"Exit Music" de Ian Rankin
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L’histoire : À une semaine de son départ à la retraite, John Rebus enquête sur le meurtre d'un poète russe dissident. Il met au jour les liens qui unissent Cafferty, l'intouchable caïd d'Édimbourg, des oligarques moscovites qui se pavanent en ville, une députée nationaliste du Parlement écossais et une banque d'affaires. Contre l'avis de sa hiérarchie, l'irréductible inspecteur s'obstine... Va-t-il enfin l'emporter contre le monde des nantis et des corrompus et régler ses comptes avant de partir ?
La critique de Mr K : Exit Music de Ian Rankin est ma dernière lecture en date des enquêtes de l’Inspecteur Rebus, une série policière à la sauce écossaise que j’aime énormément. Le pitch de quatrième de couverture annonce la couleur, c’est la dernière enquête avant la retraite. Est-ce le chant du cygne pour un Rebus plus proche que jamais de la rupture ? Rien n’est moins sûr et les quelques 600 pages de l’ouvrage ne m’ont pas fait longtemps !
Comme à l’accoutumée, on démarre directement avec la découverte du corps d’un poète russe en exil qui semble avoir été tabassé à mort. Rebus et sa future remplaçante Siobhan qu’il a formée et avec qui il entretient des rapports complexes doivent enquêter sur l’affaire. Dix parties composent le récit correspondant aux dix jours qu’il reste à notre héros avant la quille. Le compte à rebours est lancé.
On retrouve le rythme lent caractéristique de la série Rebus. On suit au plus près l’enquête avec toutes les étapes même parfois celles qui peuvent paraître insignifiantes. On se laisse porter, on s’égare sur de fausses pistes. On croise et recroise des visages connus. On divague dans les rues, on va au pub. On envoie balader quelques politiciens ou planqués des haut gradés de la police. L’ensemble ne parait pas extraordinaire écrit ainsi mais la magie fonctionne à plein, on aime retourner dans cet Edimbourg un peu crépusculaire où le crime et la corruption se développent malgré les coups d’arrêts et les coups de filet de la Police.
Rebus est déchaîné une fois de plus, on sent bien que la mise au placard lui pèse, il devient d’ailleurs le subordonné de Siobhan pour une bonne partie de l’enquête et pour un énième coup d’éclat, il est même mis à l’écart. Le caractère reste brut de décoffrage, il n’a plus rien à prouver et cela donne de savoureux moments quand il remet à leur place des protagonistes qui se sentent tout permis. Tout le monde y passe, il est comme ça Rebus. D’ailleurs, il remet son nez dans la picole et on le sent vraiment fatigué. Mais en vrai boxeur, il reste debout quitte à en prendre plein la gueule. Son arc narratif est encore un peu plus mélancolique que de coutume car derrière l’ours se cache un homme dont la vie ne va plus avoir beaucoup de sens une fois qu’il aura raccroché. Il traîne donc son appréhension et gère les choses comme il peut et c’est déjà beaucoup.
Sa route va encore croiser son alter ego négatif, l’ex mafieux soit disant "reconverti", Ger Cafferty, qui gravite autour de personnages liés à l’enquête, une figure de gangster au charisme intact et au cynisme profond. Il est aussi question de la Russie, d’oligarques en goguette en Écosse pour y faire des affaires, le lien avec la nationalité de la victime est criant mais quel est-t-il vraiment ? La résolution de l’enquête va en surprendre plus d’un, à commencer par Rebus lui-même. On navigue aussi dans la sphère politique en pleine période de percée du parti pour l’indépendance écossaise. Certains ont les dents longues et là encore des liens se précisent avec l’affaire en cours. Rankin manie à merveille son scénario qui ne fait que s’étoffer au fil des chapitres donnant à voir au final un tableau étendu et édifiant.
Cela ne vous surprendra pas si vous connaissez l’auteur et son héros fétiche, l’œuvre ne baigne pas dans le plus grand optimisme. Sous des apparences de vitalité, de course au progrès et à la puissance économique, Edimbourg est pourrie jusqu’à l’os et ceci malgré le recul des homicides. Un système mafieux en remplace un autre, les mêmes magouilles se répètent, seuls les acteurs changent. Le temps n’est plus à l’idéalisme, Siobhan elle-même n’est pas dupe. Le jeune constable Goodyear semble encore y croire malgré un passé qui le hante. Pour vous donner une idée de l’ambiance, n’hésitez pas à écouter le titre de Radiohead qui donne son titre au livre (tiré de l’album OK Computer, culte de chez culte), tout y est.
Pour autant, on passe un excellent moment et l’on ne peut s’empêcher d'avancer dans sa lecture de manière compulsive tant on a envie de savoir le fin mot de l'histoire. Page turner redoutable, écrit une fois de plus de main de maître, Exit Music est donc un très très bon crû. À lire absolument pour tous les amateurs de l’inspecteur Rebus et des autres.
Également lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Nom de code: Witch"
- "Le fond de l'enfer"
- "Rebus et le loup-garou de Londres"
- "L'Étrangleur d'Edimbourg"
- "La Mort dans l'âme"
- "Le Jardin des pendus"
- "Causes mortelles"
- "Du Fond des ténèbres"
- "La Colline des chagrins"
- "L'Ombre du tueur"
- "Une Dernière chance pour Rebus"
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