"La vie, impair et passe" de Jean-Michel Guenassia
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L’histoire : Et si la vie avançait comme un lancer de dés ?
À cause d'un stupide quiproquo, Dany, fils et petit-fils de forains, se retrouve un jour abandonné par sa communauté. Grâce à cette mésaventure originelle, il atterrit chez Lucy et son compagnon, Hector, un braqueur mélancolique passionné d'opéra. Son existence en sera définitivement chamboulée, comme celles de tous les protagonistes de cette histoire menée tambour battant.
De la fête foraine à la prison de Fleury-Mérogis en passant par le casino de Sète ou le couvent des clarisses, "La vie, impair et passe", ce sont les voix de héros inoubliables, qui vont tour à tour mener le récit et se révéler au lecteur, de coïncidences en malentendus dévastateurs, d'amours blessées en rencontres miraculeuses.
La critique de Mr K : Très belle lecture que le dernier Jean-Michel Guenassia qui vient juste de sortir en librairie à l’occasion de la rentrée littéraire. J’avais beaucoup aimé de cet auteur Le Club des incorrigibles optimistes et La Valse des arbres et du ciel, deux romans lus en un temps record portés par une écriture souple, lumineuse et une science du récit parfaite. Je remettais donc le couvert cette année avec La vie, impair et passe, chronique de destins tourmentés, hauts en couleur que l’on suit avec délectation et avec un intérêt qui ne se dément jamais. Lecture express à nouveau pour un plaisir de lire optimum !
On débute la lecture en faisant la connaissance de Dany, fils de forains dont les parents sont distants. Mal aimé, mal considéré, il grandit comme il peut et veut se faire sa place auprès d’eux sans vraiment y parvenir. Il ne peut qu’observer son père, Manuel, monter et démonter son attraction d’autos tamponneuses mais celui-ci pour des raisons mystérieuses ne veut pas vraiment qu’il participe alors que dans cette communauté, il est de tradition de succéder à ses parents. On apprend que Manuel est passé à côté de la possibilité d’une carrière de musicien et qu’il semble nourrir des regrets. Sa mère, bigote et malheureuse en ménage n’est pas d’un grand réconfort. Un jour, Dany part en vadrouille avec un ami et quand il revient, la fête foraine est partie le laissant seul et abandonné. Cet événement va marquer son existence, le définir en tant qu’individu et expliquer la suite qui va se révéler dantesque.
Il va rencontrer Lucy et Hector, un couple d’originaux qui vont le prendre sous son aile, le faire grandir et prendre conscience de ses capacités entre chant opératique et carrière professionnelle dans la restauration. Les années vont défiler, des enfants vont naître, des drames se jouent, des liens se font et se défont et les prochaines parties du roman s’attardent alors sur Lucy et ses enfants auxquels Dany est très lié. Le tout forme une sorte de saga familiale ressemblant à une gigantesque partie de dés, où les coups du sort sont nombreux et la vie compliquée. Une vie humaine en quelque sorte, de véritables montagnes russes qui captivent le lecteur et ne lui laissent aucune chance de s’échapper.
Bien que concis et allant à l’essentiel, ce récit volontiers elliptique par moment (on peut voir défiler les années en quelques lignes parfois) est d’une densité folle et brasse nombre de thématiques et aspects d’une vie humaine. La famille et les liens que l’on noue sont au cœur de la trame, les rapports parents / enfants compliqués avec des géniteurs soit désarmés, soit dépourvus d’instinct parental ce qui impacte forcément les enfants et les conduit à emprunter des chemins parfois dangereux. Mais la vie force chacun à se mettre un coup de pied aux fesses, à réagir, essayer des choses, se rater, se rattraper et retenter encore. Pour certains, la fin n’est pas heureuse, on peut sombrer. On alterne ici de très belles tranches de vie, de bonheur extatique mais aussi des moments dramatiques avec une souffrance exprimée à fleur de mots.
On parle aussi de musique, elle est omniprésente dans l’ouvrage entre les chansons populaires diffusées dans la fête foraine, l’opéra tellement aimé par Victor, un braqueur mélancolique qui va commettre l’irréparable et briser plusieurs destins, le rock et la rébellion que Lucy et une de ses filles aiment tellement (Nirvana for ever !), le milieu de l’industrie du disque aussi avec une aventure aussi brève qu’intense pour un personnage qui là encore va briser sa trajectoire lors d’un coup de folie… On navigue entre les routes de France, la ville de Sète et sa nature ensoleillé, la prison, un couvent ou le casino. C’est flamboyant, varié et totalement prenant. Les pages se tournent toutes seules, la surprise est au rendez-vous et entretient la flamme.
L’écriture simple, douce et romanesque en diable porte le lecteur. On ne peut que se passionner pour ces vies livrées dans leur entièreté avec spontanéité et justesse. Ce fut une lecture passionnante, rapide et totalement addictive une fois encore. Un vrai bonheur de lecture pour un roman à découvrir absolument.
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