"Matin brun" de Franck Pavloff
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L’histoire : Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d'un régime politique extrême : l'Etat Brun.
Dans la vie, ils vont d'une façon bien ordinaire : entre bière et belote.
Ni des héros, ni de purs salauds.
Simplement, pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux.
Sait-on assez où risquent de nous mener collectivement les petites lâchetés de chacun d'entre nous ?
La critique de Mr K : 11 pages seulement mais quel texte ! Matin brun de Franck Pavloff est un bijou de concision et de puissance évocatrice, un livre inoubliable à partager avec le plus grand nombre, une leçon à méditer d’autant plus que les extrémistes sont aux portes du pouvoir un peu partout et à commencer en France.
L’État Brun (en référence évidement aux chemises brunes des années 30), une organisation politique fictive, interdit la détention d’animaux de compagnie non bruns, à commencer par les chats et les chiens pour d’obscures raisons scientifiques. Les autorités vont jusqu’à distribuer des boules de cyanures aux propriétaires pour éliminer les animaux qui ne correspondent plus aux standards imposés.
Le héros du livre et son ami Charlie laissent couler, cela ne les concerne pas, ils regardent ailleurs et ils vont même jusqu’à justifier ces nouvelles dispositions. Cela les arrange et ils peuvent continuer à vivre tranquille. Cependant, la loi évolue, les anciens détenteurs d’animaux non bruns sont dans la ligne de mire et les deux amis qui en ont possédés se retrouvent à leur tour menacés.
Ce très court texte est remarquable dans sa manière de poser les bases de la fascisation d’une société et la complicité du plus grand nombre. Absence d’empathie envers les êtres différents, suppression progressive des libertés individuelles, la mise à l’index et la destruction des livres posant problème, le contrôle de l’information et des médias… On laisse faire car après tout y’a le boulot, les soucis de tous les jours, pas le temps de s’appesantir sur les autres. Les deux amis en feront aussi les frais. Le parallèle est facile à faire avec notre époque où beaucoup de personnes happées par leurs écrans ne contemplent même plus le monde qui les entoure et les malheurs qu'ils côtoient. Je peux vous dire que certaines réflexions d'adolescents dont je m’occupe quotidiennement font froid dans le dos.
Après cette lecture, j’ai repensé à ces vers étudiés au lycée puis à la fac, écrits en 1942 par le pasteur Martin Niemöller.
"Quand ils sont venus
chercher les communistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus
chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste
Quand ils sont venus
chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif
Quand ils sont venus
chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne
pour dire quelque chose."
On est pleinement là-dedans avec cette nouvelle d’une puissance inégalée et qui malheureusement est plus que jamais d’actualité. A lire, relire, transmettre, expliquer, en espérant que les matins ne soient jamais bruns...