Cafards at home

mardi 30 août 2016

"Prenez soin du chien" de J. M. Erre

Prenez soin du chien de JM ErreL'histoire : Rue de la Doulce-Belette, Max Corneloup, auteur de romans-feuilletons, et Eugène Ruche, peintre sur coquilles d'œuf, habitent en vis-à-vis. Chacun suspecte l'autre de l'épier. La méfiance règne, d'autant plus que le voisinage n'est pas spécialement sain d'esprit. Sans compter les commérages de Mme Ladoux, la gardienne... Quand un cadavre est découvert, c'est une véritable psychose qui s'installe. Seraient-ils allés trop loin ?

La critique Nelfesque : Voici un roman que j'avais fortement envie de découvrir depuis longtemps ! Pour ne rien vous cacher, c'est la petite accroche à l'arrière de l'édition poche qui m'intrigait : "Entre l'érotomane scato du dessus, l'évaporé zoophile d'à côté et l'exhibitionniste d'en face, je commençais à me faire du soucis." Pas moi ! Ce roman m'a tout l'air d'avoir été écrit pour moi !

J. M. Erre nous fait entrer dans deux bâtiments en vis-à-vis de la rue de la Doulce-Belette à Paris (ne cherchez pas cette rue, elle n'existe pas (oui, j'ai vérifié)) et nous présente tour à tour ses habitants. Nous rentrons tout de suite dans le vif du sujet puisque l'histoire commence par un décès survenu au n°5. Un appartement se libère et Max Corneloup fait son entrée. Auteur de romans-feuilletons pour la radio, c'est une aubaine pour lui de trouver ce parfait petit nid. Calme, grand et abordable, son nouveau chez lui à tout pour plaire. Ou presque... Puisqu'en face vit Eugène Fluche, un personnage atypique qui passe ses journées à peindre sur des coquilles d'œuf et semble prendre un malin plaisir à l'épier. Un sentiment que celui ci partage puisque depuis que Max a emménagé, il se sent sans arrêt espionner par lui. A la Doulce-Belette, on n'est plus tranquille et un vent de paranoïa souffle sur ses habitations.

"Prenez soin du chien" est un roman hanté par des personnages farfelus. Max et Eugène sont les protagonistes de cette histoire et sont accompagnés par les habitants hors norme qui peuplent les autres appartements. Tous plus truculents les uns que les autres, ils font régner dans les couloirs un vent de légèreté et de folie des plus plaisants à lire (à vivre, c'est une autre histoire) !

C'est lors de son emménagement que Max Corneloup commet l'irréparable. En lâchant un lourd carton au sol, il écrase par mégarde Hector, le petit chien de madame Brichon. Un acte malheureux qui va engendrer toute une série d'événements abracadabrants qui vont entraîner le lecteur dans une spirale de parano fun et déjantée. Personnages hauts en couleur, situations ubuesques, l'humour est au détour de chaque page et la lecture se transforme peu à peu en pur délire avec de grands éclats de rire à la clé.

Drôle et original, "Prenez soin du chien" est aussi un roman policier très efficace. Derrière le meurtre d'Hector et le premier macchabée retrouvé rue de la Doulce-Belette semble se tenir un mystère bien plus grand encore. Et lorsqu'une nouvelle mort survient à mi-roman, c'est dans une course policière effrénée que l'auteur nous embarque. Une histoire tout à fait crédible dans le ton décalé de l'ensemble, un rythme haletant et toujours une plume vive et cynique qui ravit les adeptes du second degré et de la caricature.

Challenge sans nom - Légèreté

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement de lire ce roman. Férocement drôle et surprenant, il ne ressemble à rien d'autre et fait passer au lecteur un excellent moment. On rit beaucoup et ça fait du bien. Un roman léger et prenant à la fois. Une vraie réussite d'écriture !

Ce roman a été lu dans le cadre du "Challenge sans nom" avec ma copinaute faurelix.


dimanche 28 août 2016

Motocultor festival, Saint-Nolff (56), 21-08-2016

Dimanche dernier se tenait le dernier acte de la grande messe annuelle du métal en Morbihan, le très chouette et authentique festival Motocultor se déroulant à Saint-Nolff au nord de Vannes dans la zone artisanale de Kerboulard (ça ne s'invente pas !). Un accident domestique malheureux m'avait empêché au dernier moment de m'y rendre l'année dernière. Difficile en effet de headbanger et de s'agiter en tout sens avec un gros orteil cassé ! Ce n'était que partie remise et cette année j'y étais et le moins que l'on puisse dire c'est que c'était réussi et que j'ai enchaîné les bonnes claques soniques ! Suivez le guide !

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(Viens chercher bonheur, viens!)

J'arrivai sur les lieux pour une visite préliminaire au camping pour voir si mon vieux pote Slay était toujours vivant vu qu'il était sur place déjà depuis jeudi soir pour le traditionnel apéro pré-festival. Quoique fatigué, je l'ai trouvé guilleret et même entreprenant. Jugez plutôt : je lui ai lavé les cheveux dans une scène quasi biblique que Jésus lui-même n'aurait pas renié ! Après une petite binouse et un briefing sur les premiers jours, je le pressai pour aller sur le site lui-même. Les décibels des premiers groupes résonnent déjà et même si les trois premiers ne m'intéressaient guère, ils attisaient mon envie de pénétrer dans l'enceinte ! Rooooaaaar !

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(Une certaine idée de la décoration extérieure et le bar du camping est juste derrière !)

Premier choc, il y a trois scènes depuis l'année dernière et donc davantage de groupes ; mais bon je le savais déjà ayant imprimé mon running order à la maison. Il fait beau et chaud, on ne se marche pas dessus et l'ambiance est comme d'habitude tranquille et rigolarde. Y a pas à dire la tribu métal est l'une des plus cool en festival et tout le monde est là pour s'amuser et profiter. On retrouve les traditionnels coins bouffe et boisson (ben ouais, faut savoir s'entretenir quand même !), les toilettes sèches, des stands de préventions éparpillés et le blackmarket, haut lieu de débauche où la tentation se présente à chaque stand. Je n'ai pas craqué cette année mais j'ai tout de même discuté avec un gars du label Les Acteurs de l'ombre qui produit du Black metal Lovecraftien notamment (Yes yes yes !!!). Depuis, j'ai commandé deux T-shirt pas piqué des vers. Une rencontre sympa et des découvertes en cascade dans leur démo gratos qu'il m'ont donné et qui contient une dizaine de morceaux plus aguichants les uns que les autres. Une belle rencontre. Mais l'essentiel est ailleurs, les concerts ! Je ne vous parlerai que de ceux que j'ai suivi en intégralité, un festoche c'est aussi une histoire de choix... Ne m'en voulez pas pour les plus connaisseurs d'entre vous !

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(Un beau site avec tout plein de belles personnes!)

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(Comme d'hab, un beau défilé de mode à la clef !)

C'est à 13h20 que commençait le set de Leng Tch'e, groupe de Grind Core belge bien azimuté qui met tout le monde d'accord en terme de riff et un chanteur au top de sa forme. Ça bouge bien, c'est violent comme il faut, un parfait groupe d'apéro avant ce qui va suivre. Slay en profite pour s'éclipser et retrouver sa moitié. Pour ma part, j’enchaîne ensuite avec un groupe de Stoner, les baba cool du métal, avec les locaux Stonebirds (Loudéac plus précisément) qui ont présenté leurs compos inspirées entre Black Sabbath et autres influences seventies. Un bon moment, plus reposant et vraiment trippant par moment avec des musiciens heureux d'être là et dont l'état d'esprit peace est très communicatif. Le concert à peine terminé, je me précipite sur la grande scène pour passer aux choses sérieuses avec Lost Society un groupe de Thrash metal finlandais que je découvrais pour la toute première fois.

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(Une société perdue... mais sacrément efficace dans son genre !)

Le lancement du concert se fait sous les harangues de Ice Tea de Bodycount (enregistrées les harangues hein ! Faut pas rêver non plus !) et c'est le début d'un déluge sonique de 45 minutes et pour moi un pied monstrueux. Ça envoie du lourd, on se dandine (oui, il faut savoir que le thrash fait se dandiner) et on voit pas le temps passer. C'est avec une p'tite larme à l’œil que je dois me diriger de suite vers la scène intermédiaire (La Suppositor Stage, quel nom !) pour assister à un deuxième concert thrash avec les américains de Vektor au look improbable (Les Ramones en 2016 pour faire simple). Set carré, de sacrés bons morceaux mais l'ensemble est moins percutant. J'ai passé tout de même un bon moment, récolté un bisou avec un gros chauve barbu (ah, je les aime ceux-là !) et discuté avec un fan de Soulfly (on était fait pour se rencontrer).

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(Vektor te rend plus fort ! Oui je sais, elle est moyenne celle-là...)

Je devais enchaîner ensuite avec le groupe Fractal Universe annoncé comme un groupe de Death progressif qui a gagné le tremplin du festival. J'ai tenu à peine trois morceaux... Je ne suis pas adepte, le son était mal réglé et j'ai préféré m'éloigner pour me manger une barquette de frites et appeler à la maison pour vérifier que Nelfe réussissait à survivre sans moi (à priori c'était limite !). Après cette courte pause, il est temps de remettre le couvert à la Suppositor Stage avec une belle découverte pour moi : Secrets of the moon, un groupe de Occult metal allemand (on est fort en noms de mouvements musicaux dans le milieu metal !). Grosse grosse claque avec un groupe talentueux, technique, bien bourrin quand il faut et aux mélodies imparables. On nage en pleine quatrième dimension, on ne peut que s'incliner devant le climax qu'ils créent et l'univers sombre qu'ils proposent. Un de mes grands moments de cette édition. C'est d'ailleurs à la fin de ce set que je retrouve Slay en bonne compagnie, nous ne nous quitterons plus ! C'est pas mignon ça ?

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(Secrets of the moon m'a embarqué sur la face sombre de la lune)

On embraye avec le groupe de Hard rock à l'ancienne Graveyard. Ces suédois proposent un concert à l'ancienne non exempt de défauts (trop de slows les gars, je suis pas là pour sortir le briquet) mais des musiciens vraiment bons et quelques morceaux sympathiques. Pas mémorable pour autant... Surtout, qu'après une pause bien mérité, c'est pour nous le temps d'aller communier au concert de Soulfly, la tête d'affiche du jour, thrash tribal brésilien, un de mes groupes préférés avec Max Cavalera ancien leader de Sepultura, mon premier choc metal.

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(Maaaaaaaaxxxxxxxxxxxx !)

Difficile de décrire ce concert tant il fut orgasmique, transcendant et complètement fou. On a jumpé dans tous les sens, repris en cœur les classiques, libéré nos pulsions les plus bestiales, lâché les cheveux... Wahou, j'en reviens toujours pas. Je les attendais avec impatience et je n'ai pas été déçu. Une sacré claque et un bonheur de chaque instant avec en prime des reprises de morceaux cultes de Sépul' dont Roots bloody roots et Refuse / Resist ! Merci les gars ! Tout chamboulé, il faut de suite assister au concert des Nashville Pussy, groupe US que j'adore et que j'avais déjà vu lors de mes années en banlieue parisienne. Du rock and roll qui dessoude type Lyrnyrd Skynyrd sous amphets, un chanteur à la voix bien glaireuse, une ersatz de ZZ Top en batteur , une bassiste efficace et une guitariste à la fois sauvage (elle a du charme la bougresse) et géniale dans son jeu de gratte. Là encore un concert mémorable. Je vous raconte pas dans quel état j'étais en sortant, j'ai du perdre deux litres d'eau, une pose s'imposait...

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(Come on pussy lovers !)

C'est ce que l'on a fait avant d'embrayer sur la dernière ligne droite : frites et sandwichs au menu tout en assistant au concert de loin de Testament, un groupe culte qui n'a rien perdu de sa superbe. Du thrash bien couillu et des fans en délire que nous avons pu admirer à l’œuvre. N'aimant pas le folk metal (aaarg !), je décidai d'aller voir seul le seul groupe de Black metal à l'ordre du jour du Motocultor : Batushka. Et là... THE claque, la révélation de ma journée.

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(LE show de la journée, tremblez simples mortels !)

Imaginez neuf mecs en chasubles démoniaques qui vous servent une messe déviante à 0h00. Éclairages rouges et violets, un chanteur-leader possédé procédant à l'office avec encensoir, livre sacré et icône. Le set fut majestueux, ésotérique et complètement dingue. Un sacré moment pour un groupe qui n'est pas là pour rigoler et un Mr K subjugué. J'en reviens toujours pas. J'étais tellement sur mon nuage que j'ai écourté ma présence au concert de Ministry (metal indus venu des USA) que j'avais déjà vu au Hellfest et que j'écoute à l'occasion notamment pour aller au taf. Je n'étais pas dans le good mood et je voulais préserver mon ravissement après le concert de Batuschka. C'était donc le moment de dire au revoir à la compagnie et de rentrer à la maison.

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(Ce n'est qu'un au revoir !)

Au final une super journée pour un festival génial qui joue sa vie chaque année pour cause de financement compliqué et souvent très juste. On est bien loin de la machinerie qu'est devenu le Hellfest auquel je ne participe plus, le trouvant trop mercantile et finalement loin de mes idéaux de pur métalleux intégriste (on ne se refait pas !). C'est pourquoi, il faut aller à Saint-Nolff et les soutenir car l'authenticité est au RDV ainsi que les belles expériences de pur son. Gloire au Motocultor !

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vendredi 26 août 2016

"Un Coupable presque parfait" de Robin Stevens

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L'histoire :
- Tu es sûre que nous ne devrions pas plutôt prévenir la police ?
- Ne dis pas de sottises. Nous n'avons aucune preuve. Pas même un cadavre. On se moquerait de nous. Non, nous devons résoudre cette affaire toutes seules.

Lorsque Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence de détectives privés, elles espèrent débusquer une enquête digne de ce nom. Tout bascule subitement le jour où Hazel découvre la prof de sciences étendue dans le gymnase. Le temps d'aller chercher Daisy, le corps a disparu. Dès lors, il ne s'agit plus seulement d'un crime à résoudre mais d'un crime à prouver, et ce, avant que le coupable ne frappe de nouveau.

Chaque minute compte lorsque tout indique que le meurtrier est là, coincé à vos côtés, dans l'école où vous vivez.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie de la littérature jeunesse aujourd'hui avec cet ouvrage récemment sorti chez Flammarion Jeunesse. Un Coupable presque parfait a tout pour me plaire sur le papier : une action qui se déroule dans les années 30, dans un pensionnat de jeune-fille à l'ancienne (l'organisation avec les préfets m'a irrémédiablement fait penser à Harry Potter) et la promesse selon l'éditeur de côtoyer Agatha Christie et surtout Conan Doyle, un de mes amours de jeunesse en terme de lecture. Voyons, voyons si le contrat est rempli...

Daisy et Hazel ont fondé un club de détective. La première s'est prise de passion durant l'été pour les romans policiers qui sont prohibés dans l'enceinte du pensionnat où elle passe sa scolarité. C'est l'occasion après les cours de farfouiller, enquêter et se renseigner sur les gens qui bien souvent ont des choses à cacher. Rien de bien sérieux donc, juste un passe temps amusant et grisant pour des jeunes collégiennes. Mais un jour l'impensable arrive, une professeur est retrouvée morte par Hazel mais le corps disparaît juste après. Avec l'aide de Daisy, elle va rapporter tous les événements qui ont suivi à travers les compte-rendus qu'elle a en charge pour le club et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'en passe de belles à l'école de Deepdean !

On rentre directement dans le vif du sujet avec cet ouvrage. Après quelques pages recontextualisant la création du club, les faits sont bien là : les deux jeunes-filles vont devoir enquêter sur un meurtre qui pour les adultes n'existe pas vu que le cadavre a disparu et qu'une lettre de démission express a été posée sur le bureau de la proviseur ! C’est le début des tâtonnements mais les filles sont organisées : recherche des suspects potentiels, listing des alibis, enquête de proximité et découverte de preuves sont au RDV. La tâche n'est pas aisée quand on est en pensionnat et soumis à des règles strictes. Hazel et Daisy vont devoir user de toute leur malice (surtout Daisy d'ailleurs) pour échapper à la surveillance des autorités de l'école pour parvenir à découvrir la vérité.

Au fil de la lecture, on découvre avec nos héroïnes que les adultes cachent bien des secrets et qu'il n'est pas bon de déterrer des choses du passé. On s'attache très vite à Hazel la narratrice. Originaire de Hong-Kong, elle a du faire sa place dans le pensionnat et ce ne fut pas chose aisée. Légèrement naïve, elle prend très au sérieux le club et fait tout pour seconder au mieux Daisy, l'initiatrice du projet. Cette dernière bien que très volontaire et perspicace, est assez déplaisante au départ car trop sûre d'elle, directive à l'excès et suffisante. Mais les rebondissements de l'enquête ne l'épargneront pas et on sent bien qu'elle évolue positivement durant le récit. Les personnages qui naviguent autour du duo sont très bien croqués par une auteure qui économise les mots mais pas la profondeur de ses personnages. Certes le livre s'adresse aux loupiots à partir de 11 ans mais Robin Stevens ne cède pas à la facilité, proposant une galerie de professeurs charismatiques tantôt séduisants et appréciés, tantôt dépréciés et même inquiétants. Leurs camarades ne sont pas en reste avec une vitalité et une énergie assez prenante qui se dégage de l'ensemble. À ce propos, j'ai apprécié la présence d'une liste de personnage en début d'ouvrage ainsi qu'une carte de l'école où se déroule l'intégralité de l'action. C'est totalement facultatif mais ça rajoute un petit plus à l'ensemble.

L'intérêt pour le livre et son intrigue ne se dément jamais avec un suspens millimétré et hautement maîtrisé. L'ouvrage garde une crédibilité de tous les instants malgré le jeune âge des deux enquêtrices. D'ailleurs le dénouement est finement joué ne tombant pas dans la caricature et l'exagération (vous comprendrez en lisant le livre). On y croit pleinement et les références aux classiques évoqués en quatrième de couverture sont multiples et bien insérées. Elles ont ravi l'amateur du genre que je suis et fonctionneront parfaitement avec un jeune public désireux de lire une première enquête policière avec son lot de péripéties, de menaces et d'indices. Une belle réussite que je vous encourage à tenter à votre tour.

jeudi 25 août 2016

"Comme des bêtes" de Yarrow Cheney et Chris Renaud

Comme des bêtes afficheL'histoire : La vie secrète que mènent nos animaux domestiques une fois que nous les laissons seuls à la maison pour partir au travail ou à l’école.

La critique Nelfesque : Que ceux qui ont des animaux domestiques chez eux et se sont toujours demandés ce que leurs bêtes à poils faisaient durant leurs absences lèvent la main. "Comme des bêtes" nous le dévoile et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils ne s'ennuient pas.

Vous avez un chat et vous pensez qu'il passe ses journées à dormir ? Un chien et vous imaginez qu'il se morfond toute la journée en vous attendant derrière la porte d'entrée ? Un oiseau en cage et pour vous il n'a rien d'autre à faire qu'à picorer ses graines ? Détrompez-vous ! Nos bestiaux ont une vie trépidante ! Bon soit, j'ai du mal à imaginer Tesfa dans une telle aventure mais je veux bien lui accorder le bénéfice du doute ^^

Max coule des jours heureux avec sa maîtresse Katie dans son appartement new-yorkais. Il a tout le confort qu'il désire, elle lui concocte des bons petits plats qu'il déguste avec elle sur une terrasse donnant sur Hyde Park, il a un dogsitter attitré qui l'emmène s'amuser la journée avec ses camarades au parc. Une vie de chien chouchouté ! Oui mais voilà, un soir, Katie rentre du travail avec Duke, chien malheureux qu'elle a récupéré à la fourrière. Molosse indélicat, il est l'opposé de Max. Ces deux là ont du mal à s'entendre et vont se retrouver embarquer dans de folles aventures.

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Et ces aventures, ils ne les feront pas seuls ! Toute une kyrielle de potes à poils et là pour les aider. A commencer par Gidget, très prout prout ma chère, secrètement éprise de Max, Mel, un carlin neuneu qui passe son temps à aboyer après les écureils et courir derrière les papillons, Chloé, une chatte obèse en plein régime, Pops, un vieux parrain basset hound handicapé... Ensemble ils vont devoir faire face à une équipe de bras cassés, animaux abandonnés vivant en meute dans les égouts de la ville. Des chiens galeux, des serpents, des crocodiles, des araignées... et même un lapin mignon ! Ne vous fiez pas à la bonne bouille de Pompon, c'est un lapin psychopathe.

Avec leurs péripéties, Cheney et Renaud, les réalisateurs de ce film d'animation, nous entraîne dans un joyeux délire. On retrouve notre âme d'enfant, on évite avec succès le pipi / caca, on jubile devant certaines scènes démentes et on prend honnêtement un plaisir fou avec ce dessin animé régressif à souhait. En même temps, c'est une nana qui s'éclate devant des vidéos de chats débilus sur Youtube qui vous parle. Si vous n'aimez pas les bêtes, passez votre chemin. Pour autant, il n'est pas utile d'être complètement gaga de son chat ou de son chien pour apprécier l'humour de "Comme des bêtes". Un animal est un animal et a sa place d'animal mais avouons tout de même qu'ils sont bien trognousses et que si on les laissait faire, ils nous feraient faire leurs 4 volontés !

Comme des bêtes 1

L'idée de base est très sympa et fédératrice, le spectateur fait son curieux et il en a pour son compte. Le rire est omniprésent et la scène de l'usine à saucisses sur la musique de Grease restera dans les annales. Pour moi, c'est LA scène du film, complètement aware, WTF et hallucinante. J'en ai pleuré de rire. Bourré de références cinématographiques qui raviront les plus grands (coucou Shining), ce film est une petite pépite sans prétention et une très bonne surprise. Courrez-y !

La critique de Mr K : 6/6. Quelle marade ! J'ai rarement autant rigolé devant un animé jeunesse au cinéma. J'en ai même pleuré et Nelfe n'était pas très loin derrière en terme de larmes de joie. Il faut dire que les gags, situations cocasses et références multiples pullulent tout le long du métrage et que les auteurs de Moi, moche et méchant se sont surpassés. Comme des bêtes est assez génial dans son genre !

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Ceux qui nous connaissent vous le diront, nous sommes gagas d'animaux à la maison. Alors quand un métrage pour enfants nous propose de découvrir ce qui se passe quand nous partons au travail tous les jours, l'occasion est trop belle de lever le voile sur les habitudes de nos compagnons de vie. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas triste ! Vous verrez un caniche royal métalleux à ses heures perdues quand son bourgeois de maître s'absente, une chatte boulimique et philosophe, un vautour esseulé en mal d'amitié malgré ses instincts de rapace, un carlin accrocs au papillon et commère de première, un lapin orphelin devenu psychopathe par la force des choses, un cochon d'Inde sans aucun sens de l'orientation, deux chiens nouvellement colocataires qui vont devoir apprendre à s'accepter mutuellement, une horde de chats errants, un chaton mignon fou à lier, une perruche adepte de simulation de vol à l'Afterburner, une chienne amoureuse à la folie... et toute une galerie de personnages tous plus dingues les uns que les autres.

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C'est la grande force du métrage qui reste par ailleurs assez classique du côté narratif. En même temps vu la cible visée, il ne faut pas s'attendre à de l'original. Une fois de plus, il est question d'amitié, de courage et de dépasser ses difficultés. Pour autant le charme agit grâce à un humour ravageur et loin de se cantonner dans le bas de plafond (il y en a beaucoup moins que dans d'autres production) : il y a un côté cartoon criant, des références qui ont ravi les grands enfants que nous sommes et un rappel de certaines habitudes de nos amis à poils et à plumes assez délectable. On rit énormément mais sans s'abêtir et toujours naturellement. Le sens du rythme y est pour beaucoup et par moment on part dans des délires totalement ubuesques, à se demander ce qu'ils mangeaient, buvaient ou fumaient en concevant certaines scènes. Celle se déroulant dans l'usine à saucisses restera longtemps graver dans nos mémoires !

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Ça ne vous surprendra pas si je vous dis que cet animé est magnifique en terme de forme : les couleurs explosent à l'écran, les bestioles sont trognonnes à souhait même la confrérie des gouttières, sorte de cours des miracles vivant dans les égouts de New-York à l'abri des hommes qui les ont soit rejetés soit abandonnés. La musique alterne le pire (la chanson d'intro) comme le meilleur (il y a du System of a down !) mais c'est souvent le cas avec ce genre de production. Les dialogues font mouche et ne prennent pas nos chères têtes blondes pour des imbéciles ce qui est à souligner. En tous les cas, on ne s'ennuie pas une seconde entre gros fous rire et moments plus tendres (on ne tombe jamais dans le pathos et le ringard pour autant). Ce fut une sacrée bonne séance de cinéma qu'il serait dommage de laisser passer si vous êtes amateur !

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mercredi 24 août 2016

"La Valse des arbres et du ciel" de Jean-Michel Guenassia

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L'histoire : Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.

Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ? ...

La critique de Mr K : Il y a presque tout juste un an, je vous parlais de mon engouement sans borne pour Le Club des incorrigibles optimistes du même auteur. J'avais adoré le style de Guenassia, l'aspect quasi documentaire de son ouvrage présentant un reflet fidèle d'une époque (la Guerre Froide) et le romanesque de son récit avait fini par définitivement m'emporter très très loin dans le plaisir de la lecture. À l'occasion de la rentrée littéraire 2016, il revient à la charge avec cette fois ci un focus sur la fin de vie de Van Gogh qui devrait à priori lever le voile sur un certain nombre d'interrogations : La Valse des arbres et du ciel.

L'histoire nous est racontée à travers les yeux de Marguerite Gachet, fille du médecin s'occupant alors de Vincent Van Gogh. La subjectivité est donc de mise avec le déroulé des dernières semaines du peintre à Auvers-sur-Oise durant l'été 1890. Récemment diplômée du Baccalauréat (ce qui est très rare pour une fille à l'époque), la jeune-fille de 19 ans ne souhaite qu'une chose : devenir peintre. Mais l'époque n'est pas encore à l'égalité des sexes, loin de là. Seuls les hommes sont admis dans les écoles des beaux-arts, seuls quelques artistes non reconnus donnent des cours aux femmes et seulement à titre de loisir, elles n'ont aucune chance de percer dans le milieu. Et puis son père a d'autres projets pour elle, à commencer par un mariage avec un ami d'enfance de Marguerite qui doit devenir pharmacien et qui représente un très bon parti. La jeune fille a de plus en plus de mal avec sa condition de femme qui l'oblige à se conformer au machisme institutionnalisé dans la société française de l'époque.

Le déclic qui va tout faire basculer se présente lors d'un dîner organisé par Gachet père avec Van Gogh qui attise chez lui des convoitises pécuniaires. Aimant se faire payer en tableaux, c'est l'occasion pour lui plus tard de faire des plus-values. Il est loin de se douter que sa fille va tomber éperdument amoureux du peintre qui en plus de représenter la promesse de l'amour rêvé pourrait l'aider à touche du doigt son projet de devenir elle-même artiste. C'est le début de la course en avant pour Marguerite qui doit ruser pour pouvoir rejoindre son amant. La fin de l'histoire, le lecteur la connaît déjà si la vie de Van Gogh ne lui est pas étrangère. Ce sera tragique et ici teinté de révélations que chacun décidera de croire ou non. À priori, beaucoup de spécialistes spéculent sur les raisons de la mort du peintre et sur le rôle exact des Gachet. Guenassia présente dans ce roman une version romancée qui fera sans doute bouger les lignes dans les cercles concernés. Pour ma part, j'ai goûté à ce roman et j'ai surtout apprécié son aspect purement romanesque et fictionnel.

Tout d'abord, nous pénétrons totalement dans la vie et l'esprit d'une femme de l'époque. C'est très réussi, juste et sans détails inutiles (le livre ne compte que 295 pages). Le récit est intimiste et colle au vécu de Marguerite, notamment ses ressentis et son approche de Vincent Van Gogh qui n'est ici qu'un homme passionné par son art et non l'artiste bankable qu'il est devenu aujourd'hui. Plein d'humanité, les écrits de Marguerite nous frappent au cœur par leur franchise et leur naturel désarmant. Qu'il doit être difficile d'être une femme en cette fin de XIXème siècle ! Leur liberté est bien réduite et elles sont soumises à la volonté de leur père puis après de leur mari. Marguerite ne supporte plus ces contraintes, elle veut maîtriser sa vie et s'affranchir des règles discriminantes qui voudraient lui imposer une vie qu'elle subirait plutôt que de la choisir. Cela ne va pas se faire sans heurts et certains passages sont assez difficiles notamment dans les rapports qui se dégradent avec son père et qui révèlent alors sa vraie nature, son amour paternel se muant en autoritarisme domestique faisant régner la terreur dans sa maisonnée (un fils faible et une servante aux ordres).

Et puis, il y a ses rencontres lumineuses avec l'artiste et sa fascination pour sa personnalité (l'amour rend aveugle) et son art. Au passage, Guenassia nous offre de belles descriptions du travail du peintre dans son approche des couleurs, sa technique de peinture et ses méthodes (ses réveils à l'aurore et ses déambulations dans les campagnes environnantes notamment). En filigrane des propos de Marguerite, Van Gogh apparaît comme assez antipathique et finalement peu accroché à la jeune fille mais totalement obsédé par la peinture et la volonté de peindre constamment. Figure pleine d'ombre et de lumière, Van Gogh se révèle profondément humain et en même temps inatteignable par le commun des mortels. Du moins jusqu'à un certain point...

Intercalés entre les différents fragments de vie, l'auteur a placé des passages de lettres de Van Gogh à différents destinataires et des extraits de journaux. Loin d'être anecdotiques, ces documents véridiques ajoutent à la tension d'ensemble et contextualisent à merveille le roman dans son époque et les mœurs qui l'habitent. Ces précisions historiques font remarquablement écho au récit principal, l'enrichissant au passage et éclairant le lecteur néophyte en matière de connaissances sur le XIXème siècle. En contre-point, la caractérisation des personnages est précise comme une horloge suisse et donne une profondeur intéressante à une trame d'amour contrarié plutôt classique. Les révélations finales ne m'ont pour ma part ni particulièrement choqué comme j'ai pu le lire ici ou là, ni franchement éclairé sur quoique ce soit, ayant choisi d'aborder cette lecture essentiellement sur le plan émotionnel. C’est mon côté romantique et dans ce domaine l'histoire d'amour vécue par Marguerite est vraiment poignante. On a le cœur au bord des lèvres en fin de lecture.

L'ensemble se lit en tout cas très facilement avec un plaisir renouvelé même si je trouve que le style de Guenassia est moins en verve dans cet ouvrage, mais l'écriture reste cependant belle et d'une grande sensibilité. La Valse des arbres et du ciel est un beau roman qui conviendra aux amateurs de l'époque, de Van Gogh et d'histoires d'amour compliquées.


lundi 22 août 2016

"Vomito Negro" de Jean-Gérard Imbar

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L'histoire : Un homme politique d'extrême droite qui détourne à son profit l'héritage d'un fils de famille débile, c'est déjà rare. Mais un chauffeur-garde du corps nègre qui survit à l'affaire suffisamment longtemps pour la raconter, ça c'est carrément de la pure fiction.

La critique de Mr K : Voyage en terres sombres à plus d'un titre aujourd'hui avec un opus de la très bonne collection Série noire de Gallimard. Vomito Negro est une plongée sans concession, et parfois vertigineuse, dans les cercles de pouvoir et les groupuscules nationalistes, doublé d'un très bon roman noir mâtiné d'action à tous les étages. Attendez-vous à du brut de décoffrage !

Yann Kergall est breton et noir. Fils d'un capitaine au long cours, veuf à la naissance de son rejeton, il l'a éduqué à la française et ce dernier a formé pendant 10 ans les commandos marine dans la base de Lorient (c'est un local, yes !). Aujourd'hui, il est employé dans une boîte de sécurité fort prisée par les huiles du tout Paris. Le hasard d'une mission le voit se faire confier la sécurité d'un fils à papa milliardaire, un être dégénéré et proche des mouvances d'extrême droite radicale. La vie n'est pas de tout repos pour notre métisse, confronté à la folie galopante de son client et ses rapports particuliers avec sa mère, à une domestique oppressante car trop pressante à son endroit, à des compromissions d'État, à des commandos extrémistes qui vont de plus en plus loin dans leurs actions et à une course au magot plus complexe qu'elle ne semblait au départ.

On ne perd pas de temps dans cette lecture très rapide (un après-midi à la plage pour moi, doucement bercé par un soleil rasant) et plaisante au possible même si elle ne révolutionne pas le genre. Le décor est planté dès le premier chapitre par une scène haute en pression où le héros doit intervenir pour éviter que son client ne fasse une grosse bêtise (en l’occurrence tuer sa mère, ce qui vous l'avouerez n'est pas rien...). D'emblée, on sait que l'auteur ne va pas perdre de temps à caractériser personnages et situations, les éléments éclairants sont dispatchés au fil des scènes d'action et d'introspection d'un héros brinquebalé par les événements malgré une propension à la préparation et à la prudence de sa part.

Yann est un monolithe que rien ne semble pouvoir atteindre. Malgré l'antipathie qu'il éprouve pour ses employeurs, il aime le travail bien fait et si sur son chemin se présente une belle occasion (femme ou fric), il ne se gène pas pour se servir au passage surtout qu'il sent très vite le vent tourner quand à la suite d'une soirée, il se trouve mêlé aux activités délictueuses de son client. Ce dernier entretenant depuis des années des rapports quasi incestueux avec une mère castratrice au possible ne contrôle rien ou pas grand chose, se fait manipuler par sa génitrice mais aussi la mouvance d'extrême droite qui lorgne sur sa fortune... Les événements vont se précipiter et bien malin celui qui peut deviner le dénouement tant les péripéties sont nombreuses.

Il flotte aux dessus de ces pages l'odeur du souffre, du pouvoir, du sexe et de l'argent. On navigue en eaux troubles et on en redemande. Les rouages sont connus mais on se plaît à les redécouvrir par le biais d'un personnage central charismatique. On est rarement surpris mais l'écriture simple et frontale de l'auteur fait merveille, accroche l'amateur de roman noir que je suis et on ne peut s'empêcher de poursuivre la lecture tant on souhaite connaître le fin mot de l'histoire. On trouve de très bons passages hard-boiled, "à l'américaine", notamment dans les passages de séduction / répulsion où intérêt et attirance se teintent de noirceur. Rien de révolutionnaire comme énoncé auparavant mais des recettes qui fonctionnent pour un plaisir de lecture renouvelé de page en page.

Une bonne lecture au final, idéale un après-midi d'été et qui fournit suspens et images fortes à un rythme trépidant et addictif à souhait. Avis aux amateurs !

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dimanche 21 août 2016

"Le Mec de la tombe d'à côté" de Katarina Mazetti

Le mec de la tombe d'à côtéL'histoire : Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d'à côté, dont l'apparence l'agace autant que le tape-à-l'œil de la stèle qu'il fleurit assidûment.
Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s'en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d'autodérision. Chaque fois qu'il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie.
Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis... C'est le début d'une passion dévorante.

La critique Nelfesque : Je ne suis pas une habituée des lectures de nanas, des bleuettes sentimentales et des histoires d'amour niaises. Chacun lit ce qu'il veut mais perso ce n'est pas mon truc. Alors pourquoi me lancer dans la lecture de ce roman de Katarina Mazetti qui, de par sa quatrième de couverture, n'est pas pour moi ? Parfois, je me laisse séduire par les sirènes de la mode (c'est rare mais ça arrive), souvent à retardement d'ailleurs, et dans le cas présent, je venais d'abandonner un roman qui m'ennuyait affreusement et j'avais envie de quelque chose de léger. "Le Mec de la tombe d'à côté" a été énormément lu et chroniqué au moment de sa sortie il y a quelques années, j'aime beaucoup la collection Babel et en croisant sa route en seconde main je me suis dit "après tout, pourquoi pas !".

Bien qu'abordant un sujet difficile, à savoir la mort d'un proche et le processus de deuil, "Le Mec de la tombe d'à côté" est un roman léger. Nous suivons l'histoire de Désirée et Benny, deux jeunes gens qui se croisent régulièrement au cimetière. Désirée a perdu son mari et vient régulièrement lui rendre visite. Quant à Benny, il vient fleurir la tombe de sa mère. L'une est une citadine intellectuelle pour qui chaque chose a sa place et l'autre est un agriculteur un peu kitch et très ancré dans la terre et le labeur. Ces deux là sont totalement opposés et n'étaient pas voués à se rencontrer un jour mais voilà, ils sont voisins de cimetière et peu à peu sont intrigués l'un par l'autre.

Pas de mystère à la lecture de la 4ème de couv', on s'imagine tout de suite que l'amour n'a pas de frontières, que les barrières sociales ne résisteront pas et que Désirée l'intello à lunettes et Benny le cul terreux finiront ensemble. Eh ben bingo ! Le truc bien cliché, l'autoroute du poncif. Rien d'original dans cette histoire qui fleure bon l'eau de cologne, le terroir et les chrysanthèmes avec une goutte de Sauvignon.

J'ai toujours un peu de mal avec les romans qui vont exactement où on les attend. J'aime la littérature pour les surprises qu'elle nous réserve, les chemins insoupçonnés qu'elle nous fait emprunter, les émotions à nulle autre pareilles qu'elle nous procure. Ici, c'est assez plat, convenu et consensuel. Pour autant, je ne dirai pas que c'est mauvais, ça se lit bien, je n'ai pas éprouvé de dégoût profond ou d'agacement particulier mais ça ne casse pas des briques. C'est léger, ça se lit, ça fait passer un moment sympa sans plus comme un téléfilm fadasse quand on a la grippe. En lecture d'été, à l'ombre des cerisiers de la grand-mère, par jour de canicule où le cerveau se liquéfie, c'est pas mal. Pas sûre que j'aurai été aussi indulgente à une autre période de l'année. Mais bon, c'est mignon et gentillet...

Bref, j'ai lu "Le Mec de la tombe d'à côté". Je n'en suis pas morte mais je n'en retiendrai pas grand chose.

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samedi 20 août 2016

"Contes du lundi" d'Alphonse Daudet

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Le contenu : Daudet écrit ce recueil de nouvelles sous le coup de la guerre de 1870. Dans la première partie, ''La Fantaisie et l'histoire'', son propos est moins de s'attarder à des faits militaires hauts en couleur que de décrire le quotidien d'une guerre vécue au jour le jour par de petites gens. La seconde partie, ''Caprices et souvenirs'', évoque plutôt ses mémoires personnelles.

La critique de Mr K : Retour à un auteur qui a enchanté mes jeunes années avec ce recueil de nouvelles dégoté à prix d'or au détour d'un étal de brocante. J'avais dévoré à l'époque les fameuses Lettres de mon moulin et plus proche d'aujourd'hui j'avais apprécié de replonger dans Le Petit chose. Cette nouvelle lecture n'a fait que confirmer tout le bien que je pense de Daudet qui se révèle intemporel et toujours aussi moderne dans son écriture.

Comme précisé en quatrième de couverture, la première partie du recueil est consacrée à la guerre de 1870, injustement méconnue par nos compatriotes à cause bien souvent des programmes surchargés des classes de quatrième qui font la part belle à Louis XIV, la Révolution Française et Napoléon. Rappelons juste qu'en 1870, on s'est tout de même pris une sacré rouste face à la Prusse de Bismarck et que nos adversaires étaient rentrés dans Paris. Contemporain des faits, Daudet a été marqué par cette défaite et à travers de micro-récits n'excédant jamais les 5 à 6 pages, il appréhende la déroute à travers les faits et gestes des petites gens et de manière générale par le quotidien chamboulé de certains français.

Ainsi, on débute par un excellent texte mettant en scène le dernier jour de classe d'un instituteur dans un village alsacien devenu allemand (perte de l'Alsace-Lorraine oblige) qui va professer son dernier cours en français et marquer sa résistance par la même occasion. On suit aussi l'exode de certaines familles qui fuient les prussiens, l'espérance de mères de soldats qui attendent le retour de leur fils prodigue, on parcourent les rues de Paris en pleine insurrection face à l'imminence du péril. Daudet nous conte aussi la guerre vécue par la ville de Tarascon (pas de Tartarin en vue par contre), les atermoiements d'un maréchal plus préoccupé par sa victoire au billard que par les bombardements d'artillerie qui s'intensifient aux alentours ou encore, l'exil forcé de paysans en ville et leur nécessaire adaptation à la vie citadine. Bien d'autres récits peuplent cette première partie, ils sont tous plein de vie, soufflent un parfum de réalisme et d'humanisme, n'exagérant en rien une réalité pénible mais trop souvent oubliée. Le ton est sobre, les récits parfois âpres tant on côtoie la misère, le désespoir et l'aspect sombre de la nature humaine.

Pour contre-balancer cela, la deuxième partie nous propose toute une série de courts récits (nommés "caprices" par l'auteur) aux sujets variés allant de l'humour noir, au fantastique, en passant par du naturalisme et du récit de vie mélancolique et nostalgique. Au sommet, on retrouve les fameuses Trois messes basses, dont la version racontée par Fernandel m'avait bien plu le dernier jour d'école avant les vacances de Noël en CE2. Oui je sais, c'est du sacré souvenir mais que voulez-vous, il y a des expériences qui marquent ! On retrouve aussi de beaux textes évoquant la Commune de Paris et les massacres perpétrés au nom de l'Ordre, des déambulations en ville, une vieille maison en vente, un gamin qui fait l'école buissonnière à court d'excuse recevable, une série de paraboles entre gastronomie et paysages (texte très étonnant s'il en est !), le destin tragique d'une belle créole et toute une pléthore de textes à la fois touchants, quasi documentaires et parfois très déroutants. Plus d'une fois, l'auteur m'a surpris et par la même occasion ravi.

L'intérêt en effet ne se dément pas durant toute la lecture. Certes certains textes sont plus fragiles, mais l'ensemble se lit bien grâce notamment à la merveilleuse plume de Daudet à la fois alerte et précise, très accessible et franchement moderne pour l'époque. Pas de sclérose ou de lourdeurs ici mais le goût du récit et du conte qui reste immaculé et procure toujours autant de plaisir. Une belle expérience, idéale par un beau soleil d'été. M'est avis que je reviendrai faire un tour du côté de chez Daudet dans les mois à venir, je crois bien en avoir un dans ma PAL.

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jeudi 18 août 2016

"Le Caillou rouge et autres contes" de Caza et Bazzoli

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Le contenu : Recueil d'oeuvres de jeunesse de Caza, rééditées en 1985.

La critique de Mr K : C'est béni des dieux que nous sommes revenus d'une expédition chinage à Périgueux cet été, rappelez-vous mon poste enthousiaste en retour de vacances. Parmi ces très belles trouvailles, il y avait cette BD de Caza et Bazzoli proposée à un prix défiant toute concurrence et dans un état de conservation plus qu'honorable. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour me plonger dedans et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai été bien inspiré de me porter acquéreur de ce Caillou rouge et autres contes. Bon, je ne partais pas vraiment dans l'inconnu vu mon admiration pour Caza et son travail... Cet ouvrage propose une compilation de micro-récits parus dans Pilote ou totalement inédits. Pour l'inspiration, Caza a demandé à un ami de lui fournir des idées mais aussi quelques phrases en adéquation avec ses dessins. C'est François Bazzoli qui s'y colle avec un rare bonheur comme je vais vous l'expliquer.

On retrouve tout d'abord une série de cinq histoires numérotées portant le titre loufoque de Quand les costumes avaient des dents. Si vous ne le saviez pas, longtemps avant l'apparition des êtres humains, les costumes vivaient en paix et se retrouvaient confrontés à de sacrés problèmes comme des ceintures venimeuses, la nécessaire survie en milieu hostile, l'apparition d'une mystérieuse main constituée d'ombre, des concours de jeux de mots idiots (un de mes récits préférés) et même le pêché originel revisité par un Caza totalement branque pour le coup (superbe variation autour de la fable Les animaux malades de la peste de La Fontaine). Ces historiettes se rapprochent esthétiquement du film Yellow Submarine des Beatles (cultissime et à voir absolument !) et des animations de Terry Gilliams pour les Monty Python. On vire donc dans le psychédélisme le plus pur avec une beauté de toutes les cases et de toutes les pages qui nous font basculer définitivement dans une autre dimension. J'ai adoré les références et l'humour qui pullulent dans les dessins et mots composant cette hagiographie des costumes. Un pur délire qui fait mouche !

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S'ensuivent trois contes hystériques comme les auteurs se plaisent à les appeler. Tour à tour, on suit l'histoire d'une princesse très laide à la recherche de la beauté, d'une autre fille de roi enfermée car menacée par une funeste prédiction et un roi qui possède une poule pondant des romans à succès. On retrouve des éléments de contes bien connus que les auteurs s'amusent à détourner sans vergogne. N'escomptez pas de happy-end mais plutôt un sadisme hors pair pour maltraiter des personnages en mal de reconnaissance que le malheur et le destin rattrapent assez tôt. Le trait est ici plus léger (plus propre au Caza que je connais déjà) pour des récits aussi brefs que drôles pour tout amateur de bons pastiches mêlant références cultes et petites blagues bien senties. On passe là encore un bon moment !

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Vient ensuite un aparté littéraire avec une courte nouvelle de Bazzoli illustrée par Caza. Une dame âgée trouve une étrange créature qu'elle va adopter et ramener à son logis. Le temps va passer et le protégé ne fait que grandir. Les illustrations sont tops et la nouvelle bien menée quoique plutôt classique dans son déroulé. Une belle incartade qui n'est pas pour autant mémorable. On retrouve ensuite la BD pure avec l'histoire éponyme du recueil mettant en scène Caza lui-même trouvant un jour sur son chemin lors d'une ballade une étrange pierre rouge. Les jours s'enchainent et il faut se rendre à l'évidence, tout se teinte en rouge autour de lui. Mais quel est ce mystère ? La révélation finale est assez bluffante et drolatique. Les textes sont toujours aussi incisifs et évocateurs et les dessins très réussis. Une des meilleures historiettes du volume. Pour finir, deux pages d'un projet avorté par Caza autour d'un robot amoureux. Sa présence est plutôt anecdotique et ne ravira que les grands amateurs du maître...

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Au final, on passe un très bon moment quoiqu'un peu cours devant ce recueil d'oeuvres oubliées de Caza qui avec son compère propose des récits amusants, parfois philosophiques et d'une grande beauté formelle. Un incontournable pour tous les amateurs du dessinateur, de l'époque et de l'art psyché qu'elle a diffusé. Un petit bijou !

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mercredi 17 août 2016

"Les Sang des Elfes" et "Le Temps du mépris" d'Andrzej Sapkowski

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L'histoire : Le royaume de Cintra a été entièrement détruit. Seule la petite princesse Ciri a survécu. Alors qu'elle tente de fuir la capitale, elle croise le chemin de Geralt de Riv. Pressentant chez l'enfant des dons exceptionnels, il la conduit à Kaer Morhen, l'antre des sorceleurs. Initiée aux arts magiques, Ciri y révèle bien vite sa véritable nature et l'ampleur de ses pouvoirs. Mais la princesse est en danger. Un mystérieux sorcier est à sa recherche. Il est prêt à tout pour s'emparer d'elle et n'hésitera pas à menacer les amis du sorceleur pour arriver à ses fins...

La critique de Mr K : Lecture aujourd'hui d'un beau cadeau d'anniversaire de Miss C qui ne me voyant pas poursuivre la lecture du cycle de Sapkowski entamé avec deux préquelles, a accéléré le mouvement en m'offrant ces deux volumes qui constituent l'enclenchement de l'histoire principale (il m'en reste encore trois à lire et croyez-moi, je vais presser le pas). J'ai profité de notre séjour en terre pétrocorienne pour m'envoyer les deux volumes de suite. Rien à dire, Sapkowski est toujours aussi efficace !

Comme je vous l'avais écrit lors de ma précédente chronique de la saga, la jeune Ciri a été recueillie par le sorceleur Geralt de Riv suite à la destruction du royaume de ses parents par la puissante armée nilfgaardienne. Traumatisée par les événements, elle trouve auprès de son tuteur réconfort et encouragement. Car Ciri n'est pas comme toutes les gamines de son âge, elle a un don qu'elle va devoir apprendre à maîtriser auprès des magiciens. Mais en attendant, elle s'entraîne comme une future sorceleuse, chose qui ne s'est jamais vu auparavant, cette caste étant exclusivement masculine. Mais les ennuis la rattrape vite, Geralt et ses amis vont tout faire pour empêcher leurs ennemis de s'emparer de la jeune fille.

J'avais insisté sur le caractère howardien de l'écriture de Sapkowski. Je nuancerai mes propos aujourd'hui car loin de se cantonner à l'action pure, le polonais instaure un climax prenant et nous convie à un voyage immersif au possible, proposant un monde de fantasy solide et complet à défaut d'être original. En même temps, le genre est tellement codifié que c'est difficile de s'en affranchir sans que l'on crie à la trahison ! Du coup, on en apprend beaucoup plus sur l'organisation des royaumes en présence, sur les mœurs des uns et des autres (super scène introductive avec un barde toujours autant en verve) et les rapports sociaux qui en découlent. Le monde est sous tension et cela se ressent dès le départ, l'opposition est forte entre humains et non-humains, et Nilfgaard semble entretenir lasorceleur4 flamme du conflit. Cela donne lieu à de purs moments de vie quotidienne bien croqués comme une belle engueulade en plein marché du matin, les atermoiements de brigands en fuite, les manigances et tractations des puissants, les soirées à l'auberge (un classique en fantasy !) et tout plein de moments qui cumulés densifient la structure de l'histoire et donne vie à un monde nouveau.

Et quel monde ! Enfin Sapkowski se fend de longues pages descriptives qui apportent un regard complexe sur un monde haut en couleurs. On voyage beaucoup et l'on côtoie puissants et pendards. Je me souviendrais longtemps d'une traversée du désert éprouvante pour une jeune initiée, de l'aura mystérieuse qui entoure l'antre des sorceleurs, de la majesté de l'île des magiciens, des forêts impénétrables où vivent dryades et elfes renégats. On s'enfonce avec un plaisir renouvelé dans les lieux les plus incertains et les plus magiques sur les pas des héros qui ont fort à faire et ne sont pas au bout de leurs peines. On en apprend aussi beaucoup plus sur les croyances, les rituels et us des peuples en présence, cela donne une consistance nouvelle aux personnages déjà croisés et élargit les perspectives déjà impressionnantes. On se dit que tout peut encore arriver.

Comme dit précédemment, on retrouve la plume pleine de verve de Sapkowski qui excelle encore et toujours dans la gestion des dialogues et les phases d'action. On ne s'ennuie pas une seconde tant le rythme est soutenu, les péripéties nombreuses et les personnages charismatiques. L'histoire virevolte littéralement entre bastons bien senties, duels magiques incroyables et complots sous-jacents. On en redemande tant on est plongé dans l'histoire, l'envie nous prenant de rejoindre Geralt pour aider Ciri qui décidément possède un charme juvénile certain et un caractère fougueux des plus séduisants.

Cette saga continue sous de bons auspices et j'ai déjà hâte de lire la suite. À lire absolument si vous aimez le genre, on est face à un incontournable.

Egalement lus et chroniqués de la saga au Capharnaüm éclairé:
- Le Dernier voeu
- L'Épée de providence

Posté par Mr K à 16:57 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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