Nazis_dans_le_metroL'histoire: Un homme de 78 ans passé à tabac dans un parking et qui émerge d'un coma profond avec un gros trou à la place de la mémoire, c'est un fait divers banal. Mais quand cet homme est André Sloga, écrivain et homme libre, qui préparait un livre sur une affaire d'empoisonnement dans le Poitou, le Poulpe ne peut que s'y intéresser. Et quand il découvre d'autres personnages qui, eux, empoisonnent depuis trop longtemps l'atmosphère du pays, c'est sans douceur qu'il pose ses gros poings d'interrogation sur des crânes rasés. Ex-dissidents déjantés, ex-gauchos bouffés aux mythes antisémites, ex-yougos un petit peu massacreurs et néo-nazis tout à fait nazes, les verts-de-gris grouillent comme vers de vase: le marécage parisien est bien plus dangereux que le marais poitevin.

Mais pour parvenir à ces malfaisants, le Poulpe devra répondre à la question: qui est Max, et quel est ce haut-parleur qui gueule sur la place?

La critique de Mr: Il y avait déjà un petit bout de temps que je n'avais été rendre visite à ce cher Gabriel, alias le poulpe. Comble de la goujaterie, je n'avais toujours pas lu, le volume écrit par Daeninckx, ô combien apprécié par les amateurs de l'invertébré. Le tort est aujourd'hui réparé et je m'en vais vous parler de mes retrouvailles avec ce privé plus que spécial!

Comme tout opus de la série, après la scène d'expo, le roman débute derrière le zinc où Gabriel a ses habitudes: le Pied de porc (tout un programme!). Au détour d'une lecture du journal, il tombe sur un fait divers dont la victime n'est autre qu'un de ses auteurs fétiches. Il n'aura de cesse de s'arrêter qu'une fois les responsables hors d'état de nuire. Commence pour lui, une lente et longue descente dans les milieux fachos qu'ils soient de droite ou de gauche.

On retrouve ici tout le talent de Daeninckx pour mêler histoire et roman policier, on se rappelle notamment de ses deux chefs d'œuvres: Cannibale et Meurtres pour mémoire. Ici, il plonge dans les milieux extrémistes: petites frappes skins de seconde zone, écrivains révisionnistes, politiques véreux et librairies complaisantes envers les verts-de-gris (surnom des soldats allemands pendant l'occupation, appellation aujourd'hui réservée aux fachos de tout poil). Intéressant de voir les passerelles possibles et empruntées par certains entre l'extrême gauche anti-capitaliste et l'extrême droite. L'extrémisme est d'ailleurs un thème cher à l'auteur, le racisme étant présent au coeur de nombre de ses ouvrages.

Belle langue, légèreté des mots, phrases qui claquent et qui font mouche. On suit avec plaisir le Poulpe entre scènes de bar, de filature, d'interrogatoires plus ou moins musclés, baston à l'occasion. On sourit à chaque apparition de Chéryl, sa coiffeuse d'amoureuse dont le charisme n'a d'égal que son côté décalé. Une lecture agréable donc, rapide et franchement défouloire (acte final terrible) en ces temps où certains de nos gouvernants flirtent avec l'extrémisme.