"Ce que la guerre fait aux hommes" de Claude Guibal
/image%2F0404534%2F20260917%2Fob_41fe90_cg.jpg)
Le contenu : "Ce livre est la somme des promesses que j’aurais aimé tenir pour Kalyna, l’homme de Koudoukou et tant d’autres, et des promesses impardonnables que j’ai faites à Sacha et Bohdan parce que, dans l’intensité du moment, j’ai oublié les limites invisibles de mon rôle.
Alors j’ai repensé à Joseph Kessel et ses mots désespérés, ceux qui se cognent dans chaque reporter qui rentre, terrassé par son impuissance : "J’aurais voulu tellement dire et j’ai dit si peu.""
La critique de Mr K : Un livre témoignage pour la chronique du jour, un genre que je pratique peu, préférant en général la fiction mais sur un sujet comme celui-ci je ne peux résister. L’Ukraine, si proche et si lointaine à la fois, l’Ukraine que les médias semblent oublier, lassés par une guerre qui dure et à laquelle on semble s’être habitué malheureusement. Claude Guibal est grand reporter au service international de Radio France, elle n’a jamais vraiment quitté le terrain et les terres de conflit. Dans Ce que la guerre fait aux hommes, elle revient sur son expérience et ses rencontres en Ukraine tout en faisant le parallèle avec d’autres lieux et époques où elle a pu constater les conséquences de la guerre sur notre espèce. C’est absolument terrifiant et édifiant à la fois.
L'ouvrage s’ouvre sur le départ de l’auteure pour l’Ukraine. Une fois sur place, elle se rend dans l’appartement qui lui est réservé près de la place Maïdan (place de l’indépendance). Cette habitation est louée au média qui l’emploie par une famille partie en exil au tout début de la guerre. D’entrée de jeu, cela plonge la journaliste dans la réalité de la guerre, événement terrible qui crée des déracinés et des réfugiés par milliers. Puis, ce sont les déplacements vers des zones d’affrontements, des refuges et la rencontre avec les gens.
Ainsi, elle partage avec nous des témoignages très divers qui nous permettent de nous rendre compte de toutes les réalités de la guerre. Il y a évidemment les récits de soldats qui manquent de tout, dont le moral flanche mais qui tiennent car la patrie compte sur eux. Le désespoir est proche, on ne sait si on verra le lendemain mais le temps d’un instant ils se posent et se racontent. On retrouve toutes les émotions et sentiments humains que j’ai pu lire et faire lire sur les poilus de 14-18, on se bat ici dans des tranchées, on subit le froid, la boue, la fatigue, le manque de nourriture parfois et le déferlement des obus et les attaques de drones.
À l’arrière ce n’est guère mieux. La vie essaie de continuer mais on n’est pas dupe comme cette dame qui vit dans son immeuble éventré, ce refuge tenu par des vieilles dames et qui tremble continuellement à cause des bombardements russes incessants, les pénuries de toute sorte, les familles séparées, les récits d’exactions russes et la sensation que cette guerre ne finira jamais. Guidé par son fixeur, la journaliste pose des questions, recueille les témoignages, essuie parfois des reproches et des regards de travers mais elle est tout de même accueillie, on se confie à elle car elle pourra à son tour parler de ce qui se passe vraiment là-bas.
Et puis, entre deux missions en Ukraine Claude Guibal revient sur d’autres expériences qui font écho à celle-ci. Il y a notamment ses visions d’horreur en République centrafricaine où l’on procède à un nettoyage ethnique à la machette. On retrouve l’absence d’éthique, la terreur et l’impunité dont jouissent d’ailleurs aussi les forces russes à l’œuvre sur le front est de l’Ukraine avec ces viols systémiques, les camps, la déportation d’enfants ukrainiens. La guerre c’est dégueulasse, c’est l’avilissement ultime. Claude Guibal lui colle au train car c’est son métier et elle l’aime malgré tout.
Et c’est dur, il faut rester neutre, ne pas s’impliquer, éviter les fausses promesses face à des âmes en détresse. Il faut tenir, encaisser, tenir, encaisser et recommencer encore et toujours, essayer de témoigner, de raconter même si on ne peut jamais se satisfaire de ce qu’on a fait tant il y aurait à raconter. C’est le sens profond de la citation de Kessel mise en exergue en quatrième de couverture et qui prend tout son sens dans cet ouvrage.
Ce livre se lit très facilement, le style est direct, franc et littéraire à la fois. La langue est en effet travaillée avec une insertion bien pensée des témoignages recueillis et les impressions ressenties par l’auteure. C’est cependant difficile, des passages sont à la limite du soutenable mais cet ouvrage est essentiel dans son genre. Un livre pour se souvenir et pour se rappeler que la guerre est toujours la pire des options et qu’il faut s’en prémunir.
/image%2F0404534%2F20260913%2Fob_e7fed2_catmagic.jpg)
/image%2F0404534%2F20260910%2Fob_60e9e3_sorj.jpg)
/image%2F0404534%2F20260907%2Fob_5d2649_guenassia.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_5b4eaf_thumbnail.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_d0f890_1000043531.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_2e5091_1000043532.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_0abd9a_1000043460.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_901e8f_1000043462.jpg)
/image%2F0404534%2F20260902%2Fob_72e018_1000043461.jpg)
/image%2F0404534%2F20260901%2Fob_e86bcf_tj.jpg)