre le destin qui semble s’acharner. L’auteur en profite pour aussi parler de lui, de sa famille personnelle recomposée, de sa carrière naissante de créateur de jeu vidéo et de son rapport à l’histoire de ses proches qui vient faire écho à sa propre vie quand il doit partir loin pour son travail. Il ne se permet pas de comparer, de mettre sur un même niveau ce qu’il vit et ce que ces aïeux ont vécu comme horreur mais la mise en perspective est bien nuancée et totalement réussie.

 

 

Le parti pris artistique est judicieux avec une bichromie grise rehaussée de plages de couleurs plus vives. Elle nous guide dans ce voyage temporel construit autour d’allers-retours qui font écho, se répondent et reconstruisent l’histoire familiale. Épuré mais plein de nuances, le trait est impeccable et donne vie à l’ensemble passionnant et touchant à la fois. À découvrir !

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14 juin 2026

"Le Choix du Prince" de Pierre Pellissier


L’histoire : Nour est un jeune prince en proie au doute, à la peur et à la confusion. Prisonnier de ses pensées, il se sent déchiré entre ce qu’il voudrait et ce que la vie lui donne. Une rencontre inattendue va bouleverser ses croyances sur la vie et l’entraîner sur un chemin à la fois déroutant et transformateur.

 

La critique de Mr K : Une lecture un peu différente au programme aujourd'hui avec ce conte initiatique de Pierre Pellissier, présenté comme un outil de développement personnel pour évacuer / relativiser. Basé sur les travaux menés par Byron Katie et des quatre questions qu'il faut se poser pour relativiser la souffrance que représentent certaines pensées, ce récit provoque une belle bouffée d’air pur et nous fait beaucoup réfléchir. On passe donc un très bon moment.

 

Ce livre, c’est avant tout l’histoire d’un jeune prince tourmenté : Nour. Il a un jumeau et pour préserver l’équité, leurs parents n’ont jamais révélé lequel des deux est né le premier et serait amené à régner. Nour en grandissant voit son existence pétrie d’angoisses et de doutes par rapport à ses parents, les liens qu’il entretient avec eux et avec le choix du successeur par son père qui l’obsède. Face à cette tension interne qui ne va que grandissante, il décide de partir, de s’isoler dans la forêt.

 

Seul et livré à lui-même pour la première fois de son existence, il rencontre un homme en noir qui lui propose un étrange marché qui devrait les satisfaire tous les deux. Il indique à Nour un étrange rocher percé de trous dans lequel il peut pénétrer. C’est ce que fait le jeune homme et il est alors confronté à des visions sur son passé, son présent et son avenir. Loin d’aller mieux, son état ne fait qu’empirer dans un premier temps. Heureusement, il va faire la rencontre d’une petite fille des bois espiègle et de sa grand-mère, une vieille femme très sage qui habite elle aussi dans la forêt. Va commencer pour Nour un gros travail sur lui-même et la perception qu’il a de sa vie. Celle-ci va s’en voir changée à jamais.

 

J’ai toujours beaucoup aimé les contes, c’est une évasion à chaque fois et le sens profond du texte vient bien souvent nous faire réfléchir, grandir, évoluer en tout cas. On aime très vite le personnage principal dans sa fragilité et sa grande sensibilité. Pas sûr de lui, il nourrit un complexe d’infériorité vis-à-vis de son frère et cela le ronge de l’intérieur. Il se compare tout le temps et est persuadé que le choix de son père est déjà fait. Ce sont les fameuses pensées douloureuses que l’on trouve évoquées sur la couverture.

 

Les rencontres qu’il va faire vont successivement lui permettre de les appréhender, les minimiser et même les combattre. En les questionnant tout d’abord pour les relativiser, mieux les cerner et ne pas succomber à l’instinct de panique ou de repli sur soi. On est dans le domaine de l’acceptation mais aussi de la construction de soi. Nour vit dans une tristesse larvée depuis trop longtemps, il lui faut retrouver le feu sacré et sa joie de vivre. Cela se fera par étapes, lentement et notamment au contact de la petite fille aux cheveux aux reflets roux, facétieuse et pleine de vie qui va refaire sourire le jeune Prince. C’est aussi la grand-mère par son attention, son calme et ses mots emplis de sagesse qui va le remettre dans le droit chemin sans minimiser sa peine et en l’encourageant par de multiples biais à réfléchir et à mettre à plat ses pensées.

 

L’écriture est très accessible, les mots simples pour des thématiques universelles traitées cependant avec profondeur et finesse. Derrière la libération du personnage et son choix final qui donne le titre à l’ouvrage, se cache une œuvre qui inspire et donne à réfléchir. Cela ne donne pas forcément toutes les clefs à tous nos problèmes (j’ai essayé sur ce qui me touche le plus sans réel succès), il apporte cependant une poésie, une forme d’apaisement qui fait du bien dans un monde devenu très anxiogène et peu porteur d’espoir. À tenter si le cœur vous en dit.

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