vendredi 22 juin 2018

"Sauvez-moi" de Jacques Expert

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L'histoire : Nicolas Thomas vient de fêter son cinquante-deuxième anniversaire lorsqu’il passe les portes de la centrale de Clairvaux. Après trente ans d’incarcération, il est enfin libre. Personne ne l’attend. Tous ceux qu’il connaissait l’ont abandonné depuis longtemps, depuis le jour où il a été reconnu coupable d’avoir sauvagement assassiné quatre jeunes femmes dans des conditions terribles.
Sophie Ponchartrain est commissaire divisionnaire à Paris. Lorsqu’elle apprend la libération conditionnelle de Nicolas, elle se souvient de cette journée harassante de garde à vue où elle lui a arraché des aveux. C’est à elle seule, jeune recrue à la criminelle, qu’il avait confessé ses crimes avant de revenir soudainement sur sa déclaration. C’est en clamant son innocence qu’il a été condamné à la perpétuité.

L’affaire ne tarde pas à la rattraper. En effet, quelques jours après sa libération, Nicolas disparaît. Et un nouveau meurtre est commis, en tous points semblable à ceux dont il a été accusé trente ans plus tôt.
Sophie reçoit alors une nouvelle lettre de Nicolas, dans laquelle il nie être l’auteur des meurtres. Elle se conclut par ces mots : "Sauvez-moi !"

La critique de Mr K : Place à la chronique du dernier Jacques Expert aujourd'hui, cet ancien journaliste que j'écoutais jadis sur France Info qui s'est désormais converti dans l'écriture de thrillers et qui m'a séduit à chaque lecture par le passé. Sauvez-moi s'inscrit dans la lignée de ses précédents ouvrages mais est-ce pour autant une réussite ?

Dans cet ouvrage, tout débute par un homme que l'on enferme pour des crimes atroces. Ce dernier ne cesse de clamer son innocence mais les faisceaux de présomptions sont contre lui et le voila enfermé pour 30 ans. C'est grâce à la jeune enquêtrice Pontchartrain que le soit-disant monstre a pu être condamné. Le criminel est libéré trente ans après mais dès sa sortie de prison disparaît. En parallèle, les crimes recommencent comme si l'homme n'attendait que sa remise en liberté pour rééditer ses exploits macabres. Pontchartrain devenu commissaire reprend l'enquête et va tout faire pour l'arrêter à nouveau.

Il n'y a pas à dire, Expert s'y connaît pour mener sa barque. Chapitres courts, personnages ciselés au cordeau, renversements de situation et révélations sont au RDV et captent immédiatement le lecteur. Utilisant le changement de point de vue de manière régulière, l'auteur nous invite à suivre l'enquête à travers les yeux des policiers, de leurs adjoints mais aussi parfois du tueur, des victimes et de tierces personnes. Roman polyphonique, ces ajouts et touches supplémentaires donnent une cohérence d'ensemble réussie, rendant l'histoire crédible et addictive.

On se passionne assez vite pour le personnage sorti de prison qui crie son innocence depuis des décennies. Intéressant de voir son parcours, d'essayer de démêler le vrai du faux. Intéressant aussi de suivre l'enquêtrice principale à la carrière dorée, mélange dérangeant d'autoritarisme et de confiance en soi exacerbée, troublante aussi la personnalité de son assistance en admiration devant elle mais qui commence à trouver des failles chez sa patronne... Tous les personnages bien que caricaturaux marquent le lecteur par leur caractère, leurs actes et quand au fil du déroulé, leurs destins finissent par s'entremêler, la vérité faisant son chemin, on se rend compte que l'auteur est assez doué dans le rôle de grand manipulateur.

Très classique dans sa forme et son développement, on est tout de même finalement rarement surpris par le scénario global (surtout si on est habitué à lire ce genre d'ouvrage). C'est le principal défaut de ce livre qui finalement ne prend jamais de gros risques. Très codifié en terme de caractérisation des personnages, des situations et des rapports de force entretenus tout du long ; on parcourt l'ouvrage avec un léger sentiment de déjà lu, de recettes réutilisées (avec réussite tout de même). C'est dommage car le postulat de base est intéressant, reste un matériau lisse et finalement expédié de manière lapidaire dans les trente dernières pages. Dommage dommage... Surtout que certains points restent obscurs et méritaient un meilleur traitement.

D'une lecture aisée et plaisante, Sauvez-moi est un thriller efficace et bien mené mais pour moi sans génie et sans exclamation de bonheur en refermant le livre. La faute a des éléments convenus et un dénouement abrupt qui manque de densité. De plus, le personnage de la commissaire m'a très vite gavé. Je n'ai rien forcément contre les personnages repoussoirs mais on atteint ici des sommets et la conclusion du roman ne fait que renforcer mon opinion sur elle. Une lecture sympathique donc mais sans éclat et qui ne restera pas dans ma mémoire comme le meilleur de son auteur.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- La Femme du monstre
- Tu me plais
- Qui ?

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mercredi 30 mai 2018

"Une Femme entre nous" de Greer Hendricks et Sarah Pekkanen

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L’histoire: En ouvrant ce livre, vous allez imaginer beaucoup de choses.
Vous allez penser que c’est l’histoire d’une femme délaissée par son mari.
Vous allez croire qu’elle est obsédée par la maîtresse de celui-ci, une femme plus jeune qu’elle.
Enfin, vous vous attendrez à une histoire classique de triangle amoureux.
Un conseil : oubliez tout ça !

La critique de Mr K : Retour au thriller aujourd’hui avec Une Femme entre nous, ouvrage écrit à quatre mains par un duo bien déterminé à nous faire frémir ! Derrière une histoire à priori classique de couple en perdition et de tromperie, se cache un récit à rebondissements efficace, surprenant parfois et surtout maîtrisé de bout en bout. Suivez avec moi les pas de Jessica, Nellie et Richard dans une valse endiablée des sentiments et des pulsions.

L’ouvrage débute par des chapitres alternant deux points de vue différents. Jessica vit très mal son divorce avec Richard, elle ne supporte pas l’idée qu’il puisse refaire sa vie avec quelqu’un d’autre. Elle ressasse ses frustrations, son chagrin et nourrit une rancœur particulière envers sa future remplaçante à laquelle elle semble préparer une surprise plus que désagréable. Nellie quand à elle prépare son mariage avec le beau Richard, prince charmant des temps modernes, aussi attentionné que prévenant. Derrière les apparences chacun cache son jeu entre vérités enfouies, perceptions et ressentis altérés et révélations fracassantes à venir.

On suit donc une femme blessée par l’échec de son mariage qui par petites touches bien senties revient sur les moments forts qu’elle a vécu avec Richard et la lente déliquescence de leur vie de couple avec en point de mire la volonté de faire un enfant et de constituer un véritable foyer. Le ver est dans le fruit, on le sent bien surtout qu’en parallèle, on vit les moments de grâce d’une nouvelle histoire d’amour qui pervertit l’esprit de l’épouse bafouée qui ne vit plus que par une volonté farouche de détruire ce nouveau bonheur naissant. Paranoïa, alcool, médicaments, folie galopante ne sont pas loin et contrastent avec la fraîcheur et la spontanéité de Nellie, la jeune femme tombée sous le charme d’un Richard qui veut tourner la page. Récit volontiers niaiseux pour le coup, tout cela semble trop beau pour être vrai tant les deux tourtereaux enfilent les perles et les clichés dans un conte de fées très contemporain : Les cadeaux et les déclarations d’amour, les points de convergences en terme de goût et de conversation. La tension monte d’autant plus que Jessica semble bien décider à fouler au pied ce bonheur récent...

Tout est très bien mené pendant le premier tiers du roman qui bascule ensuite vers d’autres horizons, l’équilibre instauré et les hypothèses du lecteur étant remis en question par un coup de théâtre qui remet tout en perspective : la nature de chacun, le mariage à venir et même l’identité des protagonistes. Bon, avec l’avertissement malencontreux des éditeurs en quatrième de couverture, je m’en suis un peu douté et comme je commence à avoir quelques expériences dans la lecture de thriller, je ne me suis pas fait avoir. À force de prévenir les lecteurs, ces derniers sont plus prudents et je n’ai donc pas été bluffé outre mesure (ce qui n’est pas le cas de nombres de blogueurs et blogueuses qui ont chroniqué aussi ce livre). Pour autant, ce renversement de situation est très plaisant et donne à voir une autre facette de chacun et l’on se demande bien où tout cela va nous mener. D’ailleurs cela va très très loin avec un deuxième, un troisième puis un quatrième coup de théâtre qui chacun leur tour rebattent les cartes et brouillent encore plus les pistes. Pour le coup, je me suis fait avoir à chaque fois ensuite !

Bien mené, redoutablement addictif (je vous mets au défi de reposer le livre avant la dernière page), on se plaît à rentrer dans l’intimité des personnages, à sonder leur âme et à découvrir toutes les aspérités de leur existence. Passé un premier acte plutôt convenu, ça fuse dans tous les sens et l’on ne sait plus à quel saint se vouer. Chaque détail compte et quand l’ensemble finit par s’imbriquer, on se retrouve bien penaud et heureux de s’être laissé mener en bateau. L’écriture est agréable, (on ne tombe pas dans le génie pour autant) et des situations / réactions sont très caricaturales (des scènes "obligées" dirons-nous, ce besoin d’absolution / rédemption qu’on retrouve dans la culture US dominante) mais au final, tout est détourné et déstructuré pour livrer des vérités pas forcément très bonnes à entendre pour les personnages. D’ailleurs aucun n’en sort véritablement indemne et les méfaits de l’amour ne sont plus à prouver quand celui-ci sort des rails.

Une Femme entre nous est une bonne lecture qui ravira tous les amateurs de suspens et de coups du sort qui peuvent faire basculer une vie et un esprit.

mardi 1 mai 2018

"La Mort blanche" de Frank Herbert

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L’histoire : Lorsque la voiture piégée explosa dans une rue de Dublin, John O'Neill vit mourir sa femme et ses deux fils par la faute d'un terroriste.

Il était un génie, il devint le Fou. Il avait perdu toute raison d'exister sauf une, la vengeance : il allait faire partager sa souffrance par la Terre entière. Seul, dans son laboratoire de fortune, il fabriqua une arme bactériologique terrifiante, la peste blanche, qui tuait les femmes, toutes les femmes, sans remède.

La critique de Mr K : Lecture d’un auteur mythique aujourd’hui avec La Mort blanche de Frank Herbert, l’auteur de Dune. C’est ma première incursion ailleurs que dans le space-opéra avec lui avec ce thriller d’anticipation écrit dans les années 1980 et terriblement d’actualité par ses thématiques. C’est une fois de plus le plus grand des hasards qui me l’a fait acquérir (l’abbé encore et toujours...) et la quatrième de couverture fort alléchante ne m’a pas fait hésiter une seconde. C’est donc avec impatience et beaucoup d’attentes que j’entamai la lecture de ce beau pavé de 575 pages. Au final, ce fut une sacrée expérience !

Biologiste moléculaire de renom, John perd tout en un instant suite à un attentat à la voiture piégée : sa femme, ses deux enfants et la raison. Fou de chagrin et de rage, il fera payer les coupables et l’humanité entière gouttera à sa vengeance. Il rentre en clandestinité, fabrique un virus exterminateur qu’il lâche ensuite sur trois principales cibles liées de près ou de loin au drame qu’il a vécu. Cette nouvelle peste condamne à long terme toutes les femmes du globe. On suit alors par l’alternance des chapitres les mesures mises en place par les différentes autorités pour essayer de lutter contre le phénomène et lui trouver un remède, un jeune couple amoureux qui à sa manière va rentrer dans l’histoire et John lui-même dans sa métamorphose et le voyage qu’il entreprend pour voir de plus près ce qu’il a déclenché. Dans ce roman-somme, l’auteur nous offre une vision incroyablement dense, crédible et prenante d’un monde livré à une menace extrême et un magnifique portrait d’un homme brisé que la colère va mener du côté obscur.

Ce roman d’anticipation se caractérise d’abord par son réalisme de tous les instants. Se déroulant dans les années 1980 en pleine Guerre froide, le récit s’attarde très vite sur les réactions en chaîne que suscite la menace pernicieuse de la disparition de la gente féminine. On rentre dans le bureau ovale, les cabinets ministériels, les laboratoires ultra-secrets et dans toute une série de lieux décisionnels qui semblent débordés par l’ampleur de la crise à affronter. En effet, le phénomène est rapide et quasiment hors de contrôle, le chaos guette avec des foules qu’on ne peut plus contrôler, une peur qui gagne le monde entier et de vieux réflexes de survie qui mettent à mal les jalons de toute civilisation. L’aspect géopolitique est ainsi bien poussé avec des références claires à des conflits prégnants à l’époque de l’écriture de cet ouvrage (la Guerre Froide, le terrorisme irlandais, l’Apartheid en Afrique du sud) ou encore d’actualité (Israël et la Palestine, le djihadisme) ce qui donne une densité bluffante à un livre que l’on pourrait même qualifier de prophétique sur certains domaines (notamment la question des armes bactériologiques ou chimiques dont on entend malheureusement parler de plus en plus depuis quelques temps). Sans raccourcis malheureux ni caricature, Herbert nous livre un scénario crédible et fort éclairant sur la nature des relations internationales et sur la manière de réagir des foules et des dirigeants. Ce n’est pas forcément rassurant vous vous en doutez mais on ne pouvait s’attendre à moins de la part de cet auteur qui déjà dans son cycle Dune excellait dans la description des rapports de force entre puissants.

L’aspect purement scientifique est aussi très poussé avec des passages tirant vers la SF Hard-science, un sous-genre que je n’apprécie pourtant pas vraiment au départ mais qui ici a le mérite d’être accessible et totalement intégré au reste. Il donne à voir de très prêt les travaux de John puis de ceux qui vont essayer de contrer son virus. J’ai tout compris, ce qui n’est pas une mince affaire avec le pur littéraire que je suis et ces données rajoutent un aspect réaliste à l’œuvre qui lui donne une puissance terrifiante supplémentaire. Pour contrebalancer cet aspect, l’auteur nourrit son récit de nombreuses références à la foi, la religion et la destinée humaine. À travers les personnages croisés, c’est l’occasion pour Herbert d’aborder des questions existentielles qui peuplent une vie humaine : la notion de paternité, le sens de la vie, la question de la rédemption et du pardon, les rapports homme femme, l’ordre et le chaos. Les différentes situations évoquées apportent vraiment leur lot de réflexion et plus qu’un roman sur un apocalypse possible, c’est une véritable analyse en profondeur de notre espèce qui nous est livrée sans fard ni évitements confortables d’où des passages parfois rudes à appréhender et pouvant choquer la morale communément admise. Moi qui aime être bousculé et interrogé, je n’ai pas été déçu, bien au contraire, on aime poursuivre ses réflexions après avoir refermé l’ouvrage.

Malgré un sous-texte et des questionnements métaphysiques, on accroche immédiatement et avec facilité à ce roman qui présente des personnages forts, attachants et diablement séduisants. Au premier rang d'entre eux, John devenu le terroriste absolu suite à un choc personnel épouvantable. Bien que responsable de millions de morts, on éprouve une empathie certaine en son endroit, la souffrance l’a définitivement abîmé et fait basculer. L’auteur nous livre ici un portrait d’une grande finesse et d’humanité de cet homme brisé que le malheur a poussé vers l’irréparable. La description de cet esprit tourmenté est d’une force incroyable, d’une justesse inégalée dans ce domaine, j’ai été saisi par ce personnage qui évolue énormément et ceci jusqu’à la fin qui étonnera plus d’un lecteur chevronné. Les autres protagonistes bien que moins présents sont tout aussi ciselés et chacun vit avec ses contradictions et ses aspirations, loin des clichés habituels du genre. On a affaire dans La Mort blanche à des personnages complexes dont les trajectoires de vie se mêlent, s’entrechoquent et se révèlent bien souvent imprévisibles pour le plus grand bonheur du lecteur conquis.

Il faut dire qu’on croise toutes sortes de protagonistes tous plus différents les uns que les autres avec notamment un prêtre catholique confronté à la colère de Dieu selon lui, des anciens terroristes de l’IRA qui reprennent le contrôle de leur pays et réitèrent les erreurs des oppresseurs qu’ils ont chassés, un couple vivant dans un caisson d’isolation pour sauver une jeune femme qui pourrait détenir une clef pour éradiquer la maladie, des présidents américains qui tentent de prendre les décisions qui conviennent, un nouveau pape qui tente d’asseoir son autorité, un garçon traumatisé par la perte de sa mère et toute une légion de personnages qui survivent comme ils peuvent dans un monde en plein changement et qui remplace l’ordre établi. Beau focus au passage sur l’Irlande entre luttes intestines pour la prise de pouvoir, la légitimité de la lutte armée et les débordements qu’elle peut générer, la culture irlandaise mais aussi les paysages d’un pays qui me fascine depuis longtemps. On voyage énormément au gré des pérégrinations des personnages et des péripéties du récit qui en compte beaucoup.

La lecture s’est révélée passionnante et d‘une saveur incomparable. Certes le style Herbert est particulier, il nécessite un petit temps d’adaptation tant les informations sont nombreuses et les ellipses obscures au départ mais une fois pris par la trame générale, les pages se tournent toutes seules. Alternant passages contemplatifs et descriptions précises, il n’y a aucun élément surfait ou inutile dans ce gros volume, tout s’imbrique parfaitement et propose une expérience assez unique en son genre. Le rythme s’accélère par moment procurant un suspens de bon aloi et l’exploration chirurgicale du personnage de John est d’une subtilité confondante. Il n’y a pas à dire cet auteur est extraordinaire, cet ouvrage est pour moi un classique indéniable dans son genre et tous le amateurs se doivent de l’avoir lu car loin des sentiers battus et s’adressant à notre intelligence, il ouvre une fenêtre vers des horizons insoupçonnés et très enrichissants. Un must !

dimanche 29 avril 2018

"Les Diables de Cardona" de Matthew Carr

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L’histoire :  Espagne, XVIe siècle : un mystérieux tueur musulman s'en prend à l'Église catholique.

1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d'Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe. Est-ce l'œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l'identité, et qui a promis l'extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ? La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l'islam en secret.

À la veille d'une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d'une famille juive, est chargé de l'enquête. Très vite, les tensions s'exacerbent entre les communautés, une véritable guerre de religion se profile. Et les meurtres continuent, toujours aussi inexplicables. Entre l'Inquisition et les extrémistes morisques et chrétiens, la tâche de Mendoza va se révéler ardue.

La critique de Mr K : Un bon thriller historique des familles aujourd’hui au Capharnaüm Éclairé avec Les Diables de Cardona de Matthew Carr, paru récemment chez Sonatine. Voilà un genre que j’aime beaucoup mais à double tranchant. Étant historien de formation, je suis très exigeant concernant les références et le background. On peut très vite tomber dans le pathos ou l’anachronisme. Je suis assez à cheval sur la cohérence et le respect du passé tout autant que dans ma recherche d’intrigues tortueuses et de rebondissements multiples. Mission accomplie pour cet auteur anglais à la fois érudit et maître du récit à suspens. Suivez le guide !

Des meurtres aussi sanglants que mystérieux frappent une petite région de l’Aragon du XVIème siècle. À chaque fois, c’est la chrétienté qui semble visée et le "rédempteur" comme il s’appelle, laisse derrière lui des messages qui livrent sa volonté de provoquer une nouvelle guerre sainte pour venger ses frères musulmans depuis trop longtemps martyrisés et exploités par la très sainte église catholique. Bernardo de Mendoza, juge pour la cause du roi d’Espagne, est dépêché sur place pour enquêter et trouver le ou les coupables. Il se heurte alors à de multiples obstacles entre une population morisque (anciens musulmans convertis de force) méfiante et désabusée, une Inquisition aux méthodes extrémistes qui lui met des bâtons dans les roues, des nobles locaux aux prétentions obscures qui ne reculent devant aucuns stratagèmes et des populations chauffées à blanc qui sont au bord de la rupture. Dur dur de trouver le chemin vers la vérité dans cette forêt de ronces où les épines les plus dangereuses ne sont pas forcément celles auxquelles on pense...

Cet ouvrage est tout d’abord un excellent thriller. Bien que la plupart des ressorts dramatiques soient plutôt classiques, l’ensemble est très bien huilé et maîtrisé. L’auteur prend le temps d’installer de nombreux éléments qui semblent disparates de prime abord mais qui vont s’emboîter les uns les autres avec une précision diabolique au fil des chapitres qui s’égrainent. Les pistes se multiplient, finissent pour certaines en cul de sac, d’autres s’ouvrent vers des voies insoupçonnées. Force est de constater que tous les personnages sont particulièrement soignés, fouillés sans tomber dans la caricature ou la facilité. Chacun ici a ses secrets, sa part d’ombre et le déroulé de l’intrigue va mettre à mal nombre de certitudes et ébranler les consciences et les âmes. On s’attache énormément à eux (même aux plus vicieux), et l’on ne souhaite qu’une chose, ne jamais les quitter et continuer sa lecture indéfiniment tant on est pris par le souffle de cette histoire.

Les effets sont démultipliés par le contexte de l’époque. Période difficile entre toutes qui voit une lutte permanente entre le pouvoir temporel (le roi, l’État) et le pouvoir spirituel (L’Église catholique ici en Espagne), la société est soumise à un carcan d’une rigidité effarante. Règles et codes moraux organisent les sociétés et les notions de liberté individuelle, de conscience et d’opinion n’ont pas encore émergées des Lumières à venir. D’où des passages rudes mais très réalistes et fidèles à l’Histoire sur les atrocités commises au nom du catholicisme par une Inquisition toute puissance qui bafoue par ses pratiques iniques les enseignements de Jésus Christ. Tout être différent (morisque, femme, homosexuel, guérisseur par les plantes) peut se révéler être un suspect potentiel aux yeux des autorités. Heureusement, notre héros ne s’en laisse pas compter et à la manière d’un Guillaume de Baskerville du sublime Nom de la rose  d’Umberto Eco, il va tracer son chemin, déjouer complots et manipulations qui se cachent derrière une affaire qui prend très vite une grande ampleur. La lecture s’avère très éprouvante je l’avoue, tant on passe de Charybde en Sylla, que les retournements de situations sont nombreux et les forces en présence changeantes au fil des révélations successives.

Malgré un background rude, on aime se promener dans cette Espagne du XVIème siècle remarquablement retranscrite avec au détour des chapitres de belles descriptions des us et coutumes des populations (des plus humbles aux plus fortunés), des questionnements sur la nature de la divinité et de la foi (débats en cours à l’époque) et des cercles de pouvoir et leurs stratégies d’embrigadement. Loin de tomber dans l’accumulation de savoir wikipediesque indigeste à la Dan Brown, le livre de Matthew Carr utilise l’Histoire pour mener une intrigue trépidante et éclairante sur le genre humain. Ce n’est pas forcément très rassurant (on tombe parfois vraiment dans les abysses de l’humanité) mais ça fait du bien et c’est très très malin dans la manière d’aborder certaines problématiques toujours d’actualité malheureusement.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’écriture est d’une accessibilité et d’une clarté de tous les instants. Le plaisir de lire est immédiat et durable, aucun relâchement n’est a déplorer et surtout le rythme devient très vite infernal, provoquant une addiction absolue jusqu’à l’ultime chapitre qui clôture magistralement un ouvrage d’une rare qualité. Les Diables de Cardona est un "must read" dans le genre thriller historique que je vous invite à découvrir au plus vite. On en redemande !

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mercredi 11 avril 2018

"Le Neuvième naufragé" de Philip Le Roy

9ème passager

L’histoire : Une île, un bateau échoué, des vacanciers, un mort. Trafic de drogue qui a mal tourné ou machination infernale ?

La critique de Mr K : Retour au thriller aujourd’hui avec Le Neuvième naufragé de Philip Le Roy, un auteur que j’ai déjà fréquenté à deux reprises pour des lectures sympathiques mais inégales. L’occasion faisant le larron, je me lançai dans cette lecture avec quand même un certain engouement, le pitch très simple laissant augurer une œuvre cinglante et à suspens. Je n’ai pas été déçu, le roman a été avalé en une journée et franchement, j’ai pris ma petite claque !

Suite à un naufrage calamiteux sur une petit île déserte de Méditerranée que plusieurs pays se disputent, une enquêtrice d’Interpol (Eva Valasquez) est envoyée sur place pour démêler les fils d’un drame pas si clair que cela. Huit rescapés l’y attendent ainsi qu’un cadavre, des paquets de haschich et beaucoup de questions. Plongée dans une tempête diplomatique et policière dans un territoire perdu au milieu des éléments déchaînés, elle va devoir employer tous ses talents de criminologue pour faire le tri dans les déclarations et tenter de découvrir la vérité sur une expédition de vacances qui a très mal tournée.

Il y a clairement un côté très classique se rapprochant d’Agatha Christie dans le nouveau roman de Philip Le Roy. En huis clos durant quasiment tout l’ouvrage, on suit une héroïne coincée sur une île à l’aspect lunaire qui se retrouve seule et isolée. Son travail est bien freiné par la non coopération des forces de l’ordre présentes sur place (lutte d’influence entre la Guardia civile espagnole et la police marocaine) et des naufragés récalcitrants qui semblent tout faire pour la mener en bateau. Effectivement, très vite Eva se rend compte que les versions successives qu’ils lui livrent sont trop semblables voir préparées à l’avance. Pourtant, les huit rescapés sont très différents les uns des autres entre un juge français de TPI imbu de lui-même, une avocate allemande de haut vol, une militante franco-algérienne des droits des femmes, une actrice canadienne aux allures de femme fatale, une française réceptionniste du parlement européen, un policier brésilien, un photographe fils à papa français, un écrivain gay irlandais et une inspectrice des impôts française. Ils se sont tous retrouvés sur un club Facebook pour un projet de croisière loisir en mer. Il auraient mieux fait de s’abstenir!

Au fil des interrogatoires, un chapitre sur deux, l’auteur nous convie à des flashback nombreux et éclairants. Très vite, la promiscuité sur le navire fait que les esprits s’échauffent, les tensions s’accumulent avec notamment un personnage qui agace tout le monde par ses manières plus que borderline. Le lecteur est envoyé très vite vers une direction logique qui verrait un groupe à bout de nerf qui se débarrasserait du malotru qui l’aurait plus que mérité. Mais vous le savez, tout bon thriller réserve son lot de fausses pistes, de rebondissements inattendus et dans ce domaine ce roman est une mine d’or. Qui dit la vérité ? Qui manipule qui ? Derrière les avancées de l’enquête et les révélations successives, il va falloir pour Eva décortiquer le passif de chacun, leur rapport les uns aux autres, explorer les psychés et les phénomènes de groupes qui peuvent apparaître lorsqu’ils sont soumis à rude épreuve. C’est très bien mené, bien documenté et jamais chargé en terme de pathos. Le rythme haletant des chapitres courts aide beaucoup et empaquette l’histoire merveilleusement bien.

Bien que rapides, les descriptions des personnages sont impeccable pour se faire une idée précise de leur caractères et de leurs motivations. Certes quelques uns sont caricaturaux mais poussez votre lecture et vous serez surpris du développement de certains car derrière les lignes de force se cachent des fêlures qui une fois révélées vont vous surprendre. Ainsi Eva, belle rousse incendiaire maladroite au sens de la déduction aiguisé va connaître une trajectoire tout d’abord bien rectiligne pour dans un dernier acte totalement basculer. J’ai adoré la fin que je n’ai pas vu venir et qui pour le coup s’éloigne des sentiers battus. Loin d’être un happy end à part entière, le dénouement est logique et presque amorale. J’adore ! Et puis, l’ambiance du roman est vraiment poisseuse à souhait, un compte à rebours est déclenché dès le départ, l’enquête doit être rapide tout en n’étant pas bâclée vu les forces en présence et les conséquences terribles qu’elles pourraient avoir sur certains innocents.

Le huis clos fonctionne à plein, le rythme est rapide et chaque chapitre réserve une petite fin qui agrippe le lecteur et l’oblige à passer au suivant. Ne prévoyez pas de vous lever tôt une fois l’ouvrage débuté au risque de connaître un sentiment de frustration extrême. On retrouve ici tout l’art de Philip Le Roy pour embarquer le lecteur avec sa langue simple, efficace et son goût immodéré pour le suspens qu’il transcrit de manière royale. Dans le genre c’est top et franchement ce serait dommage de passer à côté si vous êtes amateur !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Le Dernier testament
- Pour adultes seulement

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vendredi 30 mars 2018

"Colorado Train" de Thibault Vermot

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L’histoire : La poussière rouge. Les sombres Rocheuses. L'Amérique profonde, tout juste sortie de la Deuxième Guerre mondiale.

C'est dans ce monde-là que grandissent Michael et ses copains : le gros Donnie, les inséparables Durham et George, Suzy la sauvage.

Ensemble, ils partagent les jeux de l'enfance, les rêves, l'aventure des longs étés brûlants... Jusqu'au jour où un gosse de la ville disparaît. Avant d'être retrouvé, quelques jours plus tard... à moitié dévoré.

Aussitôt, la bande décide d'enquêter.

Mais dans l'ombre, le tueur - la chose ? - les regarde s'agiter. Et bientôt, les prend en chasse...

La critique de Mr K : Une lecture young adulte aujourd’hui pour ma pomme, un genre que je n’explore que rarement. Colorado Train de Thibault Vermot m’a accroché par sa quatrième de couverture qui m’a irrémédiablement fait penser à la trilogie culte de Stephen King Ça et à la topissime série Stranger things qui nous a totalement rendus accros Nelfe et moi. On retrouve le même genre d’éléments de base ici pour au final un résultat plutôt mitigé comme je vais vous en faire part tout de suite.

Au centre de l’histoire, une bande de gamins dans une petite ville américaine en 1949. Chaque membre a sa personnalité propre, ses ennuis mais tous se tiennent chaud face à l’adversité : l’un se fait harceler par le caïd du collège, une autre a un père violent suite à un traumatisme subi dans sa fonction de policier, l’autre a perdu son père mystérieusement disparu des années plus tôt. Ils vaquent à leurs occupations de jeunes de 13 / 14 ans avec une insouciance propre à leur âge : sortie en bande, grillades, parties de pêche, expérimentations hasardeuses (le passage avec la fusée est énorme), naissance du désir physique pour certains, preuves d’amitié forte pour d’autres. Malgré les accrocs de la vie, ces jeunes sont plutôt heureux et se tiennent chaud. Les cent premières pages du roman plantent le décor, distillent l’ambiance campagnarde US de l’époque et nous présentent toute une galerie de personnages plutôt attachants à part peut-être Don qui a l’art de s’exprimer comme un charretier et gave assez vite le lecteur.

Il faut donc attendre un petit peu avant que le roman démarre vraiment avec une découverte macabre peu ragoûtante. Le cadavre à demi dévoré d’un gamin du coin est retrouvé semant la peur dans les cœurs et les esprits. Bien que la victime ait été peu appréciée par la bande, cela aiguise la curiosité et la fibre fouineuse des héros qui débutent une enquête qui pourrait bien les mener à leur perte. Surtout que la menace est belle et bien là, l’auteur alternant les chapitres mettant en scène les mômes avec d’étranges courtes pages nous plongeant dans l’esprit dérangé du prédateur. Homme, bête, monstre folklorique ? On se pose tout d’abord pas mal de questions, le suspens montant crescendo au fil de ses apparitions aussi brèves que traumatisantes. Au fil des pages, l’étau se resserre sur Michaël et ses camarades et le final haletant va les mettre en grand danger.

Comme dit précédemment, il y a tout pour faire un bon roman ici : un thriller maîtrisé et mené de main de maître en terme de suspens même si les rebondissements ne sont finalement pas si nombreux. Les personnages se suivent avec plaisir et sont bien rendus notamment dans leurs évolutions intérieures et leurs ressentis qui sont fort bien ciselés. On a envie d’y croire et même si l’on tombe souvent dans la caricature et les figures tutélaires du genre (impossible de ne pas penser aux œuvres susnommées), on flippe pour eux assez vite car la menace insidieuse rode autour d’eux. Le rythme est soutenu, ne laissant que peu de temps mort au lecteur prisonnier d’une histoire classique mais rondement menée. Peut-être même trop car la fin semble avoir été lâchée bien trop vite, sans réel développement ultérieur qui laisse un peu le lecteur sur sa faim et abandonne quasiment lâchement les personnages que l’on a appris à apprécier.

Et puis durant la lecture, un certain malaise m’a habité et empêché de totalement adhérer à l’ouvrage. D’une part le langage un peu trop vert de certains personnages et le parti pris de raconter l’histoire avec un vocabulaire d’jeuns. Parfois à la limite de l’anachronisme, exagéré et superficiel, il empêche véritablement le roman de décoller et de frapper les esprits comme un Stand by me de Stephen King. Ensuite, certaines situations ne sont pas crédibles, ainsi alors qu’un tueur rode, les parents ne font pas plus attention que ça à leurs enfants et les policiers ne semblent pas se bouger énormément pour retrouver l’assassin d’un gamin. Dommage dommage, cela enlève quelques points de plus à un pitch de départ pourtant séduisant.

Dans ces conditions, je ne suis pas sûr que je donnerais à lire cet ouvrage en priorité à un môme adepte de thriller et de lecture. La faute à un parti pris risqué en terme d’écriture et de narration (la familiarité de quasi tous les instants, pourtant je ne suis pas du genre à me choquer facilement) et des éléments de background mal maîtrisés qui enlisent l’ensemble. Loin d‘être pour autant une purge, ce n’est qu’un chouette petit roman qui trouvera sans nul doute ses adeptes mais qui m’a finalement plutôt laissé de marbre. À tenter si le coeur vous en dit !

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mercredi 28 mars 2018

"L'Affaire Isobel Vine" de Tony Cavanaugh

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L’histoire : Pour n’importe quel passant, les rues, les places, les jardins de Melbourne possèdent un charme certain. Pour Darian Richards, chacun de ces lieux évoque une planque, un trafic de drogue, un drame, un suicide, un meurtre. Lassé de voir son existence ainsi définie par le crime, et uniquement par le crime, il a décidé, après seize ans à la tête de la brigade des homicides, de passer à autre chose. Une vie solitaire, plus contemplative.

Il accepte néanmoins de sortir de sa retraite par amitié pour le chef de la police qui lui demande de disculper son futur successeur, en proie à des rumeurs relatives à une ancienne affaire : en 1990, après une fête donnée chez elle, on a retrouvé le corps sans vie de la jeune Isobel Vine. Suicide, accident, meurtre ? L’enquête fut d’autant plus délicate que quatre jeunes flics participaient à cette soirée. Elle fut classée sans suite, mais le doute persiste sur ce qui s’est réellement passé.

Reprendre des investigations vingt-cinq ans après les faits n’est jamais une partie de plaisir, surtout quand l’affaire concerne de près la police. Les obstacles ne manquent pas. C’est sans compter sur le caractère obstiné, rebelle et indiscipliné de Darian Richards et sur sa fâcheuse habitude à porter davantage d’attention et de respect aux morts qu’aux vivants. L’enquête rythmée de nombreux rebondissements va peu à peu l’amener aux frontières du bien et du mal, de la vérité et du mensonge, et Richards y perdra peut-être ses dernières illusions.

La critique de Mr K : Lors de sa sortie l’année dernière, ce roman,  L’Affaire Isobel Vine, avait été vanté et vendu comme la version australienne de la série des Harry Bosch de Michaël Connelly, respectivement héros et auteur d’une série de polars bien construits et efficaces dans leur genre que j’ai dévoré ouvrage après ouvrage. Sollicitations diverses et chinages compulsifs ont remisé L’Affaire Isobel Vine de Tony Cavanaugh dans ma PAL durant quelque mois avant qu’il ne se rappelle à mon bon souvenir il y a peu. Grand bien m’en a pris de débuter cette lecture qui m’a fait oublier mes dernières déceptions en matière de policier / thriller. On a bel et bien là un ouvrage addictif, remarquablement écrit et construit. Attention, belle claque en perspective !

Darian Richards s’est retiré de la police depuis un certain temps. Dégoûté du métier, flic d'exception au milieu d’un monde corrompu rongé par les arrangements et le laisser aller, il profite de son temps libre loin de la ville de Melbourne et de ses turpitudes, tout en effectuant quelques missions vengeresses en sous-main dans un genre que n’aurait pas renié un certain Charles Bronson ! Borderline mais épris de justice, la police est donc bien derrière lui et il ne souhaite pas particulièrement renouer avec une activité qui a ruiné sa relation de couple et épuisé son stock d’espoir. Il n’aspire qu’à profiter de la solitude et des bienfaits d’une nature sauvage et préservée.

C’était sans compter la venue impromptue de son ancien supérieur qui vient à lui pour lui confier une enquête hors norme, enterrée depuis vingt-ans : une jeune fille dénudée morte étouffée, sa mort non élucidée (meurtre ? suicide ?), un professeur libidineux très proche de ses élèves, un petit ami lâche, un trafiquant de drogue et surtout, quatre flics qui étaient présents à l’endroit du meurtre au moment fatidique. C’est justement à cause de cela que Darian est appelé. L’un des quatre policiers prétend accéder au poste de commissaire (fonction très important en Australie, juste en dessous du ministre) et il faudrait définitivement le laver de tout soupçon en reprenant l’enquête et en découvrant la vérité. Entièrement libre pour enquêter, il s’entoure de Maria une enquêtrice qu’il respecte énormément et qui a été placardisée pour cause d’efficacité féminine et d’un geek amateur de hautes technologies complètement barré mais redoutable d’efficacité. L’enquête sera longue, tortueuse et remuer le passé fera remonter des effluves nauséabondes.

En lisant le résumé, on pourrait se dire qu’on tombe dans du classique pur jus et qu’aucune surprise n’interviendra pendant le récit qui semble de prime abord très codifié. Et pourtant, très vite on s’attache aux personnages. Ciselés à souhait dans une économie de mot bienvenue, on se prend au jeu de leurs introspections, de leurs questionnements et de leurs rencontres. Loin de se cantonner dans l’examen distant, on en prend plein la tête et entre les forces de l’ordre et les criminels la frontière est parfois très faible. Le héros lui-même n’est finalement pas si clair car s’il est épris de justice, il utilise parfois des méthodes bien hard-boiled presque fascisantes. On n’est pas loin d‘une ambiance à la Sin City par moment, l’auteur donnant à voir une vision parfois effrayante des rouages de la police et des pouvoirs qui s’entremêlent. Nos héros auront donc fort à faire pour dénouer les fils d’une ancienne affaires bâclée mais qui pourrait révéler bien des secrets et des fonctionnements.

On avance pas à pas à travers des chapitres assez courts où les confrontations sont légions, parsemées de ci de là par quelques descriptions jamais très longues. On est ici dans le polar le plus pur, le plus dur. Abîmés par la vie mais se débattant comme ils peuvent, les protagonistes ont tous une richesse intérieure impressionnante, y compris les plus détestables qui révèlent au détour d’une ligne ou d’un paragraphe un aspect touchant / différent de ce que l’on attendait d’eux au départ. C’est donc parfois déstabilisant surtout que ce que l’on croyait sûr un chapitre avant peut-être totalement démonté au chapitre suivant. Je dois avouer que l’identité de l’assassin m’a totalement désarçonné et que pour le coup je me suis bien fait avoir ! Le rythme de l’enquête est endiablé, les retournements de situations nombreux, les périls nombreux pour nos trois enquêteurs pris dans un engrenage qui finit par les submerger et va nécessiter de leur part une abnégation sans faille et un courage formidable.

C’est aussi l’occasion d’évoluer à l’autre bout de la planète dans un pays que j’ai peu pratiqué au cours de mes lectures mais qui éveille en nous souvent des images mentales et des idées reçues. Ce n’est pas vraiment ce roman qui donne envie d’y faire du tourisme tant chaque endroit de Melbourne rappelle à Darian un meurtre ou une affaire glauque. Au delà de la palpitante enquête policière, l’auteur égratigne au passage la phallocratie ambiante dans la police australienne (on retrouve l’ambiance de la saison 2 de Top of the lake, la très bonne série de Jane Campion) et plus généralement la suffisance / arrogance des puissants quels qu’ils soient. Il se dégage de l’ouvrage une ambiance crépusculaire sombre à souhait, idéale pour y livrer un combat contre des forces titanesques. Ce roman est un peu de tout cela à la fois.

Pour conclure, il y a l’écriture qui est d’une redoutable efficacité. Claire et directe, l’auteur se plaît derrière cette apparente simplicité à explorer les âmes au scalpel. De la noirceur à l’innocence, tout ici respire le réalisme et la crédibilité. Loin de tomber dans les clichés ou la superficialité, on a vraiment affaire à des êtres humains avant tout, faits de chair et de sang, de contradictions et de pulsions. Impossible dans ces conditions de relâcher ce livre qui a une force de fascination et d’attraction hors norme. On devient totalement addict rapidement et durablement, cédant à l’empressement d’en savoir plus et de nous aussi résoudre le mystère de la mort d’une jeune fille apparemment sans histoire. Un roman à côté duquel il ne faut surtout pas passer si vous êtes amateur du genre. On en redemande !

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mercredi 14 mars 2018

"Emma dans la nuit" de Wendy Walker

EmmaL'histoire : Les sœurs Tanner, Emma, 17 ans, et Cass, 15 ans, sont devenues tragiquement célèbres depuis leur inexplicable disparition de la communauté calme et aisée où elles ont grandi. Trois ans après les faits, Cass frappe à la porte de chez ses parents. Interrogée par le FBI, elle raconte l’enlèvement dont sa sœur et elle ont été victimes et décrit une mystérieuse île où elles auraient été retenues captives. Emma y serait toujours. Mais la psychiatre qui suit cette affaire, le Dr Abigail Winter, doute de sa version des faits. En étudiant sa personnalité, elle découvre, sous le vernis des apparences, une famille dysfonctionnelle. Que s’est-il réellement passé trois ans auparavant ? Cass dit-elle toute la vérité ?

La critique Nelfesque : Wendy Walker est une auteure qui ne nous est pas inconnue au Capharnaüm éclairé. Mr K avait lu "Tout n'est pas perdu" à sa sortie en 2016 chez Sonatine et avait été particulièrement marqué par l'ouvrage. Cette fois ci c'est à mon tour d'être séduite. Wendy Walker nous propose ici un thriller psychologique diabolique et rondement bien mené.

Emma et sa soeur ont disparu il y a 3 ans. L'enquête pour les retrouver n'a rien donné, le mystère plane encore sur leur disparition. Etait-ce un enlèvement ? Une fugue ? Sont-elles encore en vie ? Certaines questions vont trouver leurs réponses un matin lorsque Cass frappe à la porte de sa mère. Seule, elle rentre à la maison. Seule, elle détient la clé du mystère. Seule, elle peut aider le FBI à retrouver sa soeur Emma.

Levant peu à peu le voile sur ce qui s'est réellement passé ce soir là mais surtout sur les schémas fonctionnels en place dans sa famille, Cass va aider les enquêteurs à comprendre ce qu'ils n'ont pas vu il y a 3 ans. Nous suivons alors tour à tour le récit de Cassandra et le point de vue d'Abigail et Leo, psy médico-légale et agent spécial au sein du FBI. A travers son récit, nous apprenons à connaître sa soeur et ceux qui les entouraient et les aimaient, souvent mal, leurs parents, leur frère, le nouveau compagnon de leur mère et son fils.

Entre ce qu'une famille laisse percevoir de leur façon de vivre et ce qui se passe vraiment entre les murs d'une maison et dans les cerveaux de chacun il y a un monde. Famille dysfonctionnelle, souffrances et non-dits sont les ingrédients de ce roman aux personnages criant de réalisme. L'auteure fouille la psychologie de chacun avec justesse et tisse une toile dont le lecteur se retrouve prisonnier aux dernières pages.

Cass veut retrouver sa soeur mais ce qu'elle va mettre au jour est bien plus violent et pervers qu'il n'y parait. Manipuler pour découvrir la vérité, déjouer les pièges d'une personnalité néfaste, détourner l'attention pour mieux pointer du doigts les dysfonctionnements d'une famille entière, Cassandra va devoir être forte et s'en tenir au plan qu'elle a mis en place pour faire la lumière sur cette affaire. Elle a eu du temps pour cela, 3 ans qu'elle y pense. Une histoire prenante, un rythme soutenu laissant la place à des moments plus calmes permettant d'innoculer la bonne dose de tension et de background indispensable au bon déroulement du récit, Wendy Walker peint un tableau qui prend forme peu à peu sous nos yeux. Par petites touches, un petit point bleu par ci, un petit point vert par là, elle place les pièces d'un gigantesque puzzle qui nous laisse littéralement sur le cul en fin d'ouvrage.

"Emma dans la nuit" est un excellent thriller psychologique qui ne fait pas dans la facilité et les rouages convenus du genre. Densité et émotions sont au rendez-vous pour une lecture haletante qui donne envie de connaître le fin mot de l'histoire tout en voulant continuer de côtoyer ses personnages. D'une construction parfaite entre précision chirurgicale et sensibilité indéniable, l'écriture de Wendy Walker est une drogue dont, une fois découverte, on souhaite abuser encore longtemps.

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lundi 26 février 2018

"Les Abysses du mal" de Marc Charuel

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L’histoire : Mon boulot : filmer le supplice des victimes avant de faire disparaître leur corps. Mon but : être le tueur le plus inventif.

Parce que la mort est un spectacle, certains sont prêts à payer très cher pour y assister. Voyeurs protégés par un écran, tortionnaires par procuration...

C’est la face cachée du Net. Un monde parallèle qui happe ses proies au hasard et fournit des frissons à prix d’or.

La critique de Mr K : Place à la critique d’un thriller aujourd’hui avec un ouvrage à la quatrième de couverture bien tordue d’un auteur que je découvrais avec ce titre. Les attentes étaient importantes avec un sujet glauque qui annonçait une enquête terrifiante dans la perversion humaine. Bien qu’efficace, ce titre accouche d’une souris tant on tombe bien trop souvent dans le convenu. Suivez le guide !

Le cadavre d’une jeune fille est retrouvé au bord de l’A86 en banlieue parisienne. Affreusement mutilé, il donne à voir les manières sadiques d’un assassin ne reculant devant aucune barrière morale. Quand en plus, l’inspecteur Derolle se rend compte que le meurtrier filme les sévices et la mise à mort pour les vendre aux plus offrants, on rentre dans une nouvelle dimension de l’horreur. L’enquête sera âpre et complexe. En parallèle, on suit plusieurs autres personnages très disparates qui, vous vous en doutez bien, ont des liens tenus. Au fil du déroulé, les pièces s’assemblent pour constituer une trame plus complexe. Le compte à rebours est lancé...

Clairement, le gros défaut de l’ouvrage est son manque d’originalité. Qui a lu du Grangé, du Chattam ou d’autres auteurs à grand succès dans le genre thriller, nage en eaux pas si troubles que ça. Alors certes, le sujet est grave mais l’auteur le contourne et ne tombe pas dans le scabreux ou le voyeurisme frontal. Laissant volontiers des zones d’ombre pour ne pas sombrer dans le grand guignol, il insiste plutôt sur les sentiments et émotions des uns et des autres face à l’indicible. Ça rassure mais l’ensemble perd en force de percussion. Surtout qu’au bout de 50 pages, j’ai deviné qui était le fameux assassin même si le modus operandi nous livre tous ses secrets bien plus tard. Dommage dommage...

Pour autant, on prend un certain plaisir à lire cet ouvrage qui se révèle être un bon page turner. Certains personnages sont assez attachants, notamment l’inspecteur Derolle qui a ses faiblesses dues à une affaire précédente qui va ressurgir du passé avec ces nouveaux meurtres. Pour une fois, pas de brute endurcie ou de flic damné de la terre, simplement un homme au bout du rouleau, à la larme facile dont la famille s'inquiète pour sa santé mentale. Ça touche en plein cœur et on aime à suivre ses errances au milieu d’une menace sourde et abjecte. Pas de réels personnages denses à part celui-ci, les autres s’apparentent davantage à des clichés déjà lus. Pour autant, la mayonnaise prend et l’on se plaît à enchaîner les chapitres ultra-courts pour courir après l’assassin surtout qu'au détour de l'histoire, l'auteur se plait à jeter quelques éléments historiques et politiques qui témoignent de son passé de journaliste d'investigation.

Grosse déception par contre au niveau du background des protagonistes purs et durs et des forces en présence. Si l’on suit l’assassin principal, ne vous attendez pas à de grosses révélations sur le fameux Dark Net, les milieux interlopes que l’on y croise et notamment les fameux commanditaires des meurtres amateurs de snuff movie. On reste en surface et cela fait perdre en qualité à l’ensemble qui s’apparente finalement à une gigantesque course poursuite. Les promesses ne sont pas tenues en la matière, on aurait aimé lever le voile sur les sinistres individus qui se livrent à de telles pratiques, les cercles dans lesquels ils évoluent, à peine sait-on qu’ils viennent d’un certain continent. Là encore le bât blesse...

Au final, l’ensemble se dégonfle et la fin se révèle abrupte. L’essentiel est sauf, on passe un moment convenable, dans une écriture efficace mais sans génie et les pages se tournent toutes seules. Les Abysses du mal est une authentique série B aussi vite lue qu'oubliée. À tenter si l’envie de frémir doucement vous inspire, sinon je vous avouerai qu'on est ici dans le dispensable.

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lundi 19 février 2018

"Cadres noirs" de Pierre Lemaitre

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L’histoire : Alain Delambre est un cadre de cinquante-sept ans anéanti par quatre années de chômage sans espoir. Ancien DRH, il accepte des petits jobs démoralisants. À son sentiment de faillite personnelle s’ajoute bientôt l’humiliation de se faire botter le cul pour cinq cents euros par mois...

Aussi quand un employeur accepte enfin d’étudier sa candidature, Alain Delambre est prêt à tout, à emprunter de l’argent, à se disqualifier auprès de tous et même à participer à l’ultime épreuve de recrutement : un jeu de rôle sous la forme d’une prise d’otages...

Il s’engage corps et âme dans cette lutte pour regagner sa dignité. Mais s’il se rendait soudain compte que les dés sont pipés, sa fureur serait sans limite. Et le jeu de rôle pourrait alors tourner au jeu de massacre...

La critique de Mr K : Pour ma première lecture officielle de 2018, j’avais décidé le 31 décembre dernier de chercher un livre un peu spécial, du genre trépidant et écrit avec la manière. Cadres noirs de Pierre Lemaitre, une trouvaille récente lors d’un passage chez notre abbé préféré me faisait de l’oeil depuis son acquisition avec sa quatrième de couverture riche en promesses et le plaisir de retrouver l’écriture si marquante de cet écrivain hors-pair. Bon choix que le mien pour un roman lu à toute vitesse, à la fois prenant, stressant et diablement addictif. Suivez le guide !

Alain est entré dans le cercle vicieux du chômage longue durée entrecoupé de petits boulots non qualifiés. Il a 57 ans et comme bon nombre de seniors, il n’intéresse plus grand monde dans le milieu du travail. Placardisé, sans réelles espérances quant à un emploi prochain, il a le moral en berne. Il peut cependant compter sur sa femme Nicole, son soutien de toujours et ses deux grandes filles avec qui ils forment une famille plutôt unie. Un jour pourtant, un recruteur le retient pour un mystérieux job. Mais avant d’obtenir le précieux sésame, il va devoir passer des tests puis rentrer dans un jeu de rôle malsain : guider des preneurs d’otages dans leurs interrogatoires de cadres installés d’une grande boîte internationale. S’il réussit à les faire craquer, il obtiendra un poste très bien rémunéré qui le mettrait lui et ses proches en dehors du besoin. Alain y voit l’ultime opportunité pour s’en sortir, il ne reculera derrière rien pour atteindre son objectif même si au départ les dés sont pipés...

Pas de temps mort avec ce roman qui se lit vraiment d’une traite tant dès le premier le chapitre on s’attache au personnage principal. Ce quinquagénaire en pleine détresse ne peut que toucher le lecteur par son abnégation à trouver du travail malgré les échecs successifs et son obligation de faire des jobs alimentaires pour pouvoir survivre. Magnifique couple d’ailleurs que celui qu’il forme avec Nicole, ces deux là malgré la précarité et la perte de confiance en lui d’Alain s’aiment d’un amour vrai, pur et resplendissant. Il y a beaucoup de tendresse dans les lignes qui les décrivent, on retrouve ici tout le talent de Lemaitre pour caractériser ses personnages. Vous imaginez bien que ce lien affectif très fort va être mis à l’épreuve très vite et durablement pendant le déroulé du récit.

Car très vite, Alain s’englue dans les épreuves qu’il traverse. La multiplication de ses mensonges (pour au départ épargner ses proches) va lui jouer bien des tours et les péripéties s’enchaînant, nous nous trouvons devant une formidable partie d’échec avec son lot de menaces sourdes, de bluffs, de feintes et de coups d’éclat. D’une injustice criante subie en tout début de roman par le héros dans son boulot alimentaire, découle toute une série d’événements de plus en plus étouffants pour le personnage qui s’enferre dans une logique déviante qui le fait s’enfoncer de plus en plus. Pourtant, il persiste, il entrevoit toujours un rayon de soleil, une solution possible pour renverser la tendance. Quasiment increvable malgré une fatigue physique et mentale exponentielle, il se débat comme un poisson hors de l’eau. S’en sortira, s’en sortira pas ? Vous le saurez en lisant cet ouvrage qui réserve énormément de surprises et un suspens de tous les instants.

Au delà du roman à suspens qui dépote, nous avons affaire ici à une charge bien puissante contre un certain nombre de dérives de nos sociétés modernes : le sort peu enviable que les entreprises réservent aux plus vieux travailleurs les laissant sur le bord de la route comme de vulgaires Kleenex que l’on peut jeter, les jeux de pouvoir où l’on sacrifie l’humain au profit des bénéfices que l’on peut en tirer pour l’enrichissement personnel de quelques uns (une décision prise en cinq minutes peut décider du sort de centaines de salariés qui n’ont rien demandé à personne), le prêt-à-manager sans moral qui décortique l’individu et ses éventuelles failles pour le manipuler à loisir, les séminaires d’entreprise ubuesques... Autant de passages saisissants qui s’entrecoupent de données chiffrées brutes que le héros entend à la radio ou voit à la télévision et qui font la part belle aux actionnaires qui s’en mettent plein les fouilles et les taux de chômage qui atteignent des records. Inutile de vous dire qu’on a beau connaître ce genre de pratiques et la triste réalité de l’état du travail dans notre pays, ça fait son petit effet et l’on ressort rincé de cette lecture.

Beau page-turner que cet ouvrage donc, qui tient en haleine durant toute sa lecture avec son écriture à la fois dynamique et fouillée. Les personnages sont une fois de plus très soignés, charismatiques (en bien ou en mal, Fontana est redoutable dans son genre) et les rebondissements nombreux sont surprenants et créent au fil des pages une tension insoutenable qui met vraiment à mal le héros et le lecteur pris aux pièges. Décidément, Lemaitre est un auteur au talent immense, une excellente lecture que je ne peux que vous recommander.

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Robe de marié
Au revoir là-haut
Trois jours et une vie
- Couleurs de l'incendie

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