Cafards at home

jeudi 18 septembre 2014

"Je finirai à terre" de Laurent Gaudé

Je-finirai-a-terre-laurent-gaudeL'histoire: Gaston Brache, soldat de la Grande Guerre, marche dans la neige. Il doit trouver un homme, et lui délivrer le message d'un compagnon d'armes décédé qui tient en quelques mots obcurs: "Je n'ai pas pu le contenir". Le vieux paysan auprès duquel il s'acquitte de sa mission semble frappé d'épouvante. Tandis que tonne le canon, et qu'à l'étage résonnent des bruits étranges, il sert un verre au visiteur et lui raconte son histoire...

La critique de Mr K: Le récit de "Je finirai à terre" commence avec un homme seul marchant dans la campagne. Il est en route pour délivrer un message. L'hiver est là et au loin résonnent les détonations des pièces d'artillerie. La guerre est omniprésente dans cette nouvelle, jamais frontalement mais au centre de tout. L'ambiance est plantée dès le début et la tension va monter crescendo au fil du déroulé de l'étrange histoire que va lui raconter le vieillard à qui il vient de délivrer son message. Le récit jusque là réaliste va entrer de plein pied dans le domaine fantastique et la résolution de l'ensemble se révèle inédit (du moins dans mes lectures personnelles!).

Cette nouvelle de 58 pages prend son temps, ménageant à merveille les attentes légitimes et pressées d'un lecteur pris en otage et incapable de détourner son regard de cette histoire prenante et riche. Gaudé avec tout le talent qu'on lui connaît, cisèle ses personnages et les lieux qu'il traverse. L'immersion est totale et frappée du sceau de la menace. La menace de la guerre tout d'abord qui hante l'esprit de Gaston Brache qui l'a subi dans sa chair et son esprit. Pareille boucherie laisse des traces et la psychologie de ce poilu-messager est admirablement reconstruite pour mieux nourrir le récit et les analogies à venir par la suite. Il y a aussi ces mystérieux bruits provenant de la pièce fermée à clef au premier étage et qui n'ont rien d'engageant croyez moi! Une fois le voile levé, l'auteur écrit tout un chapitre du point de vue de ce qui provoque ces bruits et cela donne de merveilleuses pages de littérature haut de gamme entre naturalisme et fantastique.

Derrière ce petit récit fantastique, il n'y aucun doute possible: le message est pacifique et désabusé. L'homme prend un malin plaisir depuis ses origines à détruire son environnement et tous les objets de ses désirs. Les errances de l'espèce humaine vous l'avez deviné, sont au centre de la révélation purement surnaturelle qui cueille le lecteur à la fin de sa lecture passionnée. Une belle parabole amenant à réfléchir sur nos actes, nos besoins et notre nature profonde. L'importance dans ce texte est tout le cheminement menant à la vérité finale, à travers le vieil homme et son passé, la rencontre avec ce jeune poilu traumatisé. Il se dégage une image marquante de notre humanité.

Comme toujours, ce fut un grand moment que de lire ce Gaudé. Langue accessible, poésie latente et efficacité optimums sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir de l'adepte du maître que je suis. Le suspens est ménagé à la phrase prêt et ne laisse pas de place au désintérêt. Cette nouvelle se lit d'une traite et nous plonge dans une ambiance vraiment particulière où l'espoir semble vain. La concision de l'œuvre n'entache en rien son pouvoir évocateur en matière historique et l'aspect romanesque sublime le background historique pour le rendre plus concret et plus marquant. Belle entreprise que je ne peux que louer et que j'encourage à faire découvrir notamment chez les plus jeunes (à partir de 14 ans tout de même!) pour conjuguer plaisir de lecture fantastique et petit appoint historique. Plusieurs grilles de lectures étant envisageables, tout à chacun y trouvera son compte. Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette expérience inoubliable.

Une lecture de plus que je vous recommande chaudement!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "La Porte des Enfers"
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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mercredi 10 septembre 2014

C'est ballot...

cumul impots

Dessin de Bar tiré de son blog

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lundi 8 septembre 2014

"Monsieur pan" de Kressmann Taylor et Princesse Camcam

monsieur-panL'histoire: Tous les matins, lorsqu'il se réveille, Monsieur Pan a peur pour sa vie. Il a peur de se noyer, peur des insectes aux piqûres mortelles, peur de la maladie qui, croit-il, le ronge... peur de tout! Et cette pensée l'obsède, jusqu'à en oublier que le monde autour de lui existe, jusqu'à en oublier l'essentiel...

La critique de Mr K: Voilà un petit livre pour enfant de plus de cinq ans bien malin et poétique à souhait malgré une thématique des plus difficiles à aborder pour un jeune public: la vie qui passe et la peur de la Mort. Il ne fallait pas moins de talent que celui de Kressman Taylor (Inconnu à cette adresse tout de même!) et les qualités indéniables des illustrations de Princesse Camcam pour réussir un pari osé mais à mes yeux essentiel, tant l'évocation du deuil et de la disparition est un passage obligé pour tout parent ou futur parent.

Monsieur Pan est un grand hypocondriaque. Chaque événement, chaque objet, chaque geste, chaque situation lui font croire que sa mort est imminente. Miné par ses obsessions, il est renfermé sur lui même. Pourtant, la grande faucheuse l'épargne et c'est la sœur de monsieur Pan qui succombe laissant derrière elle trois orphelins. Recueillis et aimés par leur oncle, ils seront son salut et bouleverseront à jamais sa vie et sa vision des choses.

Je lis très peu de livres pour jeunes enfants. Pour réussir dans ce genre bien particulier, il me semble important de combiner à la fois profondeur des propos et concision du texte pour ne pas perdre en route les apprentis lecteurs et/ou auditeurs si le livre est lu par un proche. Ce livre est un sans faute, malgré un sujet des plus sombres, il ressort une belle générosité, un amour de l'être humain qui transparaît de chaque phrase, de chaque mot. On reconnaît bien là la marque de fabrique de Kressmann Taylor qui s'adresse ici à un tout autre public que son œuvre majeure. Raffiné et tendre, son style convient à merveille à l'histoire contée, mélangeant onirisme autour des peurs non contrôlées du personnage principal et passages plus poétiques autour notamment du symbole du pêcher et de l'union indissoluble entre l'oncle et ses neveux.

Pour accompagner ce texte à la fois concis et fort, les illustrations fines et gracieuses de Princesse Camcam font écho aux émotions ressenties par le lecteur entre appréhension, douceur et finalement, une sorte de rédemption face à la vie que Monsieur Pan semblait fuir de part son recroquevillement autour de ses angoisses. Belle effet que cette lecture qui surprendra à coup sûr les plus jeunes et ont ravi l'amateur de belles lettres que je suis.

Monsieur Pan est un très bel ouvrage que je ne peux que vous conseiller.

jeudi 4 septembre 2014

Séance What The Fuck

En ce moment, c'est le gros rush à la maison. On se marie tout bientôt et je n'ai pas le temps de faire quoi que ce soit d'autre que les derniers réglages prestataires et logistique du jour J. Je n'ai même plus la force d'ouvrir un bouquin, c'est vous dire ... Alors alimenter notre Capharnaüm éclairé sans matière, c'est dur ! Heureusement que Mr K veille au grain. La semaine prochaine ça risque d'être encore plus tendu tout de même. Don't panic si vous nous voyez un peu moins en ce moment, c'est pour la bonne cause !

Mais quand après une grosse journée, je tombe là dessus, je ne peux pas faire autrement que de partager. Pour décompresser, c'est top !

Huhu !

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mardi 2 septembre 2014

"L'audience" de Oriane Jeancourt Galignani

l'audience

L'histoire: Dans une petite ville du Texas, une jeune enseignante, mère de trois enfants, attend en silence le verdict de son procès.
Qu'a-t-elle fait pour être traînée en justice, et risquer cinq ans de prison ferme?
Elle a entretenu des rapports sexuels avec quatre de ses élèves, tous majeurs. Un crime passible d'emprisonnement au Texas, depuis 2003.

La critique de Mr K: L'audience, livre de la Rentrée Littéraire, est la version romancée d'un fait divers judiciaire réel qui s'est déroulé aux États-Unis dans un tribunal texan. Une jeune enseignante y est jugée par rapport à sa conduite et les rapports intimes qu'elle a entretenus durant un mois avec quatre de ses élèves majeurs. Ce comportement est jugé dans cet État ultra-conservateur comme déviant et peut être passible d'une peine d'emprisonnement. Dans ce roman, l'auteur alterne chapitres concernant les différents jours d'audition et flashback dans la mémoire de Debby, l'accusée muette qui se retranche derrière son silence pour affronter son juge et les jurés qui vont devoir décider de son sort.

Je vous le dis tout de go, ce n'est pas de la grande littérature et j'étais plutôt déçu au début de ma lecture. Les pages se tournaient à un rythme régulier mais sans passion aucune, l'héroïne n'étant pas des plus attachantes et limite exaspérante. Que cache ce silence? Qu'en est-il des motivations qui l'ont poussée à rechercher des relations extrêmes avec ces jeunes hommes? Peu ou pas d'éclairage au départ et une certaine lassitude devant les banalités assénées en début de roman. Dubitatif, légèrement ennuyé, je me disais qu'on tournait en rond et que rien ne faisait sortir cette œuvre d'un banal témoignage de l'incurie de la justice américaine. On a ainsi une procureur vraiment très très méchante, un juge obsédé par cette dernière et regrettant leur relation ancienne, autant d'éléments un peu caricaturaux qui pour moi ternissent les propos et faisait de ce livre une lecture tout juste passable.

Heureusement, après les premiers jours consacrés aux témoignages de l'accusation notamment ceux des jeunes gens, on passe aux témoins de la défense et l'on tombe alors de Charybde en Scylla avec le témoignage épouvantable de la mère qui finalement enfonce plus sa fille qu'elle l'aide et un mari meurtri dans sa chair qui ne veut pas que sa famille implose à cause des fautes passées de sa femme. Le livre prend alors une autre dimension avec des personnages tortueux à l'extrême témoignant de la désagrégation d'une famille lambda. C'est âpre, on souffre pour tout le monde et le verdict vient cueillir un lecteur enfin conquis par cette histoire qui décolle et explore des aspects plus sombres des personnages. Heureusement d'ailleurs, cela sauve l'ensemble.

L'écriture est certes écrite d'une pointe sèche et précise comme il est écrit en quatrième de couverture mais elle ne m'a tout de même pas laissé de souvenir impérissable. La forme est globalement décevante par manque d'originalité et de pouvoir évocateur. Cependant la lecture est aisée et finit tout de même par nous surprendre en deuxième partie de lecture. Malgré l'injustice qui s'abat sur cette femme (elle est jugée pour des actes que seule la morale puritaine réprouve), je ne me suis pas attaché à Debby que j'ai trouvé personnellement inconséquente vis à vis de ses enfants et dont j'abhorre les actes qu'elle a pu commettre. Je n'ai donc pas été touché comme certaines personnes pourraient l'être même si je m'élève toujours face aux procès faits pour déviance comportementale ou délit d'opinion.

Ce fut donc une lecture intéressante bien qu'imparfaite. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non!



dimanche 31 août 2014

Valse de rentrée

najet

Dessin de Bar tiré de son blog

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vendredi 29 août 2014

"La Perle" de John Steinbeck

la perle

L'histoire: "Jouant de sa lame comme d'un levier, il le fit céder et le coquillage s'ouvrit. Les lèvres de sa chair se crispèrent puis se détendirent. Kino souleva les replis et la perle était là, la grosse perle, parfaite comme une lune. Elle accrochait la lumière, la purifiait et la renvoyait dans une incandescence argentée. Elle était aussi grosse qu'un oeuf de mouette. C'était la plus grosse perle du monde."

La critique de Mr K: Compte rendu d'un exorcisme littéraire aujourd'hui, avec ma chronique de La Perle de John Steinbeck. J'avais évoqué, lors de ma critique de Des souris et des hommes du même auteur, ma mauvaise première rencontre avec Steinbeck au collège quand une prof de français ennuyeuse à souhait nous avait imposé la lecture de La perle. Ayant été depuis réconcilié avec cet auteur, je ne pouvais pas ne pas tenter de relire ce roman! Grand bien m'en a pris tant il s'apparente à un récit incontournable dans le genre du roman noir.

L'action se déroule en basse Californie au Mexique, Kino un pêcheur très pauvre y vit avec sa femme Juana et leur bébé Coyotito. Ils se contentent de peu et vivent heureux malgré leur précarité. Un jour, Kino va faire une pêche miraculeuse et remonter à la surface une fabuleuse perle. Il entrevoit alors la possibilité de se hisser en dehors de sa condition et de proposer un avenir meilleur à sa famille. Cependant une ombre plane autour de ce bienfait inattendu, quel est le prix à payer pour avoir découvert cette merveille? Kino et Juana vont le découvrir après une lente descente aux Enfers...

Ce roman est une pure petite merveille qui se lit sans discontinuer et avec un plaisir renouvelé à chaque page. Elle est bien loin l'époque où j'avais tant peiné pour en venir à bout! Langue subtile entre toute, Steinbeck sublime par sa concision et sa poésie à fleur de peau le moindre paysage décrit (l'océan infini et majestueux, la rudesse du désert et des montagnes du nord du Mexique...), le moindre sentiment évoqué (la montée en pression de Kino au fil du déroulé est impressionnante). La claque est d'autant plus énorme que la tension ne fait que monter et l'on sent bien qu'un fatum funeste plane au dessus de la petite famille. Et pourtant... On continue quand même la lecture et la fin ne déçoit pas même si elle fait mal à l'estomac.

La perle est un remarquable miroir de l'âme humaine. À travers une histoire qui pourrait sembler anodine, l'auteur nous décrit les joies et les peines des héros mais aussi la convoitise qu'ils attisent par leur fortune d'un jour. La foule, les voisins, les gens de la ville, autant de groupes humains très bien animés par un auteur virtuose dans sa description des rapports humains. Rajoutez là-dessus un soupçon de discours anti-colonialiste parsemé de ci de là (passage sur les mœurs de la ville, les racines de Kino, les acheteurs de perles qui s'apparentent à une véritable mafia organisée...) et vous obtenez un petit livre de 164 pages à la densité impressionnante en terme de thématiques abordées et d'émotions mêlées.

Tiré d'un conte populaire mexicain La Perle insiste notamment sur l'impact que peut avoir la fortune et la richesse sur l'être humain. Steinbeck nous dépeint dès le début la misère de Kino et de ses confrères pêcheurs. Ils sont pauvres mais vivent en bonne harmonie. Quand le fruit défendu fait son apparition, cela dynamite tout ce qui a été installé jusque là, transformant même Kino en bête fauve quand il sent qu'on en veut à sa perle (il y a un petit côté "Mon précieux" assez savoureux, mais ici on baigne dans le drame). Le rêve a disparu laissant place à l'angoisse et à la peur. La maxime "L'argent ne fait pas le bonheur" prend tout son sens ici.

Une excellente lecture à mon actif encore une fois, un classique que j'ai pu apprécier enfin à sa juste valeur. Une écriture simple, une tension impressionnante et un message universel qui n'a pas vieilli. Une perle!

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jeudi 28 août 2014

La PAL grandit !

achats

Petites PAL deviendront grandes. Et puis si elles le sont déjà, et bien elles le seront encore plus ! On va pas s'embêter avec ça quand même. Comme dirait mémé : "Quand y a de la gêne, y a pas de plaisir". Voilà un problème de moins ^^

Hier après-midi, nous nous sommes dirigés vers notre Emmaüs chéri. Nous savions que c'était mauvais signe pour nos PAL. Nous n'y allions pas pour cela à la base mais allez résister à une telle tentation !

PAL +2 pour moi. + 11 pour Mr K (ah ah aucune volonté !)

En détail pour moi :

Bouquins cc

- "Au commencement était la vie" de Joyce Carol Oates : parce que j'ai vraiment beaucoup aimé Délicieuses pourritures du même auteur.
- "Disgrâce" de J.M. Coetzee : parce que j'ai craqué sur la couverture (et puis c'est un Prix Nobel de littérature).

Et pour Mr K :

Bouquins jj

- "L'arrière-monde" de Pierre Gripari : un livre qui m'intrigue beaucoup pour un auteur que j'adorais étant enfant avec ses recueils de contes (Ah, l'inénarrable sorcière du placard à balai !). Ici, on change du tout au tout avec des nouvelles qui ont l'air bien barrées... wait and see !
- "Le pêcheur" de Clifford D. Simak : un livre d'un de mes auteurs préférés de SF ça ne se refuse pas ! Il est question dans ce volume d'exploration mentale de l'espace et de possession par un esprit alien... Tout un programme !
- "Apparition" et "Le trône de satan" de Graham Masterton : histoire de conjurer la mauvaise impression que cet auteur m'avait laissé lors de ma dernière lecture, je tombais deux fois dans le piège de quatrième de couvertures séduisantes où il est question de diable et de maison hantée. À moi, les nuits agitées !
- "L'aube incertaine" de Roland C. Wagner : disparu trop tôt, ce fer de lance de la SF française méritait bien que j'adopte ce petit volume qui m'a l'air des plus sympathiques entre roman policier, SF et saillies humoristiques.

Bouquins jj 2

- "Pour adultes seulement" de Philip Le Roy : l'occasion fait le larron et j'avais adoré "Le Dernier testament" du même auteur. Ici il est question de flics ripoux et le roman semble prendre la forme d'un road movie déjanté. Ça promet !
- "Séquestrée" de Chevy Stevens : une victime d'un serial killer s'échappe après 12 ans de séquestration pour autant elle n'en a pas fini avec lui. Recommandé par Lisa Gardner que j'affectionne, je me suis laissé tenter. Il s'agit d'un coup de poker.
- "Le murmure des loups" de Serge Brussolo : parce qu'un Brussolo ça ne se refuse pas et qu'en plus, je n'en avais plus dans ma PAL !
- "Bande originale" de Rob Sheffield : une histoire d'amour vu à travers le prisme du rock and roll. Très alléchant comme pitch, je ne pouvais pas passer à côté !

Bouquins jj 3

- "Le racisme expliqué à ma fille" de Tahar Ben Jelloun : je n'en avais lu que des extrait jusqu'alors, il était temps de réparer ce tort. Surtout que cela semble plus que nécessaire par les temps qui courent...
- "L'autre monde" de Michal Ajvaz : une grosse curiosité m'a poussé à acquérir ce livre qui apparaît comme un ovni. Le narrateur fait de constants aller retour entre le présent et un passé fantasmé. Ce sera un saut dans l'inconnu que cette lecture !
- "Pas nette la planète !" de Plantu : un recueil de plus dans ma collection, celui-ci est beaucoup plus vieux que mes précédents achats, il date de 1984 ! Cela promet un beau voyage dans le temps !

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Et bien je crois qu'il va falloir qu'on s'y mette maintenant ! Bonnes lectures à tous !

mardi 26 août 2014

"La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon" de Christin et Puchulu

couv bdL'histoire: Une histoire aux multiples facettes, comme ces diamants volés par la jeune héroïne.

La critique de Mr K: Ma collection BD scénarisée par Christin s'agrandit avec ce nouveau volume de la collection Portraits souvenirs des éditions Dargaud, La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon. Comme à chaque fois, il s'agit de dresser le portrait d'un quidam lambda pour éclairer une partie du passé, une histoire se mêlant à l'Histoire entre récit palpitant et immersion dans une période donnée. Place aujourd'hui à Briska et à un coup de projecteur sur l'immédiat après guerre au Moyen-Orient.

Tout commence par une fuite et un grand saut dans l'inconnu. Briska, une jeune copte bourgeoise, s'enfuit de la demeure familiale avec son amant musulman étudiant pauvre pour échapper aux préjugés et aux tabous. Elle emporte avec elle des diamants familiaux à l'origine obscure pour assurer leur avenir. Ils embarquent sur un paquebot où ils vont faire la connaissance de monsieur Shapira, un diamantaire juif qui va les aider à écouler les bijoux. Commence alors la mise en place d'un plan dans toutes ses ramifications. Ils ressortiront à jamais changés et la deuxième partie de la BD est consacrée à leurs engagements politiques respectifs.

image 1

Comme toujours, on peut faire confiance à Christin pour nous livrer un récit dense et documenté. La caractérisation des personnages (même les plus secondaires) est remarquable, en quelques planches, quelques dialogues et autres textes, on saisit de suite leur situation et leurs aspirations. L'ensemble se complexifie par la suite avec une dimension plus engagée et politique de bon aloi qui fait sortir cette œuvre de la simple histoire de couple en fuite. J'ai eu un véritable coup de cœur pour Briska, héroïne au charme certain, à l'esprit vagabond et aventureux. Peu à peu, ce voyage va forger ses idées et ses combats à venir. Loin d'être lisse, sa part d'ombre est toujours envisagée par le lecteur tout au long de la lecture et donne à ce personnage une saveur toute particulière. Elle symbolise à elle seule la jeunesse avide de changement. Monsieur Shapira à l'inverse représente l'ancien monde, il porte sur ses épaules le poids d'une longue lignée juive qui a subi de terribles souffrances durant la Seconde mondiale. Il est donc question avec lui de la création de l'État d'Israël mais une création qui ne doit pas se faire à n'importe quel prix selon lui. Loin d'écarter d'un revers de main les populations arabes, il rêve d'un État binational où chacun vivrait en paix. Douce utopie qui ne se réalisera jamais.

image 2

La reconstitution historique est une fois de plus sérieuse et réussie. Les décors, les moyens de transports, les idéologies en vogue sont admirablement retranscrits. Le dessin concis et fin de Puchulu s'avère un miroir fidèle et brillant au scénario échevelé qui nous est servi. La fuite du couple amoureux, les tensions ethniques et religieuses, la realpolitik, les enjeux internationaux... autant d'aspects différents intervenant dans ce récit qui sont magnifiés par les deux auteurs pour nous proposer une BD à la fois séduisante esthétiquement et exigeante en terme de réflexion. Accessible et pédagogique, elle permet de lever les oublis qui planent sur cette période charnière dans l'Histoire de toute une région (Égypte et ses voisins).

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Ce fut donc un petit bonheur de plus, à ranger aux côtés des autres pièces de ma collection. Une belle lecture que je vous encourage à entreprendre pour tout amateur de récits haletants et de petits focus historiques.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel
- La Demoiselle de la Légion d'Honneur

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dimanche 24 août 2014

"Mister Babadook" de Jennifer Kent

mister babadook afficheL'histoire: Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu'elle n'arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé 'Mister Babadook' se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le 'Babadook' est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations...

La critique Nelfesque: Nous avions repéré la sortie de "Mister Babadook" depuis quelques temps et nous avions hâte de le découvrir au cinéma. Un bon moment de ciné en perspective mais c'était sans compter l'ambiance de la salle, affreuse, l'une des pires qu'il m'ait été donné de supporter depuis "The Children". N'y allons pas par 4 chemins, les grognasses présentes ce soir là dans la salle et qui auraient mieux fait de mater le film chez elle, m'ont gâchée le plaisir. Et vas y que je te commente le film à voix haute (ah non pardon, en beuglant), et vas y que je sors mon portable pour textoter, et vas y que je me crois chez moi ! Bon je vais essayer de faire abstraction de tout cela pour vous parler de ce sympathique Babadook mais là j'ai comme des envies de meurtres...

On respire...

Un deuxième visionnage du film se fera à sa sortie en DVD car je pense que n'étant pas dans des conditions optimales de détente, je suis en partie passée à côté de ce long métrage. Pendant la première moitié du film, j'ai baillé, j'ai regardé ma montre, je n'étais pas vraiment là et je trouvais le rythme du film affreusement long. Pour autant je ne peux nier que ce film a du potentiel et en y repensant maintenant, je lui trouve bien moins de défauts qu'à la sortie de la salle, toute énervée que j'étais.

mister babadook

Les qualités visuelles de "Mister Babadook" sont indéniables, la photographie est de toute beauté, le choix des décors et des costumes est judicieux dans un camaïeu de gris donnant une ambiance froide et dénuée de vie à l'ensemble de l'oeuvre. Le spectateur est immergé dans un climax de tristesse, à l'image de celle que vit le personnage d'Amelia depuis la mort de son mari. Tout est ici fait pour sentir la détresse psychologique de cette mère de famille. Rajoutez lui un gamin affreux qui passe ses journées à hurler et à avoir des idées sombres et vous plaignez vraiment cette pauvre femme. Au passage, le jeune Noah Wiseman qui joue le rôle de Samuel est à suivre. On a envie de lui mettre des grosses claques au début puis son jeu s'affine pour montrer tout un panel de sentiments tout le long du film. Idem pour Essie Davis qui en sombrant dans la folie nous ravit avec des dialogues cultes. Transmettre des émotions au spectateur, n'est ce pas là la vertu première d'un bon acteur ?

mister babadook 2

En allant voir "Mister Babadook", je m'attendais à un film d'horreur pur. Le genre de film qui fait sursauter, avoir des sueurs froides et cauchemarder en jouant sur nos peurs enfantines. Raté pour le coup et je dois dire que ma première réaction a été d'être déçue. Je n'ai pas sursauté, je n'ai pas eu peur et je n'ai encore moins cauchemardé. "Mister Babadook" n'est pas à proprement parlé un film d'horreur. Certes, il met le doigt sur une terreur de gosses, le monstre caché sous le lit, mais ceci n'est que prétexte à matérialiser le deuil d'Amelia. Plus psychologique qu'horrifique, "Mister Babadook" bluffe par ses qualités évocatrices, son côté sensible que l'on descelle si l'on gratte un peu la surface et que l'on ne se contente pas seulement de voir ce film au premier degré.

Je vous conseille donc d'aller voir ce film au cinéma. Il n'est pas des plus novateurs mais, si vous aimez les films de genre, vous apprécierez le soin apporté aux détails et la qualité du jeu d'acteurs. Et puis c'est le premier film de Jennifer Kent et ça annonce du bon pour la suite !

mister babadook 3

La critique de Mr K: 5/6, un film malin et très réussi que ce Mister Babadook! Malgré des conditions de visionnage assez catastrophiques à cause de quiches bavardes et irrespectueuses des autres spectateurs (et je reste poli là!), ce métrage sort du lot par sa beauté mortifère et sa symbolique très forte qui fonctionne à plein régime.

Une jeune veuve doit élever seul son fils qui s'avère être un gamin perturbé et pénible. Hyperactif, il lui mène la vie dure. Incapable de se remettre de la mort de son mari, trop permissive et protectrice envers son engeance, elle se laisse dévorer par une existence morne et désespérante. Bref, ça ne respire pas la joie de vivre cette affaire! Tout va changer à partir du jour où elle va trouver un mystérieux livre mettant en scène un certain Mister Babadook, croquemitaine des plus inquiétants dont il est très difficile de se débarrasser! Face à la terreur qui domine son fils, la jeune femme va se transformer et devoir affronter ses propres démons. Ça va dépoter!

mister babadook 5

Il s'agit du premier film de Jennifer Kent, jeune australienne plus que prometteuse après cette heure et demi de spectacle total d'une finesse remarquable. Film fantastique, il ne fait pas vraiment peur et verse finalement beaucoup plus dans le psychologique, rarement on aura été aussi juste dans la description du rêve, de la peur et de la folie (de grands moments dans ce domaine dans ce film, on pourrait presque les comparer aux passages mettant en scène Jack Nicholson dans Shining). Inventif en terme de cadrages et de plans (j'ai adoré les passages de couchés et de levés de lit entre cadre bancal et changements de lumière avec l'impression de ne plus savoir quand on se trouve en journée, la nuit...), d'une beauté sombre à couper le souffle (décors, personnages... tout est triste à l'image de l'état d'esprit du personnage principal), une musique insidieuse parfaite pour soulever les multiples moments de tensions parsemant le film, des effets spéciaux bien ficelés (le babadook est inquiétant juste comme il faut) et surtout une direction d'acteur impeccable qui témoigne d'un amour pour le cinéma qui explose à l'écran.

mister babadook 4

Tous les acteurs sont excellents et on y croit de bout en bout, pas comme dans toutes ces productions fantastiques et horrifiques à la mode où on nous sert les mêmes personnages caricaturaux et sans âme. Essie Davis illumine le métrage par sa présence et son aura. Je l'avais déjà remarqué dans la série australienne La Gifle, passée sur Arte il y a déjà quelques temps. Elle campe avec une justesse incroyable cette mère endeuillée, dépassée par les événements et incapable de s'occuper correctement de son fils. Son rôle est vraiment incroyable et on se rend bien compte que Mister babadook en est aussi après elle. Le twist final bien que prévisible pour l'amateur du genre que je suis en surprendra plus d'un avec un message freudien des plus intéressants. Sans doute, la réalisatrice a mis ses propres peurs et névroses dans ce film tant toute cette entreprise est construite et maîtrisée.

mister babadook 1

Un très très beau film à voir absolument, qu'il vaut bien mieux que la bande annonce officielle. Fin, beau et efficace, je le garderai longtemps en mémoire. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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