Cafards at home

lundi 8 février 2016

"Journal d'un vampire en pyjama" de Mathias Malzieu

journal d'un vampire amoureuxL'histoire : Me faire sauver la vie est l'aventure la plus extraordinaire que j'aie jamais vécue.

La critique Nelfesque : "Journal d'un vampire en pyjama" est le dernier ouvrage de Mathias Malzieu paru en librairie le 27 janvier dernier. Cela faisait longtemps que j'attendais un nouveau roman de cet auteur que j'aime tant et j'ai sauté de joie à la vue de celui-ci. Je n'avais pas suivi le début de promo autour de l'oeuvre, la quatrième de couverture était énigmatique et j'ai plongé dans ce journal comme dans l'inconnu.

Il ne s'agit pas ici d'un roman mais bel et bien d'un journal. C'est marqué dessus, c'est comme le Port Salut ! Mathias Malzieu a été gravement malade fin 2013 et cet ouvrage est le journal de bord qu'il a tenu pendant une année entière. Une année pendant laquelle il a traversé l'enfer, vécu de nombreux doutes, eu peur pour sa vie, côtoyé la mort.

Atteint d'une maladie rare du sang, Mathias a connu les chambres stériles, les séances de chimiothérapie, les traitements post greffe... Nous le suivons ici dans son combat contre la maladie et son tête à tête avec Dame Oclès, mystérieuse femme dangereuse et sexy qui vient le voir chaque jour. Car oui, malgré une histoire très ancrée dans la réalité cette fois ci, forcément puisque c'est du vécu, Mathias Malzieu insuffle ça et là des éléments oniriques et poétiques, comme il sait si bien le faire. Sa plume est toujours belle et évocatrice même si ici je l'ai trouvé quelque peu répétitive et des formulations qui font mouche à la première lecture et vont droit au coeur s'émoussent légèrement quand elles sont utilisées plusieurs fois. Dommage...

Oui mais voilà, peut-on critiquer une oeuvre telle que celle-ci ? De part l'épreuve qu'a subi l'auteur, peut-on pinailler sur des petits détails ? Oui il le faut ! Tout en gardant en tête qu'il s'agit là d'une oeuvre unique dans la bibliographie de Mathias Malzieu, un témoignage d'un instant T et un ouvrage important pour ce qu'il représente (la lutte contre la maladie, le courage, l'amour des siens, la compétence du corps médical...), ce "Journal d'un vampire en pyjama" n'a pas la portée fantastique et lyrique des autres romans de l'auteur. Pour autant, je me réjouis de lire à nouveau des écrits de Mathias et suis ravie de savoir qu'il s'en est sorti (je ne spoile rien). Dire qu'on a été à deux doigts de perdre cet artiste majeur, ça me met un coup au moral ! Mais heureusement tout est rentré dans l'ordre et Mathias Malzieu pourra de nouveau nous écrire de belles histoires...

"Journal d'un vampire en pyjama" signe un moment important dans la vie de son auteur. Le moment où il est né pour la seconde fois. Un message d'amour et d'espoir pour tous ceux qui se battent actuellement contre une maladie grave. Merci pour eux Mathias !

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog :
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel
- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
- Le Plus petit baiser jamais recensé

dimanche 7 février 2016

"Soucoupes" de Obion et Arnaud Le Gouëfflec

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L'histoire : La Terre est ronde, mais la vie est plate…

La critique de Mr K : Un paquet bien particulier m'attendait sous le sapin de Noël, celui contenant le cadeau de belle-maman! Là où beaucoup se seraient protégé avec un bouclier du RAID ou une combinaison ignifugée, j'y allai sereinement (quel courage!) connaissant la propension de Nelfe à glisser de bonnes idées à sa génitrice pour de telles occasions. Quelle ne fut pas ma joie en découvrant la BD Soucoupes d'Obion et Le Gouëfflec (album BD coup de coeur du public aux Utopiales 2015), deux auteurs que j'ai adoré à travers leur précédent ouvrage commun Villebrequin. Ils font coup double avec ici un récit SF teinté de mélancolie et de remise en question de la condition humaine. Un petit bonheur que je vais de suite partager avec vous.

Christian vend des disques (surtout des vinyles, on a des principes ou pas!) dans une petite boutique. Râleur devant l'Éternel, marié mais plus amoureux, il a une jeune maîtresse ardente mais cela n'empêche pas le spleen et le vide de l'envahir. Il éprouve la sensation fort désagréable que sa vie lui échappe, qu'il ne contrôle plus grand chose et ce n'est pas l'irruption de soucoupes tout autour de la Terre qui vont le perturber! Du moins dans un premier temps!

Ces habitants du cosmos à l'aspect proche de Robby le robot du cultissime Planète interdite (sorti en 1956 avec Leslie Nielsen jeune!) ne semblent pas nous vouloir de mal et leurs représentants se baladent sur Terre pour étudier nos us et coutumes. Christian va en rencontrer un. La méfiance va laisser la place à l'indifférence puis à un début de réel contact et échange. Sa vie va en être bouleversée à jamais.

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Sous son aspect plutôt classique en terme de caractérisation du personnage principal et du background se cache un récit drôlement malin qui lorgne vers l'introspection et le questionnements sur le sens que l'on peut donner à sa vie. Christian est perdu, sa vie est fade, nulle étreinte ne peut le sortir de sa solitude et c'est finalement au contact d'un être venu d'ailleurs qu'il va se révéler à lui même quitte à mettre à sac sa vie personnelle. Cela donne lieu à de très beaux moments notamment au musée avec l'entrée dans le tableau, cette quête vers un bonheur qui serait durable et épanouissant. J'ai aussi beaucoup aimé son évolution par rapport aux personnages secondaires, de nature plus fléchée et sans réelle surprise, elle crée cependant les conditions idéales pour dérouter le lecteur avant l'acte final qui va pour le coup très très loin au sens propre comme au sens figuré et qui en surprendra plus d'un par son caractère savoureux et quelque peu extrême.

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Le dessin d'Obion se fait ici différent de l'album pré-cité. Adieu le noir et blanc, bonjour aux couleurs chatoyantes qui englobent personnages et décors, dégageant une chaleur éclairante sur les rapports humains et même inter-espèces. Il est beaucoup question d'art et de sa fonction cathartique dans cet ouvrage et le dessin d'Obion magnifie le propos et transporte le lecteur dans une uchronie pleine d'humanisme, de sensibilité et de poésie.

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Drôle de sensation pour un album à part qui se lit et s'admire avec délice. Tout amateur du genre perdrait beaucoup à ne pas suivre la quête de sens de Christian. Tenez-le vous pour dit!

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samedi 6 février 2016

"Le Pique-nique des orphelins" de Louise Erdrich

pique nique des orphelinsL'histoire : La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c'est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l'emporte pour toujours aux côtés d'un pilote acrobate... Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s'étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l'amour.

La critique Nelfesque : Nouvelle plongée dans l'écriture de Louise Erdrich après "Love medecine" que je n'avais pas vraiment apprécié et "La Malédiction des colombes" pour lequel j'avais eu un petit coup de coeur. Une autre lecture s'imposait donc pour faire pencher la balance... "Le Pique-nique des orphelins" vient de sortir en librairie chez Albin Michel mais il ne s'agit pas à proprement parler d'un nouveau roman. En effet, celui-ci est paru en 1986 aux USA et s'offre cette année une nouvelle traduction. Il s'agit du deuxième roman de l'auteure.

Tout commence en 1932, en pleine Grande Dépression aux États-Unis. Mary et Karl, 14 et 11 ans, vivent avec leur mère Adelaide. Cette dernière est aussi la maîtresse de Mr. Ober, un riche industriel, et ensemble ils vont avoir un bébé, Jude. Mais lorsque la crise éclate et que Mr. Ober trouve la mort, Adelaide se retrouve sans ressources et sans maison (celle ci étant au nom de monsieur et Adelaide et sa famille n'ayant pas de liens officiels avec le défunt). C'est alors qu'elle émet l'idée de partir chez sa soeur dans le Dakota du Nord avec ses enfants.

Ce voyage vers le Dakota aura bien lieu mais seulement pour Mary et Karl. Leur mère les ayant abandonnés pour les beaux yeux d'un pilote lors d'une foire, le jeune Jude est laissé aux bons soins de la famille Miller. La peur et la faim au ventre, ils montent dans un train de marchandises en route vers les terres de leur tante. Après bien des péripéties, c'est seule que Mary retrouvera Fritzie, son mari Pete et leur fille Sita.

Véritable roman chorale, "Le Pique-nique des orphelins" accompagne le lecteur dans l'Amérique profonde et rurale des années 30 à travers les yeux d'une kyrielle de personnages. La cousine, la tante, la meilleure amie mais aussi le frère, le notable de la ville, l'oncle handicapé... Chacun avec son âge, ses mots, sa perception du monde et son expérience peint un tableau sur plusieurs dizaines d'années qui nous amènera vers les dernières années de la vie de Mary.

Avec une écriture finement ciselée et qui permet au lecteur de se faire une image mentale parfaite et détaillée des lieux, Louise Erdrich n'écrit pas ici un roman à énigmes, contrairement à ce que pourrait faire penser la quatrième de couverture, mais une saga familiale riche en petits et grands évènements. L'existence banale mais pour le moins tourmentée d'une petite américaine qui va vivre un moment important dans l'Histoire des États-Unis en direct de sa ville de province.

40 ans séparent la première de la dernière page, 3 générations se succèdent, cohabitent, s'aiment ou se détestent. Les liens entre les personnages sont complexes et froideur, fierté, jalousie, regrets peuplent ce roman. Là réside la grande force de ce "Pique-nique des orphelins", celle de nous donner à voir les fils délicats et ombrageux qui lient les hommes entre eux. Famille ou amis, simples connaissances ou confidents, chaque individu interagit avec son semblable de par ses réactions ou sa façon d'être et influe sur les évènements à venir. Ne vous attendez pas ici à une histoire complexe ou des destins hors du commun mais laissez-vous porter par la vie, parfois douce, parfois tourmentée, des habitants de Argus dans le Dakota du Nord.

Je ne peux que vous conseiller ce roman riche, complexe dans les relations humaines et empli de poésie qui parle à notre part d'humanité et éveille chez le lecteur ses besoins de liberté et de grands espaces. Quel est le prix de l'épanouissement personnel ? Quand se sent-on réellement chez soi ? Qu'est-ce que l'amour et quels liens nous relient les uns aux autres ? Autant de questions existentielles pour lesquelles Louise Erdrich amènent quelques réponses à travers le destin de la famille Adare. Une belle leçon de vie et d'humilité.

vendredi 5 février 2016

Premier craquage de PAL 2016 !

Vous l'attendiez avec impatience, le voici le voila... Roulement de tambour... Le premier craquage de 2016!

Lieu du crime: notre Emmaüs adoré bien évidemment! Dans le rôle principal, votre obligé qui une fois de plus n'a pas su résister à ses pulsions primales en digne toxico littéraire qu'il est et Nelfe en second couteau qui pour le coup est aussi tombée sur de belles petites perles! Mais que voulez-vous, on ne se refait pas... C'est bon la Honte! Voyez plutôt.

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Oui, je le conçois aisément, ça fait peur... du moins pour ceux qui ne nous connaissent pas encore beaucoup. Nos fervents lecteurs eux ont depuis longtemps abandonné toute idée de mesure et de raison quand il s'agit de nos acquisitions. On aime chiner et le chinage nous le rend bien. Une fois de plus le hasard a mis sur notre chemin des titres soit recherchés, soit accrocheurs et le tout pour 30 euros (et ouais quand même!). Ayant définitivement laissé de côté l'idée de baisser ma PAL personnelle (qui stagne autour de 200 titres environ), c'est avec un plaisir immense que je rentrais le sourire aux lèvres (avec un peu de bave aussi... accro je vous dis!). Suivez le guide (et une petite incartade de Nelfe en fin d'article), voici les nouveaux qui rejoignent leurs petits camarades!

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On commence très fort avec cinq titres des éditions Actes Sud à 1 euro pièce! Si si, vous avez bien lu et à ce prix là ils sont lisibles et en théorie possèdent encore toutes leurs pages! Miam miam!

- Le Jour des morts de Cees Nooteboom. Un roman faisant la part belle au deuil et la renaissance par la redécouverte de l'amour, entre temps qui passe et mélancolie. La quatrième de couverture est envoûtante à souhait, gageons que ce sera une belle lecture.

- Un Lieu sûr de Barbara Gowdy. Un roman à priori détonant où les éléphants tiennent le premier rôle pour un texte relevant selon certains du défi littéraire! De quoi intriguer d'autant plus que l'esprit de l'oeuvre flirte avec Kipling et Tolkien. Impossible de ne pas tenter le coup! Affaire à suivre!

- Le Reste est silence de Carla Guelfenbein. Chronique familiale sombre où un repas de mariage va dynamiter la cellule familiale révélant des fêlures jusque là bien dissimulées derrière les apparences. J'ai pensé au film Festen en lisant la quatrième de couverture et j'espère qu'on s'en approchera dans le choc des émotions.

- Des Phrases courtes, ma chérie de Pierrette Fleutiaux. J'aime beaucoup les romans qui traitent de la vieillesse et notamment de la perte d'autonomie. On tombe souvent sur des oeuvres crépusculaires où l'angoisse du temps qui passe met en exergue des émotions puissantes et pures. Il est ici question de la maison de retraite, des visites que l'on reçoit et des rapports familiaux qui se transforment. Sans doute pas la plus gaie de mes acquisitions mais la promesse d'une lecture marquante.

- L'Ampleur du saccage de Kaoutar Harchi. Un roman coup de poing autour de la notion de culpabilité ou encore, la rencontre improbable de Crime et Châtiment de Dostoïevski avec la culture maghrébine. Pour le coup, c'est quitte ou double. Qui lira, jugera!

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On continue dans les brochés avec trois ouvrages très différents au charme certain!

- Tekrock de Roland C. Wagner. Un auteur que j'aime beaucoup et qui nous a quitté trop tôt. Il s'agit d'un volume de sa relecture des Mystères de Paris d'Eugène Sue (grand feuilletoniste du XIXème siècle) mettant un enquêteur aux capacités très spéciales dans un futur devenu fou. SF, humour, policier sont au RDV!

- En même temps, toute la terre et tout le ciel de Ruth Ozeki. Un mystérieux journal intime emporté par un tsunami, une ado mal dans sa peau, une aïeule zen de 104 ans, un kamikaze japonais amateur de poésie, un suicidaire obsédé par le modus operandi parfait pour mettre fin à ses jours, imaginaire et réalité qui se mêlent... Ça sent le bon roman japonais à la Murakami comme je les aime! J'ai très hâte de m'y mettre!

- Yujin et Yujin de Lee Geumyi. Il s'agit d'un roman jeunesse coréen suivant deux jeunes filles portant le même nom et partageant un lourd secret. J'avais adoré Les Petits pains de la pleine lune de Gu Byeong-Mo dans la même collection et de la même origine. J'y retourne donc confiant avec cette chronique adolescente dans un pays méconnu en Occident.

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Cinq livres dont les couvertures sont les plus belles de mes trouvailles du jour selon Nelfe. C'est elle la photographe du couple, y'a pas à tortiller, elle seule réalise les clichés des posts dédiés aux acquisitions. Et puis, vous ne la connaissez pas, il ne faut pas la contrarier... Aie aie, pas taper!

 - La Tour d'ivoire de Henry James. Voila un livre considéré comme un classique outre-Manche et outre-Atlantique et que l'on retrouve évoqué dans nombre de romans que j'ai pu lire. Il s'agit une fois de plus d'une histoire de famille avec le retour au pays du fils prodigue qui ne se reconnaît plus dans les valeurs de sa patrie d'origine et qui va se heurter à des manigances cyniques de la part de vieux amis... Sacré programme en perspective!

- Du Miel pour les ours d'Anthony Burgess. C'est l'achat foldingue de ce craquage! On suit ici les aventures burlesques d'un couple occidental en voyage d'affaire en URSS: quiproquos, situations absurdes et humour déjantés sont annoncés en quatrième de couverture. Je suis bien curieux de lire ça! Cet ouvrage devrait sortir assez vite de ma PAL.

- L'Attentat de Harry Mulisch. Cinq épisodes de la vie d'un homme depuis un événement fondateur qui fait s'effondrer son univers: un attentat contre l'occupant allemand devant sa porte et le massacre de sa famille en représailles. À priori une très belle plume pour une histoire bouleversante.

- Le Pousse-pousse de Lao She. Petit voyage en Chine avant l'arrivée du timonier Mao en suivant le parcours chaotique d'un chinois lambda avec en fond une vision saisissante du petit peuple de Pékin et de ses us et coutumes. Un livre précédé d'une belle réputation sur lequel je fonde de beaux espoirs. Wait and see!

- Le Secret de la chambre jaune de Kafû et Akutagawa. Le Japon encore et toujours avec cette fois ci, deux courts textes érotiques présentés comme perturbants et sentant le souffre. Censurés lors de leur sortie dans les années 20 et vendus sous le manteau, c'est une raison supplémentaire pour tenter l'expérience. 

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Un petit ensemble désordonné pour continuer l'exposition des nouveaux adoptés:

- D'un bord à l'autre d'Armistead Maupin. Il s'agit de l'épisode 5 des Chroniques de San Francisco dont j'ai lu les trois premiers tomes il y a bien longtemps et dont je recherche les volumes manquants pour les lire d'une traite lors d'un été à venir. Que de bons souvenirs avec cette saga hors norme où personnages borderline et langue subtile capturent si bien une époque et un mode de vie! 

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée une fois de plus pour cet auteur que j'affectionne beaucoup, on suit les pérégrinations d'un pauvre hère entre aventures picaresques et surréalisme. Du Vian à la sauce italienne à priori, tout pour plaire donc!

- Le Neveu d'Amérique de Luis Sepulveda. Impossible de résister à cet auteur qui à chaque fois me charme par ses écrits entre naturalisme et prise de conscience écologique et humaniste. Ce titre est plus autobiographique nous contant une vie d'errances, de rêves et d'engagement.

- Les Lois de la gravité de Jean Teulé. Idem pour Teulé que j'adore, je tombai sur ce livre que je n'ai pas lu de lui. Et hop! Dans mon escarcelle! Tiré d'un fait divers réel, retour sur une femme meurtrière qui veut dénoncer son crime avant la prescription de celui-ci. À la fois intrigant et faisant écho au cas Jacqueline Sauvage tout juste graciée par notre Président.

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3 romans placés de près ou de loin sous le signe d'histoires qui rencontrent l'Histoire:

- J'ai épousé un communiste de Philip Roth. Roth est un grand auteur américain comme je les aime qui s'attarde ici sur la période sombre du maccarthysme et sa chasse aux sorcières. À travers le destin tragique d'Ira, ce roman rend justice à ces individus détruits par les événements qui ébranlent la trame même de nos existences. Tout cela sent le complot et les trahisons dans les cercles les plus intimes... J'aime déjà!

- Le Chemin des âmes de Joseph Boyden. C'est l'histoire d'un retour au pays suite à l'armistice mettant fin à la Première Guerre mondiale d'un soldat amérindien, le portrait d'un homme brisé par le conflit qui va devoir recoller à la réalité et réapprendre à vivre le temps d'un voyage en canoë de trois jours en compagnie de sa tante. Je m'attends à de l'intimisme et à un texte forçant l'empathie, je vais préparer ma boîte à mouchoirs!

- Un Barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras. D'inspiration autobiographique, ce roman raconte l'histoire d'une famille de colons français en Indochine, une veuve devant s'occuper de ses deux enfants et lutter contre la fatalité qui semble s'abattre sur elle et les siens de manière régulière. J'avais adoré L'Amant du même auteur, j'ai hâte de pouvoir lire celui-ci qui s'y apparente clairement dans le contenu et la forme.

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Enfin pour terminer, 3 ouvrages de SF prometteurs:

- Hôpital nord de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin. Un livre à la quatrième de couverture bien étrange où l'hôpital décrit semble être le dernier endroit où il faut se rendre même en cas de nécessité absolue: expériences glauques, disparitions inquiétantes, cauchemars éveillés... J'ai pensé immédiatement à une série géniale initiée par Lars Von Trier lui-même. Je n'ai pas hésité plus d'une demi-seconde! 

- Stardust de Neil Gaiman. Un récit de fantasy d'un auteur que j'ai appris à connaître et à apprécier au fil des oeuvres lues. Le monde des hommes côtoie depuis des lustres celui des fées. Une fois tous les neuf ans, ces deux univers peuvent se rencontrer lors d'une foire. Cette fois-ci, tout ne va pas se passer comme prévu... Pitch classique, je compte sur Gaiman pour y apporter un éclairage et un style novateur.

- Le Fils de l'Homme de Robert Silverberg. Encore un auteur que j'adore et qui présente ici un livre à la quatrième de couverture très mystérieuse entre renaissance et découverte de soi par un homme anonyme dans un monde inconnu. Ça a tout l'air de proposer une expérience hors du commun!

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L'incartade de Nelfe : Regardez comme j'ai été raisonnable en comparaison avec Mr K... Hum... Je dois avouer que ma PAL fait aussi très peur et que de mon côté j'ai décidé de rester dans la mesure. Oui, je sais, c'est moche. La folie ça a du panache, la raison, c'est fade, mais que voulez-vous, c'est ça ou je dois aménager le sous sol de notre maison pour y faire rentrer tous nos livres alors on fait ce qu'on peut ! Bref ! Voici mes 4 petits nouveaux :

- Wilt 2, Comment se débarrasser d'un crocodile, de terroristes et d'une jeune fille au pair de Tom Sharpe parce que j'ai lu il y a peu le premier tome et que je me suis bien amusée. Ma belle-mère venait de me prêter celui-ci mais comme je souhaite me faire la saga dans son ensemble, le voici mien désormais !

- Wisconsin de Mary R. Ellis parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme, guerre et saga familiale dans une quatrième de couverture c'est jackpot !

- Les Ailes de l'ange de Jenny Wingfield parce qu'avec moi quand tu mets les mots enfants, alcoolisme... Ah non mince ça je l'ai déjà dit ! Parce que les histoires d'enfances brisées, de cruauté et de courage face à l'adversité ça me met la larme à l'oeil et là y a du lourd...

- Les Dépossédés de Ursula Le Guin parce que ce titre là me disait quelque chose mais en fait je me suis trompée, il s'agissait du roman du même nom de Steve Sem-Sandberg. Dans ce dernier il est question de seconde guerre mondiale et du ghetto de Varsovie... Je crois que j'étais bourrée lors de cette virée à Emmaüs pour le confondre avec un roman SF. On ne se moque pas ! C'est pas grave, il a l'air bien quand même et puis au pire, il atterrira un jour dans la PAL de Mr K (comment ça, c'est de la triche !?)

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Au final, PAL explosée doublée d'une satisfaction sans borne d'avoir laissé libre court à mon instinct consumériste de base en manière littéraire. Une Nelfe ravie de ses trouvailles. À vous de continuer à nous suivre dans les mois (et années!) à venir pour recueillir nos avis aussi variés qu'éclairés!

jeudi 4 février 2016

Réforme orthographique sa mère

Stupeur et tremblement hier soir en ouvrant mes réseaux sociaux. J'ai d'abord cru à une info type Le Gorafi. Une réforme de l'orthographe !? WTF !? Un mot est un mot, il s'écrit d'une façon précise, c'est quoi cette blague de réformer l'orthographe !? Puis le temps passe et je vois de plus en plus d'articles sur le sujet. Mierda, ce n'est pas une blague en fait !

Vous avez tous dû voir passer l'info aujourd'hui sur le net et c'est un fait : l'orthographe est en deuil. Pas tout à fait en fait, puisque c'est l'Académie Française qui a validé cette réforme en 1990 et qui la rend effective aujourd'hui. En 26 ans, les gars, ils ont eu le temps de se faire à cette idée. L'orthographe n'est donc pas en deuil, il se paye une deuxième jeunesse. En revanche, c'est l'amoureux de la langue française et du respect de l'orthographe qui l'est.

J'ai toujours eu des bonnes notes en dictée. Certains diront que c'est facile de râler dans ce cas là mais si c'est ainsi aujourd'hui c'est parce que j'ai eu des super maîtresses, que j'ai bien appris mes leçons quand j'étais petite, que mes parents ont suivi mon apprentissage du Français en me faisant réviser et lire et parce que la lecture est une passion. Ça c'est sûr, ça aide... Je ne suis pas Wonder Nelfe et il m'arrive, comme tout le monde, de faire des erreurs mais je fais attention à ce que j'écris et je me relis. Avec l'application de cette réforme, j'ai l'impression qu'on fait un grand bond en arrière.

J'ai lu que seulement 45% des français maîtrisent les règles de l'orthographe aujourd'hui. Pourquoi alors faire en sorte de faire accroître ce pourcentage alors qu'il est tellement plus simple de niveler par le bas ? Ben oui, je suis bête alors ! D'ailleurs je suggère une réforme des mathématiques en supprimant les tables de multiplications, les broutilles après les virgules qui ne servent à rien et de ne même plus apprendre aux enfants à compter. Pourquoi fournir un effort lorsqu'on a sous la main des calculettes et des smartphones avec correcteurs orthographiques !?

Mr K et moi n'avons pas encore d'enfants mais je plains nos futurs pauvres mômes quand on leur dira à la maison que tel mot ne s'écrit pas "comme ça" alors qu'ils auront appris l'inverse à l'école (je les plains également quand on les obligera à dire "les haricots" et non "les zaricots" mais ça c'est un autre problème) et je saigne déjà des yeux lorsque j'imagine les romans que nous tiendrons entre nos mains dans 10 ou 20 ans et qui auront intégré ce nouvel orthographe. J'ai déjà arrêté d'essayer de déchiffrer le langage SMS, je ne pourrai pas arrêter de lire parce qu'une absence d'accent circonflexe me pique la rétine...

C'est moche, c'est tellement moche ce que vont faire les manuels scolaires à la rentrée prochaine... C'est vilain ! Mais c'est vilain !!! Ça ne se fait pas, c'est péché ! Ça va nous faire claquer Bernard Pivot ces conneries !

Sur ce, je vous laisse avec mes regrets de vieille peau accro à certaines valeurs (c'est tellement pas dans l'air du temps).  Et puis, il parait qu'il faut s'entrainer à compter les nénufars et à connaitre le cout de l'ognon parce que ce weekend la maitresse ouvre son portemonnaie pour nous appater avec un apresmidi millepattes ! KAMOULOX !

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mercredi 3 février 2016

"Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois

le-gardien-de-nos-freresL'histoire : En 1939, Simon Mandel a 16 ans. Entré dans la Résistance, il sera blessé au maquis. En 1945, la guerre lui a tout pris et notamment Elie, son petit frère, disparu dans des conditions mystérieuses. Dans une France désorganisée et exsangue, Simon embrasse une nouvelle cause, celle des Dépisteurs. Ces jeunes Juifs, anciens scouts et combattants, ont pour mission de retrouver des enfants dont les parents ne sont pas revenus des camps. Sillonner le pays à la recherche des siens est sans doute le seul espoir pour Simon de retrouver Elie.
Dans ce monde traumatisé où le retour à la vie sera pour certains une tragédie de plus, Simon rencontre Léna, survivante du ghetto de Varsovie. Rejetée par son propre pays, la Pologne, elle cherche elle ausse à redonner un sens à son existence. De Paris à Toulouse, d'Israël à New York, la reconstruction bouleversante de deux jeunes révoltés portés par la force de l'amour et le souffle de l'Histoire.

La critique Nelfesque : Encore une belle lecture et une belle découverte aujourd'hui avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois. Vous commencez à le savoir maintenant, la seconde guerre mondiale est un sujet qui me passionne mais j'ai rarement lu d'ouvrages traitants de la recherche d'enfants juifs au sortir de la guerre. L'auteure s'attache ici à nous narrer la difficile reconstruction d'un peuple qui, une fois traversés des moments extrêmement durs de son histoire, va s'engager dans une quête des siens disparus. Une quête parfois vaine et douloureuse.

Nous faisons la connaissance de la famille Mandel par le biais de Simon. Jeune français de confession juive, il vit dans une famille nombreuse et aimante. La guerre va s'emparer de ce bonheur, séparer les parents et les enfants, parquer le père, faire fuir la mère, déposséder les Mandel de tous leurs biens et enrôler Simon et sa soeur Madeleine dans la Résistance. Elle va aider des enfants juifs à quitter le pays, lui va se battre dans le maquis. Malheureusement, ce dernier va être gravement blessé et à la fin de la guerre, lorsqu'une fois sur pieds il veut retrouver sa famille, il va se heurter à une porte close. Tous ont disparu, l'appartement familial a été pillé et réattribué à une "bonne famille française". Le cauchemar n'est pas terminé, Simon va devoir faire face à une nouvelle épreuve, essayer de se reconstruire, faire le deuil de bon nombre de personnes aimées et tenter de retrouver les siens.

C'est ainsi qu'il devient dépisteur dans une organisation juive. Ayant pour but de localiser, récupérer et réinsérer dans leur communauté les enfants juifs éparpillés sur tout le territoire français pendant la guerre afin de les cacher, la tâche est ardue et le chemin est long. En binôme avec Léna, juive polonaise ayant vécu dans le ghetto de Varsovie et perdu toute sa famille, ils vont entreprendre un travail de fourmi dans le sud-ouest de la France et apprendre à se connaître l'un l'autre, eux qui ont tout perdu et beaucoup enduré.

Ariane Bois, à travers le destin et les recherches de Simon et Léna, nous dresse le portrait de la France d'après guerre et d'une population française capable du meilleur comme du pire. Chaque enfant retrouvé est autant d'histoires à raconter, autant de français au grand coeur ou opportunistes qui ont ouvert leurs maisons, leurs écoles, leurs couvents, qui pour de l'argent, qui pour le bien être des enfants. Nous avons là tout un panel d'hommes et de femmes qui composaient la France de l'époque. Certains ont vu en ces enfants une main d'oeuvre bon marché, d'autres un moyen de subsistance contre rémunération, d'autres encore des âmes à sauver en les convertissant au catholicisme ou des petites filles faciles à abuser. Une galerie d'horreur qui se rajoute à l'horreur et qui fait froid dans le dos. Heureusement, au milieu de toutes ces abjections et cette effroyable réalité, certains ont recueilli des enfants avec altruisme, générosité et amour. Dans ces familles, il est alors parfois difficile de voir partir un enfant chéri et choyé qui fait dorénavant parti de la famille et pour qui une séparation supplémentaire est un véritable déchirement.

L'auteure ne fait pas ici dans la facilité ni dans le manichéisme. La complexité des sentiments et des liens entre les hommes est finement décrite et la douleur ressentie par les personnages ici présentés est palpable. Les épreuves sont dures, les désillusions aussi mais au bout du chemin il y a l'espoir. L'espoir pour Simon de retrouver son petit frère et de construire une nouvelle vie avec lui, l'espoir pour Léna de trouver un sens à sa vie.

"Le Gardien de nos frères" est un très beau roman sur "l'après". Sur la reconstruction, sur le deuil, sur l'absence, sur le renoncement mais aussi une mise en lumière de l'engagement des dépisteurs et la vie des rescapés, ceux qui ont échappé à l'horreur, se sont cachés, se sont battus et ont perdu des êtres chers. Un roman qui est en plein dans l'actualité puisqu'avait lieu, le 27 janvier dernier, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste et que se tient en ce moment même et jusqu'au 30 octobre 2016 une exposition sur le thème de "l'après" au Mémorial de la Shoah (notez, si vous êtes à Paris, qu'une rencontre avec l'auteure, Ariane Bois, s'y tiendra demain). Je ne manquerai pas de vous en parler dans l'année lorsque je m'y serai rendue. En attendant, plongez-vous dans "Le Gardien de nos frères" et dans le destin de ces hommes et femmes fascinants par leur courage et leur soif de vivre malgré tout.

mardi 2 février 2016

"Chroniques des ombres" de Pierre Bordage

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L'histoire : Après la guerre nucléaire, une pollution mortifère a confiné la partie privilégiée de la population mondiale dans des mégapoles équipées de filtres purificateurs d'air. La plupart des capitales sont désormais regroupées en Cités Unifiées. NyLoPa, la plus importante et stable des CU, réunit New York, Londres et Paris et compte 114 millions d'habitants. Les citoyens sont équipés d'une puce d'identité et la sécurité est assurée par une armée suréquipée qui fait office de police, les fouineurs, sorte de super détectives, un corps spécial composé d'individus sélectionnés pour leurs capacités analytiques. Dans ce monde en survie à l'équilibre plus que précaire, des centaines de meurtres sont soudain perpétrés, dans toutes les villes et en quelques minutes, par d'invisibles assassins. On soupçonne une secte d'en être à l'origine, mais l'enquête menée par les fouineurs va les plonger dans un enchevêtrement de complots et de luttes de pouvoir, tandis que les Ombres continuent de frapper de plus belle. Remontant la piste, les fouineurs vont être entraînés hors des cités, dans le "pays vague", à l'extérieur du monde civilisé, le lieu inconnu de tous les dangers...

La critique de Mr K : Lire un Pierre Bordage est synonyme d'évasion, de réflexion et de plaisir pur pour l'amateur de roman. C'est un de mes auteurs favoris, il est de ceux qui ne m'ont jamais déçu ou si peu... La lecture est un bonheur immédiat tant les talents de conteurs sont ici déployés avec une maestria littéraire qui n'est plus à prouver et une pureté sans fard ni paillettes. À l'image de cet homme évasif et luneux, ses ouvrages font la part belle au mysticisme et au romanesque intemporel. Très productif, il ne m'en reste pas grand-chose à lire et cet ouvrage en faisait partie jusqu'à notre séjour rituel à Nantes pour les Utopiales 2015. Profitant de la dédicace annuelle que je ne veux rater sous aucun prétexte, j'acquis les Chroniques des ombres et les fis signer par Master Bordage himself. Il m'invitait alors à l'ombre des Ombres… La Lumière est venue à moi peu à peu et elle fut éblouissante lors de notre séjour de nouvel an en bordure de Loire, cadre idéale pour une lecture de ce type.

Le futur une fois de plus est angoissant chez Bordage. Proche dans les thématiques des Derniers hommes, l'espèce humaine a une fois de plus dérapé et une grande guerre atomique a ravagé la belle Bleue ne laissant que des cités unifiées repliées sur elles-mêmes et des territoires irradiés où tentent de survivre des clans revenus aux temps primitifs. À la manière des feuilletons du XIXème siècle (quelle divine époque pour la production littéraire!) comme Les mystères de Paris d'Eugène Sue, Bordage alterne un chapitre sur l'autre entre les cités ultramodernes et aseptisées où se débat Ganesh un jeune fouineur avide de vérité (il y a du Fox Mulder chez lui, ce qui ne me déplaît pas, mais alors pas du tout!) qui va se confronter à une menace insidieuse et implacable et la hors zone en compagnie de Demi Lune, un jeune guérisseur à qui les aléas du destin vont jouer bien des tours avant de le délivrer. C'est à un rythme haché, lent et remarquablement construit que l'on suit ces deux trajectoires qui vont en rejoindre d'autres et finalement confluer vers une révélation aussi glaçante que logique et perverse.

36 chapitres en tout (X2 à cause des points de vue adoptés) auxquels se mêlent des paragraphes à la typographie différenciée qui exposent des extraits de journal télévisé, des extraits de journaux intimes, des citations de pensées et sentences ancestrales, des rapports de mission et toute une pléthore d'autres éléments qui éclairent le background dans sa structure générale, ses ramifications, les us et coutumes en vogue, la technologie en place… Narration classique et textes informatifs densifient un univers très fouillé, pensé intelligemment dans le seul but d'éclairer le lecteur, de le transporter dans un ailleurs et un temps bien marqué qui font écho aux temps actuels et parfois aux dérives auxquelles on assiste impuissant.

Bordage ne nous épargne rien dans cette vision apocalyptique du monde où les êtres humains des cités ne sont que des pions asservis par des biopuces implantées dans leur cortex. Le pire étant qu'ils acceptent cette situation au nom de la sacro-sainte Sécurité de tous. Les barrières de la morale et de nos valeurs démocratiques sont bafouées depuis longtemps et des forces de l'ombre manipulent les ficelles sans faillir vers un but mystérieux des plus ultimes. Ganesh va devoir faire appel à toutes ses capacités et toute sa méfiance pour démêler le vrai du faux et trouver qui ou quoi se cache derrière ces mystérieuses Ombres qui font tant de victimes. La technologie se fait ici utile par moment mais surtout liberticide. Belle réflexion sur l'évolution possible d'une société autocentrée ayant peur du changement.

Ils sont coupés de l'extérieur où survivent tant qu'ils peuvent des humains oubliés de tous, livrés aux radiations et au chaos. Des passages saisissants nous décrivent ces sociétés humaines elles aussi repliées sur elle-même et régulièrement en conflit. Le long cortège des maladies et des exactions se succèdent sur ces terres désolées où l'espoir n'a plus fait son nid depuis longtemps. On retrouve alors le caractère quasi prophétique de la mission d'un héros sorti du ruisseau en quête de lui-même et du Salut du genre humain. On est dans du 100% Bordage et on retrouve son goût pour la spiritualité qui émane des pores de tous ses personnages qu'ils soient bons ou mauvais. Très riche, la caractérisation des personnages épouse à merveille décors et intrigues comme une savante pièce à tisser d'une grandeur et d'une trame incomparable. Amour, revanche, fuite en avant, complot, aide et traîtrise, survie pure et manœuvres d’alcôves sont au rendez-vous dans ce pavé de 750 pages qui se lit passionnément du premier au dernier mot.

Que dire de plus! Un bonheur de tous les instants, une langue à la fois simple et riche, un sens du récit hors-pair et une intrigue bluffante et marquante. Des émotions à fleur de peau, un grand train fantôme où alternent surprises, révélations et un intérêt qui ne se dément jamais, les marques d'un bon et long roman. Un grand et beau Bordage tout simplement.

Autres Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé:
Wang
- Abzalon
Orcheron
Les derniers hommes
Ceux qui sauront
Porteurs d'âmes
L'Evangile du Serpent
Griots célestes
Dernières nouvelles de la Terre
Nouvelle vie et autres récits
Graine d'immortels
- Les Dames blanches

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lundi 1 février 2016

Vivien déballe et emballe !

Pour vous préparer au mieux à la St Valentin, je vous propose de lancer les festivités de l'Amour avec une petite perle venue tout droit des eighties et qui a largement sa place parmi nos Lundis au soleil. À l'honneur aujourd'hui, Vivien Savage (Roooaaaar!) et son tube confidentiel La P'tite Lady qui a sévi en l'an 1985 sur les ondes et bien au delà! Ouais, dit comme ça, ça fait un peu peur...

Vivien se retrouve en taule pour on ne sait quelle raison: A-t-il bu un diabolo sur la voie publique après 22h? Rasé la queue du chat de la voisine? On ne le saura jamais vraiment. Dommage car cela aurait pu éclairer la vidéo qui suit... Bref, il est ici bien mal entouré dans cette cage où l'on retrouve entre autre une fille de mauvaise vie maquillée à la truelle, des sans-abris bien propres sur eux et un légionnaire (???). Cherchez pas, si vous suivez les paroles vous comprendrez que ce dernier est uniquement là pour la rime. Et, il y a la P'tite Lady!!!

Ben oui, c'est le titre de la chanson quand même! On peut dire qu'elle a du chien charme et qu'elle inspire le beau Vivien à la mèche blanche de très bon goût (sic). D'ailleurs, il est tellement ébloui par sa beauté arc-en-ciel qu'il en reste tout d'abord bouche bée, je cite: "Mais qu’est-ce que j’vois, qu’est-ce que j’peux faire, qu’est-ce qu’elle est belle" (ça ne s'invente pas!). Commence ensuite une tentative d'aproche plutôt balourde pour rester poli avec un sens unique du rythme et du déhanché qui ferait pâlir un troupeau de manchots. Et pourtant, la garce résiste au beau Vivien! A croire, qu'elle a de la m.... dans les yeux! Toujours est-il qu'on pense qu'il va revenir broucouille (comme on le dit dans le Bouchonnois).

Ça le rend malade le Vivien: J’vais m’dévisser à force de la r’garder, Il faut qu’j’lui dise que j’veux faire des bêtises, J’peux pas rester minable plus longtemps sans la brancherMais la magie finit par opérer dans ce milieu carcéral surpeuplé et Vivien le poète trouve les mots pour faire opérer la magie de l'amour (sic): On dirait qu’le monde est à toi quand tu t’promènes, Sur ce quai d’gare, Cendrillon, tu marches comme une reine. Ben oui, c'est imparable, non? Surtout qu'il précise bien qu'il fait oeuvre de salut public et qu'il ne pense pas uniquement à son plaisir personnel, jugez donc: J’vais pas t’laisser partir avec un légionnaire en perm, J’vais pas t’laisser séduire par le premier marin qui traîne, J’vais pas t’laisser dormir tout seule si t’est libre ce week-end. Avouez que ce serait dommage, non?

Pour assurer le coup, donner l'estocade finale, rien ne vaut une référence féline, ben oui les LOLcats existait déjà en chanson dans les années 80: Car elle a comme un p’tit chat sauvage dans les yeux, Qui ressemble au tatouage que j’ai dans l’cœur. Jeannie Longo! Bingo, je veux dire! Le poisson est ferré, ne reste plus qu'à remonter la prise et la serrer très fort dans ses bras. C'est une métaphore d'accord?! Vivien ne serre pas un poisson dans ses bras! En gros, il a pécho la P'tite Lady!!!

Je me demande encore comment j'ai pu vivre sans connaître les trucs et astuces de Vivien. Il est quand même balaise et méthodique, surtout que c'est aussi un surdoué de la musique comme vous allez l'entendre. Il est trop fort ce Vivien...

 

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dimanche 31 janvier 2016

Priorisation de l'urgence...

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Dessin de Bar tiré de son blog

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samedi 30 janvier 2016

"Retour à Rédemption" de Patrick Graham

retour à rédemptionL'histoire : Vingt ans après avoir purgé sa peine à Rédemption, camp de redressement pour mineurs, Peter Shepard renoue avec son passé comme on reçoit un coup de couteau en plein coeur. Le brillant avocat d'affaires de San Francisco pensait avoir tiré un trait définitif sur ce sinistre établissement où régnaient brimades, humiliations et sévices. Le meurtre de sa famille lui fait douloureusement retrouver la mémoire. Quelqu'un cherche à lui faire goûter une nouvelle fois à l'enfer de Rédemption...

La critique Nelfesque : "Retour à Rédemption" est un roman étonnant. Percutant, sensible et violent à la fois. Un mélange de roman noir et de thriller qui touche en plein coeur et n'est pas sans rappeler des oeuvres comme "Mystic River", "Sleepers" et plus récemment "Coldwater" de Vincent Grashaw côté cinéma et "Retour à Little Wing" de Nickolas Butler en littérature pour les liens qui unissent les personnages entre eux.

Dès les premières pages, le lecteur est happé par l'écriture de Patrick Graham qui entre sans détours dans le vif du sujet. La femme et les filles de son héros, Peter Shapard, vont être enlevées en pleine Vallée de la Mort par un homme qui, se faisant passer pour un agent de police, va les entraîner loin de la route principale. Lors de cette agression, Peter est au téléphone avec sa femme et va assister avec horreur à l'exécution de celle-ci. S'en suit une course contre la montre pour retrouver la voiture et ses jumelles en bas âge qui se trouvent dans le véhicule sous un soleil de plomb. Un moment de lecture haletant et horrifique.

Le ton est donné, "Retour à Rédemption" est violent... Très violent. Violent par les actes mais aussi par les idées qui seront véhiculées sur plus de 400 pages. Une violence qui n'est pas à mettre entre toutes les mains et qui pourra choquer certains lecteurs mais une violence qui est loin d'être gratuite.

Par flashback, l'auteur nous entraîne dans l'enfance de Peter et dans un moment charnière de sa vie, celui de son incarcération au camp de Rédemption. C'est là qu'adolescent, il fera la connaissance d'un groupe de jeunes qui deviendront des personnes essentielles dans sa vie et avec qui il va affronter les pires cauchemars. Un groupe d'amis, qui bien que n'étant pas des anges au départ, vont devoir faire face à la folie des adultes, à la cruauté de leurs semblables et à une machination qui va au delà de l'entendement.

C'est mon avis que vous venez chercher en lisant cette chronique. Le voici : "Retour à Rédemption" est une bombe ! L'histoire est effroyable et passionnante, l'auteur a une écriture fluide et accrocheuse et surtout les personnages sont saisissants de réalisme et provoquent une empathie chez le lecteur qui ne se départit jamais. J'ai été bouleversée de bout en bout par cette lecture et encore aujourd'hui, en rédigeant ce billet, je retrouve des sensations de colère et d'émotion.

Car oui, comme je l'ai dit précédemment, "Retour à Rédemption" est un roman dur et violent mais c'est aussi un formidable récit d'amitié, un élan d'espoir et une galerie de personnages en souffrance et aux destins brisés. Gamins, ils se sont fait une promesse, adultes, ils vont devoir la respecter. Et ce, quel qu'en soit le prix. Petit clin d'oeil à "Ça" de Stephen King au passage et le même désarroi lorsqu'au bout du fil une voix ressurgit du passé et rappelle à tous leur serment.

Là est la force de ce roman. Les personnages prennent aux tripes, l'auteur a travaillé à l'extrême la psychologie de chacun d'entre eux et leur a donné des destinées singulières et liées les unes aux autres. L'un est devenu avocat, a construit une famille et semble avoir su se séparer de son passé douloureux, l'autre a une situation semblable mais dépourvue d'amour, l'un est resté "coincé" dans la roue judiciaire, un autre encore s'est coupé du monde... Autant de personnages attachants, et ce depuis la plus tendre enfance, et pour lesquels le lecteur voit son coeur bondir au détour de chaque page.

Avec "Retour à Rédemption", on passe du rire aux larmes, de l'amusement à l'effroi, de l'attendrissement à la colère. Avec un dosage parfait, Patrick Graham signe ici un superbe roman qui restera longtemps dans mon coeur. Thriller, roman noir, enfance brisée, amitié... si ce cocktail vous séduit d'ordinaire, n'hésitez plus un instant et jetez-vous sur ce roman. Vous ne le regretterez pas !

Posté par Nelfe à 17:24 - - Commentaires [14] - Permalien [#]
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