Cafards at home

dimanche 27 juillet 2014

"Coraline" de Neil Gaiman

coralineL'histoire: Coraline vient de déménager dans une étrange maison et, comme ses parents n'ont pas le temps de s'occuper d'elle, elle décide de jouer les exploratrices. Ouvrant une porte condamnée, elle pénètre dans un appartement identique au sien. Identique, et pourtant...

La critique Nelfesque: J'ai découvert "Coraline" il y a 5 ans au cinéma et j'avais adoré ce film d'animation plein de mystère et superbement réalisé. L'occasion s'est présentée de lire le roman de Neil Gaiman dont a été tiré celui ci et j'ai sauté dessus.

J'avais déjà lu du Gaiman par le passé et je n'avais pas vraiment été convaincu. Peut être le mauvais roman, peut être le mauvais moment pour découvrir cet auteur que beaucoup encensent. Avec "Coraline", j'ai aimé Gaiman sans pouvoir m'enlever de la tête les images du film de Henry Selick (qui a également à son actif "L'Etrange Noël de M. Jack" (rien que ça!)). Une adaptation très fidèle à ce roman qui a su mettre les bonnes illustrations sur les mots de son auteur.

Coraline est une petite fille curieuse de tout. Avec son âme d'aventurière, elle ne tient pas en place et lors de son emménagement dans une nouvelle maison, la tentation est trop grande d'en explorer le moindre recoin. Elle va alors découvrir un monde fantastique où tous ses désirs sont exhaussés, où ses parents ont du temps pour elle, où les chats parlent et les souris montent des spectacles de cirque. Mais les apparences sont trompeuses et Coraline va vite découvrir les limites du paraître.

"Coraline" se dévore. Relativement court (153 pages), le lecteur adulte enchaine les pages et les enfants seront, je n'en doute pas passionnés par les découvertes de son héroïne. Du haut de mes 32 ans, je ne saurai jamais les sensations de lecture que procurent ce roman sur les jeunes enfants mais m'est avis qu'il laisse des traces dans leurs jeunes vies de lecteurs.

Merveilleux, addictif mais aussi angoissant et effrayant, de nombreux qualificatifs seraient justes pour parler de "Coraline". On s'attache très rapidement à cette jeune fille, on souffre comme elle de l'indifférence de ses parents tout en l'expliquant avec nos yeux d'adultes. Qui n'a jamais ressenti ce sentiment de délaissement quand les parents ont trop de travail ou des préoccupations qui nous dépassent quand, du haut de nos 10 ans, on a envie de passer nos journées à jouer et où être fille unique n'est pas toujours évident? Avec une imagination débordante, Coraline parcourt les pièces de son nouvel appartement, explore le jardin en s'inventant des histoires. Mais un jour la réalité dépasse la fiction et une porte mystérieuse s'ouvre dans son salon. Commence alors une épopée à la hauteur de ses attentes d'où il sera difficile de revenir à la réalité.

La plume de Gaiman est simple et efficace. L'auteur sait toucher là où ça fait mal en enveloppant le tout d'un voile merveilleux et fait passer son lecteur par tous les états. Cela reste un roman jeunesse et on s'imagine bien que tout sera bien qui finira bien mais l'angoisse pointe très souvent le bout de son nez au fil des pages et la morale de l'histoire est intéressante dans un monde actuel où les paillettes et la facilité intéressent plus nos jeunes que le quotidien et les distractions durement gagnées. Je conserverai précieusement cet ouvrage pour un futur bambin en âge de le lire, pour qu'il découvre avec ses mots à lui et une histoire passionnante que tout ce qui brille n'est pas d'or et qu'il faut se méfier des apparences. Même en tant qu'adulte, il est bon de se voir rappeler parfois que l'amour de ses proches est un bien précieux.

Vous l'aurez compris, je vous conseille ce roman. Que vous ayez 7 ou 77 ans, vous retrouverez dans "Coraline" des fondamentaux essentiels à la construction de tout être humain. La vie n'est pas faite que de bonheur et d'amusement et il faut parfois passer par des chemins tortueux pour en découvrir toute sa valeur.

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vendredi 25 juillet 2014

"Légende et réalité de Casque d'or" d'Annie Goetzinger

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L'histoire: Biopic littéraire et dessiné autour de la figure populaire d'Amélie Élie.

La critique de Mr K: Ceux qui suivent régulièrement notre blog savent que je voue une admiration sans borne à Annie Goetzinger qui aborde avec talent et finesse chaque sujet qu'elle touche. Elle n'a pas son pareil pour allier destin intimiste et évocation réaliste et rigoureuse d'une période historique, dans La Diva et le Kriegspiel il s'agissait de la seconde guerre mondiale et dans La Demoiselle de la Légion d'honneur l'auteur revenait sur la décolonisation. Ici, dans Légende et réalité de Casque d'Or, elle nous convie dans le Paris populaire de la Belle Époque du début du siècle dernier.

Il est ici question d'amour, de crime organisé et de luttes d'influence dans le milieu criminel de l'époque. Casque d'or est le surnom d'une jeune prostituée de l'époque, Amélie Élie, qui va quasiment provoquer une lutte entre deux bandes rivales dont les chefs respectifs sont fortement épris de la belle. Passion et déraison se conjuguent donc de manière fatale dans ce récit tiré de l'histoire vraie d'Amélie Élie avec quelques éléments romanesques rajoutés pour optimiser le rythme du récit.

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Cette BD est une vraie réussite. Tout d'abord, elle est d'un réalisme assez bluffant. Goetzinger retranscrit à merveille l'univers des malfrats de l'époque avec leurs tenues, leurs schémas de pensée (on est loin des gangs d'aujourd'hui), leur manière de parler est très bien retranscrite et l'on se retrouve plonger en apnée dans cette univers de misère et de violence. Des passages sont assez corsés, l'auteur ne nous épargnant pas, voulant par là même respecter le point de vue naturaliste qu'elle a voulu adopter. Au milieu de tous ces événements et influences malsaines, l'héroïne tente de surnager et de s'extraire de sa condition sans réelle réussite tant la société est sclérosée sur ses principes de l'époque et qu'il est difficile d'échapper à sa classe sociale (si sa vie vous intéresse de nombreux articles forts intéressants lui sont consacrés sur le net). À travers diverses péripéties, il nous est aussi permis d'appréhender le fonctionnement et le comportement de la police et de la justice de l'époque, des institutions religieuses et de manière générale la vie du petit peuple de Paris.

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Bon voyage que cette lecture même si le sujet n'est pas des plus gais. Les dessins et les planches se suivent avec bonheur entre réalisme et quelques passages plus poétiques. On retrouve les traits vifs et fins d'Annie Goetzinger qui en plus, signe les textes et le scénario. Rien à redire, bien au contraire, cette découverte fut intense et addictive à souhait, je l'ai parcouru d'une seule traite entre intérêt et surprises successives réservées par la trame. Le récit est puissant, évocateur et l'on comprend mieux pourquoi cette affaire Amélie Élie a marqué les consciences de l'époque et fait les choux gras de la presse de l'époque. La vie de certaines personnes s'apparentent vraiment parfois à un roman et Casque d'or en fait partie.

Je ne peux donc que vous recommander cette BD et de mon côté il ne me reste plus qu'à voir le film homonyme de Jacques Becker avec Simone Signoret, métrage qui paraît-il, est une œuvre maîtresse du cinéma français. Wait and see!

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mardi 22 juillet 2014

"La Légion de la Colombe Noire" de Kami Garcia

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L'histoire: La Légion de la Colombe Noire est une société secrète. Très secrète. Sa raison d'être: lutter contre les forces du Mal.
Chacun de ses membres a sa spécialité: protection, combat, fabrication d'armes, détection des activités paranormales.
Moi, Kennedy Waters, je n'ai aucun talent. Éliminer les esprits vengeurs, chasser les revenants? Je ne sais rien faire de tout cela.
Pourtant, mes nouveaux amis, Alara, Priest, et les jumeaux, Lukas et Jared, sont persuadés du contraire. Ils en sont sûrs: je suis le cinquième membre de la Légion. Et Andras, le démon qui a tué ma mère et tenté de me supprimer, le pense également. La preuve: il est à mes trousses. Alors, je vais les aider. Je n'ai pas le choix.

La critique de Mr K: Je n'aurais jamais lu "La Légion de la Colombe Noire" si nous ne l'avions pas reçu de l'éditeur. On se situe clairement ici dans la vague de littérature fantastique jeunesse sur laquelle surfe allégrement les éditeurs et les producteurs de cinéma toujours à l'affut d'un bon coup marketing. J'ai hésité un temps à parcourir le présent ouvrage et puis finalement, je me suis dit qu'il fallait tout de même que je tente le coup. Cette histoire de démon m'intriguait et dans le pire des cas, je pouvais toujours abandonner la lecture avant la fin du volume.

Jeune fille du style "rebelle de canapé" se cherchant encore une identité propre, Kennedy (drôle de prénom pour une fille tout de même!) fait une rencontre des plus macabres dans le cimetière voisin en cherchant son voyou de chat qui s'est échappé. La voilà d'un coup, nez à nez avec un spectre planant au dessus du sol! Elle rentre chez elle et le cache à sa mère et sa meilleure amie. À partir de là tout s'enchaine, elle se retrouve orpheline dans les jours qui suivent après que sa mère ait succombé à ce qui ressemble fortement à une crise cardiaque. Elle va finir par se faire attaquer par un démon vengeur mais est sauvée in-extrémis par la mystérieuse Légion des Colombes Noires qui est chargée d'une mission de la plus haute importance. Andras un démon antédiluvien a été libéré il y a déjà un sacré bout de temps et le monde est en péril, rien que ça!

J'ai lu ce livre en un temps record, ce n'est pas pour autant qu'on peut dire que ce soit une très bonne lecture, surtout si on a plus de 15 ans!

C'est ce que j'appellerai du easy-reading, pas question de surprendre le lecteur et de lui demander des efforts. Le style d'écriture est simple voir simpliste et les personnages ne sont que des caricatures sans aucune profondeur et franchement, l'auteur enfile les clichés comme des perles. Kennedy en devient irritante de bêtise, il faut la voir se pâmer d'admiration devant Jared, une vraie midinette alors que depuis le début elle "se la joue" fille différente. Les différents comparses de la Légion ont chacun leur spécialité et un caractère bien défini, on se croirait dans un jeu vidéo tant la vacuité les caractérise en terme de personnalité et de réaction. On n'y croit donc pas une seconde et l'œuvre sent le réchauffé et parfois le téléfilm américain de l'après-midi sur TF1, le tout mâtiné d'extraits de la série Charmed. Tout un programme!

Au niveau du background, là encore on touche le fond avec un univers ésotérique des plus risibles mélangeant des tonnes d'influences différentes sans les respecter vraiment: tour à tour il est question du vaudou, du pouvoir interne des chats, des démons (Lucifer doit s'en retourner dans son Enfer!), d'exorcisme... Un vrai mixage façon bouillie bien consensuelle histoire de plaire au plus grand nombre. S'agissant d'un premier volume, vous imaginez bien que ce ne sont que les prémices d'une série que je ne poursuivrais sûrement pas. Je n'ai rien contre la littérature pour jeunes adultes mais ici on est à 10 000 lieues d'auteurs talentueux tels que Rowling, Pullman et autre Connolly.

Cet ouvrage, c'est un peu l'équivalent de ce que Justin Bieber est à la musique, une œuvre prétentieuse mais sans relief ni réel intérêt pour qui recherche l'évasion et la nouveauté. Amoureux de littérature en tout genre, passez votre chemin ou succombez aux sirènes mercantiles de cette nouvelle série. Pour ma part, le choix est déjà fait!

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mercredi 16 juillet 2014

"Axolotl roadkill" d'Hélène Hegemann

axolotle roadkillL'histoire: Mifti n'est pas une ado comme les autres. Livrée à elle-même, elle sèche les cours, elle fume, se noie dans l'alcool, prend de la coke et des ecstas. Avec ses amis, ils s'envoient des SMS, des mails, ils philosophent sur la vie, chantent des airs de Pink Floyd, feraient n'importe quoi pour s'impressionner.
L'anarchie totale, quoi.

La critique de Mr K: Axolotl roadkill a été écrit par Hélène Hegemann lorsqu'elle avait 17 ans! Vu son sujet et sa forme, il a fait scandale à sa sortie pour diverses raisons: la langue crûe et les accusations de plagiat de divers sites et blogs (les références sont notifiées dans la présente édition). Pour autant, cet ouvrage a été aussi salué comme novateur par certains critiques et s'est vu attribué le prix du premier roman au Festival International de Littérature de Cologne en 2010... Un vent sulfurisé souffle sur ce livre aiguisant ma curiosité et me poussant à entamer la lecture...

Mifti est une jeune junky menant une vie des plus dissolues. Drogues, alcools, soirées orgiaques... tout y passe. Elle vit dans un squat qu'elle partage avec des amis et des rencontres de passage. Écrit à la première personne du singulier, ce livre se veut un témoignage d'une jeunesse cramée et désabusée, celle de Mifti jeune-fille plutôt intelligente et brillante qui aurait eu une jeunesse difficile, une mère l'ayant abandonnée à 5 ans et un père absent qui ne se préoccupe pas de sa fille. Elle vire donc dans le grand n'importe quoi, brûle la chandelle par les deux bouts et peu à peu nous livre ses failles et ses aspirations. Je vous le dis tout de go, je n'ai pas du tout aimé ce livre et pourtant il avait tout pour me plaire par son thème et sa forme.

J'ai énormément lu sur le sujet de l'adolescence, de son mal-être et des déviances qui peuvent en découler. C'est un âge fascinant de changements et j'ai le plaisir (et parfois, il faut bien l'avouer le grand déplaisir) d'en côtoyer tous les jours au travail venant des classes populaires de la région. Mifti ne m'a pas du tout touché tant elle s'apparente à une pauvre petite fille riche qui se donne un genre, notamment au début du roman tant elle se donne des airs de toute puissance. Malgré des efforts de l'auteure pour nous la rendre sympathique dans la deuxième partie, je n'ai éprouvé aucune empathie pour elle, la trouvant finalement superficielle et imbue d'elle même. Certains me diront que c'est l'adolescence en elle-même qui veut cela mais ici à aucun moment je n'ai éprouvé de dégoût face à ce qu'elle est devenue, de commisération et d'attachement pour ce personnage météorite. Le personnage m'a plus énervé au final ce qui est bien dommage. J'ai largement préféré Junky de Burroughs que j'avais trouvé à la fois fulgurant et percutant sur le même thème.

Le style peut des fois rattraper un fond bancal et/ou médiocre. Il n'en est rien ici à mes yeux. Pour rendre compte du chaos intérieur de cette gamine, le style se veut chaotique. C'est bien dans l'intention mais dans la réalité, je trouve qu'Hélène Hegemann en perd ses lecteurs même les plus volontaires comme je l'étais moi-même au départ. Vous avez ici un amas de chroniques quotidiennes thrash, entremêlées de passages abscons et autres digressions pseudo-philosophiques. On en perd son latin et plus grave son intérêt. On se dit que ça doit bien mener quelque part mais il faut bien avouer que quand on referme avec soulagement l'ouvrage, il n'en est rien! Cruelle déception avec l'impression d'avoir été mené en bateau et d'avoir perdu son temps, le crime le plus grave à mes yeux quand il s'agit de littérature!

Vous l'avez compris, je ne vous conseille vraiment pas Axolotl roadkill tant je me suis ennuyé entre chroniques autodestructrices vaines voire ridicules et style décousu sans réel objectif à long terme. À bon entendeur...

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lundi 14 juillet 2014

"Un long moment de silence" de Paul Colize

un long moment de silenceL'histoire: 2012. A la fin de l'émission où il est invité pour son livre "Tuerie au Caire", un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu'il croyait savoir.
1948. Nathant Katz, un jeune juif rescapé des camps, arrive à New-York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine.
Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer?

La critique Nelfesque: "Un long moment de silence" de Paul Colize m'a été conseillé par une copine blogueuse en qui j'ai une confiance aveugle. Quand on s'accorde sur 95% de nos avis littéraires mais aussi que l'on trouve des similitudes dans nos vies respectives de tous les jours, on commence à croire en l'existence de la notion d'âmes soeurs. Petit clin d'oeil en fin de billet.

Ceux qui suivent nos aventures au Capharnaüm éclairé depuis longtemps connaissent ma passion immodérée pour la seconde guerre mondiale. J'aime particulièrement me plonger dans des romans / essais / témoignages de cette époque. Quand Colize me propose d'allier cet intérêt à mon amour des thrillers, je deviens "la femme qui ne sait pas dire non".

Dès les premières pages, l'auteur sait alpaguer son lecteur et ne plus le lâcher jusqu'à la fin de l'ouvrage. L'écriture est plaisante, le style est simple et va à l'essentiel et le personnage principal de 2012 a un je ne sais quoi d'antipathique et intrigant qui n'est pas pour me déplaire.

Disons le tout net: Stanislas est un con fini. Misogyne, petit chef, arrogant et cynique, il n'en est pas moins un homme qui va au fond des choses. Il vient tout juste de terminer l'écriture de son roman consacré à la tuerie du Caire, où son père a trouvé la mort en 54, et est en pleine période promo pour la sortie de son roman. Arrivé à une conclusion sur cette affaire, il n'hésite pas à se replonger dans ses fiches et mener une nouvelle enquête lorsque de nouvelles pistes pointent à l'horizon. Remettant alors en cause ses recherches passées, il fait fit de ses convictions personnelles et va entamer une nouvelle quête : celle de ses racines. J'ai particulièrement aimé cette façon d'être, cette envie de connaître la vérité quoi qu'il en coûte, ce besoin de mettre un mot sur ses doutes quitte à chambouler sa vie.

Dans sa démarche, il sera secondé par Laura Bellini, une traductrice parlant couramment plusieurs langues. En femme moderne, sûre d'elle et ayant de la répartie, son travail ne sera pas de tout repos avec un homme qui exige d'elle une disponibilité permanente et un dévouement total. Il lui faudra bien du courage et beaucoup de dérision pour faire face au harcèlement moral et sexuel quasi permanent que lui impose son patron. La relation entre Laura et Stanilas permet de dédramatiser l'ensemble de l'oeuvre comme une soupape nécessaire au lecteur pour poursuivre sa lecture semée d'horreurs.

Ensemble, ils vont remonter le temps et Colize emmène alors ses lecteurs dans une enquête palpitante où toutes les émotions les traverseront. Qui est qui? Qui fait quoi? A qui pouvons-nous réellement faire confiance? Dans cette époque troublée que fut la seconde guerre mondiale, le lecteur s'interroge sur ce que cachent les apparences. Aveuglé par un amour filiale, ce pourrait-il que Stanislas ait fait fausse route depuis le début? La réponse à cette question est loin d'être évidente et je vous encourage à découvrir ce roman pour élucider le mystère.

Parallèlement à cette enquête, nous suivons l'histoire de Nathan à la sortie de la guerre. Qui est cet homme? Quel lien a-t'il avec l'histoire qui intéresse Stanislas en 2012? Le lecteur s'attache tout de suite à ce personnage. Rescapé des camps de concentration, ayant perdu une partie de sa famille dans le génocide, d'emblée l'empathie l'emporte. Alors qu'il commence une nouvelle vie, loin de l'horreur de ce qu'il vient de vivre, un groupe se faisant appelé "Le Chat" va entrer en contact avec lui et lui proposer d'intégrer ses rangs pour rétablir la justice.

Colize nous plonge ici dans un réseau de "chasseurs de nazi" qui enquête sur les criminels de guerre exfiltrés d'Allemagne à la fin de cette dernière, ayant changé d'identité et vivant une nouvelle vie en occultant la précédente et les horreurs perpétrées. Le Chat est très bien organisé. Chacun a un rôle bien déterminé dans l'organisation. Après une période de formation, Nathan va devenir membre d'un service de renseignement, traquant les anciens nazis, les suivant sur une période donnée dans leur vie quotidienne, notant tout leur faits et gestes, leurs habitudes, leurs horaires ... afin que d'autres membres puissent monter une dernière exfiltration pour eux. Cette fois ci pour un endroit d'où ils ne reviendront jamais...

Ce roman pose pas mal de questions dérangeantes notamment sur les notions de vengeance, de justice et de légitimité. De part ses personnages, vivant chacun l'expérience avec leur propre ressenti, le pardon revient souvent dans ces pages. Mais quel pardon peut-il être accordé à des hommes ayant des convictions nazis profondes jusqu'à la dernière minute de leur vie? La scène où Nathan doit répondre à cette question à l'âge où seul l'insouciance devrait être de mise est particulièrement dérangeante. Une pause dans la lecture s'impose alors pour digérer toute l'atrocité du monde.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage à la fois pour son histoire passionnante et addictive que pour les questions qu'il soulèvent et qui malheureusement n'ont pas de réponses précises et indiscutables. Un roman poignant écrit avec brio.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture ainsi qu'à ma copinaute faurelix pour m'avoir vivement conseillé de la suivre dans cette aventure.

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vendredi 11 juillet 2014

"Dragons 2" de Dean DeBlois

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L'histoire: Tandis qu’Astrid, Rustik et le reste de la bande se défient durant des courses sportives de dragons devenues populaires sur l’île, notre duo désormais inséparable parcourt les cieux, à la découverte de territoires inconnus et de nouveaux mondes. Au cours de l’une de leurs aventures, ils découvrent une grotte secrète qui abrite des centaines de dragons sauvages, dont le mystérieux Dragon Rider. Les deux amis se retrouvent alors au centre d’une lutte visant à maintenir la paix. Harold et Krokmou vont se battre pour défendre leurs valeurs et préserver le destin des hommes et des dragons.

La critique Nelfesque: Le premier volet, "Dragons" est sorti en salle en 2010. Nous l'avons laissé passer et c'est finalement l'hiver dernier, lors de notre escapade parisienne, et profitant de l'écran géant de notre location que nous avons pris une jolie claque visuelle avec un film d'animation loin d'être bête. Tout naturellement, nous n'allions pas laisser passer cette fois ci le second opus sans aller le voir au cinéma.

Une fois encore, ici, nous sommes en plein dans l'action. Il y a moins de surprise concernant le contenu, la claque est moindre puisqu'il s'agit d'une suite mais l'aventure est plaisante et surtout l'humour est toujours au rendez-vous. J'avais un petit garçon de 5 ans comme voisin, nous ne riions pas des mêmes choses, mais ça permet de se mettre dans le bain. Et oui "Dragons 2" est avant tout un film d'animation pour les enfants mais les adultes y trouvent leur compte sans pour autant régresser intellectuellement.

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C'est avec joie que l'on retrouve Krokmou, le dragon d'Harold, un Furie Nocturne dernier du nom, une espèce connue pour semer la désolation mais qu'il a réussi à dompter. Harold se sert encore une fois de son don avec les dragons pour tenter d'empêcher qu'une guerre n'éclate. Dorénavant, dragons et Hommes sont amis dans sa contrée mais rien n'arrête la cupidité humaine. Les montres ne sont pas ici ceux que l'on croit.

Modérez vos ardeurs toutefois, "Dragons" tout comme "Dragons 2" ne sont pas des productions underground. On reste dans le commercial mais le commercial de bonne facture et intelligent. Rien à voir avec les dizaines de daubes qui inondent nos écrans ciné chaque année pour faire débourser quelques euros à des parents voulant distraire leurs bambins mais provoquant sans doute des dégâts irrémédiables sur leurs petits cerveaux. Ici, c'est toujours le même prix mais ça vole tout de même bien plus haut (sans mauvais jeu de mots).

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Dès la scène d'intro, le ton est donné. L'humour et toujours présent, les dragons ont toujours des têtes pas possibles, les personnages sont caricaturaux mais sympathiques et la sauce prend ! Les paysages sont superbes, les vols en dragons sont un vrai plaisir et le spectateur se sent pousser des ailes (!) d'aventurier à l'image de celle d'Harold.

Je ne m'étendrai pas d'avantage sur cette oeuvre. On n'est pas là dans un film d'auteur et je risque de tourner vite en rond. Toutefois, si vous recherchez un film d'animation pas dégueu, drôle, sensible et où vos enfants ne seront pas pris pour des quiches en abordant des sujets forts tels que la perte d'un être cher, l'ambition et le besoin de liberté qu'à tout un chacun au fond de son coeur, ruez-vous en salle pour leur faire découvrir "Dragons 2". On en reparlera en bien !

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La critique de Mr K: 4/6, Nelfe et moi n'étions pas allés voir le premier lors de sa sortie au cinéma, la faute à une bande annonce des plus médiocres. Puis, lors d'un séjour à Paris, nous avons pu le voir sur un grand écran de salon et nous avions vraiment beaucoup aimé ce mélange d'aventure, d'action et d'humour; le tout servi dans un écrin technique des plus réussis. La Fête du Cinéma tombant à pic, nous en avons profité pour aller voir la suite dans une salle obscure remplie de gamins tout excités. Au final, ce fut une belle séance faisant la part belle aux rêves de gamins qui ne m'ont jamais vraiment quittés...

On retrouve Harold, le jeune héros viking dragonnier et sa monture et amie Krokmou. Destiné à prendre la place de son père comme chef du village, Harold préfère l'exploration de mondes inconnus en compagnie de son dragon; mais il va faire une découverte surprenante qui va lever le voile sur ses origines et mettra en exergue une menace planant sur son village et leurs amis ailés.

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Clairement, on est dans la production commerciale et maline. Pas de réelle surprise, on vole en terrain conquis avec des personnages très marqués entre les faire-valoir et les figures tutélaires. Mais il se dégage une certaine frénésie, un humour frais et à divers degré (on sort tout de même du scato) et un souffle épique de cette nouvelle aventure. Ce métrage est de toute beauté, on traverse d'immenses étendues à couper le souffle: le village de Beurk qui ressemble à s'y méprendre au village de Jak et Dexter, le refuge des dragons, l'armada du bad guy... Autant de dépaysement garanti avec en prime un certain nombre de créatures plus délirantes les unes que les autres... et nous, au Capharnaüm Éclairé, on adore les monstres à tronche de cake! Ainsi vous verrez des dragons obèses endormis qui doivent entretenir les feux de forge, des petits dragons qui n'écoutent personne à part leurs instincts, un Krokmou plus félin et mignon que dans le premier, des moutons complètements stones... autant de rires et parfois de moments de stress qui ont ravi la salle en son entier.

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Autre point positif, on n'est pas ici dans le meilleur des mondes possibles cher à Leibnitz. Comme dans le premier opus, des drames surviennent et permettent au jeune public de relativiser l'idée de bonheur et de durabilité. Je ne spoilerai pas mais sachez qu'il se passe quelque chose d'assez rude dans Dragons 2 et qui a quelque peu refroidi la salle pendant quelques instants. Dans son ensemble, on rit tout de même beaucoup et on s'extasie devant les scènes de batailles et de chevauchées à dos de dragon. Daenyris peut aller se rhabiller, je préfère largement ces dragons-ci!

Ce film s'est donc avéré un très bon divertissement entre aventures virevoltantes, émotions fortes et apprentissage de la vie. Contrat rempli!

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jeudi 10 juillet 2014

"Kennedy et moi" de Jean-Paul Dubois

kennedy-et-moiL'histoire: S'il achète un revolver, rend visite à sa femme, et finit par mordre sauvagement son dentiste, c'est que Samuel Polaris va mal. Très mal. À moins que les autres, les gens "normaux" - avec leurs plans de carrière, leurs adultères, leur incompétence arrogante – n'aient basculé dans une sorte de folie collective.
Allez savoir.
Parce qu'il n'a pas le choix, parce qu'il est amoureux de sa femme et qu'il refuse de se résigner au pire, Samuel Polaris décide de reconquérir sa dignité. Même s'il doit, pour cela, voler à son psychiatre la montre que portait Kennedy le jour où il a été assassiné.

La critique de Mr K: Kennedy et moi me faisait de l'œil dans ma PAL depuis déjà pas mal de temps. Mes parents l'avaient lu lors de sa sortie et m'en avaient dit le plus grand bien. De mon côté, j'avais été enchanté par ma précédente lecture de cet auteur, il ne m'en fallait pas plus pour me laisser tenter par l'aventure! À noter que je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique de Sam Karmann ce qui m'a permis d'aborder ce roman sans idées préconçues et l'esprit vierge de toute influence.

Écrivain en panne d'inspiration depuis déjà deux années, Samuel Polaris sombre dans la déprime. Il erre dans la maison comme une âme en peine et ne supporte plus grand chose ni personne à commencer par les membres de sa propre famille! Ronchon, replié sur lui-même, il peste sur la médiocrité ambiante et se mue peu à peu en ours. Il sait que sa femme le trompe et ne réagit pas, le lien semble irrémédiablement rompu ce qui parait les faire souffrir tous les deux sans qu'ils en parlent vraiment. Samuel ne peut plus encadrer sa fille Sarah qu'il considère comme une arriviste au nombrilisme exacerbé et ne fréquentant que des garçons de la haute dans le but de convoler et créer du même coup un cabinet médical. Il y a aussi ses deux fils jumeaux qu'il ne comprend plus, sorte d'extra-terrestres amateurs d'électronique et d 'informatique parlant un langage codé. En bref, Samuel est en rupture totale avec le monde en général et ce livre va s'attacher à nous montrer sa reprise en main qui vous le verrez ne se fera pas sans heurts et fracas.

Pour suivre l'évolution de ses personnages, Jean-Paul Dubois a choisi d'adopter des points de vues différenciés. Ainsi, nous suivons les états d'âme de Samuel grâce à un point de vue interne des plus immersifs, rien ne nous est épargné de ses monologues intérieurs, le plus souvent caustiques et réjouissants même si on n'aimerait pas forcément vivre avec lui. Tout le monde en prend pour son grade et peu à peu, on se rend compte qu'il s'est comme perdu en route et qu'il se déconsidère aussi beaucoup. Entre affliction, culpabilisation et agressivité, le personnage de Samuel est très touchant. Dans un dernier sursaut et son attirance étrange pour une montre qui aurait appartenue au président Kennedy, il va peu à peu essayer de revenir dans le monde des vivants et reconquérir la femme qu'il n'a cessé d'aimer malgré son apparence nonchalance. En parallèle, les chapitres suivants sont vus à travers une narration omnisciente au centre de laquelle, on retrouve Anna (sa femme) qui elle aussi est au plus mal. Elle fait vivre désormais le foyer en retravaillant (elle avait arrêté pour s'occuper des mômes) en tant qu'orthophoniste et pour tromper l'ennui de sa vie conjugale, elle vit une aventure avec un homme médiocre. Elle aussi est malheureuse, elle ne comprend plus Samuel et a l'impression d'avoir perdu l'homme qu'elle aime. Ces deux là sont faits l'un pour l'autre mais ils ne font plus que se croiser et c'est très bien rendu par l'auteur qui s'amuse à reconstruire ce couple pièce par pièce.

Ce livre est une petite merveille de finesse et d'intelligence. On passe constamment de situations plutôt comiques avec les réflexions de Samuel sur le monde et ses actes complètement délirants – la morsure sur dentiste, ses rapports avec son psychiatre, la scène sur le yacht en toute fin d'ouvrage - (comme dit précédemment je n'ai pas vu le film, mais Bacri me semble être idéal pour tenir ce rôle) à des situations plus rudes où le héros se pose beaucoup de questions métaphysiques sur son couple, sa sexualité et ses sentiments profonds. C'est finalement une bonne tranche de vie qui nous est décrite, sans fioritures, ni tabous. Dans ce domaine, le traitement érotique des aspects intimes de la vie de couple est une vraie réussite entre frustrations, désirs et orgasmes dans une langue directe et épurée qui retranscrit à merveille les fantasmes et réalités liés à la sexualité. Bien rendue aussi sont les scènes de la vie quotidienne de cette famille au bord de l'implosion, mention spéciale aux scènes de petits déjeuners où l'ambiance est souvent loin d'être au beau fixe. Dense mais très accessible, je n'ai mis qu'une journée à dévorer ce livre tant l'addiction été immédiate et sans appel. On retrouve tout le talent de Dubois pour camper une situation et la détricoter dans son style mêlant classicisme d'écriture et décrochages burlesques.

Ce fut une très belle lecture que ce Kennedy et moi de Jean-Paul aul Dubois qui mélange allègrement chronique familiale, étude sociologique et moments de pur délire. Un must!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Vous plaisantez Mr Tanner"
- "Une Vie française"

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mardi 8 juillet 2014

"Les conseils de Tonton DSK" de Plantu

tontondsk

L'histoire: Cette année (2011), un nouveau personnage est arrivé en politique. Il ne se présente plus à la présidence de la République, mais Tonton DSK, une tasse de thé à la main, nous donne ses petits conseils sur toutes choses: la dette, l'Europe, la crise grecque, l'agence de notation Moody's, les révolutions arabes, les sondages, Fukushima, etc. Pétaradant d'énergie, ce personnage en robe de chambre nous fait profiter de ses avis médiatiques. Très actif aussi, on attend incessamment son inscription à "Ni putes ni soumises".

La critique de Mr K: Voici aujourd'hui une nouvelle chronique sur une lecture de Plantu, un de mes dessinateurs de presse préférés officiant principalement dans le journal Le Monde mais œuvrant aussi pour la liberté de caricaturer dans le monde avec Cartooning for peace. Il est toujours bon de rappeler cette belle formule de Beaumarchais: Sans liberté de blâmer, il n'est point de liberté.

Il s'agit ici d'un ouvrage regroupant une partie de sa production couvrant la fin de l'année 2010 et la quasi intégralité de l'année 2011. Petite nouveauté, certaines pages met en présence ces actualités de dessins plus anciens qui permettent de souligner la permanence de certains conflits et autres pratiques condamnables (le conflit israélo-palestinien, les exactions militaires, l'immigration, la collusion FN et partis traditionnels de gouvernement etc...). Comme à son habitude, Plantu a divisé son ouvrage en plusieurs grandes parties non après avoir placé quelques banderilles bien senties pour planter le décor.

Le recueil commence par une rétrospective de dessins tournant autour des révolutions arabes rappelant s'il était nécessaire les liens étroits que pouvaient (peuvent encore?) entretenir les instances politiques de notre beau pays avec certains dictateurs voisins (au premier desquels Ben Ali en Tunisie). C'est aussi l'occasion de revenir sur le difficile voir impossible apprentissage de la démocratie, la mission libératrice sarkozyste en Libye avec BHL comme étendard, la chute de Moubarak en Égypte et l'immobilisme institutionnel du grand machin que l'on appelle ONU où l'on disserte beaucoup mais agit peu ou pas du tout.

revolutions arabes

ONU

Vient un chapitre sur la menace nucléaire. Et oui, Fukushima ça fait déjà 3ans! Retour sur les faits, les réactions locales et internationales. Mais aussi, sur l'évolution de la question nucléaire en Europe et la persistance en France du tout nucléaire malgré les risques encourus. Puis on passe aux question internationales avec la présidentielle en Côte d'Ivoire et ses nombreux rebondissements dans la guéguerre que se mènent Gbagbo et Ouattara. C'est aussi l'année de l'arrestation de Ratko Mladic, un des criminels de guerre les plus recherchés responsable entre autre du massacre de Srebrenica. La situation humanitaire qui se dégrade encore plus dans la corne de l'Afrique, l'élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil, les révélations de Wikileaks et ses retombées diplomatiques... autant d'événements que Plantu croque avec justesse et causticité.

Fukushima

Wikileaks

Ensuite, on se rapproche de chez nous avec la crise en Europe avec une grande partie consacrée à la Grèce et ses difficultés. C'est l'occasion de revenir sur l'entente cordiale entre Sarkozy et Merkel, les émeutes à Londes du 6 au 10 août 2011, la montée de l'euroscepticisme, la corruption italienne avec Berlusconi et la crise institutionnelle en Belgique. Puis, une grande partie de l'ouvrage est consacré à la politique française riche en événements une fois de plus avec pèle-mêle : l'affaire Bettencourt, l'ascension des néo-populismes avec Mélenchon et le Pen, la question des expulsions et notamment la polémique autour des expulsions de roms (déjà!), le passage au gouvernement Fillon 2 et l'échec de Borloo pour devenir premier ministre, les déclarations sur le 14 juillet d'Eva Joly, la bataille des éléphants du PS en vue des primaires et bien évidemment l'affaire DSK et ses nombreuses retombées.

Bettencourt

affaire dsk

Pour terminer, Plantu passe au crible la société française et les médias avec successivement des dessins portant sur le chômage qui ne fait qu'augmenter, les grèves à répétition et notamment sur la réforme des retraites, les suppressions de poste massives dans l'enseignement et la violence qui progresse encore plus dans les sanctuaires républicains que devaient être l'école, les échauffourées en banlieue, la question de l'euthanasie qui réapparaît déjà à l'époque, les sondages divers et variés commandés par l'Élysée et le mécontentement croissant des français envers l'exécutif, la victoire de Siné contre le journal Charlie Hebdo qui le taxait d'antisémitisme et de manière général une "thrashisation" de l'information et des médias avec la concurrence grandissante d'internet.

labos pharmas

Au bout de ces 190 pages, on a fait un merveilleux voyage dans le temps de trois ans en arrière. Même si la plupart des évènements abordés sont encore frais, il est plaisant d'en redécouvrir d'autres à travers le regard critique et constructif de Plantu. Très souvent juste, jamais gratuit ni méchant, le regard reste toujours d'une grande humanité sur le genre humain qui a tout de même le goût de collectionner les casseroles en tout genre. Les allers et retours entre présent et passé prouve bien que loin de tirer les leçons de l'Histoire, l'Homme répète les mêmes erreurs et que même si l'espoir persiste dans certains domaines, l'avenir n'est pas forcément des plus reluisants.

Bosnie

Un bel ouvrage que je vous invite à compulser pour que l'oubli ne s'installe pas et pouvoir ainsi prévenir quelque peu les errements futurs. Quand en plus, on peut le faire en souriant avec comme compagne la petite souris de Plantu et son dodo (c'est le petit nouveau de ce volume), on ne peut bouder son plaisir!

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lundi 7 juillet 2014

"Jimmy's Hall" de Ken Loach

Jimmy-s-Hall-afficheL'histoire: 1932 - Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s'occuper de la ferme familiale.
L'Irlande qu'il retrouve, une dizaine d'années après la guerre civile, s'est dotée d'un nouveau gouvernement. Tous les espoirs sont permis...
Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l'Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le "Hall", un foyer ouvert à tous où l'on se retrouve pour danser, étudier, ou discuter. À nouveau, le succès est immédiat. Mais l'influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes ne sont toujours pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface.

La critique Nelfesque: "Jimmy's Hall" est un film que j'attendais depuis sa sélection à Cannes. Etant de plus présenté comme le dernier long métrage de Ken Loach, je ne pouvais pas ne pas aller le voir au cinéma. Rajoutez à cela la Fête du Cinéma et ses places à 3.5€ et vraiment là j'aurai été folle de ne pas me déplacer...

Je ne suis pas une aficionados de Ken Loach que je connais assez peu finalement mais après avoir vu "Jimmy's hall" il y a de fortes chances que je me penche sérieusement sur son cas. Juste au moment de sa retraite, il était temps !

De facture assez classique, ce film est basé sur une histoire vraie et relate celle de Jimmy Gralton qui après un exil de 10 ans aux Etats-Unis retrouve son village, sa famille, ses amis et son "dancing". Bien plus qu'un dancing, c'est un lieu de rencontre dans une campagne qui en a bien besoin, un lieu où l'instruction et la convivialité sont les maîtres mots. A une époque où l'Eglise Catholique a la main mise sur l'éducation de la population, ce Hall est plus que décrié par certains, le curé du village en tête. Malgré ses appréhensions premières et avec la fougue de la jeunesse locale en étendard, Jimmy va réouvrir ce lieu mythique pour les gens du coin.

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Comme je vous le disais en préambule, "Jimmy's Hall" est classique dans son traitement. Ne vous attendez donc pas à être réellement surpris par l'histoire. C'est le principal et seul défaut que je pourrai trouver à ce long métrage qui pour le reste m'a totalement charmée. Ce côté conventionnel sous le regard de Ken Loach apporte une ambiance particulière au film et c'est avec plaisir que le spectateur se laisse porter par ce portrait de l'Irlande des années 1930. Le rythme et lent et convenu mais cela apporte une proximité avec les personnages, une empathie indéniable et un confort appréciable. Tout ce que j'aime.

Les acteurs sont bons. Je ne connaissais pas Barry Ward mais là encore je vais creuser la question. En plus de jouer juste et de façon sobre, il est canon (ce n'est pas très constructif comme remarque, je vous l'accorde, mais bon il y a des choses qui sautent aux yeux quand même!). La réplique lui est donnée par toute une communauté qui de part les jeux d'acteurs restitue bien la simplicité des gens de la classe populaire de l'époque sans jamais tomber dans le cliché et la facilité (mention spéciale pour la mère de Jimmy).Très vite, on se prend de sympathie pour cette bande, pour leurs initiatives et leur soif d'apprendre. Le Hall est un lieu d'apprentissage de la danse, du dessin, du chant, de la boxe... Une plate-forme sociale où il fait bon se retrouver autour de la culture et d'activités fédératrices de l'époque.

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Sous certains aspects, j'ai vu un rapprochement avec notre société actuelle. Le besoin de se réunir plutôt que d'avancer seul, les microcosmes communautaires autour d'une même préoccupation (réseau d'éducation populaire, associations de consommateurs d'agriculture raisonnée, collectif solidarité et partage...). Un retour à des valeurs humanistes et à la solidarité face à l'oppression et/ou à l'égoïsme ambiant. J'aime beaucoup cette idée.

L'oppression, dans "Jimmy's Hall", n'est pas un terme abusif. L'Eglise Catholique dans ce qu'elle a de plus vil est ici à l'oeuvre. Refusant de se voir "retirer" son "droit" d'enseigner exclusivement les populations, le Père Sheridan va jouer de tout son pouvoir pour faire fermer ce lieu de "perdition". L'assimilant à un groupuscule communiste, il va prêcher contre le Hall, détourner la population de cette initiative collective, monter les hommes les uns contre les autres, mener une politique de fliquage...

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Touchée et émue par cette histoire, je vous conseille vivement d'aller voir ce film. Vous passerez un moment hors du temps et pourtant tellement en lien avec aujourd'hui. Vous passerez par tous les états, joie, colère, rire, larmes et tout ça en musique et finalement dans la joie et la bonne humeur. La plus belle des révoltes doit se faire avec le sourire et la passion au coeur. Merci Monsieur Loach !

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La critique de Mr K: 5/6, encore une belle projection durant la Fête du Cinéma. Je dois avouer que c'est mon premier Ken Loach (oui, je sais, c'est la honte!) et j'ai été épaté par ses qualités de réalisateur et la force qu'il a insufflé dans cette histoire.

Librement inspirée de la vie d'un militant communiste irlandais du début du siècle dernier, ce film nous montre l'Irlande comme elle était à l'époque. C'est peu reluisant avec une Église catholique très influente qui lutte pour ses chasses gardées que sont l'éducation et l'encadrement de la société. Le prêtre du village voit donc d'un très mauvais œil le retour au pays de Jimmy Gralton qui décide de réouvrir un dancing où en plus d'organiser des bals le samedi soir, on offre des cours gratuits de lecture, de dessin, de chants... Très vite rattrapé par son passé d'activiste, Jimmy va devoir prendre position sur des sujets dépassant le cadre de cette association de loisir et d'éducation, cela va gêner les prérogatives que se sont arrogés quelques privilégiés et grands propriétaires terriens. Une lutte s'amorce alors.

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Je n'ai pas vu le temps passé. La reconstitution de l'Europe de l'époque est bluffante de réalisme avec quelques petits rappels historiques bien utiles pour expliquer les tensions sous-jacentes de l'époque dans la société irlandaise. Les décors sont de toute beauté avec des intérieurs réalistes et soignés mettant en exergue la condition sociale de chacun. On passe ainsi de la modeste longère de la mère de Jimmy au domaine aristocratique le plus clinquant. Cela exacerbe la tension que l'on ressent quasi continuellement pendant tout le film. Techniquement c'est parfait que ce soit à tous les niveaux, sacré réalisateur que ce Ken Loach qui approche de la perfection par sa technique et son talent pour s'entourer d'aussi bons collaborateurs (photographes, musiciens, et autres)!

Les comédiens sont tous parfaits et on est plongé immédiatement dans le récit sans aucune chance de pouvoir en ressortir avant le mot fin. Le héros dégage un charisme incroyable entre calme et explosivité, le premier rôle féminin est touchant au possible. Le tout est tellement bien joué qu'on a l'impression d'être dans un quasi reportage romancé: que ce soit la scène des retrouvailles, le relogement forcé d'un paysan sans terre, la soirée dansante d'inauguration, le châtiment corporel délivré par un père à sa fille, tout respire le réalisme et nous plonge d'autant plus profondément dans la trame du film. L'osmose est parfaite entre tous les personnages et l'expression "Théâtre de la vie" prend ici tout son sens.

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Je ne lui ai pas mis la note maximale pour autant car j'émettrais un bémol que je sentais venir depuis notre visionnage de la bande annonce. J'ai trouvé le film très prévisible et je n'ai jamais été surpris ou vraiment chamboulé. Il y a des scènes éprouvantes mais on ne fait pas de bonds dans le fauteuil, les péripéties s'enchaînent mais il s'agit d'un récit et d'une histoire classique que l'on a déjà lu ou vu plusieurs fois. Mais bon... rien d'irrémédiable pour autant, on suit le synopsis avec un certain plaisir et les passages chocs fonctionnent à plein régime. C'est déjà pas si mal!

Bon moment cinéma que ce film au final, même si l'originalité n'est pas au rendez-vous, on ne peut que s'incliner sur la beauté formelle de cette œuvre, son pouvoir évocateur en matière de lutte sociale et sa belle prise de position pour la cause de l'émancipation morale dans une société puritaine.

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dimanche 6 juillet 2014

"L'état des âmes" de Giorgio Todde

l'état des âmes

L'histoire: Le village d'Abinei, en 1892, vit retiré à l'intérieur des terres, poche moyenâgeuse à la jonction de la mer et du ciel. Ici, le maquis abrite encore des brigands de grand chemin. Ici, les naissances de tout temps ont toujours été égales au nombre des décès. Aussi, quand il est annoncé qu'une villageoise doit enfanter, tout le monde sait qu'il y aura une mort à pleurer. Tout change pourtant lorsqu'il devient évident que Milena Arras, agonisante pour donner raison à la terrifiante coutume, a été empoisonnée. Ce qui était un état "naturel" accepté de tous engendre désormais la pire des suspicions. S'agit-il d'une terrifiante transmission secrète gorgeant génération après génération des meurtriers en série? Qui sera le suivant et pourquoi? Car la villageoise, non contente de survivre, a mis au monde des jumeaux...

La critique de Mr K: C'est encore un test de lecture réussi que je vous présente aujourd'hui avec la lecture de L'état des âmes de Giorgio Todde. J'aime beaucoup la collection Folio policier et le résumé me plaisait bien: une démographie contrôlée à l'âme près, l'Italie du XIXème siècle, un petit village reculé flirtant avec le refus du progrès et des meurtres mystérieux qui vont bousculer tout cela.

Étrange vous avez dit étrange? En effet, un être pousse son premier souffle de vie quand un autre s'éteint. Telle est la curieuse réalité d'Abinéi, petit village d'Italie bien tranquille sous tout rapport. Mais voilà... Un meurtre est commis et tout est chamboulé. Cela inquiète au plus haut point Don Cavili, curé de la paroisse adepte de l'ordre mathématiques de la Création. Le médecin du village envoie quérir un ami d'étude, Efisio Marini un médecin vivant à Cagliari, pour essayer de dénouer les ficelles d'un crime qui se révèle bien plus tordu que de prime abord. Il va falloir interroger, questionner, lire à travers les faux-semblants et expérimenter de nouvelles méthodes d'investigations pour pouvoir enfin faire la lumière sur la vague de crime qui finit par s'abattre sur la paisible bourgade.

Les personnages sont de suite attachants en premier lieu celui d'Efisio Marini qui par bien des égards ressemblent au fameux Ichabod Crane de la légende du cavalier sans tête (incarné par Johnny Depp dans Sleepy Hollow). En avance sur son temps et précieux au possible, il doit dépasser les superstitions et les méfiances pour tenter de discerner le vrai du faux. Embaumeur à ses heures perdues, il doit composer avec un curé hostile à ce genre de pratiques et une population rétrograde se complaisant dans les mœurs du passé. J'ai trouvé le curé très bien décrit aussi, notamment son obsession des chiffres et sa volonté de protéger à tout prix sa paroisse. Les personnages secondaires ne sont pas en reste avec toute une galerie de personnages plus vrais que nature: le bon docteur de campagne, la vieille veuve trompée et rancunière, les bandits de grand chemin vivant dans le maquis, le politicien véreux et retors... autant de personnages qui contribuent à l'alchimie de l'histoire et lui donne un bouleversant accent de réalisme qui nous plonge au cœur de la trame.

L'époque est bien rendue, aucune fausse note ne vient ternir la tableau de ce petit village italien du XIXème siècle. Autre époque autres mœurs et ici rien ne nous est épargné. Enquêter est difficile et les habitudes ont la vie dure. Le soupçon, l'envie et la méfiance de la foule dominent et la pression sociale est extrêmement forte. Peu à peu, une vérité semble émerger et l'on sent bien qu'elle ne va pas plaire, surtout à cette époque où le carcan moral est omniprésent. Le final ne m'a pas vraiment surpris car j'avais identifié le coupable depuis déjà un bon bout de temps mais le background était suffisamment poussé pour conserver mon envie de lire la suite surtout que la langue est des plus agréable à la fois fluide et exigeante, l'auteur allant à l'essentiel sans se perdre en détails inutiles.

Au final, je dirai que nous avons affaire à un bon roman policier qui tire son épingle du jeu de par son écriture fine et son cadre inhabituel. Une belle expérience que je vous invite à tenter.

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