Cafards at home

jeudi 29 janvier 2015

"L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage" de Haruki Murakami

l'incolore tsukuru tazaki et ses années de pèlerinage

L'histoire: Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.
À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge; Ômi était Bleu; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur. Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études; les autres sont restés.
Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché.
Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort.
Il est devenu architecte, il dessine des gares.
Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.
Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.

La critique de Mr K: Le Père Noël m'a fait un très beau cadeau avec le dernier Murakami, L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage. J'en avais beaucoup entendu parlé mais ma douce compagne m'avait dit de réfréner mes ardeurs et d'attendre au moins janvier avant de l'acquérir. Je peux maintenant vous l'avouer... Je crois que régulièrement, Nelfe est de mèche avec le Saint homme!

Au centre de l'histoire, on retrouve un jeune homme déboussolé et esseulé. Tsukuru Tazaki ne s'est jamais remis de sa rupture nette et sans explication avec ses quatre grands amis de lycée. Du jour au lendemain, ils refusent de le revoir et le jeune héros s'enfonce dans une déprime languissante de quelques mois. Puis, la vie fait son chemin, bien que profondément seul et effacé, il finit ses études et travaille. Sa vie se déroule sans surprise et sans réelle passion (à part son goût pour les chemins de fer) jusqu'à sa rencontre avec une femme qui va le pousser dans ses retranchements intérieurs et va l'obliger à bouger hors des lignes mentales qu'il s'est jusque là imposé. Commence alors une quête initiatique pour lever la vérité sur les raisons de cette rupture et lui permettre de découvrir sa vraie personnalité.

Ce livre est magnifique de bout en bout et décidément Murakami est à part et exceptionnel. Il y a tant de choses qui m'ont plu dans ce livre, tant d'émotion à fleur de peau, de finesse dans la caractérisation des personnages, tant de beauté larvée entre les mots et les phrases... Le style Murakami se fait ici encore plus abordable qu'à l'habitude avec un récit plus terre à terre qui ne verse à aucun moment dans la fantaisie ou le fantastique. L'exploration est concentrée sur l'humain, son ressenti, son évolution. Pas besoin pour autant d'être spécialiste en psychologie, le maître vous guide tranquillement sur les rivages intérieur de Tsukuru.

Ce personnage m'a profondément touché et ému tant il change durant les 368 pages du livre. Très vieux garçon au départ, il va peu à peu se découvrir grâce à l'entremise de Sara, une femme qu'il vient de rencontrer. Le plus remarquable est la manière dont Murakami peint la manière dont Tsukuru tombe amoureux. C'est puissant et simple à la fois. Rarement la naissance d'un amour aura été décrit avec autant de tact et de réussite. C'est un bonheur constant que de voir les sentiments de Tsukuru émerger et modifier en profondeur sa vision de la vie et de lui-même. Au cours de sa quête de vérité, il va aussi remettre en question ses certitudes quant à ses anciens amis qu'il va rencontrer un à un pour essayer de s'en sortir, de lever les blocages qui le gênent depuis si longtemps. Cela donne de très belles pages mêlant nostalgie et espoir, amitié et ressentiment... On est vraiment plongé au cœur d'un pèlerinage spirituel d'une rare intensité et qui éclabousse le lecteur par sa pureté et son cheminement.

Au final, j'ai littéralement dévoré cet ouvrage qui part bien des côtés (notamment les thématiques abordées) m'a fait penser à La Balade de l'impossible. Ce livre a réveillé des réflexions sur ma propre existence, mes expériences, mon ressenti et je l'ai refermé la gorge nouée par l'émotion. Une autre perle littéraire de Murakami!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "1Q84 : Livre I, Avril-Juin"
- "1Q84 : Livre II, Juillet - Septembre"
- "1Q84 : Livre III, Octobre - Décembre"
- "Kafka sur le rivage"
- "La Ballade de l'impossible"
- "Sommeil"
- "La Course au mouton sauvage"

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mercredi 28 janvier 2015

"Les Nouveaux sauvages" de Damián Szifron

les nouveaux sauvages afficheL'histoire : Vulnérables face à une réalité qui soudain change et devient imprévisible, les héros des Nouveaux sauvages franchissent l'étroite frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amour, le retour d'un passé refoulé, la violence enfermée dans un détail quotidien, sont autant de prétextes qui les entraînent dans un vertige où ils perdent les pédales et éprouve l'indéniable plaisir du pétage de plombs.

La critique Nelfesque : Quel film ! Quelle bouffée d'oxygène ! "Les Nouveaux sauvages" est un film exutoire, réflectif et drôle à la sauce latine. Autant dire que cela donne à voir des pétages de plombs bien enlevés et wahou ça décoiffe !

Cette oeuvre est plus une compilation de courts métrages qu'un long métrage en lui-même. Tour à tour, nous suivons l'histoire de voyageurs dans un avion, d'un dîner au restaurant, d'un trajet en voiture, d'une voiture mal garée, d'un réveil brutal et d'une soirée de mariage qui n'ont rien en commun si ce n'est le thème central : la vengeance.

Par vengeance, nos héros sont capables du meilleur comme du pire, d'échafauder les plus scabreuses stratégies, de laisser de côté leurs bienséances. Qu'est ce qui fait qu'un jour on peut complètement péter un plomb ? Où se situe le fusible qui saute et rend tout retour en arrière impossible ?

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"Les Nouveaux sauvages", c'est un peu de chacun de nous poussé à l'extrême. En toute honnêteté, j'ai plus d'une fois voulu pousser au cul d'une voiture trop lente devant moi, balancer à la tête de quelques personnes une batterie de cuisine, dire leurs 4 vérités à des agents de la fonction publique. Oui mais voilà, ça ne se fait pas... Et quand on voit ce que ça peut engendrer dans ce film, on se dit que c'est sûrement pas plus mal.

Voici un film très drôle où l'on rit à gorge déployée, un film qui fait du bien et qui défoule ! 6 courts métrages tous plus drôles et pathétiques les uns que les autres. L'un d'eux est plus noir, plus sérieux, avec un final à glacer le sang. Comme pour nous rappeler que malgré les situations cocasses présentées ici, la vengeance n'amène rien de bon.

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Présenté en compétition lors du Festival de Cannes 2014, "Les Nouveaux sauvages" a dû décoiffer un public souvent trop conventionnel et quelque peu coincé dans de vieux schémas cinématographiques. Pour sa nouveauté, pour le vent frais qui se dégage de ses images, pour la beauté des plans et l'efficacité de la réalisation, je lui aurai bien donné quelques prix. Mais malheureusement je ne fais pas partie du jury...

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La critique de Mr K : 5/6. Voilà un film qui fait du bien, complètement cinglé, au souffle délirant et cynique. À travers six sketchs, le spectateur est convié à voir six personnes littéralement péter les plombs: un homme humilié par tous ses proches depuis sa naissance, un automobiliste au bord de la crise de nerf, un ingénieur en explosif qui n'a pas vraiment de chance, une mariée qui se rend compte de l'infidélité de son époux le jour de son mariage, une cuisinière taciturne assez impulsive, un père de famille aisé confronté au délit monstrueux de son fils... autant de situations qui partent en cacahuète et ont ravi le spectateur sadique que je suis.

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Le réalisateur vient du milieu de la publicité et cela se sent dès les premières images. Cadrages, lumières, points de vue sortent de l'ordinaire et donnent directement un ton différent à ce que l'on a l'habitude de voir. Rajoutez à cela un emploi de la musique très malin et un film vu en VO pour une immersion totale et nous avons passé deux heures de pure exploration dans les abîmes de l'être humain, ces moments où l'on perd pied et où malgré nos efforts nous lâchons prise et nous comportons comme des sauvages dans des situations que n'aurait pas renié un Kafka. De manière générale, les acteurs jouent très bien leur partition et malgré parfois quelques exagérations, on se prend au jeu et on essaie de deviner ce qu'il va se passer ensuite. D'ailleurs, je ne me suis pas révélé mauvais en la matière et j'ai deviné nombre de développements d'où mon 5/6 du début. J'ai été surpris certes mais pas autant que j'aurai pu le penser.

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On rit donc beaucoup et à gorge déployée devant tant d'animosité montrée à l'écran, mélange de cynisme, d'autodérision parfois (on peut se reconnaître au détour d'une ou deux situations) mais aussi de cruauté. Un des segments est très éprouvant avec une fin qu'on ne voit d'ailleurs pas venir. Avec Nelfe nous nous sommes regardés tout choqués. Rassurez-vous ce passage rude ne dure par longtemps et le réalisateur repart dans son grand huit bien huilé avec une pièce finale de toute beauté. La tension finalement ne retombe jamais, on jubile beaucoup et l'on sort tout étourdi de cette expérience cinématographique à l'humour noir féroce, bien loin des sentiers balisés par les productions américaines à la mode. Idéal par les temps qui courent!

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lundi 26 janvier 2015

De la pluie et des larmes...

Demis Roussos nous a quitté aujourd'hui à 68 ans. Je ne vais pas vous dire que j'étais fan, ce serait loin d'être vrai même si je dois avouer avoir une petite faiblesse pour son ancien groupe de pop-rock progressif des Aphrodite's Child où il cotoyait tout de même Vangelis.

Petit hommage ce soir dans notre catégorie les Lundis au soleil avec le clip de Rain & Tears. Il date pas mal tant au niveau de l'image que du look des trois cocos, cependant la grâce hypnotique du morceau (inspiré du Canon de Pachelbel, c'est pas rien!) perdure.

Aaaah les clips des années 60'! Attention un Demis Roussos sans barbe se cache dans ces images! Saurez-vous le retrouver?

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dimanche 25 janvier 2015

Une tentation nommée l'Abbé !

Je vous entends d'avance... Irrécupérables! Surtout Mr K! Pour ma défense, c'est Nelfe qui a insisté pour qu'on y aille (oui je sais, je suis une balance). Je ne m'attendais franchement pas à craquer autant car notre Emmaüs est en pleine reconstruction et la place réservée aux livres s'est réduite à la portion congrue. Mais voilà, le responsable du rayon est un gros malin et il s'est arrangé pour mixer ses vieilles acquisitions avec des nouveautés bien sympathiques qui vont une fois de plus exploser nos PAL. Je vous rassure, on arrive encore à marcher sans souci dans la maison et au rythme de lecture que je suis, le ratio est presque nul. Voici donc nos derniers adoptés!

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Les acquisitions de Mr K:

- Silo de Hugh Howey: Un roman prometteur à la lecture de la quatrième de couverture et précédé d'une belle réputation! Du post-apocalyptique enrobé d'une ambiance étouffante et paranoïaque. Je suis déjà dans sa lecture. Verdict à suivre dans les prochaines semaines!
- L'Orange mécanique d'Anthony Burgess: Jamais lu, quelle honte! Le tort sera levé d'ici quelques temps, j'ai hâte de tâter de ce livre dont l'adaptation de Stanley Kubrick m'a marqué à jamais.
- Cauchemar... cauchemars! de Jean-Pierre Andrevon: Le résumé est très intrigant avec cette histoire d'un jeune homme en totale perte de repères à la quête de son identité. Ça promet d'être une lecture bien barrée comme je les aime!
- Terre il faut mourir de James Blish: L'auteur du livre-culte Un cas de conscience nous propose ici un recueil de nouvelles autour de la disparition du berceau de l'humanité. On nous promet des récits ingénieux et profonds. Je vais vérifier cela!
- Les Visiteurs de Clifford D. Simak: Je ne peux décemment pas résister à un ouvrage de cet auteur pour qui j'ai une affection toute particulière. Il est ici question d'étranges apparitions extra-terrestres et d'enlèvements. Nous verrons bien où cela nous mène!

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- Lumière froide de Marvin Kaye et Parke Godwin: Une histoire de maison hantée dans laquelle vont pénétrer cinq personnes voulant percer les secrets du lieux. À priori, ils ne vont pas être déçus! J'espère qu'il en sera de même pour moi.
- Les Contes noirs du golf de Jean Ray: Mauvais golfeur devant l'éternel, Jean Ray règle ses comptes avec cette discipline sportive dans un recueil de nouvelles alternant les genres. Entre épouvante et facétie, l'auteur n'a pas su choisir. Très prometteur!
- Train perdu wagon mort de Jean-Bernard Pouy: Un livre bien noir écrit par une référence du genre ne se refuse pas. La preuve, il rejoint ma PAL et je pense pour pas longtemps! Mais pourquoi ce wagon et ses passagers se retrouvent-ils perdus au milieu de nulle part?
- Sans portes ni fenêtres de Peter Straub: Un jeune garçon cherche à manipuler son cadet pour se livrer à des expériences. Ce livre a l'air bien malsain et sa quatrième de couverture m'a fait penser au Jeu du jugement lu et apprécié l'année dernière. Wait and see!
- Les Neuf dragons de Michael Connelly: Une des dernières enquête d'Harry Bosch qu'il me reste à lire. Ça faisait trop longtemps que je ne l'avais pas pratiqué! Hâte d'y être aussi!

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- Le Club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia: Gros succès public, l'histoire ne disait rien à Nelfe. Je me suis laissé tenter, il n'est pas dans mes priorités mais vu le prix défiant toute concurrence, je trouvais dommage de passer à côté...
- Mort aux cons de Carl Aderhold: Un homme décide de supprimer tous les abrutis qui croisent son chemin, le défouloir prend vite les allures d'une mission. J'adore le postulat de départ et c'est un véritable coup de poker que cet achat!

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Les acquisitions de Nelfe :

- La Gifle de Christos Tsiolkas : Bon ok c'est un pavé de presque 600 pages mais qu'est ce que la série du même nom sur Arte m'avait plu ! On verra bien côté style littéraire. Je tente l'expérience ! 
- Fragiles de Philippe et Martine Delerm : Parce que dans la famille Delerm, je prends tout le monde: le père, la mère et le fils. Cet ouvrage écrit par Philippe Delerm et illustré par sa femme Martine sera une lecture rapide mais de qualité, je n'en doute pas.
- Les Dossiers du Canard : 1982 Les Dessins de l'An II : Parce que c'est mon année de naissance ! Et que nous sommes fidèles à ce journal.
- Sont absents de la photo de classe des magazines et patrons couture que j'ai eu pour une bouchée de pain. J'en parlerai dans un billet dédié à mes pérégrinations sewing quand je me serai décidé à ouvrir une catégorie dédiée ici...

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Il ne reste désormais plus qu'à les intégrer dans nos PAL et à les lire. Quand on pense en plus que nous n'en avons eu que pour seulement 20€, il aurait été vraiment dommage de se priver! Ceci explique en partie cela...

samedi 24 janvier 2015

"La dimension fantastique" volume 1, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L'histoire: Fantômes, revenants, monstres, automates grinçants, objets menaçants, personnages aux pouvoirs surnaturels... Ils sont tous là! Ils approchent! Ce sont nos peurs qui se réveillent et prennent forme, grouillent et rampent à nos pieds... Entendez-vous les loups! Surgis de l'imagination des plus grands écrivains classiques et modernes, ces personnages sont éternels. Ils raniment, le temps d'une lecture, la magie mais aussi les terreurs de l'enfance.

La critique de Mr K: Cette anthologie parue aux éditions Librio est le premier tome d'une série de trois consacrée au genre très particulier de la nouvelle fantastique. Une fois de plus, c'est au cours d'une errance toute innocente chez l'abbé que je dégotai ce volume et ses deux petits frères, je me propose aujourd'hui de parler de l'aîné. Dans les semaines à venir viendront les deux suivants.

Auteur jeunesse, spécialiste du fantastique, comédienne et professeur de théâtre, Barbara Sadoul nous convie ici à un voyage fort en émotion dans les domaines du fantastique et ceci en terres littéraires françaises, allemandes et américaines notamment. Elle couvre donc un espace géographique large mais aussi une temporalité étendue depuis le XIXème siècle (âge d'or dans le domaine) au début du XXème siècle. À travers une préface courte et enlevée, elle plante le décor avec un mini-historique du genre et quelques références bien senties. Je ne suis pas forcément adepte de préfaces que je lis ou non selon l'humeur mais celle-ci a le mérite de bien nous préparer à la suite sans atermoiements inutiles.

L'ouvrage commence par la nouvelle L'Homme de sable de Hoffmann. Un échange épistolaire nous fait part d'une peur irraisonnée envers un croquemitaine qui erre dans la maison d'un des deux protagonistes. Rajoutez à cela un mystérieux horloger au sourire rapace et la folie qui gagne peu à peu un des personnages et vous obtenez un petit classique du genre quelques peu ampoulé dans le style mais diablement efficace dans sa phase finale. On enchaîne ensuite avec le texte culte de La Cafetière de Théophile Gautier d'ailleurs tombé à l'épreuve de français du DNB professionnel il y a deux ans. Un invité se retrouve plongé dans un univers fantasmagorique dans la chambre où il passe la nuit. Le style de Gautier se fait ici léger et inquiétant à souhait à travers une histoire allant crescendo. Un vrai bijou d'angoisse et d'immersion dans un quotidien devenant mystérieux.

On passe à l'inénarrable Edgar Allan Poe avec la nouvelle Le portrait ovale avec cette histoire de fascination poussée à l'extrême entre un jeune homme et un tableau bien étrange. Quelle idée lui a pris de se réfugier en pleine nuit d'orage dans ce château inhabité? Il y en a qui cherchent vraiment les ennuis! Très court, ce texte est d'une redoutable grâce mortifère et quand le passé ressurgit, le lecteur est littéralement cueilli. Une merveille de plus au chapelet de cette anthologie! Plus légère est l'histoire suivante Le Monstre vert de Gérard de Nerval où il est question d'une sarabande fantomatique de bouteilles et d'une engeance particulièrement monstrueuse. Pour ma part, je suis resté sur ma faim tant je n'ai pas été renversé par le style et l'histoire. Correct mais sans plus. On revient à du plus efficace avec La montre du doyen de Erckmann-Chatrian qui nous met aux prises avec une ville plongée dans la terreur par un mystérieux assassin qui frappe sans être inquiété. Une troupe de musiciens errants sert de bouc émissaire, le héros doit agir vite pour trouver le vrai coupable. On alterne ici scènes de vie et enquête policière, la peur n'apparait qu'en filigrane mais se révèle bien sentie au moment opportun. Un très beau texte qui m'a marqué et emporté.

Lu dans ma prime jeunesse, L'homme à la cervelle d'or d'Alphonse Daudet (elle fait partie des Lettres de mon moulin) a gardé tout son charme et sa poésie. Belle parabole sur le temps qui passe et sur l'avidité du genre humain, on a affaire ici à un fantastique plus merveilleux qu'effrayant et permet de faire une pause entre tueurs, spectres et créatures diverses qui peuplent l'ouvrage. Une très belle relecture qui me donne bien envie de relire l'ouvrage originel dont elle est issue. On embraye sur L'orgue du titan de George Sand. Lors d'un séjour en Auvergne, un organiste et son jeune apprenti vont vivre une expérience mystique près des roches Tuillières (que nous avons vu avec Nelfe lors d'un séjour estival il y a quelques années). J'ai été quelque peu déçu par le style de l'auteur que j'ai trouvé lourdaud et lent, sans pour autant densifier les tenants et aboutissants de l'histoire. Une mini-déception en somme! Dans Véra, Auguste Villiers de l'isle-Adam nous fait vivre l'effroi du veuvage, le héros n'arrive pas à surmonter la mort de sa tendre femme et vit dans l'illusion. Une très belle nouvelle qui mêle souffrance et folie de fort belle manière. Un beau coup de cœur pour ma part!

S'ensuit un classique de plus avec l'archi-connu La chevelure de Guy de Maupassant où un homme tombe sous la coupe d'une mystérieuse chevelure trouvée dans un meuble ancien. Plongée sans concession dans la folie tel que peut le faire le maître du genre, on a beau connaître l'histoire, le résultat est toujours là: un trésor de narration et d'intérêt. Un must dans le genre! On passe ensuite à Je suis d'ailleurs de mon chouchou américain H.P Lovecraft, histoire bien tordue d'un être non défini prisonnier d'un château et qui tente de découvrir un ailleurs plein de promesses en grimpant en haut d'une tour délabrée. Gare à la chute en fin de texte qui plonge le lecteur dans des interrogations sans fin! Sans doute, la plus belle claque de cet ouvrage malgré le fait que ce soit une fois de plus une relecture! Je le dis et je le répète, tout amateur de fantastique doit lire Lovecraft! On revient avec du plus classique dans son déroulé avec La Choucroute (mon plat préféré! Sic!) de Jean Ray, où le narrateur descend à un arrêt de gare mystérieux où il va être confronté à une ville fantôme où les choucroutes prennent feu! Dis comme cela, ça a l'air bien ringard mais l'effet est ici garanti avec une angoisse suintante à souhait et un final échevelé. Une belle surprise!

Seule incursion dans le fantastique faisant référence aux légendes locales, dans Le Meneur de loups, Claude Seignolle (un spécialiste du genre) nous entraîne dans un hiver bien rigoureux et dans une famille de pauvres paysans qui va recevoir la visite d'un mystérieux berger dont le troupeau est peu recommandable. Cette nouvelle est un petit bonheur de rusticité, de peurs ancestrales, de rencontre mystérieuse avec un final surprenant et très humain. Pour clôturer ce premier volume, Richard Matheson et sa nouvelle Escamotage est idéale. Un homme voit peu à peu son univers familier disparaître. Belle ambiance schizophrénique avec un texte qui fait la part belle à l'incompréhension et la paranoïa. Sans doute la plus flippante des nouvelles, servie par un style toujours aussi économique en mot mais très efficace.

Vous l'avez compris, ce fut une très agréable lecture qui fait la part belle à la redécouverte de textes essentiels. Très peu de déceptions (deux petites) et une atmosphère qui baigne le lecteur bien après avoir refermé cet ouvrage. Il propose un très bon premier contact avec un genre toujours aussi fascinant et apprécié des jeunes. Il conviendra très bien aussi aux néo-lecteurs et aux fans absolus du genre qui veulent se replonger avec délice dans leurs souvenirs! J'ai déjà lu le volume deux et je peux déjà vous dire qu'il est du même acabit. Chronique à suivre!



jeudi 22 janvier 2015

"Baise-moi" de Virginie Despentes

baise-moi

L'histoire: Elle est surprise d'être aussi vulnérable, encore capable de douleur. Au début, on croit mourir à chaque blessure. On met un point d'honneur à souffrir tout son soûl. Et puis on s'habitue à endurer n'importe quoi et à survivre à tout prix. On se croit endurcie, souillée de bout en bout. L'âme en acier trempé.
Nadine et Manu sont deux filles de leur époque, à une nuance près: elles refusent de subir la vie, ses frustrations et ses défaites. Alors, elles forcent le destin à accomplir leur volonté, persuadées que tout ce qui ne les tuera pas les rendra plus fortes.
De casses de supermarché en revanches sanglantes, elles deviennent des prédatrices insatiables et sans scrupules, parsemant leur sale balade de sentences bien brutales, syncopées et implacables.

La critique de Mr K: Aujourd'hui, chronique d'un livre pas comme les autres, érigé selon les goûts de chacun au statut d’œuvre culte ou de montagne d'immondices. Pour ma part, à part un livre très moyen (Les Chiennes savantes), j'ai toujours beaucoup apprécié mes incursions chez Virginie Despentes. Étonnamment, Baise-moi m'avait échappé, pour autant l'histoire ne m'est pas inconnue ayant été voir le métrage au cinéma lors des tous premiers jours de sa sortie cinématographique avant qu'il ne soit classé X et remisé dans les salles obscures interlopes spécialisées dans le porno. J'avais vraiment aimé ce brûlot anarchiste ne ressemblant à rien d'autre malgré une technique plus que limite... Lu pendant la période de Noël, on ne peut pas vraiment dire que l'esprit du 25 décembre souffle sur ce livre vraiment hors norme et qui m'a bien bousculé!

Dans une première partie, on suit les destins séparés de deux jeunes femmes plus que borderline. Passées maîtresses dans l'art de l'autodestruction, leur vie sur Terre s'apparente à un Enfer quotidien auquel elles se sont habituées. Alcool, sexe, addiction, machisme ambiant de la banlieue, déchéance morale et physique... Elles touchent le fond et survivent comme elles peuvent. Un élément déclencheur effroyable (un viol particulièrement éprouvant à lire dans la pure mouvance de la scène choc d'Irréversible de Gaspard Noë) va provoquer la réunion de ces deux âmes perdues qui vont partir en croisade contre le monde et les hommes. Elles vont suivre alors une route extrême, semer la mort et la désolation derrière elle pour un dernier baroud d'honneur, un ultime kiff destructeur et chaotique.

Ce qu'il y a de plus marquant dans cet ouvrage, ce sont les deux personnages principaux. Manu et Nadine sont typiquement des figures despentiennes. Nadine se prostitue, est adepte de rock et de films pornographiques. Un esprit sans relief, elle se laisse dominer par les situations et les hommes, vit sa vie par procuration, traîne sa mollesse et une espèce de non-prise sur son existence. Ça contraste avec Manu, jeune tête-brûlée, qui brûle la chandelle par les deux bouts et qui vit à cent à l'heure sans se préoccuper de l'avenir. La rencontre des deux va provoquer une fusion des plus destructrices et une espèce de révélation personnelle chez les deux jeunes femmes qui vont brusquement partir en live. Gare à tous ceux qui vont croiser leur route, nul n'est épargné: hommes, enfants, femmes... personne n'est à l'abri de leur folie et attendez-vous à des passages bien salés!

Clairement, les âmes sensibles ne doivent surtout pas s'attarder sur cet ouvrage. On explore ici le pire du pire avec des descriptions pornographiques réalistes et ragoûtantes au possible, des comportements déviants extrêmes, l'absence de toute morale avec la négation régulière des frontières entre le bien et le mal, des meurtres sadiques / gratuits qui provoquent horreur et incompréhension... autant d'éléments glauques qui accompagnent la course en avant infernale des deux furies. Honnêtement, ça prend à la gorge et on sort écœuré de cette lecture. Surtout qu'on n'a pas l'habitude de lire / voir des femmes commettre de telles atrocités. Cependant, on est fasciné par ces trajectoires brisées, déshumanisées qui témoignent d'une grande solitude, d'une rupture des liens sociaux dans la grande couronne parisienne et les pulsions de mort qui régissent la vie de certaines personnes.

La grande question reste posée: Ai-je aimé ce livre? Il m'a littéralement fasciné, j'aime le soufre en littérature et on peut dire que Despentes nous sert et nous ressert bien dans le domaine! Mais, il y a un trop plein à mes yeux d’éléments tape à l’œil, on entr'aperçoit au détour de certaines pages des passages plus introspectifs / réflectifs qui auraient mérités d'être davantage développés pour élargir le champs de réflexion et comprendre encore mieux les pulsions qui meuvent Nadine et Manu. Je crois qu'avec ce livre, on peut vraiment parler d'expérience unique et ultime.

À chacun de trouver le courage ou non de pénétrer dans cet ouvrage...

Oeuvres de Virginie Despentes aussi chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Les chiennes savantes
- Les jolies choses
- King Kong theorie
- Apocalypse bébé
- Bye bye Blondie

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mercredi 21 janvier 2015

L'effroyable imposture 2: le retour...

effroyableimposture2

Dessin de Delambre, lu et apprécié dans le Canard enchaîné du mercredi 21 janvier 2015 (n°4917)

mardi 20 janvier 2015

"Le Sort en est jeté" de Dermot Bolger

lesortenestjetécouvL'histoire : Ce silence était surnaturel. C'était un faux silence, recouvrant un chaos de voix discordantes. Je dérangeais les spectres de cette maison. Ils attendaient et me soufflaient de m'enfuir dans la nuit.
Joey est un jeune homme que la vie a rendu fragile et influençable. Dans son nouveau lycée, il rencontre Shane qui, dès le début, a une emprise malsaine sur lui: trop de morts mystérieuses, des mensonges, une âme en perdition...
Joey saura-t-il s'en détacher avant de sombrer à son tour dans le jeu du Diable?

La critique de Mr K : Une très belle découverte aujourd'hui avec ce thriller flirtant avec le fantastique venant tout droit d'Irlande et sorti depuis peu chez nous aux éditions Flammarion. C'est ma première lecture de cet auteur connu et prolifique dans son pays, la thématique me plaisait bien et ça faisait un petit bout de temps que je ne m'étais pas plongé dans un ouvrage de littérature jeunesse. Grand bien m'en a pris, "Le Sort en est jeté" s'est révélé une belle expérience qui prend toute sa mesure dans un final haut en couleur.

On suit l'histoire de Joey, un lycéen qui change d'école en tout début de récit. Il a perdu son père tout petit et se faisait régulièrement harcelé dans son ancien établissement. Il part donc avec l'idée de reprendre tout à zéro pour une nouvelle vie. Très vite, il tombe sous le charme d'une de ses camarades de classe (Aisling) et se rapproche de Shane, un adolescent au charisme certain qui semble bien mystérieux. Très vite, on se rend compte que Shane n'est pas forcément ce qu'il semble être et qu'il entraîne Joey sur des chemins dangereux... La tension monte alors durant tout l'ouvrage jusqu'à la révélation finale.

Chaque chapitre nous permet de suivre l'action à travers les yeux d'un des personnages. Ce procédé est malin et multiplie les points de vue, enrichissant par la même occasion les perspectives du lecteur. On alterne donc la vision de Joey, de Shane, de Aisling mais aussi d'autres personnages. Cela n'exclut pas les flashback, ce qui induit des aller-retours parfois saisissants entre passé / présent, adultes / adolescents, vivants / morts... La compréhension reste facile, les mots sont simples ainsi que les formulations. Clairement, le public est ciblé et personnellement, je trouve que l'auteur loin de les prendre pour des imbéciles peut susciter des réflexions intéressantes chez nos jeunes pousses.

En effet, au travers d'une histoire plutôt basique, il aborde un certain nombre de thématiques qui sont au centre des problématiques des adolescents: la perte d'un être cher (les trois personnages principaux sont dans ce cas), la gestion de ses émotions (impulsivité, ingratitude, la question du respect), la découverte de soi (à travers l'amour, le questionnement sur ses origines). Tout est ici brassé intelligemment et finement à travers une espèce de quête personnelle mêlée d'accents policiers à travers la présence d'un étrange vieil homme dans une maison à priori abandonnée...

On retrouve donc dans ce livre tout le côté bancal de cet âge ingrat: les moments d'exaltation face à la découverte des premiers émois amoureux, l'amour inconditionnel et le rejet des parents, la peur et l'appréhension face à l'inconnu... toutes ces petites choses qui font qu'on aime ou déteste travailler / vivre avec des jeunes de cet âge là. J'ai pour ma part éprouvé beaucoup d'empathie pour Joey et Aisling dans lesquels j'ai pu me retrouver ou certains de mes amis de lycée. L'auteur est vraiment formidable de ce point de vue et il se dégage un réalisme de tous les instants dans les paroles et les actes de ces jeunes en recherche de réponses.

Comme dit précédemment, l'écriture est simple et agréable. Les mots glissent sans effort et même si l'on peut déplorer parfois quelques longueurs, on s'accroche et on se demande bien où tout cela va nous mener surtout que l'auteur joue sur plusieurs tableaux à la fois entre le drame intimiste déchirant ces êtres en devenir et un background sombre faisant appel à des figures du fantastique le plus pur. Étrange mélange qui fonctionne à plein et qui trouve sa conclusion sur 40 pages finales haletantes qui réservent bien des surprises (surtout chez les lecteurs les moins confirmés, j'avais pour ma part deviné une ou deux choses...). L'effet est cependant garanti et on referme ce livre avec un sentiment de satisfaction certain.

Belle lecture que cet ouvrage que je ne peux que vous conseiller notamment pour ceux et celles qui voudraient essayer de faire davantage lire leur rebelle de canapé d'ado!

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lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

Posté par Nelfe à 18:06 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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dimanche 18 janvier 2015

"Le Temps des changements" de Robert Silverberg

Le-temps-des-changements-Silverberg

L'histoire: Sur la planète Borthan se perpétue une société étrange. Elle interdit à quiconque de dure "je". Toute manifestation d'individualité y est proscrite comme obscène. Mais pour Kinal Darrival vient le temps des changements, annoncé d'abord par Schweiz, le marchand venu de la Terre, tentateur et familier d'autres usages. Et ensuite précipité par la drogue de Sumara grâce à laquelle on peut explorer les profondeurs de son inconscient et connaître son véritable désir. Kinal découvre en lui la passion de braver l'interdit, puis la force de renverser à jamais le tabou majeur de son univers. Au prix de la révolution.

La critique de Mr K: En explorant ma PAL, je suis retombé sur ce livre d'un de mes auteurs préférés en SF: Robert Silverberg. Je l'avais découvert lors de l'acquisition d'une anthologie proprement géniale parue chez l'excellente maison d'édition Omnibus chez qui on retrouve de grands noms de la SF comme K.Dick ou encore Van Vogt. Aujourd'hui place donc au poétique Silverberg avec un petit roman de 250 pages que j'ai littéralement dévoré malgré une petite forme physique!

L'action se déroule sur Borthan, une lointaine planète que les hommes ont découvert lors de leur essaimage dans l'espace. Colonisée par des êtres rudes et rigoristes, une Convention a été mise en place, une sorte de code moral et comportemental qui proscrit formellement tout exposition de soi. D'où le bannissement de l'utilisation de la première personne du singulier et l'instauration d'un service religieux personnifié par les purgateurs qui reçoivent les confessions des uns et des autres quand le trop plein de frustration menace d'exploser.

Kinal Darrival est un aristocrate, membre de la famille la plus puissante de Salla, principale région de Borthan. Il va devoir s'exiler pour éviter les foudres de son frère aîné devenu premier Septarque (équivalent d'un roi). Au cours de ses pérégrinations, on suit sa transformation et ses questionnements. Il va finir par rencontrer un Terrien vivant du commerce entre les mondes et qui va lui proposer un voyage intérieur par le biais d'une drogue permettant de s'éveiller à soi et aux autres, créant un lien profane entre les deux individus s'y adonnant ensemble. Nul retour possible après une telle expérimentation, Kinal va alors basculer dans l'illégalité et la tentation révolutionnaire.

Dès les premières pages, le lecteur est pris par un background puissant et très bien amené avec cette planète hospitalière mais étrange dans ses mœurs. Quel contraste entre l'évolution technique sous-jacente aux descriptions et le puritanisme ambiant dans les rapports humains! Le tout est remarquablement retranscrit par l'écriture accessible et directe de Silverberg, un peu moins poétique dans ce roman qui se rapproche du récit initiatique. On traverse de nombreuses régions avec à chaque fois de beaux passages descriptifs immersifs à souhait entre paysages dépaysants, tribus et populations étranges.

Le personnage de Kinal est un modèle d'évolution entre les habitudes pluri-séculaires et la révélation d'une vérité cachée par les autorités. On suit les étapes de son changement interne entre inquiétude, hésitations et aspirations libertaires. Le lecteur passe donc un peu par tous les états comme le héros lui-même qui est loin d'être lisse. Pas de manichéisme dans ce roman et c'est ce qui fait sa différence et son intérêt. Les dépositaires de l'autorité ligotent les esprits mais ne pensent jamais vraiment à mal, persuadés que l'expression individuelle entraîne chaos et heurts. Kinal en découvrant son soi éprouve un bonheur inégalé mais ne peut s'empêcher au départ d'y voir un danger dans la cohésion de la société dont il est issu. Les questionnements sont nombreux et interpellent par leur contemporanité, beaucoup de passages faisant irrémédiablement penser à des problématiques très actuelles.

J'ai aussi beaucoup aimé les passages mettant en scène les prises de drogues. On est loin du prosélytisme prépubert et imbécile disant que la transgression c'est forcément bien. J'ai plus pensé au registre des rites de passages comme a pu l'étudier en un temps Claude Levi Strauss. Cela donne lieu à des pages entre réalisme médical et impression psychédélique, les plongées dans l'autre, son esprit, ses craintes et ses envies sont terribles et marquent les esprits pour longtemps. Peu à peu se crée une espèce de groupuscule ayant connu la Révélation, il y a indubitablement un aspect quasi christique dans cette quête de la vérité et de changement.

Au final, ce fut une lecture des plus agréables entre aventure, roman initiatique et questionnement intérieur. Une belle expérience à tenter absolument si vous êtes amateur du genre. On touche au classique ici!

Posté par Mr K à 18:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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