Cafards at home

lundi 21 avril 2014

"La porte des Enfers" de Laurent Gaudé

Porte-des-enfersL'histoire: Au lendemain d'une fusillade à Naples, Matteo voit s'effondrer toute raison d'être. Son petit garçon est mort. Sa femme, Giulana, disparaît. Lui-même s'enfonce dans la solitude et, nuit après nuit, à bord de son taxi vide, parcourt sans raison les rues de la ville.
Mais, un soir, il laisse monter en voiture une cliente étrange qui, pour paiement de sa course, lui offre à boire dans un minuscule café. Matteo y fera la connaissance du patron, Garibaldo, de l'impénitent curé don Mazerotti, et surtout du professeur Provolone, personnage haut en couleur, aussi érudit que sulfureux, qui tient d'étranges discours sur la réalité des Enfers. Et qui prétend qu'on peut y descendre...
Ceux qui meurent emmènent dans l'Au-Delà un peu de notre vie, et nous désespérons de la recouvrer, tant pour eux-mêmes que pour apaiser notre douleur.

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui sur un livre qui m'a marqué et qui reste au moment où j'écris ma plus belle lecture de l'année à peine entamée! "La porte des Enfers" est une fois de plus un petit bijou littéraire façonné avec soin et cœur par un Laurent Gaudé au sommet de sa forme. Grand merci encore à l'abbé pour cette trouvaille merveilleuse!

Dans cet ouvrage Laurent Gaudé aborde frontalement le thème du deuil. Un père un peu pressé traverse la ville pour emmener son fils à l'école. Ils tombent inopinément en plein milieu d'un échange de coups de feu et le jeune garçon s'effondre, mort dans les bras de son père. Commence alors une longue traversée intérieure pour le père éploré, incapable de surmonter son deuil. Son couple se délite et il erre sans but dans la ville. En parallèle, dans certains chapitres se déroulant vingt ans plus tard, on retrouve un homme portant le même nom que son fils mort qui semble se livrer à une vendetta bien sanglante à l'italienne... Étrange, vous avez dit étrange? Vous êtes encore bien loin de la vérité tant ce livre réserve moultes surprises et rebondissements à vous laisser scotché! Les deux récits sont bien évidemment liés et ce n'est qu'aux ultimes pages de ce recueil que vous connaîtrez le fin de mot de l'histoire... mais entre temps, quel voyage!

Pour ceux qui nous suivent, vous connaissez ma profonde affection pour cet auteur qui conjugue langue agréable et histoires hors norme. Le double combo fonctionne à plein régime ici aussi. Les personnages sont attachants au possible. Au premier rang d'entre eux Matteo, père endeuillé et inconsolable. La descente aux enfers est contée avec tact et précision ce qui engendre une très profonde mélancolie chez le lecteur. Le lien ténu qu'il avait lié avec son fils prend d'autant plus d'importance qu'il était très jeune et que le manque emplit l'âme du père et transpire des pages. C'est dur, très dur même. Et pourtant très vite, la rencontre avec d'autres personnages tous plus décalés les uns que les autres (notamment une péripatéticienne travestie humaniste, un vieux professeur masochiste adepte de légendes occultes, un curé rebelle contre le clergé...) vont lui apporter un espoir, un espoir certes fou mais qui le fait tenir et entrevoir peut-être, une forme de rédemption et de courage, le sacrifice ultime. En parallèle, le jeune personnage haineux intrigue. Il semble se la jouer solitaire et on se demande vraiment pourquoi il agit comme cela. Le lecteur suit ses monologues intimes qui semblent bien mystérieux et qui résonnent faiblement mais surement avec l'histoire de Matteo. Quel lien y'a-t-il entre eux?

Vers la moitié du livre, l'histoire prend alors une toute autre dimension. Le fantastique fait son entrée mais ici aussi, une fois de plus avec finesse et même logiquement, ce qui est le comble quand on parle de surnaturel! Comme le titre l'indique, il est question des enfers et vous trouverez dans ce roman parmi les plus belles pages écrites sur le sujet. Dieu sait que je suis amateur de la thématique infernale après ma découverte de Dante et de Milton! Le voyage intérieur des héros se transforme irrémédiablement en quelque chose de supérieur, quelque chose qui nous dépasse mais auquel on sera tous confronté un jour: la mort et ses conséquences, le désir fou de retrouver ceux que l'on a aimé. Autant de questions brillamment traitées par un Gaudé inspiré.

Ce livre est une merveille d'écriture. On le lit avec plaisir, désir, facilité. Les pages se tournent toutes seules et même si le sujet est grave, l'intérêt n'en est que plus prenant et exaltant. Les indices s'accumulent au fil des métaphores filées et autres analogies que l'écrivain nous propose avec une maestria bluffante. L'exploration de l'âme humaine est ici poussée à son paroxysme et fait écho à nos interrogations profondes, d'ailleurs rien que d'en parler me hérisse les poils du cou.

Il est des livres qui comme celui-ci marquent irrémédiablement de leur empreinte indélébile le lecteur. Impossible donc de passer à côté! Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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vendredi 18 avril 2014

"Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov

des1001L'histoire: Drôle, grotesque, cruel. Partez à la rencontre du peuple le plus pauvre d’Europe.
Ceci est l’histoire d’un petit village moldave. À Larga, tous les habitants ne rêvent que d’une chose : rejoindre l’Italie et connaître enfin la prospérité. Quitte à vendre tous leurs biens pour payer des passeurs malhonnêtes, ou à s’improviser équipe moldave de curling afin de rejoindre les compétitions internationales.
Dans cette quête fantastique, vous croiserez un pope quitté par sa femme pour un marchand d’art athée, un mécanicien génial transformant son tracteur en avion ou en sous-marin, un président de la République rêvant d’ouvrir une pizzeria… Face à mille obstacles, ces personnages résolument optimistes et un peu fous ne renonceront pas. Parviendront-ils à atteindre leur Eldorado ?

La critique Nelfesque: "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est sorti en librairie hier et si j'ai un conseil à vous donner, courrez vous procurer ce roman hors du commun. Vous passerez ainsi un bon moment de délire où rire et consternation face aux situations présentées (et non à l'écriture de Vladimir Lortchenkov) se mêlent.

La Moldavie, il faut bien le reconnaître, on connaît peu. On serait même incapable de situer ce pays sur une carte. Si, avouez! Vladimir Lortchenkov lui la connaît bien puisque c'est son pays et une chose est sûre, si le peuple moldave est vraiment comme il le présente dans son ouvrage, je ne sais pas si il faut en rire ou en pleurer.

Nous suivons dans ces 250 pages une communauté moldave qui n'a qu'un rêve en tête, que dis-je une obsession (!): quitter la Moldavie et rejoindre leur Eldorado, l'Italie. Pourquoi l'Italie? Et bien pourquoi pas!? Comme un mythe, l'Italie semble être le pays béni où tout moldave voulant bien vivre doit se rendre. Et pour l'atteindre, ils vont rivaliser d'astuces et fomenter des plans abracadabrantesques que, nous savons, nous lecteurs, perdus d'avance. Mais un peu sadiques et franchement curieux de savoir jusqu'où ils comptent bien aller sous la plume de Lortchenkov, nous suivons leur périple avec délectation.

Avec cet ouvrage et l'écriture de Lortchenkov, le lecteur part dans tous les sens. On ne sait plus vraiment où l'on est, on se perd, on se questionne, on est déboussolé mais c'est cela qui est bon! Perdre ses repères, oublier tout ce que l'on a pu lire jusque là et découvrir un univers complètement loufoque et déjanté. Il y a, dans ce roman, par le côté road-trip et la dinguerie de l'histoire, un petit côté "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonnason. Un petit côté seulement car ici on ne rentre pas vraiment dans des dimensions historiques (de l'Histoire avec un grand H) mais on sent la similitude dans le besoin de partir des personnages, la "bizarrerie scénaristique" addictive et ce que j'ai évoqué précédemment.

Ce roman donne-t-il envie de se rendre en Moldavie? Non, pas vraiment (à moins d'affectionner les no man's lands avec des airs de décharges publiques). Nous fait-il aimer le peuple moldave? Assurément! Car par leurs faiblesses, leurs espoirs, leurs côtés jusqu'au-boutiste et leur imagination, on ne peut qu'être attendris.

A côté de cela, sous ces airs comiques, ce roman soulève de nombreuses questions. La pauvreté de ce peuple, leur situation géographique aux portes de l'Europe (pour info, si vous ne situez toujours pas, la Moldavie est prise en sandwich entre la Roumanie et l'Ukraine et est de taille quasi similaire à celle de la Belgique), le mépris avec lequel ils sont traités par certains... Tout cela laisse songeur. A leur place aussi, sans doute, nous voudrions quitter notre chez-nous et poursuivre un but. Espérons juste pour nous qu'on s'y prendrait autrement!

Mais "Des Mille et une façons de quitter la Moldavie" est surtout un roman comique où en tant que lecteur, laissant toutes considérations d'ordre politique de côté, nous prenons un malin plaisir à nous y plonger. Comme une petite sucrerie que l'on retrouve après une journée de boulot et qui se déguste avec un plaisir coupable mais tellement rafraîchissant! Je vous le conseille donc vivement!

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jeudi 17 avril 2014

"Le Maître bonsaï" d'Antoine Buéno

maitre-bonsaiL'histoire: "La légende de la fin des temps raconte qu'après la mort de Sakurako le monde n'était plus que désolation. Pourtant, sur la terre désertée, s'éleva bientôt un arbre à l'endroit même où la jeune fille s'était éteinte, frappée par le sabre de son père. À la fin du monde, ne subsista plus qu'un cerisier blanc, gardé par un serpent."

Empreint de mystère et d’étrangeté, ce roman à la lisière du conte initiatique nous ouvre à la magie des bonsaïs pour révéler un secret : celui de notre part d’ombre.

La critique de Mr K: Voici un livre à côté duquel je serai sans doute passé si l'on ne me l'avait pas proposé en partenariat. Je ne connaissais pas du tout cet auteur avant la lecture du "Maître bonsaï" et franchement, le hasard fait bien les choses tant cette expérience s'est révélée marquante entre plaisir simple pour débuter et plongée ténébreuse en toute fin de roman. Apprêtez-vous à rentrer en territoire inconnu entre vie ascétique et secrets enfouis.

Le héros n'a pas de nom, pas de nationalité précise... On sait juste qu'il est plutôt âgé et qu'il exerce la profession de maître bonsaï. Il semble vivre reclus dans sa boutique où il mène une existence en osmose avec ses arbres miniatures. Il voit peu ou pas de personnes hormis ses clients qui sont nombreux et reviennent régulièrement louer les talents fabuleux de ce professionnel plus que méticuleux. Il le dit lui-même au début du roman, il a quitté le règne animal pour celui apaisant du règne végétal. Il communique littéralement avec ses bonsaïs et le héros plane à dix mille mètres au dessus des réalités terrestres.

Tout change quand une jeune femme sans nom elle aussi rentre dans sa boutique. Au début rien de notable, puis peu à peu une étrange relation semble se nouer entre ces deux êtres que tout semble opposer: il est stoïque la plupart du temps, elle bouillonne d'énergie. Loin d'être une simple rencontre fortuite, cette relation va être au centre de l'évolution de l'intrigue, très vite sous le glacis des apparences se noue un drame viscéral qui ne trouvera sa résolution qu'à la toute fin de l'écrit, qui change du tout au tout lors d'une révélation finale aussi glaçante que traumatisante. Sans rire, j'ai eu du mal à m'endormir après cela...

Ce livre est une vraie petite bombe que je trouve pour ma part très original. Son écriture est assez unique en son genre avec la multiplication de litanies sous la forme de phrases très courtes à la syntaxe plus qu'approximative comme dirait les gardiens du temple! Mais voilà, c'est justement ce côté déséquilibré et étrange qui rend ce récit attachant et vivant. On suit le personnage principal à travers ses monologues intérieurs et on n'ignore rien de ce qu'il ressent ou feint de non ressentir. Très évocatrice, la langue se fait douce et enivrante par moment, on se fait emporter très rapidement avec aucun espoir de pouvoir refermer ce livre avant la fin.

Au fil de la lecture, l'aspect répétitif prend tout son sens. Par petites couches successives, on entrevoit un passé bien trouble chez ce maître bonsaï. Peu à peu, une boule se noue et on se rend compte que cette vocation n'est pas venue par hasard, que derrière tout cela se cache quelque chose de très douloureux et une immense solitude. Quand la révélation vient, toute la tranquillité et l'aspect taoiste du livre disparaissent pour ne laisser place qu'à un désert exsangue et mélancolique. On ressort de cette lecture remué comme jamais (sauf peut être avec "Rafael, derniers jours" de Gregory McDonald) et avec la conscience d'avoir lu une belle et grande oeuvre.

Vous l'avez compris, ce livre est désormais classé parmi les meilleurs que j'ai pu lire tant on baigne dans un univers intemporel, sans effet de manche inutile, où l'humain et la nature sont au centre du monde. Une belle et rude lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite!

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mercredi 16 avril 2014

Queen for a day... again... again...

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Ben oui, y'a des choses qui reviennent régulièrement et aujourd'hui c'est le jour de Nelfe! Bon anniversaire darling! Profites en bien, tu as tous les droits jusqu'à minuit! Enfin... presque tous....

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mardi 15 avril 2014

"In God We Trust" de Winshluss

winshluss-in-god-we-trust-couv-jpg-529b02afeb4c5L'histoire: Après s’être attaché à déconstruire Pinocchio, Winshluss s’attaque au livre de contes et de légendes le plus lu au monde : la Bible.

La critique Nelfesque: Winshluss, c'est l'auteur de l'excellent "Pinocchio" primé à Angoulême en 2009. Fin 2013, il sort un nouveau recueil BDesque, "In God We Trust", également présent à Angoulême. Il n'a pas reçu de prix pour cet ouvrage cette année mais une chose est sûre, ça envoie du pâté!

Winshluss continue son exploration des contes, légendes et récits oniriques et s'attaque cette fois ci à un best seller catholique: la Bible. Retroussez vos manches avant de tourner la première page car l'auteur ne fait pas dans la dentelle et propose une vision provocatrice et humoristique des Saintes Ecritures.

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(cliquez sur les planches pour voir en plus grand)

Ancien et Nouveau Testaments sont ici dépeints avec un oeil sarcastique. Adam et Eve jouant au badminton dans le jardin d'Eden, Dieu créant la Terre en bleu de travail, le serpent réalisant des films porno amateur qu'il revend par la suite aux petits lapins du jardin... Il m'est avis que Winshluss n'est pas à ranger dans la famille des catho fervents. Anti-clérical et parfois jusqueboutiste dans sa vision de la Bible, le lecteur rit à la vue de certains visuels et situations comiques. En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher d'être limite choquée par d'autres gags assez courus, faciles et trop irrespectueux à mon goût. Dans ce cas là, je suis vite passée à la planche suivante et dans l'ensemble je dois avouer que, ces petites touches de punk gratuites mises à part, j'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir cet ouvrage.

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Dans "In God We Trust", Dieu est un bon alcoolique, séducteur à 2€, ayant pour fils un looser rêvant de gloire. Ca commence bien! Winshluss adapte alors son dessin suivant les situations et propose à ses lecteurs différents supports et techniques tels que la publicité détournée, la gravure, les épures, le comics, l'aquarelle... Ainsi pas de risque d'ennui, la surprise étant totale à chaque page. Et pour le dessin, c'est indéniable, Winshluss a un grand talent. Sous son crayon tous y passent: Gabriel, secrétaire de Dieu, cyclope omnicient et omnipotent, Marie amoureuse gnangnan, Saint Pierre physionomiste à l'entrée du Paradis et plus surprenant ... Superman! (et oui!)

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Découpé en chapitres, cet ouvrage revient sur les moments clés de la Génèse, le sacrifice d'Abraham, les 10 Commandements, le Saint Esprit, la Résurrection, le Jugement Dernier... Oui il faut s'y connaitre un peu pour apprécier toutes les subtilités de cette vision décalée. Mais à côté de cela, Winshluss s'attaque aussi aux grandes fumisteries et aux scandales de l'Eglise Catholique et des groupuscules qui surfent sur la tendance bénite. Prêtres pédophiles (facile...), témoins de Jéhova, "Dieu est ton ami même sur Facebook", abstinence, créationnisme vs théorie de l'évolution...

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On passe un bon moment de détente neurones avec "In God We Trust". J'ai mis parfois un mouchoir sur mes convictions religieuses et mon éducation catholique pour apprécier à sa juste valeur cet ouvrage où humour et talent se cotoient. Certains grinceront des dents, d'autres taperont dans le dos de Winshluss pour dessiner tout haut ce qu'ils pensent tout bas. Reste une bande dessinée punk d'un athée vénère au talent impertinent évident. A découvrir!

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dimanche 13 avril 2014

"Nymphomaniac - Partie 2" de Lars von Trier

Nymphomaniac-Volume-2-afficheL'histoire: Seconde partie du film de Lars von Trier, retraçant le parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, raconté par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.

La critique Nelfesque: Souvenez-vous, début janvier, nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" au cinéma de notre ville et ce dernier nous a fait la bonne blague de ne pas diffuser la suite la semaine suivante comme ce fut le cas dans tous les autres cinémas proposant ce film à la programmation... Passé l'énervement, la joie. Avec 3 mois de retard, "Nymphomaniac - Partie 2" est à l'affiche et nous, tout naturellement, nous sommes dans la salle!

Comme je l'avais souligné lors de la rédaction de mon avis sur la première partie, il est difficile de scinder en deux une oeuvre et d'en faire deux critiques distinctes puisqu'à la base c'est un seul et même film... L'idéal aurait voulu que l'on vous écrive un billet sur l'intégralité de cette production (c'est d'ailleurs ce que nous avions prévu de faire à la base) mais bon, en 3 mois, on en oublie des choses donc nous avions préféré faire un billet pour chaque partie. Oui, je râle encore là dessus, c'est la dernière fois, promis, après j'arrête.

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Nous retrouvons le personnage de Charlotte Gainsbourg là où nous l'avions laissé, dans la chambre de Seligman, à lui raconter la suite de ses péripéties sexuelles. Cette seconde partie a été interdite en salle aux spectateurs de moins de 18 ans et bizarrement je l'ai trouvé plus soft que la première, moins dérangeante. Alors certes, on voit bien deux bites (désolée j'appelle un chat, un chat) en gros plan dans ce qui se présente comme une future partie à 3 mais dans l'idée je maintiens, le volume 1 est bien plus pervers. Sans doute parce qu'ici Joe est plus âgée, plus actrice dans sa vie sexuelle, moins tatonnante, plus mûre, bien qu'elle continue d'explorer le côté obscur des parties de jambes en l'air.

Joe ayant trouvé l'amour mais ayant perdu le plaisir, elle sombre peu à peu dans une escalade de souffrances physiques dans sa quête du Graal: son orgasme perdu. Sans trop en dévoiler, elle va tenter le sado-masochisme, le triolisme, la masturbation jusqu'à la blessure... La chair était déjà triste dans la première partie, là, elle est limite pathétique. On souffre pour cette pauvre femme qui n'arrive pas à vivre sa sexualité de manière épanouie, sans cesse dans l'expérimentation et l'obsession sans plaisir.

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Allant jusqu'à délaisser ses proches, le désir de ressentir sa petit mort étant plus fort, elle va être de plus en plus seule. Au passage, Lars Von Trier fait ici un excellent clin d'oeil à un de ses précédents films, "Antichrist" (si je vous dis fenêtre + nuit + scène d'amour ça vous dit quelque chose?). Sa solitude, elle la comble peu à peu avec Seligman qui se rapprocherait le plus de ce que pourrait être un ami dans la vie morne de Joe. Ensemble il continue d'explorer les tréfonds de sa vie et s'en suivent de délectables discussions argumentées entre eux deux. Exemples, contre-exemples, métaphores, références intellectuelles, tout y passe. Cela plait ou pas aux spectateurs qui pour certains trouveront ces scènes cérébrales masturbatoires (ça tombe bien, on reste dans le thème) mais personnellement j'ai trouvé qu'encore une fois avec ce film, Lars Von Trier nous enrichit intellectuellement. On ne ressort pas indemne d'une projection d'une de ses oeuvres.

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Lars Von Trier est un réalisateur que l'on adore ou que l'on déteste. J'ai du mal à concevoir que l'on puisse être "entre deux" avec ses films. Ici sans doute encore plus qu'ailleurs, il séduit ou ennuie. Vous avez d'ors et déjà compris que je me situe dans la première catégorie. J'ai déjà hâte de découvrir son prochain film tant cet homme là a une place bien à part dans le paysage cinématographique.

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La critique de Mr K: 5/6. Aaaaah depuis le temps qu'on l'attendait cette fameuse deuxième partie! Il était temps! Mais chose promise, chose due; notre cinéma a finalement décidé de programmer pendant une semaine la suite du film sulfureux de Lars Von Trier mettant en scène le personnage de Joe interprétée majoritairement cette fois-ci par une Charlotte Gainsbourg une fois de plus au sommet de son art.

On retrouve notre héroïne au moment exact où on l'a laissé à la fin du chapitre 1. Après avoir écumé nombre de lieux de perdition et avoir bu le calice jusqu'à la lie, elle n'est plus capable de ressentir le moindre plaisir! Commence alors une longue quête intérieure qui clairement s'apparente ici à une descente aux Enfers. Sa relation avec Jérôme ne peut alors que se dégrader et Joe va multiplier les expériences malheureuses. Elle croisera notamment sur sa route un coach d'un genre très spécial (Jamie Bell), des harders black adeptes de la parlotte (moment hilarant), une jeune femme fragile qu'elle va prendre sous son aile... autant de personnages qui vont croiser la route de Joe et changer sa trajectoire. Plus le métrage avance, plus on semble plonger plus loin dans les désordres émotionnels et relationnels de Joe. La fin ne peut qu'être bien sombre...

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Dans ce deuxième volume, les qualités sont toujours les mêmes mais ça n'a rien de surprenant quand on sait que Von Trier proposait avec Nymphomaniac une œuvre unique. La technique est toujours perfectionniste, entre cadrage caméra à l'épaule et plans plus travaillés avec des ambiances bien plantées où le climax se fait prenant et marquant. On a beaucoup glosé sur les scènes mettant en image les rapports sexuels assez violents que s'inflige l'héroïne. Certes c'est crû mais je défie toute personne normalement constituée d'y trouver une quelconque excitation ou désir car au contraire, tout cela est ici bien triste et dérisoire. Il y a le sexe comme révélateur mais Joe est une femme perdue, errant de personne en personne sans réellement trouvé la clef de son épanouissement. Il en ressort une figure solitaire, mélancolique qui glace le sang du spectateur et qui moi, m'a pris à la gorge.

Les acteurs sont toujours aussi bien dirigés et livrent une galerie de personnages hauts en couleur. Willem Dafoe en impose toujours autant entre force et finesse, le tout relevé d'une once de machiavélisme. Jamie Bell (ex Billy Elliot!) est remarquable de justesse comme dit précédemment et de manière générale, malgré une histoire vraiment déroutante et peu commune, on y croit tant Von Trier dissèque littéralement ses personnages pour mieux nous les jeter en pâture par la suite. On navigue constamment entre curiosité, trouble et faux semblant. Difficile en effet de pouvoir s'identifier à quiconque tant les âmes ici présentées sont tortueuses et ravagées par la vie.

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Au final, même si je lui ai préféré d'autres films du même auteur comme Dancer in the dark, Antichrist ou encore Melancholia, j'ai trouvé cette expérience cinématographique novatrice, entière, sans concession et d'une beauté à couper le souffle. Sûr qu'il ne plaira pas à tout le monde, le poids des tabous est ce qu'il est, mais c'était un plaisir sans borne d'aller voir un Von Trier qui pour moi est un réalisateur décidément bien à part.

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vendredi 11 avril 2014

"Au carrefour des étoiles" de Clifford D. Simak

au_carrefour_des_etoilesL'histoire: Étrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsin.
Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plusieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éternité semble-t-il. Or, c'est par cette maison – cette station – que transitent les voyageurs de l'Espace: les Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...
Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis – agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng – enquête et tourne autour de la ferme...

La critique de Mr K: Petite incursion en science fiction aujourd'hui avec un nouveau roman de Clifford D. Simak, grand nom du genre, à qui l'on doit notamment le remarquable Demain, les chiens. Cet ouvrage a attiré mon œil chez l'abbé par sa quatrième de couverture intrigante et une couverture étrange et délirante signée une fois de plus Caza, grand dessinateur qu'on ne présente plus et qui a laissé nombre de dessins talentueux dans ma bibliothèque chérie!

L'auteur nous invite ici à suivre un étrange destin. Il s'agit d'Enoch Wallace, un ancien combattant de la première guerre mondiale, revenu écœuré de cette dernière et qui par un mystérieux hasard s'est vu confier une drôle de tâche par des extra-terrestres: celle de gardien d'une station de voyage un peu particulière. À l'intérieur de ce qui ressemble à s'y méprendre à une demeure victorienne classique, se cache une espèce de gare intersidérale par laquelle transite des voyageurs venant des quatre coins de l'univers. Cet homme ordinaire aime ce qu'il fait et profite d'un avantage certain: tant qu'il reste dans sa maison (transformée complètement à l'intérieur), il vieillit très lentement, il a donc plus d'une centaine d'années lorsque commence ce récit. Bien évidemment tout cela commence à interroger les autorités qui envoient sur place un enquêteur qui rode de plus en plus près et fouine. La menace guette et il est des choses qu'on ne peut dévoiler aux yeux de la Terre entière...

On s'attache immédiatement à cet homme que le sort a placé sur le chemin d'Ulysse, agent inter-galactique chargé de créer le réseau de transport et de sa maintenance. Cet extra-terrestre haut en couleur (voir le dessin de couverture) est amateur de bons mots et de café, une boisson des plus délicieuse selon lui, parmi les meilleures du cosmos. Régulièrement, il rend visite à ce qu'il convient d'appeler un ami. Leurs discussions sont variées mais peu à peu la menace qui pèse sur le secret de l'existence de la station rajoute de la tension. Surtout que l'inspecteur venu de Washington se rapproche dangereusement de la vérité. Enoch Wallace lui est un homme simple, épris de liberté et de justice. Pacifique, rêveur (belles descriptions de promenades en forêt à l'appui), il est le reflet fidèle de l'auteur lui-même! J'ai aussi aimé le personnage de Lucy, jeune sourde et muette qu'il rencontre régulièrement lors de ses errances à l'extérieur. Elle est la douceur et la poésie incarnée, l'innocence bafouée par une famille qui ne la comprend pas et la maltraite. Un sort tout particulier l'attend qui changera sa vie à jamais!

Décidément, cett auteur est très talentueux: une fois de plus, il m'a transporté et m'a fourni un plaisir de lecture délectable à souhait et réflectif. Derrière cette histoire de SF basique et sans prétention, on peut y percevoir un plaidoyer puissant et humble contre la guerre et les conflits de tout genre. Réflexion sur le genre humain, c'est aussi une ode à la nature, un thème qui est d'ailleurs très cher aux yeux de Simac et qui revient régulièrement dans ses œuvres. Certains diront qu'on baigne dans une certaine niaiserie ambiante, moi j'y vois plus une pensée utopique qui fait du bien dans ces temps troublés. L'écriture est toujours aussi limpide et accessible. Simac ne tombe ni dans la facilité ni dans l'ésotérique, son langage est celui de tous pour tous, réussissant le tour de force d'aborder des thèmes universels et philosophiques tout en les mettant à la portée de n'importe qui. C'est beau et puissant. Bref, c'est à lire!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Demain les chiens
- L'empire des esprits
- Mastodonia

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mardi 8 avril 2014

"Sacrés Français: Un Américain nous regarde" de Tod Stanger

sacrésfrancaisL'histoire: Depuis la guerre en Irak, entre Français et Américains, c'est la grande brouille. Ce n'est pas la première et sans doute pas la dernière fâcherie. Et voilà qu'un Américain qui a choisi de vivre à Paris décide de nous dire ce qu'il pense de la France. En Huron de l'Ohio, Ted Stanger s'est penché sur nos habitudes, nos modes de vie et de pensée. Loin de répondre à un anti-américanisme ambiant qui ne l'épargne pas, il tente de nous aider à comprendre ce grand malentendu qui fait des Français et des Américains des alliés-ennemis.
Imaginez sa stupéfaction face aux 35 heures, dans un pays où les restaurants et les pharmacies sont toujours fermés quand on en a besoin. Du règne de la bagnole à notre frilosité devant ce XXIème siècle qui s'ouvre, rien ne lui a échappé. Truffé d'anecdotes, impertinent et drôle, sans complaisance et volontiers polémique.

La critique de Mr K: Voila un volume qui m'attendait depuis plus de deux ans dans ma PAL. A chaque fois que mon regard se portait sur lui, je me disais que je le lirai après deux / trois autres lectures et le temps passe et tout lasse, tout casse... Trêve de plaisanterie me disais-je en composant mon bagage littéraire de vacances, quoi de mieux que le Périgord, département à haute valeur ajoutée en terme de culture française, pour lire un tel livre? Quelques heures de lecture ont suffi, voici mon avis...

Je vous le dis tout de go, je suis très partagé. Je n'ai vraiment rien contre l'idée de lire un livre sur mon pays à travers le témoignage d'un étranger, j'ai pendant très longtemps été abonné au remarquable journal Courrier International. Cependant, Ted Stanger n'évite pas l'écueil du parti pris non étayé dans la deuxième partie de l'essai notamment tout ce qui concerne la culture française. Il faut dire aussi qu'il a surtout vécu à Paris dans le milieu bobo, prout prout et qu'il semble être passé à côté de pas mal de choses...

Ted Stager a été pendant plus de dix ans reporter en France pour le magazine Newsweek, si vous vous en rappelez on le voyait d'ailleurs assez souvent sur les plateaux de télévision (JT essentiellement) pour donner son point de vue notamment lors de la crise irakienne. Dans ce livre, il dissèque la France et l'esprit français à travers divers chapitres comme la politique, les relations internationales, le sport, la culture... autant de thèmes intéressants qu'il agrémente avec quelques anecdotes croustillantes et des raisonnements mettant en parallèle notre vision des choses et celle des américains. Il en ressort que malgré un certain désamour (qui s'est calmé depuis 10 ans, le livre date de 2003) beaucoup de points nous rapprochent et qu'à compter les points de part et d'autre, personne ne gagne.

Cela donne lieu à des portraits au vitriol de notre façon de conduire (portrait hilarant des serial-killers en puissance que nous sommes derrière nos volants, je plaide coupable là-dessus), de notre attitude parfois hautaine, de notre goût pour le secret, de la servilité de nos journalistes face aux politiques, de notre goût pour le débat même quand il n'y a pas de fond, de l'importance énorme que prend l'art de bien vivre dans notre journée (les passages sur la gastronomie française sont aussi très réussis)... Le style est simple et incisif, l'auteur a d'ailleurs écrit directement le livre en français.

Cependant, en bon français râleur que je suis, je ne peux que rouspéter quand je lis que depuis les années 50 la littérature française n'a pas livré de bons romans (le nouveau roman l'aurait tué soit disant...), que le cinéma doit se contenter d'être un divertissement tout public, que la philosophie finalement ne sert pas à grand chose et qu'il faut aller directement au cœur des problèmes... Bref, Ted Stanger chausse alors de bon gros sabots de texans, étrange pour quelqu'un qui n'a fait que fréquenter les beaux quartiers de Paris (voir l'école que fréquente son fils et les personnes avec qui il traîne et qui sont tout sauf des citoyens lambda).

Au final, ce livre s'est avéré plaisant mais dispensable tant en voulant en faire trop, l'auteur se prend les pieds dans le tapis et livre un ouvrage certes drôle, décapant et parfois éclairant mais aussi caricatural et mensonger par moment. C'est vraiment dommage que des éléments viennent ternir une entreprise qui au départ m'avait séduit au plus haut point!

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dimanche 6 avril 2014

"Et puis, Paulette..." de Barbara Constantine

pauletteL'histoire: Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et cela ne le rend pas particulièrement heureux. Un jour, après un violent orage, il propose l'hospitalité à sa voisine dont le toit de la maison a été détruit pendant la tempête. De fil en aiguille, la ferme se remplit: un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...

La critique Nelfesque: J'ai beaucoup de tendresse pour les personnes âgées. Des souvenirs d'enfance, entourée de ma grand-mère, arrière grand-mère et arrières tantes remontent souvent à la surface. Alors quoi de mieux d'un roman tel que "Et puis, Paulette..." pour retrouver ces doux moments en lecture et tout ça au meilleur endroit qui soit: en vacances chez mémée!

Barbara Constantine est une auteure que j'aime beaucoup. Avec des mots simples, des situations de la vie de tous les jours, elle arrive à livrer une émotion profonde à ses lecteurs. La simplicité et la douceur de vivre, on les retrouve dans ce roman ci. Très vite, on s'attache à Ferdinand et à sa petite communauté peu commune qui se constitue petit à petit. Le genre d'initiative qui serait bien utile dans la vraie vie pour combler la solitude et continuer à vivre dans la joie et ce même après un certain âge. Trop de nos "petits vieux" vivent seuls, aigris, sans lien avec l'extérieur... "Et puis, Paulette" redonne foi en un avenir meilleur pour nos anciens et nous même dans quelques années.

Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres, avec leurs manies, leurs folies mais aussi leurs fêlures. Les soeurs Lumière, deux "presque soeurs" (l'une est la belle soeur de l'autre), de plus de 80 ans ont passé toute leur vie ensemble et m'ont particulièrement touchées. J'aurai voulu les prendre dans mes bras et leur dire que tout allait bien se passer, mamies... Mais c'est Barbara Constantine qui l'a fait à ma place en les faisant intégrer la ferme du bonheur. Un endroit où solidarité et prévenance animent les coeurs.

Vaincre la solitude en se regroupant c'est bien mais ça engendre des situations cocasses qui ne laisseront pas le lecteur de marbre. Avec 2, 3, voir 5 petits vieux dans une même maison, la logistique doit suivre! C'est 5 fois plus de médicaments à distribuer dans les semainiers, des comptes à entreprendre pour se répartir les charges, des tableaux à compléter pour les tâches ménagères... et de bonnes tranches de rigolade!

Mais, ne vous y méprenez pas, Barbara Constantine n'a pas fait de son oeuvre un roman culcul où tout le monde est beau et gentil, tout le monde s'aime, bisounours et compagnie. Il est aussi question de la vieillesse, de la maladie, de la mort et de souffrances psychologiques telles que l'absence, la tristesse et la solitude. Tant de sujets inévitables quand la vie est plus longue lorsque l'on regarde en arrière. On rit certes mais au détour d'une page la larme peut faire son apparition. Comment continuer de vivre lorsque l'être aimé s'en est allé? Comment ne pas être nostalgique des moments passés avec ses petits-enfants quand on les voit trop peu souvent à son goût? Mais que voulez-vous ma bonne dame, c'est comme ça, les jeunes, ils ont leur vie aussi...

Je vous conseille la lecture de ce roman qui se lit très rapidement et qui laisse au lecteur un sentiment doux-amer une fois terminé. Le sentiment d'avoir passer un moment hors du temps où la douceur de vivre et la simplicité prévalent sur la frénésie et l'égoïsme de notre époque mais aussi une indéniable nostalgie d'un temps révolu qui noue la gorge. Longue vie à nos mamies à blouse!

Et puis, Paulette... Je vous laisse la découvrir...

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Allumer le chat"
- "A Mélie, sans mélo"

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jeudi 3 avril 2014

"L'Amant" de Marguerite Duras

lamantL'histoire: "Très vite dans ma vie il a été trop tard."

La critique de Mr K: Voici un roman qui est une très récente acquisition. Trouvé par hasard dans un vide grenier près de chez nous, juste avant notre départ pour le sud-ouest, je l'ai glissé dans mes bagages en me disant que peut-être, si le cœur m'en disait, je pourrais le lire vu toutes les passions qu'il a pu déchaîner à sa sortie et ma haute opinion de l'adaptation qu'en a fait Jean Jacques Annaud. J'en ai lu la première page et je fus instantanément conquis par le style de Duras. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour en venir à bout!

Il s'agit d'un roman autobiographique, il faut donc entendre par là que Marguerite Duras s'est inspiré de ses souvenirs et qu'elle a brodé autour, tour à tour magnifié ou déprécié on retrouve des moments clefs de son adolescence car ici, il s'agit avant tout d'un focus approfondi sur la jeunesses de Duras en Asie du sud-est quand elle était petite durant l'entre-deux-guerre. Sa mère institutrice, ses deux frères et elle se démènent tant bien que mal dans ce qui était à l'époque une colonie française en Indochine. Une rencontre sur le bac de la rivière locale va l'initier à l'amour charnel et au désir, la forcer à prendre de la maturité et va bouleverser sa vie. Au passage, Duras égratigne sa famille et semble régler ses comptes avec un frère aîné à la fois tyrannique et déviant dans son comportement (menteur et voleur au sein du foyer familial et même ensuite).

Ce livre est remarquable a bien des points de vue. On ne peut dépeindre le style Duras sans en rendre la beauté et l'incroyable finesse. Se jouant de la syntaxe classique, du point de vue de narration (elle en change tout le temps et sans prévenir), la poésie est présente dans chaque phrase, dans chaque tournure, description et même dialogue. On nage dans l'esprit de l'écrivaine vieillissante qui revient sur une partie de sa vie marquante et plus généralement sur les dysfonctionnements de sa famille. On ne se cantonne donc pas à une histoire d'amour physique et sans issue (sacré Gainsbourg!) mais bel et bien à l'analyse d'une famille type de l'époque. Ainsi la mère déçue par la scolarité ratée (du moins le pense-t-elle) de ses deux garçons a de grandes ambitions pour sa fille et l'inscrit dans une pension, pour ensuite pouvoir l'envoyer dans l'équivalent de maths sup. Très vite cependant, la jeune fille lui fait part de son désir grandissant d'écrire, de livrer des histoires. Les heurts sont assez rock and roll au départ mais le caractère têtu de l'héroïne finira par briser la volonté maternelle qui n'a d'yeux finalement que pour l'aîné qui enchaîne déboires et malversations (il joue beaucoup et perd encore plus!). Tout cela donne lieu à de nombreuses réflexions de l'auteur qui revient pendant plus de la moitié du livre sur ses rapports si particuliers qui ont constitué son quotidien de jeune fille.

La relation qui s'instaure avec le jeune héritier chinois fait donc écho avec cette vie familiale mouvementée. On parle encore de race et c'est une étrange fascination l'un pour l'autre qui nous est décrit. Il a beau avoir 15 ans de plus qu'elle, c'est lui qui semble le plus fragile, le plus dépendant de l'autre. Il m'a bouleversé par sa sincérité et son amour infini pour cette jeune fille assez immature et inconsciemment cruelle. Leurs rencontres et leurs ébats donnent lieu à de très belles pages de littérature, peut-être même parmi les plus belles dans le genre tant il en émane de la pureté, de la cruauté et finalement une finesse à vous couper le souffle. Le côté éphémère de l'affaire rajoute une touche d'urgence et de passionnel développant l'émoi du lecteur qui ne peut s'échapper, prisonnier d'un style enchanteur et d'une histoire d'amour profonde et pourtant différente à la fois.

Au final, on peut dire que ce livre est un authentique chef d’œuvre où l'onirisme côtoie le réalisme le plus cru et parfois le plus dur (rapports frères – sœurs, l'amant chinois et sa famille). L'Amant propose aussi une très belle vision d'une époque désormais révolue sans jamais sacrifier à la psychologie des personnages pour lesquels on ne peut que s'attacher. J'ai été conquis, cueilli et estomaqué par cette lecture d'un autre temps à la dimension intemporelle cependant. Le serez-vous à votre tour?

Posté par Mr K à 21:22 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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