Le Capharnaüm Éclairé

mardi 9 juillet 2019

Six mois de craquages !

Post particulier aujourd'hui avec la présentation de toutes nos acquisitions effectuées en matière de livres d'occasion au cours des six derniers mois. Emmaüs, boîtes à livre, magasins discount et autres brocantes nous ont fait succomber plus d'une fois et par petites touches bien senties. Addict un jour, addict toujours ! Revenons donc sur l'étendue des dégâts...

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(Belle photo de famille, non ?)

Le butin s'avère très varié avec des livres que je recherchais depuis un certain temps, des auteurs chouchous dont il me manquait un titre ou encore des ouvrages prometteurs où le charme agit de suite par la couverture ou la quatrième de couverture sans que l'on puisse résister. Ce qui vous surprendra moins, c'est le fait qu'une fois de plus Nelfe a été beaucoup plus sage que moi. Une section spéciale lui sera tout de même consacrée en toute fin d'article !

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(Voyage en terres asiatiques...)

Quelques trouvailles bien sympathiques venues d'Orient aux éditions Picquier qui ne sont plus à présenter.

- "Les Chroniques de Zhalie" de Yan Lianke. Direction la Chine avec la chronique d'un village pauvre qu'une femme hors du commun veut transformer en cité flamboyante. Entre folie, ambition et parabole de la Chine moderne tournée en dérision, voila un ouvrage qui promet beaucoup.

- "L'Hiver dernier, je me suis séparé de toi" de Nakamura Fuminori. Roman noir japonais, l'ouvrage s'attache à suivre l'enquête d'un journaliste sur un photographe accusé de tuer ses modèles pour prendre un cliché de leur mort en direct... Attirance pour la perdition, on nous annonce des apparences trompeuses et une frontière de plus en plus mince entre raison et pulsions meutrières. Typiquement le genre d'ouvrage qui peut me plaire !

- "Le Jardin arc-en-ciel" d'Ogawa Ito. Une rencontre miraculeuse, un amour qui emporte tout sur son passage et le destin d'une famille pas comme les autres sont au programme de ce roman très apprécié sur la toile qui s'apparente à une ode à la tolérance et à l'acceptation des différences. Je suis intrigué par cet ouvrage qui ne tardera pas à quitter ma PAL tant il se dégage un charme inexpliquable de la quatrième de couverture.

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(Black is black !)

- "Peur blanche" de Ken Follett. Ce sera mon premier Ken Follett en dehors de ses romans historiques. Miam miam ! Thriller scientifique, ce livre a un postulat de départ des plus inquiétants : une terrifiante arme bactériologique a été dérobée et un vent de panique souffle sur la Grande Bretagne. J'ai hâte de découvrir cet auteur sous un jour nouveau, comme en plus il a bonne presse, je ne pense pas m'être trompé en adoptant ce volume !

- "Delirium Tremens" de Ken Bruen. Un roman policier venu d'Irlande qui a l'air particulièrement sombre avec un antihéros alcoolique et complètement borderline. Face au classement par la police d'affaires touchant à des jeunes filles retrouvées mortes noyées, il va reprendre du poil de la bête pour que justice soit faite. Ça a l'air bien hardboiled !

- "Magie maya" et "Le Sphinx" de Graham Masterton. Deux ouvrage d'un de mes auteurs favoris en littérature d'épouvante. Graham Masterton nous propose ici deux danses avec des démons et divinités démoniaques qui vont bouleverser pour notre plus grand plaisir les vies apparemment sans histoire de héros improbables. Cet écrivain est mon pêché mignon et j'ai vraiment hâte de le relire. M'est avis que je vais prendre un des deux volumes avec moi pour nos vacances.

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(Classique quand tu nous tiens !)

 - "Un Capitaine de quinze ans" de Jules Verne. Trop content d'avoir dégoté chez Emmaüs ce titre de Jules Verne qui m'avait échappé jusque là. Cette histoire d'adolescent se retrouvant à la barre d'un grand navire à voile à tout juste quinze ans a tout pour m'emballer. Il ira rejoindre après sa lecture ma collection d'ouvrages parus chez Hachette (superbe collection) de cet auteur qui a bercé mon enfance avec des romans immortels.

- "Le Fantôme des Canterville" d'Oscar Wilde. J'avais lu il y a quelques temps Le Portrait de Dorian Gray qui m'avait, je l'avoue, refroidi. Le style a vieilli à mes yeux et je m'étais ennuyé. N'étant pas rancunier, je vais retenter l'aventure Oscar Wilde avec ce recueil de nouvelles trouvé à prix d'or. Gageons qu'il me rabiboche avec cet auteur culte !

- "Les Âmes mortes" de Gogol. J'adore cet auteur que je n'ai plus pratiqué depuis de nombreuses années (avant le blog, c'est dire !). Ce roman appartient aux grands classiques de la littérature russe et nous conte l'odyssée d'un escroc pour acheter des âmes mortes (des serfs disparus) pour s'enrichir ensuite illégalement. On peut compter sur Gogol pour livrer un ouvrage remarquablement écrit et au passage un tableau satirique de la société russe de l'époque.

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(Mix de contemporains bien alléchants !)

- "Trilogie maritime" de William Golding. Sous la forme d'un journal intime, l'auteur culte de Sa Majesté des mouches nous invite à suivre le voyage vers les antipodes d'un jeune aristocrate anglais qui durant la traversée va perdre ses illusions et découvrir le monde, le vrai ! Cet ouvrage me fait vraiment de l'oeil, il me tarde de le découvrir et de replonger dans l'écriture à la fois subtile et puissante d'un des auteurs les plus doués de sa génération.

- "Katiba" de Jean-Christophe Rufin. Quel plaisir de tomber sur cet ouvrage de Rufin, un de mes auteurs chouchou ! Dans la lignée de son très bon Le Parfum d'Adam, il nous propose à nouveau un thriller avec le terrorisme en toile de fond, ici dans la mouvance islamiste. J'ai hâte de retrouver l'écriture à la fois simple et gouleyante d'un auteur qui ne m'a jamais déçu !

- La Conversation amoureuse d'Alice Ferney. Je vous avoue que je ne savais pas de quoi parle ce roman lorsque je l'ai croisé dans un bac de livres d'occasion. J'ai vu le nom d'Alice Ferney et je l'ai adopté directement étant un grand fan de cette auteure pas comme les autres qui propose avec chacun de ses ouvrages un voyage livresque puissant et marquant dans la durée. Après recherche sur internet, il est question d'un amour adultère nourrit par une passion féroce ! Hâte d'y être !

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(Voyages en terres étranges en vue !)

- "Brocéliande" de Jean-Louis Fetjaine. Voici un ouvrage que je recherchais depuis plusieurs années en occasion, il s'agit de la suite du Pas de Merlin de Jean-Louis Fetjaine, un autre auteur que j'apprécie grandement. Ce livre reprend l'épopée de Merlin là où on l'avait laissé et si je me souviens bien, il était en bien fâcheuse posture !

- "Le Dernier loup-garou" de Glen Duncan. Moi, Lucifer du même auteur m'avait totalement conquis lors de sa lecture, je vais remettre le couvert avec ce premier volume d'une trilogie prometteuse. Un vieux loup-garou suicidaire et blasé va faire une rencontre qui va changer totalement son existence, les avis de certains amis blogueurs sont parfois dithyrambiques concernant ce tome 1. Il ne me reste plus qu'à franchir le Rubicon !

- "Les Chroniques de Durdaine" de Jack Vance. Encore un hasard heureux avec cette intégrale de Jack Vance qui promet de l'aventure en pagaille, un univers SF bien barré et des révélations fracassantes sur un monde où les habitants sont contrôlés par la terreur (une variation autour du collier explosif à la Battle Royale - oeuvre cinématographique culte à mes yeux -). Considéré comme une oeuvre culte du space-opéra, m'est avis que cet ouvrage ne restera pas longtemps dans ma PAL !

- "Sargasso" de Edwin Corley. Un vaisseau spatial US se pose en plein triangle des Bermudes, un drame se noue alors mettant en prise directe mystères de l'espace, secrets sous-marins enfouis, manoeuvres politiques et phénomènes naturels stupéfiants. Le contenu m'attire fortement (toutes les thématiques me sont chères) et la couverture est sublime de surcroît. Y'a plus qu'à !

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(Futures lectures nelfesques !)

Comme promis, voici la section dédiées aux acquisitions de ma chère et tendre, sélection qui bien que moins dense promet de merveilleuses heures de lecture :

- "Fumiers et Cie" de Tom Sharpe. Auteur se situant entre les Monthy Python, les Marx brothers et le no-sense à l'anglaise, il est très apprécié de ma douce qui l'avait dégusté avec Wilt 1. On retrouve de nouveau son goût pour la satire au vitriol avec cette histoire totalement farfelue suivant des personnages déjantés. Je pense que Nelfe va bien s'amuser !

- "La Théorie des six" de Jacques Expert. Fan de thriller, Nelfe n'a pas hésité longtemps à acquérir cet ouvrage de Jacques Expert, un auteur que nous pratiquons assez régulièrement. Un tueur en série bien retors annonce qu'il va faire six victimes et lance un défi aux forces de l'ordre : pourront-ils l'arrêter avant la fin de son cycle ? On peut compter sur cet auteur pour maintenir le suspens jusqu'au bout. Nelfe vous dira ce qu'elle en a pensé lors de son retour de lecture.

- "Une pluie sans fin" de Michael Farris Smith. Là encore, Nelfe succombe à la tentation de replonger dans l'oeuvre d'un auteur qu'elle aime tout particulièrement avec son génial Nulle part sur la Terre et Le Pays des oubliés (qu'elle n'a toujours pas chroniqué la feignasse !). Ici, il verse dans l'anticipation à la mode La Route de McCarthy avec des USA coupés en deux suite à des aléas climatiques exceptionnels. C'est l'occasion pour Michael Farris Smith d'explorer les psychés humaines et de livrer en filigrane un portrait sans concession de son pays. Je le piquerais bien à Nelfe après sa lecture...

Il ne reste maintenant plus qu'à opérer des choix de lecture, lire encore et toujours pour voyager, se transcender, explorer notre humanité, rire, pleurer, s'indigner et encore et toujours prendre du plaisir. Nos PAL bien descendues depuis quelques mois reprennent du poil de la bête... Belle variation autour du mythe de Sisyphe, non ? Comptez sur nous en tout cas pour vous faire partager ces futurs moments qui je n'en doute pas seront intenses et susceptibles de vous intéresser.


lundi 8 juillet 2019

"Terre il faut mourir" de James Blish

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L’histoire : De mort naturelle ou de mort violente, il faudra bien, sans doute, que la Terre meure un jour. Cependant, d'ici là, même s'ils ne parviennent jamais à embrasser le temps dans la vision panoramique que leur donnerait l'omniscience, les hommes peuvent espérer avoir colonisé assez de planètes pour que la fin de la Terre ne signifie pas la fin de l'humanité. Mais le prix de cette conquête de l'inconnu - conquête simultanée de l'espace et du temps - est souvent l'équilibre mental de ceux qui la tentent.

La critique de Mr K : Voilà un petit bout de temps que cet ouvrage traînait son ennui dans ma PAL. À la faveur du mois de juin, je décidai de l’exhumer après avoir lu des avis très concluants sur cet auteur apprécié dans le milieu de la SF et que je n’avais toujours pas lu jusque là. Terre il faut mourir a donc été un test pour moi pour découvrir James Blish et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne s’est pas révélé concluant...

Huit nouvelles constituent ce recueil et malheureusement un certain nombre d’entre elles ne m’ont pas plu du tout, la faute essentiellement à un style très ampoulé, des récits pas si originaux que ça, mais aussi une quatrième de couverture qui trompe un peu sur la marchandise. Je m’attendais à des récits sur la fin de notre belle planète bleue, ce qui s’est révélé ne pas être le cas. Je vous en dis plus de suite !

L’ouvrage débute avec Les Pompes cervelles, un récit qui se déroule sur une Terre marquée par une guerre ouverte entre les USA et l’URSS (on sent l’histoire écrite du temps de la Guerre Froide). Une unité du bloc ouest va explorer le site d’un crash et tenter de soutirer des informations au pilote décédé grâce à la technologie de pointe en vogue. Sur place, ils vont découvrir une activité cérébrale étrange qui ne semble pas venir de notre planète... Bien que suranné dans son écriture, ce récit fonctionne bien avec notamment une fin surprenante que l’on ne voit pas venir avec au passage une charge antimilitariste qui n’est pas pour me déplaire. Dans L’affaire du VS1, un astronaute seul sur une station orbitale pète un plomb dans les grandes largeurs : il veut larguer une bombe atomique sur Washington DC ! Confondant le réel et l’irréel, il croit avoir un équipage et recevoir des ordres... Un homme est envoyé pour lui faire entendre raison. Là encore, ça marche bien, on lit l’histoire avec un plaisir renouvelé malgré une forme parfois marquée par le temps. Reste cependant des personnages un peu caricaturaux et une folie galopante qui aurait méritée d’être plus fouillée...

Dans Sautes de temps, un astronaute se réveille durant son voyage vers Alpha du Centaure. Il se rend compte avec stupeur que le temps est déréglé et qu’il doit repenser systématiquement à chaque action qu’il doit effectuer. Cette nouvelle riche en promesses retombe comme un soufflé. Finalement très classique dans son contenu, elle se révèle indigeste à la lecture. Dommage dommage... Dans Oeuvre d’art, Richard Strauss est vivant ! Du moins, son esprit à été reconstitué et il recommence à écrire des pièces musicales, essayant d’atteindre l’apogée de son art. La fin m’a totalement pris au dépourvu, la nouvelle s’avère très plaisante à lire avec notamment un rythme soutenu qui garde captif le lecteur. On enchaîne avec Le Joueur de flûte. Les hommes se sont réfugiés sous Terre suite à une guerre bactériologique désastreuse. Des solutions s’opposent pour reconquérir la surface, les personnages s’entre-déchirent à ce propos. Raison d’État, mensonge, manipulation des populations sont au menu de ce court texte plutôt bien mené même si la forme se révèle rébarbative. À noter le parallèle intéressant avec le conte éponyme.

Dans Les Étoiles sont des prisons, un vaisseau voyage vers Titan avec un équipage et des passagers. Grâce à un nouveau moyen de propulsion, on peut aller plus loin plus vite mais gare aux mauvaises surprises ! Télépathie généralisée, l’infiniment petit, l’enfermement et ses conséquences sur un groupe humain sont autant de thématiques qui m’ont semblé sous-exploitée ici avec un style franchement repoussoir. Mauvaise pioche encore une fois ! La nouvelle suivante Bip nous présente une agence spéciale qui peut prévoir l’avenir et envoie des agents pour faire respecter ces prédictions. Sous fond de guerre galactique avec une bonne dose d’espionnage, l’ambiance de cette nouvelle est bien prenante, on se prend au jeu et malgré un style toujours ampoulé, on passe un bon moment. Le recueil se termine avec la nouvelle éponyme Terre il faut mourir qui nous parle de la nécessaire conquête spatiale pour l’Homme qui détruit à petit feu sa planète d’origine. Sous la domination d’un pouvoir matriarcal (et oui !), le héros va rencontrer une intelligence extra-terrestre qui lui annonce la destruction définitive de la Terre. Sympathique mais pas transcendante, cette lecture a le bénéfice de poser des questions très intéressante sur l’Homme, son développement et son rapport à sa planète mais franchement, là encore, il n’y a pas de quoi crier au génie.

Je suis donc ressorti plutôt déçu de cette lecture, je suis pourtant amateur du genre et de cette époque littéraire. Malheureusement, le temps a passé et les textes ont vraiment vieilli. La tentation fut grande d’abandonner cette lecture a de multiples reprises, j’ai tout de même voulu donner sa chance jusqu’au bout à cet auteur. Force est de constater qu’il ne m’aura pas transcendé et que je ne le pratiquerai sans doute pas de nouveau... À réserver uniquement aux fans de James Blish et aux amateurs transis de SF vintage de chez vintage !

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vendredi 5 juillet 2019

"Touche pas à mes deux seins" - Série Le Poulpe - de Martin Winckler

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L’histoire : Le Poulpe fait une entrée remarquée dans le monde de la médecine. Il retrouve pour l'occasion un ancien ami, Bruno Sachs, dans des circonstances pour le moins morbides... Le professeur Goffin, éminent spécialiste du cancer du sein, est un personnage sans foi ni loi qui utilise ses patientes à des fins expérimentales. Il vient d'être froidement assassiné dans son appartement parisien. Le crime prend des airs de règlement de comptes... Martin Winckler nous mène de rebondissements en surprises à travers les méandres d'une affaire aux thèmes très actuels. Cette rencontre inattendue entre deux univers bien distincts, polar et milieu médical, est une véritable réussite.

La critique de Mr K : Retour en terres poulpesques aujourd’hui avec Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler qui m’a permis de retrouver avec grand plaisir le personnage de Gabriel Lecouvreur, enquêteur atypique très engagé. Lorgnant vers le thriller médical, ce volume est une très belle réussite et se classe directement parmi les meilleurs de la série à mes yeux.

Le cadavre d’une sommité de la médecine est retrouvé dans son appartement, le docteur Goffin, un gynécologue de renommée mondiale avait mis au point un nouveau traitement thérapeutique pour guérir le cancer du sein sans avoir usage de chirurgie. Autant dire qu’il était perçu comme le messie par nombre de femmes touchées par cette horrible maladie. Mais si meurtre il y a eu, c’est qu’il y a sans doute des choses à gratter et le vernis des apparences cache souvent des éléments peu reluisants. Lorsque dans son bar préféré, Le Poulpe lit l’article concernant cette disparition, des vieux souvenirs ressurgissent et Gabriel va se confier à sa douce Cheryl, lui racontant une partie de sa houleuse jeunesse.

Ce roman se distingue des autres Poulpe par sa construction même. Pour une fois, nous ne suivons pas vraiment une enquête du Poulpe à proprement parler. On alterne ses confessions avec son amoureuse où il est question de ce qu’il a pu faire et qui il a pu rencontrer après l’obtention de son bac. Il se mêle ainsi à une bande de jeunes gens (étudiants pour la plupart) navigant entre le milieu de la médecine, du glandage et des soirées. Très vite, on se rend compte que cela a un lien très fort avec le crime qui l’a remué le matin même. Amitiés, amours et ambitions sont au coeur d’une intrigue bien retorse où tout peut basculer au gré d’une décision ou d’un coup du sort.

En parallèle de cette promenade dans la jeunesse de Gabriel, on suit les investigations et interrogatoires menés par le juge d’instruction Walteau. L’affaire lui a été redonnée dans des circonstances peu claires et en avançant dans son enquête et préparation du dossier, on prend conscience que cette affaire peut faire du bruit, que le docteur Goffin connaissait beaucoup de monde et que sa chute va révéler des pratiques douteuses que certains n’aimeraient pas voir remonter à la surface... Un troisième personnage, un certain Bruno, intervient aussi par moments et apporte son éclairage sur Goffin mais aussi sur la petite bande d’amis.

Au fil de la lecture, on croise les informations et une mécanique infernale se fait jour. Les lignes bougent, les révélations pleuvent et l’affaire dans son ensemble prend une tournure toute autre que celle que l’on pressentait au départ. Comme souvent avec Le Poulpe, nous avons le droit ici encore à une belle galerie de personnages, authentiques, parfois truculents, parfois tragiques, tous mus par une envie de vivre et d’être heureux. On se prend de compassion pour les deux sœurs jumelles que la vie n’épargne pas, on aime suivre les événements relatés par Gabriel et qui le touchent encore beaucoup des années après, on frémit face aux non-dits en cours dans le milieu hospitalier et les pratiques invisibles possibles... N’étant pas un fan de l’hôpital, je dois avouer que je n’étais pas fier lors de cette lecture et c’est d’ailleurs pour cela que j’évite de lire ce genre d'ouvrage d’habitude... Pour autant, j’ai passé un excellent moment entre intrigue tortueuse, charisme des protagonistes, complexité des interactions entre personnages et un Poupe toujours aussi attachant.

L’écriture de Martin Winckler fait merveille et contribue à livrer un volume du Poulpe addictif et jubilatoire. Ecrit simplement mais avec une précision diabolique, original dans sa construction et ménageant le suspense comme jamais, Touche pas à mes deux seins est un grand Poulpe, de ces volumes qui contribuent à donner ses lettres de noblesse à cette série littéraire au charme décidément incroyable !

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
Chicagone
- Les Damnés de l'artère
- Allah recherche l'autan perdu

mercredi 3 juillet 2019

"Parasite" de Bong Joon-Ho

Parasite afficheL'histoire : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

La critique Nelfesque : Cela fait déjà plusieurs semaines que nous sommes allés voir "Parasite" au cinéma et je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler jusqu'à présent. Il est toujours à l'affiche dans quelques salles si vous ne l'avez pas encore vu et "au pire" il restera la version DVD à découvrir d'ici quelques mois.

"Parasite" est le dernier film de Bong Joon-Ho, la Palme d'Or du dernier Festival de Cannes. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça décoiffe et que ça a étonné plus d'un spectateur dans notre salle de projection qui sans doute s'étaient déplacés grâce au label "cannois". C'est sûr que côté Palme, ces dernières années, les amoureux de cinéma étaient plus habitués à des choses plus conventionnelles (ce qui ne présage en rien de la qualité des films primés d'ailleurs). Avec "Parasite", on dépoussière Cannes et ça fait du bien ! Film coréen trash dans les idées et les images parfois, comme souvent sous cette bannière, avec lui on est bousculé et on sent la tension monter petit à petit tout au long du film pour atteindre son apogée dans la scène finale. Et croyez-moi, le terme "apogée" prend ici tout son sens.

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Le cinéma asiatique est particulier. Fait de lenteurs et d'ambiances, on accroche complètement ou on y est allergique. Je ne suis pas adepte de tous les cinémas de ce continent mais je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour les films qui viennent de Corée, à la croisée des chemins entre tradition et provocation de bon aloi.

Nous suivons ici une famille de coréens désargentés qui va peu à peu s'immiscer dans la vie de la famille Park, bourgeois navigant dans d'autres sphères que la leur. Le fils a l'opportunité de rentrer au service des Park en tant que prof d'anglais pour leur fille. Flairant le bon filon, il va progressivement faire embaucher toute sa famille sous de fausses identités, des références usurpées et d'habiles stratagèmes. Tout d'abord pour assurer à tous une meilleure condition, un travail régulier et des rentrées d'argent plus que correctes, les membres de cette famille vont aussi afficher leur opportunisme et leur jalousie. Mais qui peut-on réellement blâmer dans ce cas ? La société est ainsi faite que des fossés se creusent entre les riches et les pauvres et on en a ici une illustration criante de réalisme et d'émotions vives.

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Le poids des convenances, le mépris des classes, la survie, l'opportunisme et les limites morales de chacun sont autant de sujets soulevés par Bong Joon-Ho avec finesse mais aussi avec force lors de certaines scènes. On est littéralement pris à la gorge par la détresse qui émane de la pellicule, par le manque de respect et les signes de dédain ordinaire. Pour autant "Parasite" ne fait pas dans le manichéisme puisque les actes choquants se retrouvent à part égale chez les deux familles et on ne peut véritablement se ranger dans un camp ou dans l'autre tant certains aspects humains sont répugnants des deux côtés.

Dans le Larousse, "Parasite" a 4 définitions : Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d'un organisme hôte d'une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital / Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens d'autrui ou de la société / Dans l'Antiquité, individu qui était admis à la table d'un riche, en échange de sa clientèle ou de ses mots d'esprit / Perturbation ou bruit électromagnétique qui trouble le fonctionnement d'un appareil ou superpose un bruit à un signal utile. Jamais un film n'aura aussi bien porté son nom. Absolument brillant sous tous les aspects !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée Palme d’Or à mon actif avec ce film coréen primé cette année. Joon-Ho Bong avec Parasite propose un superbe métrage entre rires, larmes et dénonciation sans fard de l’évolution de nos sociétés et notamment du clivage entre classes pauvres et classes supérieures. Durant plus de deux heures, on ne s’ennuie à aucun moment, passant d’un état à un autre sans vergogne avec un effet final assez bluffant qui donne à réfléchir longtemps après le visionnage.

On suit au départ une famille très pauvre qui habite dans un appartement semi-enterré. Tous au chômage, vivant d’expédients et de menues arnaques, ils vivent en harmonie, chacun avec son caractère plus ou moins affirmé. Une occasion en or se présente au fils d’aller donner des cours particuliers d’anglais à une jeune fille de bonne famille. Une fois accepté, il va réussir à faire embaucher sa sœur comme thérapeute artistique auprès du plus jeune enfant des Parks, famille de nantis vivant dans une splendide demeure. Le plan est en marche, je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue qui devient vite retorse et déviante. Sachez simplement que comme tout plan, il a ses failles et quand elles se révéleront tout ce qui s’est construit auparavant va s’écrouler comme un château de carte. Gare à la casse !

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Le film est jubilatoire à souhait. Tout est quasiment parfait à commencer par les personnages qui soufflent constamment le chaud et le froid. On alterne admiration, empathie et dégoût car finalement ici chacun essaie de survivre à sa manière. Deux mondes se côtoient quotidiennement sans vraiment se comprendre. Derrière les façades affichées, se jouent des tourments intérieurs très forts (mention spéciale pour le papa pauvre) et une volonté de s’en sortir coûte que coûte. On sourit beaucoup durant la première partie du film, les aventures racontées sont rocambolesques et font appel à des codes humoristiques qui fonctionnent à plein (personnages bien contrastés, situations ubuesques et quiproquo permanent). Puis, un aspect plus sombre fait son apparition (les coréens adorent explorer les noirceurs de l’âme, courez voir Old Boy version originale c’est une tuerie !) et l’inquiétude naît au cœur de l’esprit du spectateur. L’engrenage va clairement trop loin, les tensions s’accumulent et le final sans appel laisse sur les fesses. Personne n’est épargné et ne ressortira indemne d’un film se terminant de manière dramatique mais logique.

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Cet œuvre est aussi un beau décorticage du fonctionnement de nos sociétés modernes capitalistes. Tour à tour, ce film nous parle d’individualisme forcené qui se fait généralement au détriment de la morale élémentaire, les conditions de vie épouvantables dans lesquelles vivent certaines familles et ce vers quoi cela les mène (c’est extrême ici !), l’indifférence des puissants face à la souffrance des plus fragiles et leur existence en vase clos. Très bien caractérisé sans pour autant en faire trop, tout dans la nuance, la démonstration est éloquente et même si quelques saillies sont un brin exagérées, on se prend au jeu et finalement on s’attend à tout... On va de surprise en surprise, on est désarçonné et franchement j’aime ça.

Au niveau de la technique, il n’y a rien à jeter. Ce film n’a pas eu la Palme d’Or pour rien. D’une grande beauté formelle avec une image magnifique, des plans inventifs, une musique particulièrement bien choisie (de belles références au classique comme souvent dans le cinéma asiatique), une rythme soutenu qui ne se dément jamais, on en prend plein les mirettes et les vasouilles. Rajoutez une brochette d’acteurs confirmés ou non qui s’investissent au maximum dans leurs rôles respectifs et vous obtenez un film assez unique. À voir absolument pour tous les amateurs du cinéma d’Asie et aux amateurs de films bien réalisés et au message fort.

 

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dimanche 30 juin 2019

"L'Équation africaine" de Yasmina Khadra

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L’histoire : A la suite d'un terrible drame familial, et afin de surmonter son chagrin, le docteur Kurt Krausmann accepte d'accompagner un ami aux Comores.

Leur voilier est attaqué par des pirates au large des côtes somaliennes, et le voyage "thérapeutique" du médecin se transforme en cauchemar. Pris en otage, battu, humilié, Kurt va découvrir une Afrique de violence et de misère insoutenables où "les dieux n'ont plus de peau aux doigts à force de s'en laver les mains". Avec son ami Flans et un compagnon d'infortune français, Kurt trouvera-t-il la force de surmonter cette épreuve ?

La critique de Mr K : Entamer la lecture d’un Yasmina Khadra, c’est toujours un moment à part et la certitude d’entrer dans un monde rude et sans fioriture avec une écriture d’une grande finesse et emplie de sagesse. L’équation africaine m’avait échappé jusqu’à ce qu’il s’offre à mes yeux lors d’un chinage de plus. Très bonne lecture une fois de plus même si j’émettrai un petit bémol qui m’a empêché de considérer cet ouvrage comme son tout meilleur, c’est qu’à force de pratiquer et d’adorer les romans d’un auteur, on devient difficile...

Kurt est un médecin généraliste allemand, l’histoire commence par un drame épouvantable qui voit le héros perdre sa femme dans des conditions tragiques. Veuf et inconsolable, il perd de sa superbe, s’interroge beaucoup sur le sens à donner à son existence, tout lui paraît désormais fade et l’appétit de vivre semble l’avoir quitté. Il recroise à l’occasion de l’enterrement, un vieil ami qui a réussi dans l’industrie et consacre désormais son temps dans l’humanitaire. Il lui propose de l’accompagner lors d’une de ses missions dans un pays défavorisé et malgré son scepticisme, Kurt décide de le suivre. Le sort semble s’acharner sur le pauvre homme, lors du passage en voilier du golfe d’Aden, voila les deux allemands attaqués puis enlevés par une troupe de pirates somaliens. Commence alors le récit d’une expérience traumatisante qui va marquer à jamais Kurt et le faire marcher dans des chemins jusque là inconnus...

Je dois avouer que pour une fois, j’ai eu du mal au départ à avancer dans ma lecture. La faute essentiellement à un personnage principal peu charismatique et autocentré. On enchaîne les pages sur la description de son état mental, sa peine, ses efforts pour essayer de s’en sortir. C’est le genre de passages qui d’habitude me plaisent énormément, donnant à voir le caractère d’un personnage. La mayonnaise a donc eu du mal à prendre avec Kurt et j’ai retrouvé ce manque d’appétence à son endroit tout au long de l’ouvrage. Finalement, il s’écoute beaucoup mais ne fait pas vraiment attention au monde qui l’entoure. En même temps, vu ce qui lui est arrivé, tout s’explique...

Heureusement, l’intérêt pour l’ouvrage renaît très vite dès que l’action se précipite. Comme à chaque fois, Khadra excelle dans la description des zones de conflits et de tensions dans le monde. On est littéralement téléporté dans cette corne de l’Afrique si pauvre et dangereuse à la fois. On plonge ainsi dans le quotidien d’otages malmenés, humiliés et revendus à l’envie selon les lois de l’offre et de la demande. Les privations, vexations et incertitudes liés à sa condition vont profondément ébranler Kurt qui va peu à peu se renfermer sur lui même pour mieux éclore par la suite. Même si le personnage m’a souvent laissé de marbres, je dois avouer que son parcours intérieur est intéressant et bien mené.

Il n’y a pas de place pour le manichéisme chez Khadra et ce livre en est encore la belle preuve avec une psychologie des personnages très poussée, y compris chez les ravisseurs et personnages peu rassurants. Car derrière la piraterie, la violence et l’absence parfois de jugement sur le bien et le mal, se cachent des réalités africaines très difficiles qui conduisent à des dérives parfois extrêmes de ses habitants : les rapines, rapts et violences, les départs en masse de migrants pour chercher un avenir meilleur ailleurs, la corruption des puissants qui captent à leur profit les aides envoyées par les ONG, le lobbying mortifères de grandes compagnies commerciales occidentales et orientales. Mais l’Afrique n’est pas que ça et Kurt va le découvrir. L’Afrique c’est la beauté des paysages, des êtres humains accrochés à la vie qu’un fol espoir meut sans relâche... Tout cela fera son chemin dans l’esprit de cet européen déboussolé qui partagera un temps le sort de quelques compagnons d’infortunes, de réfugiés politiques ou encore des membres d’une ONG dans un campement au Darfour.

Une fois bien rentré dans sa lecture, l’accroche arrive et donne de sacrées sueurs froides au lecteur qui tombe à l’instar du héros de Charybde en Scylla. Les rebondissements font leur effet et au fil de son expérience, Kurt perd la tête. Très bien rendu, l’évolution du personnage semble à sens unique avec une expérience brute de décoffrage qui va à jamais le changer. La langue de Yasmina Khadra fait une fois de plus merveille et l’on ressort heureux de cette lecture dépaysante et source de réflexion.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- L'Attentat
- Les Hirondelles de Kaboul
- Les Agneaux du seigneur
- Ce que le jour doit à la nuit

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vendredi 28 juin 2019

"Contes et légendes de la mer et des marins" de Charles Quinel et Adhémar de Montgon

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L’histoire : Ce recueil de Charles Quinel et Adhémar de Montgon fait non seulement la part de la légende, mais aussi celle "des histoires de l'Histoire", qui en sont en quelque sorte les gros plans les plus vivants. Mais surtout, de la première à la dernière page, ce livre est ventilé par le puissant souffle du grand large. Vous y verrez donc une Méditerranée sillonnée par les rapides trières grecques, dans l'Antiquité mythique des Argonautes, un océan Atlantique déchaîné au temps des Vikings, et, plus près de notre époque, vous vivrez les combats épiques des galères et des grands navires de haut-bord de la vieille marine à voile, ou, encore vous serez les témoins de la solidarité des gens de mer dans les brumes de Terre-Neuve.

La critique de Mr K : Quel plaisir de retrouver cette vieille collection Contes et légendes de tous les pays de chez Fernand Nathan ! C’est vraiment grâce à eux que le démon de la lecture s’est emparé de moi avec mon premier contact avec la mythologie grecque et les œuvres allégées d’Homère. À huit ans, le choc fut grand et salutaire, depuis mon addiction à la lecture est total. Dans Contes et légendes de la mer et des marins, Quinel et De Montgon s’attaquent à une thématique riche en références littéraires : la mer et les marins. Inutile de vous faire attendre plus longtemps, la lecture fut délicieuse, accompagnée d’un doux sentiment de nostalgie.

Cette compilation s’articule autour de récits plus ou moins connus que l’on se plaît à redécouvrir ou à parcourir pour la toute première fois. On commence très fort avec la légende de Jason et les argonautes et celle de Méduse et Persée, premiers grands récits d’aventure en mer en littérature occidentale. À part le nom des dieux en version latine (hérésie !), c’est un plaisir sans fin de revenir en ses temps immémoriaux où l’aventure se conjugue avec destinée fatale et Dieux omnipotents.

On enchaîne ensuite quelques courtes légendes bretonnes, italiennes et plus moyenâgeuse où souvent on ne quitte pas le domaine de la superstition et du fantastique. C’est l’occasion une fois de plus de faire le lien entre l’homme, sa culture, la nature et les tentatives d’explications que l’on peut donner face à l’inexplicable. Amours déçus, longues séparations dans un périple lointain, malédictions, trahisons peuplent des récits courts et incisifs qui ne manquent par leur objectif: divertir encore et toujours et quelques part inculquer des valeurs communes, faire réfléchir à l’homme et sa destinée souvent contrariée.

La deuxième partie de l’ouvrage (voir un peu plus) se concentre autour des aventuriers des mers de l’époque moderne avec des récits de bataille, de piraterie mais aussi de pêche. J’ai particulièrement aimé le texte concernant les terres neuvas malouins qui doivent se serrer les coudes face à l’adversité (magnifique ode à la tolérance aussi entre deux familles brisées par la haine). On navigue beaucoup au fil des récits, partageant dans ces historiettes le quotidien des équipages, les coutumes inhérentes au monde de la voile et les pressions / peurs qui s’exercent sur tout un chacun lors d’expéditions souvent dangereuses. Les descriptions se mêlent admirablement aux scènes de bravoure pure et aux passages intimistes qui peuvent à l’occasion émouvoir un lecteur pris par le souffle du large qui règne sur ces pages.

Le style a lui forcément vieilli, l’ouvrage date de 1940. C’est un peu ampoulé à l’occasion, très directif dans la narration et le vocabulaire est assez riche si l’on compare avec ce que l’on peut proposer à la jeunesse d'aujourd’hui. Pour autant, le charme agit toujours, bien raconté à un jeune ou en lui expliquant quelques références qui pourraient lui échapper, c’est l’occasion de partir en voyage très loin en rencontrant des personnes de tous horizons et de toutes conditions. Une belle expérience qui vaut le coup et donnera peut-être aussi envie à certains de creuser certaines légendes ou thématiques. Dans ce domaine, la littérature regorge de trésors !

mercredi 26 juin 2019

"Le Potache est servi" de Jean-Louis Bailly

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L’histoire : Clément, prof débutant et chahuté, décide brusquement d’enlever et séquestrer l’un de ses élèves. Pour se venger de ses déboires avec la redoutable 3e F, il va martyriser le plus doux, le moins grossier de ses potaches, pris comme bouc émissaire.

La critique de Mr K Lecture jubilatoire au programme aujourd’hui avec Le Potache est servi de Jean-Louis Bailly, un roman à la quatrième de couverture qui décoiffe et qui tient toutes ses promesses. Personnages taillés au cordeau, style incisif et très littéraire à la fois, analyse fine et contrastée des affres égotiques des personnages sont au programme d’un livre dont je n’ai fait qu’une bouchée ! Suivez le guide...

Clément est devenu professeur de lettres en collège à la manière d’un idéaliste. Amoureux des mots et des livres, il compte uniquement sur sa soif de partage et sa bibliophilie pour pouvoir mater ses classes et devenir bon pédagogue. Mais voila, la 3ème F lui résiste et le bordélise au-delà du possible. Comme tout professeur qui se respecte, il rentre dans une phase de parano, se remet en question et finit par commettre l’inconcevable : enlever le plus agréable de ses élèves (Tony) pour le séquestrer et par là même se venger de ce qu’il subit en classe avec ses camarades ! Commence alors un drôle de jeu entre le bourreau et sa victime avec des conséquences inattendues...

Ce roman est avant tout une belle galerie de personnalités avec des personnages aussi ciselés que passionnants. Jean-Louis Bailly croque à merveille ce jeune professeur en pleine détresse qui n’arrive pas à trouver de solution pour sortir de l’ornière. Humilié, incapable de tenir son groupe d’élèves, engoncé dans des certitudes qui s’avèrent être de fausses solutions, il vit un calvaire et égraine les jours comme autant de comptes à rebours avant l’échafaud. Rien ne nous est épargné, l’auteur nous conviant à pénétrer dans sa psyché, en partageant ses doutes, ses peurs mais aussi ses moments de soulagements. Il force sa nature sympathique pour se transformer en kidnappeur qui va tourmenter le jeune Tony : insultes, coups et lecture sont au programme, le tortionnaire ménageant une alternance de menace et de douceur qui soufflent le chaud et le froid auprès de Tony.

Étonnamment la victime s’en accommode. Il faut dire qu’à la maison le père a la main leste, il est habitué. Là où le trouble devient certain, c’est que le jeune garçon prend goût à la lecture, gagne en maturité et finit même par se rapprocher de son ravisseur. Trajectoire déviante mais décrite avec justesse et sensibilité, on se demande bien où tout cela va aboutir : libération ? Fin plus funeste ? Le doute est permis, tant on navigue en chemins obscures. Très bien rendus, les passages où les deux protagonistes sont en présence réservent leur lot de surprises, multipliant les pistes et les possibilités. Relation unique, oscillant entre drame et complicité, j’ai aimé ce côté borderline qui ne tombe pour autant jamais dans la facilité ou le voyeurisme malsain. L’atmosphère est lourde, opaque et donne pas mal d’émotions contradictoires au lecteur prisonnier de ces pages. Au milieu de ce drame qui se joue, j’ai aussi beaucoup apprécié les passages traitant de la lecture, de ses apports et de la joie qu’elle procure notamment quand on en partage les impressions.

Au détour de réflexions de Clément, de ses rencontres et échanges avec ses collègues, l’auteur dresse un bon portrait du monde enseignant sans jamais tomber dans le too much ou la caricature. On sent qu’il connaît le milieu et est capable de rendre compte de nos états âmes et de nos préoccupations. Rapport de force entre profs et élèves, philosophie du pédagogue, la queue à la photocopieuse, les chefs doigt-sur-la-couture qui impose des directives idiotes sont autant d’éléments bien rendus tirant vers un réalisme bon crin dans ce roman bien noir. Subtilement écrit malgré quelques passages un peu pompeux, les pages se tournent toutes seules et l’on arrive à la fin sans vraiment s’en rendre compte. Une bonne lecture comme je les aime qui ravira les amateurs de roman noir et de fiction mettant en scène le monde de l’éducation... même si ici c’est assez thrash !

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dimanche 23 juin 2019

"Je suis la reine" d'Anna Starobinets

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L’histoire : Maxime, sept ans, vit avec sa soeur et leur père à Moscou. Bientôt des transformations déconcertantes s'opèrent chez le petit garçon. De quel hôte est-il devenu la proie ? Les "histoires inquiétantes" de ce recueil font évoluer des personnages poignants dans une Russie contemporaine sombre et absurde. Ici, un employé de bureau développe des sentiments troubles pour une denrée moisissant au fond d'un réfrigérateur. Là, un dresseur de chiens se réveille dans un train à côté d'une femme qu'il n'a jamais vue mais dit être son épouse, et qu'il devra apprendre à aimer... D'une plume extraordinairement poétique, "Je suis la reine" brouille les frontières entre réel et imaginaire et offre une représentation saisissante de la folie et de l'horreur quotidiennes.

La critique de Mr K : Ça faisait un bail que je n’avais pas pratiqué Anna Starobinets, une de mes auteures favorites sur la scène littéraire actuelle. Après les très très bons Refuge 3/9 et Le Vivant, il me restait à découvrir le recueil de nouvelles Je suis la reine qui traînait depuis bien trop longtemps dans ma PAL. Justice est rendue aujourd’hui à cette auteure hors norme qui conjugue une fois de plus thématiques déviantes et écriture splendide. Attention, accrochez-vous, ce voyage livresque laisse des traces !

Six nouvelles composent ce recueil, six textes entre fantastique et fantasmagorie qui sentent le soufre et vont très loin dans la folie et l’horreur. Je déconseille de suite cet ouvrage aux âmes sensibles car Starobinets n’a que faire des carcans moraux et des convenances, elle s’attaque ici frontalement aux codes sociétaux convenus, à l’enfance et à la notion même de stabilité tant elle fait vivre l’enfer à ses personnages. Navigant constamment entre réel et imaginaire, les âmes qui peuplent ces pages ne savent plus à quel Saint se vouer. Le lecteur n’est pas en reste avec l’impression d’être manipulé de bout en bout sans espoir de retour possible dans la normalité.

Dans la nouvelle Les Règles, un petit garçon comme tant d‘autres vit avec ses tocs, ses manières. Sauf qu’au bout d’un moment ici, elles prennent une importance dramatique qui laissent le lecteur sur les fesses avec un jeune héros qui fait peur. Ce court récit installe une tension palpable et progressive mettant très mal à l’aise le lecteur, dès le départ Anna Starobinets réussit son coup. Dans La famille, la nouvelle suivante, un homme lors d’un voyage en train se réveille marié avec une femme qu’il ne connaît pas. Ce changement d’identité est totalement ubuesque, versant dans un absurde proche d’un auteur comme Gogol par exemple. Étrange texte que celui-ci qui brouille les pistes, joue avec les nerfs du héros oscillant entre folie et fantastique pur. Un autre élément perturbateur va finir d’achever le récit de fort belle matière. Là encore, ça marche !

J’attends, le texte suivant est le plus court du recueil et un des plus percutants. Il narre la fascination de plus en plus obsessionnelle d’un homme pour une pourriture qui se développe dans son frigo. Totalement barré, non dénué d’humour, ce texte prend à la gorge et aux tripes. On en ressort tout ému par cette description sans fard et très juste d’une folie galopante. Viens ensuite le morceau le plus consistant de ce recueil avec Je suis la reine, la nouvelle éponyme qui raconte les angoisses d’une mère face aux changements étranges qui s’opèrent chez son jeune fils (introversion extrême, pratiques étranges, éloignement affectif de plus en plus prononcé notamment...). Il s’agit sans doute du texte le plus inquiétant de l’ouvrage avec un drame qui se joue en deux actes, en deux points de vue différents. Clairement fantastique puis virant dans l’horreur pur, j’ai pensé en le lisant aux très bons ouvrages d’Andreas Fäger parus chez la même maison d’édition.

L’Agent est de tous les textes celui qui m’a paru le plus faible. On suit le quotidien d’un homme au métier consistant à mettre en œuvre des scénarios de vie et à faire respecter certaines règles. L’introduction est ultra-efficace mais la suite s’enlise un peu et la conclusion manque de panache à mes yeux. Sympathique tout de même mais pas inoubliable. Le recueil s’achève avec L’éternité selon Yacha qui se révèle être un petit bijou de poésie, écrit à la manière d’un conte. Un homme se réveille avec le cœur arrêté et sans respirer. Il est mort et pourtant il peut interagir avec tout le monde. S’enchaînent toutes une série de situations délirantes et une vie éternelle promise. Derrière le fantastique naïf se cache un véritable texte initiatique qui fait réfléchir entre humour noir et une certaine forme d’espoir.

Se lisant en un temps record, cet ouvrage est de toute beauté. Certes, on navigue dans le glauque, au frontière de l’esprit humain et de ses déviances mais franchement dans le genre, on tient le haut du pavé. Remarquablement construit avec une plume très particulière entre poésie et amour profond pour les personnages qu’elle invente, ce recueil procure de nombreuses sensations à son lecteur qu’il capte et ne relâche jamais vraiment comme un insecte qui se prend dans une toile d’araignée. Bravo au passage à la traductrice Raphaëlle Pache qui une fois de plus fait merveille et réussit à reconstituer l’ambiance si spéciale que l’on retrouve uniquement chez Anna Starobinets. Un ouvrage que tous les amateurs du genre se doivent d’avoir lu.

Lus et chroniqués de la même auteure au Capharnaüm Éclairé:
- Refuge 3/9
- Le Vivant

jeudi 20 juin 2019

"Jack Barron et l'éternité" de Norman Spinrad

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L’histoire : Vous avez un problème ? Alors appelez Jack Barron !
Au 212.969.6969, en PCV !
Et retentissent des dizaines de milliers d'appels. Et cent millions d'Américains de l'an 1995 attendent chaque mercredi soir sur leur petit écran... le séduisant, le fascinant, le provocant Jack Barron. Ce redresseur de torts qui ne craint ni le gouvernement, ni les banques, ni la C.I.A. Rien ! Jusqu'au jour où Jack Barron affronte le tout puissant, l'immonde et immensément riche Benedict Howards. Qui détient le secret des secrets : celui de l'Immortalité humaine !
Alors, sur l'écran, de semaine en semaine va faire rage un combat toujours plus sauvage et impitoyable – combat de deux hommes qui se haïssent, mais surtout combat, entre deux pouvoirs terrifiants : l'information et l'argent.
L'enjeu ? L'Immortalité humaine. Mais conquise à quel prix ?

La critique de Mr K : Lire Norman Spinrad, c’est toujours une expérience à part. Auteur culte, insoumis et toujours en verve, il propose à la fois évasion et réflexion à chacun de ses ouvrages. Jack Barron et l’éternité est une de ses pièces maîtresse dans sa bibliographie et il m’avait échappé jusque là. Suite aux élections européennes et mon désarroi face aux résultats avec deux partis de droite en tête, je me suis dit qu’il fallait que je me lise un ouvrage subversif et bien engagé dans le sens de mes convictions. Je ne me suis pas trompé et je peux déjà vous dire que cet ouvrage rentre directement dans le cercle très fermé de mes classiques en SF. Voici pourquoi...

Ce roman décrit un combat titanesque entre Jack Barron, un présentateur vedette bouffi d’orgueil qui est suivi par plus de 100 millions d’américains et l’homme d’affaire le plus influent de son époque qui fait commerce de l’hibernation cryogénisée et bientôt peut-être la vie éternelle. Deux puissances s’affrontent : celle des médias et leur influence face aux puissances financières, les lobbys et de la rapacité d’un homme, Benedict Howards. Joutes oratoires en direct à la télévision, rencontres impromptues et secrètes entre décideurs, pacte faustien, expériences subliminales et charnelles, course à l'élection présidentielle, révélations terrifiantes sont au programme d’un livre coup de poing dont on ne peut sortir avant le mot fin.

Quelle lecture ! On peut dire que Spinrad est particulièrement en forme ici avec un style toujours aussi direct et incisif. Ne ménageant pas son lecteur, on avance en eaux troubles avec pour commencer un héros au départ plutôt désagréable, à la limite du repoussoir. Vivant dans sa tour d’ivoire, Jack Barron, malgré un passé gauchiste, est rentré dans le moule et profite sans vergogne du système ultra-libéral. Son opposition au magnat de la vie éternelle va mettre à mal ses convictions profondes et son assurance. Surtout qu’il retrouve au passage Sara, son amour perdu qui renaît de ses cendres. Cette passion le consume, l’emporte vers un bonheur qu’il croyait perdu et donne de superbes pages sur l’amour que l’on peut porter à l’autre quand on a trouvé la bonne personne et que rien d’autre ne compte. C’est touchant, extrême même parfois et essentiel au déroulement de l’histoire.

Écrit en 1969, ce roman s’interroge beaucoup sur des thématiques qui étaient centrales dans les USA de l’époque. Il y a d’abord les tensions raciales entre blancs et noirs qui trouvent ici de très beaux représentants entre une ligue cherchant à promouvoir l’émancipation des afro-américains, les suprémacistes blancs qui détiennent le pouvoir et l’argent et qui pensent que cet ordre des choses est naturel et ne changera jamais. En parallèle, on retrouve comme souvent chez Spinrad une critique vive du système capitaliste ultra-libéral qui nie les individus et leurs droits au profit d’une oligarchie qui ne dit pas son nom et se cache derrières les oripeaux de la démocratie pour mener sa barque et s’enrichir encore plus. Sans fioriture ni concession, l’ouvrage est une charge puissante, intelligente et tout en finesse que l’on prend plaisir à lire en ces temps de macronisme aiguë et de lepénisme larvé.

L’histoire avance lentement mais sûrement. Proposant un parcours vers la rédemption à son personnage principal, qui se rapproche de ses anciennes connaissances et va tout faire pour lever le voile sur les secrets de Benedict Howards, on sent bien que chacun ici va y laisser des plumes. On ne sait pas vraiment d’où les coups vont partir et les révélations finissent par se succéder plus effrayantes les unes que les autres. Plongeant dans les âmes de chacun, explorant les psychés parfois plus que tourmentées de certains personnages (c’est vraiment perché par moment), on finit littéralement sur les rotules avec un dernier acte vraiment éprouvant. Ouvrage volontiers métaphysique et philosophique par moment au détour des aléas de l’histoire, on se prend à réfléchir à la mort, sa signification, le rêve de l’immortalité, les conditions pour y accéder ou encore les choix qui influencent une vie et le rapport à l’autorité et à la notion de désobéissance civique.

Très bien construit, ce roman est écrit de manière virevoltante, profonde et avec un souci d’immédiateté qui ne se dément jamais. Cette lecture procure des émotions diverses qui ébranlent le lecteur et lui donnent à réfléchir. Bien que daté par moment, finalement rien n’a vraiment changé et l’on retrouve des éléments totalement applicables au monde d’aujourd’hui. Un grand roman de science fiction que tout amateur du genre doit avoir lu !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les Solariens
- Chaos final
- Rêves de fer

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mardi 18 juin 2019

"Godzilla 2 : Roi des monstres" de Michael Dougherty

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L'histoire : L'agence crypto-zoologique Monarch doit faire face à une vague de monstres titanesques, comme Godzilla, Mothra, Rodan et surtout le redoutable roi Ghidorah à trois têtes. Un combat sans précédent entre ces créatures considérées jusque-là comme chimériques menace d'éclater. Alors qu'elles cherchent toutes à dominer la planète, l'avenir même de l'humanité est en jeu...

La critique de Mr K : 4/6. Aaaah les joies du blockbuster ! Quand c’est bien fait, on peut laisser son cerveau au vestiaire et profiter d’un spectacle total. J’avais regretté de ne pas avoir vu certain gros cartons du box office au cinéma ces dernières années, le prix des places étant parfois prohibitif, on se doit de faire des choix et se concentrer sur les sorties qui nous intéressent vraiment. Mais voila, en mars 2019, je me suis porté acquéreur d’une carte d’abonnement qui me permet d’y aller pour moins cher ce qui m’autorise quelques écarts et plaisirs régressifs. Godzilla 2: King of the monsters fait partie de cette catégorie de film complètement cons mais qui font du bien ! Suivez le guide.

L’histoire tient sur un ticket de métro, un méchant pas beau décide de réveiller des titans éparpillés à travers le monde pour détruire l’humanité qui ne mérite que de crever vu la gangrène qu’elle se révèle être pour la planète bleue. L’éco-terrorisme a le vent en poupe en ce moment dans les fictions littéraires et on se prend à rêver que pour une fois le machiavélique de l’histoire (Charles Dance tout de même !) gagne et que notre espèce disparaisse. Mais non, ici pas de danger, Godzilla va venir à la rescousse. S'enchaînent recherches, bastons, focus sur les ersatz d’humains qu’on nous donne à voir puis re-baston et re-recherche. C’est balisé, guidé, pas moyen de se paumer...

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Commençons directement par les éléments qui fâchent : le scénario est indigent et les dialogues dignes parfois d’un enfant de huit ans. Cela donne quelques passages bien ridicules où les adultes ne le sont que d’apparence. D’ailleurs de manière générale, tous les rôles humains sont caricaturaux, mal écrits, incohérents et d’une rare stupidité. Ça pose beaucoup, ça cause peu et finalement on se prend à bien se marrer ce qui est toujours dommage quand on est sensé frissonner face aux destins effroyables qui les attendent. Bon, je vous avouerai qu’on s’en fiche un peu, on sait très bien qu’en allant voir ce film, on va tomber sur du pur entertainment pour gamins (en témoigne la faible moyenne d’âge dans la salle). Aucune surprise donc durant le métrage, pas de révélations fracassantes pour une histoire cousue de fil blanc avec cependant un soupçon de propos écologique misanthrope qui n’est pas pour me déplaire.

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C’est bon la régression ! Déjà, on est aucunement déçu par les bestiaux. Franchement, ils sont de toute beauté et on prend claque sur claque dès qu’ils apparaissent. Les amateurs de monstres cyclopéens seront comblés, et même si certains plans sont perfectibles, franchement c’est de la pure adrénaline en barre. Je me suis surpris à retrouver mon âme d’enfant devant les apparitions, bastons et passages plus calme mettant en scène Godzilla and co. Le pire, c’est que j’ai plus éprouvé d’empathie à leur endroit qu’envers les humains au casting ! On l’aime notre Godzilla même s’il est légèrement radioactif sur les bords et quelques peu pataud parfois ! Et puis, il y a Mothra qui s’avère bien plus expressive que certains acteurs et qui provoque un petit pincement au cœur de l’amoureux de monstres que je suis. Bref, ça envoie du pâté, c’est efficace et niveau SFX on est servi. Du bon plan brut pour les truands !

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Niveau réalisation, on est donc dans du spectaculaire maîtrisé, les acteurs font le minimum sans vraiment briller (même la gamine de Stranger things est plutôt quelconque) reste des monstres digitaux parfois plus justes et plus émouvants. Bon climax général, la musique et le son sont aux petits oignons et clairement on en a pour son argent. Sûr qu’il ne restera pas dans les annales mais niveau plaisir pur, j’y ai trouvé mon compte. À voir au cinéma en tout cas pour ceux qui apprécient le genre et veulent s’en mettre plein la tête (un petit conseil, restez jusqu’à la fin du générique). Les autres pourront passer leur chemin...

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