Cafards at home

lundi 4 mai 2015

Hier comme aujourd'hui...

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Dessin de Slim tiré du site du Strips journal

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dimanche 3 mai 2015

Récidive quand tu nous tiens !

Non! Emaüs n'a pas encore frappé! J'y suis persona non grata jusqu'à au moins juillet pour éviter les craquages intempestifs... Malheureusement, mauvais temps oblige, nous nous sommes retrouvé à errer Nelfe et moi du côté de la zone commerciale du coin ce samedi et patatra! Troc.com est mon bourreau du jour avec un rayon livre très bien achalandé et qui m'a fait craquer... C'est ma faute, ma très grande faute! C'est terrible d'avoir aussi peu de volonté, je ne suis pas pour autant ruiné, n'ayant déboursé que la modeste somme de 12 euros pour cet ensemble. Il y a des passions bien plus onéreuses! 

Roulement de tambour, voici les nouvelles pièces adoptées!

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 - Pandora d'Anne Rice. Vampire et Rome antique avec cet ouvrage de l'auteur d'Entretien avec un vampire que j'avais adoré lors de ma lecture. Il était temps de replonger dans cette écriture virevoltante et évocatrice à souhait. Bien bien hâte de m'y remettre!

- La Dormeuse en rouge d'Andrea H. Japp. La quatrième de couverture m'a de suite attiré avec cette histoire de tyran domestique faisant vivre un enfer à ses proches et qui risque d'avoir des surprises! L'auteur a très bonne réputation, je vais donc tenter l'aventure!

- Vortex de Clive Cussler. Là, je suis obligé de balancer! C'est Nelfe qui me l'a mis entre les mains, je l'avais zappé dans le rayonnage et elle me l'a montré me confiant qu'il pourrait me plaire. Un aventurier, une antique île engloutie et des navires qui disparaissent... Pas de doute, c'était pour moi! Destinés, on était tous les deux destinés...

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- L'Utopie de Thomas More. Déjà lu dans le cadre de mes études d'Histoire, je ne l'avais pas dans notre bibliothèque. C'est l'occasion de le relire cette fois-ci pour le plaisir et avec mes 16 ans de plus. Je pense que je vais encore plus l'apprécier (et du coup déprimer quand à la conduite de notre monde actuel -sic-).

- Jusqu'à l'aube d'Albrecht Goes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, pour sa dernière nuit, un déserteur allemand condamné à mort va parler avec un pasteur de la vie, de l'amour et de la mort. Je m'attends à un roman profond et puissant, il va être mis dans la colonne des ouvrages prioritaires!

Journal d'un corps de Daniel Pennac. J'adore cet auteur et j'ai eu la chance de tomber sur ce livre de 2012 en édition brochée de chez Gallimard! Il s'agit ici d'un journal intime basé sur le corps de celui qui le tient. Les quelques passages que j'ai pu lire m'ont fait grand effet, pas de possibilité donc de résister!

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- Le Chateau cannibale de Laurent Genefort. J'aime beaucoup les deux livres que j'ai pu lire de cet auteur qui s'était révélé charmant lors de notre rencontre lors des Utopiales 2014. Il est ici question d'aventure et de fantasy arabesque qui sentent bon la bonne vieille série B littéraire. Un bon divertissement en perspective! 

- Simulacres de Philip K. Dick. Un livre de mon auteur de SF favori que je n'ai pas encore lu! Je n'hésitai pas une seconde pour acquérir cette histoire de monde futuriste en pleine décadence où la réalité et l'illusion se mêlent sans distinction possible. On peut compter sur la logique paranoïaque de K. Dick pour nous livrer un grand moment de littérature! Bien hâte de lire celui-ci aussi!

- Le Pistolero de Stephen King. On peut dire que j'ai écumé le King étant ado et je m'en suis lassé. Bizarrement, je suis toujours passé à côté de son oeuvre plus fantasy. Il était temps de régler ce problème et ce premier volume de la saga mettant en scène Roland Pistolero me tendait ses petites pages... Verdict dans les mois à venir!

- En remorquant Jehovah de James Morrow. Coup de poker de ma sélection, l'histoire est complètement barrée comme je les aime. Dieu est mort et ses anges chargent un capitaine de navire de remorquer son corps de 3 km de long jusqu'en Arctique pour qu'il repose dans un tombeau construit à sa mesure. Mais voila, écologistes, féministes et même le Vatican ne voient pas les choses de la même manière... Étrange, vous avez dit étrange? Wait and see...

- Le Futur a déjà commencé, anthologie. Ce livre est une émanation du festival Étonnant voyageur de Saint Malo (que l'on loupe cette année par manque de préparation! Grrr!), on y retrouve de grands noms de la SF dont Norman Spinrad et Ayerdhal notamment qui à travers des nouvelles de SF qui parlent de nous, du monde autour de nous qui change et qui nous change. Tout un programme!

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- T'ien keou de Genfort et Ponzio. Et de deux pour Genefort dans ma sélection avec cette BD de SF aux dessins bien léchés dont l'action se déroule dans un futur lointain où l'homme a débuté son exploration de l'espace. Je ne suis pas forcément fan des éditions Soleil mais la présence de cet auteur de talent au scénario m'a fait franchir le rubicon. Gageons que je ne me sois pas trompé! 

- Wolff et Byrd, avocats du macabre de Batton Lash. Pour les habitués du blog, vous savez que je suis un grand fan de BD d'horreur type 60' et 70' comme les anthologies Creepy, le dessinateur Richard Corben ou encore récemment le recueil consacré à Lovecraft par Horacio lalia. On retrouve dans cette BD le même style de dessin et un postulat plutôt fun: un cabinet d'avocats se spécialise dans la défense de monstres et d'entitées, le ton navigue entre humour et effets macabres. Ca promet!

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Voila, voila! Y'a plus qu'à! Ma PAL qui avait quelque peu baissé retrouve son niveau d'il y a un mois. La tentation était trop forte... Reste beaucoup d'heures de plaisir multiforme en perspective qui me font saliver d'avance! Quant à Nelfe, elle est la Raison incarnée puisqu'elle n'a pas craqué du tout cette fois ci. Bravo!

samedi 2 mai 2015

"Les Déferlantes" de Claudie Gallay

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L'histoire: La première fois que j'ai vu Lambert, c'était le jour de la grande tempête. Le ciel était noir, très bas, ça cognait déjà fort au large. Il était arrivé un peu après moi et il s'était assis en terrasse, une table en plein vent. Avec le soleil en face, il grimaçait, on aurait dit qu'il pleurait. C'est à La Hague – un bout du monde à la pointe du Cotentin – que la narratrice est venue se réfugier. Elle arpente les landes, observe les oiseaux migrateurs… et Lambert, homme mystérieux et tourmenté aperçu un jour de tempête, et qui n'a cessé depuis lors d'éveiller sa curiosité.

La critique de Mr K: Aujourd'hui un livre qui a fait couler beaucoup d'encre. Mon premier contact avec lui a eu lieu par hasard lors du passage de l'épreuve de français du Diplôme National du Brevet version Professionnelle d'il y a trois ans. Un extrait de ce récit était proposé aux candidats pour la partie analyse de texte et j'avais trouvé le style assez étonnant et rafraîchissant. Le temps a passé et j'ai lu ici ou là des avis très partagés sur ce roman fleuve (540 pages tout de même!) de Claudie Gallay. Beaucoup ont adoré et ont trouvé Les Déferlantes immersif au possible, beaucoup ont aussi arrêté en cours de route ayant eu l'impression de perdre leur temps… Emmaüs avait encore frappé l'année dernière et une amie avait vraiment dévoré ce livre, je décidai donc de tenter à mon tour l'expérience.

La narratrice se trouve dans un petit villa de bord de mer dans le Contentin. Seulement entourée de la Nature sauvage et de personnalités du secteur, elle surnage dans sa vie devenue inutile selon elle depuis la disparition de son compagnon. Très pudique, c'est une taiseuse, elle ne s'épanche pas et vit simplement, de façon contemplative, observant les gens comme elle observe les oiseaux (c'est son métier). Le temps s'écoule lentement, sans surprise, dans une monotonie morne mais rassurante pour cette femme convalescente. Un jour, elle fait la rencontre de Lambert, un homme étrange, secret (un peu comme elle) qui va faire ressurgir du passé des événements dramatiques et changer à jamais les rapports de la petite communauté locale.

Pour ma part, j'ai été happé immédiatement par ce roman. Le rythme est très lent certes, il se calque sur la nature de son héroïne et on se balade lentement sur la côte, on suit le quotidien du petit bar du coin, du faible d'esprit qui retape un vieux bateau, on observe la nidification des oiseaux, le travail d'un sculpteur au succès à venir… il ne se passe pas pas grand chose mais il se dégage un magnétisme certain de cette histoire plutôt banale au prime abord. Mais plus on s'enfonce dans le récit, plus on se rend compte que par petite touche l'héroïne évolue, sort de sa coquille pour s'intéresser aux autres puis à Lambert. D'où vient-il? Quelle est la nature du drame qu'il a vécu? Quel secret va-t-il découvrir? L'omerta est de mise dans la petite communauté de La Hague, les rancunes sont tenaces, la jalousie et les remords aussi.

Entre deux expéditions sur la côte pour son travail, l'héroïne au détour d'un coup au bar ou d'une soirée jeu de cartes va s'apercevoir que tout ce petit monde est lié par des liens plus ou moins visibles et avouables. L'apparence simplicité des rapports humains cache un vécu rude et souvent solitaire. Cela fait écho avec son propre vécu et son rapprochement progressif avec Lambert va lui permettre d'enfin pouvoir essayer de passer à quelque chose d'autre. Elle devra pour cela lever quelques mystères et se faire violence. Beau parcours que celui de la narratrice, une personnalité éteinte révélée par le prisme des autres protagonistes.

L'écriture est vraiment particulière et elle ne plaira pas à tout le monde. Texte descriptif à souhait entre nature et sentiments profonds, les phrases sont ici courtes et lapidaires. Elles rebondissent de mots en mots, le rythme est haché et assez déconcertant pour qui est habitué à lire des romans plus classiques. J'ai bien aimé ce caractère d'urgence, cette tension accumulée par les différents protagonistes et l'écriture la rend à merveille. Ce roman se lit effectivement très rapidement et d'une traite comme le proclame la quatrième de couverture et on a l'esprit qui chavire au fil des secrets qui s'éventent et des révélations. J'ai aimé aussi cette immersion totale dans ce microcosme replié sur lui-même à la fois froid, accueillant et autosuffisant. Par moment, certains personnages partent pour reprendre leur souffle mais ils ne tardent jamais vraiment à revenir comme hypnotisés par les lieux. Ça m'a presque donné envie d'aller y faire un tour pour aller voir le phare, l'auberge et l'île d'Aurigny.

Une excellente lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs de grand air et d'histoires intimistes!

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vendredi 1 mai 2015

"Fidèle au poste" de Amélie Antoine

fidèleauposteL'histoire : Mai 2013, Saint-Malo. Chloé et Gabriel forment un couple uni. Mais tout bascule lorsque Chloé disparaît brutalement. Gabriel tente alors de continuer à vivre, et il fait la rencontre d’Emma, une photographe venue s'installer dans la ville.
Mais Chloé s'est-elle véritablement volatilisée ?
Emma est-elle vraiment celle qu’elle semble être ?
Et si la réalité n'était pas telle que le jeune veuf la voit ?

La critique Nelfesque : Une lecture malouine ! Quelle bonne idée ! En tant que bretons, nous ne pouvions refuser la proposition d'Amélie Antoine, de lire son roman disponible en ebook et format papier.

"Fidèle au poste" est un roman étonnant et qui cache bien son jeu. Je ne suis pas une adepte de ce genre d'histoires que je classe facilement dans les bleuettes faciles et sans âme, aussi vite oubliées que lues (oui je sais c'est mal !), et il faut bien avouer que cet ouvrage ne révolutionne pas la littérature. Un homme qui perd sa femme, c'est triste. Un jeune couple qui se voit séparer par le destin, c'est triste. Comment vivre lorsque son amour s'en est allé ? C'est triste ...

Ce roman est construit d'une façon très particulière, le narrateur changeant à chaque chapitre. Ainsi le lecteur est tour à tour en compagnie de Gabriel, fraîchement veuf, Chloé, fraîchement morte et plus tard, Emma, fraîchement débarquée à Saint Malo. Nous suivons donc les "vies" et ressentis de ces 3 personnages et, à ce stade du roman, les chapitres consacrés à Chloé m'ont fait penser à du Van Cauwelaert. En effet celle ci est spectatrice du deuil de Gabriel, telle une âme qui ne pourrait s'envoler. Ca se lit facilement, c'est mignon, un peu trop conventionnel à mon goût mais pas de quoi crier au scandale pour autant.

Cependant, force est de constater que "Fidèle au poste" a un petit plus qui a su me charmer. Par un habile retournement de situation à mi-roman, l'auteure surprend son lecteur et donne une autre dimension à son oeuvre. Je ne vous dirai pas ce qu'il en est, ce serait dommage de vous gâcher la surprise mais en même temps il est très difficile de parler de l'histoire dans son ensemble sans évoquer ce revirement.

Le roman change alors de tournure et j'ai beaucoup plus accroché à cette seconde partie qui, en plus d'être bien ficelée, mène le lecteur à une réflexion et à une vraie critique ("Critique de quoi ?" Ah ben je peux pas t'en dire plus !). C'est malin, bien amené et l'idée étant exploitée vraiment jusqu'au bout avec un final machiavélique, l'adepte de roman noir que je suis ne peut qu'applaudir des deux mains.

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"Fidèle au poste" est un roman en deux temps. Avec cet ouvrage, Amélie Antoine nous livre une histoire la fois fraîche, dramatique et noire qui donne à voir différente facette de sa plume. Une lecture courte mais efficace que je vous conseille et une auteure que je suivrai à l'avenir.

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jeudi 30 avril 2015

Pour vivre heureux, vivons cachés?

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Dessin de Rodho tiré du site du Strips Journal

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mercredi 29 avril 2015

"Les Vieilles" de Pascale Gautier

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L'histoire: Il y en a une qui prie, une autre qui parle à son chat, et certaines qui regardent les voisines de haut en buvant leur thé infect. Leurs maris ont tous disparu. Elles sont vieilles, certes, mais savent qu'elles pourraient bien rester en vie une ou deux décennies encore, dans ce pays où il n'est pas rare de devenir centenaire. Alors elles passent leur temps chez le coiffeur, à boire et à jouer au Scrabble, à essayer de comprendre comment fonctionne un téléphone, à s'offusquer de l'évolution des mœurs… Elles savent que le monde bouge, mais comment changer, à leur âge? Aussi l'arrivée de Nicole, une "jeunesse" qui entame tout juste sa retraite, et l'annonce d'une catastrophe imminente vont perturber leur quotidien.

La critique de Mr K: Une lecture bien rafraîchissante aujourd'hui avec cette chronique douce-amère du quotidien de quelques mamies d'aujourd'hui. Attention, la couverture est trompeuse, on est loin d'être dans une œuvre comique, je l'ai même trouvé très rude par moment. De plus, ne vous attendez pas à l'abattage d'idées reçues annoncé au dos, ça fait peut-être vendre mais ce n'est pas le cas. Pour autant, j'ai passé un très bon moment en compagnie de Mauricette, Lucette, Régine, Nicole et consorts.

Dans la commune du Trou, 90% de la population est à la retraite. Il y fait beau 365 jours par an comme proclamé à l'office du tourisme et l'héliotropisme fonctionne à plein, c'est le rêve pour couler une douce retraite loin de l'agitation et du mauvais temps. Les jeunes sont partis depuis longtemps et les actifs travaillent dans le commerce, les services de santé et… les pompes funèbres qui tournent à plein régime (spéciale dédicace à l'employé complètement givré du Crématorium). Au fil des chapitres, nous rentrons dans la vie de tous les jours de petites vieilles très différentes, aux parcours de vie dissemblables au possible et au caractère bien trempé. Leur point commun: plus d'homme à la maison, elles ont toutes veuves! Je vous jure que pour un lecteur-garçon ça fait tout drôle, on sent presque le souffle de la Mort sur la joue vous disant: Voilà ce qui t'attend mon petit gars!

La vie de chacune des mamies est bien réglées entre parties de Scrabble endiablées (si si, c'est possible et on rit beaucoup!), popote pour soi et son chat, réflexion sur la Mort, sur Dieu, commérages et ragots autour d'un bon thé, abrutissement devant la télévision, petit tour en voiture, repas de famille le dimanche et autres activités. Tout est bousculé par l'arrivée de Nicole, la néo-retraitée qui intrigue de part sa jeunesse et ses manières quelques peu différentes. Rajoutez là-dessus une menace venue de l'espace annonçant la fin du monde de manière imminente et vous obtenez un bon effet shaker sur ces bonnes vieilles âmes et des moments d'anthologie. Chacun réagissant un peu comme il peut dans ce genre de cas, cela va aller du grand n'importe quoi aux réactions les plus stoïques.

Comme dit auparavant, ce livre ne s'apparente pas à une comédie pure, loin de là. Certes, il y a des moments drôles comme la partie de Scrabble, le regard que porte les vieilles sur le Don Juan de 90 ans du quartier qui lorgne la petite nouvelle, la vision du chat Mitsou sur sa maîtresse et ses voisines… mais j'ai trouvé l'ensemble plutôt mortifère et mélancolique. La grande faucheuse est omniprésente dans les pensées des personnages, elles ne sont plus de la prime jeunesse et chacune la conçoit différemment. Il y a celle que le grand sommeil terrorise et qui cherche par tous les moyens à ne pas y penser, une autre cherche son réconfort dans sa foi et la promesse d'un au-delà radieux (c'est pas gagné avec le curé intégriste qui préside aux messes auxquelles elle participe), une autre s'en contre-fiche, enfin une autre y voit l’occasion d'être débarrassée de son abominable belle-fille. L'atmosphère est donc lourde et la nostalgie des temps passés de leur jeunesse dorée envahit le lecteur attristé par ce sentiment de solitude et de délaissement qui transparaît chez ces petites vieilles attachantes bien que certaines soient assez imbuvables dans le genre (il y en a notamment une qui est l'incarnation de la misanthropie la plus profonde). Chacun je pense y trouvera des aspects de sa propre vie et ce livre éclaire quelque peu les relations que l'on peut tisser ou avoir tissé avec nos anciens. La vérité est parfois dure à accepter mais c'est la vie comme se plaît à le répéter une de nos héroïnes.

Au final, c'est une lecture touchante que ce livre qui ne brille pas vraiment par son style (l'écriture est plutôt banale avec quelques passages de haute volée tout de même) mais plus par son esprit caustique et profond dans son exploration de la psyché de ces chères petites vieilles. On passe donc un bon moment entre tendresse et profonde mélancolie. De bonnes tranches de vie que je vous conseille de découvrir pour passer un moment agréable, sensible et touchant.

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mardi 28 avril 2015

"Billets d'Amour" de Roman Ronzeau

billets-damourL'histoire : "J'étais métamorphosé, mon comportement devenait erratique. On voulait tout le temps être collés, ne plus faire qu'un avec l'autre.
J'avais été frappé par le Grand Amour.
J'étais perdu."

La critique Nelfesque : Mr K m'a offert "Billets d'Amour" de Romain Ronzeau pour mon anniversaire. Aussitôt reçu, aussitôt lu : elle n'a pas fait long feu !

En voyant le titre et la quatrième de couverture, je me suis demandée quelle mouche avait piqué Mr K pour m'offrir une BD aussi cucul. Ce n'est pas vraiment notre genre de faire passer des messages par cadeaux interposés et encore moins le mien de faire dans la guimauve alors pensez bien qu'avec un bouquin rose contenant le mot "amour" dans le titre, j'étais méfiante. Et puis j'ai ouvert l'ouvrage, découvert que Romain Ronzeau officiait sur son blog depuis de nombreuses années et je me suis laissée prendre par cette douce dinguerie !

"Doux dingue", c'est exactement l'expression qui qualifie ce recueil de billets de blog. Des petites histoires courtes d'1 à 7 pages qui retracent la rencontre et les débuts de relation de Romain avec sa copine. C'est tendre, c'est frais et c'est surtout très drôle. Dans de telles conditions, oui, ok, je veux bien lire un bouquin rose avec le mot "amour" dans le titre !

Pourtant grande adepte des blogs BD, tels que celui de Boulet, Pénélope Bagieu, Diglee, Margaux Motin, Reno entre autres, je ne connaissais pas Romain, erreur réparée depuis. Je suis plus que ravie de l'avoir découvert puisque son style et son ton correspond tout à fait à ce que j'aime. Merci Mr K !

Dans ce recueil, nous sommes dans le futur où Romain a deux enfants, ados scotchés à leurs tablettes / smartphones. Pour la énième fois, il s'aventure à leur raconter ses débuts avec leur mère ce qui a le don de les saouler. Ce postulat de départ est prétexte pour revenir sur diverses anecdotes de sa vie amoureuse. Des petits détails que nous avons tous vécu en couple, l'exacte copie ou quelque chose s'en rapprochant. Je me suis totalement retrouvée dans ces petites histoires, parfois du côté de Romain, parfois du côté de son amie.

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Le personnage de Kritix Girls par exemple est moi tout craché (et bon nombre de nanas avec leurs mecs (mais que voulez-vous amis hommes, c'est parce qu'on vous aime et qu'on veut que vous soyez au top de vos capacités !)). D'ailleurs en parlant de vous, il y a quelques bonnes planches sur la mauvaise foi masculine... Ne vous inquiétez pas, on en prend aussi pour notre grade avec nos lubies complètement farfelues. Quelques pages plus loin, ce sont les soirées séries qui ne peuvent que faire écho à notre propre addiction. Les tasses attitrées pour boire le thé et qu'un jour fatalement il va falloir prêter, l'enfilage de couette moment redouté de toute personne aimant se prélasser dans son lit... autant de choses du quotidien que nous avons aussi vécu. Et comment ne pas penser à nous lors de la présentation du syndrome Télérama, nous qui depuis des années décortiquons ici même les films que nous allons voir au cinéma !

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"Cela fait beaucoup de clichés tout de même !" pourriez-vous penser. Pas sûre. Fatalement puisque parfois inconsciemment, et alors que l'idée même nous rebute, nos vies n'ont rien d'originales et ressemblent à celles de milliers d'autres personnes (oui je sais c'est dur...). Romain racontant ici des anecdotes tout à fait personnelles, cela ne peut que nous sauter aux yeux. Et pourtant il flotte entre ces pages, comme dans nos histoires de couple, des petites choses personnelles, liées à nos personnalités, à nos histoires vécues. Des réactions singulières qui font sauter l'idée de clichés et rendent uniques nos relations.

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Il n'y a d'ailleurs pas que de l'humour entre ces pages, bien que ce soit cette dimension là qui m'ait le plus plu ici. Il y a aussi beaucoup de poésie et d'amour avec des petits moments volés et suspendus où l'on parcourt les dessins le sourire aux lèvres.

Cette BD, très centrée sur le couple puisque c'en est le sujet principal, présente aussi quelques planches sur des sujets plus généraux faisant partis de notre quotidien tels que la presse et ses marronniers. Comme quoi être en couple, c'est aussi s'ouvrir aux autres et à la neige qui tombe en plein hiver sur Paris (dingue !!! ). C'est aussi l'occasion pour Romain Ronzeau de partager avec nous ses planches des 24 heures de la BD.

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Bien que Romain ait son propre style, je n'ai pu m'empêcher de penser à Boulet dans certaines cases que ce soit au niveau du dessin (comme ce personnage désintégrant une bouteille en plastique) ou au niveau du fond (comme cette BD post apocalyptique se déroulant dans les WC et que je vous laisse découvrir). Ce n'est pas une critique, loin de là, j'adore Boulet. Boulet est mon Dieu ! (voilà, ça, c'est dit !).

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Vous l'avez compris, "Billets d'Amour" est un ouvrage qui m'a beaucoup plu et qui plaira, à n'en pas douter, aux personnes de ma génération (grosso modo de 1975 à 85) qui sont restés des grands enfants. Une BD qui a du coeur. Pleine de tendresse et d'autodérision. Merci Romain !

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dimanche 26 avril 2015

"Le Jardin des pendus" de Ian Rankin

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L'histoire: Le Gros Cafferty, chef de la pègre d'Édimbourg, est sous les verrous. Mais d'autres malfrats veulent profiter de l'opportunité pour s'emparer de ce juteux territoire. Faut-il laisser les loups se dévorer entre eux? L'inspecteur Rébus n'est pas loin de le penser. Pourtant, lorsque sa propre fille se fait écraser par un chauffard et qu'une jeune Yougoslave échappée d'un réseau de prostitution demande sa protection, Rébus n'a plus le choix… Entre secrets d'État et criminalité organisée, l'inspecteur va mener l'enquête la plus éprouvante de sa carrière.

La critique de Mr K: Qu'il est bon de replonger dans le Edimbourg crépusculaire cher à l'inspecteur Rébus et à Ian Rankin. Ça faisait déjà un an que je n'y étais pas retourné, mauvais lecteur que je suis! Heureusement, un hasard heureux a voulu que je réussisse à dégoter le présent volume qui me permettra de faire le lien avec trois autres romans qui se suivent. Ce Jardin des pendus est en plus précédé d'une excellent réputation sur la blogosphère et auréolé du Prix du meilleur Polar étranger du festival de Films policier de Cognac en 2003. Inutile de vous dire alors que je partais très optimiste et que je n'ai pas été déçu.

Le sort s'acharne sur Rébus dans cette enquête multiforme. Il n'a pas le temps de se féliciter d'avoir mis derrière les barreaux le chef de la pègre d'Édimbourg (Cafferty) que déjà des bandes rivales placent leur pions pour essayer de grignoter le territoire laissé à l'abandon: intimidations, coups de force, apparition de nouveaux trafics (drogue, prostitution) et même des yakuzas japonais qui semblent s'intéresser à ce marché en devenir que représente l'Écosse. Rajoutez à cela sa fille victime d'un accident, plongée dans le coma et un personnage énigmatique, accusé de crime contre l'humanité qui coule une retraite paisible en Écosse et vous vous retrouvez face à un roman très dense ou notre pauvre inspecteur déjà bien abîmé par la vie va devoir affronter ses limites, sa morale et sa hiérarchie.

Dense et long (environ 500 pages), ce roman ne s'en lit pour autant pas plus lentement tellement le lecteur est pris en otage par le sens du suspens et du récit de Rankin. Rébus reste fidèle à lui-même, à la différence qu'il est en plein sevrage alcoolique (son gros souci récurrent). Cela le montre plus fragile, plus alerte aussi en terme de ressenti et nous le rend encore plus sympathique. C'est véritablement le monde qui s'effondre lorsque Sammy (sa fille) se retrouve entre la vie et la mort. Pourtant, comme à son habitude, il se réfugie dans le travail, se cache derrière ses responsabilités au mépris de ses proches (son mariage raté ne lui a pas servi de leçon). Il peut cependant compter sur son ami Jack qui l'a aidé à arrêter la boisson et sur la charmante Patience, une ancienne amante pour qui il garde une tendresse particulière -elle aussi d'ailleurs-. Rankin au détour de ce volume nous livre une clef de la psyché de son héros à travers un événement peu reluisant de sa jeunesse, du temps où il appartenait encore à l'armée anglaise. Mise en perspective avec toutes mes lectures précédentes, cela donne encore plus de relief à ce personnage si complexe et torturé. Vous lirez dans ce volume des passages d'une grande tristesse et la mélancolie s'installera durablement, croyez-moi.

On explore une fois de plus une Écosse peu reluisante. On fait connaissance notamment avec une bande de jeunes loups aux dents longues ne reculant devant rien pour se faire une place au soleil. Cela donne une galerie de personnages peu recommandables se croyant au dessus des lois et totalement désinhibés. On se prend à s'agacer puis à s'énerver face à ces petites frappes qui n'hésitent pas à narguer la police. On retrouve aussi des gros poissons du crime organisé qui manipulent à la fois ces jeunes pousses et la police. Cette dernière ne lâche pour autant pas le morceau, patauge pas mal et finira (grâce à Rébus) à prendre les malfrats à leur propre piège. Peu de place pour l'espoir donc dans ce roman avec un héros qui accuse le coup et des malfaiteurs bien retors. Reste quelques passages obligés au pub pour un peu de chaleur et encore…

Plusieurs trames se chevauchent et s'entrecroisent dans cette enquête aux ramifications nombreuses et parfois étonnantes. Loin de se contenter de recettes éculées, Rankin s'amuse à multiplier les fausses pistes. Le lecteur est donc régulièrement égaré puis repris par un énième rebondissement qui semble mener Rébus à la solution. Cette dernière n'arrive finalement qu'au dernier instant, de façon lapidaire et brutale. Rien à redire, l'effet est garanti et l'amateur que je suis à encore été conquis. Vous l'avez compris, quitte à me répéter, il faut lire Rankin pour son talent d'écrivain policier vraiment efficace et son humanité qui se traduit en premier lieu par l’inspecteur Rébus au charisme incroyable et intact.

Lu et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
"Nom de code: Witch"
"Le fond de l'enfer"
"Rebus et le loup-garou de Londres"
- "L'Étrangleur d'Edimbourg"
- "La Mort dans l'âme"

 

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vendredi 24 avril 2015

"X" de J.J. Connolly

connolly xL'histoire : X est un dealer londonien anonyme et qui tient à le rester : dans son milieu, la notoriété relève en effet de la faute professionnelle. Et des fautes professionnelles, X veille soigneusement à n’en commettre aucune. Il se contente d’être un intermédiaire, ce qui lui évite de fréquenter la rue et ses camés trop bavards, il ne flambe pas, préférant rester discret sous ses allures d’homme d’affaires. La pègre le tient en haute estime pour son intelligence et sa rigueur. Sachant qu’on ne fait en général pas de vieux os dans le business, X met le maximum d’argent de côté pour pouvoir prendre le large le jour de ses 30 ans. Il en a 29 et il ne lui reste plus que quelques semaines à tirer quand son boss, le mafieux Jimmy Price, lui demande un dernier service qui va bouleverser la donne d’une manière fort inattendue.

La critique Nelfesque : Retour en terres Sonatine que j'affectionne tout particulièrement avec cet énigmatique "X" de J.J. Connolly. Alors attention, ne pas confondre avec Michael Connelly ou encore avec John Connolly, ce qui fut mon cas au début de cette lecture. Et oui, méfiez-vous, dans le cas présent, il y a bien deux J ! Mais revenons à nos moutons, blancs comme la coke qui circule dans ce roman !

"X" est le premier ouvrage de J.J. et accrochez-vous à vos baskets parce qu'il est très réussi. Véritable immersion dans le monde de la drogue et de la mafia londonienne, il est sans concession et décoiffe littéralement le lecteur. Gouaille, jargon mafieux, quiproquos, tension : tout y est.

Avec une juste dose d'humour et de sauce polar, J.J. Connolly fait une entrée remarquée dans le monde littéraire. De mon côté j'ai savouré chaque scène, chaque réplique et la façon qu'à X de gérer les situations, sans cesse sur le fil. Car X, ok il aime son "boulot", il est même plutôt très bon dans son domaine et tout le monde salue son professionnalisme mais il faut avouer qu'il fait un travail quelque peu risqué et voudrait bien prendre sa retraite avant de se faire coffrer. Dans le domaine de la drogue où détournements, meurtres et délations sont monnaie courante, si une porte de sortie avec à la clé un petit oreiller bien rempli pour poser sa tête le restant de sa vie se profilent, il faut savoir l'ouvrir. Oui mais voilà, quand un baron de la mafia vous confie une dernière mission qu'il vous présente comme un service personnel, comment refuser ? X se retrouve alors embarqué dans une histoire de fugue / kidnapping sur fond de junkies, de cramés de la tête et de mafia allemande. Tout un programme !

Tour à tour, nous faisons la connaissance de chaque membre de l'organisation, du grand parrain au petit sbire de quartier. Ma préférence va pour Mort, un gars fidèle et loyal mais qui peut péter un plomb à tout moment. Un bon gros taré à qui il vaut mieux ne pas lancer le mauvais regard. Mais à qui peut-on vraiment se fier ? Des hommes tels que Mort capables du meilleur comme du pire ou des parrains de la mafia paternalistes et protecteurs ? X va l'apprendre à ses dépends dans ces 440 pages que constituent ce roman.

L'écriture de J.J. Connolly est parfaite pour ce style d'histoire. Concise, précise, rythmée, elle nous entraîne dans un monde où tout va trop vite et où il faut réagir sans attendre. Cette urgence de chaque instant, ce besoin de dynamisme, le lecteur le perçoit sans difficulté et est pris dans un tourbillon d'actions / réactions. X devient un pote qu'on a envie de voir s'en sortir indemne et ce malgré son CV de gars peu fréquentable.

Vous l'aurez compris, "X" est une belle surprise et un roman à 100 à l'heure qui tient en haleine le lecteur avide de sexe, drogue et rock'n'roll. Une oeuvre à lire si vous aussi vous aimez les romans qui vont droit au but, sans fioriture et avec efficacité ! On en redemande !

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jeudi 23 avril 2015

Politique de l'autruche...

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Dessin de Bar tiré de son blog

Posté par Mr K à 18:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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