samedi 8 octobre 2016

"Un Coeur sombre" de R. J. Ellory

elloryL'histoire : Sous sa façade respectable, Vincent Madigan, mauvais mari et mauvais père, est un homme que ses démons ont entraîné dans une spirale infernale. Aujourd’hui, il a touché le fond, et la grosse somme d’argent qu’il doit à Sandià, le roi de la pègre d’East Harlem, risque de compromettre son identité officielle, voire de lui coûter la vie. Il n’a plus le choix, il doit cette fois franchir la ligne jaune et monter un gros coup pour pouvoir prendre un nouveau départ. Il décide donc de braquer 400 000 dollars dans une des planques de Sandià. Mais les choses tournent très mal, il doit se débarrasser de ses complices, et un enfant est blessé lors d’échanges de tirs. Comble de malchance, le NYPD confie l’enquête à la dernière personne qu’il aurait souhaité. Rongé par l’angoisse et la culpabilité, Madigan va s’engager sur la dernière voie qu’il lui reste : celle d’une impossible rédemption.

La critique Nelfesque : Ah ! Ellory ! Dès qu'une nouvelle traduction est disponible en France, pour moi c'est un événement. Inconditionnelle de cet auteur et admirative de son talent (voir en fin de chronique les liens vers tous mes articles le concernant), j'ai eu la chance de lire "Un Coeur sombre" dès cet été. Que l'attente fut longue avant de pouvoir vous en parler ! Toutefois, je tenais à ce que vous puissiez vous le procurer si vous le souhaitiez au moment de la mise en ligne de ma chronique et c'est maintenant chose faite. "Un Coeur sombre" est en librairie et le moins que l'on puisse dire c'est qu'Ellory frappe encore ici un grand coup ! Inutile à mon sens de parler d'un ouvrage trop en amont de sa sortie sous peine de le faire passer aux oubliettes.

Nous suivons la trajectoire de Vincent Madigan, flic de son état et qui n'a pas toujours été tout blanc. Frayant avec les milieux mafieux, il doit une importante somme d'argent à un gros ponte et n'hésite pas à monter un énorme coup pour éponger ses dettes. Un flic qui se comporte comme un gangster, on en a déjà vu et lu mais ici l'affaire se corse lorsqu'en pleine opération, une petite fille fait les frais de ses initiatives et risque de perdre la vie. Qui est-elle ? Qu'a-t-elle vu ? Qu'a-t-elle entendu ? Madigan qui n'est pas homme à se laisser attendrir et n'hésite ni à dessouder ceux qui se trouvent sur son chemin et l'empêchent d'avancer, ni à trahir ses coéquipiers pour ses propres intérêts, se retrouve face à un dilemme. Entre culpabilité de causer la mort d'une innocente et angoisse d'être découvert, il va faire le choix de la rédemption. Mais quelle rédemption ! Une rédemption à la sauce Vincent Madigan qui ne fait pas dans la demi-mesure et franchit toutes les limites.

Avec un personnage principal faisant fi des conventions et brouillant les frontières du bien et du mal, R. J. Ellory nous offre là un homme que l'on adore détester et qui nous fascine autant qu'il nous dégoûte par ses conceptions de la décence et de l'humanité. Avec ses méthodes et des principes qui lui sont propres, il va tout mettre en oeuvre pour sauver les meubles et se sauver lui-même.

R. J. Ellory nous démontre une fois de plus sa maîtrise des personnages et n'hésite pas à creuser au plus profond d'eux-même pour déterrer des éléments d'humanité donnant de l'épaisseur à son récit et de la crédibilité aux hommes et aux femmes qui peuplent son roman. Une nouvelle fois, l'ambiance n'en est que plus prégnante et le lecteur plus hypnotisé encore et pris dans les filets d'un auteur magicien à la plume juste et implacable. Tout peut-il être pardonné ? Peut-on changer le cours de sa vie ? Jusqu'où peut-on aller pour sa rédemption ? Un flic pourri jusqu'à la moelle, une bande de mafieux, de l'argent sale et des vies à sauver. Puissant !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Neuf cercles"
- "Papillon de nuit"
- "Les Assassins"

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jeudi 20 août 2015

"Les Assassins" de R. J. Ellory

AssassinsL'histoire : Sur 18.000 meurtres par an aux Etats-Unis, seulement 200 sont le fait de tueurs en série. Aussi les forces de police ne privilégient-elles que rarement la piste du serial killer. Lorsque quatre homicides sont commis en quinze jours à New York, selon des modes opératoires complètement différents, personne ne pense à faire le lien entre eux. Personne, sauf John Costello. Documentaliste au City Herald, et véritable encyclopédie vivante des serial killers, celui-ci découvre en effet qu'ils ont été commis à la date anniversaire d'un meurtre passé, oeuvre chaque fois d'un tueur en série célèbre, selon une procédure rigoureusement identique. Y aurait-il dans la ville un serial killer qui s'inspire de ses prédécesseurs pour leur rendre un funèbre hommage ?

La critique Nelfesque : 2015 est un peu l'année Ellory ! Après l'édition française de son premier roman, "Papillon de nuit", il y a deux mois,  et avant la sortie en poche de "Les Neuf cercles" aux éditions Livre de Poche la semaine prochaine, c'est aujourd'hui que vous retrouvez en librairie son nouveau roman traduit en français, "Les Assassins". Vous connaissez mon amour immodéré pour cet auteur, ce n'est pas moi qui irait me plaindre ! Si vous ne vous êtes pas rués en librairie pour vous le procurer aujourd'hui, lisez bien ce qui suit. Vous risquez de ruminer toute la nuit afin d'être les premiers à la porte du libraire demain matin. Vous êtes prêts ? C'est parti !

Tout commence en 1984. John Costello a 16 ans et vit sa première histoire d'amour avec Nadia qu'il aime plus que tout. "Les Assasins" commence avec un amour adolescent, un de ces amours dont on garde une place toute particulière dans nos coeurs. John se rappellera toute sa vie de Nadia, de ses longs cheveux, de son côté artiste, de sa douceur et du marteau qui lui fracassa le crâne un soir de novembre.

32 ans plus tard, une adolescente est retrouvée dans un sous-bois, la tête enfoncée et le corps emballé dans du plastique. Quelques jours plus tard, 2 jeunes filles sont abattues par balles puis un jeune homme est retrouvé étranglé le visage d'un clown peint sur la figure... Les homicides sans lien évident entre eux se succèdent et plusieurs bureaux de police de New York planchent en parallèle sur ses affaires.

Irving, inspecteur à la quatrième division de la brigade criminelle, est un flic consciencieux et solitaire. Très vite il va se retrouver confronter à la plus grosse affaire de sa carrière. Un jeu de pistes macabre dont il ignore les règles. Aidé de Karen Langley, journaliste au New York City Herald et de John, aujourd'hui enquêteur spécialisé en affaires criminelles dans le même journal, il va mener l'enquête et essayer de démasquer ce tueur qui semble toujours avoir un coup d'avance.

Comme à son habitude, R. J. Ellory travaille à fond ses personnages, creusant au maximum leurs psychologies, leurs vies privées et leurs réactions pour nous les rendre humains et déclencher l'empathie chez ses lecteurs. Dans "Les Assassins", ce procédé fonctionne toujours à merveille. John Costello, personnage énigmatique et bourré de principes de vie étranges est difficile à cerner. Karen est une femme forte pleine d'humour et de dérision et ses échanges avec Irving sont savoureux, permettant ainsi de dédramatiser certaines situations. Irving quant à lui est un bourreau de travail, ne comptant pas ses heures, il va jusqu'au bout de ses forces pour résoudre ses enquêtes. L'ambiance est lourde, l'urgence est bien présente.

D'ordinaire plus versé dans le roman noir, Ellory nous livre ici un roman 100% thriller sans pour autant négliger ce qui fait sa marque de fabrique : une écriture finement ciselée, des personnages forts bien construits et des ambiances palpables et uniques. L'histoire est somme toute assez classique dans sa trame mais son traitement soigneux fait de ce roman un thriller qui sort du lot. Le lecteur vit l'urgence de l'enquête et les 40 dernières pages sont un véritable supplice pour les nerfs. Le coupable est là, à portée de main et la fin est à la hauteur du roman.

Loin de la facilité et du consensuel, R. J. Ellory nous livre ici encore avec "Les Assassins", un ouvrage de qualité qui restera dans l'esprit des lecteurs comme un page-turner intelligent et rudement bien construit. Je vous conseille vivement de vous le procurer au plus vite !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Neuf cercles"
- "Papillon de nuit"

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lundi 13 juillet 2015

"Papillon de nuit" de R. J. Ellory

papillon-de-nuit-elloryL'histoire : Après l’assassinat de John Kennedy, tout a changé aux États-Unis. La société est devenue plus violente, la musique plus forte, les drogues plus puissantes que jamais. L’Amérique a compris qu’il n’y avait plus un chef, un leader du pouvoir exécutif, mais une puissance invisible. Et si celle-ci pouvait éliminer leur président en plein jour, c’est qu’elle avait tous les pouvoirs. C’est dans cette Amérique en crise que Daniel Ford a grandi. Et c’est là, en Caroline du Sud, qu’il a été accusé d’avoir tué Nathan Vernet, son meilleur ami.

Nous sommes maintenant en 1982 et Daniel est dans le couloir de la mort. Quelques heures avant son exécution, un prêtre vient recueillir ses dernières confessions. Bien vite, il apparaît que les choses sont loin d’être aussi simples qu’elles en ont l’air. Et que la politique et l’histoire des sixties ne sont pas qu’une simple toile de fond dans la vie de Daniel, peut-être lui aussi victime de la folie de son temps.

La critique Nelfesque : Pour ceux qui nous suivent depuis un moment, inutile de dire une fois de plus que je suis une fan inconditionnelle d'Ellory et que dès qu'un nouveau roman sort en librairie, je me jette dessus. "Papillon de nuit" a une saveur particulière puisque, bien que tout récemment sorti en librairie en France, il ne s'agit pas d'un nouveau roman. Bien au contraire...

Les éditions Sonatine viennent de lancer leur nouvelle collection, Sonatine +, qui fait la part belle aux romans oubliés. Premiers écrits ou romans passés injustement inaperçus en France sont mis en lumière dans un format semi poche et un prix bien moindre qu'un broché classique. Une belle occasion de se faire plaisir à moindre frais ! "Papillon de nuit" rentre complètement dans la ligne éditoriale de cette nouvelle collection puisqu'il s'agit ici du premier roman de R. J. Ellory, sorti en 2003 en Angleterre mais jusqu'ici inédit en France. On ne peut que remercier Sonatine de nous permettre de découvrir le premier écrit de ce grand écrivain contemporain !

J'ai coutume de dire que cet auteur est bluffant, qu'il arrive à plonger ses lecteurs dans une ambiance bien particulière où l'intrigue passe au second plan, avec des personnages à la psychologie fouillée et avec une plume unique. Et bien, je peux maintenant dire que cette finesse d'écriture, ce don qu'il a pour hypnotiser son lectorat, R. J. Ellory l'a depuis son tout premier roman.

Avec "Papillon de nuit", Ellory nous transporte au plus proche de l'âme humaine, dans un roman fort et émouvant. Nous suivons Daniel, pendant plus de 500 pages, dans ses dernières semaines à vivre, ses derniers jours, ses dernières heures, son dernier souffle. Jugé et emprisonné dans le couloir de la mort pour le meurtre de son ami d'enfance, son frère noir, dans une Amérique en plein bouleversement de la guerre du Vietnam et du ségrégationnisme. Longtemps silencieux, il va se confier au père John et lui raconter l'histoire de sa vie, celle de sa rencontre avec Nathan, celle de leur amitié indéfectible et ses fantômes du passé.

Ainsi, le lecteur navigue tour à tour entre le temps présent (1982) et le passé de Daniel. Son histoire est prétexte à nous raconter celle de l'Amérique, son évolution, sa population, ses peurs et ses espérances. Nous suivons Daniel depuis tout petit et, au fil des pages, nous développons une grande affection pour ce personnage. Comment un individu peut-il être conditionné par le pays dans lequel il vit ? Comment peut-il s'en délivrer et aller contre les décisions nationales ? Comment un homme peut-il construire sa vie face à l'innommable ?

Ellory ayant lui même fait de la prison pour vol dans ses jeunes années, ses descriptions du milieu carcéral sont justes et sans détours. Loin de la caricature du taulard tatoué, gros bras et peu finaud, Daniel est un homme comme un autre avec une histoire lourde à porter et une grande solitude qu'il va nous raconter ici. Avec un sentiment d'urgence palpable face à l'issue fatale qui attend Daniel et, encore une fois (et ici pour la première fois), une force indéniable dans l'écriture de son auteur, ce roman se place dès les premières pages dans les meilleurs romans de Ellory. On retrouve tout ce qui fait la patte de l'auteur : une histoire forte, un background fouillé, des psychologies complexes et des personnages emblématiques et pourtant si ordinaires. Les ingrédients d'un grand roman sont tous ici réunis et le cuisinier Ellory les accommode avec brio.

L'histoire dans l'Histoire, le destin d'un homme meurtri, un questionnement profond sur les notions de liberté, d'intégrité et de dignité, c'est tout cela "Papillon de nuit". Et puis, il y a la plume magnifique d'Ellory qui fait de ce roman une oeuvre unique... Un vrai moment d'émotion et un roman précieux.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Neuf cercles"

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mardi 4 novembre 2014

"Les Neuf Cercles" de R.J. Ellory

Les Neuf cercles

L'histoire : 1974. De retour du Vietnam, John Gaines a accepté le poste de shérif de Whytesburg, Mississippi. Une petite ville tranquille jusqu’au jour où l’on découvre, enterré sur les berges de la rivière, le cadavre d’une adolescente. La surprise est de taille : celle-ci n’est autre que Nancy Denton, une jeune fille mystérieusement disparue vingt ans plus tôt, dont le corps a été préservé par la boue. L’autopsie révèle que son cœur a disparu, remplacé par un panier contenant la dépouille d’un serpent. Traumatisé par le Vietnam, cette guerre atroce dont « seuls les morts ont vu la fin », John doit à nouveau faire face à l’horreur. Il va ainsi repartir au combat, un combat singulier, cette fois, tant il est vrai qu’un seul corps peut être plus perturbant encore que des centaines. Un combat mené pour une adolescente assassinée et une mère de famille déchirée, un combat contre les secrets et les vérités cachées de sa petite ville tranquille. Si mener une enquête vingt ans après le crime semble une entreprise périlleuse, cela n’est rien à côté de ce qui attend John : une nouvelle traversée des neuf cercles de l’enfer.

La critique Nelfesque : Un nouvel Ellory en librairie, comment passer à côté quand on aime tant cet auteur ? La réponse est simple : on ne peut pas ! C'est donc avec plaisir que je me suis plongée dans cette nouvelle traduction pour laquelle j'aurai un avis plus nuancée que pour d'autres oeuvres éditées par le passé.

Vous trouverez à la fin de ce billet, les liens menant vers mes autres chroniques des romans d'Ellory traduits en français à l'heure actuelle. D'ordinaire, je ne taris pas d'éloge et suis complètement envoûtée par la plume et les histoires que nous propose Ellory. "Les Neuf Cercles" n'est à mon sens pas à la hauteur des précédents mais cela n'en fait pas pour autant un mauvais roman. Bien au contraire !

Le background est bon. John Gaines, shérif de Whytesburg, est un vétéran de la Guerre du Vietnam. Avec ses fêlures, ses démons et ses souvenirs traumatisants, il va devoir prendre à bras le corps une enquête peu commune. Une affaire vieille de vingt ans refait surface lorsque le cadavre de la jeune Nancy est retrouvé dans un état de conservation étonnant. Cette adolescente de 16 ans au moment de sa disparition réapparaît soudainement sous forme de macchabée 20 ans plus tard comme si elle était morte hier. Passé l'étonnement et l'incompréhension, l'enquête s'annonce difficile lorsque les témoins d'hier ont depuis tous eu une vie et des souvenirs émoussés.

Sous certains aspects, ce présent roman m'a fait pensé à "Millénium 1 - Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Stieg Larsson. Fouiller dans le passé de la victime alors qu'avec le temps tout le monde a vieilli et que les indices ont disparus, revenir sur les lieux du meurtres alors que le temps a passé et que la société a évolué... Gaines n'étant en plus pas un enfant du pays mais un shérif nommé relativement récemment, il va devoir s'appuyer sur les aptitudes de ses agents et des autorités aujourd'hui à la retraite pour mener à bien son enquête.

Nous naviguons entre le présent de l'enquête de Gaines, ses souvenirs du Vietnam et ceux d'une jeune femme, amie de la victime au moment des faits. On se retrouve alors au côté de Nancy dans ses préoccupations d'adolescente, près de ses amours, de ses amis, dans ses soirées d'été chargées d'émotion et avec sa bande de copains qui nous rappelle à tous la nôtre. Ellory est toujours aussi bon pour mettre en place une ambiance faisant naître une vraie empathie des lecteurs pour ses personnages.

Mais pourquoi cette nuance alors ? A cause du personnage de Gaines et plus précisément de sa façon de mener l'enquête. Les allers-retours au Vietnam et la dureté de cette guerre est magistralement bien retranscrite. Le lecteur ressent les souffrances des anciens combattants, la difficulté de passer à autre chose quand on a la chance de revenir indemne physiquement d'une telle guerre... Là où le bât blesse selon moi c'est dans le côté très "terre à terre" que peut avoir Gaines dans sa gestion de l'avancée de l'enquête. Plus amateur que réellement bon shérif (pour sa défense, ce n'est pas le genre d'enquête dont on a affaire tous les 4 matins), il va là où le vent le mène et marche beaucoup à l'instinct, se persuadant de la culpabilité des uns ou des autres dès qu'il ressent le moindre doute. Ce personnage oublie très facilement que les apparences peuvent être trompeuses et qu'être un bon flic nécessite d'aller au fond des choses avant de conclure à la culpabilité d'un suspect. Il commet des erreurs, très souvent, n'en tire pas de leçons, ne s'excuse jamais et passe à la suite en se plantant sans cesse... Cette façon de faire m'a quelque peu gâché ma lecture alors que sous tous les autres aspects, "Les Neuf cercles" a tout pour me plaire...

Mais les romans d'Ellory c'est avant tout un climax, une capacité à faire de ses personnages des hommes et des femmes que l'on suit pour ce qu'ils sont, pour ce qu'ils ont vécu et pour ce qu'ils ressentent avant tout. Paradoxal me direz-vous de finalement aimer Gaines après ce que je viens d'en dire précédemment. Oui mais voilà, Gaines ne se résume pas à cette enquête et à sa position de shérif justement. Gaines est un homme au passé douloureux, veillant sur une mère malade et fatiguée, dans une ville du Mississippi où chacun veille sur son voisin, où les secrets peuvent être lourds et dans un Etat, voisin de la Louisiane, où le vaudou et la magie noire trouvent une légitimité encore actuelle. L'enquête n'est finalement qu'un prétexte pour Ellory à dépeindre la noirceur de l'âme humaine et aborder des sujets douloureux tels que les traumatismes de guerre et le deuil.

Je vous conseillerai donc tout de même de vous laisser tenter par "Les Neuf Cercles" même si pour moi d'autres romans de l'auteur sont à lire en priorité avant celui ci pour vraiment apprécier tout le génie du monsieur.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"
- "Mauvaise étoile"

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mardi 17 décembre 2013

"Mauvaise étoile" de R.J. Ellory

Mauvaise étoileL'histoire: Texas, 1964. Après l'assassinat de leur mère, Elliott et Clarence ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maison de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otage pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, les deux adolescents se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier. Alors que Sheridan sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes. Loin de se douter de la complexité de celle-ci, les policiers, lancés à leurs trousses, et en particulier l'inspecteur Cassidy, ne sont pas au bout de leurs surprises.

La critique Nelfesque: J'ai lu cet Ellory à sa sortie en librairie. Et oui, je crois que je ne peux plus vous le cacher, je suis une fan absolue de cet auteur qui touche pour moi au sublime dans un style très populaire qu'est le thriller. Qui a dit que ce genre littéraire était fait de facilités? Lisez un Ellory et on en reparle!

"Mauvaise étoile" est la dernière traduction française de R.J. Ellory disponible en librairie depuis début octobre. Encore une fois classé en thriller, il relève plus pour moi du roman noir avec ses personnages complexes et à la psychologie fouillée et son road movie, digne des plus grandes traversées d'Amérique, angoissant et saisissant.

Ce n'est donc plus un secret pour personne, Ellory et moi c'est une grande histoire d'amour. Une histoire d'amour qui a commencé avec la découverte de "Seul le silence" et qui n'est pas prête de s'arrêter. On retrouve dans "Mauvaise étoile" tout ce qui fait la force de cet auteur: une plume qui lui est propre, de toute beauté, et cette faculté qu'il a d'emmener ses lecteurs dans une ambiance à part. Plus que lire "Mauvaise étoile", on le vit. Vraiment...

De roman en roman, j'ai l'impression d'avancer toujours les mêmes arguments mais ce n'est pas ma faute après tout si ce grand monsieur est aussi doué dans son Art! Ce serait sans doute plus facile de parler d'une déception et de trouver des défauts à une oeuvre, mais je n'y peux rien, Ellory a su encore me toucher avec ce magnifique roman. Plus encore qu'avec ses précédents qui déjà atteignaient des sommets. C'est dire!

Les personnages principaux sont frères. Des petits gosses qui n'ont pas eu beaucoup de chance dans la vie. Après l'assassinat de leur mère, et la scène poignante qui en découle, Elliott et Clarence vont vivre leur adolescence dans des maisons de correction et établissements pénitentiaires pour mineurs. Dès l'enfance, ils sont frappés du sceau de l'injustice et le jour où ils sortent enfin à l'air libre, ils se trouvent embrigader dans une histoire qui n'est pas la leur. Touchants et naïfs, ils vont alors suivre le chemin de Earl Sheridan, un psychopathe qui sème la terreur et le sang sur son passage.

Face à ces évènements, les deux frères vont vivre les choses complètement différemment. L'un va se méfier de Earl, l'autre va le prendre pour modèle. Ici se scellera la fin de ce qui les unissait jusqu'alors et commence pour le lecteur un tourbillon de sentiments à la lecture du roman. Le parti pris littéraire d'Ellory surprend alors ici avec une écriture skizophrénique qui nous fait parfois perdre le fil de l'histoire mais qui se révèle être d'une complexité et d'une maîtrise sans précédent. Si vous avez lu "Sorry" de Zoran Drvenkar, également édité chez Sonatine, vous avez déjà touché du doigt cette complexité. Ici on ne sait plus qui est qui, tant les personnages vont être mélangés, pris les uns pour les autres, perdus dans leurs têtes...

Je suis ressortie de "Mauvaise étoile" complètement sonnée! Une vraie claque! J'aime particulièrement les romans noirs où il est question de jeunes ado et de leurs difficultés de vivre. Dans ce roman ci, on va bien au delà de la souffrance et des questionnements propres à cet âge ingrat. On entre dans une histoire poignante, horriblement triste (j'ai quand même versé ma larme, ce qui arrive très rarement) et rudement bien mené.

Plus qu'un écrivain, Ellory est pour moi un génie dans son genre! Des romans à couper le souffle, la beauté et la rudesse à chaque coin de page, une expérience à vivre en tant que lecteur. "Mauvaise étoile" peut être encore plus que ses autres romans. Jetez-vous dessus! J'en ai encore des frissons...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "Seul le silence"
- "Les Anonymes"
- "Vendetta"
- "Les Anges de New-York"

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vendredi 10 février 2012

"Les Anges de New York" de R. J. Ellory

angesdenyL'histoire: Frank Parish, inspecteur au NYPD, a des difficultés relationnelles. Avec sa femme, avec sa fille, avec sa hiérarchie. C'est un homme perdu, qui n'a jamais vraiment résolu ses problèmes avec son père, mort assassiné en 1992 après avoir été une figure légendaire des Anges de New York, ces flics d'élite qui, dans les années quatre-vingt, ont nettoyé Manhattan de la pègre et des gangs.
Alors qu'il vient de perdre son partenaire et qu'il est l'objet d'une enquête des affaires internes, Frank s'obstine, au prix de sa carrière et de son équilibre mental, à creuser une affaire apparemment banale, la mort d'une adolescente. Persuadé que celle-ci a été la victime d'un tueur en série qui sévit dans l'ombre depuis longtemps, il essaie obstinément de trouver un lien entre plusieurs meurtres irrésolus. Mais, ayant perdu la confiance de tous, son entêtement ne fait qu'ajouter à un passif déjà lourd.
Contraint de consulter une psychothérapeute, Frank va lui livrer l'histoire de son père et des Anges de New York, une histoire bien différente de la légende communément admise. Mais il y a des secrets qui, pour le bien de tous, gagneraient à rester enterrés.

La critique Nelfesque: Un nouvel Ellory sort en librairie le 15 mars prochain et j'ai eu la chance de le lire en avant première. Grande amatrice de la plume de cet auteur, j'en suis doublement ravie.

"Les Anges de New York" ne fait pas pâle figure au côté des autres romans d'Ellory aujourd'hui traduits en français ("Seul le silence", "Vendetta" ou encore "Les Anonymes"). Il est même clairement dans la lignée de "Vendetta"!

Nous sommes ici dans une histoire sombre et complexe, jonglant dans les méandres des souvenirs de Frank Parish et son enquête en cours. L'enquête est classique, un tueur en série sévit dans la ville et Frank est persuadé d'avoir le coupable sans les preuves qui vont avec. Il va alors tout mettre en place pour le faire tomber, allant jusqu'aux limites de la légalité et mettant sa carrière déjà fragile en péril. Sur l'enquête pure de ce roman, je n'ai pas été transportée. Tout s'imbrique comme par magie et c'est presque trop simple pour être attirant. Les coïncidences fusent, les convictions de Frank dominent et même son nouvel équipier, Radick, ne tique pas... Mouais... Heureusement, ce roman a deux facettes.

Il ne faut cependant pas s'attendre à lire un polar classique quand on se plonge dans "Les Anges de New York". Ici, bien avant l'enquête policière, c'est la psychologie et l'histoire familiale du personnage principal qui priment. Ellory est très fort à ce petit jeu et le lecteur s'attache toujours profondément à ses personnages. Ici, on ne déroge pas à la règle avec Frank Parish, personnage fouillé aux félures palpables. C'est avant tout son "enquête personnelle" qui séduit le lecteur, son chemin pour faire la paix avec le passé et changer ses comportements. Alors certes, les policiers alcooliques et fragiles sous des apparences dures sont assez courants dans les romans policiers mais j'ai rarement vu des personnages aussi aboutis, crédibles et attachants que ceux d'Ellory. Nous sommes ici dans le vrai roman de flics, celui où les magouilles cotoient la mafia et les nuits blanches l'alcool. Il y a un arrière goût de polar noir à l'image d'"Un amour fraternel" de Pete Dexter dans ce roman. Dès les premières pages, le lecteur ressent toute la force de l'écriture de cet auteur, une écriture magnifique qui nous transporte au delà du simple polar/thriller.

"Les Anges de New York", à l'image de "Seul le silence", est un roman qu'il faut lire avant tout pour ses personnages, pour leurs descentes aux enfers, pour leurs travers et pour leurs malaises. Ellory nous fait ressentir des sentiments que peu d'auteurs nous proposent dans le polar/thriller. Je suis une fois de plus charmée par Ellory et vous invite à sauter sur cet ouvrage dès sa sortie en librairie. De mon côté, je n'ai plus qu'à attendre le prochain...

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mercredi 20 avril 2011

"Vendetta" de R.J. Ellory

ellory_vendettaL'histoire: 2006, La Nouvelle-Orléans. Catherine, la fille du gouverneur de Louisiane est enlevée, son garde du corps assassiné. Confiée au FBI, l'enquête prend un tour imprévu: le kidnappeur, Ernesto Perez, se livre aux autorités et demande à s'entretenir avec Ray Hartmann, un obscur fonctionnaire qui travaille à Washington dans une unité de lutte contre le crime organisé. A cette condition seulement il permettra aux enquêteurs de retrouver la jeune fille saine et sauve.
A sa grande surprise, Hartmann est donc appelé sur les lieux. C'est le début d'une longue confrontation entre les deux hommes, au cours de laquelle Perez va peu à peu retracer son itinéraire, l'incroyable récit d'une vie de tueur à gages au service de la mafia, un demi-siècle de la face cachée de l'Amérique, de Las Vegas à Chicago, depuis Castro et Kennedy jusqu'à nos jours.
Quel est le véritable enjeu de cette confrontation? Pourquoi Perez souhaite-t-il Hartmann comme seul interlocuteur? Alors qu'une course contre la montre s'engage pour retrouver Catherine et que, dans l'ombre, la mafia et les autorités s'inquiètent du dialogue qui s'établit entre les deux hommes, Hartmann ira de surprise en surprise jusqu'à l'incroyable coup de théâtre final.

La critique Nelfesque: J'ai découvert Ellory avec "Seul le silence" que j'ai plus qu'adoré. N'étant pas vraiment portée sur les histoires de mafia, j'ai laissé passer "Vendetta" pour attaquer directement "Les anonymes" que j'ai trouvé différent du premier mais encore une fois assez réussi. Comme à ce jour, il n'y a que 3 romans de cet auteur traduits en français et qu'il faut bien l'avouer j'étais en manque, je me suis lancée dans la lecture de "Vendetta". Alors traumatisée? Déçue? Conquise?

Il est vrai que je ne voue pas un culte aux thèmes mafieux. L'univers mafioso ne me branche pas plus que ça mais quand on sait qu'Ellory est à la plume, on fait un petit effort et on se lance. Effectivement la mafia fait partie intégrante de ce roman. Perez est un récent repenti qui se livre spontanément à la police après la découverte d'un corps dans une voiture et la disparition de la fille du gouverneur. En ponte de la mafia, il a des exigences et ne veut s'entretenir qu'avec Hartmann. Pourquoi ce choix? Qui est vraiment Hartmann? De nombreuses questions trottent dans la tête du lecteur. Elles trouveront leurs réponses au fil du roman.

Perez raconte donc sa vie sous le regard d'Hartmann, sous l'oreille du FBI disséquant les enregistrements et surtout dans un climat de tension où la peur et la pression pèsent. Le gouverneur est un homme important et tout doit être mis en oeuvre pour retrouver sa fille. Toutefois, il faut respecter les désidératas de Perez et il ne veut pas aller trop vite. Alors commencent de longues conversations à base de flash-backs et l'existence de Perez est détaillée de sa prime enfance à aujourd'hui. Perez est un tueur, un homme froid qui exécute les ordres sans poser de questions. En respectant cette discipline, il va fréquenter les Grands de la Cosa Nostra et gravira les échelons. Seul bémol pour la police: le nom de Perez n'apparait nul part. Cet homme n'existe pas! Difficile alors de démêler le vrai du faux et d'opter pour la bonne solution... Un vrai casse tête pour les enquêteurs.

Il est vrai que les personnages sont multiples dans la vie de Perez et il est parfois difficile de s'y retrouver. Il faut situer les Familles, leurs quartiers et leurs villes (parfois même leurs pays), la hiérarchie et les codes mafieux. Mais une fois tout ceci intégré, l'ensemble se révèle passionnant. Perez qui a tout pour être détesté apparait humain et, sous certains aspects, on le plaint...

Une immersion très instructive sur le monde de la mafia, la vie d'un homme en toile de fond et des liens psychologiques étroits avec les personnages. Vivement la prochaine traduction d'un roman d'Ellory!

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jeudi 16 décembre 2010

"Les anonymes" de R.J. Ellory

anonymesL'histoire: Washington. Quatre meurtres. Quatre modes opératoires identiques. Tout laisse à penser qu'un serial killer est à l'oeuvre. Enquête presque classique pour l'inspecteur Miller. Jusqu'au moment où il découvre qu'une des victimes vivait sous une fausse identité, fabriquée de toutes pièces. Qui était-elle réellement ? Ce qui semblait être une banale enquête de police prend alors une ampleur toute différente et va conduire Miller jusqu'aux secrets les mieux gardés du gouvernement américain.

La critique Nelfesque: Ah! Un nouvel Ellory! Pensez-vous bien que j'ai sauté dessus! J'avais adoré "Seul le silence" au point de le prêter à qui me le demande dans mon entourage et à le conseiller chaudement sur les fora littéraires que je fréquente. J'ai réussi à en convertir plus d'un et j'aurai envie qu'encore plus de lecteurs découvrent cet auteur.

Mais que dire de "Les anonymes"? Bien entendu, je ne peux pas m'empêcher de faire le rapprochement avec "Seul le silence", de chercher les ressemblances ou les sensations ressenties lors de ma précédente lecture. Autant le dire tout de suite "Les anonymes", ce n'est pas "Seul le silence". Nous ne sommes pas là dans le même registre ni dans la même construction d'histoire. Pour autant j'ai aimé ce nouveau roman et tant mieux si ça n'est pas une pâle copie de mon roman préféré de cet auteur!

Nous suivons là l'enquête de l'inspecteur Miller, coéquipier de Roth, dans une enquête qui va les mener bien plus loin que tout ce qu'ils avaient imaginé. Des meurtres surviennent, tout laisse penser qu'un tueur en série est à l'oeuvre mais la vérité est tout autre. Parallèlement à l'enquête, nous faisons connaissance, dès les premières pages, avec le tueur. Nous apprenons son identité mais ce n'est que bien plus tard que nous comprendrons qui il est vraiment par ses révélations et son cheminement vers le but qu'il s'ait fixé. Ces différences de points de vue au niveau de la narration donnent une dimension plus intime à ce roman. Plutôt que de nous servir le tueur sur un plateau, Ellory choisi de nous faire connaitre sa vie, ses craintes, ses doutes et sa vision du monde. Ainsi la même empathie que celle ressentie dans "Seul le silence" pointe le bout de son nez. Cet écrivain est vraiment très fort pour dépeindre les sensations de ses personnages et nous les rendre plus humains que de simples êtres de papier.

Ainsi nous connaissons le fin mot de l'histoire avant les héros de ce roman mais c'est une vraie jubilation de suivre leurs raisonnements et voir Miller approcher la vérité avec stupéfaction. La police piétine, les investigations tournent en rond et la frustration de l'inspecteur est palpable. Le moment où les deux protagonistes se rejoignent marque un tournant dans l'histoire et la marche de Miller vers la vérité est passionnante. D'autant plus que ce dernier est très touchant, pudique, fragile et inébranlable à la fois avec un passé juridique entâché par une affaire encore fraîche. Cette enquête est pour lui un nouveau départ, une occasion de montrer à tout le monde qu'il est un bon flic. Il s'acroche à elle comme à sa vie et ne ménage pas ses efforts.

Mais, malgré tout, qu'est ce qu'un simple flic face à des enjeux politiques? Ce roman nous mène là où on ne voudrait pas aller si notre monde était merveilleux. "Les anonymes" est un thriller à la construction assez classique mais la plume d'Ellory est toujours là, prète à nous cueillir à chaque page. Au final ce roman se révèle être un polar de qualité qui me fait aimer encore plus cet auteur. Et je l'aimais déjà beaucoup...

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dimanche 11 juillet 2010

"Seul le silence" de R.J. Ellory

seul_le_silenceL'histoire: Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps d'une fillette assassinée. Une des premières victimes d'une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l'affaire semble enfin élucidée, Joseph s'installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d'enfants se multiplient... Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.

La critique Nelfesque: Gros coup de coeur pour ce roman à l'image de celui que j'ai eu pour "Le petit copain" de Donna Tartt. Même noirceur, même fatalité dans le destin des personnages, même sensation ouatée et même empathie.

Ce roman est présenté comme un thriller. Certes la toile de fond est une série de meurtres sanglants, malsains, abominables, mais il ne faut pas s'attendre à un polar palpitant. En effet ce n'est pas sur le suspens que se base R.J. Ellory mais sur les ambiances et la vie de Joseph, son parcours, ses souffrances... Ayant lu quelques avis, je savais que je ne m'attelais pas à un thriller pur et dur, ça tombe bien, j'avais envie de ce genre de lecture et je n'ai pas du tout été déçue. Bien au contraire!

On suit l'itinéraire de Joseph, de ses 12 ans à l'âge adulte, avec passion. J'ai eu beaucoup de mal à fermer mon livre (souvent le sommeil l'emportant sur mon envie de poursuivre) et quand j'ai eu lu la dernière page, j'étais un peu triste de l'avoir achevé. Ce livre se ressent plus qu'il ne se lit, la souffrance et la culpabilité qu'éprouve cet enfant sont palpables et très touchantes. La vie de Joseph, plus souvent faite de bas que de hauts, est tragique tout en étant réaliste. L'écriture de R.J. Ellory est simple et efficace et de ce fait, on s'installe peu à peu dans une ambiance noire et oppressante où l'envie de connaître le fin mot de l'histoire passe au second plan, tant on éprouve de l'empathie pour le personnage de Joseph. On s'attache à son personnage et on souffre avec lui.

L'histoire commence dans les premières années de la seconde guerre mondiale, nous sommes en plein coeur de l'Amérique, dans un village paumé où chaque habitant se connait et où les rumeurs vont bon train. Commence alors une chronique de la vie ordinaire, les meurtres en plus, mêlant étude sociale et ressenti personnel. J'avais titré mon billet sur "Le petit copain", "De la souffrance de n'être qu'un enfant". Cette phrase irait très bien également à "Seul le silence". Incompréhension, colère, peur enfantine, deuil... tout cela est mêlé avec brio dans ce roman.

Nous avons là les ingrédients parfaits pour moi: une histoire se déroulant dans une période historique qui me passionne, en milieu rural, avec des personnages touchants, tout en finesse et en pudeur. Ce premier roman de R.J. Ellory traduit en France est époustouflant.

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