Cafards at home

dimanche 21 décembre 2014

Le quatrième pouvoir

f-haine

Dessin de Riss tiré du site du Strips journal


samedi 20 décembre 2014

"Le Prestige" de Christopher Priest

le prestige roman

L'histoire: Alfred Borden et Rupert Angier, deux prestidigitateurs hors du commun, s'affrontent dans un duel sans merci.
Trois générations plus tard, au cours d'une enquête sur une secte, le journaliste Andrew Wesley fait la connaissance de Kate Angier. Elle lui révèle qu'il s'appelle en fait Andrew Borden, et qu'une guerre oppose leurs deux familles depuis la fin du XIXème siècle. Quand Andrew découvre le rôle exact joué par le scientifique Tesla dans toute cette affaire, sa vie en est bouleversée à jamais...

La critique de Mr K: C'est aux Utopiales que j'avais acquis Le prestige avec en prime la dédicace de l'auteur himself. Nous avions vu quelques heures auparavant l'adaptation cinématographique de Christopher Nolan qui nous avait bien plu. Dans la file d'attente, certains festivaliers nous avaient prévenu que la fin du livre était différente (pas seulement la fin en fait!) et même supérieure au métrage. Après une lecture rapide et passionnée, je ne peux qu'abonder dans leur sens, on tient avec ce livre un petit chef d'œuvre de construction et d 'intelligence.

On retrouve donc dans l'ouvrage cette compétition acharnée que se livre Borden et Angier à la différence qu'il n'ont pas été amis au départ. Très vite la pression monte et les coups bas pleuvent. Chacun essaie de voler le secret de l'autre notamment celui de l'illusion de l'homme transporté où le magicien disparaît pour apparaître à l'autre bout de la scène. En ce début de XXème siècle, la science se développe et fait son apparition dans le quotidien (notamment l'électricité), un lien ténu se crée entre la magie de l'illusion et les évolutions scientifiques. C'est au bout de plus de trente ans de démêlés, de spectacles, de jalousie, de malentendus, de maladresses, d'actes de réconciliation ratés et autres aventures que le voile sera levé sur la réelle nature des numéros présentés.

La grosse différence entre le livre et son adaptation réside d'abord dans sa forme. Tour à tour dans l'ouvrage de Priest, on lit le journal de Borden et celui d'Angier. Le lecteur fait donc peu à peu le recoupement des événements à travers le prisme de la pensée et du ressenti de chacun. Cela donne de purs moments de plaisir avec la redécouverte de moments clefs de cette histoire intrigante et complexe. Beaucoup moins manichéen et dirigiste, l'ouvrage fait la part belle à l'humanité profonde des deux protagonistes sans caricaturer, sans raccourci facile. Pourtant le film de Nolan est très bon mais on ne peut que s'incliner devant la profondeur du propos, la dimension fantastique et science fictionnelle de Priest. La fin en est une belle illustration, elle ne serait pas passée auprès des majors américaines car trop étrange, dérangeante pour le grand public que l'on doit gaver de produits prédigérés. Ici, on reste cloué par la révélation finale. Seul regret, ne l'avoir pas lu avant d'avoir vu le film de Nolan pour recevoir un plus gros choc encore!

On pénètre donc dans ce livre dans les arcanes de la magie avec ses secrets inavouables et sa logique. Il faut que le public y croit, que l'illusion soit parfaite. On suit les préparatifs des deux performers, leurs débuts balbutiants voir leurs échecs et leurs hontes. C'est aussi l'occasion de voir la vie familiale de chacun d'eux, la difficulté de conjuguer vie personnelle et professionnelle, ambition, désirs et besoins. L'écriture virtuose de Priest permet de fournir une œuvre à la fois dense et facile d'accès. L'envoutement est total et notre curiosité titillée à chaque page via une atmosphère étrange à l'image des tours de prestidigitation. Pour rajouter un échelon à cette lecture hors norme, trois chapitres mettent aux prises les descendants des deux antagonistes principaux mettant en perspective des aspects non évoqués dans le métrage. Intéressant et malin, surtout à l'image de l'ultime chapitre se passant à notre époque et qui ne manquera pas de vous glacer le sang.

Ne tournons pas en rond, ce livre est un must dans son genre et son traitement. Une très belle lecture à la fois divertissante et enrichissante que vous devez entreprendre au plus vite tant elle vous comblera de bienfaits. À bon entendeur!

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vendredi 19 décembre 2014

"Fortunes" de Féjard et Puntous

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L'histoire: Tu ne trouves pas ça louche toi? J'évite de justesse un accident mortel, les impôts me reversent une fortune et je rencontre mon acteur fétiche...

La critique de Mr K: J'ai acquis Fortunes en même temps que Colères que j'ai chroniqué il y a quelques temps. Même maison d'édition, auteurs différents, pour un plaisir de lecture sympathique avec cette découverte que je vous propose aujourd'hui.

Ludo, jeune homme sans histoire travaille dans un vidéo club sous houlette d'un patron détestable. Il sort avec Marie, la sœur de son meilleur ami qui ne le sait toujours pas. Il faut dire que les tourtereaux se méfient un peu de sa réaction vu le caractère soupe au lait de Vince et sa propension à s'attirer les ennuis en traînant avec des types plus que louches. La vie de Ludo prend une tournure fort agréable tant il semble que depuis quelques temps la chance lui sourisse de façon insolente. Mais cela ne cache-t-il pas un prix à payer exorbitant?

Le récit se déroule ici sous plusSansieurs angles. On suit le couple Ludo / Marie dans leur amour naissant et leurs hésitations à le déclarer au frère impétueux. C'est aussi la jeunesse qui s'exprime avec les débuts souvent difficiles de la vie d'adulte avec une différence notable ici Ludo échappe à un accident de bus et collectionne les coups de chance. Ils en rigolent au départ mais peu à peu, la trame se durcit car une telle succession de coups du sort vont attirer de bien sinistres individus. En effet, en parallèle, Vince s'enfonce dans les ennuis et va orienter des personnes mal intentionnées vers une poule aux œufs d'or: son meilleur copain Vince. Les événements s'enchainent alors dans une mécanique infernale donnant sur une fin ouverte et pas forcément des plus optimistes.

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Cette BD se lit avec plaisir même s'il faut bien avouer que l'originalité n'est pas au rendez-vous. Pourtant, le postulat de départ était vraiment intéressant, qui n'a jamais rêvé d'avoir un tel don? Cependant la jeune auteur, bien que menant très bien son intrigue, reste dans les sentiers battus et ne surprend jamais vraiment, la faute à des péripéties que l'on voit venir à 10 kilomètres à la ronde et à des idées parfois sous-exploitées notamment le fameux triangle que forment les trois personnages principaux. Pour autant, le rythme est enlevé et procure un bon plaisir de lecture quitte parfois à créer des ellipses quelques peu nébuleuses. Je pense que la caractérisation des personnages manque de profondeur et l'on file parfois vers le cliché. Cependant l'alchimie fonctionne et l'envie de continuer la lecture ne nous lâche pas avant la dernière planche.

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J'ai trouvé pour ma part les dessins très agréables entre inachèvement volontaire et arrières plans quasi expressionistes par endroit. On lorgne quasiment tout le temps dans la bichromie ce qui rajoute un certain cachet et une certaine ambiance à cette histoire mêlant style policier et quelques touches fantastiques. Les dialogues eux sont plutôt communs et ne ressortent pas du lot dans le genre, ils ont le mérite par contre d'être directs et efficaces. L'action est rondement menée et il se passe pas mal de choses pour tenir en haleine le lecteur malgré l'aspect convenu dont je parlais plus haut.

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Au final, je vous mentirai en vous disant que cette lecture est essentielle et remarquable. Pour autant, on passe un bon moment, sans ennui et mu par une volonté de connaître le fin mot de l'histoire. C'est déjà pas mal, non?

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mercredi 17 décembre 2014

"La Mort du roi Tsongor" de Laurent Gaudé

la mort du roi tsongor

L'histoire: Dans une antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d'un empire immense, s'apprête à marier sa fille. Mais, au deuxième jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate: c'est Troie assiégée, c'est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s'éteint; son plus jeune fils s'en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l'image de ce que fut le vénéré – mais aussi le haïssable – roi Tsongor.

La critique de Mr K: Je commence à avoir ma petite expérience avec Gaudé que j'ai déjà lu à de multiples reprises et qui ne m'a jamais déçu. La Mort du roi Tsongor traîne déjà depuis quelques temps dans ma PAL et certaines lectrices m'avait encouragé fortement à le lire au plus vite tant il s'était avéré être un coup de cœur. J'ai depuis rempli mon office et je vous l'avoue, ce fut un coup de foudre!

Il y a du Homère dans ce roman, clairement je me suis retrouvé plongé dans l'ambiance et le ressenti que j'ai pu éprouver vers mes huit ans quand mes parents m'avait mis un volume de contes et légendes mythologiques entre les pattes. Une femme à conquérir, une cité assiégée et une guerre menée dont on ne voit pas le bout. Rajoutez là-dessus des intrigues de palais, un vieux roi réfléchissant à sa postérité et une quête initiatique et vous obtenez un roman d'une grande force au souffle épique où un destin sombre plane au dessus des protagonistes.

L'action se déroule dans un pays imaginaire à une époque qui rappelle l'antiquité. Beaucoup d'influences se font ressentir à travers les descriptions des lieux et de batailles, de l'Égypte ancienne, en passant par la Grèce antique et les vieux royaumes africains, c'est un meltingpot culturel qui nous est proposé ici. Cela donne une dimension encore plus universelle au message que veut faire passer l'auteur. Comme à son habitude, Gaudé dose à merveille entre phases descriptives et actions / dialogues, aucune lourdeur donc et un plaisir de lecture optimum.

On croise de sacrés figures héroïques dans ce roman même si un fatum fatal semble menacer chacun d'entre eux. Ainsi le roi Tsongor au summum de sa gloire est un roi apprécié et reconnu mais qui a construit son pouvoir sur la ruine et la désolation. Sa mort est proche et telle une malédiction antédiluvienne, il va plonger sa descendance dans le malheur avec sa mort et le non choix qu'il a effectué juste avant celle-ci. Le cœur des hommes est noir et cette épopée en est une belle illustration même si l'odyssée de Souba (son plus jeune fils chargé d'ériger sept tombeaux) s'apparente plus à une quête initiatique, un voyage rédempteur pour laver les pêchés passés de sa famille. L'intime côtoie ici le grandiose et le dépassement de soi, chacun pourra y piocher ce qu'il y trouvera. Enrichissant est l'adjectif qui convient le mieux à ce livre assez extraordinaire dans son genre.

Les scènes de guerre rappellent les meilleurs passages de L'Illiade d'Homère avec des références certaines aux combats de héros, aux mêlées de poussières et aux pensées des plus illustres personnages. Nous suivons le point de vue des deux camps et tour à tour l'auteur nous interroge sur le poids de l'histoire familial et ses méandres, le sens de l'honneur avec ses aspirations et ses limites, les conséquences de nos actes aussi avec ici une successions de causes et d'effets qui font penser à la machine infernale chère à Cocteau.

Au final, on se retrouve en fin de lecture pantelant et abasourdi devant une œuvre vraiment magistrale, totale, qui provoque un plaisir de lecture rarement égalé. Un classique de plus!

Egalement lus et appréciés au Capharnaüm éclairé:
- "Je finirai à terre"
- "La Porte des Enfers"
- "Pour seul cortège"
- "Le Soleil des Scorta" (il n'y a malheureusement pas de chronique car lu avant de tenir ce blog)

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mardi 16 décembre 2014

"Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël" de S. G. Browne

Le Jour où les zombiesL'histoire : Pauvre Andy Warner. L'ex-star contestataire des morts-vivants a passé une année entière soumis à des tests expérimentaux dans un laboratoire de recherches sur les zombies dans l'Oregon. Heureusement, un miracle se produit : à quelques jours de Noël, il parvient à s'échapper et fausse compagnie à ses poursuivants en enfilant un costume de Santa Claus. Le déguisement parfait... À deux réserves près : des collègues de décomposition le reconnaissent et exigent de lui qu'il soit leur chef ; et une adorable fillette solitaire le suit partout, convaincue qu'il est vraiment le père Noël...
Une comédie horriblement délicieuse à lire sous le sapin.

La critique Nelfesque : On ne pouvait pas rêver meilleure période pour lire "Le Jour où les zombies ont dévoré de Père Noël" de S. G. Browne que celle où le sapin trône fièrement dans le salon. Noël approche à grand pas et voici une lecture tout à fait de saison.

Dans ce présent volet, on retrouve Andy, jeune mort-vivant rencontré dans "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour" (notez qu'une fois encore un soin tout particulier a été apporté au titre du roman) pour une nouvelle aventure loufoque où sa condition de zombie ne fait pas bon ménage avec le quotidien des "respirants" alentours.

Andy se réveille au début du roman dans un laboratoire de recherche dans lequel il est un cobaye tout trouvé. Lui, zombie de son état, semble avoir des prédispositions biologiques particulières et fortes intéressantes pour la médecine qui voit en lui un objet d'étude pour contrecarrer ce phénomène zombiesque qui prend de plus en plus d'ampleur. Là où le premier tome était plus centré sur la découverte de sa condition et son mal-être grandissant entraînant une lutte pour les droits des "non vivants", ce dernier fait la part belle à la critique des laboratoires de recherche et des conditions de vie des cobayes. Ici il s'agit d'hommes (morts certes mais anciens vivants tout de même) et cela rend le propos encore plus fort mais, de nouveau, l'auteur amène une réflexion transposable à d'autres situations, notamment à celle des animaux de laboratoire.

Dans un grand bâtiment froid et impersonnel, les zombies sont enfermés et torturés pour la Science. Les bouches cousues avec des points de suture, ils restent là des semaines, des mois voir des années jusqu'à ce que mort s'en suive (comprenez par là jusqu'à ce qu'ils ne soient plus exploitables puisque techniquement, morts, ils le sont déjà). Amputations, tests de produits sur la peau, injections, sevrage visuel et conditionnement mental à la Orange mécanique... Toutes les expériences y passent et même si le ton est majoritairement drôle, le lecteur est bouleversé par le peu d'empathie dont les praticiens font preuve dans cet établissement.

Au delà de cela, "Le Jour où les zombies..." est une fois de plus traité avec beaucoup d'humour. Un humour salvateur qui donne une dimension comique à l'ensemble et permet de dédramatiser une situation qui est loin de l'être. De mon point de vue, celui ci est moins drôle que le précédent, peut être aussi parce que l'effet de surprise est derrière nous, mais beaucoup plus sensible avec notamment une histoire avec une petite fille qui n'est pas sans rappeler la relation qu'Andy avait de son vivant avec sa propre fille.

Des situations touchantes, un humour toujours présent, pas de redites et toujours autant de plaisir à lire les aventures d'Andy, ce roman à l'écriture efficace se lit d'une traite et apporte au lecteur un moment particulier où fun et esprit de noël se côtoient. A lire assurément et au mois de décembre, sous le sapin, c'est encore mieux !

Ce roman ci peut très bien se lire indépendemment du précédent, il n'y a aucune obligation d'avoir lu "Comment j'ai cuisiné..." pour comprendre l'histoire ici présente.

Père Noel Mirobole

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lundi 15 décembre 2014

"Fils de l'Enfer" de Catacchio et Accardi

couv enfer L'histoire: Prague, 1609.
Un terrible assassin rôde dans la ville, écorchant vives ses victimes.
Est-ce de la sorcellerie?
C'est à Scota l'alchimiste que l'on confie, au péril de sa vie, le soin de résoudre l'énigme...

La critique de Mr K: Voici aujourd'hui une bande dessinée une fois de plus dégotée par hasard dans une brocante de la région. Les dessins ne m'ont pas tenté plus que ça de prime aborSansd par contre le background (l'époque, l'alchimie, Prague...) m'ont attiré de suite. Je m'attendais à une œuvre policière, historique versant dans le fantastique. Contrat rempli même si cette œuvre ne brille pas par son originalité dans son déroulé.

Plusieurs jeunes femmes juives sont découvertes horriblement assassinées dans le ghetto juif de Prague au XVIIème siècle naissant. Malgré l'exécution de deux jeunes malandrins pour détourner la hargne de la foule, les crimes continuent, le souverain de la ville doit alors faire appel à un alchimiste qu'il a écarté de sa cours quelques années auparavant. Esprit moderne donc inspirant la méfiance, Scota n'a pas d'autre choix que d'enquêter tout en surveillant ses arrières car le moindre faux pas pourrait bien lui être fatal.

image 1 enfer

Les auteurs se sont très bien documentés sur l'époque et les mœurs. Très belle reconstitution historique que cette BD qui restitue à merveille l'époque: les bâtiments, les tenues, les mœurs des différentes catégories sociales... tout est fidèle à la réalité historique. Ainsi les juifs sont parqués dans un quartier à part pour qu'ils ne se mélangent pas aux bons chrétiens pour autant le roi ne peut se passer d'eux pour financer son goût immodéré pour l'art et les dépenses somptueuses qui en découlent. Il en va de même pour tous les soit-disant mécréants qui peuvent tomber sous le coup d'un tribunal de l'inquisition sous le moindre prétexte fallacieux. La superstition règne en maître et en ces temps où la science ne fait qu'émerger, il n'est pas rare qu'un bruit, une rumeur provoque émeute et justice du talion aveugle et injuste. En cela, pour l'ambiance et le climat délétère qui baigne cette BD, Fils de l'enfer est une réussite.

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Pour autant, ce n'est pas une grande réussite de part d'abord une histoire convenue qui même si elle est bien traitée ne réserve aucune surprise. On se surprend à deviner les circonvolutions de l'intrigue à l'avance et la fin est cousue de fil blanc. Le dénouement est abrupt et attendu, on ressort quelques peu déçus de cette lecture pourtant menée à 100 à l'heure. Là-dessus, rajoutez des dessins plutôt décevants, quasiment bâclés sur certaines pages (comprendre que c'est un style qui plaira ou non selon les goûts de chacun) et on ne garde pas un souvenir inoubliable de cette histoire intrigante mais finalement sans réel relief.

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On passe un moment certes agréable mais pas mémorable, encore heureux que j'ai acquis le présent volume pour une somme modeste. À vous de tenter ou non l'expérience...

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dimanche 14 décembre 2014

"Le Cheminot" d'Asada Jirô

Le Cheminot

L'histoire: Sur une petite ligne de chemin de fer sur le point d'être désaffectée, quelque part en Hokkaidô, au bout du monde, un vieux chef de gare... Alors que les souvenirs se pressent en cette nuit de réveillon, une tempête de neige fait surgir du passé le fantôme de la petite fille du vieil homme, Yukiko, morte en bas âge, en même temps que tout ce qui était resté enfoui au fond de lui pendant un demi-siècle. Repli du temps juste avant la mort, comme pour achever un souvenir qui aurait ici le goût de l'enfance.

La critique de Mr K: Petite incartade japonaise aujourd'hui avec ce recueil de deux nouvelles, Le Cheminot, d'Asada Jirô, un auteur que je découvrais pour la première fois. La quatrième de couverture m'a intrigué de suite, un pitch à la japonaise où il est question du temps qui passe, de souvenirs qui ressurgissent... il n'en fallait pas moins pour l'amoureux de lectures asiatiques que je suis. Il ne m'a pas fallu beaucoup de temps pour le parcourir, j'ai été constamment partagé entre émotion à fleur de peau et questionnement intérieur.

Deux nouvelles au programme dont la première est largement résumée au dessus avec cette histoire de vieil homme attaché à sa fonction de chef de gare d'une station perdue au fin fond de l'Hokkaidô (île du nord de l'archipel japonais qui en compte quatre principales, désolé c'est de la déformation professionnelle!) et qui un soir va se retrouver confronter à ses souvenirs les plus intimes. La deuxième histoire voit le héros (un vaurien avide de mauvais coups) sortir de prison après un énième plan raté avec la pègre locale. Le policier qui le raccompagne lui annonce que sa femme est morte durant son incarcération. On apprend alors très vite que Goro a contracté un mariage blanc avec une jeune immigrée chinoise venue chercher fortune au Japon et qui par ce biais a pu rentrer sur le territoire, vivant du commerce de son corps sous l'égide de la Triade. Il ne l'a jamais rencontrée et va devoir faire comme si cette union était légitime et désirée. Elle lui a même écrit une lettre d'amour (titre de la nouvelle justement!). La lecture de cet écrit va modifier sa perception des choses, il va tomber amoureux de cette jeune fille à travers ses mots. Le lecteur assiste alors à un retournement de situation des plus saisissants.

On retrouve dans ce recueil de nombreuses thématiques chères à la culture japonaise. L'importance du passé et le respect de la tradition avec un vieil homme toujours en poste malgré les nombreuses années qui passent, c'est assez courant au pays du soleil levant que les seniors continuent à travailler après leur retraite officielle. Le travail est ici synonyme quasiment d'identité avec une osmose entre l'homme, les trains, la station et un paysage nuageux et nébuleux. L'ambiance de la première nouvelle est vraiment ouatée, teintée d'émotions pures et de rapports humains simples mais évocateurs au possible. Une connivence forte existe par exemple entre les mécanos, les chauffeurs et le vieux chef de gare. Pas besoin d'une avalanche de mots et d'effets de style impressionnants, la simplicité des mots et des formules restitue un conte initiatique profondément humain qui m'a charmé au plus haut point.

Le deuxième récit se situe plus dans le milieu urbain. Malgré la foule et l'activité foisonnante que l'on côtoie, il ressort aussi une grande mélancolie et un grand sentiment de solitude que Goro a contribué à faire prospérer par une attitude égoïste et égocentrique tout au long de sa courte vie. Quelques mots d'une inconnue reconnaissante de l'avoir épousée pour tenter sa chance au Japon vont le marquer dans son esprit et c'est alors un véritable voyage intérieur qui nous est ici conté avec nuance et une force à l'image de la vague de Kanawaga. Révélation (rédemption?), réflexion sur soi, transformation, autant d'interrogations sur l'existence que cette nouvelle souligne avec puissance. L'empathie est totale et à l'image de la première nouvelle, c'est encore la rencontre et l'échange avec l'autre par delà la mort qui va bouleverser à jamais à la fois le héros et le lecteur conquis.

La langue est sublime entre simplicité et parfois tendresse. Peu de mots comme dit précédemment mais une densité folle pour des thèmes universels qui interrogent le lecteur sur sa nature et ses aspirations. Une belle et vraie expérience que ce livre que je vous encourage fortement à découvrir si l'occasion se présente!

mercredi 10 décembre 2014

"Tout ce qui meurt" de John Connolly

Tt ce qui meurtL'histoire : Charlie Parker, un flic new-yorkais qu'on surnomme Bird, est parti se souler après une dispute avec sa femme, un soir de décembre. En rentrant chez lui, titubant, Bird ne sait pas encore qu'il vient de franchir pour longtemps la porte de l'enfer : dans la cuisine, maculée de sang, gisent les corps atrocement mutilés de sa femme Susan et de sa fille Jennifer. Rongé par la culpabilité, Bird démissionne de la police et part sur les traces du monstrueux assassin.
De New York à La Nouvelle-Orléans, il suit celui qu'on appelle le Voyageur, fin stratège et amateur de poésie macabre qui sème derrière lui des cadavres, comme autant d'appâts. La traque mène alors les deux hommes dans les bayous de Louisiane, qui digèrent lentement les victimes écorchées du Voyageur...

La critique Nelfesque : Je connaissais John Connolly (à ne pas confondre avec Michael Connelly) pour son excellent livre jeunesse "Le Livre des Choses Perdues". Pourtant adepte de littérature policière, je ne savais même pas que ce même auteur avaient écrit des dizaines de romans dans ce genre là. Honte à moi ! C'est lors d'une discussion avec Xavier Mauméjean à la dernière édition des Utopiales que je décidais de découvrir cette autre facette de l'auteur. Il m'a tellement vanté cette saga "Charlie Parker", dont "Tout ce qui meurt" est le premier d'une longue série, que je n'ai pas pu résister longtemps.

A la lecture de ce tout premier roman je me dis que j'aurai peut être dû... L'histoire a pourtant tout pour me plaire : une découverte traumatisante et gore à souhait, un serial killer affublé d'un petit nom qui sème la peur et la désolation partout où il passe, un héros ancien flic cassé, une enquête à la Nouvelle-Orléans qui fleure bon le vaudou. On est pile poil dans le stéréotype du thriller page turner que j'adore lire pour passer un bon moment. Je suis comme ça moi, je passe des bons moments avec des personnages littéraires peu recommandables! S'il vous plaît, n'appellez pas les urgences psychiatriques tout de suite...

"Tout ce qui meurt" commence plutôt bien. On rentre très vite dans le vif du sujet avec la découverte des corps de Susan et Jennifer dès les premières pages. Connolly ne s'encombre pas de détails et ne tourne pas autour du pot. C'est efficace et j'aime ça ! Malheureusement assez vite, je comprends que je vais compter les heures avec ce roman qui sera sans doute beaucoup plus fastidieux à lire que ce que j'avais pressenti au départ.

L'auteur nous présente un nouveau personnage, puis un autre, puis un autre, encore un autre, 3 ou 4 par ci, une bande de malfrats par là... Et peu à peu on se noie dans une kyrielle de personnages et on en oublie presque qui est qui. Mieux vaut être concentré lors de sa lecture car Connolly nous présente au détour des pages des policiers de plusieurs états mais aussi deux familles adeptes du grand banditisme. Perso, j'en ai perdu mon latin... Rajoutant à cela que peu enthousiaste avec ma lecture j'ai passé plusieurs jours dessus, j'ai sorti les rames et j'ai failli prendre l'eau.

Ce roman date de 1998 et peut-être qu'en son temps il a eu un bel accueil mais aujourd'hui tant de bons bouquins sont sortis dans ce genre de littérature et sur des thèmes similaires (je vous laisse piocher dans la rubrique thriller du blog), que si je notais mes lectures je ne mettrais à "Tout ce qui meurt" qu'une petite moyenne. De facture classique, je n'ai pas eu de réelles surprises à la lecture de ce roman. Les personnages sont caricaturaux, l'histoire est cousue de fil blanc et la fin bien que sympathique aurait pour le coup méritée d'être plus longue.

Loin de moi l'idée de dire que cet ouvrage est mauvais, il est "sympathique" mais dans le genre j'ai lu 1.000 fois mieux. Dommage... Je vais tout de même continuer cette saga à l'occasion. Non pas que je sois maso mais vu ce que m'en a dit Mauméjean, son enthousiasme pour cette série et le fil conducteur sous-jacent, j'ai fortement envie de voir où tout cela va mener le lecteur. Même si pour cela il faut passer par quelques déconvenues...

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mardi 9 décembre 2014

"Une Enquête philosophique" de Philip Kerr

enquête philosophiqueL'histoire: Je tue, donc je suis.
L'inspecteur principal "Jake" Jacowicz mène l'enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur: un serial killer qui figure sur une liste ultra-secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés -sécurité oblige!- d'un nom de philosophe. Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l'ordinateur central du ministère de l'intérieur, entreprend d'éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie.

La critique de Mr K: Le problème avec une PAL trop fournie c'est que parfois on ne sait pas par quoi commencer! Dans ces moments d'égarements avec Nelfe nous avons une combine. On laisse l'autre dépoussiérer trois volumes qui le tenterait et l'autre doit choisir celui qu'il va lire. Vous l'avez deviné Une Enquête philosophique est de ceux-là! Bien en a pris, il n'avait que trop attendu (environ 4 ans!) et c'est une très belle réussite!

Une belle expérience qui pourtant n'était pas gagnée d'avance. En effet, j'ai eu du mal à rentrer dedans. Passé la description clinique d'un corps lors d'une autopsie, on passe directement à une conférence très technique que donne l'héroïne sur les techniques de mise en application de la loi et de méthodologie en matière d'enquête criminelle. C'est dense, parfois abscons quand on ne travaille pas dans le milieu mais à fortiori je me suis rendu compte que cela servait l'intérêt de cette enquête pas tout à fait comme les autres. Notre enquêtrice de choc a fort à faire avec ce mystérieux serial killer qui sévit rapidement et sans laisser de trace. À force de provocations, elle va pouvoir établir un lien avec lui, commence alors un petit jeu pervers digne de la relation trouble entre l'agent Sterling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Et non, je n'exagère pas, on est ici au même niveau de finesse.

L'intérêt du livre réside beaucoup dans les relations qu'entretient Jake avec les autres et notamment les hommes pour qui elle voue une haine féroce. Pas lesbienne pour autant (on évite ici l'évident cliché), un passé douloureux donne un début d'explication à ce comportement déviant qui lui joue des tours notamment avec ses supérieurs de New Scotland Yard. Travailleuse et fonceuse, on se prend vite de sympathie pour cette âme à la dérive dont la vie personnelle est inexistante et qui se raccroche à son travail. Un chapitre sur deux, Philip Kerr nous donne à lire le carnet de pensées personnelles du tueur qui lui aussi est une âme abîmée et esseulée. Bien que ténus, des ponts se forment au fil de la lecture pour livrer une fin d'une grande mélancolie et d'une portée qui va au delà du thriller moyen.

L'action se passe en 2013 mais ce livre a été écrit en 1992... Cela donne une mise en perspective intéressante de notre époque à travers l'esprit quasi visionnaire de Philip Kerr. Il avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, la banalisation de la pensée raciste et le repli sur soi d'un grand nombre de personnes que l'on peut constater avec les avancées en matière de nouvelles technologies. La société britannique présentée dans cet ouvrage fait peur: mélange des différents pouvoirs politiques tendant vers l'autocratie (Sans séparation des pouvoirs point de liberté, Montesquieu), répression systématique et fin de la politique d'éducation et de prévention, invention du coma préventif pour les criminels les plus dangereux mettant à mal les principaux droits de l'homme et surtout la peur omniprésente et transmise par des médias adeptes du faits divers sanglant érigé à l'état d'exemple et de règle. On a froid dans le dos tout au long du roman surtout que l'héroïne fervente supportrice de la méthode musclée commence à se questionner fortement sur le bien fondé de cette orientation politique.

Malgré quelques lourdeurs stylistiques que je trouvais âpres en début de lecture, je me suis habitué au style de Philip Kerr pour finalement ne plus pouvoir lâcher le volume tant on est happé par l'histoire et son background. Le suspens est insoutenable et les répercussions réflectives nombreuses. On termine sa lecture heureux d'avoir pu lire une œuvre aussi intelligente que sensible au rythme de références philosophiques très bien choisies et éclairantes quant à la nature de l'homme et des sociétés qu'il a engendré. Le tout est abordable et très malin.

C'est donc une lecture que je qualifierai d'obligatoire pour tous les amateurs du genre tant elle détonne et fait réfléchir. Un petit bijou, je vous dis!

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lundi 8 décembre 2014

"Les Enfers du Rock" de Philippe Manoeuvre, illustrations de Marie Meier

couvLe contenu: Petite visite au pays du rock avec ses liens tenus avec l'Enfer. Texte de Manoeuvre à droite, illustration de Meier à gauche, voici un petit volume qui sonne comme une invitation au voyage dans les terres de la transgression. Fucking rock-and-roll!

La critique de Mr K: Véritable institution en matière de rock en France, je n'ai jamais lu Philippe Manœuvre ailleurs que dans la revue Rock and Folk que je parcourais religieusement et régulièrement il y a déjà un certain temps. L'occasion d'acquérir le présent livre s'est présentée à moi une fois de plus au détour d'un étal discount du secteur. Rock? Enfer? Franchement, je ne pouvais passer à côté, surtout que derrière les formulations chocs dont Manœuvre a le secret, se présentait l'occasion de réviser mes bases historiques et d'admirer le travail de Marie Meier que je découvrais par la même occasion.

Les Enfers du Rock est divisé en neuf chapitres consacrés chacun à une grande figure du panthéon du rock. Dans les faits, on connaît la propension de l'auteur à la digression et il n'est pas rare qu'il déborde allègrement sur le contexte historique ou artistique de l'époque. Sans compter qu'on ne peut aucunement résumer un grand mouvement musical comme le rock à seulement neuf pointures. L'ouvrage commence par le concert au stade de France d'AC/DC et toute l'influence diabolique en terme de symboles et de paroles de ce groupe australien culte. Il revient aussi sur Richard Ramirez, un serial killer grand obsessionnel du groupe et qui terrifia les faubourgs de LA dans la première partie des eighties.

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Sonne alors la nécessité pour Philippe Manoeuvre d'un grand et bon retour au source avec notamment Robert Johnson qui au détour d'un carrefour aurait rencontré le Diable qui lui aurait appris à jouer divinement (sic) de la guitare en échange de son âme. C'est l'occasion pour l'auteur de recadrer le propos et de revenir aux racines du rock: le blues. Il enchaîne alors sur les expériences mystico-religieuses d'un certain nombre d'artistes que l'ésotérisme attirait fortement et qui fascinait aussi beaucoup les sociétés de l'époque. Ainsi la figure du grand mage Aleister Crowley (que Jimmy Page adorait à sa manière) transparaît tout au long de l'ouvrage. Étranges destins aussi que tous ces rock stars morts à 27 ans, coïncidence ou signe du destin? Le rock s'est aussi construit sur des bases rationnelles et Philippe Manoeuvre se plaît à en raconter des vertes et des pas mûres sur la vie mouvementée des rock stars.

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C'est donc au fil des chapitres, une belle exploration temporelle à laquelle nous convie cet auteur amoureux de sa matière et qui la vit littéralement au fil des pages: Elvis, Les Cramps, Buddy Holly, Screamin' Jay hawkins (un de mes préférés de l'époque, vraiment frappa-dingue dans son genre!), Jimmy Hendrix (sur lequel le livre s'appesantit beaucoup à raison). Puis vient un diptyque diabolique que j'apprécie au plus au point: les Rolling Stones et Led Zeppelin (my favorit band!). Années 70 obliges, on navigue entre génie créateur et folie pas si douce que ça par moment! Sexe, drugs and Rock and roll n'ont jamais pris autant leur sens qu'avec ceux-là. La révolution métal (tribu que j'aime beaucoup, pour ceux qui nous suivent régulièrement cela ne les surprendra pas!) est aussi évoquée avec Black Sabbath mais je trouve que de manière générale, il ne va pas assez loin dans sa réflexion préférant revenir sur ce groupe mythique sans développer leurs fils spirituels, préférant régler ses comptes avec Marilyn Manson de façon d'ailleurs assez injuste... L'ultime chapitre est consacré à l'immortel Jim Morrisson avec toute une série d'anecdotes que les fans comme moi connaissent déjà mais qui ne manqueront pas de réjouir les novices!

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Concis et très bien écrit, ce livre se lit en un temps record et on ne peut qu'être gagné par l'enthousiasme de l'auteur. Pour autant, s'il s'agit d'un excellent essai de vulgarisation, il ne satisfera pas les inconditionnels. Nulle révélation ici, plutôt un micro état des lieux des liens indissolubles entre le rock et la transgression de manière générale. Pour accompagner ces textes cependant efficaces et sincères, vous contemplerez de très belles illustrations de Marie Meïer qui a un talent certain même si j'ai trouvé son travail inégal sur le présent volume. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant car cela convient très bien pour planter l'ambiance sombre et décadente voulue par son auteur.

Belle et sympathique lecture que cet ouvrage qui trouvera son chemin dans les bibliothèques des amoureux du rock qui plus que jamais n'est pas mort!

Posté par Nelfe à 18:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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