Cafards at home

vendredi 3 juillet 2015

"Poltergeist" de Gil Kenan

Poltergeist afficheL'histoire : Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist...

La critique Nelfesque : Si vous nous suivez depuis longtemps, vous savez que nous avons un petit faible (un gros !) pour les films de genre. "Poltergeist" est un film culte et je ne vous cache pas que nous avions très peur du résultat concernant ce remake. Comme vous le savez aussi, je n'aime pas les remakes et cette facilité de tout reprendre pour remettre au goût du jour, au lieu de s'arracher pour pondre des scénarios originaux de qualité, quitte à dénaturer complètement l'oeuvre originale pleine de charme, me fait hérisser le poil.

Pourquoi aller voir "Poltergeist" version 2015 dans ce cas là ? La Fête du Cinéma pardi ! Sans elle, nous ne nous serions pas déplacés en salle et nous serions peut être contentés d'un visionnage DVD. Et encore...

Bon et alors ? C'est pas tout ça mais le film, il vaut le coup d'oeil ou pas ? Oui et non... On passe un bon moment, il y a de chouettes trouvailles mais dans l'ensemble ce "Poltergeist" ne casse pas des briques (à défaut de détruire des murs (ahah très drôle (ok, j'arrête))).

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J'ai aimé la première partie du film, à l'ancienne, sans déballage d'effets spéciaux. Le spectateur fait connaissance avec la famille Bowen et je dois dire que personnellement elle m'a bien plu. Ici point de gros clichés, pas d'ado grosse rebelle, blonde décolorée et qui mâche des chewing-gums la bouche ouverte, point de papa trop fort qui roule des mécaniques, point de maman modèle hystéro... Non finalement cette famille Bowen est une famille normale à laquelle on s'attache et s'identifie très rapidement. Les acteurs y sont d'ailleurs pour beaucoup, tout est naturel et le jeu est juste. La gamine a une bonne bouille, le petit frère peureux est attachant, les parents sont cools juste ce qu'il faut et il règne dans cette tribu une bonne humeur communicative. On est bien loin des films américains très clichés, m'as-tu-vu et débilisant.

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Les premières manifestations paranormales se déclenchent par petites touches, faisant monter la pression. L'ambiance se fait plus lourde petit à petit. Perso, je n'ai pas eu peur mais cette façon d'amener les choses tout en douceur m'a séduite. Il n'y a pas d'idées novatrices ou de plans révolutionnaires, c'est assez classique mais ça fonctionne bien et c'est respectueux de l'oeuvre originelle.

La deuxième partie, en revanche, celle où les poltergeists déchaînent leur fureur, est plus bancale. Les effets spéciaux m'ont complètement laissé de marbre ayant plus l'impression d'être devant une animation de jeu vidéo que devant un long métrage. Les scènes "de l'autre côté" ne valent vraiment pas celles faites en 1982. Oui il y a plus de moyens, oui on peut aujourd'hui en mettre plein la vue au spectateur mais la première version, même si elle a vieilli et même si elle a des imperfections qui font son charme, n'est ici pas égalée.

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"Poltergeist" est donc un film d'épouvante qui se regarde sans grand intérêt. Ni génial, ni nul, il laisse le spectateur avec un sentiment neutre. Perso, ce n'est pas ce que j'attends lorsque je vais au cinéma mais pour un dimanche soir calée dans mon canap' pourquoi pas. Et puis, le film des 80's m'a tellement fait flipper en son temps que c'est presque un crime d'avoir voulu le remplacer dans ma mémoire. SVP monsieurs les réalisateurs, ne touchez plus à mes films cultes !

Poltergeist

La critique de Mr K : 3,5/6. Petite séance de cinéma sympatoche et sans prétention que ce remake d'un film culte de Tobe Hooper. Une petite famille s'installe dans une nouvelle maison qui a été construite sur un ancien cimetière dont les corps n'ont pas été déplacés. Ça fait désordre surtout que les âmes n'ont pu trouver le chemin de la rédemption et commencent à s'amuser à communiquer avec la benjamine de la portée! Le pas définitif est franchi quand ils réussissent à l'entraîner dans le plan astral. Les parents font alors appel à une équipe de chercheurs spécialisés dans le paranormal. Clairement, on est largement en dessous de l’œuvre originel et je ne reverrai pas ce métrage qui perdra beaucoup lors de son passage sur petit écran.

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Pourtant ça démarre plutôt bien. La caractérisation de la famille est sympa avec un père assez marrant car décalé et plus populo qu'à l'habitude (Sam Rockwell est impec!). La benjamine est craquante et je me suite attaché à son grand frère de 10 ans apeuré par tout et n'importe quoi et dont le physique m'a rappelé celui du jeune héros de Billy Elliot. On se plaît bien à suivre la découverte de la maison par des enfants déçus par les lieux et des parents qui ne peuvent faire autrement, la crise a frappé et le père au chômage refuse de laisser travailler sa femme écrivaine en devenir. Mais très vite, les enfants vont être confrontés à d'étranges phénomènes (lampes qui crépitent, déplacements d'objets, découverte d'une cachette secrète remplie de clowns-jouet). La tension monte peu à peu, dosée comme il faut par de petit effets classiques mais efficace (hors champ, vue subjective et objets détournés). J'ai bien dû tressauter deux / trois fois sans réellement avoir vraiment peur.

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C'est le principal défaut de ce remake, il ne fait pas peur. On reste dans du classique pur jus et on vire même dans le n'importe quoi avec la deuxième partie du film qui fait intervenir une équipe spécialiste en repérage et combat contre le surnaturel. Là où dans le film originel, on proposait un bon moment de délire mais aussi quelques morceaux de bravoure, on tombe ici dans le cliché et le convenu. Dommage car la matière était propice à fournir de belles choses mais ça ne décolle jamais vraiment avec des passages WTF délirants (l’aînée en pleine crise d'ado qui s'excuse auprès de son père de ses exigences de midinette alors que le danger rode encore, on a le droit à un exorcisme new age assez consternant aussi). Mais le temps passe vite et on ne s'ennuie pas à défaut d'être surpris.

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La réalisation est bien loin d'égaler l'original, n'est pas Tobe Hooper qui veut! L'ambiance est moins poisseuse, moins malsaine et les plans plutôt convenus. Reste un sens du rythme assez efficace et deux trois séances marquantes comme l'attaque dans le garage, la nuit d'orage et les passages dans le monde astral qui rendent bien l'angoisse vécue par les personnages. Un bon film pour la fête du cinéma, sans ados crétins qui foutent leur zone dans la salle et une place à 4 euros… aucun regret pour un remake passable pour éviter la canicule!

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jeudi 2 juillet 2015

"Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson - ADD-ON de Mr K

le vieuxNelfe a déjà lu et chroniqué ce roman le 29/07/11. Je viens de le terminer et de le chroniquer à mon tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de mon avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez ma critique toute fraîche à la suite de celle de Nelfe.

Nous procédons ainsi pour les romans déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lu à nouveau par l'un de nous. Pour "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson, ça se passe par là.

mercredi 1 juillet 2015

"Vice-Versa" de Pete Docter

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L'histoire : Au Quartier Général, le centre de contrôle situé dans la tête de la petite Riley, 11 ans, cinq Émotions sont au travail. À leur tête, Joie, débordante d’optimisme et de bonne humeur, veille à ce que Riley soit heureuse. Peur se charge de la sécurité, Colère s’assure que la justice règne, et Dégoût empêche Riley de se faire empoisonner la vie – au sens propre comme au figuré. Quant à Tristesse, elle n’est pas très sûre de son rôle. Les autres non plus, d’ailleurs… Lorsque la famille de Riley emménage dans une grande ville, avec tout ce que cela peut avoir d’effrayant, les Émotions ont fort à faire pour guider la jeune fille durant cette difficile transition. Mais quand Joie et Tristesse se perdent accidentellement dans les recoins les plus éloignés de l’esprit de Riley, emportant avec elles certains souvenirs essentiels, Peur, Colère et Dégoût sont bien obligés de prendre le relais. Joie et Tristesse vont devoir s’aventurer dans des endroits très inhabituels comme la Mémoire à long terme, le Pays de l’Imagination, la Pensée Abstraite, ou la Production des Rêves, pour tenter de retrouver le chemin du Quartier Général afin que Riley puisse passer ce cap et avancer dans la vie...

La critique Nelfesque : Gros coup de coeur pour "Vice-Versa", dernier né des studios Disney-Pixar ! J'aime les films d'animation, j'aime le temps d'un dessin-animé retourner en enfance et rêver mais j'ai rarement vécu autant d'émotions qu'avec celui ci. Tout simplement hors du commun.

Que se passe-t-il dans nos têtes ? Pourquoi sommes-nous parfois tirailler quand il faut prendre une décision ? Qu'est ce qui fait la personnalité de chacun ? Les festivaliers et les critiques à Cannes cette année ont été unanimes : "Vice-Versa" était bouleversant et sa projection fut un triomphe. Je partage totalement leur avis. On navigue ici entre rires, larmes et réflexion. Notre gymnastique cérébrale est très bien rendue. Les explications complexes sont finement simplifiées et imagées pour que tout devienne accessible sans pour autant galvauder des faits scientifiques. Chacun en ressort grandit, petits et grands ont appris des choses. Même si tout n'est pas compréhensible pour les plus petits, ils peuvent ressentir grâce aux images les émotions qui nous sont traduites. Un vrai tour de force qui nous cueille à chaque minute.

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Riley a 11 ans. Elle vient de quitter son Minnesota natal pour San Francisco et c'est la tempête dans sa tête. Elle a quitté la maison qu'elle aime, ses repères, ses amis, une vie calme à la campagne pour une ville qu'elle ne connaît pas, une maison qui ne lui plaît pas et tout un avenir à construire. Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût sont alors à pied d'oeuvre pour que cette transition se fasse de la meilleure façon possible et que Riley ne souffre pas trop de ce changement de vie.

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Oui mais voilà, rien ne va se passer comme prévu et nous suivons les pérégrinations de ces 5 sentiments dans le cerveau de Riley. La tour de contrôle des émotions, les îles de la personnalité qui constituent cette dernière, la mémoire à long terme, le train de la pensée, le stockage des souvenirs, la fabrication des rêves, le parc de l'imaginaire, le subconscient... tel est le décors reflétant tout cerveau. Le film commence comme une friandise au goût acidulé, Riley est petite et heureuse, tout n'est que bonheur et paillettes puis peu à peu l'ambiance bascule dans quelque chose de plus angoissant, de plus complexe et perturbant. Loin des sentiers balisés de dessins animés édulcorés pour enfants, beaux à regarder mais sans messages ou très simplistes, "Vice-Versa" pose des questions essentielles sur l'accomplissement de soi, sur la gestion des émotions, sur le fait de grandir, sur l'oubli...

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Cette petite fille si seule dans sa nouvelle vie est pourtant peuplée d'une petite bande remuante et énergique qui remue ciel et terre pour qu'elle garde le cap. Evoluants dans un monde riche et coloré, les 5 sentiments ont une multitude de solutions à leur portée et se bagarrent parfois pour trouver la bonne. C'est foisonnant, passionnant et certains détails éveillent en nous des choses enfouies. Qui n'a pas eu enfant un ami imaginaire et l'a complètement oublié ? Découvrir où celui ci réside à présent crève le coeur... Avec ce film d'animation diablement malin et efficace, le spectateur est tour à tour surpris, émerveillé, ému et apaisé.

Une très jolie histoire, un très beau film d'animation, très loin d'être bête, qui plait aussi bien aux petits qu'aux grands. Le meilleur Pixar et, psychologiquement, le plus abouti jusqu'à présent ! J'attends le DVD avec impatience ! Une réussite !

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La critique de Mr K: 6/6, une grande et belle claque que le dernier né de chez Pixar. A mes yeux, le plus réussi, le plus abouti et le plus riche de tous leurs métrages. Il sera sans nul doute dans mon top 3 de l'année tant il m'a remué et diverti. Attention chef d’œuvre! Et en animation, c'est tout de même assez rare depuis ces dernières années.

Le concept est simple, on rentre dans la tête d'une jeune fille et nous suivons le fonctionnement de son cerveau à travers les cinq émotions principales qui régissent nos vies (la joie, la tristesse, la colère, la peur et le dégoût). Tout se passe pour le mieux pour Riley jusqu'au jour où elle déménage de son Minnesota natal pour San Francisco. Ça fait beaucoup de changements pour elle et la transition va s'avérer bien rude pour cette petite fille normalement enjouée. Crispations avec la famille, éloignement avec ses amis, premiers jours à l'école, nombreux sont les obstacles à son épanouissement, heureusement ses émotions veillent et vont la guider dans cette période pas très facile.

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Ce film est imparable et d'une grande finesse. Ma référence reste le Alice au pays des merveilles de Disney dans le genre récit initiatique mais celui-ci n'est vraiment pas loin derrière. Au fil des aventures de Joie et Tristesse pour revenir dans la salle de contrôle, elles croiseront l'ancien ami imaginaire de Riley, Bing Bong, un mix fortement improbable de barbe à papa, d'éléphant, de chat et de dauphin, déambuleront dans sa mémoire à long terme (et verront au passage comment les souvenirs sont conservés ou effacés), prendront place à bord du train de la pensée, traverseront le pays de l'imaginaire et bien d'autres choses encore. Les enfants dans la salle s'amusent beaucoup des situations décrites, les adultes aussi avec en plus la conscience d'assister à un spectacle peu commun.

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Ce dessin animé est d'une rare intelligence, d'une justesse de tous les instants et s'avère être un beau résumé d'une étape essentielle dans notre développement: la fin de l'enfance et de l'enchantement pour entrer dans l'âge de l'adolescence et le début de la conscience de soi et surtout des autres. L'architecture du métrage est remarquable car tout le monde s'y retrouve et comprendra le message selon son degré d'évolution si je peux m'exprimer ainsi. Un bonheur de cinéma entre rire et grosses larmes (oui, j'ai pleuré et beaucoup même!), à ne louper sous aucun prétexte!

mardi 30 juin 2015

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir" de Anthony Doerr

toute la lumière que nous ne pouvons voirL'histoire : Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d'histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l'aider à s'orienter et à se déplacer.
Six ans plus tard, l'Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l'oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. Pour éviter que les Allemands ne s'en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d'un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu'il s'agit en réalité de l'original.
Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l'orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

La critique Nelfesque : "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" fait partie du club très fermé des romans qui vous marquent à vie. Prix Pulitzer 2015, Anthony Doerr n'a pas volé sa distinction littéraire.

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir", rien que le titre est d'une beauté renversante. Comme avec "De battre mon coeur s'est arrêté", il y a des noms d'oeuvres que je pourrai répéter à l'infini et les trouver toujours aussi beaux, des phrases qui, seules, éveillent en moi des sentiments puissants. C'est indescriptible mais c'est ainsi. Le pouvoir des mots...

L'histoire de ce roman de Doerr est à l'avenant. Anthony Doerr plonge le lecteur dans la France des années 30 et 40 à travers les yeux de Marie-Laure, aveugle à la suite d'une maladie mais pourtant si éveillée au monde qui l'entoure. Curieuse de tout, son quotidien est fait de couleurs mentales, de sensations, de découvertes... Avec un père aimant pour seul parent, elle va franchir le pas de la porte de leur appartement pour découvrir le monde, en commençant par les couloirs et les collections du Musée d'Histoire Naturelle où son père travaille. Elle va alors se prendre de passion pour la recherche, la lecture, la biologie, tout ce qui peut la faire rêver à travers des histoires de découvertes et d'aventures passionnantes.

En parallèle, le lecteur fait la connaissance de Werner et sa petite soeur Jutta, orphelins allemands. Un parallèle fort à propos avec des enfants sensiblement du même âge de part et d'autre d'une frontière de deux pays qui vont bientôt entrer en guerre. On suit alors leurs quotidiens, leurs peurs et leurs rêves. Les mêmes mais appartenant à deux peuples qui ne vont pas tarder à s'affronter.

Quand les allemands rentrent dans Paris, Marie-Laure et son père trouvent refuge à Saint-Malo chez un oncle. Cette ville corsaire bretonne est le décor où évoluent des personnages truculents. Un florilège de personnalités toutes singulières et différentes mais unies dans un même désir : bouter les allemands hors de France et retrouver une quiétude de vie. Nous suivons alors une petite cellule de la Résistance, une Résistance à petite échelle comme il y en a eu tant pendant la Seconde Guerre Mondiale, une goutte d'eau dans l'océan mais une goutte d'eau vitale. Marie-Laure évolue et grandit ici, sans avoir conscience des évènements mais ressentant un changement et une tension palpable.

Deux destins, deux vies que tout oppose, l'une française et résistante, l'autre allemande et enrôlée par la Wehrmacht. Leur ressemblance malgré tout, leurs craintes et leurs questionnements font de ce roman une oeuvre émouvante et poignante. Le lecteur s'attache immédiatement à Marie-Laure mais aussi à Werner, deux enfants qui sont nés ennemis et sont pourtant tellement semblables.

La trame est, vous l'aurez compris, propice aux histoires tragiques. Sur fond de guerre, on ne peut s'attendre à un roman gai. Peu original et sans surprises pourraient même dire certains à la lecture de ces quelques phrases. Et pourtant... C'est sans compter sur le talent d'Anthony Doerr, que j'ai découvert ici et que je vais dorénavant suivre avec beaucoup d'intérêt. Sa plume est sublime, toute en nuance et poésie. Sans pathos, tout en délicatesse, et avec des descriptions magnifiques des lieux parcourus mais aussi des sentiments éprouvés par les personnages de ce roman, les mots entrent dans le corps du lecteur par tous les pores de la peau. Tant de beauté et de pureté, dans un univers si froid et triste qu'est une guerre, ne peut qu'émouvoir. Complètement habitée par l'intrigue, je me suis rendue compte seulement à la fin de ma lecture que mes larmes coulaient toutes seules sur mes joues dans les 50 dernières pages du roman. Une expérience que je n'ai pas vécu souvent...

Plus de 600 pages que l'on ne veut pas voir finir, une histoire qui nous colle à la peau, un roman bouleversant et d'une grande beauté. Le titre, "Toute la lumière que nous ne pouvons voir", prend tout son sens au fil des pages et à la 604ème particulièrement avec une scène qui fend littéralement le coeur.

Si j'étais de celles qui relisent leurs livres, je relirai celui-ci dix fois, vingt fois, cent fois. Lisez-le ne serait-ce qu'une seule fois et appréciez chaque mot, chaque phrase. La beauté est ici, malgré la guerre et ses atrocités, entre les pages de ce roman. Merci Mr Doerr.

lundi 29 juin 2015

"Jurassic World" de Colin Trevorrow

jurassic afficheL'histoire : L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

La critique Nelfesque : Quel plaisir de retrouver les dinos dans nos salles obscures ! Fête du Cinéma oblige, vous allez voir fleurir, cette semaine sur le blog, pas mal de billets consacrés aux films. Nous sommes des grands amateurs de cinéma et cet évènement porte bien son nom pour nous chaque année. Nous commençons notre marathon visionnage avec "Jurassic World", sorti le 10 juin et que nous nous étions réservés pour débuter la Fête.

"Jurassic Park" est une franchise mythique. Un nouvel opus avait de quoi faire frémir. Allions-nous voir un film "à fric" ou vraiment retrouver l'essence de ce qui a fait le succès de la trilogie ? Une chose est sûre c'est que lorsque les premières notes du générique retentissent et que les premières images de ce Jurassic Park nouvelle génération apparaissent, la magie opère !

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Ici, le scénario est mince. Un nouveau parc, rebaptisé "Jurassic World", plus design, plus high-tech, plus grandiose et plus tout, s'est construit en lieu et place de l'ancien Jurassic Park. Dans ce nouveau complexe, on a vu les choses en grand et la logistique est une machine huilée. La sécurité est une priorité en ce lieu où la course au sensationnel fait rage. Voir de "simples dinosaures", c'est has-been ! Voir des dinos plus gros, effrayants et dangereux, c'est beaucoup plus vendeur !

C'est dans ce contexte que Zach et Gray visitent le parc. On suit en parallèle leurs découvertes et leurs frayeurs, occasion pour nous de visiter les installations et se prendre à rêver de les arpenter aussi. Que ne donnerai-je pas pour être visiteurs de ce Jurassic Word !? Les décors sont magnifiques, les paysages à couper le souffle et niveau effets spéciaux, on ne se moque pas de nous. Il faut dire aussi qu'avec 150 millions de budget, le contraire aurait été honteux.

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Avec ses gros sabots parfois mais toujours une petite touche d'humour, une auto dérision que j'ai vu comme une pastiche de film d'action / aventure (punchlines qui tuent), "Jurassic World" est un bon divertissement ciné. Ni plus, ni moins. Il envoie du bois et il remplit son contrat. Certains sursauteront, d'autres souriront aux clins d'oeil de la trilogie passée. La peur n'est pas vraiment au RDV en ce qui me concerne mais je n'y allais pas pour ça. Aussi c'est avec la pêche que je ressors de la salle après plus de 2h de film que je n'ai pas vu passer. Un bon moment de détente fun !

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La critique de Mr K: 4,5/6. La Fête du Cinéma arrivait à point nommé pour que Nelfe et moi allions voir le quatrième volet de Jurassic Park. La bande annonce était alléchante et avait le mérite d'être clair: louder and bigger, très con-con aussi. Mais niveau plaisir coupable et détente neurone, on fait rarement aussi bien et vu le prix de la place, on ne va pas se plaindre.

Les successeurs du vieil apprenti sorcier des épisodes précédents ont remis le couvert et ouvert un nouveau parc d'attractions autour du Jurassique et des charmantes bestioles qui y vivaient. L'affaire est bankable à souhait mais la soif de bénéfices étant inextinguible, les chercheurs ont mis au point une nouvelle espèce pour un effet wahou (dixit le film!) et continuer à surfer sur la vague du succès. Bien mal leur en a pris, à force de jouer à Dieu et à braver la Nature, on se brûle les doigts et accessoirement on se fait croquer! L'hybride s'échappe, il n'est pas content et compte bien le faire savoir. Et c'est parti pour 1h30 de tensions (comptez une bonne demi-heure pour poser les bases), de morceaux de bravoure, de séances what the fuck et de plaisir bien régressif!

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Ce film est avant tout une superbe prouesse technique. Pas que le réalisateur soit surdoué, on accumule les plans clichés mais la débauche d'effet spéciaux est impressionnante et efficace. Le parc est d'une beauté à couper le souffle, on se prend à l'idée d'y aller un jour entre des paysages magiques, des attractions assez bluffantes (celle permettant d'observer le gros dinosaure marin a ma préférence), les voitures-bulles dans la plaine des herbivores, la serre des créatures volantes, l'enclos du T-Rex (mon dinosaure préféré depuis petit). On en prend plein les yeux et notre âme d'enfant est comblée. Les animaux sont réalistes (malgré quelques erreurs par rapport à nos connaissances actuelles) et m'ont d'ailleurs plus touchés que les êtres humains qui n'ont finalement que ce qu'ils méritent. C'est mon côté misanthrope qui ressort!

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Niveau scénario, clairement on ne dépasse pas la feuille A5 recto. Pas de surprise à attendre, on est dans un pur produit d'entertainment bien lisse. Le héros est d'une perfection qui frise le ridicule (Chris Pratt est stupéfiant de superficialité), le soit disant meilleur ami est indigent (Omar Sy est inexistant ou si peu) et la nénette de service fait office de belle plante verte (j'adore pourtant cette actrice depuis son très beau rôle dans La jeune fille de l'eau). Ce sont plus les seconds rôles qui m'ont plu comme le plus jeunes des deux frères que j'ai trouvé juste et touchant, le geek fan de dinos qui travaille dans la salle de contrôle et Vincent D'Onofrio malgré un rôle bien caricatural de méchant garçon au service de l'armée qui veut récupérer les données scientifiques pour les appliquer dans un programme militaire. Le message reste simpliste: il ne faut pas déconner avec la science, ne pas se prendre pour dieu etc... En même temps, ça ne choquera personne, c'était déjà bien présent dès le premier opus… Fallait pas s'attendre à plus je pense vu le budget dépensé et la logique mercantile du produit (perso, je trouve que ça manque de saignant à défaut de mordant!).

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On passe un super moment de détente. Les scènes d'action sont légions et immersives comme jamais. Ce film est fait pour les salles obscures, il perdra énormément lors de son passage à la télévision. L'attaque des ptéranodons sur une foule affolée, l'élimination d'un commando par l'Indominus Rex (ça fait toujours du bien de voir dessouder des abrutis finis par une meute de dinos, ça défoule!), la chasse et le duel de fin assez dantesque dans le genre donnent lieu à de purs moment délirants. Bon, on cumule pas mal d'invraisemblances et autres incohérences (le mix inter-espèces, le dressage de vélociraptors, les gosses qui peuvent conduire un véhicule seuls, une nana qui court tout le film en talons…) mais l'intérêt du film est autre. On est là pour s'amuser, rêver, frissonner et sortir l'esprit léger et franchement dépaysés. Mission accomplie avec brio pour un film à voir absolument au cinéma.

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samedi 27 juin 2015

"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond" de Serge Brussolo

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L'histoire: Femme scaphandrier, Lize Unke appartient à la brigade de police fluviale chargée d’enquêter sur la catastrophe du métro englouti. Qu’est-il réellement arrivé, ce jour-là, quand le plafond du tunnel a crevé, laissant le fleuve s’engouffrer dans le réseau souterrain pour noyer des kilomètres de galeries, de rames… et des milliers d’usagers?

Bien des années ont passé depuis le drame, mais l’énigme reste entière. On parle de survivants, prisonniers de poches d’air. Des survivants qui connaîtraient la vérité… mais que personne ne semble pressé de ramener à la surface. La solution du mystère est là, quelque part dans le labyrinthe des tunnels inondés. Lize, qui a perdu sa jeune sœur dans la catastrophe, s’est donné pour mission de faire la lumière sur cette étrange histoire. Décision imprudente s’il en est, car quoi de plus vulnérable qu’un scaphandrier perdu sous les eaux !

La critique de Mr K: Un petit Brussolo de plus à mon actif aujourd'hui avec une fois de plus une tentation initiée par un pitch assez incroyable de métropolitain englouti suite à une catastrophe où des personnes survivraient en dehors de toute logique. Avouez que ça intrigue, on n'est pas déçu au fil de la lecture avec des révélations et des retournements de situations comme Brussolo sait le faire quand il est en forme!

L'héroïne est policière dans la brigade des scaphandriers. Évoluant dans un milieu machiste, elle n'est pas séduisante (elle fait "homme" comme se plaisent à lui dire ses collègues) et elle court après un rêve impossible: retrouver sa petite sœur qui aurait disparu dans la fameuse catastrophe. On sent une pointe de culpabilité chez elle envers cette sœur un peu bohème qui avait clairement la préférence de ses parents bourgeois qui ont vu d'un mauvais œil leur fille aînée rentrer dans les forces de l'ordre. Toute la psychologie, et notamment le rapport à son passé, est très bien rendue et renforce l'empathie que l'on peut ressentir pour Lize. Elle va rencontrer Gudrun, une junky avec qui sa sœur a vécu ses derniers mois avant sa disparition. Un lien spécial va se nouer entre eux et cela l'aidera à progresser dans son enquête.

En parallèle, on suit les expéditions successives des scaphandriers dans le métro englouti. Mystérieusement les corps des victimes sont intacts, ne pourrissent pas. La brigade est chargée de récupérer les papiers des morts pour les enregistrer officiellement dans l'état civil, elle fournit aussi de la nourriture à d'hypothétiques survivants qui vivraient encore grâce à des poches d'air disséminées sur des dizaines de kilomètres de réseaux de tunnels. Peu à peu, des questions se pressent dans l'esprit du lecteur. Quelle est l'origine du phénomène qui empêche les corps de se décomposer? Les survivants existent-ils vraiment? Qui ou quoi est à l'origine de la catastrophe? Les choses se complexifient et lors d'un ultime voyage dans les sous-sols, l'héroïne lèvera le voile de la vérité et tentera de la rapporter avec elle.

L'action se déroule dans un pays non précisé où la langue allemande influence les noms propres (voir les noms de stations du métro), l'époque est, elle aussi, floue, le récit pouvant se dérouler aujourd'hui comme dans un passé ou un futur proche. L'impression d'étrangeté dans le domaine ne fait que grandir durant toute la lecture. On n'a pas vraiment de concret à quoi se raccrocher, on navigue à vue et on ressent une certaine claustrophobie lors des plongées en scaphandre. J'ai adoré notamment les passages se déroulant sous l'eau et au-delà qui combinent l'aventure et l'angoisse, l'auteur se démarquant nettement dans sa capacité à décrire les émotions et sensations ressenties par l'héroïne lors de ses découvertes successives. Étrange ambiance vraiment qui règne dans cet ouvrage qui mêle habilement quête personnelle, SF larvée et suspens. Le mélange fonctionne à plein et il est une fois de plus impossible de relâcher l’ouvrage avant le mot fin.

On retrouve, dans La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond, le sens du récit et du dosage cher à Brussolo avec un petit plus ici en la personne de l'héroïne que j'ai trouvé différente, touchante et très humaine. Confrontée à des choses qui la dépasse, victime de son passé et forcée d'aller de l'avant, la fin vient cueillir le lecteur entre le soulagement de savoir le fin mot de l'histoire et un dénouement très sombre versant le roman définitivement dans le roman noir. Une belle expérience de plus à mon actif avec cet auteur qui décidément n'arrête pas de me surprendre.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
- "La Fille de la nuit"

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vendredi 26 juin 2015

"La Maison haute" de Bastien Lallemant

Cela fait un petit moment que nous n'avons pas parlé musique au Capharnaüm éclairé ! Je m'en vais réparer ça puisqu'aujourd'hui je tiens à vous faire découvrir (ou redécouvrir pour certains) Bastien Lallemant. Voilà maintenant plus de 10 ans (12 pour être exacte) que je suis cet artiste trop peu connu à mon goût. Il est plus que temps qu'il ait une petite place ici !

la maison haute

"La Maison haute" est le quatrième album de Bastien Lallemant, après deux premiers disques chez Tôt ou Tard (mon label chouchou pendant longtemps dans les années 2000), "Les Premiers instants" et "Les Erotiques", aux accents très gainsbouriens réalisé par Albin de la Simone, ...

... et "Le Verger" sous un nouveau label avec toujours à ses côtés Albin et Bertrand Belin. Ce dernier, inspiré du roman noir, aborde les chansons comme une fiction, de manière littéraire. Les 12 titres qui composent cet album sont autant de nouvelles qui font voyager l'auditeur d'histoire en histoire. Les musiques se font plus recherchées, son travail évolue.

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Au cours de l'année 2014, Bastien Lallemant a recours au financement participatif et lance la production de son dernier album "La Maison haute" avec l'aide de souscripteurs dont j'ai fait partie. Depuis début mars dans les bacs, on peut donc retrouver Bastien dans ses oreilles et dans son salon après 5 ans d'absence. Absence ? Pas tout à fait puisqu'il a profité de ce temps pour écrire ses textes, tester ses chansons sur le public, peaufiner son projet. Bastien n'a pas dormi mais fait de nombreuses siestes : les Siestes acoustiques, excellent concept de concerts inédits où le public est invité à s’allonger dans l’obscurité et à se laisser bercer par une poignée d’artistes. Une belle idée et une expérience qui continue de se poursuivre notamment au Théâtre de la Loge à Paris (mais pas que ! Renseignez-vous !).

Nombreuses chansons nées sur scène sont donc maintenant enregistrées en condition live. Autour de lui, de grands musiciens tels que Seb Martel et JP Nataf, Maëva Le Berre, Jean Thevenin, Pascal Colomb, Pierre-Olivier Fernandez, mais aussi Albin de la Simone, Maissiat, Françoiz Breut, Katel, Diane Sorel, les Innocents… Charles Berberian est également de l'aventure et a dessiné l’enregistrement en illustrant un journal de bord.

Bastien Lallemant est non seulement un grand artiste plein de talent et d'idées mais c'est aussi un homme avec lequel on passerait volontiers un moment de création en toute simplicité. Anecdotes et ambiances sont à retrouver dans l'ouvrage de Berberian avec comme cadre, le très beau studio Vega, en pleine campagne provençale, avouez qu'il y a pire comme lieu d'enregistrement pour un album non ?

Le sujet de "La Maison haute" est universel : l'amour au sens large. Avec Bastien, on parcourt en quelques minutes les sentiers de ce sentiment complexe et vital. 12 titres autour de l'amour illégitime, l'amoureux esseulé, la passion, le fanatisme et la fuite, aux doux noms de "L'Attente", "L'ombre" ou encore "Longue nuit". Un moment intime, un instant privilégié, un murmure, une caresse...


A méditer...

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jeudi 25 juin 2015

"Adama ou la vie en 3D" de Valentine Goby et Olivier Tallec

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L'histoire: 1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d'origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s'interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l'on dit magnifique? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère? Un jour, son père lui annonce qu'il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui...

La critique de Mr K: Nouvelle incursion aujourd'hui dans la série français d'ailleurs de chez Casterman avec Adama ou la vie en 3D écrit une fois de plus par Valentine Goby et illustré par Olivier Tallec. Pour ceux qui nous suivent régulièrement, vous savez tout le bien que je pense de cette collection entre récit de vie et pédagogie de l'ouverture de soi et vers les autres. Ce n'est pas cet ouvrage qui me fera changer d'avis même si je l'ai trouvé un ton en dessous de mes deux précédentes lectures.

En 48 pages (format retenu à chaque ouvrage de la série), nous faisons connaissance avec Adama un jeune français d'origine malienne très curieux d'en connaître plus sur ses origines. L'auteur se concentre d'abord sur la vie qu'il mène au sein de sa communauté dans son quartier: fête locale avec rapprochement des uns et des autres autour de la musique (le jeune homme joue du Djembé), des histoires racontées par le griot, les amis et bien évidemment la vie de famille avec la figure du père qui plane sur la cellule familiale, un homme qui participe à la construction d'une école dans le village d'origine au pays. L'occasion va être donnée à Adama de pouvoir l'accompagner pour découvrir ses racines et pouvoir ainsi se construire. Mais il y a une différence entre ce que l'on s'imagine et la réalité…

Au centre de ce livre se trouve posée une question essentielle qui est très peu abordée par les médias et même par les formateurs de fonctionnaires travaillant en banlieue: le déracinement de certaines familles et la double identité des jeunes issus de l'immigration qui rêvent / idéalisent le pays ancestral sans vraiment se rendre compte de la réalité que vivent les populations restées sur place. Pour Adama, ce voyage va lui permettre de mieux se connaître mais aussi de prendre conscience de la chance qu'il a de pouvoir s'instruire et construire son avenir contrairement à ses cousins restés en Afrique et qui doivent notamment subvenir aux besoins de sa famille (entre autre). L'auteure est suffisamment maligne pour éviter l'écueil de l'angélisme sur l'intégration à la française (il y aurait beaucoup de choses à en dire mais ce débat n'a pas sa place dans un ouvrage tel que celui-ci) et de la caricature en abordant ces thèmes cruciaux avec finesse et discernement par le prisme de personnages clairement caractérisés et assez emblématiques (le père d'Adama est le pont qui relie les deux cultures, sa mère est le symbole de l'émancipation de la femme africaine par rapport à son mari par exemple).

Fidèle à sa ligne directrice, Valentine Goby se met à la place du jeune héros en utilisant un je de narration immersif à souhait et qui rend compte de ses humeurs et de ses aspirations. Les chapitres courts sont aussi au rendez-vous (deux pages chacun) et facilitent grandement la lecture, ces livres se destinant à des jeunes à partir de 11 ans et convenant à merveille à un public peu accroché par la lecture. Le langage est simple et accessible avec l'intrusion par moment de termes purement culturels permettant la découverte de la communauté malienne: Calebasse, molo, tama… Je regrette simplement un manque de profondeur dans les réactions d'Adama qui m'a moins touché dans son évolution qu'Antonio ou Jacek auparavant.

On reste cependant sur un livre intéressant et formateur (les bonus en fin de livre permettent de se faire une idée encore plus précise sur la communauté malienne en France) qui m'a rappelé par moment certains anciens élèves que j'ai pu avoir quand j'officiais dans le 93 ou encore des fêtes auxquelles j'ai pu participer lors de mes virées nocturnes à Montreuil. Une bien belle lecture en tout cas.

Déjà lus et chroniqués dans la même collection:
- Antonio ou la Résistance
- Le Rêve de Jacek

mercredi 24 juin 2015

"1984" de George Orwell

1984L'histoire : De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d'en face. BIG BROTHER VOUS REGARDE, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston... Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de la Pensée.

La critique Nelfesque : "Quoi !? Tu n'as jamais lu 1984 !?", "Il faut ABSOLUMENT lire 1984 !" ou encore "George Orwell avait tout prévu dans 1984", voilà le genre de choses que j'ai entendu pendant des années. Sans compter Mr K qui régulièrement me rappelait que ce roman était dans notre bibliothèque et que je n'avais pas d'excuses pour ne pas le lire (lui l'avait adoré, comme beaucoup).

Il m'a fallu une ultime impulsion pour enfin lire ce classique de George Orwell, d'autant plus que j'avais particulièrement apprécié "La Ferme des animaux" il y a quelques années. Cette impulsion, c'est le Book Club de ce soir, ayant pour thème "Roman adapté au cinéma" et qui a vu "1984" être plébiscité pour une lecture commune et une discussion autour des différents thèmes du roman, qui me l'a donné.

Pourquoi n'ai-je pas lu ce roman plus tôt ? En premier lieu parce que j'avais peur d'un style trop ampoulé ou vieillot. Et oui, "1984" a été publié en 1949 et j'avais du mal à percevoir le côté actuel d'un roman écrit il y a plus de 60 ans. Et pourtant...

En effet, George Orwell, en nous dépeignant un monde fait de surveillance, de contrôle de la population et d'annihilation de l'esprit critique met le doigt sur les déviances de notre monde moderne. Assez bluffant quand on y pense. Ce Mr Orwell est en effet un visionnaire.

Côté écriture, n'ayez crainte, on ne souffre pas du tout d'un style fastidieux bien au contraire. Le vocabulaire est simple, les phrases courtes et bien qu'étant un classique de la SF, "1984" est très facile d'accès. Dès les premières pages, l'histoire est lancée et le lecteur est tout de suite pris dans l'ambiance.

Un monde gris, sans émotion, voilà où vit Winston. Dans un Londres complètement dénaturé, où l'homme est sans cesse contrôlé, au travail, dans la rue mais aussi à la maison par l'intermédiaire de télécrans qui réveillent le quidam le matin, l'obligent à faire du sport, le surveillent et le rappellent à l'ordre si nécessaire. Le papier est banni, les livres n'existent plus ou seulement dans des formes retravaillées par une police de la pensée remettant sans cesse le passé en question et réécrivant l'Histoire. Après des années de servitude mentale et de lavage de cerveau, le peuple ne sait alors plus discerner le bien du mal, le vrai du faux et boit avidement les paroles de Big Brother. Tout ou presque est suspect, les enfants sont éduqués de façon à dénoncer leurs parents si ceux ci ont un comportement étrange...

Au milieu de cette masse fade et tiède, un homme, Winston, a quelques fulgurances d'un passé qui pourtant ne semble pas avoir existé. Avec un esprit critique qui ne demande qu'à être développé, il va partir à la recherche de ses souvenirs qu'on a voulu anéantir et tenter d'avoir quelques moments loin de Big Brother. Il va alors faire la connaissance de Julia et son destin va changer.

Véritable hymne à la liberté, "1984" est un roman poignant sur l'homme, l'amour, la vie en général. Comment une société peut-elle mettre à mal toute envie d'émancipation chez l'homme, comment la peur de sortir du rang peut-elle conditionner une population et l'amener à faire ce qu'on lui dicte, comment tout plaisir simple peut-il être vu comme un danger et être peu à peu banni.

Big Brother broie les hommes pour en faire des machines sans cervelles et à sa botte. Les actes sont réprimés, puis les pensées, jusqu'au vocabulaire qui est remanié afin d'ôter tout terme spécifique pouvant permettre au peuple d'exprimer des sentiments et approfondir sa pensée. Absolument terrifiant. On touche dans ce roman à l'essence même de l'homme, à ce qui nous différencie des animaux et au fantasme de bâtir une société sans avis, sans opposition, sans résistance mais aussi sans joie, sans plaisir et sans amour. L'homme de demain serait-t-il comme le prédit George Orwell, un être vide et maléable à souhait ?

"1984" est un roman passionnant mais aussi terriblement cruel. A lire pour son côté visionnaire mais aussi pour nous aider à rester éveillés et garder à l'esprit que la liberté sous toutes ses formes est la chose la plus précieuse au monde.

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lundi 22 juin 2015

"Les Hirondelles de Kaboul" de Yasmina Khadra

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L'histoire: Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne. Ici, une lapidation de femme, là un stade rempli pour des exécutions publiques. Les Talibans veillent. La joie et le rire sont devenus suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri. Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Quel espoir est-il permis ? Le printemps des hirondelles semble bien loin encore...

La critique de Mr K: C'est ma deuxième incursion dans l'univers de Yasmina Khadra. L'Attentat m'avait laissé sur les genoux avec un récit hautement réaliste et sans concession en plein conflit israélo-palestinien. Ce n'est pas avec Les Hirondelles de Kaboul qui s'apparente à une plongée immersive dans l'Afghanistan des Talibans que je vais retrouver foi en l'homme. Véritable descente en enfer, ce livre m'a marqué comme rarement et cela devient habituel avec cet auteur.

Nous suivons deux destins parallèles mais très dissemblables. Atiq est geôlier pour le compte du pouvoir en place, cet ancien combattant vivote et a vu nombre de ses concitoyen(ne)s passer entre ses mains avant leur exécution, il est une belle illustration du concept de banalisation du mal cher à la philosophe Hannah Arendt. Une détenue va mettre à mal ses certitudes et remettre en cause ses choix de vie. Un chapitre sur deux, on suit Mohsen et sa femme Zunaira. Ce couple cultivé et épris de liberté vit dans la prison à ciel ouvert qu'est devenu l'Afghanistan. Peu à peu, le mari semble s'en accommoder bon gré mal gré ce qui n'est pas du tout le cas de sa femme Zunaira, ancienne avocate désormais cloîtrée chez elle par peur de sortir et de se confronter à la misogynie érigée en règle de base de la société. Bien évidemment, tous ces personnages vont voir leurs chemins se croiser vers une issue aussi fatale qu'édifiante.

Sacrée lecture que cet ouvrage aussi court qu'incisif. L'Afghanistan obscurantiste des Talibans est ici remarquablement décrit: Kaboul la magnifique détruite et sombre, les Talibans gardes-chiourme d'une population entière qui n'a plus le droit de s'amuser et prisonnière de son territoire, des femmes fantômes que l'on cache car impures et que l'on déconsidère ("Elle ne représente pas grand-chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n'est qu'une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu."), la politique et l'islamisme qui s'insinuent dans les couples et les pervertit, la peur qui paralysent des esprits au départ vifs et cultivés… autant d'éléments qui nous paraissent aberrants à nous autres occidentaux mais qui ont été bien réels (et le sont toujours dans certains endroits du globe). Dur dur de poursuivre sa lecture par moment face à la cruauté et l'ignominie de certains comportements notamment envers les femmes, rude aussi de voir les résultats d'un lavage de cerveau total chez certains, sans compter les multiples petits flashback qui parlent de l'avant Talibans, d'une période pas parfaite mais où le mot liberté avait encore un sens.

Les personnages prennent du relief tout au long de la lecture. Ainsi Atiq est assez détestable dans un premier temps. Fonctionnaire froid et implacable, il s'éloigne de sa femme malade qu'il n'aime plus vraiment malgré le fait qu'elle lui ait sauvé la vie lors du conflit contre les russes. Il évolue cependant au fil des rencontres qu'il fait et sa foi est ébranlée par les épreuves qu'il doit subir (on ne peut rester de marbre face aux injustices commises au nom de Dieu quand on est soi-même profondément croyant). Terrible aussi le destin de Zunaira, éduquée et destinée à une carrière dans le droit et qui se retrouve enfermée chez elle car elle ne doit pas travailler, devant se contenter en tant que femme de s'occuper de son époux et de sa maison. C'est déchirant, l'injustice suinte des pages et un fort sentiment de révolte envahit un lecteur pris en otage entre une histoire épouvantable et un style simple et implacable.

C'est la grande force de Yasmina Khadra: aborder de grands thèmes et éléments historiques à travers une écriture accessible et sans détour. Il opte ici de raconter son histoire à travers les yeux des hommes, ce qui rend l'ensemble efficace et distancié par rapport aux femmes pourtant omniprésentes sur tout le récit. On peut ainsi observer comment elles sont perçues par les hommes et on se rend compte que la peste talibane progresse vite même chez les plus progressistes (exemple de Mohsen édifiant et terrifiant lors de la scène de lapidation). Il ressort de l'ensemble une absence totale d'espoir, une espèce de voyage en Enfer mais sur Terre, un lieu de perdition où les piliers de la morale et des droits sont broyés.

Court et cinglant comme les coups de cravaches que distribuent les Talibans aux contrevenants, ce livre est un choc salutaire, un uppercut à l'oubli, un cri d'alarme face à l'obscurantisme le plus noir. Un livre éprouvant et crû mais essentiel et nécessaire.

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