Cafards at home

mercredi 18 janvier 2017

"Rogue One" de Gareth Edwards

Rogue One affiche

L'histoire : Situé entre les épisodes III et IV de la saga Star Wars, le film nous entraîne aux côtés d’individus ordinaires qui, pour rester fidèles à leurs valeurs, vont tenter l’impossible au péril de leur vie. Ils n’avaient pas prévu de devenir des héros, mais dans une époque de plus en plus sombre, ils vont devoir dérober les plans de l’Étoile de la Mort, l’arme de destruction ultime de l’Empire.

La critique Nelfesque : Depuis sa sortie en salle mi-décembre dernier, tout le monde, ou presque, a vu "Rogue One". Tous les fans de Star Wars en tout cas. De notre côté, on a fait durer le plaisir et on ne l'a vu au cinéma que la semaine passée. Pourquoi cette attente ? Les fêtes de Noël tout d'abord où on a profité plus de la famille que des salles obscures et on procède ainsi en général pour tous les blockbusters qui sortent en fin d'année et que l'on souhaite voir. Ainsi, on n'est pas les uns sur les autres dans la salle, on ne se coltine pas les bouffeurs de pop-corns et on n'a pas besoin de réserver sa place à l'avance (non mais réserver pour voir un film, ça je ne m'y ferai pas !). Oui, je sais, je suis une râleuse !

Ces considérations mises à part, qu'ai-je pensé de "Rogue One" ? Je trouve l'idée de nous faire passer derrière les célèbres lignes qui défilent à chaque début d'épisode de Star Wars très bonne. Pas de petites lignes jaunes cette fois ci donc (et ça fait bizarre (conditionnement quand tu nous tiens)) mais plus de 2 heures d'explications et de mises en situation sur le pourquoi du comment de la saga. A réserver aux fans donc, d'autant plus qu'il y a certains clins d'oeil ou franches références qui ne seront pas accessibles à ceux qui n'ont pas vu les épisodes précédents (ou à suivre... enfin, bref, ceux diffusés avant mais qui sont dans le futur de l'histoire présente (STOOOOOOP !)).

Rogue One 2

Côté spectacle, on y est. Visuellement, c'est chouette. Les bastons sont spectaculaires, les vaisseaux aussi, l'étoile noire n'en parlons pas. Mais ça s'arrête à peu près là en ce qui me concerne. De toute façon, je ne suis pas allée voir "Rogue One" pour autre chose que passer un bon moment et j'en ai eu pour mon compte. Si vous cherchez de la profondeur, vous pouvez repasser, c'est creux. Mais bon, à la vue de la bande annonce, on s'y attendait un peu. Je ne crierai donc pas au scandale ni au génie, je dirai juste que ça fait le job.

Rogue One 7

Parce que si on creuse, et notamment du côté des dialogues et des jeux d'acteurs, on va tomber sur pas mal d'os et niveau psychologie et empathie, "Rogue One" est zéro. Les scènes dramatiques me sont passées au dessus de la tête, les phrases chocs ne donnent pas le frisson et quand certains perso meurent, je suis limite en train de me refaire les ongles... Ou alors je me marre parce que non vraiment côté dialogue c'est nullissime parfois.

Je ne m'étalerai donc pas plus sur le sujet et je vais laisser la place à Mr K. "Rogue One" est pour moi un bon divertissement, un film du dimanche, un film que l'on peut effectivement aller voir avec son paquet de pop-corns (mais c'est le seul hein, on est bien d'accord) et pour passer une soirée entre potes c'est parfait. C'est d'ailleurs ce que l'on a fait et en rentrant, on s'est jeté sur l'épisode IV, parce que rien ne le remplacera jamais ! Allez, que la force soit avec vous !

Rogue One 8

La critique de Mr K : 3,5/6. Belle déception pour ma part, ce premier spin-off étant aussi beau que creux et pour ma part inutile si ce n’est pour remplir le tiroir caisse de Mickey et compagnie. Et pourtant, je m’étais laissé convaincre par la bande annonce qui laissait augurer d’un beau spectacle, des références multiples à la trilogie originelle et notamment l’épisode 4. Je suis fan de l’univers de George Lukas mais sur ce coup là... ça a du mal à passer !

Rogue One 4

La faute tout d’abord à un scénario hyper prévisible et à des personnages caricaturaux jusqu’à la nausée. Je me suis par exemple surpris à esquisser un sourire lors de pseudos scènes dramatiques tellement le pathos était de rigueur : sortez la guimauve et les attitudes de poseurs pour des personnages au final très peu attachants. Ainsi lorsqu’un protagoniste disparaît, aucune émotion ne transparaît vraiment et perso, je me fichais de leur destin. Pour revenir à l’histoire et notamment les dialogues, c’est le minimum syndical écrit par un gamin de douze ans. Très décevant surtout quand on regarde l’épisode 4 juste après et qu’on se rend compte qu’au moins les dialogues étaient plus poussés, les personnages ne se contentant pas de balancer une punchline à deux balles à chaque dialogue.

Rogue One

Ça sent aussi le réchauffé et certains choix esthétiques m’ont laissé pantois et limite en colère tant j’ai trouvé cela épouvantable. Ainsi, ils ont osé faire revenir Peter Cushing sous forme numérique. Dès sa première apparition, le malaise s’installe tant la créature virtuelle ne possède pas 1% du talent de cet incroyable acteur. C’est plat, c’est moche et carrément irrespectueux. Sachez qu’ils font la même chose avec un autre perso clef en toute fin de métrage et vous obtenez des aigreurs d’estomac garanties pour tous les authentiques Fanboys. Sinon, on peut quand même saluer la présence au générique de Mads Mikkelsen, toujours impeccable avec une classe de dingue même s’il cabotine un peu dans ce métrage. Forest Whitaker n’est pas mal non plus. Il relève le niveau tant j’ai trouvé de manière générale les scènes plutôt surjouées.

Rogue One 3

Bon alors ? Pourquoi la moyenne ? Le spectacle tout simplement ! Le film est très beau avec un voyage épatant à travers la galaxie sur un nombre assez conséquent de mondes bien reconstitués et au charme terrible. Inspirés de ce que l’on peut trouver sur Terre avec un mix de fantasmes purement SF, on s’amuse beaucoup entre créatures bizarres, paysages dépaysants et civilisations bien différentes. La claque est magistrale à ce niveau et quand l’action se met en branle, clairement on en a pour son argent. La scène finale est digne des plus belles bastons de la saga et quel plaisir de revoir les X-Wings en action. J’ai toujours rêvé d’en piloter un, c’est comme si c’était fait avec cette bataille spatiale immersive à souhait. Un sacré trip ! Bien que trop courtes, les apparitions de Vador font toujours leur petit effet même si ça pourrait apparaître comme gadget pour les plus extrémistes des contradicteurs.

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Vous l’avez compris, je suis mitigé. Personnellement, je ne crois pas que je reverrai ce film tant il manque cruellement de finesse et surtout de souffle épique. C’est un très bon divertissement mais il ne faut pas en attendre beaucoup plus par rapport aux ressorts dramatiques que l’on a pu voir dans les épisodes de la saga et surtout il manque d’originalité et se contente de suivre le cahier des charges. Inutile de vous dire qu’il perdra tout son intérêt sur petit écran...

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lundi 16 janvier 2017

"Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"

Frankenstein - Benoit BeckerL’histoire : Et si la créature de Frankenstein avait survécu ?
Et si, monstre solitaire toujours en quête d’une compagne à sa mesure, il choisissait de revenir hanter les lieux de sa naissance, semant toujours plus de morts et d’horreur sur son passage ?

La critique de Mr K : Aujourd’hui, lecture sacrilège ! Benoît Becker (aka Jean-Claude Carrière) a écrit dans les années 50, une série d’ouvrages se déroulant après l'incontournable Frankenstein de Mary Shelley, œuvre culte entre toutes. Il n’était bien évidemment pas question pour lui de vouloir "dépasser" l’œuvre originelle mais plutôt de prolonger le plaisir avec un exercice de style décliné en six volumes. Ce premier jet, qui réunit les deux premiers ouvrages en un, sort ce mois de janvier dans la jeune et prometteuse maison d’édition French Pulp à qui l’on doit déjà la ressortie de la superbe saga de La Compagnie des glaces (j’en reparlerai d’ici peu). C’est donc sans complexe et l’envie de lire de bons récits d’angoisse que j’entamai ma lecture. Je n’ai pas été déçu.

Dans les deux récits ici proposés, on retrouve un endroit isolé en proie à la terreur et au doute. Des meurtres abominables sont commis, des gens disparaissent et les soupçons s’orientent vers l’étranger, l’être différent. Au centre de ces histoires, on retrouve aussi une femme au caractère indépendant, plutôt isolée qui va agir comme une catharsis sur la fameuse créature. Car elle existe bien, même si elle n’est pas forcément responsable de toutes les atrocités commises dans le secteur. Derrière les crimes se cachent bien souvent des êtres humains avides de pouvoir et de secrets interdits à la compréhension humaine. Le bal tragique peut alors commencer et peu de personnes seront épargnées...

On sent bien que Benoît Becker a pris un sacré plaisir à reproduire l’ambiance gothique du roman de Shelley et de ses compagnons écrivains de l’époque. C’est avec un plaisir renouvelé que l’on se laisse emporter par l’écriture fluide, précise et évocatrice de l’auteur. L’Irlande du premier récit et l’île écossaise du second n’auront plus de secret pour vous, surtout dans leur pendant sombre et brumeux. L’auteur arrive à poser une ambiance incroyable en quelques pages et la tension inhérente à la nature sauvage qui enveloppe les protagoniste est très bien rendue. Marais insalubres, brumes impénétrables, ruines mystérieuses, village isolé, mer déchaînée, hommes enfermés chez eux dès la nuit tombée, rien ne manque pour distiller l’angoisse et la défiance dans la tête du lecteur. Benoît Becker s’y entend dans le domaine et ne relâche rien jusqu’à la dernière page.

Les récits en eux mêmes sont plutôt classiques, le premier est même assez proche de l’original. Beaucoup de références sont faites à l’écrit de Shelley, mais très vite l’histoire devient autonome et poursuit son petit bonhomme de chemin. Je vous l’accorde la surprise est rarement au RDV mais c’est tout de même avec plaisir que l’on poursuit sa lecture attendant avec impatience la prochaine apparition du monstre, la description de la victime pétrifiée d’horreur face à l’indicible ou encore la réaction des habitants pour régler son compte au coupable. Du classique et encore du classique mais de l’efficace, avec une créature insaisissable et solitaire, un savant fou menant des expérience peu ragoûtantes, des jeunes filles en détresse, des humains dépassés et au final des frissons et de l’aventure.

Du classique et rien que du classique qui font de cette lecture une belle expérience qui a défaut d’être originale s’avère vivante (she’s ALIVE!), prenante et finalement très récréative. Une expérience à tenter si le cœur vous en dit, les amateurs apprécieront grandement.

samedi 14 janvier 2017

"Le Dernier amour du lieutenant Petrescu" de Vladimir Lortchenkov

Le Dernier amour du lieutenant Petrescu - Vladimir LortchenkovL'histoire : Le bruit court qu'Oussama Ben Laden se cache des services secrets américains dans le pays le plus méconnu au monde : la Moldavie ! Tanase, le chef du KGB local, a bien l'intention de mettre la main dessus pour satisfaire ses ambitions. Alors quand le nom d'un certain Petrescu surgit au cours de l'enquête, il met en place la surveillance du seul Petrescu qu'il connaisse : un jeune lieutenant des services secrets.
Ignorant tout des soupçons qui pèsent sur lui, Petrescu fréquente tous les jours un restaurant tenu par des Arabes, dont un des employés se prénomme justement Oussama. Coïncidence étrange ou véritable complot visant à instaurer une république islamiste en Moldavie ? Comble de malheur, Petrescu a pour maîtresse la belle Natalia, dont Tanase est éperdument amoureux... Entre filatures alcoolisées, rapports bidons et assassinats foireux, le pauvre Petrescu se retrouve embarqué dans un inextricable imbroglio dont les services secrets tirent les ficelles, quand ils ne se tirent pas dans les pattes...

La critique Nelfesque : Connaissant déjà Vladimir Lortchenkov et ses précédents romans traduits en français et publiés chez Mirobole, c'est tout naturellement et pleine d'enthousiasme que j'ai entamé ma lecture du "Dernier amour du lieutenant Petrescu" du même auteur, aujourd'hui présent au catalogue d'Agullo. Il faut dire que côté loufoquerie, l'auteur se pose là ! Comment résister à la 4ème de couverture de ce présent roman ?

Une nouvelle fois, Lortchenkov emmène ses lecteurs très loin dans son univers déjanté où la logique et le bon sens n'ont plus aucune place. Les Moldaves, dans ses romans, sont des gens complètement à côté de la plaque qui ont des réactions totalement absurdes et se mettent tout seuls dans des situations abracadabrantesques. Lorsque l'on ouvre un roman de Vladimir Lortchenkov, on passe instantanément dans un monde parallèle. Oubliez tous vos repères, ici encore l'absurde atteint des sommets !

Mais trop de nawak ne finirait-il pas par tuer le nawak ? C'est la question que je me suis posée à plusieurs reprises en lisant ce présent ouvrage. Bien qu'ayant adoré "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" et encore plus "Camp de gitans", j'ai cette fois ci pas mal décroché de ma lecture en cours et parfois sauté quelques lignes, voire quelques paragraphes entiers. Mais pourquoi cette lassitude soudaine ? L'humour est toujours au rendez-vous et les situations sont truculentes mais parfois, c'est une sensation de "trop" qui envahit le lecteur. Là où les personnages étaient en mouvement dans les précédents opus (complètement indépendants de ce dernier), l'histoire ici se concentre dans une même ville, la parano locale tourne vite en rond et les délires moldaves de Lortchenkov prennent de plus en plus de place, jusqu'à atteindre plusieurs pages d'inepties sans queue ni tête. Attention, je ne dis pas que c'est mauvais, Lortchenkov est très doué dans le genre mais l'overdose peut pointer le bout de son nez. Aussi je vous conseille vivement de découvrir ses écrits, parce que vraiment ses romans ne ressemblent à rien d'autres mais si vous décidez de commencer par "Le Dernier amour du lieutenant Petrescu", n'hésitez pas à le lire avec parcimonie pour apprécier vraiment l'ensemble et éviter l'indigestion !

A réserver donc aux adeptes de lectures extrêmes qui souhaitent sortir des sentiers battus et qui n'ont pas peur de faire de nouvelles expériences. Sans conteste, Vladimir Lortchenvok vous emmènera loin... Très loin !

vendredi 13 janvier 2017

"Mort aux grands" & "Guerre aux grands" de Pierre Léauté

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L’histoire : 1919. La Première Guerre mondiale s’achève enfin et la France doit reconnaître sa défaite face à l’Allemagne. Humiliée, ruinée, la population vit désormais sous le joug du grand Kaiser. Des cendres de la défaite va cependant s’élever un homme qui ne se résigne pas : le soldat Augustin Petit !

Lui seul a compris les raisons de la déroute. Lui seul en connaît les responsables. Lui seul a le courage de les désigner : les grands ! Voici poindre la terrible revanche du plus patriote des rase-moquettes. Vive les petits bruns !

La critique de Mr K : En septembre dernier, j’avais drôlement apprécié ma première incursion dans l’univers de Pierre Léauté, auteur d’un premier tome d’une trilogie uchronique mêlant habilement références historiques et roman d’aventure à l’ancienne (n’y voyez rien de péjoratif bien au contraire). Ce que je ne savais pas encore c’est que le monsieur avait déjà à son actif un diptyque du même acabit fort apprécié de certains amis blogueurs. L’occasion se présentant à moi, je me lançai plein d’espoir dans cette nouvelle lecture. Le moins que l’on puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La France a perdu la Première Guerre mondiale et Augustin Petit (qui porte bien son nom) ne l’accepte pas : ni la défaite ni l’horrible diktat du traité de Berlin qui oblige la France à payer des réparations colossales à l’Empire d’Allemagne et laisse sa douce patrie ruinée et affaiblie. Pour lui les coupables sont tout désignés, ce ne sont pas les juifs ni les épiciers mais les grands ! Commence alors pour lui un parcours du combattant qui va le mener de salles de réunion interlopes à l’arrière des cafés aux marches du pouvoir. Car c’est bien connu, en temps de crise, le peuple se cherche des figures de sauveurs et Augustin a bien l’intention d’être l’homme qui redorera le blason de la France et lui permettra de retrouver sa gloire passée.

Rien ne nous est épargné dans la quête du pouvoir de cet individu lambda plutôt déconsidéré dans sa fratrie et qui va se tailler une place à force d’énergie, de réunions et de rencontres clefs. Notre Hitler d’opérette sait s’entourer, croit crânement en sa chance et multiplie les initiatives. Peu à peu ses idées trouvent leur chemin dans les esprits et il ne faut pas longtemps pour que le phénomène prenne de l’ampleur. C’est alors la constitution d’un parti, de milices et les premières campagnes électorales. Au bout, la victoire et un monde qui sera irrémédiablement changé et une autre guerre mondiale qui se profile à l’horizon.

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Mort aux grands et Guerre aux grands sont jubilatoires pour tout amateur d’Histoire contemporaine notamment de la première partie du XXème siècle de la Première Guerre mondiale à la fin de la Seconde en passant par la montée des dictatures dans les années 30. Ça sent bon le programme de 3ème revisité à la mode uchronique, genre que l’auteur affectionne tant. Augustin c’est notre Hitler franchouillard, démagogue et totalement imprégné par ses discours. Derrière la farce et les multiples références à la grande Histoire, on rit jaune. Bien sûr les culottes d’acier (à défaut des Sections d’Assaut), l’idéologie anti-grands, et le chant des poussins (l’hymne du parti) notamment sont totalement délirants et provoquent le sourire mais derrière tout cela se cache une excellente et très structurée dénonciation des mécanisme de l’installation d’une dictature.

Quoi de mieux en effet en temps de crise que de désigner des boucs émissaires, de bafouer des droits pourtant fondamentaux et d’instaurer des lois liberticides ? Les gens n’y verront que du feu tant les autorités prendront soin de les endormir et de les rassurer en leur expliquant que ces maux sont nécessaires et surtout régleront tous leurs problèmes. Ces romans fait douloureusement écho à notre pays aujourd’hui et cette farce cruelle explique bien mieux les choses que nombre de discours de politiciens qui ont pour beaucoup perdu toute crédibilité.

Certes, il faut souvent avoir les références nécessaires pour capter toutes les nuances de ce diptyque mais honnêtement quel pied de voir mêler des extraits de vie du Führer avec des passages dignes des aventures rocambolesques de notre Président quand il va rencontrer sa maîtresse en scooter ou encore des crochets par les SMS médiatisés d’un certain Tsar Cosy (c’est qui celui-là déjà ?!). L’ensemble est rafraîchissant, très souvent drôle mais néanmoins sérieux dans la démarche et forge, l’esprit critique et provoque la réflexion (Dieu sait que le pays en a besoin ces temps-ci).

L’accroche est immédiate grâce à un style plein de verve, des chapitres courts et un rythme soutenu. Impossible de lâcher prise, Pierre Léauté sachant parfaitement captiver son lecteur avec cette uchronie saisissante de documentation et de réalisme. On passe un excellent moment partagé entre le plaisir de suivre une caricature de tous les maux de l’humanité et les douloureux flash nous rappelant notre triste époque. Un diptyque à lire, déguster et méditer.

mercredi 11 janvier 2017

"Chance" de Kem Nunn

Chance - Kem NunnL’histoire : A San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien insupportable. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé...

La critique de Mr K : Lecture d’un Sonatine de plus à mon actif aujourd’hui avec ce thriller psychologique qui sortira en librairie dès demain. Au programme : neuropsychiatrie, vie en pleine décomposition, désir et jalousie, revanche... Un bien beau programme en perspective qui m’a pour ma part quand même laissé sur ma faim...

Chance narre l’histoire plutôt classique d’un homme qui tombe sous la coupe d’une femme diablement séduisante. Lui est neuropsychiatre, spécialisé dans l’évaluation de témoins et de protagonistes de procès à venir. Divorcé depuis peu (sa femme l’a quitté pour son jeune coach sportif), il ne voit qu’épisodiquement sa fille qui rentre dans l’adolescence et entame ses premières bêtises. Eldon Chance accumule les dossiers qu’il nous égraine au fil des pages du roman. Il côtoie de sacrés cas entre le fou furieux meurtrier, les enfants rapaces qui attendent que leur père meurt, les enfants battus qui se transforment à leur tour en tortionnaires... Rien de bien très réjouissant donc, jusqu’au jour où il rencontre Jaclyn, une jeune femme professeur de mathématiques qui a développé une double personnalité et est confrontée à un mari tyrannique et violent. Charmé par sa beauté et touché par la mélancolie qui l'habite, il se met en tête de la sauver... Parfois, il faut savoir réfléchir avant d’agir !

Le principal défaut du roman se tient dans son personnage principal que j’ai trouvé irritant à souhait. Au départ, on est touché par cet homme déstabilisé par une vie qui semble lui échapper. Le narrateur nous raconte par le menu et avec moult détails la déchéance du personnage, ses interrogations et son quotidien devenu banal et sans intérêt. Malheureusement très vite, il semble se complaire dans sa douleur et faire quasiment systématiquement les mauvais choix. En temps que lecteur, mon empathie est assez étendue mais là au bout d’un moment, ça devenait trop pour moi. Les obstacles sont gros et pourtant Eldon y va franco comme aimanté par sa bêtise, ne pensant plus que par pulsions et réactions alors qu’il est sensé être un neuropsychiatre plutôt reconnu. Certains vous diront que c’est la preuve que tout à chacun peut sombrer au cours de sa vie... Certes mais pour ma part, il pouvait lui arriver n’importe quoi, rien ne m’aurait vraiment touché. C’est ballot pour un héros de roman !

C’est d’autant plus dommage qu’on croise autour de cet être déchiré des personnages vraiment bien ciselés et attachants. Il y a sa fille adolescente, bien que seulement entr'aperçue, qui se révèle touchante au possible, partagée entre ses aspirations à plus de liberté (et les conneries de son âge qui vont avec) et son amour pour ses parents désormais séparés. Jaclyn est pas mal non plus dans son genre : bipolaire oscillant entre la femme fatale à laquelle on ne peut résister et celle dominée par un mari policier d’une rare perversité. Cette figure tragique est bluffante et l’on s’attend à tout venant de sa part. Peu à peu la lumière est faite sur ce personnage complexe et très intéressant. La palme revient tout de même à D, mystérieux homme à tout faire d’un brocanteur qui va plus d’une fois sauver la mise à Eldon qui se fait là un ami remarquable. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus sinon que sous cette masse imposante se cache un passé trouble triste à pleurer, qui donne un relief incroyable à un personnage pourtant secondaire mais qui dépasse en intérêt tous les autres.

Le récit en lui-même est relativement sans surprise et calqué sur certains récit des années 50 / 60 que j’ai pu lire dans le passé. Le chemin est tout tracé et le lecteur expérimenté se retrouvera dans un univers et des mécanismes narratifs éprouvés et plutôt réussis bien qu’attendus. Finalement, Kem Nunn passe davantage de temps à décrire les états d’âme et atermoiements de ses personnages, ce qui ralentit pas mal l’action mais contribue à peaufiner les psychologies de chacun. C’est un parti pris qui peut payer mais qui ici fonctionne à moitié à cause notamment du personnage principal (comme évoqué plus haut). En revanche, l’écriture sert remarquablement les caractérisations. Loin d‘être la plus accessible car parfois érudite voir lyrique, nous n’avons pas affaire ici à un écrivain quelconque mais bel et bien à un esthète de la langue. Le travail de traduction a dû être un sacré boulot !

Au final, la lecture s’est révélée globalement plaisante quoique irritante par moment. Bilan mitigé pour un auteur qui a tout de même un sacré talent d’écriture et qui sait proposer des personnages fouillés et parfois vraiment intéressant (Votez D en 2017 !). Je ne vous aiderai pas vraiment avec cette chronique, à chacun de tenter l’expérience ou non...


lundi 9 janvier 2017

"Sacrés américains !" de Ted Stanger

Sacrés américains - Ted StangerL’histoire : Après Sacrés Français !, son impertinent best-seller, Ted Stanger récidive. À l'issue de dix années passées en France, notre Yankee parisien est retourné chez lui, dans l'Ohio, et nous livre ses impressions sur une Amérique qu'il ne reconnaît plus. Abordant des thèmes graves ou légers illustrés par de nombreuses anecdotes, il brosse, sur le ton ironique et distancié qui le caractérise, le portrait de l'Amérique profonde. Ted Stanger décrypte avec humour le système électoral diaboliquement complexe de ce pays où les lois changent d'un État à l'autre. Il raconte la patrie du dieu dollar et des fous de Dieu ; le sexe à l'américaine où puritanisme et sexualité débridée se côtoient allègrement ; l'apocalypse gastronomique qui sévit au pays du fast-food et nous menace déjà...

La critique de Mr K : Retour à Ted Stanger avec cet ouvrage qui fait écho à celui que j’avais lu sur les Français vus à travers les yeux d’un francophile américain. Écrit en 2004 en plein guerre en Irak, il date donc un peu mais fait office de piqûre de rappel à l’aube de la présidence Trump qui va sans doute changer la face du monde et notamment nos rapports avec la première puissance mondiale. Certains éléments sont à recontextualiser mais dans les grandes lignes, le portrait des américains ici fourni est drolatique à souhait, parfois dérangeant (les différences culturelles sont énormes entre nos deux pays) et toujours éclairant.

Rappelons tout d’abord que Ted Stanger est un journaliste et un polémiste américain qui a séjourné en France durant 10 ans et qui est tombé amoureux de notre pays malgré ses doutes sur notre système d’État Providence et certaines caractéristiques socio-culturelles de la population (voir ma chronique de Sacrés français !). N’étant ni sociologue, ni ethnologue mais simplement un journaliste américain curieux, l’ouvrage n’est donc qu’un ensemble de ressentis personnels et de faits / données livrés au lecteur qui fera par lui-même son chemin. Le principe est sympathique et l’écriture bien déjantée de l’auteur fait passer un très agréable moment.

Comme dans son précédent opus sur la France, c’est par des thématiques très précises et traitées de manière rapide que Ted Stanger nous invite à découvrir les USA. Tous les aspects de la sociétés sont ainsi passés en revue des conceptions de l’État en vogue en Amérique (le capitalisme-libéral, l’organisation des élections et du pouvoir, la décentralisation à l’américaine), en passant par les images d’Epinal à casser (les GI, l’efficacité US...), le mode de vie (la mal-bouffe, la séduction et le sexe aux USA) mais aussi les rapports tendus qui pouvaient exister lors de la sortie du livre en 2004. On découvre nombre de choses avec cette lecture et on en redécouvre aussi. J’ai constamment navigué entre stupeur et rigolade, l’auteur se plaisant à souffler le chaud et le froid, révélant un pays à la fois très attirant par les rêves qu’il peut susciter (les grands espoirs, la notion de liberté d’entreprendre et la réussite possible pour tous) mais aussi un pays où les laissés pour compte sont nombreux au nom de la sacro-sainte répulsion des américains envers l’État Providence (santé et école à la carte, discrimination sociale et raciale, ghettoïsation).

Heureusement pour faire passer la pilule, Ted Stanger n’a pas son pareil pour manier l’humour et l’ironie. Il souligne à merveille grâce à ce don de la dérision un beau portrait de l’Amérique mais aussi les défauts de ses compatriotes avec une bonne dose de mauvaise foi à l’occasion, de caricature (plus c’est gros plus c’est drôle) et toujours un sens de l’humain malgré parfois des sujets plus graves. On passe donc un très bon moment grâce aussi à une écriture journalistique mais séduisante par sa simplicité, sa vigueur et son ton léger qui n’oblitère pas le sérieux des propos. Le livre se lit à une vitesse record avec un plaisir durable même si parfois, j’ai trouvé les propos en inadéquation avec ce que je pense (notamment sur le rôle que doit jouer le rôle de l’État dans la vie des gens).

L’Histoire fait que nous sommes alliés depuis les origines des USA (rappelez-vous La Fayette !) mais les influences culturelles divergentes, la colonisation des grands espaces et les origines diverses des américains en ont fait la société que nous connaissons aujourd’hui. Les divergences sont donc grandes mais il me semble important de bien les appréhender pour mieux nous comprendre. Sacrés américains ! y contribue à sa manière et apportera à celui qui le lira un bonheur immédiat de lecture et beaucoup d’éléments de réflexion.

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samedi 7 janvier 2017

"Drone land" de Tom Hillenbrand

Drone-landL’histoire : Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.

La critique de Mr K : Très belle lecture pour débuter 2017 que ce Drone land de Tom Hillenbrand tout juste sorti chez la très bonne maison d’édition Piranha qui nous régale à chaque lecture. Cet ouvrage (best-seller en Allemagne lors de sa sortie outre-Rhin) est un croisement très réussi entre roman policier à l’ancienne et dystopie cauchemardesque dans un futur probable. L’ensemble est saisissant et procure un plaisir de lecture hors norme. Suivez le guide !

Dans un futur aseptisé et ultra-surveillé survient l’impensable : la mort d’un élu du parlement européen ! Malgré la fin du droit à l’intimité au nom de la sacro-sainte Sécurité et une technologie poussée à l’extrême, la violence et le crime existent toujours et l’enquêteur Aart Westerhuizen va devoir enquêter sur une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. Au fil de ses découvertes, il va lever le voile sur des vérités dangereuses et mettre à mal ses certitudes. Constamment sur le fil du rasoir, il va devoir être malin et surtout discret pour mener à bien ses investigations sans éveiller les soupçons des autorités qui surveillent H24 l’ensemble de la société.

Dans son déroulé, on retrouve tous les éléments classiques d’un bon roman policier à l’ancienne. Ainsi, le héros est un super flic au passé douloureux. Il a perdu sa femme, vit reclus dans un minuscule appartement et se refuse à refaire sa vie. Il boit plus que de raison ce qui n’entame en rien son esprit d’analyse et sa vocation de membre des forces de l’ordre. Nostalgique de l’ancienne époque, celle d’avant le tout technologique, ce n’est pas un hasard si le héros a pour modèle Humphrey Bogart. Il est aidé par son analyste attitrée, Ava. Ces deux là sont faits pour s’entendre et vont pénétrer très loin dans les arcanes du pouvoir et mettre à jour des luttes d’influences qui les dépassent totalement. On retrouve aussi la figure du mystérieux indic' que les sociétés tentent à tout prix de bâillonner, les puissants entrepreneurs cul et chemise avec le pouvoir politique et la lente descente aux enfers pour des héros victimes de leur idéalisme qui ne colle pas avec le monde corrompu dans lequel ils vivent.

Peu à peu donc, ce meurtre en cache d’autres plus anciens et difficile de faire le lien tant les pistes sont brouillées par de mystérieuses forces en action dans l’ombre. La paranoïa guette dans ce cas là surtout quand la technologie en place semble ne plus être totalement neutre. Ainsi, les enquêteurs travaillent essentiellement avec des données recueillies par les innombrables drones qui circulent partout, surveillant et enregistrant toutes les interactions possibles entre les humains. C’est directement avec un réseau informatif très puissant (nommé Terry dans l'Europe futuriste décrite ici) que les policiers sont en lien et travaillent en analysant les données, recoupant les habitudes de chacun et déduisant des éléments clefs de l’enquête. Cette dernière avance donc bien jusqu’au moment où l’on sent qu’ils ont touché juste et que cela dérange en haut lieu. Commence alors une véritable course contre la montre, haletante à souhait et bien stressante pour le lecteur qui se demande bien comment tout cela va se terminer.

C’est assez désarçonnant de voir que finalement, les hommes sont devenus totalement dépendants de la technologie dans le futur envisagé dans ce livre. Voitures automatiques, lunettes connectées pour tout le monde, drones et insectes artificiels espions mais aussi drones livreurs, drones tueurs, voitures automatisées, reconnaissances rétiniennes à tous les étages... L’auteur nous immerge dans un monde profondément déshumanisé, livré à un individualisme forcené. Pas d’effet de style en surenchérissant sur les progrès de la science pour autant, simplement la création d’un background totalement bluffant et surtout crédible. C’est peut-être cela le pire... On se dit qu’à l’allure où va le monde, on pourrait très bien se retrouver dans cette Europe liberticide, libérale et aseptisée au point de bafouer les libertés fondamentales. Très très inquiétant mais assez libérateur dans le genre car on lit plus qu’un simple divertissement, on s’offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte.

De surcroît, Drone land se dévore littéralement tant l’écriture se révèle un bonheur d’accessibilité et de simplicité. Le rythme fluide contribue beaucoup à la plongée enivrante du lecteur dans un univers à la fois fascinant et foisonnant. Il est donc très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions, l’addiction naissant immédiatement et c’est ravi que l’on achève cette lecture qui démarre plus que très bien l’année. À lire !

jeudi 5 janvier 2017

"Premier contact" de Denis Villeneuve

premier contactL'histoire : Lorsque de mystérieux vaisseaux venus du fond de l’espace surgissent un peu partout sur Terre, une équipe d’experts est rassemblée sous la direction de la linguiste Louise Banks afin de tenter de comprendre leurs intentions.
Face à l’énigme que constituent leur présence et leurs messages mystérieux, les réactions dans le monde sont extrêmes et l’humanité se retrouve bientôt au bord d’une guerre absolue. Louise Banks et son équipe n’ont que très peu de temps pour trouver des réponses. Pour les obtenir, la jeune femme va prendre un risque qui pourrait non seulement lui coûter la vie, mais détruire le genre humain...

La critique Nelfesque : "Premier contact" est le dernier film que nous sommes allés voir au cinéma en 2016 et je ne sais pas si c'est mon coup de coeur de l'année (je n'ai pas regardé ça de plus près) mais une chose est sûre c'est que ce film m'a énormément marquée. Histoire, ambiance, réalisation, bande son, rythme, jeux d'acteurs... Tout est là, tout est cohérent.

Et ce sentiment d'être devant un film qui compte, qui ne ressemble à rien de ce que l'on peut voir actuellement sur nos écrans et qui va me taper en plein coeur, je l'ai ressenti dès les premières minutes. On découvre Louise, dans des moments de sa vie passés en accéléré, des moments forts et durs où elle va apprendre la maladie de sa fille et la perdre. C'est très court, c'est silencieux et pour autant c'est d'une efficacité terrible sans s'encombrer de pathos. Je me suis dis à ce moment précis que j'étais au bon endroit et que j'allai prendre une sérieuse claque. Avoir la larme à l'oeil en moins de 2 minutes, parce que viscéralement une oeuvre vous parle par son esthétique, son approche et les sentiments qu'elle véhicule, c'est une expérience très forte.

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"Premier contact" est l'histoire d'étranges objets / vaisseaux arrivés en même temps à différents endroits de la planète. Ils sont "posés" là, en lévitation à quelques mètres du sol, ne bougent pas, n'émettent aucun son. Sont-il habités ? Pourquoi sont-ils là ? Que va-t-il se passer ? La parano envahit le monde, les populations se fractionnent, les états doivent réagir vite. Dit comme ça, c'est un banal film de SF. Détrompez-vous, "Premier contact" est beaucoup plus que cela.

Finalement, nous ne voyons que très peu cet aspect extérieur et le film est focalisé sur l'étude d'un de ces objets aux Etats-Unis. Avec un parti pris très intimiste, le réalisateur Denis Villeneuve, qui m'avait déjà scotchée avec "Prisoners", fait un focus sur l'équipe de recherche dont Louise, linguiste, fait partie. Le premier contact entre cette linguiste et ce physicien, nouvellement arrivés sur place, et le vaisseau est magistral ! Le spectateur ressent l'appréhension, la fascination, la curiosité, l'angoisse des protagonistes dans une scène à la réalisation parfaite autant par les choix de cadres que par la quasi absence de son. Superbe !

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Et tout le reste du film est à l'avenant. De mon point de vue, il n'y a rien à jeter ici, rien qui fait tiquer la spectatrice que je suis. On suit le travail linguistique et le dialogue qui est entrain de s'instaurer entre Louise et les créatures (superbes créatures et superbe façon de communiquer (promis j'arrête les superbes !)) avec passion. Pendant ce temps là, les autres pays réagissent d'une autre façon et l'urgence est palpable...

Pour autant, l'ensemble de ce long métrage n'est pas abscons, incompréhensible, froid et désincarné. Bien au contraire ! Plusieurs thèmes sont ici abordés tels que l'inconnu, le langage, le féminisme, le deuil... Tout un panel de sujets s'imbrique judicieusement et le personnage de Louise, jouée par Amy Adams, est savoureux. Un vrai rôle de femme dans un film de SF, à l'égal de l'homme et non pour le mettre en valeur. Une femme qui a un cerveau, qui s'en sert et qui ne se contente pas de courir avec des talons aiguilles. Ça fait du bien ! Merci Denis Villeneuve ! Un scénario original aussi bien foutu ça fait plus que plaisir, c'est indispensable au Cinéma !

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La critique de Mr K : 6/6. Quelle claque! Typiquement le genre de film qui marque durablement l’esprit et le cœur. On rentre ici dans ce que je préfère en film de SF : intimisme et universalisme se mêlent pour proposer un film hors norme, redoutablement scénarisé, d’une beauté à couper le souffle, l’ensemble laissant le spectateur complètement tremblant dans son siège, conscient d’avoir vu une œuvre à part qui rentre immédiatement dans le cercle fermé des films cultes de science-fiction.

Premier contact se déroule essentiellement via le point de vue du personnage de Louise, une linguiste surdouée qui est appelée par les autorités américaines pour tenter de communiquer avec des extra-terrestres qui viennent tout juste d’atterrir dans d’étranges vaisseaux dans 12 endroits bien distincts sur Terre. On ne voit pas l’arrivée des aliens à proprement parlé, le réalisateur préférant s’attarder sur les réactions des gens et surtout celle incrédule de Louise, une femme que la vie semble ne pas avoir épargnée. C’est lorsqu’elle se rend pour la première fois sur un des sites qu’on voit clairement à quoi a affaire l’humanité.

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En cela, ce film détone par rapport aux grosses productions en vogue du type Star Wars où l’action est au cœur de la SF et souvent au détriment de la profondeur du propos. Ici, malgré la gravité des faits entre présence alien imposante et réactions en chaîne dans le reste du monde (vues par des écrans que peut consulter l’héroïne à l’occasion), on se retrouve dans la bulle intimiste de la jeune femme entre éléments traumatiques personnels, prises de conscience et poursuite de ses recherches malgré une pression de plus en plus forte. Amy Adams explose l’écran par sa présence, son jeu d’actrice fin et son incarnation totale d’un personnage si fragile et si solide à la fois. Les autres acteurs ne sont pas en reste et crédibilisent Louise et le background installé avec finesse et rapidité par un réalisateur surdoué.

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Car ce film se veut réaliste par la façon de représenter la gestion de cette "crise". On imagine très bien que si demain le même postulat se présentait à la Terre, nous réagirions de la même manière entre puissances curieuses et avides de connaissances, celles qui ne réagiraient pas ou encore celles qui tenteraient d’éliminer cette présence malgré sa passivité. Tout est donc très bien rendu ici depuis la fac désertée par des étudiants fascinés par le phénomène à l’arrivée de Louise sur la base où elle va travailler et où toutes les mesures de sécurité sont respectées à la lettre et donnent à voir un protocole de mission tel qu’il pourrait être mis en place. Ce pendant pragmatique renforce lui aussi le personnage principal habité par sa foi absolue en la matière et la primauté du langage sur tout le reste.

Nous avions aimé Prisoners, j’ai personnellement adoré Enemy (Nelfe un peu moins), avec ce film  Denis Villeneuve nous a littéralement conquis et emporté loin. Pas de doute, ce réalisateur est un des plus doués de sa génération. Il est peut-être moins connu que d’autres comme Christopher Nolan par exemple mais ce film est une véritable prouesse scénaristique (à part un ultime retour de situation un peu short à mes yeux) et d’une beauté / inventivité de quasiment tous les instants. On ne compte plus les plans improbables et originaux qu’il donne à voir, l’alternance de pression et de relâche de la tension, ces longs silences qui saisissent le spectateur et lui donnent à penser, à réfléchir sur nombre de choses comme sa propre vie, le but d’une existence humaine et sur l’humanité en elle-même. Le véritable but des extra-terrestre une fois révélé apporte un début de solution ou du moins des pistes à suivre.

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On passe donc un excellent moment avec un réalisateur qui aime balader son public, lui propose un film magnifique en terme formel et l’incite à réfléchir, le tout sans jamais sacrifier au plaisir simple du cinéma : c’est à dire divertir et faire rêver. Un grand et beau moment à voir absolument au cinéma.

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mercredi 4 janvier 2017

"Les Animaux" de Christian Kiefer

LesAnimauxKieferL’histoire : Niché au fin fond de l’Idaho, au cœur d’une nature sauvage, le refuge de Bill Reed recueille les animaux blessés. Ce dernier y vit parmi les rapaces, les loups, les pumas et même un ours. Connu en ville comme le "sauveur" des bêtes, Bill est un homme à l’existence paisible, qui va bientôt épouser une vétérinaire de la région.

Mais le retour inattendu d’un ami d’enfance fraîchement sorti de prison pourrait bien ternir sa réputation. Rick est en effet le seul à connaître le passé de Bill, dont il a partagé la jeunesse violente et délinquante.

Pour préserver sa vie, bâtie sur un mensonge, Bill est prêt à tout. Au fur et à mesure que la confrontation entre les deux hommes approche, inéluctable, l’épaisse forêt qui entoure le refuge, jadis rassurante, se fait de plus en plus menaçante...

La critique de Mr K : Quelle claque magistrale pour ce roman tout juste sorti en ce début d’année ! 2017 commence sous les meilleurs auspices avec Les Animaux de Christian Kiefer, un tout jeune auteur américain qui propose avec ce roman noir se déroulant dans les grands espaces sauvages de l’Idaho un style éblouissant et propose une expérience de lecture hors norme. Je ne m’en suis toujours pas remis !

Bill Reed s’occupe d’un refuge pour bêtes sauvages perdu dans les bois dont il a hérité de son oncle. Ayant connu une adolescence difficile, il avait décidé de changer de vie et s’est rebâti auprès de cet homme amoureux de la nature. Depuis, il est devenu un homme responsable, apprécié de tous, participant à la vie collective de la commune et s’apprête à demander en mariage Grâce, la charmante vétérinaire du secteur. Mais c’est souvent quand la vie semble vous avoir totalement souri qu’un passé enterré refait surface. Rick, un ancien compagnon de virée réapparaît et semble avoir beaucoup de choses à lui reprocher. Petit à petit la tension monte entre flashback sur un passé révolu et une tempête de neige qui approche, durant laquelle d’anciens comptes devront être rendus et des amitiés seront éprouvées à la lumière de vérités pas forcément bonnes à entendre.

Le procédé de narration bien que classique est intéressant. L’auteur change d’époque entre chaque chapitre. Ainsi nous suivons Bill en 1996, temps principal de l’action pendant qu’il s’occupe de ses animaux et compte fleurette à Grâce. Proche de la nature, solide dans sa tête, altruiste (il a embauché deux jeunes pour s’occuper des enclos sans qu’ils aient la moindre qualification), on accroche direct avec cet homme proche de la nature qui semble bien sous tout rapport. En parallèle, on suit dans les flashback insérés ses rapports avec son grand frère trop vite disparu, sa rencontre avec Rick et les premières conneries qu’ils commettent ensemble. Peu à peu, se forme dans la tête du lecteur un Bill beaucoup plus trouble, au passé inavoué et une relation particulière se dessine avec ce fameux Rick. A sa manière, ce dernier remplace le grand frère disparu et leur amitié ne semble pas connaître de limites. C’est sans compter l’évolution de chacun et les aléas du destin qui vont jouer aux quilles avec ces deux existences menant Rick en prison et Bill à se créer une nouvelle vie.

Très très vite la tension est palpable. Elle fait écho à la nature sauvage magnifiée par l’écriture de Christian Kiefer. Les descriptions sont à couper le souffle et donnent à voir une autre Amérique, moins médiatique et plus intimiste. Une Amérique du self made man, ou chacun peut espérer repartir de zéro et où la vie de pionnier existe encore (Bill et son refuge m’ont un peu fait cet effet là). Les passages avec les fameux animaux sont touchants au possible avec notamment l’évocation de ce grizzli aveugle de plus de 35 ans, ce loup à trois pattes ou encore ce puma borgne. Derrière ces histoires variées et le rapport très spécial que Bill a créé avec chacun d’entre eux, c’est une grande ode aux éclopés de la vie à laquelle nous sommes conviés. Car l’humain est au centre de ce récit avec toutes ses contradictions, ses espoirs et ses déceptions. C’est poignant et terrifiant à la fois, la fin vient nous cueillir littéralement dans une scène finale impressionnante à souhait et grandiose dans les sous-entendus qu’elle impose à l’esprit.

Les Animaux est donc un bonheur de tous les instants où la maestria langagière déployée (écriture simple et universelle à l’américaine) se conjugue avec une finesse des descriptions incroyable tant au niveau de la psychologie des personnages (et ceci pour tous les protagonistes que l’on croise) que du background. Impossible de relâcher cet ouvrage dans ces conditions, emportés que nous sommes par un souffle novateur et qui prend littéralement aux tripes. Une sacrée expérience qu’il vous faut à votre tour tenter, ce livre est une vraie petite bombe. Un des meilleurs que j’ai pu lire en tout cas dans la collection "Terres d’Amérique" de chez Albin Michel. Courrez-y !

mardi 3 janvier 2017

"Les Fleurs ne saignent pas" d'Alexis Ravelo

lesfleursnesaignentpasL'histoire : Dans la liste des crimes les plus idiots au monde, le kidnapping contre rançon de la fille d’un parrain de la mafia figurerait en deuxième ligne, juste après le cambriolage d’un commissariat de police. C’est pourtant le gros coup absurde qu’ont décidé de monter Lola, le Marquis, le Sauvage et le Ouf, une bande de petits escrocs.
Bienvenue aux Grandes Canaries, une île paradisiaque où, derrière les plages magnifiques, se livre un duel inégal entre deux mondes : les apprentis-bandits vivant de larcins contre les barons en col blanc baignant dans la corruption et la politique.

La critique Nelfesque : Une de mes dernières lectures de 2016 fut "Les Fleurs ne saignent pas" d'Alexis Ravelo, sorti en librairie fin octobre, et autant d'habitude j'aime beaucoup ce que fait Mirobole Editions, autant là j'ai compté les pages et ça me chagrine un peu...

Pourtant sur le papier, tout était là (ou presque) pour me séduire : une contrée inconnue, le milieu mafieux, des petites frappes et un polar sur fond de misère sociale. Parfois les montres ne sont pas bien synchronisées entre un auteur et un lecteur, parfois ce n'est pas le bon moment pour une lecture ou parfois le lecteur est déçu de ne pas trouver ce qu'il attendait dans un roman. C'est un peu tout cela qui s'est passé et le rendez-vous a failli être manqué.

Après la lecture de la quatrième de couverture, je m'attendais à un roman décalé basant son potentiel sur ses personnages. Avec des noms tels que le Ouf, Paco le Sauvage, Felo le Foncedé... on s'imagine déjà une belle bande de bras cassés qui veulent jouer les cramés de la tête et s'inventent des pseudo bad guys pour s'impressionner. Il y a de cela. Le lecteur fait petit à petit connaissance de tous ses membres à travers une succession de petites escroqueries bien huilées et qui permettent à chacun de survivre, de payer ses dettes ou de se la couler douce pendant quelques mois jusqu'au prochain larcin.

Mais un jour, on leur fait une proposition juteuse : kidnapper la fille du parrain de la mafia local et négocier une belle rançon. De quoi mettre tout le monde à l'abri du besoin pendant quelques temps. Oui mais voilà, là on ne joue pas dans la même cours. Lola et sa bande doivent s'attendre à du sang et des larmes, des flingues et de la violence. Le kidnapping n'intervient qu'à la moitié du roman et Alexis Ravelo m'avait déjà perdu en route... Parce que j'attendais la confrontation avec les gros bonnets du milieu, parce que je ne m'attachais pas aux personnages et parce que j'avais plus l'impression de lire un manuel du parfait roublard qu'un polar qui tache (et vous savez à quel point j'aime les polars qui tachent !). En toute honnêteté, j'ai pensé abandonner ma lecture mais à mi parcours j'ai senti que le rythme commençait à s'accélérer et à être plus en accord avec le résumé du bouquin. L'enlèvement a enfin lieu et les choses sérieuses peuvent commencer.

Et puis tout part en live, les plans sont ajustés à la dernière minute, rien ne se passe comme prévu, certaines personnalités se révèlent, la guerre des nerfs commence et les balles fusent. Enfin, le roman prend la tournure noire, poisseuse et viscérale que je souhaitais depuis le début ! S'en suivent de bonnes pages de tensions et un final assez jouissif mais dieu que le chemin fut long et laborieux pour en arriver là ! Quel dommage !

"Les Fleurs ne saignent pas" n'est pas à mon sens la meilleure publication dans le catalogue de Mirobole, pour autant il n'est pas complètement à jeter et si les longueurs ne vous font pas peur, ça vaut le coup de s'accrocher pour toute la seconde partie du roman. Peut-être ne sentirez-vous pas poindre la même lassitude que celle qui fut la mienne pendant les 200 premières pages...

Posté par Nelfe à 18:42 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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