Cafards at home

lundi 3 août 2015

"Lumière froide" de Marvin Kaye et Parke Godwin

lumière froide kaye godwin

L'histoire: Aubrey House est vide désormais. Personne ne veut l'acheter. C'est pourtant une belle demeure, vieille de plus d'un siècle et qui ferait les délices d'un antiquaire. Mais Aubrey House cache aussi un terrible secret: "l'effet Aubrey". Ce soir-là, cinq personnes s'y retrouvent pour percer ce secret. Les voilà réunies autour de Merlyn Aubrey, ravissante femme-enfant, dont le regard est fasciné par le portrait de sa grand-mère Charlotte, au visage figé et indéchiffrable de poupée ancienne. Et voilà que "l'effet Aubrey" va frapper implacablement. Et ce sera la mort par désintégration du cortex, les mutilations atroces, les accidents inexplicables, les phénomènes hypnagogiques et hallucinatoires... Qui échappera à ce monde de terreur et de violence?

La critique de Mr K: Un petit séjour de quelques jours dans une maison hantée ça vous dit? C'est ce que propose le blog aujourd'hui avec Lumière froide de Marvin Kaye et Parke Godwin sous-titré L'effet Aubrey ou les bas-fonds du subconscient, roman paru en 1983. Sacré programme en perspective avec entre autre une bâtisse inquiétante, un groupes de personnes où les tensions sont sous-jacentes et surnaturel galopant et angoissant. Suivez le guide!

Un cercle d'amateurs de surnaturel accompagné d'un professeur rationaliste (Richard Creighton) se retrouvent invités à Aubrey House, grand manoir de type victorien pour quelques jours. L'objectif avoué est de vérifier les dires qui circulent à son propos (morts suspectes, traces d'activités psychiques) ou de les désavouer en ce qui concerne Creighton. Chacun compte parvenir à ses fins par ses propre moyens et techniques: l'un est adepte de voyage astral, l'autre de séances de spiritisme, une autre croit en la création d'un lien personnel entre elle et l'entité, une autre n'y croit qu'à moitié et succombe à ses pulsions personnelles, enfin, le professeur compte bien démonter tout cela grâce à la science et le raisonnement analytique. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu, la machine va s'emballer, les forces occultes vont se déchaîner…

Le roman débute plutôt doucement avec la nécessaire caractérisation des personnages qui prend 1/3 des 252 pages de l'ensemble. Un incipit lent mais nécessaire pour la suite et surtout très bien mené. On est loin de l'itération biographique, les auteurs faisant les liens entre les différents protagonistes grâce à une conférence donnée par Creighton puis un apéro dînatoire chez l'une des femmes du groupe. Les personnages se jaugent, échangent leurs points de vue et se livrent à quelques joutes oratoires bon enfant. Vous l'avez compris la dimension psychologique est très bien développée et même si nous ne sommes pas face à beaucoup d'originalité, on s'attache à ceux ci notamment au jeune écossais Drew, amateur de voyage astral au corps perclus de douleur depuis son plus jeune âge ou encore Vita, bourgeoise amatrice de sensations fortes qui n'a jamais vraiment connu le véritable amour et qui vit sa vie par procuration en aidant les autres.

Les cartes sont complètement rabattues dès l'arrivée à Aubrey House. Les rapports se tendent face à la menace invisible et sourde qui pèse dans l'air. Tous à leur manière perçoivent une présence nuisible et chacun va l'expérimenter selon ses compétences et son ressenti. Quand certains perdent les pédales d'autres ont l'impression de nouer une relation particulière avec ces traces spéciales qui se déplacent à travers les pièces et les étages. On visite la maison de la cave au grenier et c'est un plaisir renouvelé que lire ces descriptions à l'ancienne de pièces toutes droites sorties de production de la Hammer. Bien que l'action se déroule dans la deuxième partie du XXème siècle, on a l'impression d'être plongé dans un autre temps et le huis clos se fait étouffant. Très vite la tension arrive à des sommets et les victimes se succèdent: accidents légers, puis disparitions et morts violentes. La vérité n'est révélée que dans les ultimes pages dans un dénouement certes attendu mais qui remplit pleinement son office.

L'expérience fut donc très rapide et plaisante. Récit très classique et sans surprise mais rondement mené avec une certaine épaisseur dans les personnages et le background concernant la maison et la famille qui y a habité durant des générations. Lecture récréative à souhait, Lumière froide est un bon petit roman d'épouvante qui comblera les attentes des amateurs du genre.

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vendredi 31 juillet 2015

"Max" de Sarah Cohen-Scali

maxL'histoire : "19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !"

Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

La critique Nelfesque : La Seconde Guerre mondiale est un sujet que j'aime beaucoup. Vous avez dû vous en douter lors d'anciennes lectures ou bien me l'entendre dire maintes fois. Il est très important d'en parler, encore et toujours, et tirer des leçons de l'Histoire afin d'éviter qu'elle ne se répète. En ce moment peut être encore d'avantage...

Dès les premières phrases, le lecteur fait la connaissance intra-utérine de Konrad, alias Max. Sa naissance est imminente mais il fait tout pour voir le jour le 20 avril. Sa première victoire, sa première preuve d'alégeance à sa patrie, l'Allemagne Nazie. Car Konrad n'est pas un bébé comme les autres, fruits de l'amour entre un homme et une femme, Konrad est un des spécimens produits par le Reich.

Dès le milieu des années 30, des programmes sont mis en place pour produire de purs produits allemands 100% aryens. Ces enfants sont mis au monde dans des Heims, sortes de maternités / orphelinats où naissent des miliers d'enfants dont les parents ont été sélectionnés selon des critères physiques et génétiques et accouplés de gré ou de force. Les enfants sont ensuite à leur tour étudiés sous toutes leurs coutures et classifiés. Les champions méritent de vivre, d'être adoptés par des couples allemands eux aussi choisis et élevés dans les stricts préceptes des jeunesses hitlériennes. Les autres sont "désinfectés"... Cette entreprise a un nom : le programme Lebensborn. Max en est l'exemple parfait. Le premier né d'une longue lignée d'enfants manipulés, celui né le même jour qu'Hitler.

J'ai appris l'existence du programme Lebensborn peu de temps avant de lire ce roman de Sarah Cohen-Scali qui s'est beaucoup documenté sur le sujet en amont (merci d'ailleurs à elle qui offre aux lecteurs une bibliographie très complète en fin d'ouvrage pour qui veut approfondir le sujet). Cette découverte fut un choc. J'ai pourtant étudié la Seconde Guerre mondiale au lycée, j'ai pourtant lu de nombreux romans et témoignages et vu une flopée de documentaires sur cette guerre mais ce fait précis était passé à travers les mailles du filet. Une pierre d'horreur supplémentaire à l'édifice du nazisme.

"Max" nous fait suivre le parcours d'un enfant, de sa naissance avant la guerre jusqu'à l'âge de ses 11 ans où russes puis américains entrèrent dans Berlin. Entre les deux, une existence d'endoctrinement, de fanatisme et de dévotion. L'utilisation des enfants allemands pour démasquer les petits polonais à aryaniser et les familles à tuer, l'enlèvement d'enfants apeurés, l'entrainement de tous pour être envoyé si nécessaire sur le front... "Max" est une lecture très difficile émotionnellement. Je pense qu'elle le sera encore plus pour des lecteurs ayant eux-mêmes des enfants car ce qui se passe ici est à la limite du soutenable.

Konrad ne se pose pas de questions sur l'Allemagne. Pour lui, c'est sa patrie est sa mère et on ne doute pas de sa mère. Il ne s'en pose pas non plus sur le Fürher qu'il prend pour son père. Sa jeunesse est à 10.000 lieux d'une jeunesse ordinaire. Ici, seuls comptent la Patrie, le Fürher et la victoire. Sarah Cohen-Scali, à travers les yeux de Konrad, nous raconte l'Allemagne des années 30 et 40. Ce petit gamin qui n'a rien d'aimable au début va peu à peu évoluer, malgré les recommandations allemandes et malgré lui. Au contact de Lukas, un jeune juif plus âgé que lui qui a toutes les caractéristiques requises pour être aryanisé et qu'il va considérer comme son grand frère, Konrad va ouvrir les yeux sur ce qui l'entoure. L'Histoire aidant, et la fin de la guerre approchant, ses conditions de vie vont changer et corroborer les propos de Lukas.

"Max" est un roman très touchant, au delà de l'horreur qu'il décrit, pour les rapports humains qu'il met en scène. Comment l'homme peut évoluer et changer, comment chaque action peut avoir des conséquences irrémédiables, comment la folie de l'homme peut amener à des destinées sordides... On se pose beaucoup de questions à la lecture de cet ouvrage, on a le coeur brisé souvent et on termine avec une soif de savoir qui tient plus de la nécessité que du simple voyeurisme. Ne fermons plus les yeux aujourd'hui, l'homme est capable de tout et le mal peut toujours renaître.

mardi 28 juillet 2015

"Les Visiteurs" de Clifford D. Simak

les visiteurs simac

L'histoire: Traversant le ciel de Lone Pine (Minnesota), une caisse noire, gigantesque, est venue atterrir près de la rivière, écrasant au passage la voiture d'un pêcheur de truites. Surprise et effroi chez les gens de Lone Pine. Une météorite? La NASA? Journaux, TV, le Président lui-même à Washington, tout le monde est en alerte... Et l'émotion croit: la caisse s'élève et se pose à nouveau. Elle avance maintenant dans la forêt, dévorant les arbres. Le mystère est total. Sauf pour Jerry, le pêcheur de truites. Capturé, il a été retenu quelques heures dans "l'objet", puis éjecté. Et il n'ose parler... Sur tout le territoire des Etats-Unis, d'autres caisses noires se posent.

La critique de Mr K: J'ai vraiment une tendresse particulière pour cet auteur atypique de SF américaine de l'âge d'or des 70'. Simak aborde des thèmes certes classiques mais toujours avec un point de vue profondément humaniste et naturaliste dans sa retranscription des rapports humains. Vous retrouverez en fin de post, l'ensemble des critiques que je lui ai consacré et qui témoigne de mon affection envers son œuvre. L'abbé m'a une fois de plus fourni un ouvrage inattendu que je connaissais pas. La lecture fut une fois de plus addictive et source d'évasion comme à chaque fois avec Simak.

L'action de Les Visiteurs débute à Lone Pine, petite ville moyenne US classique avec son grand café de centre-ville, sa station service, son salon de coiffure (tenu ici par un réactionnaire des plus vindicatifs qui ne va pas faire de vieux os), son journal local et son ivrogne attitré connu de tous. On y vit une vie paisible et sans histoire jusqu'au jour où un mystérieux objet non identifié ressemblant à une caisse entièrement noire se pose près de la rivière et "capture" un jeune pêcheur amateur de belles truites. La machine médiatique et politique se met en branle, l'auteur nous conviant à suivre de chapitre en chapitre l'histoire vue par les journalistes, la Maison Blanche et les gens du crû. Les autorités très vite se rendent compte qu'une escadrille de ces objets est en gravitation autour de la planète puis d'autres apparaissent un peu partout sur le sol nord-américain… Viennent-ils d'un autre monde? Est-ce un coup des russes en ces temps de Guerre Froide? La vérité est au bout des 286 pages de ce roman fort réussi.

Comme à chaque fois avec Clifford D. Simak, on est loin des gros titres SF qui font la part belle aux scènes chocs et à la grosse artillerie. On retrouve son goût pour les gens simples (malgré des incursions à la Maison Blanche) qui se retrouvent bien malgré eux confrontés à des choses qui les dépassent. Jerry n'est qu'un petit étudiant thésard qui va rencontrer l'inconnu au détour d'une pêche infructueuse, sa petite amie Kathy est une jeune pigiste en quête d'un article qui lui permettra de percer dans le milieu et va devoir composer avec l'événement le plus important du XXème siècle. Nous suivons aussi David, porte-parole de la présidence désireux de dire la vérité au peuple mais que la raison d'état va forcer à aller contre ses principes. Autant de personnages qui doivent faire face à l'incroyable et qui le font finalement sans exagération ou étincelles, ils suivent leur propre logique et restent très terre à terre. Cela donne une dimension vraiment particulière à cette histoire plutôt classique.

Il y a en effet ces fameuses caisses noires, gigantesques et paisibles qui ne s'attaquent à rien sauf aux arbres qu'elles dévorent pour en rejeter des balles de cellulose. Le mystère est grand autour de ces étranges visiteurs avec qui il est impossible de communiquer et qui n'opposent que le silence face aux différents tests et rencontres avec les humains. L'auteur se fait avare en révélations laissant le lecteur douter tout au long du récit avec de ci de là quelques ouvertures scientifiques sur les possibilités entr'aperçues par un groupe de scientifiques. Le monde commence à s'emballer face à ces présences qui même si elles semblent inoffensives sont bel et bien là. Période de Guerre Froide oblige, la tension est palpable et même si l'on ne voit que le point de vue US dans ce roman, on ressent les crispations et hésitations qui sont inhérentes à ce genre de crises graves. La fin ne conviendra pas à tous, elle est assez ouverte. Pour moi, elle est parfaite et ouvre des voix de réflections très intéressantes lorgnant sur les logiques économiques du capitalisme libéral et ses défauts. L'auteur en cela est bien en avance sur son temps, rappelons que ce livre a été écrit en 1979 soit bien avant la mondialisation et internet. On n'est pas pour autant devant un pensum ou un cri d'alarme, juste l'évocation de la misère que peut engendrer un capitalisme débridé conjugué à l'avarice humaine.

La lecture est rapide et agréable. Les chapitres courts font des bonds dans le temps et accélèrent le déroulé de cette rencontre hors norme entre les humains et ces drôles de créatures. L'écriture de Simak fait une fois de plus merveille entre simplicité, aspect solaire et évocations plus techniques mais accessibles. Les Visiteurs va retrouver ses petits frères sans rougir dans mes beaux rayons SF!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
Demain les chiens
L'empire des esprits
Mastodonia
- Carrefour des étoiles

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dimanche 26 juillet 2015

"Et Pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets" de Raphaële Moussafir

et pendant ce tempsL'histoire : Rachel a six ans lorsqu'elle réalise que les adultes la prennent pour une dinde.
Alors c'est très bien. Dorénavant, la dinde décide qu'elle va :
- Se laisser acheter des robes de petite fille modèle, garder son calme, mais faire des lignes de crottes de nez contre le mur pour se venger.
- Faire un petit feu de cheminée pour accueillir le Père Noël et le faire flamber comme une banane.

La critique Nelfesque : "Et Pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets" est un roman que j'ai acheté en premier lieu pour son titre. Et oui, ça m'arrive. C'est rare mais je dois dire que dans le cas présent, impossible de rester de marbre. Pour le moins énigmatique, celui ci m'a donné envie de parcourir ses pages et ce que j'ai trouvé à l'intérieur est resté dans la même veine. Joie !

Raphaële Moussafir ne m'était pas complètement inconnue puisqu'elle a également écrit "Du Vent dans mes mollets". Un ouvrage que je n'ai pas découvert à l'écrit mais dont j'ai beaucoup aimé l'adaptation et le côté sensible. J'ai retrouvé le ton et la sensibilité de l'auteure ici et ai découvert, en prime, une légèreté dans les tournures de phrases et une manière d'appréhender son histoire qui m'a beaucoup plu.

Nous retrouvons Rachel, personnage principal du précédent ouvrage (celui ci est indépendant), dans ses jeunes années et sa pré-adolescence. L'auteure avait encore des choses à dire à son sujet pour le plus grand plaisir du lecteur. Petite gamine espiègle et éveillée, elle porte sur le monde un regard décalé et pour le moins avisé. Sa famille, ses copains de vacances, ses maîtresses, tout le monde y passe. Avec une insatisfaction permanente, elle critique ce qui l'entoure sans faux-semblants et avec une maturité et une originalité étonnantes pour son âge.

Ne nous voilons pas la face, sans Rachel, le roman n'aurait pas la même saveur car ici l'histoire importe peu. Rachel a une vie de petite fille faite du quotidien de l'école, de goûter avec sa mémé et de parties de cache cache avec ses amis. Rien de transcendant en soit mais le ton donné par l'auteure fait tout le charme du roman. On le savoure comme un petit bonbon acidulé et on sourit aux pensées de cette gamine si attachante.

Lu en une après-midi, j'ai passé un bon moment de lecture avec "Et Pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets". Un moment rafraîchissant que j'aurai sans doute aussi vite oublié que lu (la fin est peu abrupte à mon goût) mais qui le temps de quelques heures aura su m'émouvoir avec tendresse et subtilité. Une jolie tranche de vie.

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mardi 21 juillet 2015

"La Machine" de René Belletto

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L'histoire: Léonard attendrait que sa mère soit couchée pour la tuer.
Il la tuerait dans son lit.
Bientôt…

La critique de Mr K: Lors d'une énième déambulation chez l'abbé, je tombai inopinément sur La Machine. Le titre m'accrochait l’œil et d'un coup m'est revenu à l'esprit le film éponyme de François Dupeyron, thriller effroyable avec Gérard Depardieu et Didier Bourdon (dans son premier rôle non comique) qui m'avait bien marqué à l'époque. Je décidai donc de tenter l'expérience et il ne m'a pas fallu longtemps pour commencer ma lecture. Bien m'en a pris tant l'ouvrage va encore plus loin dans le suspens et l'horreur. Attention! Âmes sensibles s'abstenir!

Marc Lacroix a tout pour lui: un métier qu'il adore (psychiatre et chercheur), une belle maison, une famille qui l'aime et une maîtresse ardente. Il poursuit en secret un rêve fou qui révolutionnerait la médecine à travers la construction d'une machine dans la cave de la maison de ses parents. Après un test réussi sur deux chiens, il veut tenter l'expérience sur lui-même et Michel Zyto, un dangereux sociopathe tueur de femmes qu'il suit depuis un certain temps et avec qui il a lié un rapport particulier entre praticien et confident. Ce qui devait s'apparenter à un simple transfert momentané d'esprit d'un cerveau à un autre vire à la catastrophe quand les deux hommes se réveillent dans le corps de l'autre. La mécanique infernale peut alors s'emballer…

Ce fut une lecture éclair tant on est happé par le roman dès le premier chapitre qui commence par les fameuses phrases de la quatrième de couverture. L'auteur prend d'abord son temps en posant consciencieusement les bases du drame qui va se jouer. On suit de chapitre en chapitre la vie du docteur Lacroix qui partage son temps entre son travail, sa maîtresse et sa famille qu'il a tendance à délaisser. Le personnage n'est pas forcément des plus agréables et son caractère d'apprenti sorcier est plutôt inquiétant. En parallèle, nous rentrons dans la tête de Michel Zyto, criminel enfermé en asile psychiatrique complètement siphonné, abruti par les cachets et qui vénère la docteur Lacroix qui semble si bon avec lui. On fait aussi la connaissance de Marianne la comédienne de maîtresse de Marc qui s'enflamme pour son si intelligent amant, de Marie et Léonard femme et fils de Marc, de Marie-Thérèse et Martial couple ami des Lacroix. Puis vient l'expérience…

À partir de là tout bascule. Tous les éléments disséminés depuis le début du roman s’emboîtent parfaitement, s'entrechoquent pour être mieux dynamités. Les liaisons et relations décrites sont méthodiquement détruites par les événements à venir. Le psy se retrouve enfermé, le sociopathe en liberté! Inutile de vous dire que les conséquences sont épouvantables, les barrières de la morale sont repoussées frontalement avec un Michel Zyto qui se sent tout puissant et qui va libérer ses pulsions. Tout est relaté cependant avec une grande finesse, de manière constructive et sans voyeurisme malsain. Bien que choquant dans son développement, le roman sait garder sa qualité littéraire ménageant un suspens implacable, des retournements de situation assez incroyable qui fait sortir définitivement ce récit des sentiers battus.

On côtoie la folie à l'état pure au détour de la description des états d'âme de Zyto, on assiste impuissant au lent naufrage du docteur et à la destruction de sa famille et de ses relations. On a des hauts le cœur, des frissons mais comme hypnotisés, on ne peut s'empêcher de continuer la lecture qui s'apparente plus que jamais à une descente aux enfers dans ce que l'homme peut commettre de plus vil. L'écriture est nerveuse, non dénuée de nuance avec des portraits et des caractérisation de personnages d'une rare exactitude et un scénario vraiment diabolique. On ne tombe pas dans le manichéisme non plus avec des personnages qui chacun ont leur part d'ombre, on se prend même à éprouver un semblant de compassion pour le fou furieux en début de lecture quand on se rend compte qu'il ne contrôle finalement pas grand chose dans sa vie. Je vous assure qu'on change d'avis en fin de roman!

Une bien bonne lecture que ce roman sans temps morts qui explore notre part sombre et s'attaque à tous les piliers de notre morale. Si vous aimez être bousculés, vous ne pouvez pas passer à côté!

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lundi 20 juillet 2015

"Shaun le mouton" de Richard Starzak

shaun afficheL'histoire : Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville... Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

La critique Nelfesque : Ah ! "Shaun le mouton" ! On l'avait remarqué lors de sa sortie en avril dernier mais on avait laissé passer le temps pour le voir et résultat, nous l'avions râté. Lors de la dernière Fête du Cinéma, alors que nous étions en train de regarder le programme ciné, quelle ne fut pas notre joie de le découvrir à la programmation de notre cinéma (il s'agissait en fait d'une "séance bambino" pour les tout petits mais même sans enfant ils nous ont laissé entrer) ! Youpi !

Nous avons donc 12 trains de retard pour vous parler de ce film mais nous l'avons tellement aimé que nous ne pouvions pas ne pas en laisser une trace ici.

L'histoire est toute simple : Shaun et ses copains moutons en ont marre du rythme harassant de la ferme et souhaitent un jour de congés. Ils mettent alors en place une stratégie qui va se retourner contre eux.

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La technique de réalisation, quant à elle, est extrêmement minutieuse et impressionnante. Film en stop-motion et personnages / décors en pâte à modeler, "Shaun le mouton" est dans la même veine que "Chicken run" ou "Wallace et Gromit" du même studio. Pendant 1h30, les spectateurs adultes que nous sommes sont complètement happés par le visuel. Le soucis du détail, les décors léchés, la perfection des attitudes des personnages, la masse de travail est impressionnante.

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Ce film est sans paroles, tout passe donc par les expressions et le comique de situation. Et ça fonctionne ! Bien sûr, ce long métrage est pour les enfants à partir de 3 ans mais convient également tout à fait aux adultes qui ont gardé la capacité de s'émerveiller. L'humour, parfois un peu pipi caca, sait aussi se montrer subtil et clairement les petits et les grands ne riront pas des mêmes scènes. En ce qui me concerne, la population de la fourrière m'a fait mourir de rire.

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Drôle et tendre à la fois, on s'amuse et on s'émeut tour à tour devant cet univers en pâte à modeler. Très fort pour nous faire rire avec un humour décalé et très british, je ne sais pas si c'est l'empathie que l'on développe peu à peu pour chaque personnage ou le côté enfantin de l'ensemble, mais on se surprend aussi à être touchés en plein coeur. Ils sont forts chez Aardman !

Vous l'aurez compris, que vous ayez 7 ou 77 ans, je vous conseille vivement de voir "Shaun le mouton". Pour le cinéma, c'est trop tard mais pour le DVD, c'est parfait ! Alors calez-vous dans votre canap', préparez vous à passer un excellent moment et savourez ! "Shaun le mouton" devrait être remboursé par la sécu...

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La critique de Mr K : 6/6, un superbe séance de cinéma de rattrapage avec ce film à prix réduit pour les séances "bambino" de notre cinéma qui accepte même les grands lors des projections! J'ai passé un moment exceptionnel en compagnie de Shaun et ses camarades, 1h30 de gags ininterrompus et de moments plein de tendresse et d'émotions.

La vie dans la ferme de Shaun est tout ce qui a de plus réglée et monotone: lever, déplacement au champ, nourriture et dodo. Notre jeune mouton s'ennuie et concocte un plan pour s'évader quelques heures et expérimenter le concept de liberté (qui lui vient à l'esprit suite à la vision d'une publicité placardée sur le bus s'arrêtant en face de la ferme). Rien ne se passe comme prévu, suite à un imbroglio pas possible, le fermier devient amnésique et la ferme est livrée à elle-même. Le chien et Shaun vont partir à la recherche du maître disparu séparément tout d'abord puis ensemble, accompagnés de tout un troupeau de moutons (agneau compris!). Ils ne sont pas au bout de leurs peines!

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Ce film est avant tout très drôle. Les animaux ne parlant pas (si vous les entendez, pensez à aller consulter vite, ce n'est pas Ryan Reynolds qui vous dira le contraire!), le film est donc quasiment muet mais cela n'empêche pas d'avoir en face de soi un des films les plus denses en terme de gags que j'ai jamais vu. Il y a du Chaplin dans l'esprit de dérision, du Tex Avery dans le côté absurde et frappadingue et un no-sense à l'anglaise vraiment épatant. Chutes, enchaînements, personnages décalés, réactions ubuesques, tous les aspects de la comédie sont présents dans un spectacle réjouissant et loin d'être bête. Ils ont de la chance nos lardons!

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On s'attache aussi beaucoup à ces personnages en pâte à modeler notamment Shaun et le chien qui se cherchent un peu des crosses, le fermier complètement à côté de ses pompes et affectueux avec ses bêtes, le bébé mouton est à croquer et sa maman à bigoudis bien délirante. En fait, tous les êtres croisés ont une petite individualité, un élément qui nous accroche. Mention spéciale aux prisonniers de la fourrière et notamment le caniche culturiste et la chienne très laide (genre Alf) mais trop adorable! Le film fourmille de détails dans les personnages mais aussi les décors, je suis sûr que des gags m'ont échappé et que lors d'un deuxième visionnage j'en trouverai d'autres comme dans des films comme Y'a-t-il un pilote dans l'avion? ou encore La Cité de la peur. On enchaîne les scènes et les rebondissements avec ravissement et c'est malheureusement trop vite que l'on arrive au générique de fin (attention, restez bien jusqu'au bout, il n'y a pas une mais DEUX surprises!).

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Ce film est enfin un petit bijou de technique qui dame le pion à bien des productions mirifiques en terme d'image mais creuses et abêtissantes. La stop-motion est impressionnante, l'action non-stop et immersive. La musique est tout bonnement géniale voir essentielle pour un film sans parole. Rock and roll comme jamais avec des titres et des mélodies qui restent en tête, vous vous surprendrez à siffloter la thème de Shaun le Mouton bien après son visionnage (proche d'un succès de Sheila mais en bien plus barré!). Un bijou que petits et grands savoureront encore et encore.

dimanche 19 juillet 2015

"Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils

vacanesserialkillerL'histoire : Comme chaque été, Alfonse Destrooper part en villégiature à la mer du Nord. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce, entre farniente à la plage et shopping dans la station balnéaire. Les enfants, Steven et Lourdes, emportent leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à la mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane.

Mais le voyage commence mal ! Un motard pique le sac de Josette à un carrefour et s’enfuit. Furieux, Alfonse s’arrête dans un snack pour s’enfiler une bière pendant que les deux ados, avec leur manie de tout filmer, s’amusent à planquer leur caméra dans les toilettes, histoire de recueillir quelques images truculentes. La famille Destrooper reprend finalement la route. À l’arrière de la voiture, les ados visionnent tranquillement leur vidéo. Quand, soudain, ils découvrent à l’écran le cadavre du motard gisant sur le sol des toilettes du restoroute ! Et, pour couronner le tout, la magnifique pension dans laquelle les Destrooper ont prévu de séjourner est un rade pourri. Les vacances en enfer ne font que commencer…

La critique Nelfesque : "Les Vacances d'un serial killer" est une lecture de saison ! J'avais envie d'un roman original et décoiffant et je peux dire que je n'ai pas été déçue. Mais comment l'être d'un ouvrage qui commence par la citation suivante : "Non, mais laissez-moi manger ma banane, tout nu sur la plage" de Philippe Katerine. Perso, je démarre ma lecture sereinement !

La famille Destrooper est sans doute une proche parente des Bidochon tant leurs façons d'être, leurs comportements et leurs modes de vie sont semblables. Très populaire et poussée à l'extrême, elle serait également la candidate idéale pour un épisode de "Confessions intimes". L'histoire se déroule en Belgique, la Belgique profonde et caricaturale, celle de la misère sociale, de la simplicité d'esprit et du côté beauf. Je ne veux pas me mettre à dos nos lecteurs belges, il s'agit bien ici d'une parodie. Ne vous offusquez donc pas, et mieux encore, riez en avec Nadine Monfils, elle-même belge, qui a beaucoup d'humour et un regard décalé sur ses concitoyens.

Alfonse, dit Fonske, est un fondu de tuning et des chansons à texte de Sheila. Sa femme, Josette, s'abreuve de magazines people tandis que leurs enfants, Steven et Lourdes, en référence à Steven Seagal l'idole de sa mère et la fille de Madonna, rêvent d'être stars de cinéma. Vous voyez un peu le tableau ! Et puis, il y a Mémé ! La célèbre Mémé Cornemuse qui apparaît souvent dans les romans de l'auteure. Un mythe à elle toute seule, un poème de chaque instant et une gouaille à décorner les boeufs.

"Les Vacances d'un serial killer" commence par le départ en voiture de cette joyeuse bande vers leur lieu de villégiature, la pension des "Mouettes rieuses". Cet havre de paix n'est en fait qu'un taudis au milieu des ordures à quelques kilomètres de la dépaysante Mer du Nord. Pour le côté paradisiaque, on repassera.

Quiproquos et concours de circonstances sont légion entre ces pages. Ne vous attendez pas à un roman vraisemblable, ici rien ne l'est ! Entre la découverte d'un cadavre dans les toilettes d'un restoroute, les prouesses sexuelles de Mémé, les travelos de bars PMU type Groland, la lecture des numéros du loto dans une boule de cristal... Nadine Monfils nous offre un roman complètement déjanté et toujours dans l'absurde. Un moment de pure délire et de plaisir pour qui accepte de se laisser porter par un style d'écriture très familier, voir vulgaire diront certains, mais qui colle parfaitement à l'ambiance du roman. Le soucis du détail, la crédibilité de l'ensemble (malgré le côté farfelu), Nadine Monfils va au bout de son idée et cela passe aussi par le florissant jargon belge.

On rit du début à la fin, on est fasciné par les aventures des Destrooper avec un petit côté voyeuriste qui nous fait honte mais nous distrait et finalement on s'attache à cette famille d'éclopés que l'on ne voudrait certainement pas avoir dans nos rangs mais qui est tout de même émouvante. L'épilogue enfonce le clou et prouve au lecteur, si il ne l'avait pas compris et s'était mépris sur les intention de l'auteure, que Nadine Monfils pose un regard tendre et sensible sur ses personnages. Une lecture détente que je vous conseille grandement ! De mon côté, je vais me procurer la suite au plus vite !

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J'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

samedi 18 juillet 2015

"C'était la guerre des tranchées" de Jacques Tardi

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L'histoire: D'Adèle Blanc-Sec au Der des ders, le premier conflit mondial est la figure centrale de l'œuvre de Tardi. Ici, il va au bout de son obsession. Il décrit l'horreur de 14-18 à hauteur de soldat, comme s'il avait dessiné depuis le fond des tranchées. Il raconte la boue, les poux, le fracas des obus et les vies qui se brisent. Et la peur qui rôde, partout, si proche. Chaque planche est divisée en trois cases étirées à l'horizontale, à l'image d'une tranchée. Une histoire sans héros pour crier l'horreur de la guerre, de toutes les guerres.

La critique de Mr K: Auteur talentueux et prolifique de la BD française, Jacques Tardi en hommage à son grand-père propose avec cet album une plongée sans concession dans la Première Guerre mondiale aux côtés des poilus dans les tranchées, face à la guerre et à eux-mêmes. Pas historien de formation mais passionné par la question, il nous fait partager sur les 126 planches de cette œuvre le quotidien de simples soldats impliqués dans le conflit et qui vont pour la plupart connaître des destins tragiques.

C'était la guerre des tranchées, c'est tout d'abord une plongée sur le front avec la vision saisissante du no man's land (territoire s'étendant entre les deux lignes de tranchées): terrain vague spongieux, cratères d'obus, barbelés et cadavres éparpillés. L'attaque lancée en kamikaze quasiment vouée à l'échec face aux nids de mitrailleuses et les tirs d'artillerie sonnant comme les trompettes de l'apocalypse, l'exécution sans sommation de ceux qui ont trop peur pour s'élancer comme des fous furieux face à l'ennemi (Pétain s'illustrera d'ailleurs beaucoup dans le domaine avec un grand nombre de fusillés à son actif…), les blessés coincés entre les lignes, les planques à 10 mètres de l'ennemi, les inondations de tranchées par temps de grandes pluies… Les visions en noir et blanc hantent longtemps le lecteur entre scènes dantesques de bataille et moments plus intimes livrant les sentiments profonds des soldats engagés.

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Ils sont simples boulangers, ouvrier, professeurs et se retrouvent confrontés à l'horreur absolue et à l'absurdité d'ordres idiots dont sont spécialistes les planqués de l'arrière: missions de reconnaissance suicides, injustices régulières sur les temps de garde et service. Mention spéciale au passage racontant le massacre de civils belges servant de boucliers humains à des troupes allemandes et que l'on sacrifie pour faire reculer les boches. C'est aussi les riches qui paient pour ne pas partir à la guerre et préserver ainsi leurs héritiers, c'est l'aveuglement de certains dans la haine de l'autre (merci la propagande au passage!), de celui qu'on ne connaît pas mais dont on se méfie au nom du combat entre races. C'est le temps aussi des courriers aux familles qui réchauffent le cœur, des moments de détente autour d'un repas, de plaisanteries, de rasage coiffure en de rares occasions (d'où leur surnom), de rares fraternisations entre soldats de camp opposés réfugiés au même endroit et qui se rendent compte qu'ils ont beaucoup de points communs… L'immersion est totale et le fidèle reflet de la réalité.

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Cet ouvrage est vraiment bouleversant. Ceux qui suivent régulièrement mes chroniques savent que j'affectionne tout particulièrement les romans parlant de cette époque avec des chefs d'oeuvre marquants comme Les Croix de bois, Au revoir là-haut ou encore la BD Vie tranchée sur les soldats devenus fous de la Première Guerre mondiale. Très détaillée, à travers les divers destins que l'on suit, Tardi nous propose une vision globale et complète du conflit à hauteur d'homme tant au niveau faits d'arme (entre actes de bravoures et absurdes) que du ressenti avec des êtres non préparés à ce qu'ils vont devoir affronter et livrés en pâture à la déesse guerre impitoyable et insatiable. Derrière les gros durs et les va-t-en guerre très vite apparaît l'homme conscient de l'absurdité de la guerre. Plus rien ne semble exister à par elle, il est bien loin le monde de la famille et de la douceur de vivre que l'on se rappelle à travers ses souvenirs, des anecdotes ou encore le courrier reçu.

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Le choix du noir et blanc est très judicieux. Le choc est immédiat et l'on participe quasiment aux combats entre boue, gaz, explosions et autres odeurs de poudre et de cadavres. Certaines cases sont d'ailleurs assez difficilement soutenables malgré un non excès de gore sur l'ensemble du volume. La suggestion est souvent de mise et la mise en écho des massacres et la vie personnelle des poilus est implacable. On plonge donc en plein cauchemar mais un mauvais rêve bien réel qui a duré cinq ans et causé la mort de 10 millions de personnes dans une guerre sans gloire. Un album essentiel pour ne pas oublier et rappeler à tous l'absurdité de la guerre et le gâchis humain qu'elle entraîne.

Posté par Mr K à 18:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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vendredi 17 juillet 2015

"Tu me plais" de Jacques Expert

expertL'histoire : Quand, par une succession de hasards, Vincent se retrouve assis face à Stéphanie sur la ligne 1 du métro parisien, la scène a tout d’une belle rencontre. La jeune femme tombe immédiatement sous son charme ; lui, semble fasciné par le galbe et la finesse de son cou. Mais ce coup de foudre pourrait bien se révéler fatal... Car, sous ses airs enjôleurs, Vincent dissimule de terrifiantes pulsions. Hasard de l’existence ou force du destin, comment sauver Stéphanie des griffes de ce funeste séducteur ?

La critique Nelfesque : "Tu me plais" est le dernier roman de Jacques Expert sorti directement en poche. Un petit plaisir d'été, inédit, court et à moindre coût. 

Ce roman est une course. Course contre la montre pour la police qui se lance à la poursuite d'un criminel semant la terreur dans les rues parisiennes en égorgeant ses victimes, de belles jeunes femmes dans la fleur de l'âge. Course également pour Vincent, beau gosse séducteur et enjôleur, qui vient de jeter son dévolu sur Stéphanie, assise juste en face de lui dans ce wagon de métro.

Ligne 1, Les Sablons - Saint-Mandé, 20 stations de métro, 35 minutes de trajet. Le lecteur est alors embarqué dans une histoire courte (185 pages) mais intense. Tour à tour, nous faisons la connaissance de Vincent, son passé et ses pensées et Stéphanie, étudiante ayant le malheur de se retrouver sur son chemin. 

Avec un style d'écriture efficace et allant droit au but, ce roman se lit d'une traite. Ayant été parisienne pendant plusieurs années, j'ai vécu littéralement ce parcours, voyant chaque station défilée, sachant exactement où on était et combien de temps nous séparait de l'ultime station. J'ai tremblé pour Stéphanie, pesté contre Vincent, croisé les doigts pour que tout s'arrange avant la fin tout en redoutant une happy end (oui, j'avoue, je suis un peu tordue et adore les thrillers qui vont au bout de leurs concepts). Je ne dévoilerai pas les dernières pages, les dernières lignes, mais sachez que je n'ai pas été déçue ! Ca défouraille sec chez Expert et le tiédasse n'est pas au menu de cet inédit. 

Pour autant, "Tu me plais" n'est pas exempt de défauts. Le principal qui m'a presque fait lâcher mon bouquin et qui m'a agacée au plus haut point, c'est ce cumul de previews comme des teasers en italique, que l'auteur nous inflige en fin de chapitre ou parfois en plein milieu. "Tout aurait pu se terminer ainsi, sur ce charmant et doux "merci". Non, deux stations plus tard, entre Champs-Elysées-Clemenceau et Concorde, ils échangeront leurs prénoms". Non sans blague !? Et on aurait pas pu l'apprendre par nous même le moment venu ? J'avoue ne pas avoir bien saisi l'utilité de ces incursions qui cassent plus le rythme qu'autre chose et agacent beaucoup. Une économie de plusieurs pages aurait ainsi pu être faite.

Au final, "Tu me plais" est un roman à lire pour passer par toutes les émotions en un temps record ! Parfait pour la plage ou un court voyage en train, il n'est cependant pas à commencer avant de dormir sous peine de voir son heure de sommeil fortement retardée. Efficace et plaisant pour qui aime les histoires sanguinolentes, il remplit son contrat, celui de nous effrayer.

Posté par Nelfe à 18:13 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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jeudi 16 juillet 2015

"American Gods" de Neil Gaiman

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L'histoire: Dans le vol qui l'emmène à l'enterrement de sa femme tant aimée, Ombre rencontre Voyageur, un intrigant personnage. Dieu antique, comme le suggèrent ses énigmes, fou, ou bien simple arnaqueur? Et en quoi consiste réellement le travail qu'il lui propose? En acceptant finalement d'entrer à son service, Ombre va se retrouver plongé au sein d'un conflit qui le dépasse : celui qui oppose héros mythologiques de l'ancien monde et nouvelles idoles profanes de l'Amérique. Mais comment savoir qui tire réellement les ficelles : ces entités légendaires saxonnes issues de l'aube des temps, ou les puissances du consumérisme et de la technologie? A moins que ce ne soit ce mystérieux M. Monde...

La critique de Mr K: Il s'agit de ma première lecture de Neil Gaiman plutôt reconnu dans la blogosphère et le reste du monde réel. Nelfe a déjà eu l'occasion de le pratiquer à deux reprises avec un Neverwhere qu'elle avait trouvé plutôt moyen et un Coraline qu'elle avait adoré (je me suis contenté du film au cinoche et je l'avais trouvé dément). American Gods est le fruit d'une rencontre impromptu chez Emmaüs (une fois de plus!) et il est auréolé de multiples récompenses comme les prix Hugo et Nebula en 2002. La quatrième de couverture ayant ouvert en moi des gouffres de perplexité, je sautai le pas et m'en portai acquéreur.

Ombre sort de prison après un braquage qui a mal tourné. En trois ans, il a eu le temps de réfléchir, il veut se ranger et retrouver sa femme qu'il aime plus que tout. Tout s'écroule quand on lui annonce la mort de son aimée. Sur le vol qui le ramène chez lui, il croise la route du Voyageur, un être énigmatique qui se révèle être bien plus qu'une simple rencontre de passage. De fil en aiguille, Ombre va voir son destin attaché à ce personnage qui va l'emmener bien plus loin que n'importe quel mortel avant lui. Oui, le Voyageur est un Dieu pluri-millénaire mais que lui veut-il? Et qui sont ces mystérieuses personnes en costume et véhicules noirs qui les suivent?

C'est à un sacré voyage que l'auteur nous convie avec cet ouvrage. Il y a tout d'abord Ombre, un ex taulard en quête de rédemption qui enchaîne les déconvenues en début de roman et qui va devoir trouver un nouveau sens à son existence. Je me suis attaché quasi immédiatement à ce personnage plutôt classique mais qui permet de donner un repère solide au lecteur par rapport au background et à l'évolution du récit. Il est à mes yeux le personnage le plus réussi du roman, complexe et en perpétuelle remise en question, on le retrouve là où parfois on ne l'attend pas, sa traversée de l'Amérique apporte un regard intéressant car différent sur le monde qui l'entoure. Rien ne lui est épargné et pourtant il semble naviguer à vue, sans excès, de manière neutre comme s'il se fichait un peu de la tournure des événements. Ce côté stoïque et détaché m'a beaucoup plu.

Cela détonne par rapport à l'univers développé par Gaiman. On croise une multitude de divinités anciennes ramenées par les émigrés lors de leur traversée de l'Atlantique ou du Pacifique. Mais elles ont tendance à mourir (oui, les Dieux meurent aussi) à cause de l'oubli, ne devant leur existence qu'à la croyance que l'on porte en eux. Ce champs du crépuscule est joué par toute une nouvelle génération de dieux issus de l'évolution technologique du monde, de jeunes ambitieux qui ne rêvent que d'une chose: supplanter leurs glorieux aînés. La bataille approche et tout le monde se range en ordre de bataille. Manipulations, faux-semblants, retournements de situations mais aussi quelques moments de paix attendent notre héros brinquebalé entre volontés divines et son existence en miette. La trame est dense, très dense même, on peut juste reprocher une fin plutôt convenue alors que l'on attendait quelque chose de plus explosif, de plus inventif.

Pour autant, ne boudons pas notre plaisir, au-delà de l'histoire à proprement parler, ce livre est aussi l'occasion pour Gaiman de nous décrire les États-Unis, de parcourir ce grand pays et les différentes réalités qui l'ont construit et le constitue encore aujourd'hui. Les métropoles toutes puissantes, la toute puissance financière, la percée des nouvelles technologies et leur influence sur la conduite de nos vies et du monde, son passé douloureux (le génocide amérindien, le racisme envers les nouveaux arrivants, un magnifique passage sur l'esclavagisme à la fois dur et évocateur comme jamais), ses petites communautés repliées sur elles-même (le passage du héros à Lakeside est parmi mes préférés du roman)… Livre-somme, American Gods flatte l'intellect et l'imagination, présente un melting pot de références et connaissances assez hallucinant qui donne le vertige et impressionne par leur concomitance. C'est surtout à ce niveau là que l'on prend vraiment une claque avec ce roman, ce qui justifie pleinement la moisson de récompenses qu'il a pu recueillir.

Bien que foisonnant dans son contenu, ce livre se lit facilement en grande partie grâce à l'écriture de Gaiman qui est accessible et simple. C'est d'ailleurs ce dernier point qui m'empêche de le classer dans la catégorie des chefs d’œuvre absolus. On retrouve un sens du rythme certain mais la qualité littéraire n'est pas assez poussée. On passe cependant un moment étourdissant et bluffant qui me fait dire que je retournerai sans doute faire un tour dans la bibliographie de cet auteur.

Posté par Mr K à 18:33 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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