lundi 13 mars 2017

"Split" de M. Night Shyamalan

Split affiche

L'histoire : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Shyamalan au cinéma ! Chouette ! Au Capharnaüm éclairé, on aime beaucoup ce réalisateur. Il donne dans le film grand public mais il le fait sacrément bien, avec de bons acteurs, de bons scénarios qui souvent nous laissent sur le cul et une réalisation vraiment sympa. Allons donc voir ce qu'il nous propose aujourd'hui avec son tout dernier film "Split" dont la bande annonce nous a fait nous lécher les babines...

Kevin n'est pas un homme comme les autres. Suivi par une psychiatre depuis plusieurs années, il a la particularité de posséder 23 personnalités différentes. Tour à tour enfant de 9 ans, femme mystique, homme maniaque... dans une même journée, il revêt différentes tenues, différentes attitudes, différentes singularités. Ces 23 personnalités cohabitaient jusqu'alors relativement bien, avec l'aide du docteur Fletcher, mais voilà qu'une crainte s'empare d'elles. Celle de voir apparaitre une bête sauvage et obscure, tapie dans l'ombre, au plus profond de Kevin, et qui s'apprête à prendre le pas sur l'ensemble de son être. Pour la nourrir, il(s) va(vont) kidnapper trois jeunes filles et les séquestrer jusqu'à la venue du monstre...

Split 1

James McAvoy, dans le rôle principal, est saisissant de justesse. Il montre ici toute l'étendue de son talent et objectivement, sans une performance telle que la sienne ici, le film aurait pu très vite tourner au ridicule. Mais rien de tout cela ici ! Le spectateur croit réellement à chacune des personnalités qui est jouée. Pas de caricatures ou d'effets de manche pour cacher une faiblesse d'interprétation : ici tout est maîtrisé dans le jeu d'acteur et on a bien 24 personnages différents sous les yeux. Hypnotisant ! Bravo à James McAvoy pour cette performance qui, en plus d'être bluffante, nous permet d'avoir de l'empathie pour ce personnage effrayant et chacune des entités en son sein. Un peu comme pour Jerry dans "The Voices", j'ai vraiment été touchée ici par un homme qui, de l'extérieur, a tout d'un monstre mais qui lorsque l'on gratte sous les apparences est un être blessé.

Split 5

Le côté angoissant du kidnapping est de lieu de rétension est contrebalancé par les séances chez la psy et les recherches de cette dernière. Au début, j'ai trouvé dommage que l'on soit ainsi tiré de la stupeur mais peu à peu ces escapades se révèlent bienfaisantes et permettent de donner du rythme au film qui navigue sans cesse entre le thriller et le fantastique, jusqu'à la scène finale qui, comme souvent chez ce réalisateur, fait pousser un "Ah ouais !!!" au spectateur. Pour ma part, je n'ai pas été ici complètement bluffée par la révélation (qui pour moi n'en est pas une du coup) comme ce fut le cas avec "Le Sixième sens" ou plus récemment "The Visit" qui nous laisse avec un profond malaise. Et tant mieux ! J'aime ce réalisateur qui sait nous surprendre en n'allant pas forcément là où on l'attend. Oui, Shyamalan est le roi des fins qui nous laissent sur le cul mais il est aussi capable de ne pas jouer sur la surprise et apporter de la profondeur à son propos. Bravo !

Jeu d'acteurs impeccable (mention spéciale aussi à Anya Taylor-Joy), suspens, tension : tout est ici réuni pour faire de "Split" un très bon thriller navigant entre psychologie, horreur et fantastique. C'est bientôt le Printemps du Cinéma, pensez-y ! Vous ne regretterez pas !

Split 2

La critique de Mr K : 5/6. La dernière production de Shyamalan s'est révélée être un très bon crû et malgré quelques imperfections, on passe un excellent moment entre histoire bien tordue et acteurs en état de grâce au premier rang desquels James McAvoy extraordinaire dans un rôle aux multiples facettes.

Trois lycéenne sont enlevées par Kevin, un jeune homme plus que perturbé. Souffrant d'une dissociation d'identités multiples (23 puis 24 identités différentes cohabitent dans le même corps), il attend l'avènement de la Bête. Nous suivons donc la claustration des filles qui se rendent vite compte que leur ravisseur est sérieusement dérangé et change de personnalité de façon impromptue entre le séquestrateur pervers, le styliste maniéré, la femme mystique zen, un jeune garçon fragile et au bon fond entre autre. Cette partie lorgnant vers le survivor est contrebalancée par des passages mettant en scène la psy qui suit le jeune homme et des flashback concernant l'héroïne principale. Comme dans les principaux films de ce maître du suspens, les pièces du puzzle vont s'assembler au fil du déroulé pour éclairer les motivations et passés de chacun des personnages.

Split 4

Je dois avouer que depuis la série de films mettant en scène Hannibal Lecter et l'injustement méconnu Identity (à voir absolument !), je n'avais pas été aussi saisi par un esprit criminel (sauf peut-être le bad guy Joe Caroll de la superbe série The Following). McAvoy a un talent fou pour jouer cet esprit perdu qui tour à tour inquiète, questionne et même émeut profondément. D'un simple regard, d'une posture changeante, il incarne à merveille la folie galopante de Kevin. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec ce personnage déroutant. Le contre-point des passages avec la psy permettent des allers-retour incessants entre le monstre persécuteur et l'être brisé qui se débat avec sa vie. Jamais caricatural, toujours juste, on se prend au jeu de ces identités interchangeables protégeant un secret et surtout une souffrance jamais vraiment guérie. Il porte véritablement le film et en est un point fort indéniable.

Split 3

Il est aussi très bien mis en valeur grâce à l'actrice Anya Taylor-Joy qui sous son apparente fragilité et un certain mutisme cache elle aussi quelque chose qui le temps venu prendra son importance. Loin de se contenter de filmer des filles apeurées, Shyamalan leur donne une certaine profondeur, une volonté de se battre et de résister au monde qui semble s'écrouler autour d'elle. La psy ferme ce trio hors du commun avec une figure maternelle qui peu à peu (bien que conscient du mal qui ronge son patient) va se rendre compte de la nature du mal et de ses conséquences. Le dernier acte est assez haletant et livre un déchaînement de révélations et de scènes chocs qui scotchent littéralement le spectateur à son siège. Seul bémol majeur de ce film (d'où le point en moins sur ma note), je n'ai pas été vraiment surpris par le final (comme dans 6ème sens d'ailleurs) que j'ai vu venir assez vite. Plutôt classique la révélation fait quand même son effet et fait retomber le film de manière logique.

On retrouve tout le talent de Shyamalan pour raconter une histoire, son sens de la narration croisée qui distille un suspens montant crescendo qui prend aux tripes. Les images sont belles, la musique oppressante à souhait et certains cadrages originaux achèvent de donner à voir un film idéal pour une séance cinéma riche en émotions et en rebondissements. Un film qu'on ne peut que conseiller si vous aimez les thrillers, les scénarios biscornus et les sensations fortes.

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mercredi 8 mars 2017

"Dans le labyrinthe" de Sigge Eklund

Dans le labyrintheL'histoire : Un soir de mai, dans une banlieue cossue de Stockholm, Magda, une fille et onze ans, disparaît mystérieusement de sa chambre. Après plusieurs jours d'investigations, la police en vient à soupçonner le père, Martin.
Quatre proches de la victime se mettent à la recherche d'indices qui permettraient de la retrouver : Asa, sa mère, brillante psychologue qui s'enfonce dans une profonde dépression ; Martin, l'éditeur talentueux à la double vie ; Tom, son loyal collaborateur à l'ambition dévorante ; et Katja, l'infirmière scolaire qui a découvert ce que cachait la petite fille. Ces quatre voix entraînent le lecteur dans un labyrinthe de confessions troublantes.

La critique Nelfesque : C'est tout d'abord la couverture sombre et mystérieuse de "Dans le labyrinthe" qui m'a attirée. Je ne connaissais pas le nom de l'auteur, Sigge Eklund, pourtant très connu en Suède, son pays d'origine. Avec ce roman, il frappe un grand coup dans ma vie d'amatrice de thrillers et romans noir, celui-ci se trouvant à la frontière de ces deux univers littéraires. Une très belle découverte !

Magda a disparu. Ses parents sont partis dîner au restaurant à quelques mètres de chez eux et en rentrant n'ont retrouvé qu'un lit vide. Que s'est-il passé ? Magda est-elle sortie ? A-t-elle été enlevée ? Par qui ? Pourquoi ? Va-t-on la retrouver saine et sauve ?

Nous suivons l'enquête et les recherches des uns et des autres par les voi(es)x de plusieurs personnages gravitant autour de la petite. Le lecteur fait ainsi tour à tour connaissance avec sa mère, Asa, détruite et névrosée depuis la disparition de sa fille, Martin, père absent et ambitieux, Tom, le collaborateur fanatisé de ce dernier et Katja, l'infirmière de l'école de Magda. Chacun nous raconte son histoire, sa vie avant et après cette disparition comme autant de petits romans en orbite autour du drame. Des trajectoires en parallèle qui constituent autant de pièces de puzzle et qui se rejoindront dans un final glaçant.

Particulièrement friande de romans qui font la part belle à la psychologie des personnages, j'ai été ici remarquablement servie. Tout est millimétré, chaque personnage et chaque action ont leur importance. L'auteur nous perd parfois pour mieux nous retrouver. Pourquoi nous narre-t-il telle ou telle anecdote ? Pourquoi s'arrêter aussi longtemps sur des événements qui ne sont pas en lien avec l'histoire principale ? Pour ceux qui aiment, comme moi, échafauder des théories et essayer de deviner le fin mot de l'histoire avant le dénouement, accrochez-vous ! La révélation finale fait froid dans le dos et laisse le lecteur pétrifié et déchiré.

Pétrifié et déchiré par l'issu du roman mais aussi par les existences qui nous ont été donné à lire, par la concomitance des faits, par la fatalité et le fait qu'il n'y a pas de hasard. Il n'y a rien de réellement trépidant dans ce roman, nous ne sommes pas ici en présence d'un thriller classique où tout se déroule à grande vitesse. "Dans le labyrinthe" ressemble à la "vraie vie" et a plus une dimension psychologique, tout aussi palpitante. De plus, l'écriture ciselée de Sigge Eklund qui dose parfaitement ses effets est des plus convaincantes ! L'auteur prend son temps, apprivoise son lecteur, enveloppe son histoire pour mieux l'hypnotiser et lui tendre un piège dans un univers ouaté qui n'attend plus qu'à lui exploser en pleine figure.

Un conseil avant de débuter cette lecture : ne soyez pas pressé et laissez vous charmer. Pour qui veut bien se laisser porter, le voyage est des plus réussis et maîtrisés dans une ambiance faite de non-dits, de peurs, d'appréhension, de trahisons et malgré tout d'amour. Quand les jardins secrets de chacun se percutent, "Dans le labyrinthe" est un roman noir à ne pas manquer et Sigge Eklund, un auteur à découvrir d'urgence et à suivre désormais.

mercredi 1 mars 2017

"Nocturama" de Bertrand Bonello

Nocturama afficheL'histoire : Paris, un matin. Une poignée de jeunes, de milieux différents. Chacun de leur côté, ils entament un ballet étrange dans les dédales du métro et les rues de la capitale. Ils semblent suivre un plan. Leurs gestes sont précis, presque dangereux. ls convergent vers un même point, un Grand Magasin, au moment où il ferme ses portes. La nuit commence.

La critique de Mr K : Chronique tardive mais chronique quand même ! Voici enfin mon avis sur Nocturama, vu dans le cadre du festival Télérama en début d'année. Dans le genre dérangeant ce film se pose là ! Nelfe l'a vu également mais n'est vraiment pas motivée pour rédiger son avis ici, pourtant elle avait très envie de le voir (petite confidence, elle ne l'a pas aimé du tout du tout).

3,5/6. Autant le film est magnifique dans sa forme autant le fond m’a interloqué, bousculé et finalement presque écœuré. Ce qui est sûr, c’est qu'il marque bien une époque et un moment de civilisation dans un contexte de désacralisation du politique, du malaise grandissant des populations et de la menace terroriste généralisée.

Nocturama 3

Le film est divisé en deux parties bien distinctes. La première met en scène des jeunes de toutes origines et de toutes classes sociales (pour éviter la stigmatisation j’imagine) qui déambulent dans le métro, dans les rues de la capitale et enfin différents bâtiments comme une tour du quartier de la Défense, un ministère ou encore un centre commercial. Ils sont reliés entre eux, reçoivent des textos, des photos, se croisent sans se parler, sont parfaitement coordonnés. On pense immédiatement aux reportages que l’on a pu voir sur les djihadistes qui ont durement frappé la France ces dernières années. Enfin, l’acte se déroule menant à une deuxième partie plus en vase clos, où les protagonistes se retrouvent regroupés et réagissent à ce qui vient de se passer. La fin clôture le film comme le couperet de la guillotine laissant le spectateur perdu et hagard.

Nocturama

J’ai largement préféré la première partie qui fait la part belle aux protagonistes sans qu’il y ait vraiment de paroles échangées. Les plans se succèdent, répétitifs mais d’une beauté parfois stupéfiante. La pression monte avec une musique insidieuse, une incrustation à l’occasion d’un mystérieux compte à rebours des heures qui s’écoulent avant l'heure fatidique. C’est beau, les rétines explosent, le spectateur est tenu en haleine pour savoir de quoi il en retourne. Quand vient la révélation, on est soufflé. Peu surpris mais en attente de réponses sur les motivations profondes de cette sédition extrême à l’égard d’un pays et d’un pouvoir démocratique.

Nocturama 2

C’est là où le bât blesse. On a très peu de réponses, le réalisateur se réfugiant derrière un fond abscons, voulant sans doute par là incarner par son œuvre une jeunesse en révolte dont la souffrance non entendue a causé un passage à l’action effroyable. Il se contente alors de filmer (de fort belle manière encore) les réactions de chacun entre joie et angoisse montante. Pas de réponse précise à leurs motivations simplement une étude de caractère et de réactions humaines, et au final un message naïf, simpliste et puéril (à l’image de la jeunesse bien souvent je vous l’accorde). C’est trop peu pour moi quand on porte un projet si fort et un sujet plus que polémique. J’adore être dérangé dans mes habitudes de spectateur, j’aime être heurté au fond de mon être (voir les chroniques d’Antichrist ou de Martyrs) mais ici, on tourne en rond et finalement l’entreprise s’avère ratée en terme de fond. La forme est elle magnifique et le déroulé de narration alternatif en fin de métrage est un modèle du genre.

Pour autant cela ne suffit pas, difficile dans ces conditions de défendre complètement un tel film qui bien que très abouti esthétiquement m’a paru rater sa cible et son but. Dommage...

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mercredi 15 février 2017

"Le Murmure des loups" de Serge Brussolo

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L’histoire : Quelle meilleure cachette, au terme d'un hold-up sanglant, qu'un bâtiment condamné, perdu au milieu d'anciens locaux militaires placés sous haute surveillance ? Bien sûr, il vous faudra cohabiter avec les rats, véritables propriétaires des lieux...

Étudiant pauvre, Daniel Sarella, lui, s'est fait embaucher dans une société de gardiennage pour gagner un peu d'argent. Et lorsqu'il découvre l'univers ténébreux des vigiles, ces guerriers de la nuit, il se demande s'il a fait le bon choix. Trop tard. On n'entre pas impunément dans ce monde nocturne, peuplé de fantasmes d'autodéfense.

La critique de Mr K : Cet ouvrage est mon premier Brussolo de 2017 avec un titre qui errait dans ma PAL depuis déjà un sacré bout de temps. J’aime beaucoup ce vieux de la vieille de l’écriture qui a un talent fou pour fournir angoisses et frissons avec des histoires alambiquées qui ne nous emmènent jamais là où on pense aller. Avec Le Murmure des loups, il reste dans la même veine !

Jeune étudiant en Histoire désargenté, Daniel se retrouve plongé dans le monde des vigiles après avoir décroché une place dans une entreprise de sécurité pour l’été. Bien loin de son univers estudiantin, il est confronté à la dure réalité du métier de gardien de nuit avec le difficile apprentissage des horaires décalés et la cohabitation forcée avec des personnes avec lesquelles il ne partage aucun atome crochu (alcool, beaufitude, violence...). L’affaire se complique quand il se rend compte que dans un des bâtiments qu’il est chargé de surveiller se sont réfugiés après un sanglant braquage deux adeptes d’une secte millénariste... La fatigue, la pression, les fantasmes, la manipulation... rien ne sera épargné au jeune homme qui plonge littéralement en enfer.

Quitte à me répéter, la grande force de Brussolo réside dans la caractérisation de ses personnages. En peu de mots et avec une dextérité de chirurgien, il plante des personnages crédibles et profonds. On se retrouve immédiatement dans leurs peaux respectives et l’ambiance crée le reste. L’univers décrit ici est sombre, c’est celui de la nuit poisseuse, aux côtés de personnages menant des vies déviantes en dehors de la normalité admise par la majorité car travailler de nuit modifie les corps et les esprits (passage sur la lumière du jour très éclairant dans ce domaine), mais aussi des êtres dérangés comme les deux membres de la secte persuadés que l’apocalypse nucléaire est pour bientôt et qui se méfient de tous les écrans qui propulsent des ondes nuisant à la santé. Ambiance bien glauque confortée par un lieu pour le moins ragoûtant : une ancienne base militaire US désaffectée où les rats ont installé leur territoire...

Brussolo frappe une fois de plus un grand coup avec un roman qui marque durablement les esprits par la maestria déployée une nouvelle fois pour démonter consciencieusement et insidieusement le personnage principal. Peu à peu, on sent bien que Daniel est bien mal embarqué et que son "innocence" et sa naïveté vont lui porter préjudice. Son esprit d’abord endormi finit par s’égarer entre fantasmes liés à des légendes urbaines prospérant sur les peurs accumulées autour des bâtiments désaffecté (des fantômes en colère reviendraient hanter les vivants, le règne animal va bientôt remplacer l’homme...), discussions à l’emporte pièce mais éprouvantes pour le moral avec ses collègues désabusés et finalement sa rencontre avec Christine (une des membres de la secte) qui en lui racontant son parcours va le faire douter tout court (sur son existence, le monde). Cela donne lieu à des passages flippants à souhait où le personnage (et du coup le lecteur) navigue à vue, à la recherche d’éventuels repères pour revenir à la réalité. Mais plus le temps passe, plus les frontières du visible et de l’invisible semblent se mêler...

On passe un excellent moment avec cette lecture qui se révèle addictive très vite mais cela ne surprendra pas les amateurs de l’auteur qui, par son ingéniosité stylistique et ses saillies scénaristiques venues de nulle part, assène ses chapitres comme autant de directs à l’estomac laissant le lecteur en toute fin de lecture complètement KO. Je suis peut-être maso mais j’adore ça et j'en redemande !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
- "Le Nuisible"

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jeudi 9 février 2017

"Zulu" de Caryl Férey

Zulu FéreyL'histoire : Enfant, Ali Neuman a fui pour échapper aux milices de l'Inkatha en guerre contre l'ANC. Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu'il a enduré... Devenu chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec la violence et le sida. Les choses dérapent lorsqu'on retrouve le cadavre d'une fille blanche massacrée après avoir absorbé une nouvelle drogue aux pouvoirs effrayants. Les townships - misère totale en bordure de plages idylliques - perdent leurs repères sous la pression de nouveaux arrivants. Neuman, dont la mère a été agressée, envoie en aveugle son bras droit sur une piste plus que dangeureuse... Si l'apartheid a disparu, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre...

La critique Nelfesque : "Zulu" était dans ma PAL depuis 5 ans (!!!) et en surfant sur le net mi-janvier, j'appris que l'auteur, Caryl Férey, venait faire une rencontre avec ses lecteurs à la librairie "Au Vent des mots" à Lorient 10 jours plus tard. L'occasion est trop belle pour enfin lire ce roman et aller discuter avec l'auteur ensuite si l'ouvrage m'a plu !

Et le moins que l'on puisse dire c'est que ce fut le cas ! Un mot pour décrire cet ouvrage et l'écriture de Férey : incisif ! L'auteur n'hésite pas à aller là où ça fait mal, à malmener ses personnages, à surprendre ses lecteurs et ça vraiment j'adore. Les happy ends, très peu pour lui. On est ici dans du thriller noir à l'ambiance glauque et poisseuse. Si vous n'aimez pas les romans qui laissent peu d'espoir, passez votre chemin. Si par contre, comme moi, vous aimez être bousculé, foncez !

J'ai bien conscience d'arriver 3 ans après la bataille avec ce présent roman. Caryl Férey a une bibliographie longue comme le bras (une vingtaine de romans à son actif) mais je me réjouis d'avance de toute les belles découvertes que je vais pouvoir faire en piochant dedans sans vergogne... C'est ça la magie de la littérature !

"Zulu" a son histoire ancrée à Cap Town (aussi appelée Le Cap) considérée comme la cité mère d'Afrique du Sud et ville la plus australe du continent africain à 50km du Cap de Bonne-Espérance. Par la plume de Caryl Férey, on ressent la chaleur, la moiteur, l'ambiance des townships (quartiers pauvres en périphérie de la ville), la violence, le coeur de l'Afrique et ses croyances. Je ne pense pas que ce roman donne vraiment envie de découvrir cette ville (euphémisme) ou l'Afrique du Sud en général tant un sentiment d'insécurité se dégage de ces pages mais l'ensemble est bouillonnant et invite le lecteur avide de sensations fortes à poursuivre sa lecture avec toujours plus d'intérêt et de rage.

Caryl Férey ne nous laisse pas une minute de repos dans son histoire somme toute classique mais enlevée par une écriture rythmée et un sens de l'à-propos juste et maîtrisé. Le lecteur suit ici Neuman, un chef de la police criminelle black avec une histoire personnelle forte et une passion pour son travail. Neuman en est là aujourd'hui parce qu'il a bossé pour. Il est réglo, acharné et respecté par ses pairs. Il veille également sur sa mère, âgée et handicapée, un personnage atypique au caractère bien trempé. Dans un contexte post apartheid lourd et des frontières encore floues, un cadavre de jeune fille blanche est retrouvée dans un parc. Un cadavre mutilé pouvant être en lien avec une nouvelle drogue en pleine expansion. Entre stupéfiants, sexe, vaudou, croyances ancestrales et haine de l'autre, Caryl Férey nous entraîne dans une course contre la montre palpitante et effrénée.

N'hésitant pas à trancher dans le vif, l'auteur nous sert ici un roman bouillonnant et explosif. Un excellent ouvrage noir qui ravira tous les mordus de thriller qui attendent plus qu'une simple histoire bien construite. Surprises, psychologie, intensité, contextualisation : tout est là et c'est du tout bon ! Une expérience vivifiante qui fait du bien à tout amateur de polar qui se respecte !

Ce roman a été adapté au cinéma par Jérôme Salle avec Forest Whitaker et Orlando Bloom dans les rôles principaux. La bande-annonce punchy retranscrit bien l'énergie du roman, un film que je visionnerai sans doute à l'occasion.

Pour la petite histoire, je n'ai malheureusement pas pu rencontrer l'auteur puisque la date initialement prévue a été décalée et que mon agenda ne me permettait plus de m'y rendre. Je suis déçue mais j'espère pouvoir lui dire un jour tout le bien que j'ai pensé de son roman (et sans doute en découvrir d'autres entre temps !).

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mercredi 8 février 2017

"Terre-Neuvas" de Chabouté

 

Terre neuvas BD

L’histoire : Ici on n’a droit qu’à la mer et ses dangers,
On danse tous les jours avec la mort,
On est les laissés-pour-compte...
Ici on meurt, c’est tout !
Noyade, naufrage, phtisie, scorbut...
... plus rarement poignardé dans son sommeil !

La critique de Mr K : C’est sous les conseils de ma documentaliste qui m’en faisait l’article ardemment que j’empruntai le présent ouvrage de Chabouté au lycée. Il ne m'a pas fallu plus d’une heure pour le dévorer (c’est le défaut majeur des BD soit dit en passant...) et grandement l’apprécier entre œuvre documentaire traitant du quotidien épouvantable des pêcheurs à la morue malouins en début de XXème siècle et récit policier bien mené dans le vase clos d’un navire loin de sa terre d’attache. Ambiance garantie !

Le 26 février 1913, la Marie-jeanne quitte le port direction Terre-Neuve au large du Canada pour une saison de trois mois de pêche à la morue. À son bord, un capitaine et son équipage rodés à l’exercice, résumé d’une humanité pieds et mains liés à un travail harassant et usant. Ambiance virile, bourrades et bagarres, réflexions et tensions sont leur quotidien de traversée, la fatigue et l’usure atteignant son paroxysme lorsque la campagne de pêche en elle-même démarre. Le pêcheur n’étant ni plus ni moins qu’un galérien doublé d’un forçat tant le travail est pénible. Nouveauté de cette expédition, l'équipage remarque la présence d'un jeune homme que rien ne semble rattacher en terme de goût à cette activité, mais il est pourtant là et cela dérange les uns et les autres qui voient en lui un terrien, un paysan.

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Très vite, l’ambiance devient délétère avec la découverte d’un corps puis de deux. Le second du capitaine et un pêcheur expérimenté meurent dans des circonstances troubles et surtout, tout sauf accidentelles. En mer, on meurt de froid, de noyade, d’accident de travail mais rarement poignardé en plein cœur par un coutelas ou par pendaison provoquée ! La méfiance s’installe, chacun espionne les autres et les soupçons se portent alternativement sur le nouveau (ben oui, c’est qui celui-là, on ne le connaît pas !), sur les autorités du navire (pour économiser des parts et rendre l’ensemble plus rentable) ou encore le sort ou le mauvais œil car quand on est marin, on porte attention aux fortunes de mer. Pourtant malgré la menace, l’activité perdure et continue comme si rien n’était, le capitaine y veille sévèrement et ce n’est pas quelques morts suspectes qui vont empêcher l’activité surtout qu’il doit rendre des comptes à l’armateur et chaque morue pêchée compte.

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L’aspect documentaire de Terre-Neuvas est remarquable et m’a fait repenser à un cours universitaire que j’avais suivi en Maîtrise sur l’histoire bretonne. Notre professeur de l’époque (Roger Le Prohon, un professeur passionnant à l’érudition incroyable) nous avait dressé un portrait éloquent de la pêche à la morue qui permettait à travers cette activité d'entr'apercevoir certains impondérables de l’espèce humaine : l’avidité du gain au détriment de l’individu, cette course au profit qui menait des hommes loin de chez eux dans des eaux glacées où la mort vous guettait au moindre faux pas. Le passage sur les doris (frêles esquifs qu’on utilisait pour poser et relever les lignes) est dans le domaine très bien retranscrit. Très bien rendue aussi, la vie à bord avec une hiérarchie forte allant d’un capitaine quasi déifié au mousse qui réalise toutes les basses besognes et essuie régulièrement coups et quolibets. Ce microcosme sauvage donne à voir une réalité éprouvante qui prend à la gorge.

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Le récit policier est lui plus classique et la solution apparaît finalement assez vite dans l’esprit du lecteur, s’il est habitué à ce genre de littérature. Pour autant, il ne faut pas en prendre ombrage, le plaisir est intact et les révélations finales rendent l’ensemble crédible et efficace. Passé et présent, croyances et codes de l’honneur se mêlent et orientent le récit vers une fin logique pour le lecteur, plus révolutionnaire pour l’historien tant on remet en cause le système décrit pendant tout l’ouvrage. Les personnages nourrissent parfaitement le récit entre le mystérieux nouveau membre d’équipage, le vieux de la vieille à la sagesse zen et empirique et les forts en gueule qui cachent leur jeu. On embarque avec eux dans la Marie-Jeanne et on éprouve leur angoisse et leurs espoirs au fil du déroulé d’une histoire finalement tragique et banale.

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En terme esthétique, cette bande dessinée est aussi une belle réussite avec le choix d’un noir et blanc très contrasté, brillant miroir à une réalité très difficile où les cœurs sont âpres, les épreuves nombreuses. Les pages défilent toutes seules mettant en scène la banalité avec simplicité mais néanmoins avec un souci du détail poussé et des scènes plus impressionnantes où l’on sentirait presque le bateau tanguer sous nos pieds. Une très belle expérience que je vous encourage à tenter au plus vite, vous ne serez pas déçus !

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mercredi 11 janvier 2017

"Chance" de Kem Nunn

Chance - Kem NunnL’histoire : A San Francisco, la vie bien ordonnée du docteur Eldon Chance est en train de partir à vau-l’eau. À bientôt cinquante ans, le brillant neuropsychiatre récemment divorcé commence à trouver son quotidien insupportable. Ce vide est bientôt comblé par la soudaine fascination qu’il éprouve pour une de ses patientes, la très séduisante mais très instable Jaclyn Blackstone. Hélas pour lui, le mari de celle-ci, un flic corrompu et dangereux de la brigade criminelle, est d’une jalousie féroce et personne ne souhaite l’avoir pour ennemi. Peu à peu, l’obsession que chance nourrit pour Jaclyn va l’entraîner dans une histoire autrement plus sombre et complexe que ce qu’il avait imaginé...

La critique de Mr K : Lecture d’un Sonatine de plus à mon actif aujourd’hui avec ce thriller psychologique qui sortira en librairie dès demain. Au programme : neuropsychiatrie, vie en pleine décomposition, désir et jalousie, revanche... Un bien beau programme en perspective qui m’a pour ma part quand même laissé sur ma faim...

Chance narre l’histoire plutôt classique d’un homme qui tombe sous la coupe d’une femme diablement séduisante. Lui est neuropsychiatre, spécialisé dans l’évaluation de témoins et de protagonistes de procès à venir. Divorcé depuis peu (sa femme l’a quitté pour son jeune coach sportif), il ne voit qu’épisodiquement sa fille qui rentre dans l’adolescence et entame ses premières bêtises. Eldon Chance accumule les dossiers qu’il nous égraine au fil des pages du roman. Il côtoie de sacrés cas entre le fou furieux meurtrier, les enfants rapaces qui attendent que leur père meurt, les enfants battus qui se transforment à leur tour en tortionnaires... Rien de bien très réjouissant donc, jusqu’au jour où il rencontre Jaclyn, une jeune femme professeur de mathématiques qui a développé une double personnalité et est confrontée à un mari tyrannique et violent. Charmé par sa beauté et touché par la mélancolie qui l'habite, il se met en tête de la sauver... Parfois, il faut savoir réfléchir avant d’agir !

Le principal défaut du roman se tient dans son personnage principal que j’ai trouvé irritant à souhait. Au départ, on est touché par cet homme déstabilisé par une vie qui semble lui échapper. Le narrateur nous raconte par le menu et avec moult détails la déchéance du personnage, ses interrogations et son quotidien devenu banal et sans intérêt. Malheureusement très vite, il semble se complaire dans sa douleur et faire quasiment systématiquement les mauvais choix. En temps que lecteur, mon empathie est assez étendue mais là au bout d’un moment, ça devenait trop pour moi. Les obstacles sont gros et pourtant Eldon y va franco comme aimanté par sa bêtise, ne pensant plus que par pulsions et réactions alors qu’il est sensé être un neuropsychiatre plutôt reconnu. Certains vous diront que c’est la preuve que tout à chacun peut sombrer au cours de sa vie... Certes mais pour ma part, il pouvait lui arriver n’importe quoi, rien ne m’aurait vraiment touché. C’est ballot pour un héros de roman !

C’est d’autant plus dommage qu’on croise autour de cet être déchiré des personnages vraiment bien ciselés et attachants. Il y a sa fille adolescente, bien que seulement entr'aperçue, qui se révèle touchante au possible, partagée entre ses aspirations à plus de liberté (et les conneries de son âge qui vont avec) et son amour pour ses parents désormais séparés. Jaclyn est pas mal non plus dans son genre : bipolaire oscillant entre la femme fatale à laquelle on ne peut résister et celle dominée par un mari policier d’une rare perversité. Cette figure tragique est bluffante et l’on s’attend à tout venant de sa part. Peu à peu la lumière est faite sur ce personnage complexe et très intéressant. La palme revient tout de même à D, mystérieux homme à tout faire d’un brocanteur qui va plus d’une fois sauver la mise à Eldon qui se fait là un ami remarquable. Je ne vous en dirai pas beaucoup plus sinon que sous cette masse imposante se cache un passé trouble triste à pleurer, qui donne un relief incroyable à un personnage pourtant secondaire mais qui dépasse en intérêt tous les autres.

Le récit en lui-même est relativement sans surprise et calqué sur certains récit des années 50 / 60 que j’ai pu lire dans le passé. Le chemin est tout tracé et le lecteur expérimenté se retrouvera dans un univers et des mécanismes narratifs éprouvés et plutôt réussis bien qu’attendus. Finalement, Kem Nunn passe davantage de temps à décrire les états d’âme et atermoiements de ses personnages, ce qui ralentit pas mal l’action mais contribue à peaufiner les psychologies de chacun. C’est un parti pris qui peut payer mais qui ici fonctionne à moitié à cause notamment du personnage principal (comme évoqué plus haut). En revanche, l’écriture sert remarquablement les caractérisations. Loin d‘être la plus accessible car parfois érudite voir lyrique, nous n’avons pas affaire ici à un écrivain quelconque mais bel et bien à un esthète de la langue. Le travail de traduction a dû être un sacré boulot !

Au final, la lecture s’est révélée globalement plaisante quoique irritante par moment. Bilan mitigé pour un auteur qui a tout de même un sacré talent d’écriture et qui sait proposer des personnages fouillés et parfois vraiment intéressant (Votez D en 2017 !). Je ne vous aiderai pas vraiment avec cette chronique, à chacun de tenter l’expérience ou non...

lundi 26 décembre 2016

"Nous allons mourir ce soir" de Gillian Flynn

Nous allons mourir ce soirL'histoire : Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

La critique Nelfesque : Plus une nouvelle qu'un roman, ce dernier Gillian Flynn sorti chez Sonatine en novembre dernier fait moins de 100 pages et se lit très vite. Est-ce suffisant ? La quantité fait-elle la qualité ?

A cette dernière question, je répondrai sans hésitation : "non" ! On a vu souvent de longs romans s'engluer dans des descriptions inutiles, nous perdre en chemin ou finir par nous ennuyer complètement. Avec "Nous allons mourir ce soir", point de tout cela, l'auteure nous propose une courte histoire efficace !

N'étant pas une grande adepte du format nouvelle, j'aurai aimé une production plus longue pour bien m'imprégner de l'histoire mais force est de constater qu'avec peu de pages, Gillian Flynn réussit à saisir le lecteur, à ne pas le lâcher et lui proposer une histoire qui se tient. Avec un nombre de pages restreint, où tout pourrait n'être qu'effleuré, Gillian Flynn caractérise à la perfection ses personnages et forme un tout très appréciable. On flirte ici entre le thriller et l'épouvante et pour qui aime ces deux genres littéraires, on passe un bon moment.

Le personnage principal n'a pas eu une vie facile. Gamine, elle a fait la manche avec sa mère pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Elle laisse derrière elle cet univers misérable à l'âge de 16 ans pour devenir prostituée... Ce n'est pas une grande avancée dans un plan de carrière me direz-vous mais depuis, elle roule pour elle et travaille dans l'arrière boutique d'une chiromancienne en tant que "chargée de clientèle". Enchaînant branlette sur branlette, elle va développer assez vite une douleur au niveau du poignet l'empêchant de travailler (et oui, 23546 branlettes, ça use !). Sa boss va alors la faire passer à l'avant du magasin pour l'initier cette fois-ci à l'arnaque et à l'abus de personnes en situation de faiblesse. Elle sera maintenant voyante et medium et fait ainsi la connaissance de Susan qui en emménageant à Caterhook Manor a vu le comportement de son beau-fils changer. Une entité supérieure semble avoir pris possession de lui et Susan a besoin d'aide...

A ouvrage court, chronique courte. Je ne peux pas décemment vous donner plus de précisions sur le contenu de cette nouvelle. Sachez toutefois que Gillian Flynn étonne encore son lecteur avec un procédé d'écriture incisif, un univers noir et une plume cynique et parfois trash. La narratrice qui jusqu'ici n'a cessé d'utiliser les faiblesses des gens pour avancer va se retrouver empreinte au doute et va commencer à avoir peur elle aussi... Une petite centaine de pages savoureuses, un bon moment de lecture courte qui se lit d'une traite et une auteure encore une fois diablement talentueuse en matière d'angoisse !

mardi 13 décembre 2016

"L'Enfant des cimetières" de Sire Cédric

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L’histoire : Lorsque sa collègue Aurore l'appelle en pleine nuit pour couvrir avec elle un meurtre atroce, David, photographe de presse, se rend sur les lieux du drame. Un fossoyeur pris d'une folie hallucinatoire vient de massacrer sa femme et ses enfants avec un fusil à pompe, avant de se donner la mort.

Le lendemain, un adolescent, se croyant poursuivi par des ombres, menace de son arme les patients d'un hôpital et tue Kristel, la compagne de David. Mais qui est à l'origine de cette épidémie meurtrière ?

Est-ce un homme ou un démon ? Le journaliste, qui n'a plus rien à perdre, va se lancer à la poursuite de Nathaniel, l'enfant des cimetières, jusqu'aux confins de l'inimaginable...

La critique de Mr K : Comme annoncé lors d’un compte-rendu de craquage, cette lecture est ma première incursion dans l’univers de Sire Cédric que j’avais croisé de loin lors d’un Hellfest encore fréquentable à mes yeux (oui, je sais j’aime râler !). À l’époque je ne connaissais rien de lui et je n’avais pas eu l’occasion de réellement en entendre parler en terme d’écriture pure. Le temps a passé et je tombai inopinément sur cet ouvrage lors d’un chinage. La quatrième de couverture m’intriguant drôlement, je décidai de tenter l’aventure. Grand bien m’en a pris, tant la lecture s’est révélée plaisante et efficace dans le genre thriller gothique.

Rien ne va plus à Terre-Blanque où un ancien militaire sans histoire massacre toute sa famille et se suicide ensuite, et où un jeune pris de folie fait un carton à l’hôpital. Sans compter toutes les morts qui s’enchaînent, reliées mystérieusement entre elles par des indices déroutants et des scènes d’horreur pure. Parallèlement, Sire Cédric nous invite à suivre l’enquête de la Police avec le monolithique et solide Commandant Vauvert qui fera fi de sa hiérarchie pour aller au fond de ses investigations et David, journaliste et compagnon d’une des victimes. Chacun va à sa manière s’approcher d’une vérité déstabilisante aux confins du réel...

Ça ne donne pas l’eau à la bouche ça ?! Moi qui voulait lire une histoire sanglante et légèrement flippante, je n’ai pas été déçu. Dès le prologue, le ton est donné. Bienvenue sur les rivages du fantastique teinté de gore avec une scène bien choquante qui initie le lecteur aux arcanes ésotériques en vogue durant le reste du récit. Le roman démarre alors très fort avec des meurtres atroces commis par des personnes sous influence. Sire Cédric s’amuse à nous conter son histoire macabre par le biais de plusieurs personnages, diversifiant les points de vue et multipliant par la même occasion les pistes explicatives. Tantôt Vauvert avec son aspect brut et très cartésien (dont la théorie va bien évoluer durant l’ouvrage), tantôt David dont la compagne se disait détentrice d’un Don qui va basculer irrémédiablement dans un autre monde où magie et conjurations ne sont pas que des mots. On alterne aussi avec des dialogues intérieurs semblant venir d’outre-tombe et accentuant la menace insidieuse qui pèse sur les personnages livrés en pâture à des éléments qui semblent totalement leur échapper.

À la manière d’un Masterton (auteur que j’affectionne beaucoup), Sire Cédric aime le gore et l’amateur que je suis s’est régalé dans le domaine. Rien de gratuit pour autant car ces descriptions parfois très crues donnent de l’épaisseur à la nature du Mal à l’œuvre dans ce récit. Rien de ringard non plus, mais un savant mélange de descriptions cliniques que l’on peut trouver dans des récits policiers classiques et d'envolées plus lyriques faisant la part belle à l’imaginaire infernal. On reconnaît dans sa plume, l’amateur de Metal que s’avère être Sire Cédric (autre point positif à mes yeux), partageant le même goût pour les musiques extrêmes et plus particulièrement les mouvement Black et Thrash. En parallèle, on sent aussi l’amour porté à des auteurs comme Lovecraft avec la présence dans une bibliothèque privée du fameux Necronomicon. Cet ensemble d’éléments confère à l’œuvre un aspect décadent et funeste bien ancré et prenant. Difficile dans ces conditions de lâcher ce livre en cours de lecture.

L’aspect policier est aussi bien réussi même si les surprises n’abondent pas quand on pratique le genre depuis un certain temps. Les ficelles sont pour la plupart connues mais elles n’en sont pas moins efficaces surtout quand le background suscité est aussi réussi. Découvertes de cadavres, passages à la morgue, déductions logiques et hypothèses tirées par les cheveux se succèdent. Et puis, quand tout bascule et que les forces en œuvre se déchaînent, c’est littéralement l’apocalypse qui s’abat sur les héros avec un espoir bien maigre de s’en sortir. C’est littéralement pantelant qu’on referme l’ouvrage avec un dernier acte enlevé et totalement en roue libre où cohabitent révélations et coups de théâtre en série (même si j’en ai deviné la moitié bien avant la fin).

En terme de style, rien de véritablement inoubliable malgré des passages d’une grande force (le prologue est un modèle du genre) mais j’ai envie de vous dire qu’on s’en fiche complètement et que souvent dans le genre, ce que l’on retient avant tout c’est le rythme et la capacité à rendre dépendant le lecteur. C’est carton plein à ce niveau là avec une histoire bien menée, des personnages attachants et des passages complètement borderline qui provoquent tour à tour évasion, angoisse et soulagement. On passe un excellent moment avec L'Enfant des cimetières et les amateurs se doivent de tenter l’expérience. Un auteur que je fréquenterai de nouveau volontiers si l’occasion se représente.

lundi 12 décembre 2016

"Je sais pas" de Barbara Abel

je sais pasL'histoire : Le jour de la sortie en forêt de l'école maternelle des Pinsons, la petite Emma disparaît. Son institutrice Mylène finit par la retrouver à la nuit tombante dans une cavité. Piégée à son tour, l'institutrice parvient à hisser la fillette sur ses épaules, laquelle s'échappe et court rejoindre le groupe. Mais Mylène reste introuvable et Emma ne sait pas indiquer où se trouve sa maîtresse.

La critique Nelfesque : Adepte de thriller, j'avais souvent croisé le chemin de Barbara Abel sans jamais m'attarder sur un de ses romans. La quatrième de couverture de "Je sais pas" m'a ici fait passer le pas. Une histoire bien mystérieuse semble se dérouler entre ces pages...

Le roman se focalise sur un week-end. Deux jours où la vie d'une instit', de ses collègues, d'une petite fille et de sa famille vont basculer. On rentre ici très vite dans le vif du sujet lorsqu'en pleine sortie scolaire en forêt, la petite Emma disparaît. Personne ne l'a vu s'éloigner du groupe pendant la construction des cabanes, tout semblait se dérouler sans problème et pourtant à l'heure de reprendre le bus pour rentrer à l'école, un enfant manque à l'appel. Les adultes se mettent alors à la recherche de la petite et l'angoisse pointe.

Nous suivons ici le déploiement de l'équipe enseignante et de la police pour retrouver l'enfant. Chaque minute compte et la jeune Emma au visage d'ange est une proie facile et sans défense. Tout le monde envisage le pire, très vite ses parents pensent à un enlèvement et leur monde bascule.

Parallèlement, le lecteur fait la connaissance de chaque personnage et notamment la mère d'Emma qui a entamé récemment une liaison avec un homme séduisant et énigmatique.

Barbara Abel maîtrise l'art du suspens et propose ici un thriller psychologique qui mettra les nerfs du lecteur à rude épreuve. Les minutes s'égrainent, la tension monte et les pages se tournent à une vitesse folle. Lorsque Emma réapparaît à l'orée du bois, seule et apeurée, c'est un soulagement pour tout le monde. Mais où est passée son institutrice Mylène ? Pourquoi ne répond-elle pas au téléphone ? Et que fait son foulard autour du bras de la gamine ?

Les questions se bousculent dans la tête de chacun. Emma dit ne se souvenir de rien, ne pas savoir où est sa maîtresse et ne l'avoir pas vu pendant son absence. Comment forcer les barrières qu'une enfant de 5 ans érige dans son esprit ? Le fait-elle consciemment ? Autour d'elle va se déployer un vent de paranoïa pendant que Mylène, atteinte de diabète, est perdue dans la nature sans son traitement.

Tout cela est fort enthousiasmant pour un amateur de thriller et on ne s'ennuie pas à la lecture de "Je sais pas". Là où le bât blesse c'est du côté des personnages et de leurs réactions. Tous plus horripilants et caricaturaux les uns que les autres, ils font monter la tension du lecteur. On s'accroche, on veut absolument savoir la fin mais force est de constater que le chemin est balisé et que la qualité d'écriture est assez moyenne. Bien sûr Barbara Abel est douée pour tenir le lecteur en haleine et la curiosité ne nous fait pas lâcher son bouquin avant de voir inscrit le mot "fin" mais que d'agacement en route... L'auteure va là où elle sait que les thrillers fonctionnent. Ni plus, ni moins. Personnellement, ça ne me suffit pas !

Parlons des personnages justement. Qui trouvera le plus grâce à mes yeux entre la gamine tête à claques, la mère adultère hystérique, le père égocentrique, l'instit' inconséquente ou son père à tête de victime ? Et que dire de l'équipe éducative, les collègues de Mylène, qui la prennent de haut et finalement ont tous les deux pieds dans le même sabot ? Et ces flics sûrs de leur fait qui ne voient pas ce qu'ils ont sous les yeux ? Je ne sais pas lequel m'a énervée le plus ! J'en aurai bien pris un pour taper sur l'autre... Caricaturaux au possible, leurs réactions sont poussées à l'extrême, sans aucunes nuances. C'est lourd ! Les ficelles sont tellement grosses, qu'on se met à supposer un retournement de situation de dernière minute qui ne viendra jamais. Non en fait, il faut tout prendre au 1er degré... Soit...

Reste tout de même un roman prenant pour son histoire et qui, côté déroulement de l'intrigue, tient ses promesses. On veut savoir la fin à tout prix (quitte à se taper une ribambelle de débiles au passage et une bonne crise de nerfs en prime). Je ne recommanderai pas spécialement ce roman à un autre amateur de thrillers mais si vous n'avez pas l'habitude de lire des thrillers psychologiques pourquoi pas. "Je sais pas" est un roman de gare (n'y voyez rien de péjoratif). Il n'apporte rien de spécial, n'est pas non plus totalement à jeter. Ça se lit vite, ça s'oublie vite et on passe à autre chose. Parfait pour passer le temps lors d'un voyage en train ou l'été sur la plage.