"Peau d'âne" de Christine Angot
L'histoire: Peau d'âne ne connaissait rien, elle habitait une petite ville du centre de la France et n'avait rien vu de très extraordinaire. Sa mère, qui était très belle, l'aimait.
Il y avait un mimétisme entre Peau d'âne et sa mère. Un jour, le directeur financier de l'hôpital psychiatrique rattaché à la Sécurité sociale où travaillait sa mère, avait dit, à la suite du Noël de Gireugne, puisque c'était le nom de cet hôpital: c'est incroyable le mimétisme.
L'école de Peau d'âne était une école de filles, une école privée. Pourquoi? Parce que sa mère, qui était si belle, n'était pas mariée avec le père de Peau d'âne, et à l'époque c'était extrêmement rare. En 58-59 une femme dans une petite ville qui se baladait avec un ventre de femme enceinte, on appelait ça une fille mère, sa mère disait mère célibataire, c'était son combat de dire ça.
La critique de Mr K: Une bonne lecture de plus à mon actif avec mon deuxième Angot! Ce n'est pas vers ce genre de littérature que mon cœur balance d'habitude mais j'avais dévoré Les désaxés de la même écrivaine. Déambulant chez l'abbé en compagnie de ma chère Nelfe, mon regard s'est porté vers ce Peau d'âne, réécriture contemporaine du conte de Perrault. Quoi de plus normal finalement que Christine Angot s'intéresse à cette histoire quand on sait qu'au centre du conte originel il est question d'inceste, thème abordé quasiment dans toutes les œuvres de cette auteur à fleur de peau, à l'écriture si particulière.
Pour permettre au lecteur de mieux pouvoir jauger de cette adaptation, on trouve accolé au récit d'Angot, le texte original de Perrault (une pure merveille soit dit au passage). L'idée est vraiment intéressante car on se figure mieux les transformations, les changements et autres déviations opérés par l'auteur. Adepte de l'écriture de soi, à travers ces différentes œuvres, Angot parle d'elle en romançant sa vie sous un mode impersonnel. C'est le cas ici avec Peau d'âne qui est un autre avatar de l'auteur. Même histoire, même enfance sans père et même acte incestueux qui va traumatiser la chair et l'esprit d'une jeune fille. Mais là où le roi (père de Peau d'âne dans le conte de perrault) va finalement assister au mariage de sa fille, dans la version moderne, il meurt de honte et de dégoût face à la transgression morale qu'il a effectué sur sa fille.
C'est sombre, très sombre même. Quoique courte, cette lecture s'est révélée très éprouvante tant on côtoie l'aspect obscur de l'âme humaine. On suit avec un malaise grandissant le regard clinique et neutre du narrateur omniscient sur ce destin brisé et les conséquences désastreuses d'un baiser qui n'était pas le bon comme il est écrit dans ce livre. Le style contemplatif fait écho aux douleurs abordées, rehausse les émotions suscitées et l'on ressort secoué de cette expérience. Ce livre n'est vraiment pas à mettre entre toutes les mains tant il est rude dans le fond (Le côté Rock and Roll de Despentes mais ici propret dans l'écriture) mais pour les amateurs, il a la saveur de l'authenticité et d'une analyse psychiatrique rondement menée. Étrange lecture vraiment qui ne peut laisser indifférent mais qui peut soit susciter l'admiration soit l'indignation (les avis sont vraiment très partagés). À lire pour se forger sa propre opinion!
"Ondine" de Benjamin Lacombe
L'histoire: Benjamin Lacombe revient avec le mythe d’Ondine à ses amours romantiques et pré-raphaélites. Inspiré par les textes de Friedrich de La Motte-Fouqué et la pièce de Jean Giraudoux, il propose sa version du conte, où prédominent des images très picturales faisant écho aux peintures de Millais ou Waterhouse. Vibrant pour le beau chevalier Huldebrande, Ondine se noie dans les tumultes de l’amour, ses marivaudages et ses trahisons.
La critique Nelfesque: lnculte que je suis, je ne connaissais le mythe d'Ondine que de nom. En revanche, celui de Benjamin Lacombe m'est plus famillier puisque j'ai déjà lu quelques oeuvres de cet auteur / illustrateur et que je suis régulièrement son travail et son actualité à travers son blog.
L'histoire d'"Ondine" est loin des contes pour enfants classiques. Oubliez le "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants", oubliez également l'insouciance et les petits oiseaux. L'univers Disney est bien loin de celui qui nous est présenté ici.
"Ondine" est noir, cruel et triste. On ne peut pas empêcher un sentiment de vague à l'âme à la fin de la lecture de cette oeuvre. Benjamin Lacombe nous entraine dans un monde d'obscurité où le personnage d'Ondine brille par sa naïveté. Cela se ressent dans ses dessins évanescents et vaporeux et leurs couleurs crépusculaires. La chevelure d'Ondine, d'un roux lumineux, tranche avec l'ensemble et pourrait d'abord nous faire penser à une lueur salvatrice. Il n'en est rien. Ondine fait parti du peuple des ondins et ne peut se soustraire à sa condition.

Ondine est une créature, belle et mystérieuse, vivant dans les eaux vives. Elle a été recueillie par une famille de paysans, pauvres mais aimants, bien qu'assez rustres. Un soir d'orage, un beau chevalier va faire son apparition et demander l'hospitalité. Tout de suite il tombe sous le charme d'Ondine et, ensemble, ils vont partir à la ville pour y vivre pleinement leur amour. Ca c'est ce qu'ils croient... car c'était sans compter la jalousie de la belle Ursule.
Faux-semblant, perfidie et trahison vont faire leur apparition et la belle rousse et la conquérante brune vont alors s'affronter, l'une par esprit de conquête, l'autre pour gagner son âme. L'issue de l'histoire, vous vous en doutez, sera funeste.

Un conte sombre mais beau avec des illustrations tout aussi réussies. Benjamin Lacombe n'a pas fini de nous éblouir par son talent!
"Le Guide Galactique II: Le Dernier restaurant avant la fin du monde" de Douglas Adams
L'histoire: La cuisine anglaise est exécrable. Moins abominable, cependant, que la poésie Vogons, un peuple fier, ombrageux, et éminemment irritable. D'ailleurs, les Vogons ont fait sauter la planète terre, soi-disant par erreur. Pas de panique!
Grâce au fabuleux Guide galactique, le pauvre Arthur Accroc, ex-citoyen britannique désormais apatride et passablement désemparé devant tant d'inconvenance, pourra affronter sans crainte les improbables méandres d'un univers en folie. Rien ne l'empêchera, pas même un ascenseur dépressif, d'arriver à temps pour déguster le Plat du jour au Dernier Restaurant avant le fin du monde.
La critique de Mr K: Un intermède comique aujourd'hui avec le deuxième volume du Guide galactique de Douglas Adam. On retrouve tous les personnages du précédent opus dans de nouvelles aventures absolument déjantées, entrecoupées de passages hilarants du fameux guide. Ainsi, dès la première page ça commence:
"Au commencement, fut créé l'Univers.
La chose a considérablement irrité tout un tas de gens et bon nombre de personnes estiment même que ce fut une erreur.
Bien des races croient y voir l'oeuvre de quelque espèce de dieu, bien que les Jeuhtlavédis de Méth-Técho VII croient pour leur part que tout l'univers fut en réalité violemment éternué de la narine d'un être qu'ils nomment le Gros Patatchoum Vert.
Les Jeuhtlavédis (qui vivent dans la crainte perpétuelle de ce qu'ils appellent l'Avènement du Grand Mouchoir Blanc) sont de petites créatures bleues munies de plus de cinquante bras chacune, ce qui leur vaut ce trait unique d'être les premiers êtres de toute l'histoire à avoir inventé le déodorant corporel avant la roue.
Le ton est donc donné dès l'incipit de ce roman et l'intensité drôlatique ne faiblit jamais tout au long des 214 pages de cet ouvrage! C'est d'ailleurs préférable que ce livre soit court, on évite ainsi l'effet de lassitude qui pourrait s'installer. On retrouve Arthur, le héros terrien qui avait fuit à la dernière seconde sa planète annihilée pour cause de déviation d'autoroute spatiale. Anglais, jusqu'au bout des ongles, il tente désespérément dans ce volume de boire un thé authentique. Zappy Bibicy ex-président de la galaxie est lui aussi de la partie avec ses deux têtes et toute sa verve. Il y a aussi Ford Escort (sic) le meilleur ami extra-terrestre d'Arthur toujours aussi lunatique et débrouillard. Marvin le robot dépressif (paranoïd androïd en anglais, origine sans doute du nom du meilleur album de Radiohead) reste égal à lui même. Ils sont toujours poursuivis par les Vogons, des créatures hideuses et vindicatives à la poésie mortifère!
On navigue en plein délire durant tout ce livre, on y fait des rencontres improbables à souhait, le temps et l'espace sont distordus, les réactions des uns et des autres totalement farfelues, le non-sens à l'anglaise fonctionne à plein pour le plus grand plaisir du lecteur. Les pages se tournent très vite et le rire est au rendez-vous à chaque détour de phrase. C'est suffisamment rare pour être souligné surtout dans le domaine de la science-fiction. C'est donc une lecture-détente très agréable à laquelle je vous convie, tout en sachant que la série est assez longue et qu'il me semble vraiment nécessaire d'espacer la lecture de chacun des tomes pour en retirer le meilleur et éviter l'indigestion.
"Sérum - Saison 1, Episode 2" de Henri Loevenbruck & Fabrice Mazza
L'histoire:
1773 : MESMER INVENTE L'HYPNOSE
1886 : FREUD INVENTE LA PSYCHANALYSE
2012 : DRAKEN INVENTE LE SÉRUM
Une injection.
Sept minutes pour accéder au subconscient d'Emily Scott.
Un carnet pour décrypter ses visions fantasmagoriques.
Quelques jours pour empêcher le pire.
Mais quand les morts suspectes se multiplient, le NYPD se pose une question : Arthur Draken est-il un psychiatre de génie ou un dangereux criminel?
La critique Nelfesque: Après avoir lu le premier épisode de "Sérum", je n'avais qu'une hâte: continuer cette saga d'Henri Loevenbruck et de Fabrice Mazza au concept original et inattendu.
J'ai lu ce second opus pratiquement dans la foulée du premier. J'avais donc encore l'histoire du précédent dans la tête. Toutefois, un "previously" semblable à ceux des séries télévisées (décidément le concept est poussé jusqu'au bout) est présent en début d'ouvrage. Ce condensé de scènes clés ravive la mémoire du lecteur et lui permet de débuter ce second épisode sous les meilleurs auspices.
Dans cet épisode 2, de nouveaux personnages apparaissent dont le père du docteur Draken et un couple d'activistes politiques à la WikiLeaks, John Singer et sa femme.
On retrouve Lola là où on l'a laissé et sa situation personnelle et familiale se dévoile peu à peu. On la découvre femme forte sur tous les fronts, auprès d'Emily mais aussi de son frère et de son fils. Draken laisse également entrevoir une facette de sa personnalité que l'on ne connaissait pas encore. C'est grâce à la relation qu'il entretient avec son père, ancien psychiatre également, que ce processus a lieu. J'ai particulièrement aimé cette facette du roman.
L'histoire se complexifie, on commence à entrevoir certains enjeux et le rythme est toujours aussi dense. La tension est palpable, le lecteur est embarqué dans cette course folle et quand la fin arrive, on se retrouve avec encore plus de questions! Quelle frustration! Vivement le 3ème épisode prévue pour le mois de juin.
Notez bien le petit dessin présent en dessous du titre de la série. Il change à chaque épisode et son choix n'est pas anodin. On se croirait dans le générique de "Fringe" ;)
La suite au prochain épisode...
Egalement lu et chroniqué au Capharnaüm Eclairé:
- Sérum - Saison 1, Episode 1
"Le prisonnier des étoiles: Le dôme des plaisirs" d'Alphonso Font
L'histoire: Le sosie du Méga, dirigeant de la planète Terre dans un futur proche, est poursuivi par les forces de sécurité de tout l'empire qu'il semble menacer de part son existence même. Il n'est pas seul, une plantureuse blonde gouailleuse l'accompagne...
La critique de Mr K: Impossible de vous donner le résumé exact de cette BD, je n'en ai trouvé nulle trace sur le web... Sachez qu'il s'agit d'un tome 2 et que je n'ai pas lu le tome 1 qui semble-t-il est épuisé... Il me manque donc un certain nombre d'éléments pour pouvoir éclairer complètement votre lanterne mais cette pongée dans l'univers d'Alphonso Font est un beau voyage qu'il me semblait important d'aborder dans un post.
L'histoire en elle-même est classique et ce volume s'apparente à un road movie où nos deux héros doivent s'enfuir et se cacher face à une menace obsédante. Mitraillés par un hélicoptère sur une plage où ils tentent de se reposer, ils se font faire prisonnier par des pirates embarqués dans un sous-marin. Pendant ce temps là, le Méga envoie à leur trousse un cyborg indestructible... À partir de là, on enchaîne les rebondissements, le récit est haletant à la manière d'un Indiana Jones ou d'un volume des aventures de Tintin.
Les personnages principaux n'ont rien de vraiment original en eux-mêmes mais les rapports qu'ils entretiennent entre séduction et chamaillerie égayent une BD d'aventure que l'on prend un grand plaisir à parcourir. On voyage beaucoup entre les fonds sous-marins, une cité lacustre perdue dans un marais des plus malsain et une ville où culmine à son sommet le fameux dôme des plaisirs où le seigneur des lieux s'adonne au plaisir sous toutes ses formes (il ne fait pas partie du FMI pour autant!). Les dessins sont agréables et sortent de l'ordinaire, on reconnaît au passage la patte de l'école espagnole de la BD, on peut faire le rapprochement avec Gimenez notamment. Les dialogues sont fournis et ne tombent jamais dans la médiocrité et la vulgarité.
Un bon récit d'aventure que je vous conseille si vous êtes amateurs. De mon côté, je vais essayer de dégoter le volume 1 pour savoir enfin de quoi il en retourne exactement!
(Cliquez sur l'image pour agrandir)
Challenge "Livra'deux pour pal'Addict"
Et hop un nouveau petit challenge avec ma copinaute fée-tish!
Le principe? En binôme, chacun choisi dans la PAL de l'autre, trois livres :
- qu'il a lu et aimerait faire découvrir à son partenaire
- dont il aimerait avoir l'avis d'un ami
- dont les titres l'interpellent pour leur résumé...
Sur ces trois livres, chacun en choisit un et dans un délai imparti, le lit et en fait un billet sur son blog.
Rien de contraignant puisque avec Mr K, nous utilisons souvent ce principe à la maison et qu'avec fée-tish nous avons des goûts littéraires assez proches. Un bon moyen donc de faire baisser nos PAL :)
Les 3 livres choisis par fée-tish:
- "La Compagnie des menteurs" de Karen Maitland (parce qu'elle hésite à l’acheter chaque fois qu'elle va en librairie)
- "Oscar et la dame rose" d’Eric-Emmanuel Schmitt (très touchant, une magnifique leçon de vie)
- "La mort est mon métier" de Robert Merle (un livre qu’elle aimerait beaucoup découvrir, qui lui fait de l’oeil depuis déjà un moment)
Mes 3 propositions pour fée-tish (très thriller je l'avoue):
- "Au-delà du mal" de Shane Stevens (parce que je l'ai aussi dans ma PAL et que j'ai envie d'avoir ton avis)
- "Les anges de New-York" de R.J. Ellory (parce que je voue un véritable culte à cet auteur)
- "Cul de sac" de Douglas Kennedy (parce que j'ai aimé sa belle brochette de cinglés)
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Nous avons jusqu’au 25 mai pour choisir notre lecture finale, jusqu'au 15 juillet pour le lire et le 30, le challenge prendra fin. Suivant les choix de fée-tish, je n'exclus pas le fait d'en lire plusieurs. J'ai hâte de voir ses propositions et vous donne rendez-vous tout bientôt pour découvrir mon (mes) choix!
"Le trône de fer, intégrale 3" de George R. R. Martin
L'histoire: Le royaume des sept couronnes est sur le point de connaître son plus terrifiant hiver: par-delà le mur qui garde sa frontière nord, une armée de ténèbres se lève, menaçant de tout détruire sur son passage. Mais il en faut plus pour refroidir les ardeurs des rois, des reines, des chevaliers et des renégats qui se disputent le trône de fer. Tous les coups sont permis, et seuls les plus forts, ou les plus retors, s'en sortiront indemnes...
La critique de Mr K: Quel bonheur! Quelle exaltation de replonger dans le royaume des sept couronnes et des cités libres! Je me suis laissé six mois pour me remettre de mes émotions suite à ma lecture des deux premiers volumes de l'intégrale du Trône de fer de Martin. À la fin du premier chapitre de celui-ci (20 pages sur 1150 en tout!), je suis de nouveau accro, adieu sommeil et vie sociale! Bonjour cavalcades et intrigues!
Je pensais avoir tout lu avec les deux premiers tomes, je me mettais le doigt dans l'œil jusqu'au coude, George R. R. Martin a décidément un don incroyable pour se renouveler tout en conservant l'esprit épique et unique de sa série. On s'immerge donc à nouveau et de façon quasi immédiate dans un monde de fureur et d'avidité où tous les coups sont permis. Le pire... c'est qu'on y prend plaisir et qu'on en redemande! Attendez-vous à lire de nombreux revirements de situation, à de l'épopée sanglante et cruelle et à des disparitions tragiques. En effet, une dizaine de personnages importants meurent ou disparaissent dans ce volume et non des moindres! C'est parfois avec la boule au ventre que l'on tourne les pages, appréhendant ce qui va suivre et ce que l'auteur réserve à ses protagonistes. Petites trahisons entre amis, meurtres en famille (tant qu'à faire!), mariages d'intérêts, tortures diverses et variées, autant de mœurs épouvantables qui règnent en maître à Westeros. On se rend de plus en plus compte que nul n'y échappe et même les personnages les plus attachants ont leur part d'ombre (aaaah Tyrion mon favori!) et les plus détestables leur part de lumière (enfance difficile de Cerseï par exemple).
L'écriture est toujours une merveille d'efficacité et de puissance évocatrice. On vit littéralement les faits que l'on suit tant on s'y croit! On sort marqué de façon indélébile et heureux d'une telle lecture qui donne clairement ses lettres de noblesse à la fantasy contrairement à certains (non non, je ne suis pas rancunier...). Comme dit en quatrième de couverture, il y a du Druon dans le flot des événements et les faits relatés, on peut aisément faire le rapprochement avec la saga des Rois Maudits qui m'avait captivé à l'époque. On passe par tous les états et loin de se tarir, les sentiments s'exacerbent et la tension monte de plus en plus. Franchement, j'étais dans tous mes états et il en faut beaucoup pour me retourner à ce point là lors d'une lecture.
Un grand bonheur donc que je poursuivrais bientôt avec le volume 4 de l'intégrale qui siège bien sagement dans ma PAL qui reste sérieusement à épurer! Je vais attendre d'avoir une bonne semaine de libre pour m'attaquer à ce beau morceau. Vive la maison Stark! Même si j'y crois de moins en moins....
Lu et aussi adoré du même auteur:
- Le trône de fer, intégrale 1
- Le trône de fer, intégrale 2
"Le Cercle des huit" de Daniel Handler
L'histoire: Que s'est-il passé ce soir mémorable d'Halloween ? Aujourd'hui, sur le parking des élèves, le corps d'Adam State a été retrouvé dans le coffre d'une voiture volée. Il avait disparu depuis presque une semaine. A vrai dire, le plus inquiétant n'est pas sa mort, mais la manière dont il est mort. Adam State a été tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique… Il ne s'agit pas d'un fait divers. Lisez le journal de Flannery, la narratrice de cette histoire, non pour le frisson macabre dont chacun d'entre nous raffole, mais pour la leçon capitale qu'il nous offre.
La critique Nelfesque: Je me suis lancée dans cette lecture en me plantant littéralement d'histoire. A la vue de la 4ème de couverture, je m'attendais à un thriller, voir un roman à suspens et finalement "Le Cercle des huit" n'est ni l'un ni l'autre. Un faux départ qui explique sans doute en partie mon avis assez mitigé en cours de lecture sur ce roman.
Daniel Handler a fait le choix du journal intime pour relater les faits. Nous sommes directement en contact avec Flan, narratrice et actrice principale de l'histoire, jeune lycéenne américaine de Terminale. Nous allons suivre son début d'année scolaire, faire la connaissance de ses amis, découvrir ses préoccupations...
Le ton est léger parfois, désinvolte souvent, la narration est particulière. Flan écrit comme elle parle et cela donne des phrases biscornues, des idées jetées pêle-mêle sur le papier et des concordances de temps assez fantaisistes. Le lecteur doit en prendre son partie, l'auteur (fictif) est une adolescente et ce roman séduira sans doute bien plus les ado que les adultes qui peuvent y voir des maladresses linguistiques et des préoccupations superficielles. Ce fut mon cas. J'aurai pu tout de même éprouver une tendresse particulière pour cette bande de lycéens, ou pour Flan elle-même, mais n'ayant pas été une adolescente semblable à ceux présentés ici, je ne m'y suis pas attachée et le choix du journal intime n'a pas fonctionné sur moi.
Pendant les 100 premières pages, je me suis demandée quel livre j'avais ouvert. Je n'étais pas du tout là où je pensais me trouver et "Adam State tué au cours de ce qui s'apparente à un rituel satanique", comme l'indique la 4ème de couverture, n'était toujours pas mort. A la page 350 non plus... J'ai compris par la suite que finalement ce roman est essentiellement la justification du meurtre et ce qui s'est passé avant. Qu'est ce qui a mené à ce drame? Qui a tué Adam? Flan, actuellement en prison, est-elle coupable? Qui sont ses amis et qu'ont-ils de satanique?
J'ai donc eu beaucoup de mal à rentrer dans l'histoire et, bien que souriant à certaines situations très "Skins" (une série anglaise dont je conseille vivement les deux premières saisons), je me suis souvent retrouvée perplexe devant ces lignes. Après avoir ramé pendant la moitié du roman, les 100 dernières pages m'ont donné une meilleure opinion de l'ensemble. Là où il n'y avait jusqu'alors que futilité, cours séchés, beuveries entre jeunes bourgeois, le roman a basculé dans une toute autre dimension. Le lecteur est alors mené par le bout du nez jusqu'au final. La scène de la soirée du meurtre est orgiaque, décadente et surréaliste. On bascule dans le glauque et une dimension psychologique fait son apparition. En 100 pages seulement Daniel Handler a justifié le fait que je me sois accrochée à ce roman pourtant maintes fois laissé de côté au cours de ma lecture. Il eut été dommage de ne pas aller jusqu'au bout. Il faut s'accrocher, c'est particulier, mais le final est étonnant.
L'autre point positif de ce roman est la critique de l'opinion publique, des spécialistes et des médias qui s'excitent autour de l'affaire et multiplient les interventions bien pensantes et moralisatrices. Autant de démonstrations de ce qui doit être fait et de ce qui ne le doit pas qui nous rappelle que l'adolescence est un moment difficile où les seules lois universelles sont celles de la loyauté et de l'amitié. Les adultes détourneront les propos de Flan et de ses amis, dissèqueront la moindre photographie à la recherche de preuves de mode de vie malsaine. Des déformations qui révoltent Flan et qui mettent en avant, page après page, sa psyché tourmentée.
"Le Cercle des huit" est donc au final une bonne surprise. Ce roman est plus intelligent qu'il n'y parait au premier abord. A lire donc pour la critique virulente de la morale bien pensante et des dérives de l'adolescence qu'il présente.
Marcel et son orchestre à la Ferme de Gwernandour, Brasparts (29), 05-05-12
Quelle expédition mes amis pour aller voir le dernier concert breton des Marcel et son orchestre à la Ferme de Gwernandour! C'est dans le trou du c** du Finistère que notre voiture nous a mené et mieux vaut avoir le sens de l'orientation pour trouver cette salle. A 50 kilomètres de Brest, dans les Monts d'Arrée, prenez les chemins de 4 grammes et vous arriverez à Gwernandour. Niché au creux d'une vallée, ce bâtiment agricole en activité est un lieu de concert atypique accueillant depuis plus d'une dizaine d'années de grands noms de la scène française et internationale. Sur le parking, il y a pas mal de camions aménagés, pas de doute, nous sommes arrivés au bon endroit!

Vu la concentration de vaches au m²,
les Marcel seront obligés de nous faire leur "meuh meuh"!
C'est dans cette salle que les Marcel et son orchestre ont décidé de faire leurs adieux à la Bretagne. Et oui, les Marcel c'est fini... et on ne pouvait pas ne pas être présents pour cette date! "J'irai jusqu'au bout du monde, je me ferai teindre en blonde..." pour être là avant le grand départ. Ce soir, Brasparts est the place to be!
Après une première partie dont je préfère taire le nom et mon avis pour ne pas être méchante arrivent les Marcel! Ah non, ce sont les Parasites, une version light et assagie des Marcel. Alignés sur le devant de la scène, campés sur des tabourets de bar, les Marcel Parasites, en costards, nous interprètent des versions acoustiques de CO2, Le chômage, Si jamais t'avoues (très Wriggles), La famille Ingalls...
Quelques 7 ou 8 titres qui font monter la pression avant l'arrivée des Marcel version déjantée que nous aimons tant. Certains membres du public se croient chez mémée et montent sur scène ou gueulent "Dégage les chaises!!!". Note pour les plus jeunes: l'alcool c'est mal...
Petit intermède le temps que le groupe se change, une voix off nous fait le décompte minute par minute de l'arrivée sur scène des Marcel. La pression monte!
Arrivent enfin THE Marcel themselves. Petite déception de les voir fringués comme sur la pochette du dernier album alors que je les préfère version colorée et travestie mais l'habit ne fait pas le moine et les Marcel assurent avec comme premier titre Je veux m'amuser avec toi. Yeah, ça tombe bien moi aussi!
Pour cette tournée, attendez vous donc à ça...

... plutôt qu'à ça.
Les titres s'enchaînent et la salle est déchainée. Quelques personnes sont déguisées et l'ambiance est au rendez-vous. De plus en plus et un peu trop au final car il devient difficile d'apprécier le concert quand des dizaines et des dizaines de personnes partent se chercher à boire au fond de la salle et reviennent avec leurs boissons alcoolisées tout en trouvant normal de bousculer les gens plutôt que de leur demander pardon. Mieux vaut avoir une certaine faculté d'abstraction pour ne pas s'énerver. (Re-l'alcool-c'est-mal). Mais les Marcel nous aident à faire passer la pillule et ils se donnent tellement sur scène qu'on ne peut pas faire autrement que de se tortiller comme des dingues.
Nouveaux titres et anciens tubes se disputent la set-list avec les punkissimes Les neurones à crêtes ou A qui cela profite, les plus calmes, Normal man ou Le slow. Le bateau pneumatique jaune, connu et attendu, est de sorti pour Brrr... (au début elle est froide) et Mouloud (alias Franck, le chanteur des Marcel of course) slamme sur l'excellent Trapèze volant issu du dernier album.
Comment ne pas citer également les incontournables Fil à retordre, Femme mûre, Elle est pas d'humeur, Où sont passées mes pantoufles? et les récents Les frites, Les singes, L'amour dans le nord qui n'ont rien à envier à leurs grands frères. Le public est monté sur scène, Mouloud est descendu dans la fosse pour faire une chenille sur Soirée Ferrero, Bouli (le Grand Bouli, bassiste de son état) est passé dans le public plusieurs fois et nous a gratifié de ses plus belles poses photos (Bouli, on t'aime!!!), on a parlé politique (veille de second tour oblige), j'ai pris une douche à la bière et on s'est quitté sur un rappel de dingue.
Petite culotte, Comme un balai, 62 mefie-te finissent de nous achever. A ce stade du concert, il n'y a plus d'amour propre possible, le public est en transe et saute dans tous les sens. Enfin en nous remerciant pour toutes ces années et en ayant fait la part belle de nombreuses fois à nos galettes saucisses bretonnes, le concert s'achève, lieu du concert oblige, sur Les vaches. Les Marcel s'éclipsent, la boum commence avec Ca plane pour moi et Le fric, c'est chic et il est temps pour nous de rentrer.
Un concert génial, comme on pouvait s'en douter. Le plus bel adieu qu'il soit. C'est à nous de te dire merci Marcel! Il va être terne le paysage musical français sans toi...
"Julian Corkle est un fieffé menteur" de D. J. Connell
L'histoire: Dans une petite ville de Tasmanie, dans les années 1970-80. Depuis tout petit, Julian Corkle invente, fabule, fait le clown, multiplie les bobards ; bref, Julian Corkle est un fieffé menteur. Bien obligé quand on grandit dans une petite ville paumée de province avec des rêves de célébrité et des secrets honteux. Car quand ses petits camarades jouent au base-ball, Julian, lui, dévore les magazines people, joue à l'infirmière, regarde des feuilletons à la télé, décore sa chambre, écoute en boucle les albums de Bowie et pomponne sa mère. Autant dire qu'il est loin de faire l'unanimité dans sa famille : son père, pilier de pub et dingue de foot, ne le trouve pas assez viril ; sa soeur, sportive accomplie, alterne bourrades brutales et coups de gentillesse ; son frère, l'intello, le méprise. Seule sa mère l'adore, croit en lui et l'encourage dans toutes ses entreprises. Qui sont nombreuses ! Car on a beau être une future star, encore faut-il trouver sa voie…
La critique Nelfesque: J'avais entendu parlé de ce roman au titre à rallonge, lors de sa sortie, dans une chronique littéraire sur France Info. La libraire qui en parlait était très emballée et m'a donné envie de découvrir ce roman. J'ai profité du "Challenge Destination" d'Evertkhorus consacré ce mois ci à la Nouvelle-Zélande pour me lancer dans la lecture de "Julien Corkle est un fieffé menteur".
J'ai vraiment apprécié ce roman. L'atmosphère qui se dégage de l'écriture de D. J. Connell, l'époque qui est formidablement retranscrite ici, les sujets difficiles qui sont abordés sans détour, la personnalité de ce jeune Julian Corkle...
Julian est un jeune homme fragile, fantasque et curieux de tout. En cela, il diffère de sa famille et particulièrement de son père qui met un point d'honneur à détruire psychologiquement tous ses projets et à essayer de le façonner à son image. Oui mais voilà, Julian n'est pas son père, il n'est pas non plus comme la majorité des garçons qu'il fréquente: il est homosexuel et nous allons le suivre dans la découverte de sa sexualité et son acceptation de ses différences.
Le sujet n'est pas simple, surtout à l'époque, mais heureusement pour Julian sa mère est une véritable bouffée d'oxygène. Elle le conforte dans ses choix, l'aide à avancer et fait "briller sa petite étoile". Pour elle, son fils est particulier, il doit avoir un destin de star et sans sa mère la vie de Julian serait sans doute impossible dans une communauté si fermée. Elle est excessive mais contrebalance l'attitude rigide de son père et apporte son quota d'amour à Julian.
Ce roman navigue entre émotion et humour, dédramatisant quelques situations lourdes et évènements cruels. On s'attache à ce jeune Julian que l'on suit de son plus jeune âge à ses 16 ans, âge où son heure de gloire va sonner. Julian est sûr de lui, il doute parfois mais rarement grâce à la force que lui transmet sa mère. Souvent arrogant et agaçant, il affirme sa différence et avance en dépit de ce que peut penser la société et ses proches. Ses rapports avec son père sont très durs et il est difficile de lire la préférence nettement affichée de ce dernier pour son frère et sa soeur. Ce que fait et pense Julian n'a aucun intérêt pour lui et son indifférence marque le lecteur autant que Julian. Tristes rapports qu'entretiennent ces deux là...
Mais tout est bien qui finit bien, non sans embûches sur le chemin, car Julian trouve sa voie, l'amour aussi, et fait la connaissance de Dot, personnage attachant et "boule d'affection", qui va changer sa vie. Existe-t-il vraiment des gens comme Dot? J'aime y croire même si nous sommes de plus en plus dans un monde individualiste.
Ce petit bout de vie d'un adolescent fantasque et décalé qui construit son avenir m'a touchée. Entre homosexualité, ambiance 70's dans une petite bourgade australienne et famille rigide, ce roman est une lecture agréable. Julian Corkle est un fieffé menteur mais aussi et surtout un personnage attachant.
Cette lecture entre dans le cadre du "Challenge Destination" d'Evertkhorus consacré ce mois ci à la Nouvelle-Zélande, D.J. Connell étant une auteure néo-zélandaise.
Mes compagnons de challenge: Evertkhorus Méloë, Paikanne, Frankie, Jostein, Aproposdelivres, Mimipinson (+1 autre lecture), Lynnae (+1 autre lecture), Flof13, Sharon, Silly, Achille49, Mel loves travels, Iluze et Vagabondes.




