Cafards at home

mercredi 16 avril 2014

Queen for a day... again... again...

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Ben oui, y'a des choses qui reviennent régulièrement et aujourd'hui c'est le jour de Nelfe! Bon anniversaire darling! Profites en bien, tu as tous les droits jusqu'à minuit! Enfin... presque tous....

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mardi 15 avril 2014

"In God We Trust" de Winshluss

winshluss-in-god-we-trust-couv-jpg-529b02afeb4c5L'histoire: Après s’être attaché à déconstruire Pinocchio, Winshluss s’attaque au livre de contes et de légendes le plus lu au monde : la Bible.

La critique Nelfesque: Winshluss, c'est l'auteur de l'excellent "Pinocchio" primé à Angoulême en 2009. Fin 2013, il sort un nouveau recueil BDesque, "In God We Trust", également présent à Angoulême. Il n'a pas reçu de prix pour cet ouvrage cette année mais une chose est sûre, ça envoie du pâté!

Winshluss continue son exploration des contes, légendes et récits oniriques et s'attaque cette fois ci à un best seller catholique: la Bible. Retroussez vos manches avant de tourner la première page car l'auteur ne fait pas dans la dentelle et propose une vision provocatrice et humoristique des Saintes Ecritures.

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(cliquez sur les planches pour voir en plus grand)

Ancien et Nouveau Testaments sont ici dépeints avec un oeil sarcastique. Adam et Eve jouant au badminton dans le jardin d'Eden, Dieu créant la Terre en bleu de travail, le serpent réalisant des films porno amateur qu'il revend par la suite aux petits lapins du jardin... Il m'est avis que Winshluss n'est pas à ranger dans la famille des catho fervents. Anti-clérical et parfois jusqueboutiste dans sa vision de la Bible, le lecteur rit à la vue de certains visuels et situations comiques. En revanche, je n'ai pas pu m'empêcher d'être limite choquée par d'autres gags assez courus, faciles et trop irrespectueux à mon goût. Dans ce cas là, je suis vite passée à la planche suivante et dans l'ensemble je dois avouer que, ces petites touches de punk gratuites mises à part, j'ai pris beaucoup de plaisir à parcourir cet ouvrage.

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Dans "In God We Trust", Dieu est un bon alcoolique, séducteur à 2€, ayant pour fils un looser rêvant de gloire. Ca commence bien! Winshluss adapte alors son dessin suivant les situations et propose à ses lecteurs différents supports et techniques tels que la publicité détournée, la gravure, les épures, le comics, l'aquarelle... Ainsi pas de risque d'ennui, la surprise étant totale à chaque page. Et pour le dessin, c'est indéniable, Winshluss a un grand talent. Sous son crayon tous y passent: Gabriel, secrétaire de Dieu, cyclope omnicient et omnipotent, Marie amoureuse gnangnan, Saint Pierre physionomiste à l'entrée du Paradis et plus surprenant ... Superman! (et oui!)

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Découpé en chapitres, cet ouvrage revient sur les moments clés de la Génèse, le sacrifice d'Abraham, les 10 Commandements, le Saint Esprit, la Résurrection, le Jugement Dernier... Oui il faut s'y connaitre un peu pour apprécier toutes les subtilités de cette vision décalée. Mais à côté de cela, Winshluss s'attaque aussi aux grandes fumisteries et aux scandales de l'Eglise Catholique et des groupuscules qui surfent sur la tendance bénite. Prêtres pédophiles (facile...), témoins de Jéhova, "Dieu est ton ami même sur Facebook", abstinence, créationnisme vs théorie de l'évolution...

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On passe un bon moment de détente neurones avec "In God We Trust". J'ai mis parfois un mouchoir sur mes convictions religieuses et mon éducation catholique pour apprécier à sa juste valeur cet ouvrage où humour et talent se cotoient. Certains grinceront des dents, d'autres taperont dans le dos de Winshluss pour dessiner tout haut ce qu'ils pensent tout bas. Reste une bande dessinée punk d'un athée vénère au talent impertinent évident. A découvrir!

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dimanche 13 avril 2014

"Nymphomaniac - Partie 2" de Lars von Trier

Nymphomaniac-Volume-2-afficheL'histoire: Seconde partie du film de Lars von Trier, retraçant le parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, raconté par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.

La critique Nelfesque: Souvenez-vous, début janvier, nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" au cinéma de notre ville et ce dernier nous a fait la bonne blague de ne pas diffuser la suite la semaine suivante comme ce fut le cas dans tous les autres cinémas proposant ce film à la programmation... Passé l'énervement, la joie. Avec 3 mois de retard, "Nymphomaniac - Partie 2" est à l'affiche et nous, tout naturellement, nous sommes dans la salle!

Comme je l'avais souligné lors de la rédaction de mon avis sur la première partie, il est difficile de scinder en deux une oeuvre et d'en faire deux critiques distinctes puisqu'à la base c'est un seul et même film... L'idéal aurait voulu que l'on vous écrive un billet sur l'intégralité de cette production (c'est d'ailleurs ce que nous avions prévu de faire à la base) mais bon, en 3 mois, on en oublie des choses donc nous avions préféré faire un billet pour chaque partie. Oui, je râle encore là dessus, c'est la dernière fois, promis, après j'arrête.

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Nous retrouvons le personnage de Charlotte Gainsbourg là où nous l'avions laissé, dans la chambre de Seligman, à lui raconter la suite de ses péripéties sexuelles. Cette seconde partie a été interdite en salle aux spectateurs de moins de 18 ans et bizarrement je l'ai trouvé plus soft que la première, moins dérangeante. Alors certes, on voit bien deux bites (désolée j'appelle un chat, un chat) en gros plan dans ce qui se présente comme une future partie à 3 mais dans l'idée je maintiens, le volume 1 est bien plus pervers. Sans doute parce qu'ici Joe est plus âgée, plus actrice dans sa vie sexuelle, moins tatonnante, plus mûre, bien qu'elle continue d'explorer le côté obscur des parties de jambes en l'air.

Joe ayant trouvé l'amour mais ayant perdu le plaisir, elle sombre peu à peu dans une escalade de souffrances physiques dans sa quête du Graal: son orgasme perdu. Sans trop en dévoiler, elle va tenter le sado-masochisme, le triolisme, la masturbation jusqu'à la blessure... La chair était déjà triste dans la première partie, là, elle est limite pathétique. On souffre pour cette pauvre femme qui n'arrive pas à vivre sa sexualité de manière épanouie, sans cesse dans l'expérimentation et l'obsession sans plaisir.

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Allant jusqu'à délaisser ses proches, le désir de ressentir sa petit mort étant plus fort, elle va être de plus en plus seule. Au passage, Lars Von Trier fait ici un excellent clin d'oeil à un de ses précédents films, "Antichrist" (si je vous dis fenêtre + nuit + scène d'amour ça vous dit quelque chose?). Sa solitude, elle la comble peu à peu avec Seligman qui se rapprocherait le plus de ce que pourrait être un ami dans la vie morne de Joe. Ensemble il continue d'explorer les tréfonds de sa vie et s'en suivent de délectables discussions argumentées entre eux deux. Exemples, contre-exemples, métaphores, références intellectuelles, tout y passe. Cela plait ou pas aux spectateurs qui pour certains trouveront ces scènes cérébrales masturbatoires (ça tombe bien, on reste dans le thème) mais personnellement j'ai trouvé qu'encore une fois avec ce film, Lars Von Trier nous enrichit intellectuellement. On ne ressort pas indemne d'une projection d'une de ses oeuvres.

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Lars Von Trier est un réalisateur que l'on adore ou que l'on déteste. J'ai du mal à concevoir que l'on puisse être "entre deux" avec ses films. Ici sans doute encore plus qu'ailleurs, il séduit ou ennuie. Vous avez d'ors et déjà compris que je me situe dans la première catégorie. J'ai déjà hâte de découvrir son prochain film tant cet homme là a une place bien à part dans le paysage cinématographique.

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La critique de Mr K: 5/6. Aaaaah depuis le temps qu'on l'attendait cette fameuse deuxième partie! Il était temps! Mais chose promise, chose due; notre cinéma a finalement décidé de programmer pendant une semaine la suite du film sulfureux de Lars Von Trier mettant en scène le personnage de Joe interprétée majoritairement cette fois-ci par une Charlotte Gainsbourg une fois de plus au sommet de son art.

On retrouve notre héroïne au moment exact où on l'a laissé à la fin du chapitre 1. Après avoir écumé nombre de lieux de perdition et avoir bu le calice jusqu'à la lie, elle n'est plus capable de ressentir le moindre plaisir! Commence alors une longue quête intérieure qui clairement s'apparente ici à une descente aux Enfers. Sa relation avec Jérôme ne peut alors que se dégrader et Joe va multiplier les expériences malheureuses. Elle croisera notamment sur sa route un coach d'un genre très spécial (Jamie Bell), des harders black adeptes de la parlotte (moment hilarant), une jeune femme fragile qu'elle va prendre sous son aile... autant de personnages qui vont croiser la route de Joe et changer sa trajectoire. Plus le métrage avance, plus on semble plonger plus loin dans les désordres émotionnels et relationnels de Joe. La fin ne peut qu'être bien sombre...

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Dans ce deuxième volume, les qualités sont toujours les mêmes mais ça n'a rien de surprenant quand on sait que Von Trier proposait avec Nymphomaniac une œuvre unique. La technique est toujours perfectionniste, entre cadrage caméra à l'épaule et plans plus travaillés avec des ambiances bien plantées où le climax se fait prenant et marquant. On a beaucoup glosé sur les scènes mettant en image les rapports sexuels assez violents que s'inflige l'héroïne. Certes c'est crû mais je défie toute personne normalement constituée d'y trouver une quelconque excitation ou désir car au contraire, tout cela est ici bien triste et dérisoire. Il y a le sexe comme révélateur mais Joe est une femme perdue, errant de personne en personne sans réellement trouvé la clef de son épanouissement. Il en ressort une figure solitaire, mélancolique qui glace le sang du spectateur et qui moi, m'a pris à la gorge.

Les acteurs sont toujours aussi bien dirigés et livrent une galerie de personnages hauts en couleur. Willem Dafoe en impose toujours autant entre force et finesse, le tout relevé d'une once de machiavélisme. Jamie Bell (ex Billy Elliot!) est remarquable de justesse comme dit précédemment et de manière générale, malgré une histoire vraiment déroutante et peu commune, on y croit tant Von Trier dissèque littéralement ses personnages pour mieux nous les jeter en pâture par la suite. On navigue constamment entre curiosité, trouble et faux semblant. Difficile en effet de pouvoir s'identifier à quiconque tant les âmes ici présentées sont tortueuses et ravagées par la vie.

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Au final, même si je lui ai préféré d'autres films du même auteur comme Dancer in the dark, Antichrist ou encore Melancholia, j'ai trouvé cette expérience cinématographique novatrice, entière, sans concession et d'une beauté à couper le souffle. Sûr qu'il ne plaira pas à tout le monde, le poids des tabous est ce qu'il est, mais c'était un plaisir sans borne d'aller voir un Von Trier qui pour moi est un réalisateur décidément bien à part.

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vendredi 11 avril 2014

"Au carrefour des étoiles" de Clifford D. Simak

au_carrefour_des_etoilesL'histoire: Étrange demeure que cette ferme Wallace, qui se dresse sur une falaise escarpée du Wisconsin.
Une ferme aux fenêtres aveugles, vieille de plusieurs siècles et cependant intacte, comme si le temps n'avait nulle emprise sur elle. Enoch Wallace, son propriétaire, vit là, de toute éternité semble-t-il. Or, c'est par cette maison – cette station – que transitent les voyageurs de l'Espace: les Thubains, masses globuleuses et bavardes, les Lumineux de Véga XXI, rayonnant d'ondes heureuses, d'autres encore...
Depuis bientôt deux ans, Claude Lewis – agent des Renseignements déguisé en ramasseur de gingseng – enquête et tourne autour de la ferme...

La critique de Mr K: Petite incursion en science fiction aujourd'hui avec un nouveau roman de Clifford D. Simak, grand nom du genre, à qui l'on doit notamment le remarquable Demain, les chiens. Cet ouvrage a attiré mon œil chez l'abbé par sa quatrième de couverture intrigante et une couverture étrange et délirante signée une fois de plus Caza, grand dessinateur qu'on ne présente plus et qui a laissé nombre de dessins talentueux dans ma bibliothèque chérie!

L'auteur nous invite ici à suivre un étrange destin. Il s'agit d'Enoch Wallace, un ancien combattant de la première guerre mondiale, revenu écœuré de cette dernière et qui par un mystérieux hasard s'est vu confier une drôle de tâche par des extra-terrestres: celle de gardien d'une station de voyage un peu particulière. À l'intérieur de ce qui ressemble à s'y méprendre à une demeure victorienne classique, se cache une espèce de gare intersidérale par laquelle transite des voyageurs venant des quatre coins de l'univers. Cet homme ordinaire aime ce qu'il fait et profite d'un avantage certain: tant qu'il reste dans sa maison (transformée complètement à l'intérieur), il vieillit très lentement, il a donc plus d'une centaine d'années lorsque commence ce récit. Bien évidemment tout cela commence à interroger les autorités qui envoient sur place un enquêteur qui rode de plus en plus près et fouine. La menace guette et il est des choses qu'on ne peut dévoiler aux yeux de la Terre entière...

On s'attache immédiatement à cet homme que le sort a placé sur le chemin d'Ulysse, agent inter-galactique chargé de créer le réseau de transport et de sa maintenance. Cet extra-terrestre haut en couleur (voir le dessin de couverture) est amateur de bons mots et de café, une boisson des plus délicieuse selon lui, parmi les meilleures du cosmos. Régulièrement, il rend visite à ce qu'il convient d'appeler un ami. Leurs discussions sont variées mais peu à peu la menace qui pèse sur le secret de l'existence de la station rajoute de la tension. Surtout que l'inspecteur venu de Washington se rapproche dangereusement de la vérité. Enoch Wallace lui est un homme simple, épris de liberté et de justice. Pacifique, rêveur (belles descriptions de promenades en forêt à l'appui), il est le reflet fidèle de l'auteur lui-même! J'ai aussi aimé le personnage de Lucy, jeune sourde et muette qu'il rencontre régulièrement lors de ses errances à l'extérieur. Elle est la douceur et la poésie incarnée, l'innocence bafouée par une famille qui ne la comprend pas et la maltraite. Un sort tout particulier l'attend qui changera sa vie à jamais!

Décidément, cett auteur est très talentueux: une fois de plus, il m'a transporté et m'a fourni un plaisir de lecture délectable à souhait et réflectif. Derrière cette histoire de SF basique et sans prétention, on peut y percevoir un plaidoyer puissant et humble contre la guerre et les conflits de tout genre. Réflexion sur le genre humain, c'est aussi une ode à la nature, un thème qui est d'ailleurs très cher aux yeux de Simac et qui revient régulièrement dans ses œuvres. Certains diront qu'on baigne dans une certaine niaiserie ambiante, moi j'y vois plus une pensée utopique qui fait du bien dans ces temps troublés. L'écriture est toujours aussi limpide et accessible. Simac ne tombe ni dans la facilité ni dans l'ésotérique, son langage est celui de tous pour tous, réussissant le tour de force d'aborder des thèmes universels et philosophiques tout en les mettant à la portée de n'importe qui. C'est beau et puissant. Bref, c'est à lire!

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
- Demain les chiens
- L'empire des esprits
- Mastodonia

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mardi 8 avril 2014

"Sacrés Français: Un Américain nous regarde" de Tod Stanger

sacrésfrancaisL'histoire: Depuis la guerre en Irak, entre Français et Américains, c'est la grande brouille. Ce n'est pas la première et sans doute pas la dernière fâcherie. Et voilà qu'un Américain qui a choisi de vivre à Paris décide de nous dire ce qu'il pense de la France. En Huron de l'Ohio, Ted Stanger s'est penché sur nos habitudes, nos modes de vie et de pensée. Loin de répondre à un anti-américanisme ambiant qui ne l'épargne pas, il tente de nous aider à comprendre ce grand malentendu qui fait des Français et des Américains des alliés-ennemis.
Imaginez sa stupéfaction face aux 35 heures, dans un pays où les restaurants et les pharmacies sont toujours fermés quand on en a besoin. Du règne de la bagnole à notre frilosité devant ce XXIème siècle qui s'ouvre, rien ne lui a échappé. Truffé d'anecdotes, impertinent et drôle, sans complaisance et volontiers polémique.

La critique de Mr K: Voila un volume qui m'attendait depuis plus de deux ans dans ma PAL. A chaque fois que mon regard se portait sur lui, je me disais que je le lirai après deux / trois autres lectures et le temps passe et tout lasse, tout casse... Trêve de plaisanterie me disais-je en composant mon bagage littéraire de vacances, quoi de mieux que le Périgord, département à haute valeur ajoutée en terme de culture française, pour lire un tel livre? Quelques heures de lecture ont suffi, voici mon avis...

Je vous le dis tout de go, je suis très partagé. Je n'ai vraiment rien contre l'idée de lire un livre sur mon pays à travers le témoignage d'un étranger, j'ai pendant très longtemps été abonné au remarquable journal Courrier International. Cependant, Ted Stanger n'évite pas l'écueil du parti pris non étayé dans la deuxième partie de l'essai notamment tout ce qui concerne la culture française. Il faut dire aussi qu'il a surtout vécu à Paris dans le milieu bobo, prout prout et qu'il semble être passé à côté de pas mal de choses...

Ted Stager a été pendant plus de dix ans reporter en France pour le magazine Newsweek, si vous vous en rappelez on le voyait d'ailleurs assez souvent sur les plateaux de télévision (JT essentiellement) pour donner son point de vue notamment lors de la crise irakienne. Dans ce livre, il dissèque la France et l'esprit français à travers divers chapitres comme la politique, les relations internationales, le sport, la culture... autant de thèmes intéressants qu'il agrémente avec quelques anecdotes croustillantes et des raisonnements mettant en parallèle notre vision des choses et celle des américains. Il en ressort que malgré un certain désamour (qui s'est calmé depuis 10 ans, le livre date de 2003) beaucoup de points nous rapprochent et qu'à compter les points de part et d'autre, personne ne gagne.

Cela donne lieu à des portraits au vitriol de notre façon de conduire (portrait hilarant des serial-killers en puissance que nous sommes derrière nos volants, je plaide coupable là-dessus), de notre attitude parfois hautaine, de notre goût pour le secret, de la servilité de nos journalistes face aux politiques, de notre goût pour le débat même quand il n'y a pas de fond, de l'importance énorme que prend l'art de bien vivre dans notre journée (les passages sur la gastronomie française sont aussi très réussis)... Le style est simple et incisif, l'auteur a d'ailleurs écrit directement le livre en français.

Cependant, en bon français râleur que je suis, je ne peux que rouspéter quand je lis que depuis les années 50 la littérature française n'a pas livré de bons romans (le nouveau roman l'aurait tué soit disant...), que le cinéma doit se contenter d'être un divertissement tout public, que la philosophie finalement ne sert pas à grand chose et qu'il faut aller directement au cœur des problèmes... Bref, Ted Stanger chausse alors de bon gros sabots de texans, étrange pour quelqu'un qui n'a fait que fréquenter les beaux quartiers de Paris (voir l'école que fréquente son fils et les personnes avec qui il traîne et qui sont tout sauf des citoyens lambda).

Au final, ce livre s'est avéré plaisant mais dispensable tant en voulant en faire trop, l'auteur se prend les pieds dans le tapis et livre un ouvrage certes drôle, décapant et parfois éclairant mais aussi caricatural et mensonger par moment. C'est vraiment dommage que des éléments viennent ternir une entreprise qui au départ m'avait séduit au plus haut point!

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dimanche 6 avril 2014

"Et puis, Paulette..." de Barbara Constantine

pauletteL'histoire: Ferdinand vit seul dans sa grande ferme vide. Et cela ne le rend pas particulièrement heureux. Un jour, après un violent orage, il propose l'hospitalité à sa voisine dont le toit de la maison a été détruit pendant la tempête. De fil en aiguille, la ferme se remplit: un ami d'enfance devenu veuf, deux très vieilles dames affolées, des étudiants un peu paumés, un amour naissant, des animaux. Et puis, Paulette...

La critique Nelfesque: J'ai beaucoup de tendresse pour les personnes âgées. Des souvenirs d'enfance, entourée de ma grand-mère, arrière grand-mère et arrières tantes remontent souvent à la surface. Alors quoi de mieux d'un roman tel que "Et puis, Paulette..." pour retrouver ces doux moments en lecture et tout ça au meilleur endroit qui soit: en vacances chez mémée!

Barbara Constantine est une auteure que j'aime beaucoup. Avec des mots simples, des situations de la vie de tous les jours, elle arrive à livrer une émotion profonde à ses lecteurs. La simplicité et la douceur de vivre, on les retrouve dans ce roman ci. Très vite, on s'attache à Ferdinand et à sa petite communauté peu commune qui se constitue petit à petit. Le genre d'initiative qui serait bien utile dans la vraie vie pour combler la solitude et continuer à vivre dans la joie et ce même après un certain âge. Trop de nos "petits vieux" vivent seuls, aigris, sans lien avec l'extérieur... "Et puis, Paulette" redonne foi en un avenir meilleur pour nos anciens et nous même dans quelques années.

Les personnages sont tous plus attachants les uns que les autres, avec leurs manies, leurs folies mais aussi leurs fêlures. Les soeurs Lumière, deux "presque soeurs" (l'une est la belle soeur de l'autre), de plus de 80 ans ont passé toute leur vie ensemble et m'ont particulièrement touchées. J'aurai voulu les prendre dans mes bras et leur dire que tout allait bien se passer, mamies... Mais c'est Barbara Constantine qui l'a fait à ma place en les faisant intégrer la ferme du bonheur. Un endroit où solidarité et prévenance animent les coeurs.

Vaincre la solitude en se regroupant c'est bien mais ça engendre des situations cocasses qui ne laisseront pas le lecteur de marbre. Avec 2, 3, voir 5 petits vieux dans une même maison, la logistique doit suivre! C'est 5 fois plus de médicaments à distribuer dans les semainiers, des comptes à entreprendre pour se répartir les charges, des tableaux à compléter pour les tâches ménagères... et de bonnes tranches de rigolade!

Mais, ne vous y méprenez pas, Barbara Constantine n'a pas fait de son oeuvre un roman culcul où tout le monde est beau et gentil, tout le monde s'aime, bisounours et compagnie. Il est aussi question de la vieillesse, de la maladie, de la mort et de souffrances psychologiques telles que l'absence, la tristesse et la solitude. Tant de sujets inévitables quand la vie est plus longue lorsque l'on regarde en arrière. On rit certes mais au détour d'une page la larme peut faire son apparition. Comment continuer de vivre lorsque l'être aimé s'en est allé? Comment ne pas être nostalgique des moments passés avec ses petits-enfants quand on les voit trop peu souvent à son goût? Mais que voulez-vous ma bonne dame, c'est comme ça, les jeunes, ils ont leur vie aussi...

Je vous conseille la lecture de ce roman qui se lit très rapidement et qui laisse au lecteur un sentiment doux-amer une fois terminé. Le sentiment d'avoir passer un moment hors du temps où la douceur de vivre et la simplicité prévalent sur la frénésie et l'égoïsme de notre époque mais aussi une indéniable nostalgie d'un temps révolu qui noue la gorge. Longue vie à nos mamies à blouse!

Et puis, Paulette... Je vous laisse la découvrir...

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Allumer le chat"
- "A Mélie, sans mélo"

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jeudi 3 avril 2014

"L'Amant" de Marguerite Duras

lamantL'histoire: "Très vite dans ma vie il a été trop tard."

La critique de Mr K: Voici un roman qui est une très récente acquisition. Trouvé par hasard dans un vide grenier près de chez nous, juste avant notre départ pour le sud-ouest, je l'ai glissé dans mes bagages en me disant que peut-être, si le cœur m'en disait, je pourrais le lire vu toutes les passions qu'il a pu déchaîner à sa sortie et ma haute opinion de l'adaptation qu'en a fait Jean Jacques Annaud. J'en ai lu la première page et je fus instantanément conquis par le style de Duras. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour en venir à bout!

Il s'agit d'un roman autobiographique, il faut donc entendre par là que Marguerite Duras s'est inspiré de ses souvenirs et qu'elle a brodé autour, tour à tour magnifié ou déprécié on retrouve des moments clefs de son adolescence car ici, il s'agit avant tout d'un focus approfondi sur la jeunesses de Duras en Asie du sud-est quand elle était petite durant l'entre-deux-guerre. Sa mère institutrice, ses deux frères et elle se démènent tant bien que mal dans ce qui était à l'époque une colonie française en Indochine. Une rencontre sur le bac de la rivière locale va l'initier à l'amour charnel et au désir, la forcer à prendre de la maturité et va bouleverser sa vie. Au passage, Duras égratigne sa famille et semble régler ses comptes avec un frère aîné à la fois tyrannique et déviant dans son comportement (menteur et voleur au sein du foyer familial et même ensuite).

Ce livre est remarquable a bien des points de vue. On ne peut dépeindre le style Duras sans en rendre la beauté et l'incroyable finesse. Se jouant de la syntaxe classique, du point de vue de narration (elle en change tout le temps et sans prévenir), la poésie est présente dans chaque phrase, dans chaque tournure, description et même dialogue. On nage dans l'esprit de l'écrivaine vieillissante qui revient sur une partie de sa vie marquante et plus généralement sur les dysfonctionnements de sa famille. On ne se cantonne donc pas à une histoire d'amour physique et sans issue (sacré Gainsbourg!) mais bel et bien à l'analyse d'une famille type de l'époque. Ainsi la mère déçue par la scolarité ratée (du moins le pense-t-elle) de ses deux garçons a de grandes ambitions pour sa fille et l'inscrit dans une pension, pour ensuite pouvoir l'envoyer dans l'équivalent de maths sup. Très vite cependant, la jeune fille lui fait part de son désir grandissant d'écrire, de livrer des histoires. Les heurts sont assez rock and roll au départ mais le caractère têtu de l'héroïne finira par briser la volonté maternelle qui n'a d'yeux finalement que pour l'aîné qui enchaîne déboires et malversations (il joue beaucoup et perd encore plus!). Tout cela donne lieu à de nombreuses réflexions de l'auteur qui revient pendant plus de la moitié du livre sur ses rapports si particuliers qui ont constitué son quotidien de jeune fille.

La relation qui s'instaure avec le jeune héritier chinois fait donc écho avec cette vie familiale mouvementée. On parle encore de race et c'est une étrange fascination l'un pour l'autre qui nous est décrit. Il a beau avoir 15 ans de plus qu'elle, c'est lui qui semble le plus fragile, le plus dépendant de l'autre. Il m'a bouleversé par sa sincérité et son amour infini pour cette jeune fille assez immature et inconsciemment cruelle. Leurs rencontres et leurs ébats donnent lieu à de très belles pages de littérature, peut-être même parmi les plus belles dans le genre tant il en émane de la pureté, de la cruauté et finalement une finesse à vous couper le souffle. Le côté éphémère de l'affaire rajoute une touche d'urgence et de passionnel développant l'émoi du lecteur qui ne peut s'échapper, prisonnier d'un style enchanteur et d'une histoire d'amour profonde et pourtant différente à la fois.

Au final, on peut dire que ce livre est un authentique chef d’œuvre où l'onirisme côtoie le réalisme le plus cru et parfois le plus dur (rapports frères – sœurs, l'amant chinois et sa famille). L'Amant propose aussi une très belle vision d'une époque désormais révolue sans jamais sacrifier à la psychologie des personnages pour lesquels on ne peut que s'attacher. J'ai été conquis, cueilli et estomaqué par cette lecture d'un autre temps à la dimension intemporelle cependant. Le serez-vous à votre tour?

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lundi 31 mars 2014

"La mort dans l'âme" de Ian Rankin

lamortdslameL'histoire: Les services sociaux installent un pédophile avéré bénéficiant de la liberté conditionnelle en face... d'un jardin d'enfants. Un policier exemplaire se jette d'une falaise alors que les voies de l'ascension sociale lui étaient ouvertes. Des gosses disparaissent du jour au lendemain, sans que leurs familles n'aient la moindre explication. Un tueur en série revient libre des États-Unis pour narguer John Rebus et les médias, dans un jeu terrifiant dont nul ne sait qui sera la prochaine victime... Décidément, rien ne va plus dans la ville d'Edimbourg. Comment faire la part des choses? Partagé entre la raison d’État, les fidélités intimes, le désir de justice et les nostalgies du passé, l'inspecteur John Rebus, une fois de plus, va devoir affronter ses propres contradictions.

La critique de Mr K: Il y avait bien longtemps que je n'avais pas arpenté l'asphalte d'Edimbourg en compagnie de ce cher inspecteur Rebus. Chaque livre d'Ian Rankin s'est révélé un petit bijou d'écriture et de suspens, en l'espace de deux visites chez l'abbé et une brocante, je me suis porté acquéreur de pas moins de quatre aventures de l'inspecteur écossais au pédigré très lourd entre alcool et mélancolie. Vous l'avez compris, il était temps que je me replonge dans la grisaille écossaise pour une enquête haletante et multiforme.

Plusieurs mystères à résoudre se chevauchent dans ce livre placé sous le signe des ténèbres et du côté obscur de l'humanité. Des enfants disparaissent et très vite les soupçons s'orientent vers un pédophile repenti qui va être livré à la vindicte populaire aussi aveugle que monstrueuse. Clairement le ton est donné, on se rapproche d'une ambiance à la Mystic River ou plus récemment, Prisoners. Surtout que Rebus n'est pas blanc-blanc dans l'histoire, son parti-pris premier a des conséquences qu'il ne soupçonnait pas et vont le faire sombrer. Une de ses connaissances et ami flic se suicide sans raison ce qui va l'entraîner encore plus bas. Rajoutez là-dessus un serial killer particulièrement retors relâché pour bonne conduite aux USA avec retour au pays à la clef (Edimbourg) et vous obtenez un cocktail explosif au centre duquel on retrouve la figure tutélaire de Rebus qui va avoir fort à faire durant les 610 pages de ce volume.

On retrouve tout l'amour pour ses personnages qui anime Rankin. C'est avec grand plaisir que l'on retrouve son héros lunaire, grand escogriffe écorché qui s'accroche à la vie on ne sait vraiment pourquoi et comment. Alcool-addict en cours de cure, compagnon absent pour sa compagne la bien nommée Patience, grand nerveux aux accès de fureur peu ou pas contrôlés, il semble s'enfoncer de plus en plus au fil des pages. C'est prégnant et angoissant pour le lecteur, surtout que Rebus s'avère être assez réactionnaire par moment ce qui brouille les pistes et l'empathie que l'on peut ressentir pour ce personnage hors norme. On passe donc par de nombreux états en sa compagnie: on flippe, on rit parfois (mais un tout petit peu...), on est écœuré et par moment l'auteur nous accorde quelques pauses entre nostalgie et mélancolie quand Rebus repense au passé et notamment à son adolescence.

Les personnages secondaires sont aussi très bien traités, que ce soient les proches et amis de Rebus: Patience la compagne fidèle et compréhensive, Sammy sa fille désormais handicapée qui essaie de combattre son état en déversant toute son énergie dans des exercices physiques, Janice (premier amour de Rebus) désespérée par la disparition de son garçon. Autant de destins liés à Rebus et qui comptent sur lui. Les "bad guys" sont de haute volée avec notamment Cary Oakes qui très vite se montre instable et extrêmement dangereux. Vu l'ouverture finale du roman, je pense que l'on le retrouvera dans de futurs romans de la série. Sadique patenté, doublé d'un appétit pour le sang et la violence, il est redoutable de perversité et marque les esprits. Mention spéciale aussi aux émeutiers réacs des quartiers pauvres d'Edimbourg qui m'ont fait irrémédiablement penser au retour des ligues d'extrême droite qui ont tendance à envahir nos écrans de manière nauséabonde (notamment après la fameuse manifestation du "jour de colère"). Ce livre met en exergue les tensions de la société suite à un fait divers affreux et montre bien le fonctionnement de l'esprit humain et surtout de l'effet de foule. On en ressort tout de même ébranlé et franchement avec peu d'espoir dans l'esprit humain.

La mort dans l'âme porte très bien son titre. On rentre vraiment dans un univers morne, sombre, désespéré, décrépi... L'Écosse qui nous est ici décrite n'est pas des plus reluisante. Le malheur est ici omniprésent, les bleus de l'âme sont étalés au grand jour et personne n'est ici épargné. Ian Rankin prend un malin plaisir à tisser les trames d'un scénario qui se révèle ici être une véritable toile d'araignée. On se fait balader du début à la fin et franchement le suspens est maintenu jusqu'au bout. On retrouve tout le talent d'écrivain hors pair de Rankin, la langue est simple, détaillée et gouleyante à souhait. Les pages se tournent sans effort et il est quasiment impossible de relâcher le livre avant la dernière page tant l'addiction est forte.

Pour ma part, c'est le meilleur de la série en attendant de lire les trois autres qui sont toujours dans ma PAL.

Lu et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Nom de code: Witch"
- "Le fond de l'enfer"
- "Rebus et le loup-garou de Londres"

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vendredi 28 mars 2014

"Le Magasin des suicides" de Jean Teulé

le-magasin-des-suicidesL'histoire: Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort ! Imaginez un magasin où l'on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l'humeur sombre jusqu'au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable : la joie de vivre...

La critique de Mr K: Un Jean Teulé a toujours une saveur particulière surtout si le titre est attendu au tournant. Que ne m'a-t-on pas dit concernant Le magasin des suicides? Génial, drôle à souhait, piquant, dérangeant, ignoble... j'en passe! Avant ma lecture, je dois bien avouer que je pars avec un sentiment de confiance tant j'ai adoré nombre de lectures de cet auteur (liste des chroniques disponible en fin de post) et que je n'ai jamais été déçu.

L'auteur nous présente une famille très particulière. Espèce de famille Adams à la française, ils tiennent un magasin qui fournit tout ce qu'il faut pour se suicider: cela va de la corde classique, au revolver, aux poisons les plus raffinés aux effets divers et variés. Inutile de vous dire que ce n'est pas la joie de vivre qui les étouffe! Le fils aîné est mono-maniaque et crée des inventions plus macabres les unes que les autres et sa sœur ne s'aime pas et se révèle dépressive. Tout ceci fait le bonheur des deux parents qui prospèrent économiquement et ne voient aucune raison de changer. Mais voilà, en voulant tester un préservatif percé (nouvel acquisition du magasin pour se refiler des MST) les voilà parents pour une troisième fois... le petit Alan naît et au grand malheur de ses parents, il s'avère animé d'une joie de vie indéfectible!

Il faut bien avouer que le postulat de base est vraiment appétissant. Tout tourne autour du renversement des valeurs établies. On nage ici en plein univers ubuesque où les relations entre être humains et idées sont déviantes disons-le clairement! Mort, souffrance, suicide autant de notions souvent éludées ou évitées dans nos sociétés occidentales. Ainsi par exemple, les séquences narratives mettant en scène les commerçants et les clients sont toutes plus délirantes les unes que les autres, les amateurs d'humour noir (dont je fais partie) sont logés à la bonne enseigne. Les personnages sont croustillants à souhait, les parents qui ne comprennent pas leur petit dernier, le grand frère qui fait penser au Vincent du premier court métrage de Tim Burton, Alan le délirant et joyeux petit dernier... mais ma préférence va sans conteste à la sœur qui m'a touchée dans son évolution et qui me paraît être la grand réussite du livre avec la toute dernière phrase que j'ai trouvé lapidaire à souhait! On retrouve toute la verve et l'inventivité de Teulé pour nous marquer au détour d'une bonne phrase et d'une belle formulation. La langue fait une fois de plus merveille et c'est avec délectation que les pages s'enchaînent sans difficultés.

Pour autant, ce titre est loin d'être mon préféré de l'auteur. Je n'ai pas apprécié le tournant pris par la famille au contact du petit dernier, j'ai trouvé l'ensemble convenu et quelque peu cucul voir lénifiant, un comble pour un Teulé! Attention, ce livre est tout de même une belle expérience mais elle est loin d'être aussi marquante qu'un Darling, Le Montespan ou un Je, François Villon. Je trouve que Teulé ne va pas au bout de son concept et se complet dans un récit qui devient finalement assez prévisible hormis l'ultime pirouette finale qui rattrape tout de même ce qui précède.

C'est donc une semi-réussite ou une semi-déception pour moi, la première concernant un livre de cet auteur. Peut-être en attendais-je trop? Toujours est-il qu'à mes yeux, on est loin pour moi du côté "définitif" qui caractérisait ses œuvres jusqu'ici...

Déjà lus et appréciés du même auteur au Capharnaüm Éclairé:
- Darling
- Je, François Villon
- Charly 9
- Mangez-le si vous voulez
- Le Montespan
- Fleur de tonnerre

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jeudi 27 mars 2014

"Her" de Spike Jonze

herL'histoire: Los Angeles, dans un futur proche. Theodore Twombly, un homme sensible au caractère complexe, est inconsolable suite à une rupture difficile. Il fait alors l'acquisition d'un programme informatique ultramoderne, capable de s'adapter à la personnalité de chaque utilisateur. En lançant le système, il fait la connaissance de 'Samantha', une voix féminine intelligente, intuitive et étonnamment drôle. Les besoins et les désirs de Samantha grandissent et évoluent, tout comme ceux de Theodore, et peu à peu, ils tombent amoureux…

La critique Nelfesque: Nous avions remarqué ce film bien avant sa sortie. "Her" ayant reçu l'Oscar du Meilleur Scénario cette année, c'est avec encore plus d'impatience que nous nous sommes dirigés mardi soir vers la salle de cinéma.

J'ai été complètement happée par le scénario et la bande annonce de ce film. Je savais que j'allais voir un film à part, le genre de film ovni qui vous fait encore plus aimer le cinéma. J'avais également lu et entendu à la radio d'excellentes chroniques sur lui et vous savez ce que l'on dit, quand on a trop d'attente, plus dure est la chute.

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Alors comment fut la chute dans mon cas? Douce, extrêmement douce! Je n'ai pas du tout été déçue et je suis ressortie de la salle après 2 heures, complètement sonnée. Sonnée par l'ambiance, par la puissance du message porté par ce film et surtout sonnée visuellement.

Visuellement, parlons en en premier lieu, "Her" est un bijou. Téléportez moi dans l'époque du film et niveau déco je serai au nirvana! Les décors sont superbes, entre technologies que nous ne connaissons pas encore ou seulement les prémices et un côté vintage épuré très scandinave dans l'esprit. Une sorte de rétro-futurisme qui prendrait sa source dans les années 2000 et serait influencé par l'architecture, le design et la mode des années 50/60. Un petit côté Mad Men des années 2050 en quelque sorte. On est ici bien loin de ce qu'on peut voir d'ordinaire dans les films SF, visuellement très colorés et denses. Rien ne vient agresser le spectateur qui se retrouve bercé lui aussi par la voix de Scarlett Johansson. Les couleurs sont douces et chaudes, l'ambiance est apaisante et sereine... Un paradis de futur? Pas tout à fait car le prix à payer est grand.

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Ce qui ressort de "Her" c'est une profonde solitude. Les hommes n'ont que très peu de contact les uns avec les autres. Ils ne semblent pas en souffrir mais dans chaque plan j'ai senti une blessure latente. Ils se croisent sans cesse sans se voir, n'apportent que très peu de considération à ses semblables (ils n'écrivent même plus leurs propres lettres d'amour). Lorsque Theodore commence à éprouver des sentiments pour Samantha, lorsqu'il prend conscience qu'il en tombe amoureux, on ne peut s'empêcher de penser que Samantha n'est pas une femme "comme les autres". Cet amour naissant est voué à l'échec, Samantha n'étant qu'un OS. OK ce n'est pas un programme quelconque, il évolue avec le temps et ses "expériences" mais comment faire sa vie avec un programme?

Certains peuvent considérer que l'amour est une sorte d'aliénation. Ici, elle prend tout son sens même si paradoxalement cet amour va aider Theodore à se reconstruire, à refaire surface et à ouvrir son coeur.

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J'ai aimé ce film mais j'en suis sortie assez déprimée, voyant du pathétique là où d'autres verraient de la tendresse. J'ai été touché par le personnage de Theodore, si ancré dans son époque, malheureux et seul, ayant des amis mais ne trouvant un semblant de réconfort que dans des univers artificiels, la technologie moderne en premier plan... Une dérive vers laquelle notre civilisation va tout droit... Scarlett Johansson quant à elle crève l'écran par sa voix. Sans être présente physiquement, elle est partout, sa voix emplissant chaque seconde de solitude.

En résumé, "Her" est un très beau film que je vous conseille vivement de voir. Joaquim Phoenix est époustouflant et nous fait vivre avec lui la moindre des émotions de son personnage. Des émotions qui nous font nous interroger sur nos vies, nos peurs et nos souffrances. Préparez les mouchoirs pour la fin (et pas forcément pour les raisons que l'on pourrait attendre...)

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La critique de Mr K: 6/6. On peut dire que celui-là, je l'attendais au tournant, surtout depuis que j'avais vu la bande annonce il y a déjà deux mois. Je n'ai pas été déçu, en même temps la surprise n'est pas grande tant le réalisateur fait partie de mes chouchous depuis ses clips pour ma Björk adorée et l'inclassable et génial Dans la peau de John Malkovitch. Ici, il nous livre un film superbe se partageant entre SF, love story et réflexion plus générale sur l'homme. Attention, le voyage est éprouvant et assez sombre, teinté tout de même parfois par quelques touches de beauté décalée et quelques traits d'humour.

L'histoire se déroule dans un futur qu'on imagine proche. La technologie a évolué mais pas tant que ça, en témoigne une scène avec un taxi qui ne vole pas et fonctionne encore au carburant fossile! La nouveauté se fait essentiellement à travers l'interface informatique/humains que l'on retrouve dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. L'Intelligence Artificielle (IA) a fait son apparition et tout le monde communique avec oreillettes et autres vidéophones portables (impossible de décrire autrement l'objet fétiche de Joaquim Phenix). Cela donne une vision du futur plutôt flippante car tous les êtres humains croisés semblent voués à une solitude technologique, ils se croisent mais semblent ne pas se voir, ne pas se parler. C'est avant tout un film sur l'isolement et la douleur qui l'accompagne que nous livre le cinéaste. Cela donne lieu à de magnifiques scènes entre langueur du personnage, musique quasi relaxante et des décors épurés rétro-futuristes (on se croirait dans les sixties, voir la mode des pantalons portés très haut et les motifs des vêtements qui font très vintage!).

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Puis c'est la rencontre ou du moins la mise en service d'une OS (IA) par Théodore le héros qui est en instance de divorce et qui n'arrive pas à surmonter sa douleur. Il ne voit plus personne à part un couple d'ami et se renferme dans une routine se partageant entre son travail d'écrivain public (il écrit les lettres intimes de ses commanditaires) et des soirées jeux vidéos dans son salon (mention spéciale à l'alien très "South Park" avec qui il a une petite altercation). L'OS paramétrée et activée, cette dernière qui s'est donnée le nom de Samantha "parce que ça sonne bien" exerce une fascination sans borne sur un Théodore au bord du gouffre. Puis peu à peu, par petites touches, ses sentiments changent envers Samantha et vice et versa. Un amour nait (ou du moins semble naître) et Théodore semble aller mieux... C'est alors une période d'euphorie qui s'ouvre à lui comme souvent dans une histoire d'amour en éclosion. Vous imaginez bien que ce n'est pas aussi simple que cela et que vous n'êtes pas au bout de vos peines... je vous le confirme! A vous d'aller voir le film pour découvrir ce que nous réserve le métrage dans sa deuxième partie.

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Tous les acteurs sont parfaits au premier rang desquels on retrouve un Joaquim Phoenix en pleine état de grâce. Décidément, il peut tout jouer et il livre ici une prestation vraiment extraordinaire, tout en finesse et sensibilité. Un regard, une esquisse de sourire à la commissure des lèvres et l'on rit ou l'on fond en larme (pour ma part deux fois pendant ce métrage!). Le personnage prend corps devant nos yeux et on y croit. Mais pourquoi n'a-t-il pas eu l'Oscar d'interprétation? Ils auraient du me demander mon avis! Plus étonnante et par là même bouleversante, est la prestation de Scarlett Johansson que vous ne verrez à aucun moment mais dont vous entendrez la voix. Nous avons eu la chance de pouvoir voir le film en VOST et franchement ça valait le coup. Je ne pensais pas possible de pouvoir ressentir autant de chose à travers une simple voix. Un travail gigantesque a du être fait par l'actrice pour gérer les respirations, les inflexions, le rythme de sa voix. Le résultat est remarquable et rend cette IA à la fois crédible, émouvante et parfois inquiétante. Les seconds couteaux du film sont au diapason avec mention spécial à Rooney Mara et Amy Smart.

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On retrouve tout le talent de Sponze une caméra à la main. Peut-être moins virevoltant que sur ces vieilles œuvres, on retrouve son goût étrange dans les décors, les non-dits du scénario qui ne ménagent pas le spectateur. Tout est à l'avenant avec une bande originale vraiment en adéquation parfaite avec les images, une photo, une lumière et des plans à couper le souffle. Tout est ici beauté, épure, calme et réflexion. Il y en a dans ce film. Très souvent, un malaise s'installe car la relation qui se noue ici est artificielle et contre-nature. Pour autant, à aucun moment le plaisir ne m'a quitté durant la projection. Une douce mélancolie m'a envahi, m'a transporté. C'est un peu chamboulé et ému que l'on quitte un film comme cela. La thématique et les réflexions qu'il provoque vous trotteront un certain temps dans la tête et ce n'est que tant mieux!

Une belle œuvre à découvrir au plus vite et au cinéma pour ne rien perdre de son esthétique et de sa profondeur.

Posté par Nelfe à 20:03 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
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