Le Chant de l'assassinL'histoire : Tout le monde a un secret.
Condamné pour meurtre, derrière les barreaux depuis plus de vingt ans, Evan Riggs n'a jamais connu sa fille, Sarah, confiée dès sa naissance à une famille adoptive. Le jour où son compagnon de cellule, Henry Quinn, un jeune musicien, sort de prison, il lui demande de la retrouver pour lui donner une lettre. Lorsqu'Henry arrive à Calvary, au Texas, le frère de Riggs, shérif de la ville, lui affirme que la jeune femme a quitté la région depuis longtemps, et que personne ne sait ce qu'elle est devenue. Mais Henry s'entête. Il a fait une promesse, il ira jusqu'au bout. Il ignore qu'en réveillant ainsi les fantômes du passé, il va découvrir un secret que les habitants de Calvary sont prêts à tout pour ne pas voir divulguer.

La critique Nelfesque : Alors que vient de sortir cet été le dernier roman traduit en français de R. J. Ellory dont je vous parlerai prochainement, il est plus que temps pour moi d'évoquer le précédent, "Le Chant de l'assassin". Cet auteur est un incontournable pour qui aime les romans noirs et les thrillers faisant la part belle aux personnages. Depuis la lecture de son premier ouvrage sorti en France, je n'ai plus lâché Ellory d'une semelle. Lui et moi c'est maintenant 12 ans d'amour littéraire qui nous lient et après la lecture de celui-ci, ça ne va pas s'arrêter là.

Nous suivons Henry Quinn, ex taulard ayant purgé sa peine, tentant de tenir la promesse qu'il a faite à son compagnon de cellule Evan Riggs. Et croyez-moi ce n'est pas une mince affaire ! Depuis 20 ans derrière les barreaux, ce dernier a écrit une lettre à sa fille qu'il confie à Quinn dans l'espoir qu'il puisse lui remettre. Commence alors pour lui un véritable parcours du combattant dans la petite ville de Calvary où le shérif du coin et les habitants ne sont pas prêts à voir ressurgir les fantômes du passé.

Intimidations plus ou moins musclées, allusions, non-dits vont devenir le quotidien d'Henry Quinn pour qui une promesse est une promesse. Trop de mystères entourent la fille de son ami, le chemin menant à elle est tellement semé d'embûche que toute la lumière doit être faite sur son existence. Où est-elle ? Comment la retrouver ? Qui contacter ? Et surtout pourquoi est-ce si compliqué ? Quel lièvre Quinn va-t-il lever ?

Rangé dans la catégorie "thriller", "Le Chant de l'assassin" est un véritable drame. Ce roman prend aux tripes, nous émeut, nous met en colère, nous fait passer par tous les états. Ellory est excellent pour dépeindre les ambiances, la moiteur d'un lieu, la torpeur de l'alcool et surtout ses personnages sont décrits comme on confectionnerait une dentelle. Il a l'art de les faire prendre vie devant nos yeux en nous plongeant dans leurs vies, en les sondant jusqu'aux tréfonds de leurs âmes. Il m'a bouleversée ici aussi par sa plume de la même manière qu'il a pu le faire avec "Seul le silence" ou "Mauvaise étoile".

Aller-retours incessants entre le passé d'Evan Riggs et l'enquête présente menée par Henry Quinn, Ellory se joue de la temporalité en mettant en parallèle leurs deux existences. Tous deux ont leurs défauts, leurs fêlures, leurs espoirs fauchés en plein vol, leurs existences à jamais détruites. Comme c'est beau putain. Comme on a envie de les prendre dans nos bras et leur dire que la vie n'est pas finie et que tout peut encore arriver. Les derniers chapitres ont une telle force niveau écriture qu'ils méritent presque à eux seuls de se plonger entre ces pages. Un ultime baroud d'honneur, un coup de pied dans la fourmilière, une course pour la vie que Quinn va mener pour son ami mais aussi pour lui. Quand les hommes ne sont plus que des ombres, reste une lueur en bout de piste qu'il leur faut fixer sans relâche jusqu'à l'éblouissement. Un superbe roman.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Un Coeur sombre"
- "Les Assassins"
- "Papillon de nuit"
- "Les Neuf cercles"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Anges de New-York"
- "Vendetta"
- "Les Anonymes"
- "Seul le silence"