Cafards at home

jeudi 20 novembre 2014

"Neonomicon" de Alan Moore et Jacen Burrows

couvL'histoire: New York, de nos jours.
Les agents du FBI Brears et Lamper enquêtent sur une sinistre affaire de meurtres rituels. Les premiers éléments de l'enquête les mènent sur la piste d'Aldo Sax, un ancien confrère détenu dans un asile hautement sécurisé de la région. Sans le savoir, cette première rencontre, brève et indéchiffrable, marque le début d'une descente aux enfers vers un monde insoupçonné, peuplé de dealers mystiques, de fétichistes sectaires et de créatures dignes des plus angoissants romans fantastiques.

La critique de Mr K: C'est aux Utopiales 2014 que je suis tombé par hasard sur cette BD qui faisait partie de la compétition officielle BD. Alan Moore et Lovecraft, une grande histoire d'amour que ce scénariste de talent décide de porter à l'image via un récit original inspiré fortement de l'œuvre du génie de Providence. Ayant une grande admiration des deux bonshommes, je ne pouvais laisser passer l'occasion d'adopter ce volume. Belle découverte et un bon moment de lecture à la clef!

Les auteurs nous plongent directement dans une ambiance bien déviante avec un agent du FBI infiltré dans une cité-ghetto où sont commis des crimes rituels d'une rare violence. Il creuse son trou et, via un contact, rentre dans un cercle ésotérique fermé où la prise d'une mystérieuse drogue permet de communiquer (communier?) avec les grands Anciens chers à Lovecraft. Bond dans le temps ensuite avec deux agents qui marchent sur les traces de leur prédécesseur, devenu fou, marmonnant un étrange langage et enfermé dans un asile d'aliénés. L'enquête progresse et va plonger les deux héros dans un univers interlope dépassant leur imagination.

L'univers de Lovecraft est très bien retranscrit dans ce petit récit. On retrouve les obsessions du maître entre paranoïa et mythologie des grands Anciens. Transposé à notre époque, l'aura perdure et l'on sent que l'univers lovecraftien reste actuel et marquant. J'ai particulièrement apprécié les personnages-adeptes, littéralement possédés et illuminés par leurs croyances et ne reculant devant rien pour assouvir leur soif de pouvoir et de plaisirs.

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(cliquez sur les planches pour voir en plus grand)

Absente de façon frontale dans les œuvres originales, Moore a rajouté la dimension sexuelle qui n'était qu'évoquée à travers les monstruosités décrites par Lovecraft (les Profonds, Cthullu ou encore Shub-Niggurath). Loin d'être une vitrine pour attirer le chaland, elle rajoute une dimension infernale qui l'ancre dans un quotidien d'êtres humains déviants aux frontières de la folie. Les deux enquêteurs ne sont pas en reste, entretenant une relation trouble et lourde de sous-entendus. L'agent Lamper quant à elle sort d'une désintox après une longue période de vie agitée sous la couette! Héhé! Climax poisseux, absence d'espoir... L'ambiance est pesante et plus le récit se déroule plus on se dit que toute cette affaire va mal finir!

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Le scénario ne déçoit pas et ne s'accroche que modérément au matériau d'origine. On sent la patte Moore dans sa description des rapports humains notamment entre riches et pauvres, citoyens et forces de l'ordre. Méfiance, faux-semblants, autant de thématiques ici déroulées dans le cadre du fantastique, de façon intelligente et nuancée malgré des planches parfois très crues en gore et relations intimes de toute sorte. Abstenez-vous en cas d'extrême sensibilité parce qu'ici ça déroule sec! Pour public averti, c'est noté sur la couverture de mon exemplaire! Jacen Burrows illustre à merveille le propos général avec des planches de toute beauté, descriptives à souhait mais aussi dynamiques pour une histoire sans temps morts. Trait fin, cases majoritairement basées sur la bichromie, il contribue grandement à la réussite de l'entreprise. L'Art book final est très beau et les illustrations de grands anciens sont parmi les plus belles qu'il m'ait été données de voir.

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Au final, je ne m'étais pas trompé. Ce volume est absolument à découvrir pour tous les amateurs de Lovecraft, l'auteur de V pour Vendetta réussissant à rendre un bel hommage en imposant sa touche personnelle que l'on sait fertile et talentueuse. Un must dans le genre!

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mercredi 19 novembre 2014

"Le Prestige" de Christopher Nolan

le prestige afficheL'histoire : Londres, au début du siècle dernier...
Robert Angier et Alfred Borden sont deux magiciens surdoués, promis dès leur plus jeune âge à un glorieux avenir. Une compétition amicale les oppose d'abord l'un à l'autre, mais l'émulation tourne vite à la jalousie, puis à la haine. Devenus de farouches ennemis, les deux rivaux vont s'efforcer de se détruire l'un l'autre en usant des plus noirs secrets de leur art. Cette obsession aura pour leur entourage des conséquences dramatiques...

La critique Nelfesque : C'est à l'occasion d'une séance rétrospective aux Utopiales de Nantes cette année, que nous avons pu voir "Le Prestige" sur grand écran. Il ne s'agit pas d'une nouveauté puisque ce film de Christopher Nolan est sorti en salle en 2006 mais comme nous ne l'avions pas vu à l'époque, cette projection tombait à point nommé. Et quand en plus, on a la chance d'avoir Christopher Priest, auteur du roman originel, nous présentant l'oeuvre et sa vision du film, on ne boude pas son plaisir !

Belle surprise que ce long métrage à la frontière du film historique et de la SF. Dès les premières minutes, on est plongé dans l'ambiance du début du XXème siècle avec des décors et des costumes de toute beauté.  Plus de 2 heures de spectacle et de suspens nous attendent.

Nous suivons les débuts dans la profession de Robert et Alfred. Dans ce monde fait de magie et de tours finement orchestrés, la moindre erreur peut être fatale et c'est malheureusement ce qui va arriver lors d'une représentation particulièrement dangereuse. Commence alors une valse de remord et de désir de vengeance chez ces deux magiciens qui toutes leurs vies durant n'auront de cesse de s'épier, se copier, se voler des secrets professionnels, pour être plus talentueux que l'autre. Cette course au succès et cette rancoeur les amènera à se jouer l'un l'autre le dernier tour de passe-passe de leur vie, le prestige ultime.

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Vraiment bien foutu, j'ai été complètement happé par ce film de bout en bout. J'ai frémi, pleuré, eu envie de découvrir la vérité et me suis faite avoir à certains moments. Pas vraiment pour la révélation finale mais l'ensemble est tellement bien emballé que je pardonne tout à fait à Nolan ce manque de surprise finale. Une fin qui d'ailleurs, selon les dires de Chritopher Priest lors de la projection, est totalement différente de celle de son roman. Ca tombe bien, nous avons acheté ce dernier et je suis bien curieuse de connaitre le point final de l'auteur !

Histoires d'amour, amitiés perdues, rêve de gloire, "Le Prestige" réunit tout ces éléments et montre jusqu'où peut aller l'homme pour assouvir ses pulsions et ses besoins. Avec un fond science-fictionnesque, ce qui ne gache rien, et des acteurs aux petits oignons (y'avait même mon David au générique !), on aurait presque souhaité que ce film ne s'arrête finalement pas aussi tôt...

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La critique de Mr K : 6/6. Séance de rattrapage pour Nelfe et moi pour ce visionnage de ce film déjà sorti il y a quelque temps. Privilège extrême, c'est Christopher Priest lui-même qui nous présente une adaptation de son roman-phare. Il insiste sur quelques scènes marquantes que nous allons pouvoir voir et notifie sa déception par rapport à la fin du métrage même si pour lui ce film est un des meilleurs de Nolan avec Memento que j'avais personnellement trouvé génial. Tout cela était de bonne augure et mon pressentiment était fondé tant j'ai aussi apprécié cette séance de cinéma total.

On peut résumer ce film à la compétition acharnée et borderline (au bout d'un certain temps) que se livrent deux magiciens talentueux à l'aube du XXème siècle. La saine émulation laisse place bien vite à une haine profonde nouée autour d'un drame originel: la mort de la femme d'Hugh Jackman lors d'un numéro qui tourne mal. Fou de douleur, il en rend responsable le personnage joué par Christian Bale. C'est alors le début de l'escalade... Pour bien des raisons ce film est remarquable, je me baserai uniquement sur ce visionnage car je n'ai pas encore lu l'ouvrage dont il est tiré et que je vais essayer de lire avant la fin de l'année (j'ai tout de même un autographe de Priest en première page!).

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Tout d'abord que de talents réunis autour de ce projet. Je ne reviendrai pas sur le talent démesuré de Nolan qui n'est jamais aussi bon que quand il filme des sujets plus intimes, plus humains. J'ai bien aimé sa trilogie Batman mais dans Le Prestige, la dimension humaine vous prend à la gorge et vous emmène dans les territoires tortueux de l'esprit humain. Bale et Jackman sont tous les deux irréprochables et traduisent à merveille (par un jeu millimétré) toutes les différentes phases que traversent ces deux concurrents qui s'admirent autant qu'ils se craignent. Scarlett Johanson illumine l'écran comme à chacune de ses apparitions même si son rôle reste minime dans ce film. Mention spéciale à David Bowie qui dégage toujours autant de mystère autour de sa personne, nous avons vu le film en VOST et mon dieu quelle voix! Même quand il parle, il enchante le spectateur! Et puis ce rôle d'apprenti sorcier du début du XXème siècle lui sied à ravir!

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La reconstitution de l'époque est très bien réussie et j'ai surtout aimé l'immersion proposé dans le monde de la magie avec son lot de révélations plus ou moins ragoutantes: combien de pauvres petites colombes ont succombé pour enchanter le public? La fabrication d'illusions d'optique, l'arrière du décor et surtout les trois phases du tour de magie énoncées par un Michaël Caine toujours aussi charismatique en mentor. Trois phases donc avec en ultime session le fameux prestige qui donne son heure de gloire au magicien après avoir réussi l'impossible. Justement vers le milieu du métrage, le film bascule doucement dans un fantastique à la fois insinueux et nébuleux. Comment s'y prend Danton pour réussir à apparaître à l'autre bout de la salle de spectacle? La réponse est surprenante et fait décoler le film vers un ailleurs des plus rafraîchissants. Attention cependant, ce film est sombre et la fin finalement plutôt crépusculaire avec des plans de toute beauté.

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Esthétique léchée, maîtrise technique, acteurs et actrices au sommet de leur forme, un scénario retors et malin, tous les ingrédients étaient réunis pour passer un pur moment de bonheur. Merci encore aux Utopiales de nous avoir permis de découvrir ce très beau film que je vous encourage à visionner dès que vous le pourrez!

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mardi 18 novembre 2014

"Graal, La Légende des chevaliers" de Christian de Montella

GraalL'histoire: Entrez dans la légende du Graal...
Découvrez les origines de la quête,
la puissance du Magicien Merlin,
les terribles fées Viviane et Morgane...
Chevauchez aux côtés des valeureux chevaliers Lancelot,
Perceval et galahad.
Combattez au nom du roi Arthur
pour la victoire de la Table Ronde,
de la Lumière contre les Ténèbres...

La critique de Mr K: Depuis ma découverte de Merlin l'enchanteur des studios Disney, la méga-claque cinématographique que fut Excalibur de Boorman (d'ailleurs il faudrait que je me le revisionne un de ces jours...) et le cycle des Dames du lac de Zimmer Bradley en littérature, j'ai toujours adoré le cycle arthurien qui est tout de même un élément fondateur de notre culture commune. On y trouve à la fois les origines païennes et barbares de l'Europe ainsi que l'émergence du christianisme symbolisé par la quête du fameux Graal. L'occasion m'a été donné de parcourir Graal, la légende des chevaliers de Christian de Montella, un ouvrage jeunesse fort malin et d'une très grande beauté.

Le présent volume est divisé en trois grandes parties. La première est consacrée aux origines du Graal. En 18 pages, l'auteur revient sur les derniers jours du Christ, sa crucifixion et Joseph d'Arimathie recueillant le sang du messie dans la fameuse coupe. Il finit par fuir vers le nord et la mystérieuse île d'Avalon. S'ensuit un bond dans le temps avec une partie de 26 pages consacrée à Merlin, figure tutélaire de la légende du Graal. Christian de Montella commence par la naissance de Merlin (fils du Diable et d'une humaine tout de même! Ce n'est pas rien!) jusqu'à l'intronisation d'Arthur suite au défi d'Excalibur. Pour achever l'ouvrage, 22 pages sont réservées à la quête du Graal et surtout la désignation de l'élu qui pourra l'approcher. Trois grands chevaliers sont alors évoqués: Lancelot, Perceval et surtout Galahad. Quête mystique et intérieure, voie vers la révélation de la présence de Dieu et promesse de mille ans de paix, tels sont les enjeux de cette recherche éperdue.

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J'ai volontairement noté le nombre de pages dans mon petit résumé pour vous faire part de ce qui révèle être un point fort ou un point faible selon la manière dont on aborde cet ouvrage. Pour un premier contact, ce recueil est idéal, court en terme de textes, il permettra aux novices d'aborder la légende arthurienne sans crainte et d'une manière certes survolée mais allant à l'essentiel. Les symboles forts sont là ainsi que les principales péripéties, il ravira les jeunes gens en quête d'un premier contact à la fois flamboyant et mystique. A la nuit tombée, il suivra les pas du Christ sur le mont Golgotha, frissonnera autour de la vraie nature de Merlin et chevauchera en compagnie des chevaliers de la table ronde.

Il sera sans nul doute conquis par la beauté des textes et des images. Les illustrations sont en effet de toute beauté mélangeant symboles christiques et païens, naturalisme et images chevaleresques. Elles ne ressemblent à rien d'autre de ce que j'ai pu voir dans mes anciens ouvrages destinés aux jeunes et marquent les esprits. Elles font merveilleusement écho aux textes accessibles et exigeant qui immergent à souhait le lecteur dans ces temps de légende et d'histoire. Le livre a un défaut, il se lit très vite et je vois déjà les jeunes âmes en réclamer encore plus... mais tant mieux si cela leur permet d'ouvrir leurs horizons à d'autres cieux littéraire. Je pense vraiment que ce livre est une porte qui ne demande qu'à s'ouvrir.

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Par contre, si votre enfant ou pré-adolescent est un grand fan de cette période et de cette thématique, la déception risque d'être grande. L'auteur allant à l'essentiel ne vise pas un public de passionnés. Passez alors votre chemin et dirigez-vous plutôt vers un Zimmer Bradley qui est ce qui se fait de mieux à mes yeux en roman tournant autour de la légende arthurienne. Cependant, l'ouvrage de Montella conviendra parfaitement aux plus jeunes lecteurs en quête d'aventures.

Une belle découverte en tout cas, faites avec intelligence et finesse. Profitons-en, il paraît que ça se fait de plus en plus rare!

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lundi 17 novembre 2014

"Goat Mountain" de David Vann

0794-cover-goat-53635e7a01eb5L'histoire : Automne 1978, nord de la Californie. C'est l'ouverture de la chasse sur les 250 hectares du ranch de Goat Mountain où un garçon de onze ans, son père, son grand-père et un ami de la famille se retrouvent comme chaque année pour chasser sur les terres familiales. À leur arrivée, les quatre hommes aperçoivent au loin un braconnier qu'ils observent de la lunette de leur fusil. Le père invite son fils à tenir l'arme et à venir regarder. Et l'irréparable se produit. De cet instant figé découle l'éternité : les instincts primitifs se mesurent aux conséquences à vie, les croyances universelles se heurtent aux résonnances des tragédies. Et le parcours initiatique du jeune garçon se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme, abandonné à ses instincts sauvages, se poursuivra pendant plusieurs jours, entre chasse au gibier et chasse à l'homme.

La critique Nelfesque : Il y a des romans qui marquent profondément un lecteur et "Goat Mountain" en fait partie. Lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire, je ne savais pas vraiment où je mettais les pieds. Ayant "Sukkwan Island" dans ma PAL depuis déjà pas mal de temps, je me réjouis de retrouver bientôt la plume de David Vann. Mais pas avant d'avoir digéré totalement celui-ci...

Pourquoi cette réticence alors que je vous disais quelques lignes plus haut que j'avais été marquée par ce roman ? Tout simplement parce que l'univers de David Vann est noir, très noir et que ce roman procure un certain malaise à ses lecteurs. Son écriture fouille au plus profond de l'âme humaine et fait éprouver à qui la lit des émotions qui bien qu'intenses ne sont pas des plus agréables.

"Goat Mountain" est un huit clos des grands espaces. Etrange antinomie. Nous suivons une partie de chasse menée par une famille sur ses terres. Tom, 11 ans, s'apprête à tuer son premier cerf et cet évènement qui fera de lui un homme dans sa lignée enthousiasme déjà son père, le meilleur ami de celui-ci ainsi que son grand-père. Tous les quatre s'apprêtent à vivre un grand moment, un moment clé dans l'histoire de leur famille. En revanche, ils ne savent pas encore que celui-ci ne sera pas celui auquel ils s'attendaient...

Rien n'est caché sur la quatrième de couverture. Ce n'est pas un cerf que Tom va abattre mais un homme, un braconnier sur les terre de ses ancêtres qu'il va viser sciemment avant d'appuyer sur la gâchette. Ces secondes où ignorance de la conséquence de ses actes et folie du moment se sont côtoyées pour arriver à cette fin funeste vont semer le trouble dans les esprits de chacun et faire de cette partie de chasse, ce moment de joie vécu en famille, un enfer sur terre. Le roman prend alors une tournure poisseuse à l'image du sang qui va couler sur les terres de "Goat Mountain".

Comment réagir lorsqu'un enfant de 11 ans commet un tel acte ? Doivent-ils maquiller ce meurtre ou joindre la police ? Quelles répercussions découleront de tel ou tel choix ? David Vann nous livre ici une ode à la nature et aux grands espaces et une personnification de l'âme humaine sur fond de roman noir. Chaque description du paysage trouve sa justification et l'écriture sublime l'ensemble. Pour dire vrai, à la dernière page, au moment de fermer ce livre, on ne sait pas quoi penser de ce roman. Nous a-t-il plu ? Nous a-t-il dégoûté ? Pour ma part, il a fallu du temps pour rassembler mes pensées et arriver à la conclusion que cette lecture est un moment rare dans la vie d'un lecteur. Un moment où l'auteur met toute son âme dans une production, et la livre au monde avec une écriture léchée qui hypnotise le lecteur. Un petit bijou de littérature qui ne plaira pas à tout le monde de part son thème mais qui ne peut pas laisser indifférent.

Si vous aimez lire des romans qui vous font ressentir des choses peu communes, si les questionnements sur les remords et la folie ne vous font pas peur et si la qualité d'écriture est pour vous primordiale lors du choix de vos lectures, lisez "Goat Mountain". Cette lecture dérangeante laissera des traces dans votre esprit et vous fera voir le monde différemment.

dimanche 16 novembre 2014

Cadeaux d'anniversaire !

Il y a quelques jours, je vous présentais sur notre page facebook et sur notre compte twitter, l'étendue des dégâts côté PAL, rebaptisée pour l'occasion PALM (Pile A Lire Monstrueuse) :

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Oui, je sais, ça fait peur... Et il va nous falloir plusieurs mois pour éliminer cette réserve de bouquins et les envoyer du côté obscur de la force !

Seulement voilà... Mercredi dernier, nous avons fêté les 7 ans du Capharnaüm et le mercredi... c'est le jour d'ouverture d'Emmaüs !!! Il fallait bien qu'on fasse un petit cadeau à notre blogounet pour son anniversaire ! Nous ne sommes pas des parents indignes !

Et ce qui devait arriver, arriva :

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De mon côté, j'ai été plutôt sage, avec seulement 2 romans de plus à ajouter à ma PAL :
- "Le Secret de L'Epouvanteur" de Joseph Delaney parce que pour l'instant j'aime bien la saga de l'Epouvanteur (chroniques des tomes 1 et 2 à retrouver ici et ).
- "Spellman et associés" de Lisa Lutz parce que j'en ai entendu beaucoup de bien donc c'est l'occasion de tenter.

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Pour Mr K, BIM ! PAL + 12 ! Ce qui donne en vrac entre SF, humour, horreur et contemporain :

- "Le Livre du grand secret" de Serge Brussolo parce qu'il est incapable de résister à cet auteur et que cette histoire de livre secret l'a fortement intrigué.
- "Une Etoile m'a dit" de Fredric Brown parce que chacune de ses lectures précédentes l'avaient ravi notamment le cultissime "Martiens, go home". Ici, il s'agit d'un recueil de nouvelles SF à chute.
- "Le Temps des changements" de Robert Silverberg où il est question de négation de l'individu et de drogue permettant d'explorer son inconscient. Ca a l'air bien barré et dans la mouvance de K Dick.
- "Trois coeurs, trois lions" de Poul Anderson un ouvrage de fantasy pour un auteur connu surtout pour le genre SF. Le pitsch avait l'air sympathique, Mr K verra si la lecture le sera tout autant.
- "Créature" de John Saul un petit livre d'horreur-épouvante à la quatrième de couverture séduisante, histoire de passer un bon moment de lecture-détente.

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- "La Dimension fantastique 1, 2 et 3" compilation de récits fantastiques du XIXème et XXème siècle. C'est un des genres préférés de Mr K, il était temps pour lui d'acquérir ces trois volumes qui le tentaient déjà depuis de nombreuses années.
- "Humour noir" de Serre un dessinateur que Mr K apprécie énormément et qui ici se livre une fois de plus à l'humour noir le plus féroce.

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- "Comme un roman" de Daniel Pennac. Mr K a adoré "Chagrin d'école" (chronique à venir) et le hasard a fait qu'il tombe sur celui-ci juste après. Et hop! Dans son escarcelle pour une lecture prévue début 2015.
- "La Chambre des officiers" de Marc Dugain car le film est génial, l'occasion était trop belle de se replonger dans le conflit de 14-18 !
- "La Controverse de Valladolid" de Jean-Claude Carrière est riche de promesse : le film qui en a été tiré est plutôt réussi et Mr K a hâte d'en voir le matériau d'origine forcément plus poussé dans la réflexion.

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Cette fois ci c'est décidé, et vu que notre Emmaüs commence des travaux qui vont durer plus qu'un an dans la partie dédiée aux bouquins et a donc considérablement réduit ses stocks, on fait une grosse pause sur l'achat de romans en seconde main. Le temps de faire respirer un peu notre PAL et faire de la place pour de nouveaux arrivants !



samedi 15 novembre 2014

"Arrêtez-moi" de Lisa Gardner

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L'histoire: Que feriez-vous si vous connaissiez le jour et l'heure exacts de votre mort? Pour Charlie Grant, ce sera le 21 janvier à 8 heures précises, dans quatre jours. Comme ses deux meilleures amies.
Et elle souhaite que ce soit l'inspectrice D.D. Warren de la police de Boston qui se charge de l'enquête. Prise par la traque d'un tueur de pédophiles, D.D. Accepte à contrecœur. Mais dès qu'elle plonge dans le passé de la jeune femme, son instinct lui souffle que celle-ci ne lui a pas tout dit...
Un coupable peut en cacher un autre: avec Lisa Gardner, il faut toujours se méfier des apparences!

La critique de Mr K: Je dois avouer que ma dernière incursion chez Lisa Gardner m'avait quelques peu refroidi. Passé le bonheur de lecture procuré par deux / trois romans, j'avais trouvé Tu ne m'échapperas pas surfait et finalement anecdotique. L'adage populaire dit que l'occasion fait le larron et elle s'est présentée pour lire sa dernière production. Bien m'en a pris car à défaut d'inventer l'eau chaude, Lisa Gardner nous sert un page-turner efficace et rondement mené.

Alternativement, chapitre après chapitre, nous côtoyons une jeune fille (Charlie) persuadée qu'elle va être assassinée dans trois jours à la même date que ses deux meilleures amies aux deux années précédentes. Obsessionnelle, préparée à cette échéance (combat rapproché, tir, musculation), elle contacte D.D. Warren, l'enquêtrice de choc et de charme récurrente dans l'œuvre de Gardner. Cette dernière ne prête au premier abord qu'une oreille discrète aux élucubrations de cette jeune femme en détresse et visiblement borderline. En effet, elle a une enquête autrement plus importante à ses yeux à mener sur une série de meurtres où les victimes sont toutes des pédophiles repentis ou non. Maman depuis quatre semaines, Warren passe des nuits agitées et doit cependant se consacrer entièrement à cette enquête qui l'émeut profondément. Dernier point de vue développé, celui d'un gamin de huit ans (Jesse) qui fréquente un site de jeu en ligne pour enfants... malheureusement pour lui, on peut y faire de très mauvaises rencontres. De ces trois personnages, trois intrigues vont bien évidemment converger vers un final haletant dont Lisa Gardner a le secret. Belle petite claque que ce Arrêtez-moi.

Cette fois-ci Lisa Gardner ne se fourvoie pas dans la caricature et nous offre des personnages ciselés et évolutifs. J'ai particulièrement apprécié les personnages de Charlie et de Jesse. La jeune femme est une ancienne victime d'abus et de violences dans sa prime jeunesse, sa mère était folle à lier (atteinte du syndrome de Munchhausen). Elle en a gardé des fêlures et une tendance à se renfermer sur elle-même. Pas de vie sentimentale, pas vraiment de vie sociale, elle ne vit pas vraiment, elle s'adapte continuellement. La menace invisible qui pèse sur elle la mine et l'amène à explorer les zones d'ombre de sa mémoire. Gare aux révélations! Très bien menée, cette progression intime se fait naturellement avec une tension sous-jacente palpable et dérangeante. Où est la vérité? Où est le mensonge? Au lecteur de se dépatouiller entre fausses pistes et éclairs révélateurs. Bien que moins présent, Jesse est aussi touchant de naïveté et surtout, nous montre bien le côté influençable des enfants et leur fascination pour les amitiés virtuelles. Je ne suis pas encore père de famille, mais j'ai vraiment tremblé et stressé tant il paraît facile de pouvoir perdre son enfant face à de tels prédateurs connectés. Là encore, Gardner se montre virtuose pour poser une situation et la faire dégénérer. À glacer le sang littéralement!

Avec ce roman, j'appréhendais surtout de retrouver D.D. Warren qui m'a insupporté durant ma précédente lecture. Il faut croire que son statut de jeune mère l'a apaisée. Je l'ai trouvé beaucoup plus humaine et plus attachante dans cet opus. Comme toujours, elle fait quelques erreurs de jugement mais elle gagne en densité et se prend à réfléchir à ses défauts allant même jusqu'à se remettre en question. Grande nouveauté! 41 ans, l'âge de la maturité pour elle? Seul bémol, son obsession sur son enfant (il paraît que c'est courant...) et sa tendance à aborder le sujet avec tout le monde... y compris des inconnus! Étrange et peu crédible à mes yeux mais passons, cela ne gâche pas le plaisir pour autant. De manière générale, les personnages secondaires sont bien traités et apportent chacun une petite pierre à l'édifice final sans exagération ni superficialité.

Le suspens ne perd jamais en intensité et Lisa Gardner vous convie vraiment à un parcours digne de montagnes russes. On ne compte plus les fausses pistes, les masques qui tombent et les retournements de situation. La surprise n'est pas forcément au rendez-vous et j'ai deviné l'identité du meurtrier à la moitié du récit. Pour autant, c'est avec un grand plaisir qu'on se fait balader par l'auteur qui semble y prendre un malin plaisir. Rien à redire sur le style qui même s'il n'est pas de la grande littérature est efficace et rend compte sans cliché des méandres d'une enquête âpre. La lecture fut donc addictive à souhait et très rapide car il s'est révélé quasiment impossible de relâcher le volume avant la fin.

Belle lecture pour conclure, qui conviendra aux amoureux de suspens bien ficelé au rythme prenant et à l'histoire immersive. Gardner is back et franchement, ça fait du bien!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Disparue
- Sauver sa peau
- La maison d'à côté
- Tu ne m'échapperas pas

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jeudi 13 novembre 2014

"Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" de S. G. Browne

comment j'ai cuisinéL'histoire : "Si vous ne vous êtes jamais réveillé après un accident de voiture pour découvrir que vous êtes un cadavre animé en putréfaction, alors vous ne pouvez pas comprendre."

Andy vit en paria depuis sa résurrection spontanée après un accident de voiture. Ce nouveau zombie n'a pour morne horizon que le cellier familial, où il cuve les grands crus de son père, et ses réunions mensuelles aux Morts-Vivants anonymes. Mais lorsqu'un confrère l'initie aux bienfaits régénérateurs de la chair humaine, Andy décide de lutter pour ses droits civiques. Débute alors un voyage improbable qui le mènera de la morgue aux plateaux d'Oprah Winfrey, en passant par des séjours à la SPA reconvertie dans l'accueil de zombies fugueurs.

La critique Nelfesque : En pleine période d'Halloween et apprenant la sortie de "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père-Noël", la suite de "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour", je décidai de lire ce premier opus. On me promet une bonne tranche de rire avec ce roman, je ne vais pas bouder mon plaisir.

Je ne suis pas une adepte de zombie en roman. En série, pas de soucis, en film, encore moins mais j'avoue qu'en littérature je ne vais pas spontanément vers ces personnages au demeurant charmants (hum...). En fait, pour dire vrai, j'ai une peur primale de tomber sur ce qui s'apparenterait à de la bit lit version zombie et je fais partie des gens pour qui il ne faut pas déconner avec les zombies ! Vu ce qui est arrivé aux vampires  ces dernières années en littérature, j'ai de quoi avoir quelques craintes...

Bon mais alors qu'ai-je pensé de "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" ? Comme je le disais précédemment, avec son titre et la notion d'amour énoncé dans le quotidien d'un zombie, ça partait plutôt mal... Ai-je bien fait de le lire tout de même ? OUI !

Andy est un zombie solitaire de part sa condition. Un peu comme un gosse qui explore la vie, il se découvre du jour au lendemain mort-vivant et doit apprendre à faire avec. Mais comment "mort-vivre" dans une société qui vous rejette ? Là est toute la réussite de ce présent roman. Au delà du fait qu'il soit drôle ou amusant, c'est vraiment la notion de problème sociétal qui m'a charmée dans cette lecture. Facilement transposable à d'autres problématiques plus actuelles et moins fantaisistes, on suit le parcourt d'Andy dans une soif de justice social complètement What The Fuck mais tellement compréhensive.

Les zombies sont des parias, des "non-êtres" sur lesquels les humains peuvent déverser leur haine en toute impunité. Se voir lancer de la nourriture au visage, se faire cracher dessus, insulter et même servir d'exutoire abjecte lors de soirées étudiantes décérébrées, au mieux faire fuir tout ceux qui étaient vos semblables il y a quelques jours, voilà le quotidien d'Andy et ses amis, tous membres des MVA (Morts-Vivants anonymes). Lors de leurs réunions, ils évoquent avec les autres leurs problèmes du quotidien et surtout apprennent comment accepter cette condition et "vivre" avec. S'ensuivent des situations et anecdotes cocasses où les pensées d'Andy arrachent quelques rires au lecteur. Une belle façon de dédramatiser une condition qui semble être une impasse.

Andy va-t-il réussir à aller de l'avant malgré son état ? La société va-t-elle finir par accepter et respecter les zombies ? Et ses parents, quel goût ont-ils ? Vous l'apprendrez en lisant "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour", un roman drôle et inventif avec un fond surprenant et loin d'être bête. Je vous le conseille !

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mercredi 12 novembre 2014

Révolution 7.0

Le 12 novembre 2007, il y a tout juste 7 ans, nous publiions notre premier article au Capharnaüm éclairé. Et oui c'est aujourd'hui que notre blogounet atteint l'âge de raison !

7 ans de blogging, ce n'est pas rien. Je pourrais vous faire le compte de tous nos billets, des commentaires reçus, de nos visites ou nos stats... Mais à quoi bon ? Que vous soyez 10 ou 1000 par jour à nous suivre, nous vous aimons tout autant. Nous avons ouvert cet espace au départ comme une sorte de journal culturel personnel, un moyen de nous rappeler ce que nous faisons / voyons / lisons. Puis petit à petit, nous avons rencontré virtuellement des anonymes qui se sont intéressés à notre petit monde magique. Des anonymes qui sont devenus des réguliers, que nous avons pour certains rencontrés dans la vraie vie et avec qui nous partageons maintenant plus que des avis de lectures. Les années ont défilé à toute allure ! Nous nous réjouissons chaque jour de votre fidélité et vous remercions de tout coeur de continuer de nous suivre et de nous aimer !

7 nains
(et oui, 7 comme eux !)

Nous aurions pu également, pour fêter l'évènement, organiser un big concours de la mort qui tue mais vous sachant tout sauf vénaux nous nous sommes dit que les "concours anniversaires" c'était quand même un peu surfait et que nous pouvions vous gâter n'importe quand dans l'année sans raison particulière (comment ça on est des grosses feignasses !? ah oui, pas faux non plus !).

Non, nous avons fait mieux que ça ! Si vous nous suivez depuis le début (et même pas que), vous avez remarqué que nous n'avons pas changé de look depuis 7 ans. Pour l'occasion cette année, et parce qu'il faut bien l'avouer moi cette teinte bordeau / grise commence à me sortir par les trous de nez, nous changeons le design du blog ! Youhou !

Jusqu'à présent, Le Capharnaüm éclairé, c'était ça :

ancienne bannière

Roulement de tambour !!!

Dorénavant, Le Capharnaüm éclairé, ce sera ça :

bannière

On reste dans l'esprit, on ne change rien, vous nous aimez comme cela et nous aussi. N'hésitez pas à nous dire ce que vous pensez de notre nouveau look, à nous faire plein de bisous en ce jour historique, à faire exploser notre boîte aux lettres de cadeaux (ben quoi ? on peut rêver non !?) et à parler de notre blog autour de vous. Plus on est de fou, plus on rit !

Posté par Nelfe à 14:19 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
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mardi 11 novembre 2014

Sébastien Tellier à L'Etage, Nantes, 23-10-14

Le grand jour est enfin arrivé. C'est avec une excitation non feinte que nous arrivons à la salle de concert en ce jeudi de vacances scolaires. Dieu que l'attente a été longue! Je suis un gros fan de sieur Tellier depuis maintenant quelques années et son dernier album "L'Aventura" n'avait que confirmé tout le bien que je pensais de lui. Véritable ode à l'enfance et à l'hédonisme, il me tardait de voir cet opus traduit live par un Tellier réputé comme généreux et imprévisible sur scène. Et oui, vous l'avez deviné! Ce soir, Nelfe et moi avons été dépucelés et croyez moi, la première fois fut des plus réussies!

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Deux défauts seulement à la prestation: une première partie plus qu'anecdotique pour ne pas dire ennuyeuse de S.A.G.E qui pour le coup gagnerait à s'énerver un peu plus sur scène et à cultiver un peu de singularité. Certes il joue bien du piano (assis malheureusement, sic), il a un beau brin de voix, mais j'ai personnellement trouvé sa prestation plate et sans réelle saveur. L'impression en fait d'avoir entendu ça avant et réalisé de bien meilleure manière... Mais bon, les goûts et les couleurs ne se discutent pas et tant mieux pour lui, certains de ses followers étaient là et donnaient de la voix. Deuxième défaut, la présence de trois hurluberlus pintés comme jamais au premier rang de la scène, interpelant Sebastien Tellier à chacune de ses prises de paroles et vociférant / criant pendant certaines chansons. En fin de set, un couple d'habitués des concerts de l'artiste nous ont dit que c'était toujours le cas et qu'il rameutait toujours ce genre de pochtrons irrespectueux. Mais ne boudons pas notre plaisir, le concert fut épique et magique entre chansons, blagues pourries d'un Sébastien en plein trip planant et reprises de chansons ringardes. Unique!

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Le set débute par le premier morceau de l'album "L'Incroyable vérité", Oh Malheur Chez O'Malley, qui plante direct le décor. Notre Lebowski rockeur apparaît dans toute sa splendeur improbable, s'installe au clavier et de suite nous emporte avec lui. On ne redescendra que deux heures plus tard! Il est accoutré d'un costume des plus étranges où rien ne semble aller avec le reste (chemise, gilet, châle indien, casquette, pantalon... Nelfe ira jusqu'à dire qu'il se fournit chez Emmaüs!). Je vous laisse juge avec les photos du post. Barbu et ventru, il dégage un charme et une aura plus que particulière, personnellement je suis fan et cela me rassure quant à ma propre personne. J'ai de la marge! Rajoutez là-dessus un style de danse bien décadent sur certains morceaux et vous obtenez un pur ovni! AMAZING comme disent les anglais!

Il embraye de suite avec deux extraits de son dernier opus Ma Calypso et L'Adulte, de pures pépites ici légèrement réorchestrées (tout comme le reste du set d'ailleurs) avec même une reprise de la musique des Cités d'or pour le deuxième titre. Sébastien est un grand enfant, de la même génération que moi et rien que d'y penser, mon cœur et mes tripes s'étreignent en repensant à ce pur moment de magie entre trip revival et musique planante! Wahou!

S'ensuit deux de ses plus grands tubes: Cochon Ville et surtout, Divine qu'il avait proposé pour l'Eurovision. Le public reprend en cœur, ça bouge sec, on est à deux mètres du maître et nous sommes en pleine communion. Belle orchestration, belle énergie communicative, on touche le ciel! Roche tiré lui aussi de l'album "Sexuality" vient calmer le jeu avec son rythme et ses paroles langoureuses, histoire de reposer les esprits. Puis vient, L'Amour naissant qui forcément pour Nelfe et moi a une symbolique toute particulière, nous avions passé cette chanson à l'Église pour notre mariage! Moment magique une fois de plus avec Sebastien Tellier au piano pour un morceau intimiste à souhait! Un peu à l'image de cette interprétation ci de L'Amour et la violence:

Kilometer remet un bon coup de fouet au public avec un Tellier qui s'énerve un peu (mais pas trop quand même, faut pas pousser!). L'Amour et la violence vient ensuite avec cette litanie imparable et prenante qui pénètre les corps et les âmes. Tout le talent de Tellier résumé entre sens mélodique et paroles universelles. Il poursuit son set avec Aller vers le soleil, une nouvelle ode à l'amour sensuel dont il a le secret, ambiance sucrée et suave. Une fois de plus, nous sommes définitivement conquis avant la venue de Orsinet, mon morceau préféré de Sébastien Tellier. 14 minutes et 12 secondes de bonheur avec l'évocation de son doudou et donc de son enfance perdue. Je préfère la version album mais l'émotion était palpable et on se prend à croire l'espace d'un morceau bien progressif à un monde meilleur... La claque une fois de plus!

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Histoire de redescendre un peu de ce sommet musical, il interprète Ricky dans une version bien punchy, style cinématographique. La nouvelle orchestration est magistrale et accentue encore plus le message de la chanson qui raconte une vengeance avortée entre ados. Re-claque! Pour définitivement nous cueillir, retour au piano pour le maestro et une interprétation de La Ritournelle, LE morceau qui l'a fait connaître. Effet garanti, un public frissonnant, en pleine transe et fin... Enfin, pas tout à fait, deux rappels viennent ponctuer la soirée. Sexual Sportwear une de mes chansons préférées de "Sexuality" et Fingers of steel dans une version intimiste qui enterre la version album et nous laisse pantelant, conscients d'avoir vécu un concert hors norme et vraiment génial.

Que dire de plus? Un artiste à part, généreux comme prévu, complètement décalé. Il discute avec le public, leur sert quelques reprises improbables dont La Dolce vita de Christophe. Reprise que j'ai d'ailleurs largement préférée à l'originale. Du Goldman, du Polnareff, du Dalida... C'est open bar pour le public pendant quelques minutes. "Vous avez payé vos places, je vous fais ce que vous voulez!". Blagues bien nases aussi entre deux chansons, on peut se demander s'il était vraiment parmi nous à certains moments! Le son était vraiment bon, je vous conseille vraiment de ne pas hésiter à aller à L'Étage à Rennes même s'il faut bien avouer que c'est vite l'étuve au bout d'un moment.

Un grand concert donc pour un artiste qu'on aime encore plus et qu'on a d'ores et déjà hâte de revoir sur scène!

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Et en prime on repart avec la setlist de Mr Tellier himself!

Posté par Mr K à 14:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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lundi 10 novembre 2014

"Stairways to hell" de Thomas Day

Stairways to hellL'histoire: Ils sont trois, ils se prénomment Thomas. Déchus du Royaume, ils recherchent l'Amour.
Le premier est en prison pour un crime raciste qu'il a bel et bien commis. À sa sortie, il fait la connaissance d'une amérindienne qui va lui montrer sa véritable nature. Car cet homme est aussi un loup, qui déambule dans les carcasses automobiles d'Extermination Highway.
Le deuxième est médecin-urgentiste à Paris. Alors que la crise conjugale guette, il découvre le petit monde interlope des catacombes et des carrières. Là, il rencontre Maneki Neko, actrice porno et sorcière, grande spécialiste de la transgression.
Le dernier est écrivain, du moins c'est ce que croit son entourage. En réalité, il s'agit d'un imposteur hanté par le fantôme de celle à qui il a tout volé, une certaine Eddie qui s'apprête à le guider jusqu'aux escaliers qui descendent vers l'Enfer.

La critique de Mr K: Lecture coup de poing aujourd'hui avec ce Stairways to hell de Thomas Day. Un livre dont je serai bien incapable de dire si je l'ai aimé ou détesté tant il ne s'apparente à rien de ce que j'ai pu lire auparavant! De manière générale, je suis ouvert et j'aime la transgression dans l'Art mais là, certains passages ont réussi à me choquer et croyez moi, il m'en faut beaucoup! Trois nouvelles en un volume et une référence à Clive Barker (un de mes chouchous dans le genre horrifique) en quatrième de couverture. Il ne m'en fallait pas moins pour tenter l'aventure malgré une couverture vraiment affreuse... La lecture fut éprouvante!

Trois histoires bien glauques nous sont proposées par un auteur qui en préface annonce directement la couleur en expliquant que l'écriture lui permet de relâcher sa part sombre et pouvoir livrer ainsi toute sa gentillesse (reconnue à priori...) au quotidien. Je tiens à signaler de suite que vu le contenu de ces trois nouvelles, on peut se dire que le bonhomme est bien chahuté au niveau de la cafetière, cela donne une nouvelle vraiment réussie et deux autres des plus crades pour rester correct! Sexe, drogue, rock and roll, violence, meurtre, scatophilie, pratiques déviantes, ... âmes sensibles s'abstenir, Virginie Despentes c'est du Gavalda à côté! Vous êtes prévenus!

Sans concession, on rentre dans l'esprit torturé de trois Thomas aux destins plus que dérangés. On se retrouve face à des êtres amoraux, déviants qui recherchent une certaine forme de rédemption mais souvent vers le pire! Ils laissent sur leur chemin tout un lot de violences sexuelles (on est carrément dans la pornographie la plus pure par moment) et autres violences physiques et les chutes de chaque nouvelle (surtout les deux dernières) laissent le lecteur KO avec un furieux mal de vide. Clairement j'ai été dérangé tout au long de cette lecture rapide (3h maximum si on a le cœur et les tripes bien accrochées).

On ne sait jamais vraiment si on a affaire à un virtuose de l'écriture ou un tâcheron voulant jouer la surenchère à tout prix pour empocher un maximum de blé. Les passages décrivant les délires hallucinogènes sont parmi les plus forts et profonds que j'ai pu lire (hormis la première partie des Racines du mal de Maurice G. Dantec). Les obsessions intimes sont disséquées et livrées brut de décoffrage avec un brio évident. L'écriture se fait volontairement acérée mais non dénuée de nuances poétiques par moment, une poésie bien sombre vous l'avez deviné. Le rythme est haletant, pas de temps mort pour le lecteur foudroyé par le contenu de l'ouvrage.

Par contre, une bonne partie de livre n'est que prétexte à débauche de scènes pornographiques détaillées et poussées à l'extrême. Là je dis stop! Il pouvait se contenter de bien moins pour un effet certes moins ragoûtant mais tout aussi efficace pour toucher ses objectifs. On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions, ici on s'y noie et on se retrouve à surnager au milieu de déjections et autres joyeusetés du même genre. La forme finit par dépasser le fond et franchement on sort écœuré. Surtout que la caricature est de mise notamment pour les personnages féminins qui sont soit l'image de la niaise cucul ou l'érotomane inassouvie (vous soulignerez l'effort que je fais pour rester poli!).

Au final, c'est un livre que je ne peux pas conseiller tant il est extrême et parfois gratuit dans la transgression. Pour ma part, je ne l'ai finalement pas fait autographier par l'auteur aux Utopiales. J'attendrai d'en avoir lu un autre plus conventionnel pour porter un jugement définitif sur Thomas Day.



Fin »