Cafards at home

vendredi 27 mai 2016

"Moi, ma vie et les autres" de Jim Powell

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L'histoire : À soixante ans, Matthew Oxenhay contemple son existence avec un regard désabusé et une ironie mordante. Depuis quelque temps, il traverse une phase difficile où l’alcool et son goût pour la provocation masquent difficilement son mal-être. Renvoyé de son poste de trader à la City il y a quelques mois, il n’a encore rien dit à Judy, son épouse modèle. Sa carrière, sa famille, ses amis… Rien ne le satisfait plus aujourd’hui, et cette existence, dans le fond, ne l’a jamais vraiment fait vibrer. Car, à vingt ans, ce n’était pas de cette vie-là qu’il rêvait. Mais Matthew se dit qu’il est sans doute trop tard pour changer. Pourtant, lorsqu’il rencontre par hasard Anna, dont il était tombé éperdument amoureux quarante ans plus tôt, Matthew voit en elle l’occasion d’un nouveau départ, la possibilité du bonheur. Peut-il reprendre les choses là où il les avait laissées et devenir celui qu’il rêvait d’être ? Ou bien toutes ses illusions se sont-elles envolées avec le temps ?

La critique de Mr K : Sur une route de campagne, on retrouve Matthew Oxenhay sexagénaire à bout de souffle. Plus rien ne le comble, il remet en questions tous les éléments qui constituent son existence : viré de son travail après des années de bons et loyaux services, il ne se satisfait pas de l'argent qu'il a pu mettre de côté. La lassitude conjugale l'a aussi envahi, il compare sa vie à une suite de gestes mécaniques et habituels sans saveur, sa femme lui est quasiment devenue une étrangère alors qu'elle est prévenante et aimante. Ses amis l'ennuient et les regrets commencent à poindre à l'horizon avec en première place, Anna. Un amour de jeunesse idéalisé que le plus grand des hasards va lui faire rencontrer à nouveau lors d'une visite au Tate de Londres. Il rentre alors dans une période de remise en question profonde qui pourrait déboucher sur des changements irrémédiables.

Je suis assez friand des romans aux héros fatigués et usés par la vie. Souvent, ils sont propices à l'introspection et éclairent sans concession les affres de l'existence humaine. On n'échappe pas à ce diptyque doré avec cet ouvrage 100% anglais dans l'esprit et l'écriture, Jim Powell excellant dans le maniement du cynisme, les sarcasme et les envolées intérieures hautes en pouvoir évocateur. La quatrième de couverture ne ment pas, on embarque vraiment dans les montagnes russes de l'existence, les pérégrinations de Matthew offrant tour à tour grands moments de désespérance et espoirs fugaces. On sourit, on s'amuse face aux réflexions désabusées du héros qui sonnent souvent juste, on frémit aussi lors de ses remises en question, les balancements entre raison et désir. Une vie humaine est fragile et délicate, et ici on flirte constamment avec le fil du rasoir avec cet ouvrage centré sur le narrateur et le suivant au plus près. Rien ne nous échappe ou du moins semble clair comme de l'eau de roche, c'est sans compter une fin aussi surprenante que bien trouvée.

En effet sous ses dehors de trame classique et une narration immersive, l'auteur plante des certitudes et des orientations dans l'esprit captivé du lecteur mais c'est pour mieux le cueillir en fin d'ouvrage avec une révélation et un sens de la surprise sonnant juste et fort au bon endroit, au bon moment. Au fil de la lecture, on s'est forgé une image bien précise de Matthew, personnellement je l'ai adopté, aimé, parfois rejeté puis retrouvé. Un élément essentiel pourtant de sa personnalité nous échappe et une fois la révélation faite, on se surprend à reprendre mentalement tout le déroulé qui du coup prend un sens et un tour nouveau. Le procédé est ingénieux et magistralement exécuté dans ce livre. Bravo!

Il faut dire que l'auteur sait s'y prendre, grâce à une langue novatrice dans son expression, très tatillonne par moment dans le vocabulaire et la syntaxe mais dévissant totalement lors de l'expression des sarcasmes et réflexions du personnage principal pour le plus grand plaisir du lecteur. Cet humour grinçant porte ce destin abîmé, nous attache à ses pas et ne nous lâche plus. Avec Moi, ma vie et les autres, le degré d'addiction est élevé et il est vraiment difficile de relever le nez avant le mot fin. On ressort de cette lecture sensiblement ébranlé, partagé entre portée symbolique du parcours de Matthew et reflet peu flatteur de La Condition humaine si chère à Malraux. Une expérience à part, au parfum doux-amer et qui laisse des souvenirs durables.

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mercredi 25 mai 2016

"Zazous" de Gérard De Cortanze

zazousL'histoire : On n'est pas sérieux quand on a quinze ans - même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Maris danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d'ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

A mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d'adolescents couvrent les murs de Paris du "V" de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l'Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l'étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant "changer la vie" qu'empêcher qu'on ne leur confisque leur jeunesse.

La critique Nelfesque : Vous le savez, si vous êtes un fidèle du Capharnaüm éclairé, autant Mr K est un adepte d'ouvrages traitant de la Première Guerre mondiale, autant de mon côté je ne rechigne jamais à lire un roman / document / essai (...) sur la seconde. C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Zazous" de Gérard De Cortanze sorti début mars chez Albin Michel sans en avoir entendu parler au préalable, sans connaître l'auteur et sans même être très au courant de l'implication du mouvement Zazou dans le déroulement de l'Histoire.

J'avais donc encore des choses à apprendre sur cette guerre de 39-45 qui a de moins en moins de secret pour moi. Il est vrai que la musique a toujours été révélatrice d'une époque, elle met en lumière des espoirs, des peurs, des volontés. Je n'aurais jamais pensé à aborder cette guerre sous le prisme de la musique des zazous, plutôt versée dans le jazz et le swing, et par tout ce qu'il y a autour, un look, un état d'esprit, une façon de voir la vie. En cela "Zazous" est très intéressant et prend le parti d'apporter un vent de liberté sur une époque lourde. Ces jeunes semblent se moquer de tout, peu leur chaut la guerre, tout ce qui leur importe c'est de vivre ! Les voisins les regardent d'un drôle d'oeil, eux les jeunes écervelés qui ne semblent pas voir plus loin que le bout de leur nez et ne pensent qu'à danser et à se pavaner dans les rues dans leurs costumes ridicules. En apparence certes. Mais si l'on gratte sous le vernis du paraître, on met à nu toute une philosophie de vie.

Le lecteur suit ici une bande de copains parisiens ("parisiens" a ici son importance puisque je ne pense pas qu'il fut possible de vivre avec autant d'intensité sa vie de zazou en province) qui affublés de larges vestes à carreaux et de pantalons bouffants, se coiffent de cheveux longs et passent leurs soirées au cinéma ou en concert même en période de couvre feu. Ces jeunes bravent tout, le danger, les codes, les moeurs. Qu'importe qu'il y ait la guerre, si telle est leur vie, autant la vivre jusqu'au bout et comme ils l'entendent. Issus d'un milieu aisé, ils sont cultivés, s'intéressent à différents mouvements artistiques, sont au fait des derniers lieux tendance où se tiennent des concours de danse, sont relativement épargnés du fait de leurs relations lorsque viennent les périodes de restriction.

Tout cela est assez déconcertant. Nous sommes en pleine guerre, nous connaissons les conditions de vie de certains, le froid, la peur, la faim... Et au milieu du chaos, dans ce roman de Gérard De Cortanze, nous suivons des jeunes gens qui semblent flotter au dessus du lot, qui sont certes atteint par l'actualité mais d'une façon moindre si l'on met leurs conditions de vie en parallèle de celles de la majorité de la population à cette époque. Comme une petite bulle de privilèges, un désir de vivre malgré tout mais un choix que peu ont eu l'occasion d'avoir...

L'écriture de l'auteur est très simple. Trop simple. On est ici parfois plus dans le documentaire que dans la littérature. De Cortanze nous donne un flot d'informations certes intéressant mais redondant pour qui connaît bien l'Histoire et surtout noie, à mon sens, l'histoire propre de chacun de ses personnages dans une débauche de données impersonnelles. Si je veux lire un ouvrage d'Histoire, je lis un ouvrage d'Histoire (un document, un témoignage, un essai), si j'ouvre un roman c'est pour avoir un autre niveau de lecture, plus tourné vers l'empathie que la documentation. Voilà un parti pris de l'auteur auquel je n'ai pas adhéré et j'ai eu peur, je ne vous le cache pas, que ce "travers" soit présent jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Heureusement ce ne fut pas le cas et au milieu de roman, les personnages prennent plus d'ampleur et le lecteur commence à s'attacher à certains d'entre eux. Les événements les écorchent, les malmènent eux aussi et on commence à entrer plus profondément dans leurs vies. Ce qui au départ était parti pour être un roman vite lu / vite oublié, devient peu à peu une histoire à laquelle le lecteur s'accroche. Certains personnages nous touchent plus que d'autres, certaines injustices éclatent et on se met à trembler pour l'avenir de l'un ou l'autre des jeunes gens qui hantent ce récit. L'écriture de l'auteur change également au fil des pages, se laissant enfin aller à la littérature, ne faisant plus que simplement relater des faits mais entrant plus profondément dans les ressentis des personnages. Dommage que cette plume littéraire n'ait pas été adoptée dès le début, cela aurait pu donner un très beau roman.

Pour ceux qui n'ont pas encore beaucoup lu sur cette période de l'Histoire, qui n'ont qu'une vague idée de l'ambiance qui pesait sur Paris durant ces années, qui sont trop jeunes pour avoir vu les documents d'archives (mais est-ce possible en fait de passer à côté de toutes ces données ?), cet ouvrage est très intéressant parce qu'il condense nombre de faits et relate précisément certains événements. Un bon petit rappel ou une bonne mise en bouche pour qui veut se pencher plus sérieusement sur le sujet par la suite. Un parti pris éducatif laissant peu de place à la volonté de recherches documentaires du lecteur qui m'a quelque peu gênée mais qui plaira sans doute à d'autres qui préfèrent avoir toutes les informations sous la main tout de suite.

Enfin, pour résumer mes propos en guise de conclusion, en ce qui concerne le fil conducteur de cet ouvrage, c'est l'histoire dans l'Histoire, ses joies et ses peines. La seconde guerre mondiale à Paris à travers la vie d'une bande de copains. Un roman écrit simplement qui retrace une partie de notre Histoire encore proche et qui touchera peut-être certains d'entre vous pour la jeunesse d'esprit, l'insouciance et la désinvolture apparente de ses personnages. En ce qui me concerne, je cherche plus que cela dans ce type de roman mais ne rejette pas pour autant "Zazous" qui a le mérite d'exister et de parler d'une guerre que l'on connaît bien avec une approche différente. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman sur ce sujet mais il se lit sans difficulté. A chacun de voir selon ses préoccupations, ses besoins, son expérience sur le sujet si il est pertinent de se lancer dans cette lecture ou non.

mardi 24 mai 2016

"Stardust" de Neil Gaiman

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L'histoire : Dans la campagne anglaise, à l'aube de l'ère victorienne, la vie s'écoule paisiblement au petit village de Wall, ainsi nommé du fait de l'épaisse muraille qui ceint le hameau et le sépare de la forêt du Pays des Fées. Le jeune Tristran Thorn se consume d'amour pour la belle Victoria Forrester, qui ne le lui rend guère. Une nuit, alors qu'ils contemplent le firmament, une étoile tombe du ciel...

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie Gaiman aujourd'hui avec ce récit de fantasy assez court (214 pages) dont a été tiré une adaptation cinématographique plutôt côtée au casting bluffant. Pour ma part, en ouvrant le recueil, j'étais vierge de tout spoiler (je n'ai pas vu le film à l'heure où j'écris ces quelques lignes) et j'attendais avec hâte de retrouver l'auteur des très bons American gods et Coraline. Je n'ai pas été déçu!

Le petit village forestier de Wall borde la frontière qui sépare la Terre et le monde des Faëries. Un mur symbolise cette dissociation et les habitants doivent le garder pour empêcher toute incursion d'un côté comme de l'autre. Une entorse à la règle est tolérée tous les neuf ans quand s'ouvre la foire des fées qui, durant un jour et une nuit, permet aux deux mondes de se rencontrer. C'est la promesse d'Amour du jeune Tristran qui va le propulser dans le territoire interdit, à la recherche d'une mystérieuse étoile qui est tombée du ciel. Il est loin de s'attendre à ce qui va suivre, Stardust est en effet riche en rencontres et en rebondissements...

Ce roman est une réussite en terme de fantasy tout d'abord. On retrouve tous les éléments classiques du genre à la différence notable qu'elle se déroule à notre époque (du moins quand l'action se passe dans le village de départ). Mais dès que Tristran a traversé le Rubicon mur, on rencontre créatures des bois, fées de toutes sortes, sorcières malveillantes et tristes monarques que la Mort guette. Rien de véritablement neuf mais une osmose qui se fait naturellement avec cet être venu de la Terre et qui est obsédé par son amour pour la belle Victoria. Au début, c'est plutôt une épreuve laborieuse pour le jeune homme, puis le goût de l'aventure va lui venir et une fois la véritable nature de l'étoile révélée, le personnage va voir sa vie et ses certitudes vaciller. Il ne sera plus jamais le même...

Comme toujours avec ce genre, on voyage beaucoup, on combat d'horribles monstres et personnages secondaires obnubilés par leurs désirs contre-nature (ici l'éternelle jeunesse et la vie éternelle), on passe des soirées charmantes dans des auberges bondées où l'on festoie jusqu'à pas d'heure (variation plus sombre ici), on chevauche du matin au soir sur des montures parfois assez rétives (ici une licorne au tempérament fougueux), on se réveille avec des courbatures de dingue en mangeant de l'écureuil, on tombe amoureux de la mauvaise nana (ou du mauvais mec, c'est valable dans les deux sens), on retombe amoureux mais cette fois ci à priori ça devrait être bon, etc. Tout cela pour dire qu'on a entre les mains (et pas entre les nains...) avec Stardust un livre plutôt classique dans son contenu, sans réelle surprise mais au récit maîtrisé et plaisant à parcourir tant on se plaît à reconnaître les chemins déjà parcourus dans d'autres œuvres.

Mais alors Mr K, faut-il lire un tel livre me direz-vous? Ma réponse est oui car il s'agit tout de même de Gaiman et que son talent de conteur n'est plus à prouver. Les novices en terme de fantasy y trouveront une histoire prenante et bien menée, les afficionados une douce distraction entre deux romans cultes de Tolkien, George R. Martin ou encore Moorcock. Rythmé à souhait, volontiers sarcastique à l'occasion (le second degré me plaît terriblement en fantasy), lisible à différents niveaux, on y trouve forcément quelque chose qui nous donne envie d'aller plus loin dans la lecture. Plus que le récit plutôt convenu, ce sont les personnages qui m'ont accroché notamment Tristran pour son côté fleur bleu qui va se heurter à la dure réalité et celui de la sorcière qui souhaite retrouver sa prime jeunesse et qui est ici une figure tragique très shakespearienne et jusqu'au-boutiste (il paraît que c'est ma chouchoute Michelle Pfeiffer qui tient le rôle dans la version cinoche).

On passe un bon moment pour une lecture qui ne révolutionne pas le genre mais l'illustre parfaitement. L'aventure et la romance sont au rendez-vous dans le style impeccable et parfois déviant de Gaiman. Une expérience parfaite pour un après midi pluvieux coincé à la maison ou une douce pause lecture en pleine nature.

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dimanche 22 mai 2016

Randonnées en Auvergne dans le Cantal (partie 1)

En ce moment, niveau météo, c'est pas la joie. La sinistrose me guette et j'ai comme une envie de partir en vacances... Faute de pouvoir le faire, je me mets à la rédaction d'articles sur quelques unes de nos escapades que j'ai laissé méchamment traîner...

Si vous êtes allergiques à la montagne, aux rando et que vous ne jurez que par la ville, vous pouvez passer votre chemin. Si vous êtes curieux, que vous aussi vous avez besoin de verdure et de grand air, ne bougez plus et suivez-moi...

Gite et environs 4

Des copinautes publiant en ce moment même de vieux compte-rendus (coucou Mariejuliet et Zina ^^), je prends le train en marche ! Rajoutez à cela que les parents de Madimado vont bientôt ouvrir une chambre d'hôtes dans les Pyrénées, que les montagnes m'appellent et qu'on ne peut pas vraiment parler d'actualité (et donc être dans les choux) lorsqu'il s'agit de promenades dans la nature, je m'en vais vous parler de l'Auvergne ! Il y a peu de chance que depuis notre passage le paysage ait changé ! Vous pensez peut-être à préparer vos vacances d'été pour cette année et vous ne savez pas où aller ? C'est décidé, ce sera le Cantal mais vous voulez en savoir plus ? Vous êtes au bon endroit !

Il y a quelques mois, nous avions réservé un gîte dans le Cantal. Nous connaissions déjà l'Auvergne pour avoir séjourné dans le Puy de Dôme il y a quelques années et nous avions envie d'y retourner. Le Cantal est situé dans la partie sud du Parc naturel régional des Volcans d'Auvergne. Ces deux départements sont complètement différents et je serai bien incapable de vous dire laquelle j'ai préféré, laquelle est la plus belle, tant elles ont chacune de vrais atouts. Ici, au niveau paysage, on se rapproche plus de la montagne telle qu'on se l'imagine, les courbes étant moins arrondies que dans le Puy de Dôme. Si vous voulez la pub Volvic, rendez-vous dans le Puy de Dôme, pour des paysages plus sauvage, préférez le Cantal. Je sais pourquoi mais comme je ne compte pas vous faire une leçon de géographie, vous n'aurez qu'à chercher si vous vous posez la question (de rien !).

Le gîte et ses environs proches :

Niveau localisation, nous étions en plein coeur de la vallée de la Jordanne, à Saint-Julien-de-Jordanne. Un petit village sur une des routes qui mène au Puy Mary, nous avions jeté notre dévolu sur un tout petit hameau, entourés de montagnes, avec les cloches des vaches et les bêlements des moutons en fond sonore. Le bonheur...

Gite et environs 1
Cette petite maison en pain d'épice était notre chez nous pour 7 jours.

Gite et environs 2
Voyez un peu l'affluence niveau voisinage...

L'idée était de loger à un endroit où nous n'aurions pas à prendre la voiture pour randonner si l'envie se faisait sentir. Et nous avons effectivement exploré les dénivelés alentours !

Gite et environs 3
On aurait eu tort de se priver non !?

Gite et environs 5

La Vallée de la Jordanne - Randonnée à Saint-Cirgues-de-Jordanne :

Et en matière de randonnée, dans le coin, il y a de quoi faire ! Saint-Cirgues est le point de départ de l'une d'elles, à 6 km de notre maison auvergnate. En partant du centre bourg, on a l'occasion sur une demi-journée de parcourir un paysage varié et alterner sous-bois et ombre avec prés et gros cagnard.

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En chemin, on passe dans quelques hameaux où l'on verrait bien notre maison de vacances.

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Il faut aimer la solitude, je vous l'accorde...

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(forêts, prairie, il ne manque plus que la famille Ingalls)

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Après un passage bordé de fougères, on arrive sur un plateau où nous attendent nos copines...

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Hey salut les filles !

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(En nous tenant bien à l'oeil, elles concèdent à nous laisser passer)

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9/10 km de marche, 500 m de dénivelé à 900 m d'altitude, cette randonnée se fait relativement sans problème même pour ceux qui ne sont pas de gros marcheurs. Les paysages sont variés, on ne cuit pas en plein soleil, on apprécie sans s'arracher les poumons (là je parle pour moi, l'asthmatique qui s'étouffe) et après la pause casse-croûte ça va tout de suite mieux.

Gastronomie :

D'ailleurs, en parlant de casse-croûte, nous n'étions pas en reste dans cette belle région ! Sur les conseils de nos propriétaires, nous avons été dîner dans une auberge auvergnate et nous avons bien crû y laisser nos vies ! Repas excellent fait maison, ambiance comme chez mémée avec grandes tablées et plats copieux (trooooop) pour un tarif très raisonnable. Comme il ne faut pas gâcher, on a tout mangé... Et on a bien crû exploser ! Moi qui suis d'une région où l'on mange pas mal (le Périgord, pour ceux qui l'ignorent) et qui suis donc pas mal entraînée de ce côté là, je dois dire que j'ai dû m'incliner. Pour le coup, Auvergne 1 - Dordogne 0. Mr K, qui n'a pas l'entrainement, a mangé sa truffade toute la nuit...

En vacances, nous ne faisons pas beaucoup de resto mais on aime cuisiner local avec de bons produits du coin. Miam la salers au barbecue, la charcuterie et les fromages ! C'est ça aussi la montagne et voilà pourquoi on randonne pas mal. Il faut bien éliminer !

Bouffe steack
(Oui Mr K met beaucoup trop de beurre dans ses haricots)

Bouffe soda
(Ça ne vaut pas le Breizh Cola ^^)

Bouffe gateaux
"Oh dit, si on s'arrêtait dans une boulangerie avant la rando pour avoir un goûter aux myrtilles dans notre sac à dos"

Bouffe biere
(L'hydratation c'est important. Et il y a de la myrtille dans la bière, c'est bon pour la vue !
Le saucisson est là pour faire joli avec sa médaille d'or)

Bouffe yaourts
Même les yaourts sont du coin. On fait marcher l'économie locale !

Vous avez faim ? Vous avez pris 2 kg rien qu'en voyant les dernières photos ? Ne vous inquiétez pas, on éliminera ça dans un prochain post avec des randonnées plus difficiles... Pour l'occasion, on sera un peu plus haut (de 1500 à 1700 m d'altitude). Je vous laisse digérer celui ci avant. Prochaine escale aux sommets de puys, cols et pas !

samedi 21 mai 2016

Double effet Kisscool !

barhollandeessence

Dessin de Bar tiré de son blog

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vendredi 20 mai 2016

"Pères, fils, primates" de Jon Bilbao

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L'histoire : Joanes est un entrepreneur en difficulté : son entreprise de climatisation ne va pas fort et s’il ne signe pas ce contrat qu’il attend, il devra mettre la clé sous la porte. Ce brillant ingénieur avait pourtant tout pour réussir. Mais sa carrière a été tuée dans l’œuf par l’un de ses professeurs. Au cours d’un séjour sur la côte mexicaine, au milieu des hôtels remplis de touristes, pour célébrer le second mariage de son beau-père avec une jeunette blonde, il va croiser son ancien professeur. Il rencontrera aussi un chimpanzé très spécial. Alors qu’un ouragan frappe les îles mexicaines, Joanes, en plein burn-out, plonge dans un délire de vengeance et de manipulation…

La critique de Mr K : Retour dans la maison Mirobole avec ce roman noir venu tout droit du Pays Basque. Plutôt versé dans les recueils de nouvelles (couronnés d'ailleurs de plusieurs prix littéraires), Jon Bilbao nous offre avec cet ouvrage un voyage au Mexique, sur les traces d'un homme en perdition qui se débat avec sa vie. La pression va monter jusqu'au point de non-retour…

C'est donc dans la péninsule du Yucatan que nous retrouvons Joanes (entrepreneur dans le secteur de la climatisation) en fâcheuse position. Sa société est aux abois et il attend un coup de fil important d'un client qui pourrait renverser la vapeur pour lui et ses salariés. Pour couronner le tout, s'il est au Mexique, ce n'est pas pour y passer des vacances paradisiaques... Il a été invité avec sa femme et sa fille (une ado dans toute sa splendeur...) au mariage de son horripilant beau-père avec une petite jeune bien décérébrée comme il faut (sic). L'ambiance est donc tendue et l'annonce d'un ouragan à venir va précipiter les choses.

Séparé de sa famille qui a fui l'hôtel avant lui et l'attend dans les terres, Joanes va devoir entreprendre un voyage au cœur des éléments déchaînés et ses propres démons, obsédé par le contrat en attente, des flash-back révélant les fêlures de son passé et la pression qui monte sans cesse au fil des rencontres impromptues qui émaillent le récit. Ce n'est que dans le dernier acte que la délicate construction d'ensemble explose littéralement laissant le lecteur comme sonné bien que pas surpris pour ma part.

C'est une étrange d'ambiance dans laquelle baigne ce roman. On retrouve l'impression que l'on a pu ressentir lors de la lecture de La Perle de John Steinbeck. La plupart des personnages sont anonymes comme pour souligner l'universalité de la situation de ce héros dépassé par les événements et ne sachant plus trop comment mener sa barque. La chaleur / les éléments jouent sur les corps et esprits des différents protagonistes et l'on sent bien qu'il se trame quelque chose de terrible et d'irrémédiable. La maison d'édition fait référence notamment à Shining de Stephen King, je trouve que l'allusion est légèrement too much tant le King maintient une tension quasi permanente alors que Pères, fils, primates de Jon Bilbao est plus progressif et surtout beaucoup moins effrayant. Du coup, la fin m'a quelque peu déçu à cause de cette référence au dos du livre, je m'attendais à encore plus thrash.

Attention, ce livre est tout de même une très bonne lecture : on s'attache au personnage principal, on s'agace beaucoup quant au comportement et attitude du professeur notamment, on s'interroge sur les chimpanzés croisés par le héros, on se demande bien si Joanes va bien finir par retrouver sa douce femme. Récit court de 217 pages, l'auteur est un orfèvre en matière de caractérisation des personnages, en quelques pages on se fait déjà une idée bien précise de chacun et les révélations ultérieures rajoute une couche salutaire qui les fait passer dans une autre dimension, celle des longues existences humaines où espoirs et déceptions se conjuguent inexorablement. La noirceur imprègne peu à peu les pages et ne laisse que peu de chance d'échapper au fatum qui semble planer au dessus du héros depuis le début.

J'avoue que cet ouvrage fait partie des livres qu'on ne peut relâcher avant la fin (d'ailleurs je l'ai lu en un après-midi sur la plage puis la terrasse du jardin). On passe un excellent moment entre les mains d'un auteur talentueux, accessible dans la langue et profond dans les propos, le suspens est bien maintenu et malgré une fin un peu abrupte (vous me connaissez maintenant, je suis un râleur...) cette lecture est plus que recommandable ! Avis aux amateurs, ce roman noir est une belle réussite !

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mardi 17 mai 2016

"Retour à Watersbridge" de James Scott

retour à watersbridgeL'histoire : Dans la neige, Elsphet Howell, sage-femme, regagne sa ferme du nord de l'Etat de New York. Là-bas, le sang a coulé : toute sa famille a été massacrée. Seul Caleb, 12 ans, a échappé à la fusillade ; il a tout vu de la grange où il s'était réfugié. Mère et fils partent alors à la poursuite des trois tueurs à travers une contrée hostile et glacée. Cette soif de vengeance dissimule bien des secrets.

La critique Nelfesque : "Retour à Watersbridge" de James Scott est un coup de poker. Ne connaissant ni le titre, ni l'auteur (et pour cause puisqu'il s'agit ici de son tout premier roman), je ne me suis fiée qu'à la quatrième de couverture et me suis lancée dans cette lecture vierge de toute critique. Pari gagné !

Nous sommes ici dans l'Amérique de la fin du 19ème siècle. Très éloignée de celle que nous connaissons de nos jours, elle est soumise aux éléments naturels, à la rudesse de la vie quotidienne de ses habitants et aux pratiques d'une époque définitivement révolue.

C'est par un soir d'hiver de 1897 qu'Elsphet rentre seule à pied d'un périple de plusieurs heures de train et de marche dans la neige. Ce trajet, elle le connaît bien puisqu'elle est sage-femme et loue ses services régulièrement aux médecins alentours. Ce jour là cependant, à son retour, elle ne s'attendait pas à découvrir sa petite fille de 8 ans morte au seuil de sa maison et son aînée inerte dans la cuisine. Elle qui pensait apprécier la chaleur de son foyer ne trouve ici qu'horreur et désolation. Elle n'imaginait pas non plus se faire tirer dessus, paralysée par l'effroi, et commencer ici une lutte pour la vie et la vengeance.

"Retour à Watersbrige" démarre très fort avec le massacre de la famille Howell, mi indienne - mi américaine "pure souche". La liaison entre Elsphet et son mari a déjà fait beaucoup parler mais les années passant et les enfants naissant, les époux mènent une existence paisible au fin fond de la montagne, éloignés des on-dit, dans leur petit nid douillet et précieux. Une quiétude qui va brutalement prendre fin avec le massacre de toute la famille. James Scott ne fait pas dans la dentelle et la scène d'introduction est un véritable crève coeur.

Caleb, 12 ans, réussit à se cacher lors de l'attaque de la maison et échappe à cette boucherie. Il va alors soigner sa mère, s'occuper des corps de son père et de ses soeurs. Lui, proche de la nature, l'enfant discret de la famille, rentre de plein fouet dans le monde des adultes, dans ce qu'il a de barbare et violent, et va devoir prendre des décisions vitales dans cette immensité blanche et froide. Une erreur, une hésitation et la mince membrane qui lie sa mère à la vie peut se rompre à jamais. Caleb va grandir plus vite que les autres et perdre son innocence.

La nature tient une place importante dans cet ouvrage de James Scott. Autant les premières pages du roman peuvent laisser penser à un thriller, autant l'ouvrage dans son ensemble tient plus du roman noir. Combat quotidien contre la mort, avec le froid pour seul compagnon de route, les non-dit et les secrets collés aux corps entre Caleb et sa mère, l'auteur met tout en place pour que le lecteur soit perdu dans un univers glacé autant dans les coeurs que dans le paysage. Avec la vengeance comme seul point de mire, nous suivons Elsphet et Caleb jusqu'à Watersbridge, ville où ils vont changer d'identité pour mener leur enquête.

Des personnages pudiques, un père et une mère plein de secrets et des relations difficiles, voilà ce que nous propose James Scott dans "Retour à Watersbridge". Avec pour toile de fond une petite ville isolée et une nature hostile, il resserre peu à peu son emprise sur des lecteurs pris au piège par les éléments et la folie des hommes. Un bien beau premier roman qui explore le fond de l'âme humaine et donne à voir une Amérique d'un autre temps et aux autres moeurs.

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lundi 16 mai 2016

"Les Maraudeurs" de Tom Cooper

maraudeurs

L'histoire : À Jeanette, en Louisiane, on survit tant bien que mal grâce à la pêche, de génération en génération, mais depuis le passage de l’ouragan Katrina rien n’est plus pareil. Et quand la marée noire vient polluer les côtes, les habitants sont de nouveau confrontés au pire.

Parmi eux, Gus Lindquist, un pêcheur manchot accro aux antidouleurs, qui rêve depuis toujours de trouver le trésor caché de Jean Lafitte, le célèbre flibustier, et parcourt le bayou, armé de son détecteur de métaux. Ou encore Wes Trench, un adolescent en rupture avec son père, et les frères Toup, des jumeaux psychopathes qui font pousser de la marijuana en plein cœur des marécages. Leurs chemins croiseront ceux de Hanson et Cosgrove, deux losers prêts à tout pour devenir riches, et de Brady Grimes, mandaté par la compagnie pétrolière pour inciter les familles sinistrées à renoncer aux poursuites en échange d’un chèque.

Mais tous n’en sortiront pas indemnes…

La critique de Mr K : Les Maraudeurs est le premier roman de Tom Cooper, nouvelliste talentueux qui s'essaie pour la première fois au récit long. La collection Terres d'Amérique chez Albin Michel frappe une nouvelle fois un grand coup avec un texte entre naturalisme et destins croisés qui m'a accroché immédiatement, m'a captivé durant toute ma lecture et m'a laissé pantelant une fois le livre refermé.

Comme le précise la quatrième de couverture, nous suivons plusieurs personnages qui à priori au départ n'ont rien à voir les uns avec les autres et ne sont pas destinés à se croiser. En effet, quoi de commun entre un commercial de chez BP, un couple de frères jumeaux complètement branques, un vieux pêcheur manchot, un jeune homme en rupture avec son paternel, et un duo de losers? Pas grand-chose, si ce n'est que les circonstances vont tantôt les rapprocher, tantôt les opposer. Au fil des chapitres, des rencontres et des aléas de la vie, chacun va voir sa vie changer, ses buts modifiés et pour certains, l'imprévisibilité et la brutalité de l'existence va leur être fatale.

Le premier gros point fort de ce roman réside dans l'amour que porte Tom Cooper à ses personnages. Ces derniers ne sont pas d'énièmes succédanés de personnalités tirant vers la caricature et le vide. Tous possèdent un charisme, une profondeur qui accroche le lecteur. Beaucoup en ont bavé et tentent de vivre une vie à peu près normale (j'ai bien dit "à peu près"): disparition d'un être cher à cause de l'ouragan Katrina, perte d'un membre (ici un bras) et la nécessaire adaptation dans la vie de tous les jours, la marée noire qui réduit l'activité des pêcheurs de Jeannette (nom de la bourgade où se déroule l'essentiel du roman), le complexe d’œdipe difficile à résoudre entre un père et son fils au dessus desquels plane l'ombre d'une disparue, la survie en milieu hostile (le bayou est impénétrable), la nécessaire protection de son bien (ici un champs de cannabis) au détriment de la morale et aux confins de la folie et pour tous, des rêves soit en devenir soit depuis longtemps oubliés.

Brut de décoffrage à travers des dialogues crûs parfois drolatiques qui plantent immédiatement une situation et lui donnent un réalisme de tous les instants, l'auteur n'en oublie pas de soigner les pensées intérieures et le passif de chacun. Il se dégage de l'ensemble un portrait sensible et complet d'une communauté humaine recentrée sur elle-même, vivant dans le passé glorieux désormais révolu à cause de Katrina et de l'exploitation pétrolière (BP est largement cité dans les pages de l'ouvrage). Les pêcheurs de crevettes (on ne peut s'empêcher de penser à Forrest Gump de Robert Zemeckis) sont en faillite ou au bord de l'être, les magasins ferment les uns après les autres et les gens se replient sur eux-même, Les Maraudeurs est donc aussi un bel hommage à une région typique des États-Unis que le destin n'a pas gâté. C'est une autre Amérique qui nous est ici donnée à voir entre fragilité, force des traditions familiales (dynasties de pêcheurs notamment) et coexistence avec la nature profonde et quasiment indomptée.

L'autre grand personnage de ce récit, c'est bien évidemment le bayou qui est retranscrit avec un naturalisme saisissant qui prend à la gorge. Après un paragraphe descriptif en fermant les yeux, on pourrait presque entendre le bourdonnement des insectes, le ressac de l'eau, les glissades en surface des alligators, voir l'enchevêtrement des arbres formant une jungle chaude, humide et répulsive pour les bipèdes que nous sommes. L'immersion est totale, bluffante dans son genre et on en redemanderai presque tant on vient à bout du livre très rapidement. La langue est un savant mélange de simplicité et de précision, pas besoin ici de lignes interminables pour planter le décor et l'ambiance. Tom Cooper venant de la nouvelle, il économise ses mots et va à l'essentiel. L'efficacité est garantie et le bonheur de lecture constant.

Au final, ce titre est sans doute mon préféré dans cette collection que je pratique maintenant depuis un certain temps et qui fête d'ailleurs ses trente ans cette année. Cet auteur est vraiment à suivre tant il se dégage de ce roman tragi-comique une ambiance hors du commun, des figures marquantes et un regard acéré sur l'espèce humaine. Un petit bijou à découvrir au plus vite!

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samedi 14 mai 2016

"Métaquine" de François Rouiller

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L'histoire : Régis, dernier de la classe ne veut pas prendre de Métaquine® le médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Des millions d’enfants inadaptés bénéficient pourtant du traitement, au grand soulagements des profs et des parents. Mais Régis craint que la chimie dissolve le Duché, la contrée fabuleuse d’où son imagination tire châteaux, dinosaures et compagnons de jeu invisibles.
La mère du gamin s’est enfermée sous un casque de cybertox, son beau-père rumine des fantasme de tueur en feuilletant d’abjects magazines. Il n’y a guère qu’une voisine, neuropsy à la retraite, pour l’aider à défendre ses rêves. Ou peut-être, en ville,cette politicienne remuante qui milite contre la distribution de psychotropes à l’école.
Mais que peuvent deux idéalistes face à un géant pharmaceutique et aux milliards de son budget marketing, alors qu’on découvre à la Métaquine® des vertus toujours plus prometteuses et que la planète entière a déjà gobé la pilule ?

La critique de Mr K : Chronique d'un livre hors-norme aujourd'hui avec les deux volumes de Métaquine, premier roman de François Rouiller qui rentre d'entrée de jeu dans la cours des grands auteurs de SF en activité. Pharmacien de formation, grand amateur de SF, illustrateur, critique et désormais écrivain, il propose avec ce diptyque une plongée sans concession dans un futur proche inquiétant, reflet de nos propres errances contemporaines en matière de politique, d'économie et de rationalisation à tout crin. On ne ressort pas indemne d'une telle lecture et Métaquine marque un jalon essentiel de plus dans mes lectures SF. Quelle expérience!

Nous suivons essentiellement six personnages principaux. Un jeune garçon (Régis) qui refuse de prendre le fameux médicament miracle qui modifie le comportement et les capacités du patient. Pour l'aider il peut compter sur la vieille voisine (Sophie) ancienne neuropsychologue à la retraite qui suite aux révélations du garçon va réveiller son esprit critique. La mère de régis (Aurelia) est quant elle une cybertox totalement dépendante de son addiction au Simdom (réalité virtuelle à la Second life), elle cherche son nouveau moi dans cet univers virtuel qui l'a libérée de sa condition d'humaine. Son compagnon Henri veille sur son corps durant ses immersions de plus en plus prolongées, subvient au besoin de Régis aussi. Il commence depuis peu à psychoter de la cafetière, ses fantasmes étant peuplés de fusillades de masse, de meurtres à l'encontre des employés de la boîte où il travaille et de rêves de destruction. Nous suivons aussi une enseignante militante (Clotilde) candidate aux élections locales pour un parti marginal qui combat l'influence de la société Globantis sur les politiques d'éducation, pourvoyeuse de la Métaquine et qui en Curtis a trouvé le commercial idéal, charme et cynisme compris dans le paquetage. Chaque chapitre est l'occasion de changer de point de vue, faisant évoluer l'histoire à un rythme lent et implacable, accumulant indices, fausses pistes, divergences et convergences.

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Intercalés entre certains chapitres, un mystérieux lanceur d'alerte Ferdinand A. Glapier intervient sous forme de cours textes tirés de son blog. Il livre alors des éléments de réponse sur les forces en jeu, sur la notion de mass-média, de mensonge, de manipulation, de répartition des pouvoirs. Flirtant avec le conspirationnisme (tendance Mulder dans X-Files, on est loin de Soral je vous rassure!), il révèle les rouages du monde, comment il a évolué et les mécanismes qui l'animent: collusion du pouvoir avec les grands groupes industriels, manipulation des masses par la publicité et les grands médias qui servent la messe en continue, la dictature de l'égalitarisme et même l'asservissement à un psychotrope puissant de nos chères têtes blondes. Dire que nous sommes à l'aulne de ce type de monde n'est pas exagéré pour tout spectateur attentif à la société du spectacle qui s'étale devant mes yeux écœurés ces derniers temps (en vrac: Hanouna, l'enterrement de la gauche par le grand tout mou, l'émergence des réactionnaires de tout bord et la dérision de mise pour parler de mouvement alternatifs citoyens -Nuit debout en première ligne-, la démission des parents face à l'éducation de leurs mômes qui poussent n'importe comment, le virtuel et la technologie à tout va qui remplace l'humain et l'écoute…). Oui, Guy Debord avait vu juste et même plus encore. Ce livre est un peu à sa manière un bel hommage à son titre majeur, La société du spectacle, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Attendez vous à de la réflexion sans concession, en toute vérité, sans vernis ni adoucissant mais aussi sans exagération ni compromission. Homme, tu n'es qu'un homme et franchement ici, ce n'est pas rassurant!

L'aspect récit est lui aussi très réussi. L'histoire bien qu'avançant très lentement comme dit plus haut est d'une densité stupéfiante. Autour des six personnages principaux gravitent un certain nombre de personnages clefs qui provoquent des péripéties en pagaille et ne ménagent pas le lecteur. Le premier volume, Indications, prépare le terrain, installe la caractérisation des personnages et perce à jours des relations naissantes et anciennes. On s'attache directement à tous les protagonistes qui possède chacun leur part d'ombre et de mystère. Il faut savoir être patient car au départ, la dispersion des éléments peut se révéler troublante. J'ai pour ma part rajouté quelques micro-signets sur des passages clefs pour pouvoir y revenir plus tard. Surtout que l'on change vraiment d'optique dans la seconde partie (volume 2), Contre-indications, dans laquelle l'auteur opère un virage quasi mystique avec un monde en plein bouleversement, où les réalités se chevauchent et vont changer le monde connu à jamais. Bien barrée, cette partie flirte avec le mystique et le cyberpunk, ouvrant une fenêtre sur l'esprit humain, la communion des âmes et la règle inéluctable du changement. Je suis resté scotché par ce final totalement délirant mais néanmoins logique quand on remet en place les pistes ouvertes depuis plus de 800 pages.

Livre dense, livre somme, Métaquine est un bonheur renouvelé de lecture à chaque chapitre. L'écriture ambitieuse et exigeante n'en n'oublie pas le plaisir de lire car il reste accessible malgré tout, le lecteur navigue à vue, manipulé qu'il est par un auteur novateur d'une intelligence impressionnante dans la livraison des trames du récit et dans la profondeur des réflexions apportées (et que l'on peut poursuivre ensuite en compulsant le blog affilié à l'ouvrage).

Quelle claque mes amis! Ce ne sera que la deuxième de chez Atalante après le génialissime Futu.re! Pas de choix possible, pauvre lecteur! Tu aimes la SF? Tu trouves que quelque chose cloche dans l'évolution du monde actuel? Cours, va chercher bonheur dans ta meilleure librairie, lis Métaquine! Je vous garantis que vous me remercierez tant cette expérience est à la fois unique entre sensibilité et peinture visionnaire. Un must!

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jeudi 12 mai 2016

"Le reste est silence" de Carla Guelfenbein

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L'histoire : Tommy a douze ans et une maladie cardiaque qui lui interdit les jeux turbulents des garçons de son âge. Caché sous une table, il s’amuse à enregistrer sur son Mp3 le joyeux verbiage d’un banquet nuptial. Et voilà que l’on parle de sa mère, brutalement disparue dix ans plus tôt. Une brèche s’ouvre dans les secrets si bien gardés d’une famille recomposée, comme il en existe tant. La vie que tous croyaient ordonnée et paisible dérape, et les liens se distendent à mesure que l’histoire se tisse. Dans les non-dits de l’autre, chacun cherche sa propre vérité. L’enfant découvre à travers la mort violente de sa mère l’improbable "faute" de la judéité. Le père voit se raviver l’abyssale impuissance à protéger ceux qu’il aime. Et la belle-mère d’affronter une fragilité qui lui vient de l’enfance, une incapacité d’aimer et d’être aimée.

La critique de Mr K : Lors d'un énième craquage chez l'abbé, je vous avais parlé de toute une série de livres édités chez les éditions Actes sud dont je me portais acquéreur. Le reste est silence de Carla Guelfenbein est le premier sur lequel je jetais mon dévolu, le moins que je puisse dire c'est qu'il m'a fait un sacré effet! C'est la larme à l’œil que je terminais cette lecture au charme puissant et durable, belle exploration d'une cellule familiale recomposée qui dysfonctionne. Intimisme et banalité des faits se conjuguent en un récit d'une rare puissance qui emporte tout sur son passage, y compris le lecteur désarmé face à tant de talent!

C'est à travers le point de vue de trois personnages différents que nous suivons ce récit d'une chronique familiale à priori anodine. Tommie, un jeune garçon fragile passe son temps à enregistrer les conversations des adultes et à observer leurs réactions. Ce hobby va se révéler désastreux quand il va se rendre compte qu'on lui a toujours caché la vérité concernant la mort de sa génitrice quand il avait trois ans. Ce suicide déguisé en accident va l'ébranler dans ses certitudes. Surtout que son petit monde se fissure de toute part. Son père (Juan) est accaparé par son travail de chirurgien cardiaque, il passe plus de temps au chevet de ses jeunes patients et sa deuxième épouse (Alma) s'éloigne de lui à la faveur de la redécouverte d'un premier amour.

Tour à tour, nous suivons les atermoiements de chacun, les doutes qui les accompagnent et des scènes de flashback qui éclairent peu à peu la situation présente sous un jour nouveau. Les quarante premières pages peuvent d'ailleurs sembler un peu obscures au début tant l'auteur se plaît à ne pas donner toutes les cartes au lecteur qui doit poursuivre sa lecture pour se voir révéler des éléments clefs qui expliquent par la suite les premières réactions des personnages. Un peu à la manière d'un puzzle, c'est le flou intégral qui règne dans l'esprit du lecteur mais dès le départ on sent comme une ombre planer sur ce tableau plutôt vivant d'une famille lambda.

Pourtant, il y a de l'amour et de l'affection entre Juan et son fils même s'ils sont tous les deux taiseux, entre Tommie et Lola (fille d'Alma) qui se sentent frère et sœur malgré leur absence de toute parenté sanguine, entre Alma et Tommie rapport mère-fils qui s'est installé naturellement et qui inonde certaines pages d'une douce chaleur. Mais au fil du récit, ce sont surtout les malentendus et les non-dits qui ressortent, ces silences et ces absences de communication qui vont précipiter un drame terrible dont on ne soupçonne la nature qu'à la toute fin d'un roman qui se densifie de page en page, espèce de mécanique infernale à la Cocteau se terminant dans la peine et la souffrance. J'ai été clairement bousculé par cette histoire pourtant au départ plutôt simple et c'est le cœur en miette que l'on termine cette lecture éprouvante et belle à la fois.

Très vite on s'attache à ses trois destinées très différentes et pourtant intrinsèquement liées. Tommie m'a rappelé nombre de gamins en perdition dont je peux avoir la charge dans mon travail. Fasciné par la figure paternelle, il ne souhaite rien de plus que de briller à ses yeux et ne semble ne pas y parvenir. Alma est à la poursuite de l'amour qu'elle ne semble jamais pouvoir vraiment conserver, gâté par des blessures secrètes datant de sa prime enfance. Et Juan est obnubilé par son travail et les vies qu'il tente de sauver, il semble aveugle et insensible aux malheurs et fêlures familiales qui l'entoure. Le fatum joue à plein et le lecteur assiste impuissant à la déliquescence des liens familiaux, l'errance des âmes et les rouages de l'intimité d'une famille sont méthodiquement dynamités par des secrets inavouables.

Le reste est silence est terrifiant d'efficacité et d'une rare beauté, la langue de Carla Guelfenbein est d'une grande poésie entre rêverie et révélations choc. On passe un effroyable et merveilleux moment de littérature. À lire absolument car déjà culte pour moi!

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