"Tous les pièges de la terre" de Clifford Simak
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Le contenu : Plus d'enfants délinquants chez les Terriens : d'étranges "Nounous" se chargent de leur éducation... mais s'approprient leur jeunesse en guise de salaire. Larmes à gogo... ou l'alcool des extraterrestres. La révélation des malheurs des autres conduit à l'ivresse aussi sûrement que l'abus du whisky. Dans quel piège peut tomber un robot ? Dans celui de la sensibilité humaine, tout simplement. La publicité mène à tout... Même à une guerre interplanétaire, quand l'enjeu est un tranquillisant parfait.
La critique de Mr K : Retour sur une bonne lecture bien vintage avec ce recueil de nouvelles signé Clifford Simak, un auteur que j’aime beaucoup et qui ne m’a jamais déçu. C’est notamment un spécialiste des textes courts et Tous les pièges de la terre traînait dans ma PAL depuis trop longtemps. Bref, les planètes étaient alignées pour que je l’exhume et le dévore. À la clef, de bons moments d’évasion et de réflexion.
Sept nouvelles composent l’ouvrage et abordent différents genres et domaines. L’essentiel est clairement estampillé SF mais à l’occasion, on se rapproche du policier, du récit de survie ou fantastique avec un ton décalé voire très ironique livrant une critique souvent forte et juste de nos contemporains.
Le recueil débute avec la nouvelle éponyme Tous les pièges de la terre dont le protagoniste principal est un robot domestique démodé mais en parfait état de marche. Il vient de perdre sa dernière propriétaire, dernière branche de la famille Barrington qu’il a servi durant des centaines d’années. Son sort est scellé, il va être reprogrammé et ses souvenirs effacés. Il refuse cet état de fait, chérit tous les moments qu’il a vécus et décide de partir sans autorisation. Le voila changeant de système solaire, voyageant de monde en monde, se confrontant à une communauté d’humanoïdes ou encore une planète où les humains n’ont pas atteint le même degré de technologie. La nouvelle est très maligne car derrière ce robot doué de sensibilité, l’auteur nous interroge sur notre propre nature et notre propension à l’égoïsme et la cupidité. Un très bon moment de lecture.
Dans Bonne nuit M. James, un homme sans mémoire se "réveille" dans un fossé. Peu à peu, les souvenirs rejaillissent et il se sait chargé d’une mission essentielle à toute la survie de l’humanité, la chasse à un monstre impitoyable aux capacités redoutables qu’il a contribué à lâcher sur Terre ! Très resserré autour des sensations et réflexions du héros, ce récit est efficace, âpre et l’on oscille constamment entre rêve et réalité. Difficile de savoir ce qui est vrai et ce qui est faux. Au final, on se fait bien balader, un récit réussi là encore.
Raides mortes, le récit suivant, suit une exploration d’un monde neuf par une équipe de scientifiques. On fait connaissance avec la faune et la flore étranges d’une planète fortement convoitée. Plus posée, parfois évanescente, cette nouvelle atteint pleinement son but notamment en décrivant l’espèce humaine comme un cancer qui ronge les mondes qu’elle colonise. C’est impressionnant et délicat à la fois dans la manière de faire.
Dans Les Nounous, on se retrouve dans une ville moyenne où trois extraterrestres servent de nounous pour les enfants de la ville. Elles sont charmantes, tout le monde les apprécie mais que cela cache-t-il ? Les enfants évoluent à leur contact, gagnent en maturité à une vitesse stupéfiante. Ils semblent aussi apaisés, toute propension à la violence et à l’agressivité semblent avoir disparues. Le héros qui a des doutes et s’interroge va à leur rencontre et finira par découvrir la vérité. Très bon récit resserré encore une fois avec l’évocation tout en subtilité d’une petite bourgade qui confie son destin à l’inconnu. Gare à la révélation !
Dans Larmes à gogo, un étranger et son robot arrivent en ville sur une planète lointaine. Ils demandent aux gens qu’ils rencontrent qu’ils leur racontent des histoires tristes. Ils s‘en repaissent et les personnes concernées en sortent soulagées. Le héros leur raconte tout en se bourrant la gueule car il est assez porté sur la boisson. Il va découvrir (dans un moment de lucidité) qu’ils viennent d’un autre monde et que les mauvaises nouvelles requinquent ces exilés de l’espace dont personne ne veut. C’est la nouvelle la plus décalée et dingue du recueil, on rit beaucoup (parfois jaune d’ailleurs) et la chute très surprenante est top.
Vient ensuite Planète à crédit où le héros, Sheridan, arrive sur une planète pour récupérer un chargement d'un matériau permettant la fabrication d'une drogue relaxante très prisée et qui enrichit la compagnie qui l’emploie. Mais les habitants sont peu courageux et coopératifs et il semblerait bien qu'un nouveau concurrent ait fait la main basse sur les fameuses pierres. L’enquête permettra de faire la lumière sur quelque chose d’encore plus gros… Plus classique, ce texte souffre de certaines longueurs qui gâtent un peu le plaisir même si la révélation vaut le détour.
Dans Le nerf de la guerre, un exilé sur Terre veut revenir sur Mars, son monde d’origine, car il ne supporte plus la planète bleue qu’il trouve trop verte. Mécanicien moteur, il trouve un vaisseau en partance qui aurait besoin de ses services. Commence le voyage de retour jusqu’à la révélation finale qui retourne complètement le lecteur tant tout ce que l’on croyait comme vrai se révèle être illusions et un sacré conditionnement mental. Très très bon texte là encore.
La plupart des textes ont plus de 60 ans mais n’ont pas pris une ride grâce au style limpide et accessible d’un auteur passé maître dans la caractérisation rapide et efficace de situations apparemment simples mais qui, une fois développées, livrent des vérités et raisonnements insoupçonnés. Les textes se lisent avec un plaisir de tous les instants, les pages se tournent toutes seules et à part une nouvelle un ton en dessous des autres, c’est un sans faute. À découvrir si vous êtes amateur du genre, on est dans le haut du panier !