"Au bord de la nuit" de Friedo Lampe
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L’histoire : Là-bas, à l’extrémité du jardin, sous les grandes feuilles de la tonnelle, monsieur Hennicke, le maître de géographie, et ses deux fils étaient assis. Une lampe à pétrole, placée au milieu de la table, répandait une chaude lueur jaune. De temps en temps elle filait et monsieur Hennicke, d’une main légère, diminuait alors la flamme. Il avait un livre ouvert devant lui et lisait à haute voix. La tête dans les mains, ses deux fils, collégiens de première année, blonds et dégingandés, aux visages moites et boutonneux, buvaient ses paroles. Leurs regards étaient fixes, perdus dans l’obscurité du jardin ou en une contrée plus lointaine encore.
La vie d’un quartier de Brême, celui du port, entre le crépuscule et la nuit. Une succession de tableaux intimistes, d’instants de vie brefs et attendrissants, de destins qui se croisent et se défont, se mêlent encore, en plein cœur d’une ville qui s’endort, enveloppée par les ténèbres.
La critique de Mr K : Chronique d’un rendez-vous manqué aujourd’hui avec ma lecture mitigée d’Au bord de la nuit de Friedo Lampe, ouvrage publié en 1933 en Allemagne et qui fut interdit par le régime nazi par la suite. Auteur oublié (c’est la première fois que j’entendais parler de lui), réputé culte, il me tardait de tâter de son style et de me faire ma propre idée. Plus grande fut donc ma déception...
On pénètre ici dans un quartier de Brème à la rencontre d’une myriade de personnages, passant de l’un à l’autre sans réelle logique à première vue. L’auteur se plaît à papillonner entre eux, à attraper des parcelles d’existences diverses et variées. C’est la fin de la journée au port de Brême et l’on surprend des conversations, des échanges, des rencontres entre quidam. Dans un décor changeant mais semblable, les fragments finissent par s’entrelacer et former un tout plus ou moins cohérent. Un vendeur de saucisses, une petite fille sujette à des cauchemars affreux, un douanier, un catcheur mélancolique sont entre autre les protagonistes d’un roman qui aime à multiplier les fausses pistes et les passages abrupts d’une existence à l’autre.
C’est le point fort de l'ouvrage qui m’a permis de m’accrocher malgré des défauts qui ont terni ma lecture. L’écriture est d’une rare élégance et le procédé de narration très novateur. Opérant par glissements successifs, la lecture est différente et joue sur les associations de personnages, associations que nous ne voyons parfois pas venir du tout. L’écriture limpide, aérienne et parfois poétique rajoute au charme de la forme.
Malheureusement cela n’a pas suffit à me convaincre. Je dois avouer que je me suis ennuyé ferme. L’empathie n’a pas réellement fonctionné, les personnages ne m’ont tout simplement pas séduit malgré un écrin rutilant. De plus, vu le background (les années 30 en Allemagne) et le titre allusif, je m’attendais à davantage de référence à la période sombre durant laquelle est sensée se dérouler ce récit. Malheureusement tout reste évasif et comme les trames poursuivies ne m’ont pas accroché, j’ai eu le sentiment en refermant l’ouvrage d’avoir perdu mon temps.
Bad mood, mauvais timing ? Je n’ai donc guère goûté cette lecture aux qualités reconnues pourtant par d’autres que moi. Des fois malheureusement ça ne passe pas et j’en suis le premier désolé. Espérons cependant que ce roman de Friedo Lampe trouve ses lecteurs car son parcours atypique mérite bien qu’on s’y attarde. Si le cœur vous en dit...