Cafards at home

jeudi 30 octobre 2014

"Le Vaisseau ardent" de Jean-Claude Marguerite

le-vaisseau-ardentL'histoire: En Yougoslavie, Anton et Jak, dix et onze ans, assouvissent leurs rêves de piraterie en chapardant sur les bateaux du port. En échange d'alcool, un ivrogne leur raconte l'épopée du Pirate Sans Nom, un forban hors du commun qui aurait disparu sans laisser de traces, en emportant le plus fabuleux trésor de l'histoire de la piraterie. Pour Anton, ce qui n'est sans doute qu'une légende va devenir sa principale raison de vivre. Devenu pilleur d'épaves, sa quête le mènera aux quatre coins de la planète, et il découvrira que derrière l'énigme du pirate Sans Nom s'en cache une autre, bien plus ancienne, celle du Vaisseau ardent...

La critique de Mr K: Énorme découverte aujourd'hui avec ce roman vraiment pas comme les autres qui navigue aux confluences du récit d'aventure, de la Science-Fiction et du récit mythologique. Et oui, Le Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite c'est un peu tout ça et beaucoup plus encore! Livre somme (1562 pages tout de même!), il m'aura fallu un certain temps (et deux périodes distinctes d'ailleurs, une par partie) pour le terminer. Mais quel bonheur! Quelle expérience! J'ai été conquis, cueilli et bouleversé par ce récit qui restera gravé longtemps en moi tant il a évoqué et touché des souvenirs, des idéaux intimes et profonds.

Quand on m'a proposé de découvrir cet ouvrage, la quatrième de couverture m'a de suite attiré. J'y trouvais des correspondances avec des œuvres qui m'ont marqué profondément lors de mes premières lectures notamment L'île au trésor de Stevenson mais aussi Robinson Crusoë de Daniel Dafoë. J'étais bien loin de me douter que derrière cette histoire de deux jeunes apprentis pirates se cachait quelque chose de bien plus gros, d'éminemment métaphysique et spirituel, une espèce de voyage initiatique partagé entre plusieurs personnages, à travers diverses époques et ceci en trois grandes parties qui subdivisent l'ensemble de cette œuvre fleuve.

Tout commence avec un préambule narrant un épisode historique très ancien mâtiné de mythologie. Un pharaon et toute sa suite disparaissent près de l'île du chaos, un endroit aujourd'hui inconnu dont certains anciens manuscrits font mention. Puis de suite, l'auteur bascule en Yougoslavie où deux jeunes garçons passionnés de piraterie vont rencontrer un homme mystérieux amateur de bonnes bouteilles de rhum et de vieux récits. Nous suivons alors en parallèle une histoire dans l'histoire, celle du Pirate Sans nom et de son étrange destinée. Cela se complique ensuite avec un deuxième basculement qui voit s'affronter verbalement et théoriquement Anton devenu grand (le capitaine Petrack grand chasseur d'épave reconnu dans le monde entier) et Nathalie une jeune archéologue. Ils discutent notamment du fameux Pirate Sans Nom mais aussi d'un mystérieux Vaisseau ardent et d'enfants disparus. Enfin, dernier basculement avec un récit de naufrage très particulier qui apporte les réponses à toutes les questions soulevées précédemment et croyez-moi, elles sont nombreuses!

Ce livre est unique en son genre, en cela il se mérite et il faut s'accrocher au départ pour ne pas se perdre ensuite. Le style et la langue sont abordables mais sachez que l'auteur se plaît à semer tout plein de petits indices qui s'imbriqueront bien plus tard. Il fallait donc bien plus de 1500 pages pour étoffer l'ensemble. Ce qui peut ressembler au premier abord à des digressions par forcément utiles ou révélatrices s'avère parfois capitale pour la bonne compréhension de l'ensemble. Facile d'accès, il faut juste éviter de prendre peur devant l'ampleur de la tâche qui nous attend. Pour ma part, pas de souci, j'aime bien en général les gros volumes surtout quand c'est justifié! Une fois conquis, je vous garantis qu'il est très difficile de relâcher ce livre! Attention danger!

J'ai tout particulièrement apprécié la vision humanisme qui se détache de cet ensemble. Jean-Claude Marguerite s'attarde beaucoup sur ses personnages, il les bichonne, les cisèle pour mieux nous les rendre entiers, sensibles et bien réels. Nous sommes au plus près d'eux, nous apprenons à les connaître et l'empathie fonctionne à plein régime ce qui laisse le lecteur à la merci de nombreux sentiments contradictoires, surtout que rien n'est simple et que nulle place n'est laissée au manichéisme. Les personnages sont donc changeants et troublants mais dégagent une humanité qui fait bon lire! Cet aspect humain contraste grandement avec le fond développé qui vire peu à peu au fantastique-mystique. La fin m'a d'ailleurs fait penser à un mélange inégalable de conte et de récit quasi messianique. Chaque pensée, chaque acte a son poids et son importance, on ne peut que s'incliner devant une telle maîtrise. Pour information, les éditeurs indiquent en fin d'ouvrage que l'auteur a mis près de 18 ans pour l'écrire! Cela se comprend quand on en perçoit la densité de la trame développée. Chapeau bas!

Au delà de l'histoire à proprement parlé, l'auteur aborde beaucoup de sujets en filigrane. Ainsi le capitaine Petrack lui permet d'aborder les rêves de jeunesse et la réalité de l'âge adulte. Nathalie c'est la jeunesse qui a encore des illusions et qui ne sait pas encore vraiment ce qu'elle veut devenir. Quant au Vaisseau Ardent, c'est un peu un mélange de tout cela, il peut inspirer la crainte comme l'espoir, il peut être synonyme de renouveau mais aussi de fin. On voyage au cœur de légendes et de mythes communs à l'humanité notamment le Buisson Ardent, le Déluge, la Fontaine de jouvence mais aussi dans l'Histoire et la frontière parfois ténue qui peut exister entre elle et la légende justement. Cela amène le lecteur à beaucoup s'interroger (sans se prendre la tête pour autant, comme dans un jeu de piste savamment organisé), autant de questionnements divers qui l'agitent du début à la fin de sa lecture très fluctuante en terme de sentiments et de ressentis vis-à-vis des personnages et de l'intrigue qui aime à nous détourner et nous surprendre tout au long de l'ouvrage.

La forme en elle-même est aussi changeante! On passe d'une retranscription de récit ancien à du roman pur et dur. Puis, l'auteur se complaît à l'entracte entre les deux grandes parties à nous conter une vieille légende à la manière des griots africains. Il passe même par la case théâtre pour nous raconter une vieille légende viking en lien avec le fameux Vaisseau Ardent. Puis retour au récit classique, intercalé d'histoires dites par certains personnages... C'est un foisonnement littéraire à nul autre pareil qui m'a été permis de découvrir ici, on en éprouve un grand plaisir, quasiment une jouissance intellectuelle par moment, la forme étant au service du fond et non l'inverse. Tout cela donne une dimension vraiment unique à ce roman. L'expression "raconter une histoire" n'a jamais pris autant de sens que dans ce roman multiforme d'une efficacité redoutable si l'on se laisse convaincre et emporté par un auteur vraiment hors norme.

Vous l'avez compris, Le Vaisseau ardent fait partie de mes toutes meilleures lectures de l'année écoulée voir depuis la création de notre blog il y a sept ans environ. Amateurs d'épopées, de voyages intérieurs, de questions existentielles, si vous avez soif d'innovation et d'imagination, si l'envie de vous évader vous dévore les entrailles... Foncez! Ce livre est un chef d'œuvre!

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mercredi 29 octobre 2014

"Urbi et orbi" de Seyer

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L'histoire: Rome 1493, César Borgia a dix-sept ans et s'apprête, sous l'égide de son père, le Pape Alexandre VI, à devenir celui que Machiavel appellera "Le Prince": un tyran ambitieux, cruel et sans scrupules, qui érige le meurtre en principe politique.
Ce récit est celui de Michelotto Corella, ami d'enfance de César Borgia et son tueur attitré...

La critique de Mr K: Ce livre est une pure découverte que j'ai fait par hasard en achetant ce volume 1 Urbi et orbi sur un coup de tête chez mon bouquiniste préféré. Les dessins m'ont de suite attiré ainsi que l'histoire. Il y a de quoi faire avec les Borgia et le présent volume se voulait moins théâtralisé que ce qui s'est fait jusqu'ici sur le sujet (adaptations des 70', voir la série US du même nom qui reste sympathique) avec notamment des dialogues crûs et sans faux fuyants.

L'originalité du point de vue marque de suite la différence par rapport à tout ce que j'ai pu lire ou voir sur cette famille déviante et orgiaque qui tenait les rênes de la papauté et d'une grande partie de l'Italie en cette fin de XVème siècle. Le plus dur n'étant pas de prendre le pouvoir mais de le garder (dixit Machiavel), le lecteur arrive au moment où Alexandre VI (le patriarche des Borgia qui veut mener tout son petit monde à la baguette) doit faire face aux menaces qui pèsent sur sa personne. Les grandes familles sont proches de se liguer contre lui et il doit avancer ses pions prudemment pour ne pas faire le moindre faux pas. Il va devoir jongler entre le choix d'un mariage de raison pour sa chère fille Lucrèce, les pulsions de César et les rois de France successifs qui veulent le déposer et en même temps faire main basse sur les trésors de l'Italie. César va faire le ménage avec son compagnon de toujours Michelotto Corella, mercenaire espagnol rencontré lors de ses études à Pise et qui va s'avérer un ami et un homme de main plus que précieux!

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Urbi et Orbi, Mémoires horrifiques et Burlesques d'un Tueur ne fait pas dans la dentelle. Ça défouraille sec, ça pille, ça viole et ceci en toute impunité au nom du Saint Père. Curieuse époque vraiment! Pour distancier le propos et lui apporter une finesse supplémentaire, le choix de prendre Michelotto Corella est très intéressant. Il est à la fois acteur et spectateur. En tant qu'ami de César, il est convié à quasiment toutes les réunions secrètes entre Borgia et il prend activement part aux vendettas orchestrées par César. Comme en plus, il est loin d'être un imbécile et ne se limite pas à une brute épaisse, le personnage est séduisant malgré sa part sombre. Sa relation unique et complice avec César est très bien rendue par un auteur très méticuleux en terme de réalisme historique.

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On retrouve cette acuité dans les données historiques qui sont toutes véridiques malgré parfois quelques omissions pour éviter la surcharge de détails et le ralentissement du récit. Les dessins sont vraiment splendides. Très sombres, chargés au possible, ils recréent impeccablement la Renaissance italienne dans la description des palais, églises et autres lieux. Il en va de même pour tous les détails concernant les personnages notamment dans leurs tenues et les objets qu'ils peuvent manipuler. Le langage détonne au premier abord, on s'éloigne vraiment du langage châtié type péplum hollywoodien pour plutôt être immergé dans un argot des plus charnus, haut en couleurs de l'époque. Là encore, même si parfois cela peut déranger, on retrouve tout le talent de l'auteur pour restituer une époque et une ambiance. Plume et dessins ne font qu'un pour le plus grand plaisir du lecteur emporté dans un tourbillon de sang et de stupre.

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Au delà de la simple BD historique, ce volume s'apparente aussi à la théorie politique, à l'idéologie qu'exposera Nicolas Machiavel dans Le Prince, un univers où tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins quitte à sacrifier ses amis, voir sa famille. Tout ceci est remarquablement retranscrit dans ce roman graphique vraiment épatant en terme de forme et de fond.

Ce fut donc une lecture très agréable, très rapide que j'ai lu d'une seule traite tant j'ai été happé par l'univers et l'esthétique léchée de cette œuvre assez incroyable dans son genre. Un voyage mouvementé et réflectif que je vous encourage grandement à entreprendre si le sujet vous intéresse.

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dimanche 26 octobre 2014

Lune de miel à Saint-Malo

Après notre mariage, nous avons passé quelques jours à Saint-Malo, tous les 2, en jeunes mariés. Nous avions réservé une chambre d'hôtes et cette parenthèse nous a permis de réaliser ce qui venait de se passer et de se retrouver un peu au calme après des mois de préparatifs et un week-end riche en émotions.

mairie

Nous nous penchons actuellement sur la destination de notre voyage de noces qui est prévu pour février prochain mais il nous tenait à coeur de partir quelques jours pas très loin de chez nous, juste après nos 2 "oui". Pas très loin ? Un coin joli mais qu'on ne connaît pas par coeur ? On a hésité, on s'est dit qu'on partirait bien du côté de Deauville et puis Saint-Malo s'est vite imposée comme une destination très chouette et relativement près pour ne pas perdre de temps sur la route. Et on a bien fait !

J'avais envie de partager avec vous un petit bout de ce séjour et vous donner quelques bonnes adresses en cas de futurs week-ends malouins ! Ceux qui nous suivent sur notre page facebook, ont pu avoir un petit aperçu en live.

Nous avons logé à "La Haute Flourie", une chambre d'hôtes que je vous conseille vivement tant le cadre est beau, la déco à tomber, les proprio de bons conseils et le quartier charmant. Le seul petit bémol est la proximité du barrage de la Rance. On a eu peur d'être importunés par le trafic routier mais finalement pas du tout donc plus de peur que de mal.

La Hte Flourie

"La Haute Flourie" est une vieille maison de corsaire avec un grand parc, un atelier d'artiste, une décoration superbe et Pierre-Yves le propriétaire vous accueille chaque matin avec le sourire, de bons conseils et des confitures maisons. Cette maison d'hôtes est une vraie maison d'hôtes, à savoir qu'on entend les enfants jouer, ça vit, on discute... On se sent vraiment comme à la maison et personnellement je transposerai bien son salon chez moi !

La hte flourie 2

La hte flourie 3

La hte flourie 5

La hte flourie 4

Chez Pierre-Yves et sa famille, une partie de la bibliothèque est disponible à l'échange. Certains rayons de la bibliothèque sont ouverts : on prend un livre et on en laisse un à la place, avec sa dédicace, comme une trace, qui, sans doute, suivra sa route dans d'autres mains. Un de mes romans a donc élu domicile chez eux et j'ai de mon côté emporté un livre que j'avais très envie de lire. C'est le petit plus qui finit de charmer des lecteurs comme nous !

La Hte Flourie1

Notre séjour se voulait reposant. Nous n'avons pas couru dans tous les sens pour visiter absolument tout ce qu'il y avait à voir, nous aurons l'occasion de retourner sur Saint-Malo dans le futur. Nous nous sommes laissés porter par les conseils de notre hôte, nous avons pris le temps et nous avons profité vraiment à fond de cette parenthèse enchantée. Le soleil était au rendez-vous pour ne rien gâcher.

La chambre d'hôtes se trouve dans le quartier de Saint Servan. Un petit port paisible où il fait bon flâner au soleil couchant avant un excellent dîner à L'Atre, face à la tour Solidor.

Solidor

Solidor 2

Solidor 3

Cap maintenant sur Saint-Malo intra-muros. Balades sur la plage à marée basse, dîner / pique-nique sur le sable (ah ce beau mois de septembre !), promenades sur les remparts...

St Malo

Gwen St Malo 1

Plage St Malo

Fort

remparts

Saint Malo plage

Et côté resto alors ? Oui parce que le miam, c'est important ! Nous avons découvert "Le Bistrot Autour du beurre". Comme son nom l'indique, il faut aimer le beurre. Mais attention, pas n'importe quel beurre, la Rolls du beurre français. Le beurre Bordier s'exporte dans le monde entier et est très apprécié des fins gourmets. Voir arriver sur sa table des petites mottes aux noms aussi intrigants que beurre de baratte au piment d'Espelette, au Yuzu ou à la vanille de Madagascar à côté de plus classiques beurres de baratte aux algues, à l'huile d'olive citronnée, ou tout simplement demi-sel, ça vous donne une impression d'être des aventuriers de l'extrême. Niveau calorie aussi... Faut pas regarder à la dépense, ça reste du beurre et si vous en abusez, ce qui fut mon cas à ce déjeuner, ça fait mal à la balance mais mon dieu qu'ils sont bons !!!

Bordier

Bordier 2

resto
(ça c'était chez un voisin dont j'aime beaucoup la philosophie)

Un peu plus à l'est de Saint-Malo intra-muros, sur la côte, se trouve Rothéneuf et ses fameuses falaises scuptées par l'Abbé Fouré qui s'y installa à la fin du XIXème siècle et s'y affairera pendant 16 ans. Le site est petit mais la vue est superbe et son travail vraiment très impressionnant.

Rothéneuf

Rothéneuf 1

Rothéneuf 4
(Hey salut nos lecteurs chéris !)

Rothéneuf 5

Rothéneuf 3

Je m'arrête ici pour Saint-Malo. Dans un prochain billet, nous partirons pour Dinard et Dinan où nous nous sommes arrêtés sur le chemin du retour. Un bien beau séjour qui je l'espère vous aura aussi plu et vous donnera envie de découvrir notre belle bretagne !

Un petit moment hors du temps qui a fait suite à une grande étape de nos vies et qui se résumerait seulement avec ce dernier cliché :

Saint Malo plage 2

samedi 25 octobre 2014

"La Joueuse de go" de Shan Sa

la joueuse de go

L'histoire: Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l'armée japonaise. Alors que l'aristocratie tente d'oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancoliques mais fiévreuse, elle rêve d'un autre destin. "Le bonheur est un combat d'encerclement". Sur le damier, elle bat tous ses prétendants.
Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain: un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu'elle, dévoué à l'utopie impérialiste. Ils s'affrontent, ils s'aiment, sans un geste, jusqu'au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l'envahisseur, qui tue, pille, torture.

La critique de Mr K: Quand on accumule comme moi les livres dans une PAL (qui prend de plus en plus les allures d'une forteresse littéraire), il arrive qu'on passe pendant un certain temps à côté d'ouvrages vraiment extraordinaires et marquants. La Joueuse de go en faisait partie jusqu'à son exhumation il y a peu. Ce fut une lecture très rapide et enthousiasmante à souhait entre intimisme et toile de fond historique méconnue mais fascinante!

Par petits chapitres de quatre pages au plus, Shan Sa croise les regards et points de vue d'une jeune lycéenne chinoise et d'un jeune officier japonais. À travers cette partie de go (genre d'échecs à l'orientale en beaucoup plus complexe et surtout plus long... les parties peuvent durer des jours!), c'est un peu la guerre sino-japonaise qui se joue mais aussi la vie des deux protagonistes qui prend une tournure inattendue. Entre la jeune idéaliste libérée et l'adepte de l'ordre impérial, il y a un monde. Et pourtant, au fil des pages un rapprochement va s'effectuer malgré les différences culturelles. Deux destins que tout séparent vont se côtoyer au milieu du tumulte, de la méfiance réciproque et des expériences de vie malheureuses.

Ce livre est d'une beauté saisissante. L'écriture légère et aérienne, typique de la littérature asiatique, toute en finesse et nuance sert remarquablement le propos plus grave de la guerre, des exactions, de la rédemption et du pardon. Ces deux êtres tour à tour nous émeuvent et représentent bien plus que deux personnes qui se rencontrent et vont peut-être s'aimer. L'opposition des styles de vie et des schémas de pensée renforce la dramaturgie. La jeune fille s'éveille à la sensualité et à l'amour physique tandis que le jeune soldat doit s'aguérir malgré la peur et les doutes qui l'assaillent (beau condensé de la pensée japonaise de l'époque). On alterne la lecture en passant de l'un à l'autre à un rythme rapide malgré la lenteur, la mélancolie et la poésie qui se dégage de l'écriture si délicate de Shan Sa qui intercale de ci de là des extraits de poèmes classiques chinois (très très beaux choix soit dit en passant).

La fin, bien qu'attendue, vient cueillir le lecteur qui ne s'est pas rendu compte du temps passé. C'est bien simple, j'ai quasiment lu La Joueuse de go d'une traite, d'ailleurs je n'étais pas fier le lendemain matin avant de partir au travail! Un plaisir de lecture vraiment extraordinaire pour une histoire qui ne l'est pas moins. Malgré un schéma de base banal, les parallèles insinués avec la situation historique (très bonne reconstitution, instructive à souhait, sans lourdeur) donne une densité ébouriffante à l'ensemble. La résistance chinoise (incarnée ici par de très jeunes étudiants), la répression japonaise (des passages sont vraiment effroyables), tout y est pour se plonger dans cette période trouble, source d'horreur et de malheurs incommensurables. La tension est très bien rendue et ceci avec une économie de mots des plus louables!

Je suis ressorti rincé mais heureux de cette lecture qui pour moi s'apparente à un incontournable. Un livre qui trouvera une belle place dans mon panthéon personnel en attendant qu'il rejoigne le vôtre!

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jeudi 23 octobre 2014

Direction Rennes pour l'Aventura !

Aujourd'hui, c'est le grand jour ! Nous prenons la route direction Rennes pour le concert de Sébastien Tellier à l'Etage du Liberté ce soir.

Bon, ok, on n'a pas beaucoup de kilomètres à faire mais ce concert on l'attend depuis un moment. En bon fan de Tellier que nous sommes, on comptait les jours et aujourd'hui on y est. "L'Amour naissant" faisait notamment partie des musiques de célébration à notre mariage. C'est vous dire...

L'Aventura !

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mercredi 22 octobre 2014

"La Prophétie de l'oiseau noir" de Marcus Sedgwick

la prophetie de l'oiseau noirL'histoire: Tom va mourir. Alexandra le sait.
Elle a encore vu l'oiseau noir, le messager de la mort. Elle a vu le revolver, la balle qui file vers son frère sur le champ de bataille.
Car elle a un don: voir la mort prochaine des êtres qui l'entourent.
Mais cette fois, elle ne laissera pas l'oiseau noir lui prendre son frère. Elle ira retrouver Tom, au cœur de la Grande Guerre. S'il n'est pas déjà trop tard...

La critique de Mr K: Retour dans la littérature jeunesse aujourd'hui avec ce roman de Marcus Sedgwick, auteur anglo-saxon plutôt connu outre-manche pour ses écrits pour adolescents et jeunes adultes. Il aborde dans La Prophétie de l'oiseau noir un sujet difficile: La Première Guerre mondiale et la boucherie qu'elle s'est révélée être. Il y rajoute un petit aspect fantastique avec une Cassandre des temps modernes incarnée ici par l'héroïne Alexandra.

Troisième enfant d'une famille anglaise bien installée, elle vit jusque là une vie des plus banales pour une jeune fille de l'époque. Son plus grand frère Edgar est dans une école d'officiers de l'armée royale et Tom (son préféré) veut suivre les traces de son père en faisant médecine. Mais la guerre vient tout chambouler et fait ressurgir un ancien don qu'elle avait enfoui au plus profond d'elle. Elle a la capacité de voir la mort des êtres qu'elle croise! Ses deux frères vont s'engager pour le front et la peur ne la quitte plus. Il lui faudra braver les interdits paternels et les us de l'époque pour mener sa quête afin d'essayer de sauver son frère.

La grosse réussite de ce livre est la reconstitution historique qui nous est proposée. L'auteur aborde 14-18 par le biais d'un point de vue novateur, celui d'une jeune fille aspirante infirmière qui va tour à tour être au contact de poilus rapatriés en Angleterre puis directement sur le terrain. Pas de suite d'événements historiques donc mais plutôt un témoignage fort prenant à travers le fonctionnement d'un hôpital de guerre qui doit accompagner les mourants et les mutilés. Cela donne lieu à des scènes poignantes et réalistes à souhait. Cette plongée est sans concession et l'on rentre parfaitement dans l'esprit des gens de l'époque entre exaltation pour aller au combat mais aussi toute la souffrance et les déceptions qui en ont aussi résulté. Dans la deuxième partie, l'action se déroule en France sur le front nord-est et l'auteur nous donne à lire des descriptions fort réussies de l'arrière immédiat du front entre grondements de l'artillerie, exode des populations civiles et mouvements de troupes. En cela ce livre est une belle réussite.

Autre point positif, le portrait d'une famille anglaise du début du XXème siècle qui apparaît en filigrane au fil du déroulé du récit. Autre temps, autres mœurs, l'autorité paternelle est omnipotente et même si le père d'Alexandra ne veut que son bien, il la freine dans sa découverte de soi et la réalisation de son idéal: soigner les autres et leur apporter du réconfort. Rajoutez là-dessus sa propension à voir l'avenir funeste de chacun et cela finit forcément en clash. La mère et le frère aîné ne lui sont d'aucun réconfort, Alexandra doit donc se débrouiller seule. Heureusement, elle fera des rencontres qui lui permettront d'avancer comme une consœur apprentie infirmière et le mystérieux Jack.

Voilà par contre où le bât blesse: le côté convenu du récit. L'immersion dans l'époque est bien réussie mais le récit en lui même ne sort jamais des sentiers battus. Aucune surprise et des personnages plutôt caricaturaux qui empêchent finalement l'histoire de vraiment décoller et de procurer l'évasion promise en quatrième de couverture. La prophétie en elle même n'est finalement qu'un prétexte pour aborder cette période mais ne vous attendez pas à des révélations fracassantes. Pour autant, on ne lit pas ce livre difficilement et on est tenu en haleine jusqu'au bout mais sans réelle passion. La faute sans doute aussi à une écriture plate et sans réel relief affectif en ce qui concerne les personnages, reste de belles pages sur la guerre et ses victimes.

Au final, c'est un livre qui gagne à être lu par des primo-lecteurs ou des lecteurs n'ayant lu que peu d'ouvrages. Il y trouveront une histoire sympathique, bien menée et une belle évocation de la Première Guerre mondiale. Pour les autres, cette lecture s'avère dispensable à part, si comme moi, vous êtes un passionné de ce conflit et de tout ce qui y touche de près ou de loin.

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mardi 21 octobre 2014

Les ovules disparus de Dana Scully, c'était eux en fait!

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“Et pour attirer des candidates brillantes comme vous, nous allons congeler et stocker vos ovules afin que vous puissiez vous concentrer sur votre carrière sans distractions.
- J'ai déjà un enfant
- Pas de problème ! On aura juste besoin d'un plus grand frigo”
Sur le journal : “Apple et Facebook proposent à leurs employées de congeler leurs ovules”

Dessin de Rachel Gold alias Markus Szyszkowitz + traduction dénichés et appréciés sur le site du Courrier International

lundi 20 octobre 2014

Fête de l'automne à Pont Scorff (56)

Comme je vous le disais dernièrement, j'adore l'automne et quand j'ai appris l'existence d'une fête dédiée à cette saison près de chez nous, la tentation a été trop grande d'aller y jeter un petit coup d'oeil. Dimanche dernier, nous avons donc chaussé nos lunettes de soleil (et oui parce que c'est encore presque l'été ici) et nous sommes dirigés vers le Manoir de Saint-Urchaut à Pont-Scorff pour découvrir cette fête locale.

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Le manoir de Saint-Urchaut date du XVII-XVIIIème siècle. Ce fut le siège de la seigneurie de Saint-Truchau et propriété de Jean Grasset, maître charpentier en 1650 (petite parenthèse historique). Le site est vraiment superbe pour cette Fête de l'automne ! Il règne ici une ambiance familiale où le soleil et la chaleur se sont invités pour le plus grand plaisir des participants.

Ce n'est pas une fête immense et les activités sont modestes mais la beauté des lieux alliée à la musique bretonne, aux crêpes et aux châtaignes grillées arrosées d'un cidre fermier suffisent à mon bonheur.

Allez, je vous emmène y faire un tour !

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L'an prochain nous y retournerons sans doute, en espérant que le temps sera aussi clément que cette année. Par contre nous irons plus tôt car il n'y a plus rien à manger aux alentours de 17h et ça c'est le drame quand on pense venir faire un tour dans le coin au moment du goûter ! Mr K croise également très fort les doigts pour que les galettes s'invitent aussi à la Fête. Le pauvre était tout triste face aux gourmandises sucrées. Si il n'a pas sa galette, en bon breton qu'il est, il a tendance à dépérir ! Messieurs les organisateurs, si vous passez par là, faites lui plaisir s'il vous plaît et laissez entrer le sarrasin sur vos étals !

Nous avons repris la route de la maison, l'estomac plein et quelques légumes bio sous le bras. On trouvait sur place cucurbitacées, oignons, tomates vertes, betteraves, pommes de terre... histoire de prolonger un peu la fête dans nos assiettes.

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dimanche 19 octobre 2014

"Le Jeu du jugement" de Bernard Taylor

le jeu du jugement

L'histoire: Pourquoi maman et papa ne s'aiment-ils plus? Pourquoi faut-il qu'on vive avec papa? Il est super-gentil, mais vraiment on ne peut pas sentir Netta.
Et qu'est-ce qu'on s'ennuie à la campagne! Papa nous y a emmenés parce qu'il voudrait qu'on aime notre nouvelle maman, cette horreur de Netta.
Aujourd'hui papa est parti voir grand-mère et, dans la maison, il n'y a plus que Netta et nous quatre les enfants.
Netta va être tellement surprise quand on va lui parler du jeu qu'on a imaginé. Qu'est-ce qu'ils sont mignons, va-t-elle penser. Mais c'est pas du tout un jeu, c'est sérieux...

La critique de Mr K: Fruit d'un craquage récent, Le Jeu du jugement m'avait interpelé par sa quatrième de couverture intrigante, diffusant un malaise profond et lourd en promesses cauchemardesques. J'étais loin de la vérité tant on s'abime ici dans les tréfonds d'âmes torturés de personnages plus branques les uns que les autres et les méfaits de dysfonctionnements familiaux chroniques. Prenez votre respiration, on plonge en Enfer!

Robert vit désormais seul avec ses quatre enfants (Kester, Michaël, Ben et Daisy) dont il a obtenu la garde suite aux déficiences criantes de son ex épouse dans l'éducation de sa progéniture (la maman est vraiment barrée et a lâché sa famille du jour au lendemain pour partir s'éclater!). Pour autant, il ne veut pas les priver de leur mère et régulièrement, essentiellement les deux aînés, les enfants passent du temps avec elle. Il ne sait pas que cette dernière vit le rêve de pouvoir réunir la famille comme avant et manipule les esprits de Kester et Michaël. Le père de famille, prof d'anglais vit une nouvelle histoire d'amour avec Netta une collègue du lycée où il travaille. Il ne rêve que d'une chose: créer une nouvelle famille où sa nouvelle fiancée soit acceptée par ses mômes. Il est loin de se douter de la tournure que les événements vont prendre!

Tout commence par un premier chapitre où les deux aînés s'amusent à torturer une colonie de chenilles. Effet garanti, on se dit de suite qu'ils ne sont pas nets! Puis, la pression monte peu à peu, très lentement. L'auteur nous décrit le quotidien de Robert et de ses enfants. Rien de vraiment extraordinaire, simplement une nouvelle vie difficile à accepter pour Kester et Michaël. C'est lors de leur séjour chez leur mère que le lecteur commence à être secoué. Malsaine et manipulatrice, sa relation avec ses enfants m'a mis vraiment mal à l'aise, elle dérape quasiment constamment et beaucoup de tabous sont levés. L'horreur est profondément humaine dans ce livre, pas d'effets de manche mais simplement des codes sociaux complètement bouleversés et amoraux. La haine est de mise, les pulsions de morts sont exacerbées.

A la mi-livre, l'auteur passe à la vitesse supérieur. On s'attend désormais au pire tant ces deux gamins sont dérangés. Aveuglé par son nouvel amour et l'attention constante que lui réclame ses deux plus jeunes enfants, Robert ne voit rien et ceci malgré les remarques de plus en plus insistantes de sa nouvelle compagne. La colère et la frustration vont frapper lorsqu'il sera parti au chevet de sa mère malade. Kester et son bras droit Michaël vont perdre tout sens commun et exprimer leur haine. Préparez-vous à des moments de pure cruauté, savamment orchestrés, jamais dans la démesure plutôt dans l'analyse clinique et froide d'actes guidés par des pulsions irrépressibles. C'est bien pire que n'importe quel livre gore lambda! Franchement, rien que d'y penser me fait frémir!

Le côté remarquable de cet ouvrage réside dans le traitement des personnages. Bernard Taylor est un fin tacticien. Il ne révèle les éléments de psyché de chacun que par petites touches intelligentes et emboîtées les unes dans les autres. Cette famille qui peut paraître banale au premier abord est très bien décrite et les rapports qu'entretiennent les quatre gamins entre eux sont d'une rare finesse. Cela a une importance cruciale pour le dernier acte qui m'aura marqué comme rarement. Jalousie, envie, désir de reconnaissance, confiance en soi... autant de sentiments exacerbés par la puberté qui sont ici au cœur d'une trame dramatique. On ressort de cette lecture littéralement rincé mais assez épaté par cet opéra sanglant intimiste.

L'écriture en elle-même n'est pas phénoménale, pas de quoi sauter au plafond, c'est plutôt dans la structuration du récit que Bernard Taylor sort son épine du jeu. Rien n'est laissé au hasard et le dénouement est imparable. Les amateurs de terreur intimiste seront ici conquis et bien des fois j'ai pensé à l'excellent et dérangeant film Eden Lake. À vous de voir si vous voulez tenter l'expérience!

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samedi 18 octobre 2014

Vide médiathèque et petits nouveaux

Ce matin, j'étais sur le pont dès potron-minet pour le vide médiathèque d'une ville voisine. Afin de renouveler ses stocks, la médiathèque proposait une vente aux collectivités et scolaires hier et continuait aujourd'hui sur sa lancée en entrée libre. Beaucoup de bonnes choses ont dû partir hier mais je ne suis pas rentrée les mains vides !

mediatheque

Oui, je sais, on ne peut pas dire que je suis en manque de lecture mais quand il y a des affaires à faire, je ne peux pas m'en empêcher ! Essayez de deviner combien j'ai dépensé pour ce petit butin ?

Côté lecture :

mediatheque roman


- "Suttree" de Cormac McCarthy parce que j'ai adoré "La Route" et que la 4ème de couv' de ce roman ci m'a fait de l'oeil.
- "Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour de nos bilboquets" de Raphaële Moussafir pour le titre ! Et parce que j'ai été charmée par l'adaptation cinématographique de "Du vent dans mes mollets".

Côté BD :

mediatheque BD


- "Les formidables aventures de Lapinot - Amour et Intérim" de Lewis Trondheim parce que j'adore ce dessinateur et que je lis quotidiennement son blog.
- "Aristide broie du noir" de Séverine Gauthier et Jérémie Almanza pour les dessins qui m'ont donné envie de le découvrir.

Côté musique :

mediatheque CD

- "Going to where the tea trees are" de Peter Von Poehl parce que je ne l'avais pas en physique.
- "In Case we die" de Architecture in Helsinki pour les 3 F Télérama et parce que j'avais aimé les quelques titres déjà entendus.

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Rajoutez à la pêche du jour un beau soleil qui réchauffe bien et on peut dire que le week-end commence bien !



Fin »