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L'histoire : Au sud des Minguettes, au plus dur de la banlieue lyonnaise, des adolescents meurent sans que cela préoccupe grand monde. Lieux sordides, atmosphère glauque, population vivant dans l'urgence. Un jeune qui disparaît, c'est un problème de moins. Pas pour le Poulpe qui, au nom de l'amitié, fait le ménage non sans ramasser au passage des bleus à l'âme. Mais que parfois la vengeance est jolie!

La critique de Mr K : Première lecture poulpesque de l'année 2016 pour votre serviteur, grand amateur devant l'éternel des aventures de Gabriel Lecouvreur. Chicagone sort du lot par une noirceur plus prononcée et un héros qui tire vraiment sur la corde et va explorer les abysses de sa personnalité et dépasser clairement la ligne blanche. Suspens, personnages déglingués et vengeance sont au rendez-vous!

Cette nouvelles aventure du Poulpe est placée sous le sceau de l'amitié et de la souffrance. Le neveu de Pedro, personnage récurrent de la saga, est retrouvé mort une balle entre les deux yeux. Qui a pu dessouder ce garçon sans histoire dans la banlieue de Lyon? Cette affaire, ne semblant pas passionner les forces de l'ordre et pouvant être reliée à d'autres disparitions de jeunes gens, va donc intéresser Gabriel qui va devoir explorer les territoires abandonnés de la République entre misère sociale, délinquance et grand banditisme mais aussi solidarité et actions quotidiennes pour s'en sortir. Comme souvent dans la série du Poulpe, les apparences cachent bien des choses et derrière de simples meurtres se cachent des destinées brisées, des organisations peu recommandables et un système parallèle que notre héros aura bien du mal à combattre. La vérité sera tétanisante…

Gabriel est toujours fidèle à son bar et ses amis. Son adjoint en matériel (Pedro s'y connaît en la matière depuis la Guerre civile espagnole où il combattait auprès des Républicains) est touché en plein cœur et il est hors de question de le laisser ainsi. Après un court au revoir à sa dulcinée (Chéryl est absente de cet ouvrage à ma grande déception), il plonge dans l'enfer des banlieues lyonnaises. Lui le bon vivant, l'humaniste libertaire est confronté à une réalité qui le dégoûte et le dépasse. Comment en est-on arrivé là? Au fil de ses rencontres avec les habitants et un gang de gones haut en couleur (gone = gamin dans le pays lyonnais), ses fêlures se font plus vives et la colère l'envahit face à l'inhumanité de certains.

L'enquête progresse lentement et, en elle-même, reste assez simple. L'auteur se plaît surtout ici à nous décrire les lieux et les gens avec finesse et fulgurances saisissantes comme les caves, certains appartements, les mamans dépassées par leurs gamins, le repère d'une bande de malfrats déviants… L'auteur nous retranscrit parfaitement la désespérance qui s'est installée dans certains quartiers et le fonctionnement autonome de certains immeubles. On prend tout cela en plein cœur, sans fioriture et par le prisme de la pensée de Gabriel, adepte de la liberté et de la libre pensée. Le choc est frontal, révélateur et de bon aloi en cette période de repli sur soi où chacun ne semble regarder que par le petit bout de sa lorgnette.

On a ensuite droit à de beaux moments de bravoure et d'émotion comme les discussion entre Gabriel et la gamine à la tête des gones (émotion garantie), la scène de vengeance qui est un modèle du genre (type Death Sentence de James Wan avec Kevin Bacon) ou encore les pérégrinations de Gabriel au sein des cités entre méfiance et surprises. On sort tout chamboulé par un récit plutôt langoureux, qui prend son temps pour poser ses bases, mieux nous dévier de la trajectoire initiale et retourner la situation aux deux tiers. François Joly nous offre un volume poulpesque riche en background et en révélation. Un des meilleurs à mes yeux de la série. Les amateurs ne doivent surtout pas passer à côté!

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