Cafards at home

lundi 24 septembre 2018

"Un Été sans dormir" de Bram Dehouck

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L'histoire : C’est arrivé près de chez vous, un été étouffant, à Windhoek, petit village belge sans histoire...

Jusqu’au jour où la municipalité fait installer des éoliennes. Ce bruit de pales ! Flap, flap, flap. Le boucher en perd le sommeil. Plusieurs nuits d’insomnie et il pique du nez dans sa spécialité, une recette dont les clients raffolent. Dès lors, par un effet domino aussi logique qu’absurde, les catastrophes s’enchaînent, les instincts se libèrent, et les vengeances s’exercent... Pour le pharmacien, les amants cachés, le jeune désœuvré ou la femme du facteur, rien ne sera plus pareil à Windhoek.

La critique de Mr K : Direction le plat pays aujourd'hui avec une chronique consacrée à Un Été sans dormir de Bram Dehouck tout juste sorti aux éditions Mirobole à l'occasion de la rentrée littéraire. Il s'agit d'un polar belge servi bien noir qui m'a totalement emporté, ne me laissant pas d'autre choix que de continuer ma lecture jusqu'à la dernière page tant j'ai été pris par les personnages et l'histoire. Attention, petite bombe littéraire !

Bienvenue dans la charmante localité de Windhoeck, petit village flamand ne dépassant pas la centaine d'habitants et où tout le monde se connaît. La localité vit au rythme des saisons et des habitudes de chacun, il ne s'y passe pas grand chose et d'ailleurs cela contente tout le monde. L'installation d'un parc éolien de production électrique va bouleverser la donne. Certains protagonistes ne supportent pas ce changement qui bouleverse leurs habitudes (le bruit des pâles qui devient obsédant pour le boucher, l'ombre des infrastructures qui dénature le jardin du vétérinaire...) et au fil du texte, on sent que le pétage de plomb n'est pas bien loin. Surtout que l'auteur gratte là où ça fait mal et très vite le vernis des apparences laisse apparaître un tableau bien moins reluisant avec son lot de frustrations, vexations, jalousies et tromperies qui vont mener cette communauté bien sous tous rapports à première vue vers un chaos indescriptible et tétanisant.

Petit ouvrage d'à peine 250 pages, Un Été sans dormir s'avère être une redoutable machine infernale pour tous les personnages. C'est par petites touches, à la manière des pointillistes en leurs temps que l'auteur brode un canevas de plus en plus dense qui fait monter la pression méthodiquement et de manière implacable. Pour cela, Bram Dehouck déroule une galerie de personnages décalés comme par exemple le boucher qui n'arrive plus à dormir et commence à confondre réalité et imagination, une femme qui a raté sa vie et qui se met à espérer ruiner celle de sa plus grande rivale, un homme passionné de jardinage voit son œuvre gâtée par les nouvelles installations et commence à se demander s'il va pouvoir le supporter, une jeune fille timide et diminuée tente de commencer enfin sa vie après avoir subi le joug d'un grand-père fermier despotique, le pharmacien perfectionniste qui peut déraper très vite, l'adolescent boutonneux épris d'une beauté inatteignable et qui a du mal à ne pas céder à certains pulsions et bien d'autres que vous découvrirez lors de votre future lecture. Rajoutez par dessus, un soleil de plomb qui n'aide pas à la sérénité et vous obtenez un climax bien pesant qui n'attend qu'une chose : que les éléments se déchaînent !

Page après page, détail après détail, conversation après conversation, la mayonnaise monte. On sent bien que l'on va droit dans le mur, que l'équilibre précaire va se rompre et que les chevaux vont être lâchés ! La trame se densifie, les êtres se croisent, ne se comprennent pas toujours, psychotent énormément et l'ensemble mène à une construction mentale très élaborée qui ne peut que mener au drame. Le pire, c'est qu'on en redemande malgré un malaise qui s'installe progressivement et sûrement. Personnages malmenés autant que le lecteur, cette lecture marque par son côté banal (les destins décrits n'ont rien d'extraordinaire en soi) mais la concomitance des faits et les hasards qui s'y ajoutent donnent à voir une humanité engoncée dans un certain individualisme et un égocentrisme qui souvent la mène à sa perte. Quand les événements finissent par se précipiter, je peux vous dire qu'on souffre. Un conseil, ne vous attachez pas trop aux personnages car loin de les épargner, l'auteur réserve pour certains d'entre eux un sort peu enviable.

Un Été sans dormir est remarquable aussi dans sa forme. Excellemment construit, possédant un rythme et une force peu commune, il est très accessible et superbement rédigé provoquant une addiction qui devient très vite insurmontable. Langage courant mâtiné parfois d'explosions plus familières, on baigne vraiment dans une ambiance étrange et l'immersion est totale. Se lisant très simplement et avec une joie renouvelée, même si la fin cueille littéralement le lecteur et le laisse à genou, on prend sacrément son pied à découvrir les affres des habitants de Windhoeck. À lire absolument, vous ne le regretterez pas !


mercredi 19 septembre 2018

"L'Agonie de la lumière" de George R. R. Martin

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L'histoire : Lorsque Dirk T'Larien reçoit le joyau-qui-murmure, des souvenirs douloureux et profondément enfouis reviennent à la surface, réveillant d'anciennes cicatrices : pourquoi Gwen, son amour perdu, fait-elle appel à lui de cette manière ? Pourquoi si longtemps après leur rupture ?

A l'idée qu'il existe une possibilité de renouer les liens avec celle qu'il a tant aimée, Dirk n'hésite plus et embarque dans le premier vaisseau interstellaire : direction Worlorn ! Worlorn, planète-festival maintenant à l'abandon, cadre baroque et décadent condamné à l'extinction.

Sur cette planète qui se meurt, Dirk tentera de raviver la flamme de Gwen et devra, pour cela, l'arracher aux Kavalars, un peuple violent régi par un code d'honneur chevaleresque... et mortel.

La critique de Mr K : George R. R. Martin est un de mes auteurs préférés en fantasy, son cycle du Trône de fer est fameux quoique encore incomplet à mon plus grand désespoir. Histoire de me faire patienter (le bonhomme est connu pour sa lenteur à écrire), je me rabats à l'occasion sur des œuvres de jeunesse, époque où il œuvrait davantage dans le domaine de la SF. L'Agonie de la lumière faisait partie de ma PAL depuis trop longtemps, le tort est désormais réparé même si je dois avouer que cette lecture m'a laissé un sentiment mitigé...

Dirk T'Larien notre héros voit sa vie basculer lorsqu'il reçoit un objet-message de son ancienne amante, Gwen. Jamais vraiment guéri de cette séparation douloureuse, menant une vie solitaire, il n'hésite pas une seconde à la rejoindre sur la planète Worlorn où elle appartient désormais au clan des Kavalars, un peuple aux coutumes moyenâgeuses où l'honneur prime sur tous le reste et où les rapports entre individus sont réglés de manière stricte voire autoritaire (le personnage de Sheldon Cooper de Big bang theory adorerait !). Débarquant de nulle part, Dirk va se révéler très vite comme un grain de sable fort gênant et va réveiller des sentiments enfouis depuis longtemps chez Gwen. De fil en aiguille, la situation dérape entre désirs, trahisons, découverte d'un monde au bord du gouffre et chasse à l'homme impitoyable.

Il n'y a pas à dire, on reconnaît de suite la patte du maître dans sa manière d'appréhender ses univers, à la fois complexes, vastes, maîtrisés et très bien pensés. Peut-être même trop ici, ce qui pose un sérieux problème de rythme. L'action réelle avec des enjeux puissants ne démarre vraiment qu'à une centaine de pages et encore, par la suite, régulièrement l'auteur pose encore des jalons qui bien qu'éclairants ralentissent le récit et l'embourbent parfois dans des pistes certes intéressantes mais pesantes. Alors oui, le monde Worlorn, monde vagabond au bord de la destruction est saisissant voir vertigineux, on se plaît à en explorer les extérieurs grandioses, les calculs politiques en jeu, les cités abandonnées auto-suffisantes et les mœurs de ses habitants. Mais on a parfois plus l'impression de lire un atlas historique qu'autre chose. Je suis assez amateur de ce genre de lecture mais pas sûr que cela plaise à tout le monde !

Mis à part ce souci, le reste est de bonne teneur avec des personnages nuancés et notamment un héros pas si attachant que ça. Engoncé dans ses certitudes, il ne va pas être au bout de ses surprises avec une Gwen changée et emprisonnée par son nouveau statut, une planète aux mœurs étranges où il a bien du mal à se situer et surtout à se comporter. Finalement, c'est un amour insaisissable qui va lui jouer bien des tours, mettant sa vie clairement en danger. Comme souvent avec cet auteur, mieux vaut ne pas trop s'attacher aux êtres qui peuplent ses pages, on ne navigue pas vraiment dans l'optimisme et les traîtrises-révélations s’enchaînent. Bon, je dois avouer que certaines ficelles sont assez grosses et que j'ai vu venir de loin certaines péripéties mais le plaisir de lire s'est révélé quasiment constant (hormis les problème de rythme cités auparavant).

Au final, un ouvrage un peu en dessous de la production habituelle de George R. R. Martin mais un bon ouvrage tout de même. Bien mené, distrayant et d'une grande profondeur, L'Agonie de la lumière est cependant à réserver aux fans du maître ou de ce genre de SF car certaines lourdeurs pourraient émousser l'enthousiasme des lecteurs novices ou non amateurs du Trône de fer car il faut l'aimer le George pour apprécier cet ouvrage. À bon entendeur !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Chanson pour Lya
Le trône de fer, intégrale 1
Le trône de fer, intégrale 2
Le trône de fer, intégrale 3
Le trône de fer, intégrale 4
Le trône de fer, Le bûcher d'un roi, volume 13
Le trône de fer, Les dragons de Meereen, volume 14
Le trône de fer, Une Danse avec les dragons, volume 15
- Dragon de glace

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lundi 17 septembre 2018

"Am Stram Gram" de M. J. Arlidge

Am Stram GramL'histoire : Une jeune femme émerge de la forêt, à peine vivante. Son histoire est au-delà du raisonnable. Mais elle est vraie. Chaque détail sordide l'est. Quelques jours plus tard, un autre survivant est retrouvé ; et une série semble se former. Des paires de victimes sont enlevées, emprisonnées et confrontées à un choix terrible : tuer ou être tué.
Préféreriez-vous perdre votre vie plutôt que votre esprit ? L'inspecteur Helen Grace connaît la part d'ombre de la nature humaine, y compris la sienne. En dirigeant l'enquête, elle comprend que les survivants détiennent la clé de l'énigme. Et rien ne sera plus terrifiant que la vérité.

La critique Nelfesque : Inscrit dans ma wish-list depuis sa sortie et chiné chez Emmaüs en fin d'année dernière, il ne m'a fallu que quelques heures pour le lire. Nos lecteurs m'avait prévenue sur IG et ils ne s'étaient pas trompés. Moi qui suis adepte de thriller, "Am Stram Gram" ne m'a pas déçue. Il s'est avéré très efficace !

Tout le monde connaît le principe du "plouf plouf", le hasard déterminant un choix qu'il est impossible de faire. Tout le monde à l'école a joué à "Am Stram Gram". "Am stram gram, Pic et pic et colégram, Bour et bour et ratatam, Am stram gram" dit la chanson des cours de récré et paf le choix est fait. C'est le principe de ce roman : un impossible choix. Sauf qu'ici il n'y a rien d'enfantin. Tuer ou être tué sont les seules issues possibles.

M. J. Arlidge rentre directement dans le vif du sujet avec un premier chapitre glaçant. Sam et Amy sont dans le grand bain d'une piscine désaffectée face au choix crucial. L'angoisse est palpable et il n'y a pas besoin de beaucoup d'immagination pour se mettre à la place des protagonistes. Notre sang se glace instantanément. Véritable page-turner, on ne peut pas reposer le bouquin avant la fin. Voyeurisme macabre, "Am Stram Gram" joue sur nos peurs primales.

La tension ne se départit pas au fil des pages, les chapitres sont courts et efficaces. L'auteur ne nous laisse pas souffler une seconde et sitôt une personne sauvée, un nouveau duo se retrouve soumis au choix. Ce roman m'a fait penser à d'autres oeuvres telles que la série des films "Saw" et "Un sur deux" de Steve Mosby, la même ambivalence entre sentiment d'injustice pour les victimes et rétablissement du cours normal des choses dans un cerveau malade. Car bien que libérés, les rescapés ne sortent pas indemnes de cette expérience et bien plus que choqués par ce qu'ils viennent de vivre, ils se posent également la question du pourquoi. La culpabilité ne les lâchera plus jamais après ça.

"Am Stram Gram" est un très chouette thriller qui tient bien en haleine. Même si j'ai deviné certaines choses en amont, ce n'était que quelques pages avant, et ça fait du bien d'être surprise ! On a lu plus original dans l'approche ou l'écriture, plus fin, mais il fait très bien son office. Reste que quelques semaines plus tard, il n'en reste plus grand chose dans ma tête. Le genre de roman qui se lit super bien, qui sur le moment fait passer un excellent moment mais qui ne laisse pas de traces profondes, qui ne change pas notre vie de lecteur. "Am Stram Gram" est un très bon roman de plage (ou de gare), sans rien de péjoratif, débutant la saga Helen Grace, du nom de l'inspecteur de l'enquête, femme aux multiples facettes, que j'ai hâte de poursuivre.

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samedi 15 septembre 2018

"Séance infernale" de Jonathan Skariton

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L'histoire : Quelle est la teneur de Séance infernale, film mythique aujourd’hui perdu ? Et qu’est-il arrivé à son réalisateur, le Français Augustin Sekuler, mystérieusement disparu en 1890 lors d’un voyage en train entre la Bourgogne et Paris ? Le film est-il lié à une série de meurtres qui endeuillent la ville d’Édimbourg ?

Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Alex Whitman, chercheur de reliques cinématographiques pour riches collectionneurs, tente de répondre, sans se douter des dangers auxquels il s’expose. De Los Angeles à Genève en passant par Paris, un puzzle diabolique se met en place, sur lequel apparaît peu à peu l’incroyable vérité qui se cache derrière ce film maudit.

La critique de Mr K : Chronique d'un ouvrage dévoré en deux jours aujourd'hui avec Séance infernale de Jonathan Skariton, roman tout juste sorti à l'occasion de cette rentrée littéraire 2018 aux éditions Sonatine. Attention ! Livre hautement addictif... Quand on y a goûté, on ne peut le relâcher sans un sentiment de manque fortement prononcé et le goût amer de l'attente en bouche. Crimes en série irrésolus, chasse au film maudit, la perte irréparable d'un enfant et ésotérisme perlé sont au programme d'un thriller virevoltant, référencé et mené de main de maître.

Vu comme le "Da Vinci Code du cinéma" sur son bandeau de présentation en librairie, il me faisait de l'oeil dans cette période de rentrée littéraire si riche. Non à cause de cette accroche purement commerciale (j'en suis revenu de Dan Brown et Inferno m'avait définitivement vacciné de cet auteur grand compilateur des articles sur l'art de Wikipedia) mais plutôt par les thématiques abordées dont notamment celle du cinéma. D'ailleurs en quatrième de couverture, les éditeurs font le parallèle avec le cultissime La Conspiration des ténèbres de Théodore Roszak qui faisait la part belle aussi au cinéma et aux films perdus. Très vite, on se rend compte que le livre de Skariton n'est pas du même tonneau. Plus branché thriller pur et dur, avec un récit plus classique, ici on est plus dans du divertissement pur et dur. Mais attention, du divertissement très réussi !

Alex Whitman est chercheur de reliques cinématographiques. Travaillant en freelance et essentiellement pour de riches collectionneurs privés, il n'a pas son pareil pour dénicher des objets de tournage rares ou des films oubliés. Ça tombe bien, un de ses clients réguliers lui propose LA quête ultime : retrouver le film La Séance infernale du pionnier du cinéma Augustin Sekuler. Plus par défi que par réel appât du gain, notre héros accepte cette mission qui va s'avérer plus complexe et dangereuse que prévue. Il n'est pas tout seul à vouloir retrouver ce film maudit qui semble porter le malheur dans ses parages et puis... il y a cette accumulation de références mystiques qui influencent l'enquête et vont emmener le héros dans ses retranchements, entre la foi et la folie...

On rentre dans ce livre comme chez soi. Pas de perte de temps inutile, l'auteur démarre de suite et sans temps mort par la suite. On fait rapidement connaissance avec Alex qui est un énième avatar de l'enquêteur cassé par la vie. Pour lui, c'est la disparition de sa fille de 8 ans qui a tout brisé neuf ans auparavant. Séparé de son épouse, il ne vit plus que pour son métier, se sentant toujours coupable et préférant se plonger dans le travail. Bien que classique dans sa caractérisation de départ, très vite on s'éloigne quelque peu des chemins connus avec un Whitman abîmé, bien teigneux à ses heures perdues et capable du pire quand il se sent acculé. Je l'ai de suite adopté, j'ai aimé son côté brut de décoffrage, ses connaissances très étendues dans son domaine (avec des anecdotes parfois géniales) et finalement son côté humain. Ainsi par moment, des chapitres racontent quelques morceaux de bravoure propre au genre (course poursuite, évasion d'un lieu clos...) et on ne tombe jamais dans la surenchère. Ainsi, il arrive que le protagoniste n'ait pas la solution pour s'en sortir, qu'il doive s'en remettre à d'autres pour pouvoir progresser. C'est ici remarquablement relaté et donne un aspect crédible à un personnage au charisme certain.

On retrouve ensuite le meilleur ami fidèle qui est bien plus malin qu'il n'en a l'air, un commanditaire exigeant pour ne pas dire inquiétant, une mystérieuse descendante du cinéaste aussi fatale qu'intrigante, une fliquette en mal d'enquête, un pur sociopathe aux pratiques bien crades et une pléthore de personnages secondaires qui plantent de bonnes situations et donnent un caractère vivant à l'ensemble. Franchement ça fonctionne et au fil de la lecture, on se surprend à voir les pages se tourner toutes seules. Certes, on ne peut parler ici de grande originalité (peu ou pas de surprises de mon côté lors de ma lecture) mais le livre s'apparente à une très complexe construction qui gagne en densité, en attrait au fil des parties et la fin vient clôturer idéalement une enquête-aventure très réussie. J'aime être "capté" par un livre et ce fut le cas tout du long avec celui-ci.

Le background et les apports divers donnent une touche supplémentaire au charme de ce livre qui mélange allègrement notre époque contemporaine adepte de joujoux technologiques, Histoire du cinéma entre splendeur et décadence, et croyances ésotériques anciennes dont je ne dirais rien de plus pour ne pas révéler quelques arcs narratifs cruciaux. Sachez simplement qu'érudition rime ici avec plaisir de partager, éclairage intéressant et découvertes inoubliables. L'auteur maîtrise son sujet, mêle avec un plaisir évident fiction et éléments réels, pour au final proposer une expérience immersive totale. Rajoutez à cela, une écriture exigeante et source de plaisir renouvelé et vous obtenez un thriller implacable et à lire absolument si le genre et les thématiques vous plaisent.

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jeudi 13 septembre 2018

"Les Fantômes de Manhattan" de R. J. Ellory

Les Fantômes de ManhattanL'histoire : Annie O'Neill tient une petite librairie en plein coeur de Manhattan, fréquentée par quelques clients aussi solitaires et marginaux qu'elle. Un nommé Forrester entre un jour dans sa boutique et se présente comme un très bon ami de ses parents, qu'elle n'a pratiquement pas connus. Il est venu lui apporter un manuscrit, l'histoire d'un jeune rescapé de l'Holocauste, adopté par un soldat américain lors de la libération de Dachau, avant de devenir une des grandes figures du banditisme new-yorkais. Quel rapport y a-t-il entre cette histoire et la famille d'Annie ? Et pourquoi le dénommé Forrester est-il si réticent à lui avouer la vérité ? Lorsqu'elle lui sera enfin dévoilée, celle-ci sera plus inattendue et incroyable que tout ce qu'elle a pu imaginer.

La critique Nelfesque : Je suis une inconditionnelle de R. J. Ellory. A chaque nouvelle sortie de roman, je me jette dessus, sans même lire la 4ème de couverture. Ça ne m'arrive pas pour beaucoup d'auteurs, croyez-moi (en fait il n'y en a que 2). C'est ainsi que j'ai débuté la lecture de ces "Fantômes de Manhattan". D'ordinaire très enthousiaste une fois un roman d'Ellory terminé, je suis ici plus mitigée et je m'en vais vous expliquer pourquoi.

Annie est une jeune libraire. Sa vie, c'est sa boutique. Elle n'a pas d'amis, si ce n'est ce vieil alcoolique, ancien vétéran de l'armée américaine qui ne cesse de rabâcher ses faits de guerre et les traumatismes qui vont avec. Elle n'a pas de vie amoureuse et sexuelle non plus, elle n'a pas vraiment la tête à ça, elle est un peu psychorigide. Non, sa vie c'est sa librairie, ses vieux bouquins dont elle s'entoure et même si sa petite entreprise connaît la crise faute de clients (et d'horaires fixes (elle fait un peu ce qu'elle veut Annie, elle est un peu dilettante, elle vit la vie comme elle vient)), elle ne met pas l'énergie nécessaire pour que les choses changent et s'en accommodent.

Jusqu'au jour où un étrange bonhomme rentre dans sa librairie. Forrester, un vieux monsieur, très propre sur lui, très poli, veut poursuivre le club de lecture qu'il avait initier avec le père d'Annie, père qu'elle n'a jamais connu. Cela la questionne, la bouleverse et ces futurs rendez-vous du lundi où un nouveau chapitre de roman lui est remis par Forrester sont une bulle d'air nécessaire à la poursuite de sa vie. C'est quasiment au même moment que Sullivan, le voisin, lui lance un pari, celui qui consiste à s'arréter de boire si elle s'envoie enfin en l'air et profite de la vie.

C'est ainsi que "Les Fantômes de Manhattan" prend deux chemins différents et qu'Ellory alterne entre les moments de lecture d'Annie et sa vie amoureuse. Étonnant et déroutant, c'est comme si nous avions alternativement deux romans différents entre les mains.

Celui de ses lectures, la partie "roman" dans le roman est une histoire poisseuse qui tient en haleine. On suit Harry Rose de son enfance dans les camps de concentration en Allemagne (vous connaissez ma passion pour la Seconde Guerre Mondiale) à sa montée en puissance dans le domaine du banditisme à NY. C'est passionnant et digne d'un roman noir. Les personnages sont incroyables, l'histoire est pleine de rebondissements et l'ambiance du New-York des années 50/60 palpable. Les images se superposent dans nos têtes, on se croirait dans un film de mafieux, "Les Affranchis", "Le Parrain", tous ces films inégalables sur le sujet qui nous ont laissé un souvenir impérissable.

Puis vient s'ajouter les passages "feel good" qui de mon côté n'ont eu d'intérêt que pour prolonger le plaisir et me donner envie de revenir à l'histoire de Harry. C'est un peu cucul et ce n'est pas le genre d'histoire que je prends plaisir à lire. Agacée au début par ce choix, j'ai eu la bonne surprise de constater que tout cela prenait de l'épaisseur au fil des pages (ouf, tout n'est pas perdu). Annie se dévoile, on voit arriver les choses bien avant elle (elle est un peu naïve l'Annie !) mais ce personnage est intéressant à voir évoluer, encore plus celui de Sullivan qui est émouvant dans son combat contre l'alcool et ses vieux démons et touchant par ses relations avec Annie.

Bien entendu, tout cela va se rejoindre à un moment donné et va prendre sens. On comprend alors pourquoi l'auteur a fait cohabiter un scénario de polar avec une histoire à l'eau de rose. Ce n'est pas ma came et finalement Annie, bien que centrale dans l'histoire, est sans doute le personnage qui m'a le moins touchée mais le procédé est original. On ne lit pas ça tous les jours !

"Les Fantômes de Manhattan" n'est pas le meilleur roman d'Ellory mais c'est toujours un plaisir de retrouver cet auteur ne serait ce "que" pour son style. Le "roman" dans le roman est vraiment empreint de sa patte et se déguste avec plaisir et envie. Je me serai bien contentée juste de cela mais ça aurait été me priver d'un final magistral où vengeance et rancoeur se côtoient et où les plus belles histoires s'écrivent dans la souffrance. Un roman très cinématographique.

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mardi 11 septembre 2018

"Une Douce lueur de malveillance" de Dan Chaon

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L'histoire : "Nous n’arrêtons pas de nous raconter des histoires sur nous-mêmes. Mais nous ne pouvons maîtriser ces histoires. Les événements de notre vie ont une signification parce que nous choisissons de leur en donner une."

Tel pourrait être le mantra de Dustin Tillman, psychologue dans la banlieue de Cleveland. Ce quadragénaire, marié et père de deux adolescents, mène une vie somme toute banale lorsqu’il apprend que son frère adoptif, Rusty, vient d’être libéré de prison. C’est sur son témoignage que, trente ans plus tôt, celui-ci a été condamné à perpétuité pour le meurtre de leurs parents et de deux proches. Maintenant que des tests ADN innocentent son frère, Dustin s’attend au pire.

Au même moment, l’un de ses patients, un policier en congé longue maladie, lui fait part de son obsession pour une étrange affaire: la disparition de plusieurs étudiants des environs retrouvés noyés, y voyant la marque d’un serial killer. Pour échapper à sa vie personnelle, Dustin se laisse peu à peu entraîner dans une enquête périlleuse, au risque de franchir les limites que lui impose son rôle de thérapeute.

La critique de Mr K : Attention livre choc avec une chronique dédiée à un livre inclassable et marquant. Une Douce lueur de malveillance de Dan Chaon est la dernière sortie en date de la très belle collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel et l'on peut dire qu'ils frappent fort en cette rentrée littéraire 2018. Mélange détonant entre roman noir, thriller et chronique familiale, l'auteur nous propose un voyage sans concession dans les abysses de l'âme humaine doublé d'expérimentations stylistiques vraiment originales en terme d'écriture. Suivez le guide !

Dustin Tillman est un psychologue à qui tout semble réussir. Heureux en ménage, père de deux fils, installé solidement en terme professionnel, il mène une vie agréable et à priori sans nuages à l'horizon. Cependant, le jour où son frère adoptif est innocenté du crime épouvantable de leur famille il y a plus de 20 ans, le passé remonte à la surface. La carapace se fendille, les flashback affluent et tout va être remis en question. Contradictions, apparences trompeuses, folie galopante, perception troubles se conjuguent et vont amener les personnages principaux vers des zones d'ombre qu'ils auraient bien voulu enfouir définitivement et qui vont ressurgir pour le plus grand plaisir sadique du lecteur ! Rajoutez là-dessus, une enquête échevelé sur un serial-killer noyant ses victimes alcoolisées et vous obtenez un cocktail explosif et bien dérangeant par moment.

Disons-le tout net, ce livre ne plaira pas forcément à tout le monde tant il bouscule des conventions bien établies. En effet, désirant se mettre réellement dans la peau des personnages (qui sont tous plus ou moins barrés ce qui n'arrange rien ! - sic -), l'auteur a bougé les lignes en terme d'écriture en rajoutant des blancs pour simuler les hésitations, les interruptions orales, certaines phrases se terminent de manière abrupte sans ponctuation ni syntaxe respectées. Ça m'a beaucoup surpris au départ, au point même de me demander si ce n'était pas une erreur d'impression ! C'est très déstabilisant mais au fil de la lecture, le stratagème fonctionne à plein régime et l'on comprend mieux les raisons de cette mise en page et en mots divergents. Cela distille une ambiance bien sombre, réaliste et prenante à souhait qui enrichir l'expérience et l'amène vers des sommets insoupçonnés au préalable.

Malgré cette difficulté d'appréhension de l’œuvre de prime abord, j'ai été captivé dès le départ par les protagonistes du récit. Le malheur plane sur nombre d'entre eux, hantés qu'ils sont par un passé épouvantable qu'ils ont essayé d'effacer de leur conscience. Chacun a tenté de se reconstruire vaille qui vaille avec plus ou moins de bonheur : certains se sont réfugié dans leur travail, d'autres dans les paradis artificiels ou encore le déni. Les personnages sont traités avec finesse et livrent leurs secrets petit à petit. Loin de se contenter d'une construction linéaire et classique, l'auteur se plaît à mêler passé et présent, changer les points de vue et revenir parfois sur des éléments que l'on pensait être des certitudes mais qui s'avèrent finalement être de belles fausses pistes. Tout est fait pour perdre le lecteur, l'orienter dans de mauvaises directions pour mieux le capturer de nouveau quelques chapitres plus tard. J'aime me faire bousculer et tromper par un auteur, j'ai été servi ici !

Bon, nous ne sommes clairement pas dans une œuvre qui respire la joie de vivre. Au programme, souffrance, séparation, deuil, folie insidieuse, famille dysfonctionnelle... Autant d'éléments qui se complètent les uns les autres, enrichissent la trame et la rendent parfois brillante tant tout a été parfaitement pensé et agencé. C'est grisant et flatte l'intellect tout en étant très accessible en terme de lecture. Passé la surprise stylistique dont je vous parlais précédemment, l'ouvrage est d'une grande clarté, aéré, vif et toujours en mouvement. Pas de gros passages à vide et de longueurs, l'auteur s'y entend pour insérer suspens et attente dans le cœur du lecteur avec les nombreuses révélations successives qui nous sont livrées.

On a donc affaire ici à un sacré roman qui passé une première phase de découverte-apprivoisement livre une histoire terrifiante aux personnages écorchés vifs qui reste longtemps en mémoire et donne à réfléchir sur l'humain et sa destinée. Une Douce lueur de malveillance est un bien bel ouvrage que je ne peux que vous conseiller, il ne ressemble vraiment à aucun autre.

dimanche 9 septembre 2018

"La Ferme aux poupées" de Wojciech Chmielarz

La Ferme aux poupéesL'histoire : L'inspecteur Mortka, dit le Kub, a été envoyé à Krotowice, petite ville perdue dans les montagnes. Officiellement, il est là pour un échange de compétences avec la police locale.
Officieusement, il y est pour se mettre au vert après une sale affaire. S'il pense être tranquille et avoir le temps de réfléchir à l'état de sa vie personnelle, il se trompe lourdement. Quand Marta, onze ans, disparaît, un pédophile est rapidement arrêté, qui reconnaît le viol et le meurtre de la petite. Mais l'enquête est loin d'être terminée : les vieilles mines d'uranium du coin cachent bien des secrets... et peut-être quelques cadavres.
Il faudra tout le flair du Kub pour traquer des trafiquants dont la cruauté dépasse l'entendement.

La critique Nelfesque : Déjà présent dans "Pyromane" du même auteur, on retrouve ici le Kub, inspecteur originaire de Varsovie et envoyé à Krotowice, placard pour flics dans les montagnes. On retrouve cet inspecteur ou, comme moi, on le découvre. Je n'avais pas lu l'ouvrage précédent et rassurez-vous, cela n'est pas du tout gênant pour s'aventurer dans "La Ferme aux poupées".

Assez classique dans son approche, il n'y a pas de mystère, nous sommes ici dans un pur polar. Ça se lit tout seul, le déroulement est fluide, les personnages sentent à plein nez les flics pur jus. Pas de grosses surprises sous le soleil mais pour qui aime le genre, on prend pas mal de plaisir à suivre l'enquête.

Dans "La Ferme aux poupées", on est plongé dans une petite ville de Pologne. Ici point de frénésie, c'est la montagne et ses petites affaires loin de la grande ville de Varsovie. Et pourtant, avec une population raciste envers les Roms, Wojciech Chmielarz met le doigt sur une question de société. Sans jugement mais à travers le regard de son héros, cette banalisation écoeure le lecteur et fait planer sur ces pages une atmosphère poisseuse.

Contrairement à ce que la 4ème de couverture pourrait laisser entendre, il n'y a rien de gore dans ce roman. Les scènes sont dures parce que les faits sont inimaginables mais tout est dans la suggestion. Pas de descriptions de 15 pages pour présenter l'horreur avec moult détails, elle prend place dans nos têtes et notre imagination. Âmes sensibles s'abstenir toutefois car l'ambiance est noire et glauque (et oui nous sommes dans un polar).

Commençant avec l'enlèvement d'une petite fille, on rentre tout de suite dans le vif du sujet. L'auteur ne tergiverse pas 3h en descriptions et caractérisations et accroche immédiatement le lecteur. Un rythme de thriller qui donne envie de poursuivre sa lecture. Puis on s'attache plus au personnage de Mortka, dit le Kub, fraîchement installé dans un studio miteux après avoir perdu femme et enfants. En pleine crise existentielle, il ne sait pas si il doit quitter la police, comment se rapprocher de ses fils... C'est le bordel dans sa tête autant sur le plan personnel que professionnel. Être consultant pour la police locale devrait lui permettre de faire le point... Devrait...

Une petite fille disparaît. Une autre avant elle. Et Mortka se retrouve plongé dans la Pologne populaire, gangrenée par le racisme. La petite est retrouvée dans une mine d'uranium entourée de cadavres et là commence réellement l'enquête, une enquête inhabituelle dans cette petite bourgade plus familière des faits divers, brouilles de voisinage et autres rubriques de chiens écrasés. Mortka va devoir affronter un mur, celui des habitants qui s'unissent, voyant en lui un fouineur. Quand la poussière est mise sous le tapis, qui a envie de la voir en sortir ? Mensonges et manipulations vont se retrouver sur son chemin.

Dans "La Ferme au poupées", le suspens est présent, personne n'est épargné et les révélations sont surprenantes. La tension est palpable, l'ambiance dans laquelle évolue le Kub aussi. Un personnage normal, pas le sur-homme, pas le flic infaillible et super doué, un homme avec des doutes, un passé, des fêlures mais pugnace et téméraire. Le gage de bons moments de lecture.

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jeudi 6 septembre 2018

"Nami" de Bianca Bellova

NAMI-miseenpage

L'histoire : Voici l’histoire d’un jeune garçon qui grandit sur les rives d’un lac en train de s’assécher, quelque part au bout du monde...

Un village de pêcheurs. Un rivage qui recule de manière inquiétante. Les hommes ont de la vodka, les femmes des soucis, les enfants de l’eczéma. Nami, lui, n’a rien, hormis sa grand-mère aux mains immenses. Mais il a aussi un destin devant lui, un premier amour, et tout ce qui suit. Cependant, quand une vie commence à la toute fin du monde, elle peut peut-être finir à son début. Cette histoire est aussi vieille que l’humanité. Pour son héros, jeune garçon qui se lance dans sa quête avec pour seules armes son obstination et le manteau qui appartenait à son grand-père, il s’agit d’un pèlerinage.

La critique de Mr K : C'est les impressions sur une très belle lecture que je vais partager aujourd'hui avec vous. Nami de Bianca Bellova est une petite merveille dans le domaine du roman initiatique, un genre que j'affectionne tout particulièrement et qui avec cet ouvrage trouve un nouveau petit classique en puissance tant l'histoire contée, la puissance de la langue accompagnent le lecteur vers des horizons lointains et insoupçonnés.

Le héros éponyme est un jeune garçon qui n'a plus de parents. Le père a disparu dès sa naissance, la maman (une fille de mauvaise vie selon les rumeurs) n'est plus là. Nami vit donc dans un petit village de pêcheurs au bord d'un lac. Élevé par ses grands-parents entre un grand-père frustre et fort en gueule et une grand-mère très maternelle, il vit heureux malgré la rudesse de ses conditions de vie, la misère ambiante et l'occupation soviétique qu'il entrevoit de son œil d'enfant sans réellement en mesurer l'impact. À ce propos, à aucun moment du récit, il ne sera précisé dans quel pays se situe l'action, mais à travers la nourriture et quelques détails sur les us et coutumes, on devine qu'on se situe en Europe Orientale.

La mort de ses proches va propulser Nami dans une autre dimension. Le jeune homme qui voit son toit occupé par un ponte local décide de partir en quête de son passé et va par là même parcourir le monde à la recherche de réponses sur lui, sa nature et ses origines. Longue sera sa route vers la capitale qui le verra livré à lui-même dans un univers hostile où il fera cependant des rencontres marquantes qui le guideront vers une vérité à laquelle il aspire. La quête d'une mère est sans aucun doute la plus importante qu'il soit pour un gamin qui va au fil des pages grandir, affronter la vie, les hommes et la destinée.

On se prend très vite au jeu pour ne pas dire immédiatement. Le personnage est très attachant, libre sans l'être vraiment, il tente avec ses maigres moyens de survivre. Se nourrir, se loger, trouver des indices, affronter aussi les affres de l'adolescence puis de la vie d'homme. On grandit avec lui, l'accompagnant dans ses errances, ses détours, ses épreuves mais aussi les petites joies de l'amitié, l'amour et de l'accomplissement de soi. C'est pur, brut de décoffrage par moment et totalement universel dans sa portée. Légende moderne doublée d'un destin particulier prenant et emballant, la lecture s'effectue toute seule, sans effort, avec un intérêt renouvelé et une densité qui ne fait que prendre de l'ampleur au fil du parcours de Nami.

Malgré son opacité voulue, le background renforce l'empathie du lecteur envers notre jeune héros : cet univers presque clos est dur, la pauvreté partout, la vie pas facile. Enchaînant les boulots, parfois les désillusions, il lui faut être solide dans ce pays livré au joug d'une puissance envahissante qui produit ressentiment, inégalité et injustice. Ce n'est pas à proprement parlé le fond de l'ouvrage (qui s'attache essentiellement au personnage principal) mais ce livre est une belle fenêtre sur la vie d'un pays sous la domination d'une puissance hégémonique, ne tombant jamais dans le manichéisme pur et dur (chacun ici a sa part de lumière et d'ombre), on est soufflé par l'ambiance insufflée dans ses lignes qui hantent longtemps après sa lecture les synapses du lecteur pris au piège.

Il faut dire que l'écriture de Bianca Bellova est magique. Subtile et envoûtante, volontiers poétique à certains égards avec un renouvellement constant dans les images et une concentration forte en émotions pures, le mot voyage littéraire n'est ici pas usurpé avec une expérience vraiment hors norme qui prend au cœur et aux tripes. La beauté est présente partout ici même dans les passages les plus noirs, l'écriture est un écrin sans pareil pour une histoire intemporelle et saisissante. Un must ni plus ni moins, une lecture inoubliable que je vous invite à découvrir au plus vite !

mardi 4 septembre 2018

"Under the silver lake" de David Robert Mitchell

Under the silver lake afficheL'histoire : À Los Angeles, Sam, 33 ans, sans emploi, rêve de célébrité. Lorsque Sarah, une jeune et énigmatique voisine, se volatilise brusquement, Sam se lance à sa recherche et entreprend alors une enquête obsessionnelle surréaliste à travers la ville. Elle le fera plonger jusque dans les profondeurs les plus ténébreuses de la Cité des Anges, où il devra élucider disparitions et meurtres mystérieux sur fond de scandales et de conspirations.

La critique Nelfesque : "Under the silver lake" est un film à part. Classé sur les sites de cinéma entre thriller et comédie, on ne sait pas vraiment à quoi s'attendre en allant voir ce long métrage. Repéré lors du dernier Festival de Cannes, j'attendais sa sortie avec impatience et la bande annonce a fini de me convaincre (non mais cette BO !).

Le réalisateur, David Robert Mitchell, ne m'était pas inconnu. Vous n'avez pas vu "It follows" ? Précipitez-vous dessus ! Ici, nous sommes dans un style différent mais "Under the silver lake" est aussi intrigant qu'"It follows" est angoissant. Perso, j'adhère à 100% !

Il y a des films où il faut accepter de se laisser porter, de ne rien comprendre, de partir dans des contrées complètement WTF. La plupart du temps, c'est plutôt Mr K qui est friand de ces ambiances que je trouve souvent trop perchées ou absconses et qui m'agacent par leur côté "il faut être plus intelligent que ça pour appréhender le fond" (aka "t'es trop con pour comprendre, rentre chez toi"). Ici, c'est différent car il y a plusieurs niveaux de lecture et je me suis autant amusée que j'ai été séduite et bluffée. Par certains aspects, ce film m'a fait penser à  "Inherent Vice", notamment pour l'effet ressenti au moment de rallumer les lumières et pour la beauté des plans. Attention, je pense que c'est ce genre de long métrage que l'on adore ou que l'on déteste. Je ne garantis pas que vous accrocherez mais ça vaut vraiment le coup de tenter l'expérience ne serait-ce que par amour du cinéma et envie de voir un vrai film qui propose des choses nouvelles et qui ne tombe pas dans la facilité des scénarios et ficelles vus et revus.

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Le ton est décalé et on est souvent pris à contre pied. Drôle sans l'être, pathétique sans l'être, on ne sait pas vraiment où se placer et ça fait un bien fou ! Les 2h20 passent à toute vitesse, les plans sont superbes, on échafaude 10.000 théories qui tombent à l'eau, la musique colle parfaitement à l'ensemble qui parait intemporel et on savoure chaque instant et chaque trouvaille du réalisateur. Le film a un rythme atypique, c'est lent sans être ennuyeux. C'est étrange. Fou. Inattendu.

Sortis de la séance sous le choc, on n'a pas tout compris mais on a envie de creuser la chose. On en discute pendant des heures en se disant qu'on a vu un putain de film et que c'est bon le cinéma qui ose. Parce que les acteurs sont parfaits. Parce que tout est superbement construit. Parce que ça nous transporte sans que l'on puisse bien l'expliquer. Parce que sous ces airs loufoques, il est bien plus profond qu'il n'y parait et critique notre époque et la société. Du coup, écrire une chronique dessus même 3 semaines plus tard, c'est mission impossible mais l'envie de laisser une trace est plus forte. Je vous souhaite que Mr K ait un raisonnement plus construit... En attendant, si il est encore à l'affiche près de chez vous, lancez-vous et plongez sous le lac argenté !

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La critique de Mr K : 6/6. Voilà un film que j'attendais avec beaucoup d'enthousiasme ayant découvert la terrible bande annonce du métrage lors de son passage à Cannes. En plus, il s'agit du troisième film de David Robert Mitchell, réalisateur que j'adore depuis son génialissime et déjà culte It Follows qui m'a fait frémir comme jamais depuis Ring version japonaise of course ! Film à énigmes, thriller, moments de comédie pure... difficile de classer Under the silver lake dans un genre particulier tant on est à la confluence de différents tons et différents univers. Un véritable OFNI (Objet Filmique Non Identifié) en quelque sorte !

Sam, un jeune homme totalement apathique glande à longueur de journée dans son appartement. Il ne fait rien, ne semble pas travailler et observe ses voisins. C'est ainsi qu'un jour, il fait la rencontre de Sarah, une jolie voisine avec qui il flirte, arrachant un RDV pour le lendemain. Malheureusement pour lui, elle disparaît sans laisser de nouvelles ni de traces. Intrigué et inquiet, il décide de mener l'enquête quand il s'aperçoit que son appartement est totalement vide comme si elle avait décidé de déménager dans la nuit... Commence alors pour Sam, un long périple au cœur de Los Angeles, ses mœurs, ses secrets et il découvrira peut-être au fond de lui quelque chose pour sortir de la torpeur qui l'a envahi depuis trop longtemps.

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Ce film dure plus de deux heures et je peux vous dire que Nelfe et moi n'avons pas vu le temps passer. C'est bien simple, il n'y a pas de temps morts. On démarre de suite, évitant une période d'exposition trop longue pour rentrer dans le vif du sujet. Sam est très attachant, complètement paumé, il y a du Lebowski en lui (MON film culte !) : fainéant, drôle, beau gosse, amateur de clopes et de filles, geek à ses heures perdues, curieux mais aussi lunaire par moment et totalement en roue libre, il est remarquablement joué par un Andrew Garfield qui m'a surpris et séduit. De manière générale, tous les protagonistes du film sont complètement branques à leur manière, la bizarrerie guettant au moindre intérieur privé ou coin de rue. Ne pouvant se reposer sur rien de solide, de concret ; le spectateur est obligé de lâcher prise et de suivre les chemins tortueux du héros aussi dépassé que nous.

Conspirationnisme et codes cachés, ultra-solitude pesante, mœurs déjantées et tortueuses d'Hollywood, légendes urbaines farfelues, quête intérieure et rédemption, sectarisme et tout un ensemble d'éléments sont ici brassés pour fournir un film au ton unique et à la beauté sans pareil. Bien que certains éléments soient dramatiques, des révélations plus que surprenantes, ce film garde toujours un ton léger qui détend l'atmosphère. Les situations ubuesques s’enchaînent, les bévues du héros aussi, pour livrer une histoire d'une grande profondeur, aux ramifications complexes et à la fin elliptique qui ne livre pas tous les secrets mais ouvre des portes insoupçonnées. Dans le principe, on se rapproche d'un Lynch mélangé à du frères Coën (période Lebowski encore et toujours !) : Lynch pour le goût pour les énigmes et les intrigues à tiroir, les Coën pour la folie qui règne au moindre plan.

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Techniquement c'est parfait avec des images d'une grande beauté, des plans inventifs, des couleurs qui explosent, des décors grandioses et une bande originale qui scotche et convient parfaitement à l'étrangeté de cette entreprise filmique. Que dire de plus, sinon qu'on tient avec ce réalisateur, un des plus grands de sa génération et que c'est véritablement une honte qu'il n'ait rien décroché à Cannes tant on touche ici à quelque chose d'original, d'unique et de totalement réussi. Un must à voir absolument !

samedi 1 septembre 2018

"La Disparition d'Adèle Bedeau" de Graeme Macrae Burnet

9782355846472oriL'histoire : Manfred Baumann est un solitaire. Timide, inadapté, secret, il passe ses soirées à boire seul, en observant Adèle Bedeau, la jolie serveuse du bar d'une petite ville alsacienne très ordinaire.

Georges Gorski est un policier qui se confond avec la grisaille de la ville. S'il a eu de l'ambition, celle-ci s'est envolée il y a bien longtemps. Lorsque Adèle disparaît, Baumann devient le principal suspect de Gorski. Un étrange jeu se met alors en place entre les deux hommes.

La critique de Mr K : Terrible lecture aujourd'hui avec la nouvelle publication en français d'un ouvrage de Graeme Macrae Burnet aux éditions Sonatine après le formidable L'Accusé du Ross-Shire qui m'avait enchanté et marqué lors de sa lecture l'année dernière. Dans ce nouvel ouvrage, cet auteur écossais diablement doué explore les arcanes de la banalité pour mieux la déstructurer et au final surprendre ses lecteurs après les avoir irrémédiablement attirés dans la toile savamment constituée par ses soins minutieux.

Quand une jeune serveuse disparaît sans prévenir et sans laisser de traces, c'est toute une petite communauté qui est en émoi. Jolie, très sérieuse dans son travail, plutôt taciturne et pas du genre à lever la jambe, cette disparition interroge et inquiète. Est-elle partie sans prévenir personne sur un coup de tête ? A-t-elle rencontré la mauvaise personne en rentrant chez elle ? La police enquête et nage dans le flou intégral. L'enquêteur Gorski a bien du mal à se dépêtrer de cette affaire qui s'enlise à cause du manque d'indices et des dissimulations des témoins potentiels. En parallèle de son enquête, on suit le parcours chaotique de Baumann, un homme miné par la solitude et son caractère asocial. Au fil du déroulé, nous allons en apprendre beaucoup sur ces deux hommes en constante opposition et quand la vérité éclatera, personne ne sera épargné.

Grand amateur de Simenon et Claude Chabrol, Graeme Macrae nous propose un voyage effroyable au fin fond de l'âme humaine. Certes il y a une enquête mais finalement elle passe souvent au second plan. Les avancées sont très timides, le policier quelqu'un de posé, et finalement il ne se passe pas grand chose durant les 281 pages de ce roman. Et pourtant, il est d'une richesse incroyable, d'une profondeur qui touche parfois au sublime avec des personnages ciselés comme rarement j'ai pu en rencontrer dans un ouvrage de ce genre. C'est bien simple, chaque chapitre apporte sa pierre à l'édifice entre banalité du quotidien décortiqué et flashback qui révèlent des passés lourds de conséquences sur une existence entière. Chaque être humain est unique et derrière chaque individualité se cache une vie faite de joies mais surtout de ruptures et de failles qui construisent un destin. Alors le rythme est lent, le mille-feuilles de caractérisation des personnage se prépare en douceur, par petites couches successives mais quand arrive le dernier tiers de l'ouvrage, tout prend sens, s'emboîte parfaitement et procure un plaisir de lire assez unique.

Vie de famille compliquée, solitude aliénante dans notre société, quiproquo, incompréhension, paranoïa latente, rumeurs et moqueries, grisaille ambiante et avenir bouché sont les ingrédients d'une recette classique du roman policier-noir qui bascule dans l'ouvrage référence grâce à la langue fine, exigeante et très accessible de cet auteur décidément à suivre. J'ai pour ma part accroché immédiatement, notamment sur les deux personnages principaux qui m'ont rappelé des proches ou des personnes que j'ai pu connaître. La tension est palpable très vite et l'émotion gagne profondément le lecteur, l'influençant même sur ses réflexions sur soi. La Disparition d'Adèle Bedeau, au delà de son caractère policier et étude de caractère, nous renvoie à nous, à la fragilité de l'existence et de ces épisodes de tristesse qui parfois gagnent le cœur et l'âme de chacun, mêlant spleen et nostalgie.

Je dois avouer que ce roman m'a profondément touché, m'a laissé tout groggy une fois la dernière page tournée. L'ascenseur émotionnel est total, j'aime être déstabilisé et ému lors d'une lecture. Celle-ci restera longtemps gravée dans ma mémoire. Avis aux amateurs !