Cafards at home

jeudi 28 août 2014

La PAL grandit !

achats

Petites PAL deviendront grandes. Et puis si elles le sont déjà, et bien elles le seront encore plus ! On va pas s'embêter avec ça quand même. Comme dirait mémé : "Quand y a de la gêne, y a pas de plaisir". Voilà un problème de moins ^^

Hier après-midi, nous nous sommes dirigés vers notre Emmaüs chéri. Nous savions que c'était mauvais signe pour nos PAL. Nous n'y allions pas pour cela à la base mais allez résister à une telle tentation !

PAL +2 pour moi. + 11 pour Mr K (ah ah aucune volonté !)

En détail pour moi :

Bouquins cc

- "Au commencement était la vie" de Joyce Carol Oates : parce que j'ai vraiment beaucoup aimé Délicieuses pourritures du même auteur.
- "Disgrâce" de J.M. Coetzee : parce que j'ai craqué sur la couverture (et puis c'est un Prix Nobel de littérature).

Et pour Mr K :

Bouquins jj

- "L'arrière-monde" de Pierre Gripari : un livre qui m'intrigue beaucoup pour un auteur que j'adorais étant enfant avec ses recueils de contes (Ah, l'inénarrable sorcière du placard à balai !). Ici, on change du tout au tout avec des nouvelles qui ont l'air bien barrées... wait and see !
- "Le pêcheur" de Clifford D. Simak : un livre d'un de mes auteurs préférés de SF ça ne se refuse pas ! Il est question dans ce volume d'exploration mentale de l'espace et de possession par un esprit alien... Tout un programme !
- "Apparition" et "Le trône de satan" de Graham Masterton : histoire de conjurer la mauvaise impression que cet auteur m'avait laissé lors de ma dernière lecture, je tombais deux fois dans le piège de quatrième de couvertures séduisantes où il est question de diable et de maison hantée. À moi, les nuits agitées !
- "L'aube incertaine" de Roland C. Wagner : disparu trop tôt, ce fer de lance de la SF française méritait bien que j'adopte ce petit volume qui m'a l'air des plus sympathiques entre roman policier, SF et saillies humoristiques.

Bouquins jj 2

- "Pour adultes seulement" de Philip Le Roy : l'occasion fait le larron et j'avais adoré "Le Dernier testament" du même auteur. Ici il est question de flics ripoux et le roman semble prendre la forme d'un road movie déjanté. Ça promet !
- "Séquestrée" de Chevy Stevens : une victime d'un serial killer s'échappe après 12 ans de séquestration pour autant elle n'en a pas fini avec lui. Recommandé par Lisa Gardner que j'affectionne, je me suis laissé tenter. Il s'agit d'un coup de poker.
- "Le murmure des loups" de Serge Brussolo : parce qu'un Brussolo ça ne se refuse pas et qu'en plus, je n'en avais plus dans ma PAL !
- "Bande originale" de Rob Sheffield : une histoire d'amour vu à travers le prisme du rock and roll. Très alléchant comme pitch, je ne pouvais pas passer à côté !

Bouquins jj 3

- "Le racisme expliqué à ma fille" de Tahar Ben Jelloun : je n'en avais lu que des extrait jusqu'alors, il était temps de réparer ce tort. Surtout que cela semble plus que nécessaire par les temps qui courent...
- "L'autre monde" de Michal Ajvaz : une grosse curiosité m'a poussé à acquérir ce livre qui apparaît comme un ovni. Le narrateur fait de constants aller retour entre le présent et un passé fantasmé. Ce sera un saut dans l'inconnu que cette lecture !
- "Pas nette la planète !" de Plantu : un recueil de plus dans ma collection, celui-ci est beaucoup plus vieux que mes précédents achats, il date de 1984 ! Cela promet un beau voyage dans le temps !

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Et bien je crois qu'il va falloir qu'on s'y mette maintenant ! Bonnes lectures à tous !


mardi 26 août 2014

"La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon" de Christin et Puchulu

couv bdL'histoire: Une histoire aux multiples facettes, comme ces diamants volés par la jeune héroïne.

La critique de Mr K: Ma collection BD scénarisée par Christin s'agrandit avec ce nouveau volume de la collection Portraits souvenirs des éditions Dargaud, La jeune copte, le diamantaire et son boustrophédon. Comme à chaque fois, il s'agit de dresser le portrait d'un quidam lambda pour éclairer une partie du passé, une histoire se mêlant à l'Histoire entre récit palpitant et immersion dans une période donnée. Place aujourd'hui à Briska et à un coup de projecteur sur l'immédiat après guerre au Moyen-Orient.

Tout commence par une fuite et un grand saut dans l'inconnu. Briska, une jeune copte bourgeoise, s'enfuit de la demeure familiale avec son amant musulman étudiant pauvre pour échapper aux préjugés et aux tabous. Elle emporte avec elle des diamants familiaux à l'origine obscure pour assurer leur avenir. Ils embarquent sur un paquebot où ils vont faire la connaissance de monsieur Shapira, un diamantaire juif qui va les aider à écouler les bijoux. Commence alors la mise en place d'un plan dans toutes ses ramifications. Ils ressortiront à jamais changés et la deuxième partie de la BD est consacrée à leurs engagements politiques respectifs.

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Comme toujours, on peut faire confiance à Christin pour nous livrer un récit dense et documenté. La caractérisation des personnages (même les plus secondaires) est remarquable, en quelques planches, quelques dialogues et autres textes, on saisit de suite leur situation et leurs aspirations. L'ensemble se complexifie par la suite avec une dimension plus engagée et politique de bon aloi qui fait sortir cette œuvre de la simple histoire de couple en fuite. J'ai eu un véritable coup de cœur pour Briska, héroïne au charme certain, à l'esprit vagabond et aventureux. Peu à peu, ce voyage va forger ses idées et ses combats à venir. Loin d'être lisse, sa part d'ombre est toujours envisagée par le lecteur tout au long de la lecture et donne à ce personnage une saveur toute particulière. Elle symbolise à elle seule la jeunesse avide de changement. Monsieur Shapira à l'inverse représente l'ancien monde, il porte sur ses épaules le poids d'une longue lignée juive qui a subi de terribles souffrances durant la Seconde mondiale. Il est donc question avec lui de la création de l'État d'Israël mais une création qui ne doit pas se faire à n'importe quel prix selon lui. Loin d'écarter d'un revers de main les populations arabes, il rêve d'un État binational où chacun vivrait en paix. Douce utopie qui ne se réalisera jamais.

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La reconstitution historique est une fois de plus sérieuse et réussie. Les décors, les moyens de transports, les idéologies en vogue sont admirablement retranscrits. Le dessin concis et fin de Puchulu s'avère un miroir fidèle et brillant au scénario échevelé qui nous est servi. La fuite du couple amoureux, les tensions ethniques et religieuses, la realpolitik, les enjeux internationaux... autant d'aspects différents intervenant dans ce récit qui sont magnifiés par les deux auteurs pour nous proposer une BD à la fois séduisante esthétiquement et exigeante en terme de réflexion. Accessible et pédagogique, elle permet de lever les oublis qui planent sur cette période charnière dans l'Histoire de toute une région (Égypte et ses voisins).

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Ce fut donc un petit bonheur de plus, à ranger aux côtés des autres pièces de ma collection. Une belle lecture que je vous encourage à entreprendre pour tout amateur de récits haletants et de petits focus historiques.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel
- La Demoiselle de la Légion d'Honneur

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dimanche 24 août 2014

"Mister Babadook" de Jennifer Kent

mister babadook afficheL'histoire: Depuis la mort brutale de son mari, Amelia lutte pour ramener à la raison son fils de 6 ans, Samuel, devenu complètement incontrôlable et qu'elle n'arrive pas à aimer. Quand un livre de contes intitulé 'Mister Babadook' se retrouve mystérieusement dans leur maison, Samuel est convaincu que le 'Babadook' est la créature qui hante ses cauchemars. Ses visions prennent alors une tournure démesurée, il devient de plus en plus imprévisible et violent. Amelia commence peu à peu à sentir une présence malveillante autour d’elle et réalise que les avertissements de Samuel ne sont peut-être pas que des hallucinations...

La critique Nelfesque: Nous avions repéré la sortie de "Mister Babadook" depuis quelques temps et nous avions hâte de le découvrir au cinéma. Un bon moment de ciné en perspective mais c'était sans compter l'ambiance de la salle, affreuse, l'une des pires qu'il m'ait été donné de supporter depuis "The Children". N'y allons pas par 4 chemins, les grognasses présentes ce soir là dans la salle et qui auraient mieux fait de mater le film chez elle, m'ont gâchée le plaisir. Et vas y que je te commente le film à voix haute (ah non pardon, en beuglant), et vas y que je sors mon portable pour textoter, et vas y que je me crois chez moi ! Bon je vais essayer de faire abstraction de tout cela pour vous parler de ce sympathique Babadook mais là j'ai comme des envies de meurtres...

On respire...

Un deuxième visionnage du film se fera à sa sortie en DVD car je pense que n'étant pas dans des conditions optimales de détente, je suis en partie passée à côté de ce long métrage. Pendant la première moitié du film, j'ai baillé, j'ai regardé ma montre, je n'étais pas vraiment là et je trouvais le rythme du film affreusement long. Pour autant je ne peux nier que ce film a du potentiel et en y repensant maintenant, je lui trouve bien moins de défauts qu'à la sortie de la salle, toute énervée que j'étais.

mister babadook

Les qualités visuelles de "Mister Babadook" sont indéniables, la photographie est de toute beauté, le choix des décors et des costumes est judicieux dans un camaïeu de gris donnant une ambiance froide et dénuée de vie à l'ensemble de l'oeuvre. Le spectateur est immergé dans un climax de tristesse, à l'image de celle que vit le personnage d'Amelia depuis la mort de son mari. Tout est ici fait pour sentir la détresse psychologique de cette mère de famille. Rajoutez lui un gamin affreux qui passe ses journées à hurler et à avoir des idées sombres et vous plaignez vraiment cette pauvre femme. Au passage, le jeune Noah Wiseman qui joue le rôle de Samuel est à suivre. On a envie de lui mettre des grosses claques au début puis son jeu s'affine pour montrer tout un panel de sentiments tout le long du film. Idem pour Essie Davis qui en sombrant dans la folie nous ravit avec des dialogues cultes. Transmettre des émotions au spectateur, n'est ce pas là la vertu première d'un bon acteur ?

mister babadook 2

En allant voir "Mister Babadook", je m'attendais à un film d'horreur pur. Le genre de film qui fait sursauter, avoir des sueurs froides et cauchemarder en jouant sur nos peurs enfantines. Raté pour le coup et je dois dire que ma première réaction a été d'être déçue. Je n'ai pas sursauté, je n'ai pas eu peur et je n'ai encore moins cauchemardé. "Mister Babadook" n'est pas à proprement parlé un film d'horreur. Certes, il met le doigt sur une terreur de gosses, le monstre caché sous le lit, mais ceci n'est que prétexte à matérialiser le deuil d'Amelia. Plus psychologique qu'horrifique, "Mister Babadook" bluffe par ses qualités évocatrices, son côté sensible que l'on descelle si l'on gratte un peu la surface et que l'on ne se contente pas seulement de voir ce film au premier degré.

Je vous conseille donc d'aller voir ce film au cinéma. Il n'est pas des plus novateurs mais, si vous aimez les films de genre, vous apprécierez le soin apporté aux détails et la qualité du jeu d'acteurs. Et puis c'est le premier film de Jennifer Kent et ça annonce du bon pour la suite !

mister babadook 3

La critique de Mr K: 5/6, un film malin et très réussi que ce Mister Babadook! Malgré des conditions de visionnage assez catastrophiques à cause de quiches bavardes et irrespectueuses des autres spectateurs (et je reste poli là!), ce métrage sort du lot par sa beauté mortifère et sa symbolique très forte qui fonctionne à plein régime.

Une jeune veuve doit élever seul son fils qui s'avère être un gamin perturbé et pénible. Hyperactif, il lui mène la vie dure. Incapable de se remettre de la mort de son mari, trop permissive et protectrice envers son engeance, elle se laisse dévorer par une existence morne et désespérante. Bref, ça ne respire pas la joie de vivre cette affaire! Tout va changer à partir du jour où elle va trouver un mystérieux livre mettant en scène un certain Mister Babadook, croquemitaine des plus inquiétants dont il est très difficile de se débarrasser! Face à la terreur qui domine son fils, la jeune femme va se transformer et devoir affronter ses propres démons. Ça va dépoter!

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Il s'agit du premier film de Jennifer Kent, jeune australienne plus que prometteuse après cette heure et demi de spectacle total d'une finesse remarquable. Film fantastique, il ne fait pas vraiment peur et verse finalement beaucoup plus dans le psychologique, rarement on aura été aussi juste dans la description du rêve, de la peur et de la folie (de grands moments dans ce domaine dans ce film, on pourrait presque les comparer aux passages mettant en scène Jack Nicholson dans Shining). Inventif en terme de cadrages et de plans (j'ai adoré les passages de couchés et de levés de lit entre cadre bancal et changements de lumière avec l'impression de ne plus savoir quand on se trouve en journée, la nuit...), d'une beauté sombre à couper le souffle (décors, personnages... tout est triste à l'image de l'état d'esprit du personnage principal), une musique insidieuse parfaite pour soulever les multiples moments de tensions parsemant le film, des effets spéciaux bien ficelés (le babadook est inquiétant juste comme il faut) et surtout une direction d'acteur impeccable qui témoigne d'un amour pour le cinéma qui explose à l'écran.

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Tous les acteurs sont excellents et on y croit de bout en bout, pas comme dans toutes ces productions fantastiques et horrifiques à la mode où on nous sert les mêmes personnages caricaturaux et sans âme. Essie Davis illumine le métrage par sa présence et son aura. Je l'avais déjà remarqué dans la série australienne La Gifle, passée sur Arte il y a déjà quelques temps. Elle campe avec une justesse incroyable cette mère endeuillée, dépassée par les événements et incapable de s'occuper correctement de son fils. Son rôle est vraiment incroyable et on se rend bien compte que Mister babadook en est aussi après elle. Le twist final bien que prévisible pour l'amateur du genre que je suis en surprendra plus d'un avec un message freudien des plus intéressants. Sans doute, la réalisatrice a mis ses propres peurs et névroses dans ce film tant toute cette entreprise est construite et maîtrisée.

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Un très très beau film à voir absolument, qu'il vaut bien mieux que la bande annonce officielle. Fin, beau et efficace, je le garderai longtemps en mémoire. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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samedi 23 août 2014

"La Belle de l'étoile" de Nadia Galy

la belle de l'étoileL'histoire: Après la mort de l'homme qu'elle aimait, une femme choisit de s'exiler à Saint-Pierre-et-Miquelon, île battue par les vents, espace sans frontières. Ce sera son refuge pour relire la correspondance de son amant, qu'elle se fait expédier de Paris, et y répondre, comme s'il était encore vivant.

La critique de Mr K: Découverte d'une nouvelle auteure aujourd'hui avec La Belle de l'étoile de Nadia Galy qui sort en cette période de rentrée littéraire. Saluée par la critique et les lecteurs pour ses deux premiers romans, cette architecte de formation (elle a participé notamment à l'édification de l'aéroport de Saint-Pierre-et-Miquelon où se déroule l'action du présent roman) s'attaque à la thématique difficile du deuil avec ce roman court de 231 pages. Avec ce genre de problématique c'est soit tout l'un, soit tout l'autre. L'ayant lu en un temps record, je ne peux que m'enthousiasmer devant un récit brillant et nuancé, baignant dans une atmosphère vraiment dépaysante.

L'héroïne suite au suicide de son amant, le départ de son fiancé et un séjour dans une clinique psychiatrique, décide de partir loin pour oublier et se reconstruire. Mais voilà, faire son deuil est quelque chose de lent, long et difficile. Au contact des habitants de Saint-Pierre, des éléments déchaînés et de la nature, elle va peu à peu évoluer, explorer ses souvenirs, dépoussiérer quelques cadavres familiaux et sortir de sa chrysalide de souffrance.

Ce roman se lit quasiment d'une traite tant j'ai été pris par le souffle intimiste et dramatique de cette histoire. Le deuil est remarquablement traité avec une psychologie explorée au scalpel et cela non dénué d'humour. On rit peu cependant car le drame est vivace et les pensée sombres mais le personnage (et donc l'auteure!) fait preuve d'un sens de l'autocritique et de l'autodérision parfois délectable. Pour autant la traversée est difficile et les paysages intimes qui nous sont livrés sont à vif. Par petites touches successives, on aperçoit une lueur d'espoir, une petite porte ouverte vers un futur possible, une échappée vers un avenir meilleur et apaisé. La langue simple, aérienne et parfois délurée nous permet d'accompagner cette femme avec un plaisir de tous les instants et une certaine légèreté plutôt étonnante à la vue du sujet traité.

Autour d'elle gravite une galerie de personnages qui vont à leur échelle l'aider à passer ce cap difficile de manière directe ou indirecte: le père pudique et discret, Fériel la figure maternelle manquante, Gloria une jeune paumée à la recherche d'affection, les collègues de travail... malgré le caractère solitaire et introspectif de l'héroïne, le rôle de ces personnages secondaires m'a paru essentiel dans l'évolution du personnage principal qui passe vraiment par tous les états.

Autre élément remarquable de ce roman, la gestion des décors et la vision que nous propose Nadia Galy de Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire français méconnu. Évocatrices en diable, ces pages nous transportent dans des paysages hivernaux rudes et sauvages qui font écho à la tristesse et la détresse de l'héroïne. Je ne me suis pas lassé de ces paragraphes traitant de l'arrivée de tempêtes hivernales, de la vie dans une bourgade enneigée et la rudesse d'un climat forçant le repli sur soi des communautés humaines. Vrai voyage vers un ailleurs pas si lointain, j'ai vraiment apprécié ce voyage près des terres septentrionales et je pense me repencher sur la question dans les mois à venir.

Au final, j'ai passé un très agréablement moment avec ce roman qui au départ pourrait faire penser à un énième journal dépressif de quelqu'un au bord du gouffre. Il n'en est rien tant le parcours intimiste est marqué de progrès sensibles, assénés par une langue vertueuse et engageante à souhait. Il serait dommage de passer à côté de cette belle expérience littéraire!

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vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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jeudi 21 août 2014

Motocultor Festival, Saint-Nolff (56), 15-08-14

moto affiche

Bon... je l'avoue, j'avais laissé le temps passé et je n'avais jamais posté mon report de l'édition 2013 du festival Motocultor, petit frère bien roots du Hellfest. Je me rattrape cette année avec une petite expérience partagée vendredi dernier avec Miss C, Miss P, deux copines que j'ai embarqué dans ma caisse, direction Saint-Nolff pour une journée de bon gros son comme on les affectionne. L'ami F nous a rejoint à partir de la fin d'aprèm. Pas de Nelfe cette année, aucun groupe de l'affiche ne lui disait. N'ayant pu me rendre au Hellfest cette année pour cause de restriction budgétaire, je comptais énormément sur cette journée pour accumuler les bonnes vibrations avant les échéances à venir.

Quel bonheur de retourner au sein de la tribu métalleuse! On a un peu l'impression de pénétrer dans un autre monde dès que l'on a franchi l'entrée: le défilé de prêt à porter de t-shirt de groupes où le noir domine commence, c'est parti pour une immersion de 14h dans la transgression, l'amitié et l'esprit de franche camaraderie!

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Ici c'est une toute autre dimension que le Hellfest, 5000 festivaliers sont attendus pour la journée et il n'y a que deux scènes. C'est la deuxième année que l'événement a lieu au parc de Kerboulard (sic!) et des améliorations ont été apportées en terme de confort, ce qui nous a agréablement surpris: plus de toilettes, stands restaurations en plus et davantage de douches dans le camping festival. La Coreff de Carhaix reste le carburant principal du métalleux pour lui permettre de profiter au maximum du déluge sonique qui s'apprête à s'abattre sur lui. Étant capitaine de soirée, je m'en suis jeté quelques unes et j'ai stoppé les frais après 20h en passant à la Hollypop, une boisson bio bien mystérieuse, au goût particulier et dont la principale vertu est d'être sans alcool et originale.

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Question temps, nous n'avons pas été gâté avec notamment une bonne séance de douche collective avec rapatriement sous les tentes d'un market bien achalandé où je me suis pris le T-shirt du festoche et un sweat à capuche Emperor (Rooooaaaarrrrr!). 45min plus tard, le temps s'est stabilisé mais l'humidité a fait baisser la température notamment quand la nuit est tombée. Heureusement, nous avions plusieurs couches à superposer et l'atmosphère électrique a réchauffé les lieux permettant de profiter au mieux d'une journée tout bonnement géniale en terme de découvertes et de confirmation avec des sets mémorables et presque aucune déception. Let's go!

Arrivés seulement à 13h30, nous avons raté la prestation du groupe de Black métal français The great old ones, petite déception pour moi étant grand amateur de ce mouvement métalleux bien sombre et torturé. Nous avons donc commencé avec Temple of Baal, black et français lui-aussi. Le concert fut réussi malgré une certaine tiédeur dans les riffs et une ambiance assez calme. Bonne entrée en matière tout de même qui a permis d'appréhender le dispositif technique. Il faut bien avouer que ce ne fut pas toujours parfait à ce niveau mais dans l'ensemble les oreilles furent préservées avec l'ajout de bouchons pour certains concerts plus "extrêmes". La douche collective a eu lieu pendant le concert de Huata, groupe de Doom qui fera dire à votre serviteur et quelques plaisantins que c'est le genre Doom en son entier qui était responsable des trombes d'eau (le Doom est un genre très lent et heavy du métal, considéré comme mou par nombre de métalleux). Après une interruption de 20min (clash électrique en tout début de set), Tank a pu livrer un concert de Death carré et rempli d'énergie. Pas de grosse identité personnelle mais une volonté de bien faire malgré les éléments déchainés qui m'a touché et m'a inspiré quelques séances de headbanging toutes en retenue et intériorité (si si c'est possible!).

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La première grosse claque et sans doute pour moi la plus belle découverte de cette édition, le groupe de thrash américain Havok qui a fait un set extraordinaire entre revival et puissance toute en maîtrise. Le guitariste s'est livré à des solos très inspirés, venus tout droit des 70' et le groupe dans son ensemble s'est révélé généreux, enthousiaste et puissant. Un pur bonheur pour l'amateur de Thrash que je suis, je suis ressorti le sourire vissé aux lèvres! Place ensuite à un véritable phénomène venu tout droit du Québec, Mononc'Serge. Hurluberlu seul sur scène et uniquement accompagné de sa guitare sèche, c'est un peu l'anachronisme de cette journée tant il apparaissait en décalage avec le reste de la programmation, livrant un set acoustique et rigolard qui personnellement m'a laissé de marbre. Pas une catastrophe mais pas un coup de cœur non plus, on en a profité pour se vider quelques godets et planifier la suite des opérations. Justement, c'était au tour ensuite de Dawn of Might, régionaux de l'épreuve venus de Carhaix, jeune groupe de Death métal vainqueur du tremplin et véritable sensation de cette journée. Le groupe a sorti son premier EP en début d'année et a livré un set de toute beauté entre puissance primale et finesse du jeu des musiciens. Là encore, un très bon guitariste et un chant guttural à souhait. Une expérience vraiment sympathique, ils sont à suivre c'est sûr! Le groupe Dagoba (Death indus français) qui jouait juste après ne m'a pas laissé de souvenir mémorable tant ils ont été éclipsé par le concert précédent et une tendance à "se la jouer" malvenue dans ce type de musique.

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Place alors à Andréas et Nicolas, classés comme Super chanson et trublions hilarants si on aime le gras, l'absurde et le délire total. Accompagné d'un singe batteur et d'un coq repassant des chemises (!!!), les deux gugusses ont produit un véritable one man show avec participation active du public, de bon aloi pour l'ambiance et le plaisir des spectateurs. Tour à tour, le chanteur a retrouvé son jean, décapité à la tronçonneuse un chat en peluche, rendu un vibrant hommage ironique à Will Smith et le jeu du sac poubelle (10 chansons ultra-courtes en 2 minutes de concert, choisies au hasard par une main innocente venue du public, une instit'!). J'ai adoré!

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Était venu le temps d'Ensiférum, groupe Viking metal venu de Finlande! Folk métal épique, une mouvance en vogue depuis quelques années, le show a été épique à souhait avec un groupe visiblement au sommet de sa forme. Chants, riffs et ambiance garantie pour un concert festif et roots à la fois. Une vraie découverte pour moi qui ne suis pas forcément un grand adepte d'Amon Amarth (surtout en album), leader de ce genre et monstre ultra-efficace en concert. Enchaînait le groupe Cancer (gloups!), bien lourd et efficace mais durant lequel nous nous sommes restaurés de sandwichs maison avant la dernière ligne droite qui s'apparentait à une belle série de concerts dantesques!

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Ma grosse claque de l'année Entombed AD, death métalleux suédois que j'adore en concert pour les avoir déjà vu sur un triple plateau il y a quelques années. Énormissime techniquement avec en sus une reprise de Goblin (groupe 70' connu pour ses musiques de films notamment pour Dario Argento) tirée de la BO de Suspiria (film culte!), j'ai passé un moment de pure extase prolongée avec un groupe carré, efficace et à l'énergie sidérante. Grosse descente par contre avec la prestation abominable de Trollfest, groupe de Balkanic métal sensé être drôle et efficace. Véritable épreuve pour les oreilles (micro d'un chanteur mal réglé), je n'ai jamais réussi à rentrer dans l'univers sautillant et guttural de ce groupe atypique. Dommage, mais en même temps, on ne peut pas plaire à tout le monde et ils ont reçu tout de même un bon accueil à Saint-Nolff où nombre de leurs fans ont répondu présents. J'ai pu quant à moi en profiter pour avoir une discussion philosophique autour des blocages urinaires de certains festivaliers avec un camarade de galère attendant son tour pour pouvoir se livrer à un besoin naturel pressant. C'est aussi ça la magie des festoches métal, de la bonne humeur, de la régression mentale et de belles rencontres aussi étonnantes que vraies et sans préjugé. On a tout de même croisé le petit chaperon rouge, le grand méchant loup, des vikings, des hugs men en manque d'affection et toute une pléthore de déguisements plus décalés les uns que les autres durant cette journée.

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Sommet de cette journée, concert très attendu, les allemands de Kreator, groupe de Thrash ultra léché et énergisant à souhait, n'ont pas déçu. Je suis un gros fan et je n'ai pas senti le temps passer, c'est toujours trop court quand c'est si bon! Mélange de nouvelles compos et de classiques dont le cultissime Violent Revolution, du bonheur et de la sueur par litres entiers à faire pâlir Bernard Frédéric (spécial dédicace à ma chérie d'amour Nelfe), un concert dantesque avec wall of death et deux circle pitt (Yes! Yes! Yes!) et ils nous laissaient pantelants et abasourdis par tant de puissance, de talent et de proximité avec un public entièrement acquis à sa cause. Quelle fierté de porter un de leur T-shirt durant toute cette journée! Wouah! J'en reviens toujours pas! 2ème grosse claque de la journée! Le dernier concert programmé, Malevolent Creation (Death métal US) n'a pas bouleversé mes expériences précédentes malgré une belle énergie et un bon son. Nous nous sommes dirigés vers la sortie à la toute fin de leur concert, la chape de froid ayant commencé à nous saisir après le set de Kreator. Au final, retour à la maison à 3h00 et un petit after-debriefing avec les amis.

Très bonne journée dans une vie, bonne programmation, les batteries métal rechargées à bloc. Je suis fin près pour la suite des événements!

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mercredi 20 août 2014

"La Guerre du froid" de Robert Silverberg

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L'histoire: En 2650, la Terre est sous les glaces et les villes, devenues souterraines, refermées sur elles-mêmes depuis trois siècles, ont tout oublié de la nature. Huit new-yorkais, bravant la loi, tentent de joindre Londres par radio: condamnés pour haute trahison, ils sont exilés dans le froid, face aux loups, aux chasseurs nomades retournés à la préhistoire.
Ramèneront-ils un jour les hommes vers le soleil?

La critique de Mr K: Je suis un grand amateur de Silverberg depuis ma lecture du volume paru chez Omnibus, Voyage au bout de l'esprit, et dévoré il y a déjà bien longtemps! Je ne savais pas avant de tomber sur La Guerre du froid qu'il avait écrit pour les plus jeunes. Sautant sur l'occasion de repratiquer un écrivain à la langue sensible et poétique, je n'hésitais pas une seconde et acquérais ce présent volume.

Les puissances du Nord ont été vaincues par la nouvelle ère glaciaire et ont enterré leurs cités sous la terre. Ils sont coupés du monde et ont prohibé tout contact avec l'extérieur. Un groupe d'idéalistes néo new-yorkais ayant constaté un radoucissement du climat tentent de communiquer avec Londres. Pour cela, ils sont bannis par le conseil municipal constitué de vieillards omnipotents qui ne voient pas d'un bon œil le moindre changement ou évolution de la situation qui leur convient parfaitement, leur permettant d'asseoir leur position. Jim, son père et leurs compagnons vont alors commencer un périple à travers la neige et la glace jusqu'à l'ancienne capitale anglaise. Longue et ardue sera leur quête entre imprévus, rencontres et surprises.

Voici un roman qui se lit très vite et très facilement. Il convient très bien pour une première approche SF pour néo-lecteur. L'histoire est certes convenue mais elle est bien maîtrisée et très accessible malgré des thématiques importantes, réflectives et engagées. On retrouve le goût pour le consensus, l'échange et la discussion que Silverberg prône dans nombre de ses écrits. Loin pour autant de verser dans le naïf et le pacifisme forcené, il se dégage ici une réelle humanité qui s'exprime à travers ce voyage quasi initiatique.

De nombreuses péripéties attendent nos exilés entre rencontres de nomades retournés à l'âge de pierre, animaux polaires déplacés vers des terres plus australes, les pépins classiques rencontrés par toute expédition et la fatigue morale et physique qui peut en découler. Dans la gestion de son récit, Silverberg fait preuve de sa finesse habituelle dans le traitement de la psychologie de ses personnages. Ne vous attendez pas à de grosses surprises si vous êtes un lecteur affirmé mais l'ensemble ici est suffisamment dense pour passer un agréable moment et procurer l'envie de continuer la lecture.

J'ai aussi adoré les passages plus descriptifs que j'ai trouvé à la fois succincts et percutants. Pas de grands paragraphes interminables mais quelques phrases disséminées ici et là illustrant à merveille l'aventure qui nous est livrée: la ville souterraine isolée de tout, le grand ascenseur permettant de rejoindre la surface, les glaciers immenses qui ont recouvert une bonne partie de l'hémisphère nord, la banquise et son climat difficile, le mode de vie des autochtones... Autant de petit tableaux saisissants de réalisme et teintés de poésie à l'occasion.

Au final, on passe un très bon moment et même si la fin m'a semblé quelques peu expédiée, on reste sur une bonne impression et une belle vision post-apocalyptique. Avis donc aux amateurs et aussi aux plus jeunes qui souhaiteraient s'essayer à la SF.

mardi 19 août 2014

"La Planète des singes : L'Affrontement" de Matt Reeves

affrontement afficheL'histoire: Une nation de plus en plus nombreuse de singes évolués, dirigée par César, est menacée par un groupe d’humains qui a survécu au virus dévastateur qui s'est répandu dix ans plus tôt. Ils parviennent à une trêve fragile, mais de courte durée : les deux camps sont sur le point de se livrer une guerre qui décidera de l’espèce dominante sur Terre.

La critique Nelfesque: Je n'avais pas voulu voir "La Planète des singes : Les Origines" au cinéma. Moi et mon amour des remakes ... J'ai tout de même craqué un soir de faiblesse et nous avons vu ce premier volet en DVD. Bingo, j'ai regretté aussitôt de ne pas l'avoir vu en salle et c'est tout naturellement, cette fois ci, que nous avons décidé de ne pas laisser passer "La Planète des singes : L'Affrontement".
Je ne vous parlerai pas une fois de plus de la motion capture qui est super bien faite. On nous en a rabattu les oreilles depuis sa sortie et je crois que tout a été dit sur le sujet. Alors oui, ça envoie du steak, oui les singes sont hallucinants de réalisme et oui ça déboîte sec et ça vaut vraiment le coup d'oeil. A noter que nous l'avons vu en 2D. La 3D, c'est pas vraiment notre tasse de thé. Et déjà en 2D on en a pris plein les yeux.

Pour rester dans le côté "esthétique" du film, j'ai particulièrement aimé la vision d'un San Francisco désolé. Moi qui suis fan d'urbex, j'en ai pris plein les yeux et bien qu'une telle décrépitude ne soit pas possible en seulement 10 ans d'absence d'activité humaine, ça a le mérite d'être vraiment super beau à voir. Je n'avais qu'une envie pendant tout le film : me perdre dans ces bâtiments désaffectés, mon appareil photo à la main. Le bonheur !

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Concernant le fond du film, ma préférence va pour le premier volet. Ici, nous sommes dans un produit 100% américain, les évènements sont prévisibles, les petits moments de tendresse sont calibrés et pour ma part je n'ai pas été surprise une seule fois dans les plus de 2h que compte ce film. Certaines scènes m'ont touchée tout de même, je pense notamment à celle de Maurice et Alexander autour du comics "Black Hole" (excellent comics au passage!). En bref, il n'y a rien de véritablement novateur dans ce long métrage mais ce n'est pas pour autant que l'on passe un mauvais moment. Loin de là ! Le divertissement est au rendez-vous et comme personnellement je m'y attendais j'en ai eu une belle dose. Et fort heureusement car en creusant bien, je pense retenir de ce film que la performance des singes et pas spécialement celle des humains qui sont anecdotiques dans leurs jeux et assez caricaturaux.

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Ma préférence va donc tout de même pour le précédent long métrage. L'apprentissage de César, sa relation avec Will m'ont vraiment passionnée. Je l'ai trouvé plus sensible que celui ci qui y va quand même avec ses gros sabots. Si vous voulez de la finesse, mis à part quelques passages, vous ne serez pas entièrement satisfaits. En revanche, côté action et réalisme, rien à redire. Et big up à Maurice !

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La critique de Mr K: 4/6. Un très beau divertissement pour ma part mais pas plus... On retrouve ici toute la splendeur d'un blockbuster réussi de l'été avec son avalanche d'effets spéciaux mais aussi le défaut récurrent des limites scénaristiques et le côté finalement très conformiste. Malgré un spectacle total et vraiment dépaysant, je préfère toujours la série de films originels malgré un aspect daté à l'heure d'aujourd'hui. Mais revenons à celui-ci!

Ce métrage est magnifique formellement. Bien filmé (voir parfois original sur certains cadrages, c'est rare pour ce type de production), les décors sont renversants et les singes d'un réalisme incroyable. C'est un véritable tour de force, il faut le voir pour le croire. Et même si j'estime que nous avons été assommés ces dernières semaines de reportages autour des techniques employées dans ce film (c'est bankable ma p'tite dame!), j'avoue avoir eu la mâchoire décrochée plus d'une fois devant la maestria qui se dégage des scènes d'actions mettant en scène nos cousins primates et j'ai été frappé par la capacité d'émouvoir le spectateur à travers des êtres numériques (la scène de César avec ses enfants et sa femelle). Andy Serkis est décidément un excellent acteur et l'émotion est à fleur de peau à de nombreuses reprises. Le film se laisse donc voir sans déplaisir, avec quelques fulgurances bienvenues.

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Le gros défaut pour moi réside dans l'histoire prévisible au possible, on a l'impression de constamment passé par des "moments obligés" ce qui réduit à zéro toute chance de surprise et d'étonnement. C'est dommage car c'est une des choses que j'aime me procurer au cinoche. Du coup, le film perd parfois en crédibilité et respectabilité surtout que j'ai trouvé les personnages humains assez insignifiants avec son cortège de rôles recyclés et autres figures incontournable (l'énervé de service sans empathie, le chef dépassé par les événements, le gentil humain se prenant d'affection pour les primates...). Autant de résonances faites à des centaines de films déjà vus et revus et qui empêchent selon moi ce film de décoller vers les sommets du 7ème art. C'est très bien fait, bien exécuté, bien produit mais finalement sans véritable âme ni souffle. Un comble quand on connaît le sujet abordé.

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Au final, c'est un film à voir au cinoche, un bon détente neurone mais pas le film révolutionnaire auquel on pouvait s'attendre. J'ai personnellement préféré le premier remake avec la formation et l'apprentissage de César, film qui m'avait plus touché mais moins branché action. Ceci explique peut-être cela...

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lundi 18 août 2014

Ce rêve bleu...

Un petit spécimen bien de chez nous aujourd'hui dans notre rubrique des Lundis au soleil pour bien commencer la semaine! Vous admirerez particulièrement la profondeur des paroles, les talents de chanteuse de la belle Sophie, le look impeccable de son partenaire et des effets spéciaux vraiment "stupéfiants". Non non, surtout, ne me remerciez pas...

 

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dimanche 17 août 2014

"L'Arabe du futur" de Riad Sattouf

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L'histoire: Ce livre raconte l'histoire vraie d'un enfant blond et de sa famille dans la Libye de Kadhafi et la Syrie d'Hafez Al-Assad.

La critique de Mr K: Une très belle découverte aujourd'hui avec cette BD de Riad Sattouf, L'Arabe du futur, qui m'a été prêté par l'amie Tiphaine. Merci à elle pour cette plongée à la fois tendre et sans concession dans la mémoire familiale de l'auteur, j'ai littéralement dévoré les 158 pages de ce premier volume sous-titré: Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984). Vivement le volume 2 pour suivre la fin de l'histoire mais rassurez-vous, on peut lire ce tome seul sans avoir de regret ou d'attente insoutenable!

Le petit Riad est issu d'un mariage mixte. Son père est syrien et sa mère est bretonne (un très bon point pour lui!). Il est beau comme un dieu et a un succès sans faille avec toutes les dames qui croisent sa route et le trouvent trop mignon. La BD commence donc légèrement, avec la description de la cellule familiale et l'insouciance du très jeune héros (2 ans au tout départ). Très vite cependant, il se retrouve en Lybie car son père a accepté un poste là-bas comme maître de conférence. Toute la famille le suit donc dans un pays sous dictature d'inspiration marxiste. L'expérience se révélera enrichissante mais aussi très rude, ils iront ensuite en Syrie où ce ne sera guère mieux malgré quelques fulgurances joyeuses et l'arrivée du petit frère.

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Riad Sattouf s'était fixé comme objectif de "Raconter le Moyen-orient à travers le regard candide d'un enfant […]. Un enfant dénué de la grille de lecture que l'on acquiert une fois adulte, et qui dépend de l'endroit où on a grandi. Je voulais raconter des faits, sans jugement". Le contrat est largement rempli selon moi! La figure tutélaire du père, un homme plein de contradictions, adepte du panarabisme et traditionnel mais aussi passionné par le progrès et l'éducation. Difficile d'ailleurs de se faire un avis tranché sur Abdel-Razk Sattouf tant il m'a marqué dans des directions différentes. Il peut être aussi tendre que dictatorial avec sa petite famille. La figure maternelle tempère l'ensemble malgré un effacement important face à son mari. Pour autant, elle ne se laisse pas toujours faire et veille fortement au bon développement des petits et à leur épanouissement. En cela, ce premier tome relate à merveille le microcosme d'une famille multiculturelle mais soudée.

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L'autre point fort de cette œuvre est l'évocation qui y est faite du Moyen-Orient de l'époque, fruit d'une observation enfantine naïve mais non dénuée de nuance. Fourmillant de détails critiques, acerbes (petites flèches désignant des objets dans les cases), Sattouf nous propose de replonger dans son enfance dans des pays que nous connaissons mal à part quand une guerre, une révolte voir une révolution s'y déclenche. Certes, on cerne très vite la nature autoritaire du régime en place, la cruauté des mômes entre eux et la désolation qui peut y régner, mais on fait aussi la rencontre de vraies personnes avec des noms (et non un énième chiffre comptabilisant des victimes quelconques et anonymes). Et oui, cet ouvrage est aussi une belle galerie de portraits allant des simples gens aux puissants qui sont évoqués à travers le rappel de quelques faits politiques et autres discours de propagande. À travers ses anecdotes et l'histoire de sa famille, Riad Sattouf propose au lecteur une véritable petite leçon d'histoire politique, sociologique et intimiste du monde arabe.

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Je connaissais pas Riad Sattouf le dessinateur (j'avais vu et moyennement apprécié son premier film Les Beaux gosses) mais je dois reconnaître qu'il a un talent incroyable pour raconter les histoires. L'immersion est immédiate et totale, difficile dans ces conditions de lâcher le volume avant de l'avoir intégralement parcouru. Le dessin est simple mais pas simpliste et la limpidité est le maître-mot de Riad Sattouf. Baignant dans une atmosphère de bichromie changeante au gré des lieux traversés, on passe de la comédie pure (les tribulations du jeune Riad ne sont pas forcément toutes dramatiques) à des moments beaucoup plus sombres. Le juste équilibre est très bien trouvé et cette BD procure un plaisir rare de lecture entre divertissement, découverte et prise de conscience.

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Premier volume d'un triptyque devant s'achever en 2016, L'Arabe du futur est à découvrir au plus vite tant il conjugue à merveille beaucoup de qualités que l'on retrouve rarement rassemblées. Un must!



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