lundi 3 août 2020

"Le Chant de l'assassin" de R. J. Ellory

Le Chant de l'assassinL'histoire : Tout le monde a un secret.
Condamné pour meurtre, derrière les barreaux depuis plus de vingt ans, Evan Riggs n'a jamais connu sa fille, Sarah, confiée dès sa naissance à une famille adoptive. Le jour où son compagnon de cellule, Henry Quinn, un jeune musicien, sort de prison, il lui demande de la retrouver pour lui donner une lettre. Lorsqu'Henry arrive à Calvary, au Texas, le frère de Riggs, shérif de la ville, lui affirme que la jeune femme a quitté la région depuis longtemps, et que personne ne sait ce qu'elle est devenue. Mais Henry s'entête. Il a fait une promesse, il ira jusqu'au bout. Il ignore qu'en réveillant ainsi les fantômes du passé, il va découvrir un secret que les habitants de Calvary sont prêts à tout pour ne pas voir divulguer.

La critique Nelfesque : Alors que vient de sortir cet été le dernier roman traduit en français de R. J. Ellory dont je vous parlerai prochainement, il est plus que temps pour moi d'évoquer le précédent, "Le Chant de l'assassin". Cet auteur est un incontournable pour qui aime les romans noirs et les thrillers faisant la part belle aux personnages. Depuis la lecture de son premier ouvrage sorti en France, je n'ai plus lâché Ellory d'une semelle. Lui et moi c'est maintenant 12 ans d'amour littéraire qui nous lient et après la lecture de celui-ci, ça ne va pas s'arrêter là.

Nous suivons Henry Quinn, ex taulard ayant purgé sa peine, tentant de tenir la promesse qu'il a faite à son compagnon de cellule Evan Riggs. Et croyez-moi ce n'est pas une mince affaire ! Depuis 20 ans derrière les barreaux, ce dernier a écrit une lettre à sa fille qu'il confie à Quinn dans l'espoir qu'il puisse lui remettre. Commence alors pour lui un véritable parcours du combattant dans la petite ville de Calvary où le shérif du coin et les habitants ne sont pas prêts à voir ressurgir les fantômes du passé.

Intimidations plus ou moins musclées, allusions, non-dits vont devenir le quotidien d'Henry Quinn pour qui une promesse est une promesse. Trop de mystères entourent la fille de son ami, le chemin menant à elle est tellement semé d'embûche que toute la lumière doit être faite sur son existence. Où est-elle ? Comment la retrouver ? Qui contacter ? Et surtout pourquoi est-ce si compliqué ? Quel lièvre Quinn va-t-il lever ?

Rangé dans la catégorie "thriller", "Le Chant de l'assassin" est un véritable drame. Ce roman prend aux tripes, nous émeut, nous met en colère, nous fait passer par tous les états. Ellory est excellent pour dépeindre les ambiances, la moiteur d'un lieu, la torpeur de l'alcool et surtout ses personnages sont décrits comme on confectionnerait une dentelle. Il a l'art de les faire prendre vie devant nos yeux en nous plongeant dans leurs vies, en les sondant jusqu'aux tréfonds de leurs âmes. Il m'a bouleversée ici aussi par sa plume de la même manière qu'il a pu le faire avec "Seul le silence" ou "Mauvaise étoile".

Aller-retours incessants entre le passé d'Evan Riggs et l'enquête présente menée par Henry Quinn, Ellory se joue de la temporalité en mettant en parallèle leurs deux existences. Tous deux ont leurs défauts, leurs fêlures, leurs espoirs fauchés en plein vol, leurs existences à jamais détruites. Comme c'est beau putain. Comme on a envie de les prendre dans nos bras et leur dire que la vie n'est pas finie et que tout peut encore arriver. Les derniers chapitres ont une telle force niveau écriture qu'ils méritent presque à eux seuls de se plonger entre ces pages. Un ultime baroud d'honneur, un coup de pied dans la fourmilière, une course pour la vie que Quinn va mener pour son ami mais aussi pour lui. Quand les hommes ne sont plus que des ombres, reste une lueur en bout de piste qu'il leur faut fixer sans relâche jusqu'à l'éblouissement. Un superbe roman.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Un Coeur sombre"
- "Les Assassins"
- "Papillon de nuit"
- "Les Neuf cercles"
- "Mauvaise étoile"
- "Les Anges de New-York"
- "Vendetta"
- "Les Anonymes"
- "Seul le silence"

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mardi 28 juillet 2020

"La Clé de l'abîme" de José Carlos Somoza

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L’histoire : Puissant, immense, tout de verre et d'acier, le Grand Train de 7h45 vient de s'ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d'un passager. Pour déjouer l'attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l'oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d'un effroyable secret : l'emplacement de la "Clé" qui pourrait détruire Dieu, détruire surtout la crainte qu'il inspire aux hommes. Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s'immerge dans un univers peuplé d'ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture bien perchée aujourd’hui avec La Clé de l’abîme de José Carlos Somoza, un ouvrage paru chez Actes sud qui végétait dans ma PAL depuis maintenant trop longtemps. Je me rappelle l’avoir adopté dès le premier regard avec cette couverture attrayante au possible qui m’a attiré de suite, la quatrième ayant achevé de me convaincre avec de grandes promesses. Au final, je n’ai pas été déçu, l’histoire est prenante au possible, les références nombreuses (dont une à laquelle je ne m’attendais pas) et malgré une lecture parfois âpre, on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures déjantées de cet infortuné de Daniel.

Daniel Kean sur le papier n’a pas grand chose d’un héros. C’est un être ordinaire. Il vit modestement avec sa femme et leur fille, travaille pour les transports publics, ne cherche pas à sortir du lot, se contente de ce qu’il a et franchement se trouve heureux comme cela. Lors d’une ronde dans un wagon, il remarque un voyageur saignant abondamment. Il s’en approche et se rend compte qu’il s’agit d’un déséquilibré qui s’apprête à commettre un acte terrible. De fil en aiguille, il gagne sa confiance et finit par se voir confier un secret qui pourrait changer la face du monde. Ça il ne le sait pas encore en fait, il attire les convoitises de deux groupes distincts qui se battent pour mettre la main sur la fameuse clé de l’abîme qui donne son titre à l’ouvrage. Tout bascule à ce moment là, Daniel se retrouvant bien malgré lui au cœur de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal avec en point de mire la croyance et la crainte de Dieu qui pourraient bien disparaître... ce qui livreraient à coup sûr la Terre au Chaos.

Étrange, vous avez dit étrange ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises car le roman ne peut se résumer à cela. L’histoire se déroule dans un futur indéfini et on sait juste qu’il y a eu de grosses catastrophes naturelles (le passage se déroulant dans un monde englouti enfermé dans un cercueil de verre est tout bonnement bluffant), que l’apocalypse a eu lieu et qu’une nouvelle société futuriste est apparue, que les hommes ne naissent plus naturellement ou très peu (vive l’eugénisme !), qu’une religion nouvelle est apparue se basant sur une bible contenant quatorze chapitres comme cet ouvrage d’ailleurs, chaque partie faisant référence à une œuvre de H.P. Lovecraft ni plus ni moins... Cela vous donne un bref aperçu de l’ouvrage qui fait la part belle à l’ésotérisme, aux références au maître mais interroge aussi beaucoup sur la foi et le sens de l’existence.

L’ensemble s’apparente donc à un road movie, une chasse au trésor mystique qui voit notre héros brinquebalé en tout sens, lui faible humain confronté à des forces et des organisations qui le dépassent. L’empathie fonctionne à plein régime pour lui, ses faiblesses nombreuses le rendent attachant, parfois pitoyable mais profondément humain. Il est le grand point fort de ce roman où l’on croise de multiples personnages et entités avec au cœur de la bagarre deux camps antagonistes que rien ne semble arrêter et fomentant de terribles actions pour arriver à leurs buts. Et puis, il y a LE personnage marquant, la Vérité, ni plus ni moins, personnage énigmatique à souhait, inclassable, qui se range d’un côté puis de l’autre, parsemant l'ouvrage de maximes sibyllines qui font froid dans le dos. La fin vient nous cueillir littéralement et provoque la réflexion du lecteur sur plusieurs jours, accompagnée de l’impression durable qu’on a lu un ouvrage à part.

Mené tambour battant, La Clé de l'abîme fait la part belle aux rebondissements inattendus, aux rencontres improbables, aux descriptions dantesques et aux questionnements philosophiques. Pas le temps de s’ennuyer même si j’avoue qu’il faut un temps d’adaptation pour goûter pleinement à la richesse de la langue employée. Ce roman ne conviendra pas à tout le monde car il se mérite mais une fois son armure fendue, quel bonheur et quelle ivresse ! Une sacrée découverte que les amateurs du genre doivent tester à leur tour au plus vite.

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dimanche 28 juin 2020

"Seul à savoir" de Patrick Bauwen

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L’histoire : Jeune étudiante en médecine, Marion March tombe follement amoureuse du Dr Nathan Chess, spécialiste de la chirurgie des mains. Mais du jour au lendemain, il disparaît sans laisser de traces.

Quinze ans plus tard, Marion, devenue journaliste, n'a cessé d'aimer Nathan. Sur Facebook, un internaute, "Le Troyen", demande à être son ami, devenant de plus en plus menaçant. Il envoie alors à la jeune femme une photo de Nathan, puis une vidéo où l'on voit le chirurgien, blessé et visiblement prisonnier, demander son aide. Marion, terrifiée, décide d'obéir aux instructions du Troyen, qui la lance dans un sinistre jeu de pistes à travers les Etats-Unis. Pour elle, une seule chose compte : retrouver l'homme de sa vie.

La critique de Mr K : Je vous invite à découvrir un thriller lu à la fin mai avec la critique du jour de Seul à savoir de Patrick Bauwen. J’avais lu du même auteur L’Oeil de Caine que j’avais beaucoup apprécié, c’est donc sans hésiter que je décidai d’exhumer le présent volume de ma PAL où il résidait depuis déjà pas mal de temps. Bonne idée que j’ai eu là avec un roman qui n’a pas tenu deux jours tant l’addiction s’est révélée immédiate avec une sombre histoire de machination aux ramifications bien surprenantes.

Marion, notre héroïne, est assistante journaliste pour une baronne de l’info d’investigation bossant à France Télévision. Sa vie n’a rien de phénoménale et elle vivote plus qu’elle n’agit dans son existence. Un mystérieux contact qui devient vite menaçant, le fameux "troyen" évoqué en quatrième de couverture, va tout chambouler, la replonger dans son passé et la lancer sur les routes dans un jeu de piste qui tourne au jeu de massacre.

Courts chapitres, révélations à gogo et scènes plus enlevées que les autres sont au programme d’un page turner qui fait honneur au genre. Certes, on est en terrain connu mais qu’est-ce qu’on se plaît à suivre les pérégrinations de Marion ! Le personnage a du charisme, elle évolue beaucoup durant son parcours qui se révèle être un vrai chemin de croix. La jeune fille plutôt dépassée et dominée par sa patronne en début de roman va se muer en femme forte au fil des pages et ceci dans un processus psychologique bien rendu. Bon, il y a de grosses ficelles à l’œuvre je ne vous le cache pas mais l’ensemble se tient et ça marche. Et puis, les bad guy sont très bien réussis et de bons méchants sont toujours une valeur ajoutée non négligeable.

L’auteur sait doser le suspens comme personne, les fausses pistes se multiplient et je dois avouer que j’ai été bien surpris par les révélations finale : la nature du troyen, le destin de Nathan ou encore les liens véritables cachés derrière les apparences. Histoire d’amour avortée de manière violente, recherche médicale de pointe, intérêts éthiques et financiers incompatibles, la pègre et le FBI, se mêlent dans une histoire tordue à souhait qui fait de constants allers-retours entre passé et présent. L’ensemble ne vire jamais à l’indigestion, on se laisse driver tranquillement et malgré quelques invraisemblances (c’est souvent le cas dans ce genre), le plaisir de lire est bel et bien là.

L’écriture de Bauwen reste toujours aussi plaisante, simple et souple, il ne tombe pas pour autant dans la facilité (à part deux trois punchline un peu ringardes vers la fin). Les pages se tournent toutes seules avec un intérêt qui ne se dément jamais. C’est typiquement le genre de lecture à lire l’été pour profiter du beau temps et ne pas se prendre la tête. Un bon petit plaisir.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
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L'oeil de Caine
- Le Jour du chien
- Les Fantômes d'Eden

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lundi 18 mai 2020

"Sphinx" de Christian Jacq

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L’histoire : Ils sont neuf.
Neuf représentants d’une confrérie mystérieuse dénommée Sphinx.
Neuf détenteurs des secrets de la vie, disséminés à travers le monde.
Neuf condamnés à mort par les nouveaux maîtres de la technologie, adeptes de l’argent-roi, dont l’objectif fait froid dans le dos : la prise de contrôle définitive du cerveau humain par les machines. Depuis New York ces derniers ont engagé une traque implacable pour éliminer, un à un, les membres de Sphinx.
C’est compter sans la détermination d’un journaliste écossais, Bruce Reuchlin, redoutable enquêteur, prêt à prendre tous les risques pour déjouer leur plan diabolique.
Pour Bruce, désormais, chaque pas est un danger de mort. Plus il avance dans son enquête, plus la question l’effraie :
Qui gouverne vraiment notre monde ?

La critique de Mr K : Je ne peux pas me vanter d’avoir l’apanage du bon goût mais au moins d’habitude je choisis plutôt bien mes lectures... Mais voila, Sphinx de Christian Jacq était un cadeau qu’on m’a offert il y a déjà pas mal de temps et c’est la moindre des choses de tenter l’expérience. Pour la petite histoire, je suis allergique à cet auteur que je n’ai jamais trouvé crédible dans ses fictions historiques se déroulant en Égypte ancienne, la faute essentiellement à mon côté intégriste quant il s’agit d’Histoire avec un grand H. Cet ouvrage échappant à cet univers, je me disais que c’était l’occasion peut-être de découvrir cet auteur sous un autre jour. Pour le coup ça a été le cas, j’ai rarement lu quelque chose d’aussi mauvais...

L’histoire a pourtant tout me plaire. J’aime l’évasion, le easy-reading à l’occasion si c’est bien ficelé. Un à un, des membres d’un groupuscule très ancien sont sauvagement assassinés aux quatre coins du globe. A priori ils gêneraient la bonne marche du progrès et notamment celui concernant le contrôle du cerveau humain par l’IA, rien que ça ! Deux amis tentent d’enrayer le massacre et essaient coûte que coûte d’empêcher ce plan terrifiant d’aboutir. La lutte est féroce et l’issue très incertaine.

Je commencerai tout d’abord par le seul point positif, la gestion du suspens. Chapitres courts, éléments distillés au compte-gouttes et autres recettes des bons page turner sont au rendez-vous, j’ai lu le livre en trois jours malgré un agacement montant crescendo. Malgré de nombreuses scories, l’auteur s’y entend pour attiser la curiosité et nous obliger à lire la suite. Dommage que la fin soit si convenue, expédiée en quatre pages et qu’elle ne nourrisse qu’un sentiment de frustration quand on sait l’épreuve qu’a été de lire ce livre parfois.

En effet, les personnages principaux sont détestables au possible, caricaturaux et pas du tout crédibles. Le journaliste freelance est un gros bourrin, vulgaire, alcoolique (comme tous les mecs du livre d’ailleurs), agaçant de suffisance. Dans la vie réelle, il aurait été dégommé depuis longtemps et ses entrées VIP un pur fantasme. Son meilleur pote, fils de bonne famille, né avec une cuillère en argent dans la bouche, se donne des airs d’homme vertueux malgré une fortune colossale sans doute construite sur l’exploitation de malheureux. Et ces deux là se la jouent enquêteurs de choc, voulant venger un père assassiné et sauver l’espèce humaine en se vautrant dans un luxe ostentatoire étouffant et abject, l’auteur se complaisant dans la description du moindre repas de luxe qu’ils prennent (mis bout à bout avec les bouteilles éclusées, il doit y en avoir pour 40 pages !).

Franchement, on est parfois à la limite de l’écœurement. Quant aux femmes (femelles devrais-je dire), elles sont présentes pour le repos du guerrier. On enfile (si je puis dire) les clichés notamment celui de la femme fatale, de la séductrice à qui on ne la fait pas mais qui finalement finit au plumard ou plutôt dans un jaccuzi chauffé à 35° (il paraît que c’est la température idéale...). Clairement la plupart des interactions entre personnages sont soit ridicules soit cousues de fil blanc. Et quand on tient un personnage intéressant (le tueur mercenaire), on le fait disparaître en deux lignes comme si de rien n’était. Niveau psychologie des personnages, on n’est pas loin du néant absolu, le tout s’apparentant quasiment à de la série Z (que je préfère regarder que lire). Et puis franchement, au final, il ne se passe pas grand-chose, "l’édifice littéraire" s’apparentant à du vent et une accumulation de choses lues et relues.

Pour ne rien arranger, l’écriture est très décevante. Là encore, ça sent le bouquin expédié, uniquement écrit pour faire du fric mais sans inspiration ni originalité. Une très mauvaise expérience. Sphinx était clairement le dernier livre de cet auteur que je lisais.

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vendredi 17 avril 2020

"Les Voisins d'à côté" de Linwood Barclay

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L’histoire : La petite ville de Promise Falls est sous le choc : les Langley viennent d'être sauvagement assassinés.

Qui pouvait en vouloir à cette famille en apparence tranquille ? Oui a bien pu commettre cet acte aussi barbare que gratuit ? Les rues de cette banlieue réputée paisible sont-elles encore sûres ? Seul témoin du drame : Derek Cutter, dix-sept ans, qui n'aurait jamais dû se trouver là. Alors que tous les regards se tournent vers cet ado déjà connu pour quelques méfaits, Jim Cutter, bien décidé à prouver l'innocence de son fils, va mener sa propre enquête et découvrir que 'certains sont prêt à aller très loin pour préserver les apparences...

La critique de Mr K : C’est en tout début d’année lors d’un chinage de plus que je suis tombé sur Les Voisins d’à côté de Linwood Barclay, un auteur de thriller que j’affectionne tout particulièrement. Même s’il n’a pas inventé l’eau chaude en la matière, il possède une science du récit assez épatante et propose toujours des histoires bien ficelées, qui rendent addict de manière définitive et proposent des heures de plaisir de lecture intense. Ce n’est pas cet ouvrage qui me fera mentir !

Des coups de feu claquent dans la nuit, une famille est exécutée de sang froid dans une banlieue américaine typique. Les Langsley étaient pourtant des gens sans histoires et ce crime épouvantable frappe de plein fouet le voisinage et plus particulièrement leurs voisins immédiats qui habitent dans la même allée. Le fils, Derek était sur place la nuit du crime, caché dans le sous-sol en attendant que les proprios partent pour y faire venir sa petite amie pour une semaine à venir sentant bon la transgression. L’enquête débute, elle piétine même jusqu’au jour où la police découvre que Derek était présent le soir du meurtre, il n’en faut pas moins pour qu’il soit accusé du triple homicide qui a été commis. Jim, le père de Derek ne peut y croire, en parallèle il mène sa propre enquête. Il va tomber de Charybde en Scylla au fur et à mesure qu’il va lever des secrets jusqu’ici bien gardés...

On retrouve tout le talent de Linwood Barclay pour nous immerger dans un quotidien qui bascule dans l’horreur. Au fil des premiers chapitres (après un prélude assez éprouvant où se noue le crime en lui-même), il installe tranquillement ses personnages à force de flashback bien sentis qui posent les bases. Un héros dépassé par les événements mais qui garde son sang froid malgré les fêlures du passé, une épouse qui boit un peut trop et semble cacher des choses, un président d‘université autocentré et désagréable au possible, un flic faussement débonnaire, un maire populiste et très ambitieux et toute une foule de personnages secondaires qui au départ ne sortent pas du lot peuplent ces pages. On n’a finalement en face de nous que des quidams lisses, sans réelle consistance qui mènent leur barque sans faire de vague.

Très vite le vernis des apparences commence à se fissurer. Des découvertes étranges et des révélations vont libérer la parole, précipiter les événements et la réaction en chaîne peut débuter. Prenant de l’ampleur, n’épargnant pas grand monde du casting du livre, les certitudes s’ébranlent sérieusement. Chacun a quelque chose à cacher et contribue à l’édification d’un sac de nœuds difficile à dénouer pour le héros, la police mais aussi le lecteur qui bien des fois voit ses hypothèses réduites à néant au gré d’une phrase bien placée ou d‘une fin de paragraphe qui vient le cueillir sans qu'il s'en aperçoive de prime abord. C’est diaboliquement bien construit et même si on ne tombe pas dans la surenchère d'hémoglobine ou de révélations extraordinaires (les personnages sont tous des gens du commun), ce thriller fait son petit effet, on ne se doute vraiment pas de la résolution de l’énigme et les phases de suspens sont vraiment haletantes.

Très bien écrit dans une langue simple, vive et qui cerne à merveille les enjeux, les personnages et leur psychologie, c’est un régal de se faire balader durant 520 pages. C’est bien simple, on ne les sent pas passer et on en redemande. En période de confinement, c’était plus qu’il n’en faut pour passer un excellent moment. Avis aux amateurs !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Cette nuit-là
- Crains le pire

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mardi 26 novembre 2019

"Askja" de Ian Manook

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L’histoire : Dans le désert de cendre de l'Askja, au coeur de l'Islande, le corps d'une jeune femme assassinée reste introuvable.

Près de Reykjavik, des traces de sang et une bouteille de vodka brisée au fond d'un cratère, mais là non plus, pas le moindre cadavre. Et dans les deux cas, des suspects à la mémoire défaillante.

Ces crimes rappellent à l'inspecteur Kornelius Jakobson, de la police criminelle de Reykjavik, le fiasco judiciaire et policier qui a secoué l'Islande au milieu des années 70 : deux crimes sans cadavres, sans indices matériels, sans témoins, que des présumés coupables finissent par avouer sans pourtant en avoir le moindre souvenir.

La critique de Mr K : Ayant beaucoup aimé le précédent opus de Ian Manook, c’est avec une joie non feinte que j’entamai la lecture d’Askja pour retrouver notamment l’enquêteur Kornelius Jakobson, personnage atypique, souvent en roue libre et totalement attachant qui cette fois ci se retrouve face à un crime sans cadavre ! Le postulat de départ va le mener sur les pistes d’une machination de grande ampleur et le confronter à un passé plus que douloureux...

Comme dans son précédent thriller (voir chronique de Heimaey), l’auteur ne perd pas de temps en exposition. Perdu en pleine lande islandaise, Kornelius a été appelé par un jeune homme qui dit avoir filmé avec son drone un cadavre de jeune femme nue. Preuve photographique à l’appui, il maintient sa déposition alors qu’arrivé sur place il n’y a plus rien à part quelques traces de sang ! Intrigué, Kornelius commence son enquête, l’occasion de recroiser des personnages déjà ébauchés dans le précédent volume avec notamment Ida, médecin légiste avec qui il vit une relation complexe (pour ne pas dire compliquée), Botty, une jeune enquêtrice qu’il a contribué à former lors de ses classes, ou encore Komsy et Spinoza, un duo de flics drolatique qui nous assènent régulièrement quelques citations philosophiques bien placées. On retrouve, à l’instar d’une enquête du commissaire Adamsberg chez Vargas, l’impression de retrouver une sorte de famille avec ses fêlures, ses non-dits et ici de beaux pétages de plombs.

Kornelius reste Kornelius, mi homme mi troll, sa stature gigantesque, sa force quasi surhumaine, son aplomb ne peuvent masquer durablement un cœur d’or, doublé d’une incapacité chronique à parler aux autres et à alléger son fardeau. Au delà de l’enquête qu’il poursuit et qui pourrait bien le mener à sa perte, le récit le mettra aux prises avec son passé et notamment la relation tendue qu’il a avec son paternel, un ancien des forces spéciales au passé nébuleux. Et puis, il y a toujours sa relation difficile avec les femmes, incapable de se livrer, il passe clairement à côté de son histoire avec Ida, le déroulé de l’enquête et les circonstance vont encore plus ternir le tableau et amener des développements qui m’ont profondément ému. Ben oui, je suis comme ça, quand j’aime un perso, je vis littéralement ce qu’il vit lui-même et je peux vous dire que la fin de l’ouvrage n’est pas tendre avec lui. Qui sait ce que lui réserve l’auteur pour la suite...

L’enquête au premier abord ne semble pas très poussée. On visite plutôt les lieux les uns après les autres, alternant petites révélations et affinement des relations entre les personnages principaux. C’est bien mené, très régulier dans le rythme qui ne désemplit pas mais on se demande où tout cela va nous amener. À mi parcours, les banderilles plantées, l’auteur lâche les chevaux. Beaucoup de fausses pistes sont levées, Kornelius tombe littéralement de Charybde en Sylla, l’affaire de meurtre prend une toute autre ampleur et met en cause des personnes publiques qui cachent bien des choses. C’est l’occasion de descriptions bien senties sur le système politico-judiciaire islandais (que je ne connaissais pas du tout) et sur les collusions qui peuvent exister, la raison d’État et le développement du pays notamment. Je peux vous dire qu’on râle et que l’on tombe des nues par rapport à certaines figures rencontrées précédemment. L’effet est là en tout cas, l’attirance augmente et il est impossible de relâcher le volume avant d’avoir lu le fin mot de l’histoire.

Rajoutez là-dessus les codes du thriller / polar respectés à la lettre, des descriptions toujours plus somptueuses d‘un pays fascinant et que je rêve de visiter, une écriture qui va à l’essentiel sans pour autant tomber dans la facilité et vous obtenez un sacré page-turner qui mettra vos sens en ébullition. À lire absolument quand on est amateur du genre !

mercredi 3 juillet 2019

"Parasite" de Bong Joon-Ho

Parasite afficheL'histoire : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

La critique Nelfesque : Cela fait déjà plusieurs semaines que nous sommes allés voir "Parasite" au cinéma et je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler jusqu'à présent. Il est toujours à l'affiche dans quelques salles si vous ne l'avez pas encore vu et "au pire" il restera la version DVD à découvrir d'ici quelques mois.

"Parasite" est le dernier film de Bong Joon-Ho, la Palme d'Or du dernier Festival de Cannes. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça décoiffe et que ça a étonné plus d'un spectateur dans notre salle de projection qui sans doute s'étaient déplacés grâce au label "cannois". C'est sûr que côté Palme, ces dernières années, les amoureux de cinéma étaient plus habitués à des choses plus conventionnelles (ce qui ne présage en rien de la qualité des films primés d'ailleurs). Avec "Parasite", on dépoussière Cannes et ça fait du bien ! Film coréen trash dans les idées et les images parfois, comme souvent sous cette bannière, avec lui on est bousculé et on sent la tension monter petit à petit tout au long du film pour atteindre son apogée dans la scène finale. Et croyez-moi, le terme "apogée" prend ici tout son sens.

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Le cinéma asiatique est particulier. Fait de lenteurs et d'ambiances, on accroche complètement ou on y est allergique. Je ne suis pas adepte de tous les cinémas de ce continent mais je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour les films qui viennent de Corée, à la croisée des chemins entre tradition et provocation de bon aloi.

Nous suivons ici une famille de coréens désargentés qui va peu à peu s'immiscer dans la vie de la famille Park, bourgeois navigant dans d'autres sphères que la leur. Le fils a l'opportunité de rentrer au service des Park en tant que prof d'anglais pour leur fille. Flairant le bon filon, il va progressivement faire embaucher toute sa famille sous de fausses identités, des références usurpées et d'habiles stratagèmes. Tout d'abord pour assurer à tous une meilleure condition, un travail régulier et des rentrées d'argent plus que correctes, les membres de cette famille vont aussi afficher leur opportunisme et leur jalousie. Mais qui peut-on réellement blâmer dans ce cas ? La société est ainsi faite que des fossés se creusent entre les riches et les pauvres et on en a ici une illustration criante de réalisme et d'émotions vives.

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Le poids des convenances, le mépris des classes, la survie, l'opportunisme et les limites morales de chacun sont autant de sujets soulevés par Bong Joon-Ho avec finesse mais aussi avec force lors de certaines scènes. On est littéralement pris à la gorge par la détresse qui émane de la pellicule, par le manque de respect et les signes de dédain ordinaire. Pour autant "Parasite" ne fait pas dans le manichéisme puisque les actes choquants se retrouvent à part égale chez les deux familles et on ne peut véritablement se ranger dans un camp ou dans l'autre tant certains aspects humains sont répugnants des deux côtés.

Dans le Larousse, "Parasite" a 4 définitions : Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d'un organisme hôte d'une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital / Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens d'autrui ou de la société / Dans l'Antiquité, individu qui était admis à la table d'un riche, en échange de sa clientèle ou de ses mots d'esprit / Perturbation ou bruit électromagnétique qui trouble le fonctionnement d'un appareil ou superpose un bruit à un signal utile. Jamais un film n'aura aussi bien porté son nom. Absolument brillant sous tous les aspects !

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La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée Palme d’Or à mon actif avec ce film coréen primé cette année. Joon-Ho Bong avec Parasite propose un superbe métrage entre rires, larmes et dénonciation sans fard de l’évolution de nos sociétés et notamment du clivage entre classes pauvres et classes supérieures. Durant plus de deux heures, on ne s’ennuie à aucun moment, passant d’un état à un autre sans vergogne avec un effet final assez bluffant qui donne à réfléchir longtemps après le visionnage.

On suit au départ une famille très pauvre qui habite dans un appartement semi-enterré. Tous au chômage, vivant d’expédients et de menues arnaques, ils vivent en harmonie, chacun avec son caractère plus ou moins affirmé. Une occasion en or se présente au fils d’aller donner des cours particuliers d’anglais à une jeune fille de bonne famille. Une fois accepté, il va réussir à faire embaucher sa sœur comme thérapeute artistique auprès du plus jeune enfant des Parks, famille de nantis vivant dans une splendide demeure. Le plan est en marche, je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue qui devient vite retorse et déviante. Sachez simplement que comme tout plan, il a ses failles et quand elles se révéleront tout ce qui s’est construit auparavant va s’écrouler comme un château de carte. Gare à la casse !

Parasite 3

Le film est jubilatoire à souhait. Tout est quasiment parfait à commencer par les personnages qui soufflent constamment le chaud et le froid. On alterne admiration, empathie et dégoût car finalement ici chacun essaie de survivre à sa manière. Deux mondes se côtoient quotidiennement sans vraiment se comprendre. Derrière les façades affichées, se jouent des tourments intérieurs très forts (mention spéciale pour le papa pauvre) et une volonté de s’en sortir coûte que coûte. On sourit beaucoup durant la première partie du film, les aventures racontées sont rocambolesques et font appel à des codes humoristiques qui fonctionnent à plein (personnages bien contrastés, situations ubuesques et quiproquo permanent). Puis, un aspect plus sombre fait son apparition (les coréens adorent explorer les noirceurs de l’âme, courez voir Old Boy version originale c’est une tuerie !) et l’inquiétude naît au cœur de l’esprit du spectateur. L’engrenage va clairement trop loin, les tensions s’accumulent et le final sans appel laisse sur les fesses. Personne n’est épargné et ne ressortira indemne d’un film se terminant de manière dramatique mais logique.

Parasite 5

Cet œuvre est aussi un beau décorticage du fonctionnement de nos sociétés modernes capitalistes. Tour à tour, ce film nous parle d’individualisme forcené qui se fait généralement au détriment de la morale élémentaire, les conditions de vie épouvantables dans lesquelles vivent certaines familles et ce vers quoi cela les mène (c’est extrême ici !), l’indifférence des puissants face à la souffrance des plus fragiles et leur existence en vase clos. Très bien caractérisé sans pour autant en faire trop, tout dans la nuance, la démonstration est éloquente et même si quelques saillies sont un brin exagérées, on se prend au jeu et finalement on s’attend à tout... On va de surprise en surprise, on est désarçonné et franchement j’aime ça.

Au niveau de la technique, il n’y a rien à jeter. Ce film n’a pas eu la Palme d’Or pour rien. D’une grande beauté formelle avec une image magnifique, des plans inventifs, une musique particulièrement bien choisie (de belles références au classique comme souvent dans le cinéma asiatique), une rythme soutenu qui ne se dément jamais, on en prend plein les mirettes et les vasouilles. Rajoutez une brochette d’acteurs confirmés ou non qui s’investissent au maximum dans leurs rôles respectifs et vous obtenez un film assez unique. À voir absolument pour tous les amateurs du cinéma d’Asie et aux amateurs de films bien réalisés et au message fort.

 

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jeudi 2 mai 2019

"La Mer qui prend l'homme" de Christian Blanchard

La Mer qui prend l'hommeL'histoire : Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes condition de travail - les marins du Doux Frimaire.
"Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ?" avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars...

La critique Nelfesque : Voici un roman qui a éveillé ma curiosité lors de sa sortie en fin d'année dernière. Avec La Mer qui prend l'homme, on nous promet un thriller haletant, un huis clos étouffant sur le pont d'un bateau de pêche au large des côtes bretonnes. Malgré toutes ces bonnes intentions, force est de constater que le soufflé retombe. Explications.

Un cadre breton, Concarneau en trame de fond, un bateau dans une mer déchaînée, des anciens militaires traumatisés par des événements vécus sur le terrain : voici quelques ingrédients qui sur le papier ont tout pour me plaire. J'aime la Bretagne et j'y vis avec mon breton de mari depuis des années. J'aime particulièrement Concarneau, berceau de l'enfance de Mr K, et je me suis amusée à parcourir ses rues en lisant ce roman. Le décor est planté, je n'ai pas besoin de faire preuve de beaucoup d'imagination, je suis prête à embarquer sur le Doux Frimaire, ce bateau de pêche où Xavier, Franck et Paul doivent prendre place.

Le principe de placer ces trois anciens militaires dans une situation inconnue et particulièrement marquante afin de soigner leur stress post-traumatique est une idée qui me plaît bien. J'aime les personnages cassés par la vie dans les thrillers et on se trouve ici dans une configuration que je n'ai encore jamais rencontré dans un roman. Chouette, ça promet !

Xavier, Franck et Paul se connaissent depuis longtemps mais ne se fréquentent plus depuis une mission commune sur laquelle ils ont travaillé ensemble en Afghanistan. Un quatrième larron manque à l'appel : Walter, retrouvé mort dans sa maison de l'île de Batz en début de roman. Pourquoi ne se sont-ils jamais revus depuis leur retour de mission ? Pourquoi les convier aujourd'hui à cette expérience ? Tout sera expliqué, et ira même au delà de nos espérances, dans les plus de 300 pages que compte cet ouvrage.

Et c'est bien le "au delà de nos espérances" qui pose problème. Le background est extrêmement bien mené, le passé des militaires est passionnant et l'écriture de Christian Blanchard vive et efficace donne un rythme bienvenu à l'ouvrage. Nous suivons en parallèle l'enquête sur la mort de Walter sur l'île de Batz et les aventures des pêcheurs et des militaires sur le bateau avec par moment des flashbacks nous ramenant sur le théâtre des opérations en Afghanistan. Tout part pour le mieux, l'ensemble est efficace et le roman est vraiment prenant jusqu'au moment des révélations finales, ce moment où nous tombons dans le rocambolesque et le what the fuck. Patatra, tout se casse la figure et c'est une grosse déception.

Le rythme s'accélère, le lecteur est pris dans une urgence digne des plus grands thrillers. Les pages se tournent et on en redemande. Mais comme dans un excès de confiance, pris par cette dynamique endiablée, l'auteur part dans des délires au moment de porter l'estocade à son roman. D'abord ébahie par l'ampleur de la révélation, j'ai commencé à sourire pour partir franchement en fou rire quelques secondes plus tard tant la révélation est grossière et grand-guignolesque. Se marrer sur les dernières pages d'un thriller censé faire froid dans le dos, avouez que c'est ballot... Rater une marche ou se prendre les pieds dans un tapis m'aurait fait la même impression.

Tout n'est donc pas à jeter dans "La Mer qui prend l'homme" (tintintin) mais, vous l'aurez compris, le trop est l'ennemi du bien. Dans la même veine, je pense qu'il existe des romans bien plus solides sur des thématiques semblables à celles soulevées ici et qu'une bonne idée ne fait pas forcément un bon livre. A méditer...

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vendredi 26 avril 2019

"L'heure des fauves" d'Andrew Klavan

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L'histoire : New York, le jour de la fête de Halloween. Nancy Kincaid découvre qu'elle a disparu : lorsqu'elle se rend à son travail, elle s'entend demander par la secrétaire ce qu'elle fait là dans le bureau de ... Nancy Kincaid. Terrifiée, elle s'aperçoit que personne ne la reconnaît plus. Ni ses collègues, ni ses parents. Elle dérive alors dans la ville, poursuivie par une petite voix insistante qui lui murmure à l'oreille qu'un meurtre va être commis le soir même. A huit heures, l'heure des fauves. Un rendez-vous qu'elle ne doit pas manquer sous aucun prétexte... Mais est-ce pour être l'assassin, ou la victime ? Et d'abord, qu'est-ce exactement, "l'heure des fauves" ?

La critique de Mr K : Petit plaisir coupable aujourd'hui avec une nouvelle incursion dans la collection terreur de chez Pocket. Pour le coup, je trouve qu'avec L'heure des fauves d'Andrew Klavan, la maison d'édition est hors-jeu. On est plus proche d'un thriller que d'un roman d'épouvante pur-jus ici avec un récit faisant la part belle aux rebondissements, aux révélations et livrant des personnages principaux vraiment torturés. J'ai passé un très bon moment, voici pourquoi...

Une femme va à son travail comme d'habitude sauf qu'elle se rend très vite compte que personne ne la reconnaît et qu'elle n'est pas vraiment la personne qu'elle pense être. Passant pour une folle, commence pour elle un véritable road movie : poursuivie par la police, non reconnue par ses proches, elle entend des voix qui lui parlent d'un mystérieux rendez-vous où elle doit se rendre... En parallèle, on suit Oliver, un poète en panne d'inspiration et sa douce voisine attentionnée qui se verrait bien être plus qu'une simple amie. Et puis, il y a Zach, le frère du précédent, complètement allumé de la tête, pseudo mystique qui est retombé dans la drogue depuis peu. Rajoutez à cela, un cadavre décapité, un bébé braillard, une grand-mère adorable qui sucre les fraises et une odieuse conspiration qui se fait jour et vous obtenez un page-turner rondement mené et bien addictif!

Se déroulant sur une journée (le jour d'Halloween), le roman nous propose de suivre le destin de quelques personnages en alternant leur présence chapitre après chapitre. Bien évidemment, vous connaissez le jeu : rien ne semble vraiment les relier les uns aux autres mais il n'en est rien, quand toute la trame sera mise en place, on se rendra compte qu'on s'est bien fait rouler ! À ce niveau, je peux vous dire qu'on se fait avoir et qu'un personnage notamment vous fera hérisser les poils du dos, vous agacera au plus haut point... Personnellement, j'étais dans tous mes états, surtout que je n'avais vraiment rien vu venir alors que je peux tout de même me targuer d'avoir quelques livres du genre à mon actif...

Il faut dire que l'auteur s'y entend pour noyer le poisson et fournir des pistes aussi nombreuses que trompeuses. Présentant longuement les personnages, explorant leurs passés à travers des phases de flashback internes intenses, on se demande bien où il veut en venir. Il en découle des protagonistes très fouillés, crédibles, en proie aux affres du doute et parfois même de la paranoïa. On ne tombe pas dans le cliché dans cet ouvrage, j'ai trouvé ces caractérisations très bien fichues, entre efficacité et détails qui tuent. Certes, le rythme du livre s'en voit ralenti au début, il faut bien attendre la moitié du roman pour que ça décolle mais les passages de réflexions internes sont prenants et l'on ressent complètement tous les états par lesquels passent les personnages.

On navigue donc dans une ambiance étrange à l'image de cette journée d'Halloween qui se déroule très lentement avec en exergue l'heure des fauves fixée à 20h00 quelque part à New York. Angoisse, frissons et même folie sont au rendez-vous. On trouve dans les 410 pages de cet ouvrage de bons passages sur notre propension à perdre pied quand la réalité nous rattrape, voire nous dépasse. Hallucinations, altérations du jugement, poussées craintives et méfiances exagérées s’enchaînent et donnent à voir notamment une héroïne en roue libre qui avant tout se cherche et finira par découvrir la vérité sur ce qui lui arrive. Pas de fantastique au sens propre du coup, mais plutôt une séparation pas très nette entre univers fantasmé et réalité quotidienne, les deux se confondant, se mêlant et entraînant les personnages et le lecteur dans des contrées fort déplaisantes... et c'est peu de le dire ! Petite cerise sur le gâteau, étant amateur de la grosse pomme, c'est toujours un plaisir de lire un ouvrage se déroulant à New York. La ville est un personnage à elle toute seule : la foule, les rues perpendiculaires, les building ombrageux, le métro et ses tunnels mystérieux... elle contribue grandement à la dramatisation de l'histoire et épouse à merveille les événements qui nous sont donnés à lire.

Très bonne lecture donc que ce roman qui s'avale quasiment d'une traite avec ses personnages charismatiques, son écriture très plaisante et une trame bien tordue. Tout n'est pas parfait avec notamment des situations un peu tirées par les cheveux mais au final, on ne lui en tient pas vraiment rigueur, tant on a été pris par l'histoire et ses implications. À lire si vous êtes amateur du genre, vous ne serez pas déçus.

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mercredi 10 avril 2019

"La Dernière chasse" de Jean-Christophe Grangé

La Dernière chasseL'histoire : En Forêt-Noire, la dernière chasse a commencé...
Et quand l’hallali sonnera, la bête immonde ne sera pas celle qu’on croit.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Grangé ! Joie et bonheur ! (oui je sais, je commence toute mes chroniques de Grangé sensiblement de la même façon mais que voulez-vous quand on aime un auteur, chaque nouvelle parution est une joie immense !)

Vous trouvez la quatrième de couverture énigmatique ? C'est une habitude avec les romans brochés de cet auteur. Pour ma part, je l'ai déjà dit, l'histoire m'importe peu quand un de ses romans sort en librairie : je me le procure tout de suite. "La Dernière chasse" sort aujourd'hui et j'ai la chance de ne pas avoir eu à camper devant la boutique ce matin puisque j'ai lu les épreuves non corrigées il y a déjà quelques semaines. J'étais comme une dingue, j'ai laissé tout en plan et me suis plongée dans ce roman sans en savoir grand chose. Depuis, j'attendais avec impatience le jour J pour pouvoir vous en parler ! Un conseil : n'attendez pas une seconde et courez en librairie !

On retrouve ici Pierre Niémans, dont le nom devrait vous dire quelque chose si vous êtes adepte des écrits de Jean-Christophe Grangé puisque c'est ce même Pierre Niémans qui enquête dans "Les Rivières pourpres". Les fans apprécieront ! Pas de panique en revanche si vous ne l'avez pas lu (qu'est-ce que vous attendez ?) puisqu'il ne s'agit pas ici d'une suite. Pierre a pas mal bourlingué depuis sa dernière aventure (il faut dire aussi que "Les Rivières pourpres" datent de 1998 !) et se retrouve aujourd'hui en binôme avec Yvana Bogdanovic, une de ses anciennes élèves à l'Ecole nationale supérieure de la police de Cannes-Ecluse. Le coup de foudre professionnel fut immédiat et lorsque Pierre est sorti de sa "retraite de terrain" et appelé pour constituer un Office central, unité spéciale et officieuse permettant d'aider les équipes de gendarmes pataugeant dans leurs enquêtes mettant souvent en scène des crimes sordides, Pierre rempile avec sa petite protégée. Ces deux là se ressemblent, se comprennent sans se parler, se respectent et, avouons-le, sont tout aussi branques l'un que l'autre.

Le roman débute très vite après la constitution de ce nouveau "bureau", en les envoyant sur une enquête pour le moins délicate et mystérieuse. Les voici en route pour l'Allemagne, la Forêt-Noire plus précisément, où un riche notable vient d'être assassiné sur ses terres. Au coeur d'une de ses forêts, s'étendant jusqu'en Alsace, ce dernier a été retrouvé complètement nu, décapité, castré et éviscéré. Aucune trace de lutte ou d'indice à proximité. Côté français, on piétine, côté allemand, la police prend des gants avec cette famille au bras long. Page 20, l'enquête débute. On ne perd pas de temps avec Grangé ! A partir de là, le rythme va s'accélérer de plus en plus jusqu'à la révélation finale.

On retrouve ici tous les ingrédients inhérent au genre et si bien maîtrisés par le Maître du thriller. C'est bien construit, le suspens est dosé comme il faut et l'écriture est nerveuse. On ne s'ennuie pas une seconde, le rythme est effréné, les chapitres s'enchainent. Le style Grangé fait une fois de plus mouche en alliant suspens, petits détails importants et personnages forts. Pierre Niémans est un gros nerveux qui a pris du plomb dans l'aile et montre ici quelques faiblesses. Yvana suit ses traces et se révèle être ici une adjointe précieuse. Quant aux autres personnages, on navigue entre officiers allemands très sûrs d'eux et soucieux des procédures et un entourage de la victime froid et déconnecté, la famille Geyersberg pesant plus de 10 milliards de dollars.

Dans ce roman, Grangé se focalise sur le milieu de la chasse (d'où le titre du roman). On en apprend donc beaucoup sur les différentes techniques et bien que personnellement je ne goûte guère à l'exercice, je dois dire que ce fut passionnant. Grangé a le talent d'intéresser ses lecteurs à n'importe quel sujet tant il va au bout des choses et se documente énormément avant chaque écriture de roman. On se retrouve donc avec un thriller qui tient de bout en bout et qui intégre avec brio des éléments qui jusqu'alors nous étaient inconnus.

L'écriture d'un bon thriller est un exercice loin d'être simple. Même si certaines recettes peuvent être utilisées pour tenir en haleine le lecteur, seuls les auteurs capables de le passionner ainsi sortent leur épingle du jeu. Grangé est un grand ! Définitivement le plus grand ! Et "La Dernière chasse" est un excellent opus qui ravira autant les adeptes de la première heure que les amateurs de thrillers solides.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Terre des morts"
- "Congo Requiem"
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

Posté par Nelfe à 18:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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