mardi 26 novembre 2019

"Askja" de Ian Manook

couv53433180

L’histoire : Dans le désert de cendre de l'Askja, au coeur de l'Islande, le corps d'une jeune femme assassinée reste introuvable.

Près de Reykjavik, des traces de sang et une bouteille de vodka brisée au fond d'un cratère, mais là non plus, pas le moindre cadavre. Et dans les deux cas, des suspects à la mémoire défaillante.

Ces crimes rappellent à l'inspecteur Kornelius Jakobson, de la police criminelle de Reykjavik, le fiasco judiciaire et policier qui a secoué l'Islande au milieu des années 70 : deux crimes sans cadavres, sans indices matériels, sans témoins, que des présumés coupables finissent par avouer sans pourtant en avoir le moindre souvenir.

La critique de Mr K : Ayant beaucoup aimé le précédent opus de Ian Manook, c’est avec une joie non feinte que j’entamai la lecture d’Askja pour retrouver notamment l’enquêteur Kornelius Jakobson, personnage atypique, souvent en roue libre et totalement attachant qui cette fois ci se retrouve face à un crime sans cadavre ! Le postulat de départ va le mener sur les pistes d’une machination de grande ampleur et le confronter à un passé plus que douloureux...

Comme dans son précédent thriller (voir chronique de Heimaey), l’auteur ne perd pas de temps en exposition. Perdu en pleine lande islandaise, Kornelius a été appelé par un jeune homme qui dit avoir filmé avec son drone un cadavre de jeune femme nue. Preuve photographique à l’appui, il maintient sa déposition alors qu’arrivé sur place il n’y a plus rien à part quelques traces de sang ! Intrigué, Kornelius commence son enquête, l’occasion de recroiser des personnages déjà ébauchés dans le précédent volume avec notamment Ida, médecin légiste avec qui il vit une relation complexe (pour ne pas dire compliquée), Botty, une jeune enquêtrice qu’il a contribué à former lors de ses classes, ou encore Komsy et Spinoza, un duo de flics drolatique qui nous assènent régulièrement quelques citations philosophiques bien placées. On retrouve, à l’instar d’une enquête du commissaire Adamsberg chez Vargas, l’impression de retrouver une sorte de famille avec ses fêlures, ses non-dits et ici de beaux pétages de plombs.

Kornelius reste Kornelius, mi homme mi troll, sa stature gigantesque, sa force quasi surhumaine, son aplomb ne peuvent masquer durablement un cœur d’or, doublé d’une incapacité chronique à parler aux autres et à alléger son fardeau. Au delà de l’enquête qu’il poursuit et qui pourrait bien le mener à sa perte, le récit le mettra aux prises avec son passé et notamment la relation tendue qu’il a avec son paternel, un ancien des forces spéciales au passé nébuleux. Et puis, il y a toujours sa relation difficile avec les femmes, incapable de se livrer, il passe clairement à côté de son histoire avec Ida, le déroulé de l’enquête et les circonstance vont encore plus ternir le tableau et amener des développements qui m’ont profondément ému. Ben oui, je suis comme ça, quand j’aime un perso, je vis littéralement ce qu’il vit lui-même et je peux vous dire que la fin de l’ouvrage n’est pas tendre avec lui. Qui sait ce que lui réserve l’auteur pour la suite...

L’enquête au premier abord ne semble pas très poussée. On visite plutôt les lieux les uns après les autres, alternant petites révélations et affinement des relations entre les personnages principaux. C’est bien mené, très régulier dans le rythme qui ne désemplit pas mais on se demande où tout cela va nous amener. À mi parcours, les banderilles plantées, l’auteur lâche les chevaux. Beaucoup de fausses pistes sont levées, Kornelius tombe littéralement de Charybde en Sylla, l’affaire de meurtre prend une toute autre ampleur et met en cause des personnes publiques qui cachent bien des choses. C’est l’occasion de descriptions bien senties sur le système politico-judiciaire islandais (que je ne connaissais pas du tout) et sur les collusions qui peuvent exister, la raison d’État et le développement du pays notamment. Je peux vous dire qu’on râle et que l’on tombe des nues par rapport à certaines figures rencontrées précédemment. L’effet est là en tout cas, l’attirance augmente et il est impossible de relâcher le volume avant d’avoir lu le fin mot de l’histoire.

Rajoutez là-dessus les codes du thriller / polar respectés à la lettre, des descriptions toujours plus somptueuses d‘un pays fascinant et que je rêve de visiter, une écriture qui va à l’essentiel sans pour autant tomber dans la facilité et vous obtenez un sacré page-turner qui mettra vos sens en ébullition. À lire absolument quand on est amateur du genre !


mercredi 3 juillet 2019

"Parasite" de Bong Joon-Ho

Parasite afficheL'histoire : Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

La critique Nelfesque : Cela fait déjà plusieurs semaines que nous sommes allés voir "Parasite" au cinéma et je n'ai pas pris le temps de venir vous en parler jusqu'à présent. Il est toujours à l'affiche dans quelques salles si vous ne l'avez pas encore vu et "au pire" il restera la version DVD à découvrir d'ici quelques mois.

"Parasite" est le dernier film de Bong Joon-Ho, la Palme d'Or du dernier Festival de Cannes. Le moins que l'on puisse dire c'est que ça décoiffe et que ça a étonné plus d'un spectateur dans notre salle de projection qui sans doute s'étaient déplacés grâce au label "cannois". C'est sûr que côté Palme, ces dernières années, les amoureux de cinéma étaient plus habitués à des choses plus conventionnelles (ce qui ne présage en rien de la qualité des films primés d'ailleurs). Avec "Parasite", on dépoussière Cannes et ça fait du bien ! Film coréen trash dans les idées et les images parfois, comme souvent sous cette bannière, avec lui on est bousculé et on sent la tension monter petit à petit tout au long du film pour atteindre son apogée dans la scène finale. Et croyez-moi, le terme "apogée" prend ici tout son sens.

Parasite 1

Le cinéma asiatique est particulier. Fait de lenteurs et d'ambiances, on accroche complètement ou on y est allergique. Je ne suis pas adepte de tous les cinémas de ce continent mais je dois dire que j'ai une tendresse particulière pour les films qui viennent de Corée, à la croisée des chemins entre tradition et provocation de bon aloi.

Nous suivons ici une famille de coréens désargentés qui va peu à peu s'immiscer dans la vie de la famille Park, bourgeois navigant dans d'autres sphères que la leur. Le fils a l'opportunité de rentrer au service des Park en tant que prof d'anglais pour leur fille. Flairant le bon filon, il va progressivement faire embaucher toute sa famille sous de fausses identités, des références usurpées et d'habiles stratagèmes. Tout d'abord pour assurer à tous une meilleure condition, un travail régulier et des rentrées d'argent plus que correctes, les membres de cette famille vont aussi afficher leur opportunisme et leur jalousie. Mais qui peut-on réellement blâmer dans ce cas ? La société est ainsi faite que des fossés se creusent entre les riches et les pauvres et on en a ici une illustration criante de réalisme et d'émotions vives.

Parasite 2

Le poids des convenances, le mépris des classes, la survie, l'opportunisme et les limites morales de chacun sont autant de sujets soulevés par Bong Joon-Ho avec finesse mais aussi avec force lors de certaines scènes. On est littéralement pris à la gorge par la détresse qui émane de la pellicule, par le manque de respect et les signes de dédain ordinaire. Pour autant "Parasite" ne fait pas dans le manichéisme puisque les actes choquants se retrouvent à part égale chez les deux familles et on ne peut véritablement se ranger dans un camp ou dans l'autre tant certains aspects humains sont répugnants des deux côtés.

Dans le Larousse, "Parasite" a 4 définitions : Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d'un organisme hôte d'une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital / Personne qui vit dans l'oisiveté, aux dépens d'autrui ou de la société / Dans l'Antiquité, individu qui était admis à la table d'un riche, en échange de sa clientèle ou de ses mots d'esprit / Perturbation ou bruit électromagnétique qui trouble le fonctionnement d'un appareil ou superpose un bruit à un signal utile. Jamais un film n'aura aussi bien porté son nom. Absolument brillant sous tous les aspects !

Parasite 4

La critique de Mr K : 6/6. Encore une sacrée Palme d’Or à mon actif avec ce film coréen primé cette année. Joon-Ho Bong avec Parasite propose un superbe métrage entre rires, larmes et dénonciation sans fard de l’évolution de nos sociétés et notamment du clivage entre classes pauvres et classes supérieures. Durant plus de deux heures, on ne s’ennuie à aucun moment, passant d’un état à un autre sans vergogne avec un effet final assez bluffant qui donne à réfléchir longtemps après le visionnage.

On suit au départ une famille très pauvre qui habite dans un appartement semi-enterré. Tous au chômage, vivant d’expédients et de menues arnaques, ils vivent en harmonie, chacun avec son caractère plus ou moins affirmé. Une occasion en or se présente au fils d’aller donner des cours particuliers d’anglais à une jeune fille de bonne famille. Une fois accepté, il va réussir à faire embaucher sa sœur comme thérapeute artistique auprès du plus jeune enfant des Parks, famille de nantis vivant dans une splendide demeure. Le plan est en marche, je n’en dirais pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue qui devient vite retorse et déviante. Sachez simplement que comme tout plan, il a ses failles et quand elles se révéleront tout ce qui s’est construit auparavant va s’écrouler comme un château de carte. Gare à la casse !

Parasite 3

Le film est jubilatoire à souhait. Tout est quasiment parfait à commencer par les personnages qui soufflent constamment le chaud et le froid. On alterne admiration, empathie et dégoût car finalement ici chacun essaie de survivre à sa manière. Deux mondes se côtoient quotidiennement sans vraiment se comprendre. Derrière les façades affichées, se jouent des tourments intérieurs très forts (mention spéciale pour le papa pauvre) et une volonté de s’en sortir coûte que coûte. On sourit beaucoup durant la première partie du film, les aventures racontées sont rocambolesques et font appel à des codes humoristiques qui fonctionnent à plein (personnages bien contrastés, situations ubuesques et quiproquo permanent). Puis, un aspect plus sombre fait son apparition (les coréens adorent explorer les noirceurs de l’âme, courez voir Old Boy version originale c’est une tuerie !) et l’inquiétude naît au cœur de l’esprit du spectateur. L’engrenage va clairement trop loin, les tensions s’accumulent et le final sans appel laisse sur les fesses. Personne n’est épargné et ne ressortira indemne d’un film se terminant de manière dramatique mais logique.

Parasite 5

Cet œuvre est aussi un beau décorticage du fonctionnement de nos sociétés modernes capitalistes. Tour à tour, ce film nous parle d’individualisme forcené qui se fait généralement au détriment de la morale élémentaire, les conditions de vie épouvantables dans lesquelles vivent certaines familles et ce vers quoi cela les mène (c’est extrême ici !), l’indifférence des puissants face à la souffrance des plus fragiles et leur existence en vase clos. Très bien caractérisé sans pour autant en faire trop, tout dans la nuance, la démonstration est éloquente et même si quelques saillies sont un brin exagérées, on se prend au jeu et finalement on s’attend à tout... On va de surprise en surprise, on est désarçonné et franchement j’aime ça.

Au niveau de la technique, il n’y a rien à jeter. Ce film n’a pas eu la Palme d’Or pour rien. D’une grande beauté formelle avec une image magnifique, des plans inventifs, une musique particulièrement bien choisie (de belles références au classique comme souvent dans le cinéma asiatique), une rythme soutenu qui ne se dément jamais, on en prend plein les mirettes et les vasouilles. Rajoutez une brochette d’acteurs confirmés ou non qui s’investissent au maximum dans leurs rôles respectifs et vous obtenez un film assez unique. À voir absolument pour tous les amateurs du cinéma d’Asie et aux amateurs de films bien réalisés et au message fort.

 

Posté par Nelfe à 18:41 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
jeudi 2 mai 2019

"La Mer qui prend l'homme" de Christian Blanchard

La Mer qui prend l'hommeL'histoire : Au large des côtes du Finistère, un chalutier à la dérive est localisé. Lors de l'opération de sauvetage, une femme est retrouvée dans une remise, prostrée, terrorisée et amnésique. Le reste de l'équipage a disparu.
Parmi eux se trouvaient trois anciens militaires français. Xavier Kerlic, Franck Lecostumer et Paul Brive avaient embarqué sur le Doux Frimaire à Concarneau, encadrés par le lieutenant Emily Garcia, des services sociaux de la Défense. Celle-ci devait expérimenter avec eux une méthode de lutte contre le stress post-traumatique en les insérant dans un groupe d'hommes soudés par de rudes condition de travail - les marins du Doux Frimaire.
"Je ne le sens pas, ce coup. Qu'est-ce qu'on vient faire dans cette galère ?" avait lancé Franck en montant à bord, avant que le chalutier ne lève l'ancre en direction de la mer d'Irlande et ne disparaisse des radars...

La critique Nelfesque : Voici un roman qui a éveillé ma curiosité lors de sa sortie en fin d'année dernière. Avec La Mer qui prend l'homme, on nous promet un thriller haletant, un huis clos étouffant sur le pont d'un bateau de pêche au large des côtes bretonnes. Malgré toutes ces bonnes intentions, force est de constater que le soufflé retombe. Explications.

Un cadre breton, Concarneau en trame de fond, un bateau dans une mer déchaînée, des anciens militaires traumatisés par des événements vécus sur le terrain : voici quelques ingrédients qui sur le papier ont tout pour me plaire. J'aime la Bretagne et j'y vis avec mon breton de mari depuis des années. J'aime particulièrement Concarneau, berceau de l'enfance de Mr K, et je me suis amusée à parcourir ses rues en lisant ce roman. Le décor est planté, je n'ai pas besoin de faire preuve de beaucoup d'imagination, je suis prête à embarquer sur le Doux Frimaire, ce bateau de pêche où Xavier, Franck et Paul doivent prendre place.

Le principe de placer ces trois anciens militaires dans une situation inconnue et particulièrement marquante afin de soigner leur stress post-traumatique est une idée qui me plaît bien. J'aime les personnages cassés par la vie dans les thrillers et on se trouve ici dans une configuration que je n'ai encore jamais rencontré dans un roman. Chouette, ça promet !

Xavier, Franck et Paul se connaissent depuis longtemps mais ne se fréquentent plus depuis une mission commune sur laquelle ils ont travaillé ensemble en Afghanistan. Un quatrième larron manque à l'appel : Walter, retrouvé mort dans sa maison de l'île de Batz en début de roman. Pourquoi ne se sont-ils jamais revus depuis leur retour de mission ? Pourquoi les convier aujourd'hui à cette expérience ? Tout sera expliqué, et ira même au delà de nos espérances, dans les plus de 300 pages que compte cet ouvrage.

Et c'est bien le "au delà de nos espérances" qui pose problème. Le background est extrêmement bien mené, le passé des militaires est passionnant et l'écriture de Christian Blanchard vive et efficace donne un rythme bienvenu à l'ouvrage. Nous suivons en parallèle l'enquête sur la mort de Walter sur l'île de Batz et les aventures des pêcheurs et des militaires sur le bateau avec par moment des flashbacks nous ramenant sur le théâtre des opérations en Afghanistan. Tout part pour le mieux, l'ensemble est efficace et le roman est vraiment prenant jusqu'au moment des révélations finales, ce moment où nous tombons dans le rocambolesque et le what the fuck. Patatra, tout se casse la figure et c'est une grosse déception.

Le rythme s'accélère, le lecteur est pris dans une urgence digne des plus grands thrillers. Les pages se tournent et on en redemande. Mais comme dans un excès de confiance, pris par cette dynamique endiablée, l'auteur part dans des délires au moment de porter l'estocade à son roman. D'abord ébahie par l'ampleur de la révélation, j'ai commencé à sourire pour partir franchement en fou rire quelques secondes plus tard tant la révélation est grossière et grand-guignolesque. Se marrer sur les dernières pages d'un thriller censé faire froid dans le dos, avouez que c'est ballot... Rater une marche ou se prendre les pieds dans un tapis m'aurait fait la même impression.

Tout n'est donc pas à jeter dans "La Mer qui prend l'homme" (tintintin) mais, vous l'aurez compris, le trop est l'ennemi du bien. Dans la même veine, je pense qu'il existe des romans bien plus solides sur des thématiques semblables à celles soulevées ici et qu'une bonne idée ne fait pas forcément un bon livre. A méditer...

Posté par Nelfe à 17:16 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
vendredi 26 avril 2019

"L'heure des fauves" d'Andrew Klavan

001

L'histoire : New York, le jour de la fête de Halloween. Nancy Kincaid découvre qu'elle a disparu : lorsqu'elle se rend à son travail, elle s'entend demander par la secrétaire ce qu'elle fait là dans le bureau de ... Nancy Kincaid. Terrifiée, elle s'aperçoit que personne ne la reconnaît plus. Ni ses collègues, ni ses parents. Elle dérive alors dans la ville, poursuivie par une petite voix insistante qui lui murmure à l'oreille qu'un meurtre va être commis le soir même. A huit heures, l'heure des fauves. Un rendez-vous qu'elle ne doit pas manquer sous aucun prétexte... Mais est-ce pour être l'assassin, ou la victime ? Et d'abord, qu'est-ce exactement, "l'heure des fauves" ?

La critique de Mr K : Petit plaisir coupable aujourd'hui avec une nouvelle incursion dans la collection terreur de chez Pocket. Pour le coup, je trouve qu'avec L'heure des fauves d'Andrew Klavan, la maison d'édition est hors-jeu. On est plus proche d'un thriller que d'un roman d'épouvante pur-jus ici avec un récit faisant la part belle aux rebondissements, aux révélations et livrant des personnages principaux vraiment torturés. J'ai passé un très bon moment, voici pourquoi...

Une femme va à son travail comme d'habitude sauf qu'elle se rend très vite compte que personne ne la reconnaît et qu'elle n'est pas vraiment la personne qu'elle pense être. Passant pour une folle, commence pour elle un véritable road movie : poursuivie par la police, non reconnue par ses proches, elle entend des voix qui lui parlent d'un mystérieux rendez-vous où elle doit se rendre... En parallèle, on suit Oliver, un poète en panne d'inspiration et sa douce voisine attentionnée qui se verrait bien être plus qu'une simple amie. Et puis, il y a Zach, le frère du précédent, complètement allumé de la tête, pseudo mystique qui est retombé dans la drogue depuis peu. Rajoutez à cela, un cadavre décapité, un bébé braillard, une grand-mère adorable qui sucre les fraises et une odieuse conspiration qui se fait jour et vous obtenez un page-turner rondement mené et bien addictif!

Se déroulant sur une journée (le jour d'Halloween), le roman nous propose de suivre le destin de quelques personnages en alternant leur présence chapitre après chapitre. Bien évidemment, vous connaissez le jeu : rien ne semble vraiment les relier les uns aux autres mais il n'en est rien, quand toute la trame sera mise en place, on se rendra compte qu'on s'est bien fait rouler ! À ce niveau, je peux vous dire qu'on se fait avoir et qu'un personnage notamment vous fera hérisser les poils du dos, vous agacera au plus haut point... Personnellement, j'étais dans tous mes états, surtout que je n'avais vraiment rien vu venir alors que je peux tout de même me targuer d'avoir quelques livres du genre à mon actif...

Il faut dire que l'auteur s'y entend pour noyer le poisson et fournir des pistes aussi nombreuses que trompeuses. Présentant longuement les personnages, explorant leurs passés à travers des phases de flashback internes intenses, on se demande bien où il veut en venir. Il en découle des protagonistes très fouillés, crédibles, en proie aux affres du doute et parfois même de la paranoïa. On ne tombe pas dans le cliché dans cet ouvrage, j'ai trouvé ces caractérisations très bien fichues, entre efficacité et détails qui tuent. Certes, le rythme du livre s'en voit ralenti au début, il faut bien attendre la moitié du roman pour que ça décolle mais les passages de réflexions internes sont prenants et l'on ressent complètement tous les états par lesquels passent les personnages.

On navigue donc dans une ambiance étrange à l'image de cette journée d'Halloween qui se déroule très lentement avec en exergue l'heure des fauves fixée à 20h00 quelque part à New York. Angoisse, frissons et même folie sont au rendez-vous. On trouve dans les 410 pages de cet ouvrage de bons passages sur notre propension à perdre pied quand la réalité nous rattrape, voire nous dépasse. Hallucinations, altérations du jugement, poussées craintives et méfiances exagérées s’enchaînent et donnent à voir notamment une héroïne en roue libre qui avant tout se cherche et finira par découvrir la vérité sur ce qui lui arrive. Pas de fantastique au sens propre du coup, mais plutôt une séparation pas très nette entre univers fantasmé et réalité quotidienne, les deux se confondant, se mêlant et entraînant les personnages et le lecteur dans des contrées fort déplaisantes... et c'est peu de le dire ! Petite cerise sur le gâteau, étant amateur de la grosse pomme, c'est toujours un plaisir de lire un ouvrage se déroulant à New York. La ville est un personnage à elle toute seule : la foule, les rues perpendiculaires, les building ombrageux, le métro et ses tunnels mystérieux... elle contribue grandement à la dramatisation de l'histoire et épouse à merveille les événements qui nous sont donnés à lire.

Très bonne lecture donc que ce roman qui s'avale quasiment d'une traite avec ses personnages charismatiques, son écriture très plaisante et une trame bien tordue. Tout n'est pas parfait avec notamment des situations un peu tirées par les cheveux mais au final, on ne lui en tient pas vraiment rigueur, tant on a été pris par l'histoire et ses implications. À lire si vous êtes amateur du genre, vous ne serez pas déçus.

Posté par Mr K à 17:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 10 avril 2019

"La Dernière chasse" de Jean-Christophe Grangé

La Dernière chasseL'histoire : En Forêt-Noire, la dernière chasse a commencé...
Et quand l’hallali sonnera, la bête immonde ne sera pas celle qu’on croit.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Grangé ! Joie et bonheur ! (oui je sais, je commence toute mes chroniques de Grangé sensiblement de la même façon mais que voulez-vous quand on aime un auteur, chaque nouvelle parution est une joie immense !)

Vous trouvez la quatrième de couverture énigmatique ? C'est une habitude avec les romans brochés de cet auteur. Pour ma part, je l'ai déjà dit, l'histoire m'importe peu quand un de ses romans sort en librairie : je me le procure tout de suite. "La Dernière chasse" sort aujourd'hui et j'ai la chance de ne pas avoir eu à camper devant la boutique ce matin puisque j'ai lu les épreuves non corrigées il y a déjà quelques semaines. J'étais comme une dingue, j'ai laissé tout en plan et me suis plongée dans ce roman sans en savoir grand chose. Depuis, j'attendais avec impatience le jour J pour pouvoir vous en parler ! Un conseil : n'attendez pas une seconde et courez en librairie !

On retrouve ici Pierre Niémans, dont le nom devrait vous dire quelque chose si vous êtes adepte des écrits de Jean-Christophe Grangé puisque c'est ce même Pierre Niémans qui enquête dans "Les Rivières pourpres". Les fans apprécieront ! Pas de panique en revanche si vous ne l'avez pas lu (qu'est-ce que vous attendez ?) puisqu'il ne s'agit pas ici d'une suite. Pierre a pas mal bourlingué depuis sa dernière aventure (il faut dire aussi que "Les Rivières pourpres" datent de 1998 !) et se retrouve aujourd'hui en binôme avec Yvana Bogdanovic, une de ses anciennes élèves à l'Ecole nationale supérieure de la police de Cannes-Ecluse. Le coup de foudre professionnel fut immédiat et lorsque Pierre est sorti de sa "retraite de terrain" et appelé pour constituer un Office central, unité spéciale et officieuse permettant d'aider les équipes de gendarmes pataugeant dans leurs enquêtes mettant souvent en scène des crimes sordides, Pierre rempile avec sa petite protégée. Ces deux là se ressemblent, se comprennent sans se parler, se respectent et, avouons-le, sont tout aussi branques l'un que l'autre.

Le roman débute très vite après la constitution de ce nouveau "bureau", en les envoyant sur une enquête pour le moins délicate et mystérieuse. Les voici en route pour l'Allemagne, la Forêt-Noire plus précisément, où un riche notable vient d'être assassiné sur ses terres. Au coeur d'une de ses forêts, s'étendant jusqu'en Alsace, ce dernier a été retrouvé complètement nu, décapité, castré et éviscéré. Aucune trace de lutte ou d'indice à proximité. Côté français, on piétine, côté allemand, la police prend des gants avec cette famille au bras long. Page 20, l'enquête débute. On ne perd pas de temps avec Grangé ! A partir de là, le rythme va s'accélérer de plus en plus jusqu'à la révélation finale.

On retrouve ici tous les ingrédients inhérent au genre et si bien maîtrisés par le Maître du thriller. C'est bien construit, le suspens est dosé comme il faut et l'écriture est nerveuse. On ne s'ennuie pas une seconde, le rythme est effréné, les chapitres s'enchainent. Le style Grangé fait une fois de plus mouche en alliant suspens, petits détails importants et personnages forts. Pierre Niémans est un gros nerveux qui a pris du plomb dans l'aile et montre ici quelques faiblesses. Yvana suit ses traces et se révèle être ici une adjointe précieuse. Quant aux autres personnages, on navigue entre officiers allemands très sûrs d'eux et soucieux des procédures et un entourage de la victime froid et déconnecté, la famille Geyersberg pesant plus de 10 milliards de dollars.

Dans ce roman, Grangé se focalise sur le milieu de la chasse (d'où le titre du roman). On en apprend donc beaucoup sur les différentes techniques et bien que personnellement je ne goûte guère à l'exercice, je dois dire que ce fut passionnant. Grangé a le talent d'intéresser ses lecteurs à n'importe quel sujet tant il va au bout des choses et se documente énormément avant chaque écriture de roman. On se retrouve donc avec un thriller qui tient de bout en bout et qui intégre avec brio des éléments qui jusqu'alors nous étaient inconnus.

L'écriture d'un bon thriller est un exercice loin d'être simple. Même si certaines recettes peuvent être utilisées pour tenir en haleine le lecteur, seuls les auteurs capables de le passionner ainsi sortent leur épingle du jeu. Grangé est un grand ! Définitivement le plus grand ! Et "La Dernière chasse" est un excellent opus qui ravira autant les adeptes de la première heure que les amateurs de thrillers solides.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Terre des morts"
- "Congo Requiem"
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

Posté par Nelfe à 18:36 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mardi 9 avril 2019

"1793" de Niklas Natt och Dag

1793

L'histoire : 1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C'est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d'un inconnu. L'enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre à jour une sombre et terrible réalité.

La critique de Mr K : Lecture enthousiaste aujourd'hui avec 1793 de Niklas Natt och Dag, nouveauté tout juste parue aux éditions Sonatine. Entre roman historique et thriller, cet ouvrage captive dès les premiers chapitres pour ne jamais relâcher son étreinte entre enquête tortueuse, personnages charismatiques et révélations fracassantes. Vous voilà prévenus !

Se déroulant en Suède (essentiellement dans la capitale Stockholm), tout commence par la découverte d'un cadavre horriblement mutilé. Le pauvre homme n'est plus qu'un tronc rendu aveugle, muet et sourd. Les investigations sont confiées à un homme de loi idéaliste et à un ancien combattant que la vie n'a pas épargné. Très vite, ils découvrent que la pauvre victime a subi des sévices innommables, étalés dans le temps et en fouillant un peu plus, les deux enquêteurs se rendent compte que derrière ces horreurs, pourraient bien se cacher des pratiques inavouables auxquelles seraient mêlés certains membres en vue de l'aristocratie suédoise. La Révolution Française étant à son apogée, les répercussions pourraient bien être importantes. L'enquête promet donc de leur donner du fil à retordre, de déranger bon nombre de personnes et de révéler des secrets bien gardés...

Diviser en quatre parties, correspondant plus ou moins à des saisons mais dans un ordre chronologique inversé (c'est plus que malin pour développer le récit), on suit différents personnages. Il y a bien sur les deux héros Cecil et Jean Michael, des êtres au bout du rouleau qui se voient confier un dossier plus sensible qu'il n'en a l'air. L'un est atteint de phtisie, un mal qui le ronge inexorablement et qui le condamne à moyenne échéance à la mort. Ayant un haut sens de la justice, précurseur d'un Hugo épris d'équité, il lance ses dernières forces dans ses recherches. Affaibli, il peut compter sur son acolyte manchot qui se prend vite d'affection pour son collègue diminué. Les deux se complètent, échangent leurs infos et progressent malgré les embûches. Ils dérangent, la société suédoise est alors très inégalitaire et certains lièvres ne sont pas bons à lever. Entre tracasserie administratives, rencontres déplaisantes (c'est un euphémisme) et affrontements dans les ruelles, l'enquête n'est pas de tout repos.

Les deux autres parties de 1793 mettent en scène des personnages qui interviennent dans l'histoire à différents degrés. L'un est lié aux tortures terribles qu'a subi la victime, un jeune homme monté à la capitale pour faire ses études en chirurgie. L'autre protagoniste n'a à priori rien à voir avec le récit principal. Nous suivons alors une jeune fille à la vie épouvantable, enfermée notamment dans une filature pour un délit qu'elle n'a pas commis. La lecture avançant, des ponts se construisent et l'on commence à comprendre où Niklas Natt och Dag veut nous mener, les détails se complètent les uns les autres et livrent au final une trame très fouillée et diabolique à sa manière. Dites vous en tout cas que c'est très sombre - l'époque étant sans pitié - et personne n'en sort vraiment indemne.

La reconstitution historique est saisissante, l'auteur ne faisant pas dans le demi mesure et nous plongeant dans une époque moderne où le quotidien de tous est difficile, surtout quand on n'est pas né sous la bonne étoile. Pauvreté, maladie, extrémisme religieux et sociétal (mon dieu le sort des femmes à l'époque), incurie des puissants qui ont tous les droits (ça n'a pas beaucoup changé à ce niveau là...) prennent à la gorge, nous hantent tout du long de cette lecture vraiment éprouvante. Pour autant, même si certains passages sont terrifiants, cela reste passionnant. Le parallèle est intéressant avec l'évolution des choses en France et sa révolution qui a bouleversé l'Europe entière. Les conséquences s'en font sentir jusqu'en Suède où règne une tension palpable donnant lieu aux rumeurs les plus folles et distillant un parfum de paranoïa qui fait trembler les plus puissants. Tout cela est magnifiquement rendu à travers ce roman aussi érudit que distrayant.

Pour enfoncer le clou, l'auteur écrit avec un talent fou : très accessible mais exigeant dans la forme tant au niveau des tournures que des termes très précis employés, il nous emporte avec lui sans espoir de retour. Le récit est haletant, mené de main de maître et la conclusion est sans appel. Du grand art au service d'un plaisir de lecture infini.

Posté par Mr K à 19:01 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
jeudi 7 mars 2019

"Toutes blessent la dernière tue" de Karine Giebel

Toutes blessentL'histoire : Maman disait de moi que j'étais un ange. Un ange tombé du ciel. Mais les anges qui tombent ne se relèvent jamais...

Je connais l’enfer dans ses moindres recoins. Je pourrais le dessiner les yeux fermés. Je pourrais en parler pendant des heures. Si seulement j’avais quelqu’un à qui parler...

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

La critique Nelfesque : Vous me croyez si je vous dis que "Toutes blessent la dernière tue" est mon premier Giebel ? Non ? Et pourtant... Moi l'adepte de thriller depuis une vingtaine d'années, moi qui ait pourtant croisé 100 fois le nom de cette auteure en librairie, sur les blogs, sur les réseaux sociaux et qui a même plusieurs de ses titres dans ma PAL depuis des années, il a fallu que celui-ci sorte en librairie pour que je me lance ! Pourquoi ? Si encore j'avais une bonne raison mais non... Peut-être parce que j'ai tellement de livres à lire et si peu de temps... Oui voilà, c'est pour ça que je n'avais encore jamais ouvert un roman de Karine Giebel. Et je peux vous assurez que ce ne sera pas le dernier !

Je ne fais donc pas les choses à moitié puisque c'est par un pavé de 744 pages que je me lance. Tout de suite rassurée, je l'ai avalé puisqu'il se lit très facilement mais n'est pas pour autant de tout repos. Le moins que l'on puisse dire c'est que Karine Giebel a de la bouteille ! Elle sait comment faire pour accrocher un lecteur et ne plus le lâcher. C'est ça d'avoir de l'expérience... C'est prenant, on a envie de connaître la fin mais, je préfère alerter les plus sensibles, les scènes décrites ici sont éprouvantes. Ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains, même les plus aguerris au thriller s'en prennent plein la tête...

Nous suivons une jeune fille pour qui la vie ne fait pas de cadeaux ! Esclavage moderne, maltraitance, abus sexuels, violences conjugales, humiliation... Elle va vivre tout cela et bien plus encore. Essayer de se construire dans un tel climat est mission impossible et sa vie défile sous nos yeux horrifiés. Peut-être un peu trop violents parfois, sûrement même, les mots de l'auteure font mal. Ils frappent comme les coups qui pleuvent sur le corps de Tama. Fermer le livre, se laver de toute cette violence, est parfois nécessaire pour continuer sa lecture. Il n'y a pas une seconde de répit car Tama n'en a pas. Elle est née pour souffrir, pour être humiliée, pour servir. Malgré cela elle est forte, compréhensive, éveillée. Mais ses bourreaux sont autant de personnes malsaines et calculatrices et on aimerait tant, en tant que lecteur, lui ouvrir une petite fenêtre de tir par laquelle elle pourrait s'échapper en massacrant 2 ou 3 personnes au passage (oui ce roman est aussi violent dans les sentiments qu'il fait naître en nous).

L'espoir est le grand absent de cet ouvrage. Mais comment en avoir lorsque l'on fut arraché à sa famille si jeune, amené dans un pays étranger puis violenté à maintes reprises durant de longues années ? Comment faire confiance lorsque les seuls petits instants de bonheur sont, au mieux foulés du pied, au pire anéantis, lorsqu'ils sont découverts ?

La violence est le principal acteur de ce roman. Tout tourne autour de cela, jusqu'à la nausée. Je ne dis pas que tout adepte de thriller apprécie l'accumulation de faits abominables et d'idées abjectes mais lorsque c'est maîtrisé à un tel niveau comme ici, on ne peut que s'incliner. Oui, c'est violent, oui, c'est insoutenable parfois mais rien n'est gratuit. La tension monte, le dégoût aussi et cette bête de presque 750 pages, arme d'auto-défense à elle toute seule, se révèle être un tour de force incroyable. Si vous arrivez à supporter les faits décrits ici, vous ne serez pas déçus par le déroulement de l'histoire et sa conclusion.

"Toutes blessent la dernière tue" est un thriller palpitant, effrayant et surprenant à la fois par sa construction que je vous laisse découvrir. L'esclavage moderne est une réalité que nous ne voyons pas mais qui existe bel et bien. La maltraitance, quelque soit sa forme, est une réalité que nous ne voulons pas toujours voir mais qui existe bel et bien. Tama existe, sous d'autres noms, d'autres trajectoires de vie. Karine Giebel en fait un antihéros bouleversant et lumineux malgré tout. Avec le coeur bien accroché, lisez-le, il résonnera longtemps en vous.

Posté par Nelfe à 17:25 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,
jeudi 31 janvier 2019

"À même la peau" de Lisa Gardner

9782226320896-j

L'histoire : Fille d’un tueur en série et sœur d’une meurtrière à 14 ans, Adeline est devenue médecin, comme son père adoptif. Sa spécialité : la douleur, qu’une anomalie génétique l’empêche pourtant de ressentir. C’est dans son cabinet qu’elle rencontre l’inspectrice DD Warren, blessée à l’épaule sur une scène de crime. Elle a été poussée dans l’escalier mais n’a aucun souvenir de ce qui s’est passé. Alors qu’elle se laisse doucement séduire par les méthodes de sa thérapeute, DD Warren découvre que les meurtres sur lesquels elle enquête, des jeunes femmes écorchées, ressemblent étrangement à ceux commis par le père d’Adeline il y a plus de vingt ans...

La critique de Mr K : Chronique d'une lecture éclair aujourd'hui avec À même la peau, le dernier titre traduit en France de Lisa Gardner, tout juste sorti chez Albin Michel. Étant un fan quasi inconditionnel de la Dame, j'attendais avec impatience le nouvel opus des enquêtes de DD Warren, inspectrice forte en gueule entièrement dévouée à son travail. Pas de doute, dès le début, on est dans un Lisa Gardner, la mayonnaise prend immédiatement et il est impossible de se dépêtrer de ces pages tant on est pris par son sens unique du récit et du suspens.

On retrouve donc l'enquêtrice fétiche de l'auteure en bien fâcheuse posture. En revenant sur les lieux d'un crime, elle y croise le tueur en fuite qui la pousse et la propulse au bas des escaliers. En découle une grave blessure qui lui immobilise le bras et innerve son corps de douleurs insupportables. Quand on connaît le caractère retors du personnage, vous imaginez l'état de frustration dans lequel elle se trouve. Mis au placard pour cause de convalescence, elle n'en finit pas de pester sur son état et son incapacité temporaire de pouvoir aller bosser. Nombreuses sont les pages la mettant aux prises avec ses souffrances, distillant le doute chez un personnage pour le coup en état de faiblesse, situation peu commune pour DD Warren. Elle devra tout au long du roman se remettre en question et accepter la douleur pour pouvoir la dépasser. Long et rude est son retour à la normale et dans le domaine la description qu'en fait Gardner est une pure réussite.

En parallèle, on suit l'enquête menée par son équipe et son mari (prof à l'école de police), consultant pour l'occasion. Des jeunes femmes sont tuées selon un rituel effroyable : endormies puis tuées sans douleur, elles sont ensuite écorchées... Bon appétit ! Assez vite, les forces de l'ordre font le rapprochement avec des meurtres datant de quarante ans, même profil de victimes, même rituel sanglant. Le meurtrier d'alors étant six pieds sous terre depuis longtemps (Harry Day), difficile de pouvoir l'incriminer ! A qui a-t-on affaire ? Un Copycat ? Un fan cinglé ? Ou ne serait-ce pas l’œuvre d'une de ses deux filles survivantes ? Difficile d'éclaircir ce mystère entre un tueur insaisissable qui ne laisse que très peu d'indices derrière lui et des personnalités complexes qui se livrent peu... De fil en aiguille, le jour se fait peu à peu sur les ramifications d'une histoire qui n'épargnera personne et en premier lieu le concept de famille américaine tant vanté dans les productions US.

Au delà du personnage de DD Warren que j'ai trouvé particulièrement bien traité, j'ai adoré le traitement réservé aux deux sœurs par l'auteure. Elles sont très différentes l'une de l'autre : Shana est en prison pour perpétuité après de multiples meurtres et Adeline est devenue une psychiatre de renom spécialisée dans le domaine de la douleur (elle même est atteinte d'une affection rare qui l'empêche de ressentir la moindre douleur - comme un personnage de la première trilogie Millénium dixit Nelfe -). Chapitre après chapitre (alternance entre le point de vue de DD Warren et celui d'Adeline), la relation spéciale qui lie ces deux personnages est explorée en profondeur, faite d'attirance et de répulsion, d'amour et de ressentiment. On rentre dans la complexité de l'esprit humain, sa métamorphose au gré des expériences et sa capacité d'abstraction. Les visites en prison se succèdent, les discussions aussi et lèvent le voile sur des vérités enfouies profondément et sur la nature réelle des sentiments qui relient les deux sœurs. J'ai été vraiment conquis par ces deux personnages et la fin de l'ouvrage m'a laissé pantois les concernant, sentiment plutôt rare pour moi quand je lis des thrillers ou en général, on est rarement touché au plus profond de soi et de ses convictions.

On retrouve le don de l'auteure pour livrer une trame aux apparences classiques mais qui va dérouler des péripéties inattendues et des révélations surprenantes. Comme à chaque fois avec elle, on s'amuse à deviner qui a fait le coup, que cachent les masques exposés et je dois avouer que je me suis fait berner une bonne partie de l'ouvrage. Le sempiternel jeu du chat et de la souris fonctionne à plein, les menaces s'accumulent et les fausses pistes aussi. C'est ce qu'on en attend en premier avec ce genre de lecture et l'on n'est pas déçu ici avec en plus, ce talent hors pair que déploie l'auteure dans le tissage de sa toile et son style toujours aussi incisif et efficace. Un bon thriller qui fera plaisir aux amateurs du genre et comblera une fois de plus les fans de Gardner. Vivement le prochain pour ma part !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
Arrêtez-moi
- Les Morsures du passé
- Le saut de l'ange
- Derniers adieux

samedi 12 janvier 2019

"Derniers adieux" de Lisa Gardner

81Hf5duQFxL

L'histoire : Est-ce parce qu'elle attend un enfant que Kimberly Quincy, agent du FBI, se sent particulièrement concernée par le récit incroyable et terrifiant d'une prostituée enceinte ? Depuis quelque temps, elles sont plusieurs à avoir disparu d'Atlanta sans explication, comme évaporées, et Kimberly est bien la seule à s'en préoccuper. Un serial killer s'attaquerait-il à ces filles vulnérables ? Aurait-il trouvé la clé du meurtre parfait ou s'agit-il de crimes imaginaires ? Sans le savoir, la jeune femme s'enfonce dans le piège tendu par un psychopathe. Comme pour sa mère et sa sœur, victimes autrefois d'un tueur en série, le temps des derniers adieux est peut-être arrivé pour Kimberly...

La critique de Mr K : Un Lisa Gardner, ça ne se refuse pas ! Elle est mon pêché mignon en terme de thriller et chaque lecture d'elle me procure toujours plus de plaisir. Derniers adieux n'échappe pas à cet adage, ce fut une fois de plus une expérience intense et haletante, typiquement le genre de livre qui vous emporte et ne vous laisse aucune chance de vous échapper ! À travers trois / quatre points de vue différents que l'auteure alterne de chapitre en chapitre, nous suivons une bien nébuleuse affaire qui nous plonge au cœur du Mal, de la déchéance humaine et de la souffrance.

Kimberly est enceinte et continue malgré tout à mener de front sa grossesse (elle en est à six mois) et son travail d'agente au FBI. Elle va se retrouver mêler à une affaire hors-norme via une prostituée enceinte qui lui fait des révélations inquiétantes. De nombreuses filles de joie disparaissent sans laisser de traces (sans que les autorités compétentes ne s'en alertent jusque là) mais tout laisse à penser qu'un certain nombre de ces cas seraient le fait d'un insaisissable serial-killer, amateur fétichiste des araignées. Au fil de l'enquête, l'étau semble se resserrer autant sur le tueur que sur l'enquêtrice, les menaces insidieuses s'accumulant notamment autour de Kimberley qui a de plus de plus de mal à gérer sa vie personnelle, son enquête et à faire la part des choses entre mensonge, vérité et manipulation. En parallèle, nous suivons le parcours chaotique de deux mômes livrés en pâture à des bêtes inhumaines et le point de vue du serial killer lui-même, ce qui densifie encore plus la trame principale du roman. Tout finit pourtant par faire écho dans un dernier acte tétanisant où la vérité éclate, n'épargnant personne !

Il n'y a pas à dire mais Lisa Gardner s'y entend comme personne pour mener ses lecteurs à la baguette et livrer un ouvrage au suspens intenable. Chaque court chapitre apporte un élément de réflexion, une révélation qui met à mal les hypothèses que l'on a pu échafauder précédemment. Pas le temps d'ailleurs de se remettre de ses émotions que le récit rebondit déjà sur un nouvel angle d'attaque, mêlant et démêlant l'écheveau de destins brisés et épouvantables. La tension monte insidieusement, les tenants et les aboutissants se révèlent très vite d'une grande complexité, faux semblants et façades s'écroulent et livrent au final une intrigue d'un rare machiavélisme qui fait froid dans le dos.

On ne s'ennuie pas une seconde et on est littéralement happé par la noirceur du récit. Rien ne nous est épargné ici, on côtoie vraiment les abysses de l'âme humaine avec notamment un bad guy dérangé à souhait, très bien caractérisé dans son attirance pour le Mal mais aussi ses fêlures intimes que l'on apprend à connaître et le font voir sous un jour nouveau. De manière générale, avec une once de caricature (on est dans un thriller tout de même), les protagonistes de ce roman sont fouillés et les interactions entre eux fonctionnent très bien, rendent l'histoire crédible et efficace. Impossible dans ces conditions de lâcher un ouvrage au charme vénéneux où enlèvement d'enfants, pédophilie et pédopornographie côtoient le sentiment de solitude, des rancœurs exacerbées et de la jalousie. Le cocktail est explosif, jamais voyeuriste. En effet, on ne tombe pas dans le gratuit ou l'exhibitionnisme malsain, l'auteure sait y faire et veut surtout proposer un récit trépidant. Et puis, comme dit précédemment, l'étude psychologique des personnages est d'une grande profondeur et lève le voile sur les capacités du cerveau humain à se protéger ou au contraire à se désinhiber. C'est violent, impressionnant et à sa manière éclairant.

Au final, malgré des thématiques rudes, on passe un très bon moment si on est amateur de thrillers froids et réalistes. L'écriture simple et efficace de Lisa Gardner fait merveille et l'addiction prend vite racine. Petit bémol sur la fin que j'ai trouvé un peu précipitée (même si le sous-texte final est lourd de sens et passionnant) mais il faut savoir clôturer une lecture. Tout est expliqué mais je crois que j'en aurais bien lu encore quelques pages... Une lecture très agréable en tout cas et que tous les amateurs du genre peuvent entreprendre sans risque !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Disparue
Sauver sa peau
La maison d'à côté
Tu ne m'échapperas pas
Arrêtez-moi
- Les Morsures du passé
- Le saut de l'ange

Posté par Mr K à 17:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,
jeudi 10 janvier 2019

"L'Empreinte" d'Alexandria Marzano-Lesnevich

9782355846922ORI

L'histoire : Étudiante en droit à Harvard, l'auteure relate sa rencontre avec Rick Langley, un meurtrier emprisonné en Louisiane pour un crime particulièrement sordide. Opposante résolue à la peine de mort jusqu'à ce jour, la confession du tueur ébranle sa conviction. En enquêtant sur cette affaire, elle découvre alors les mobiles de celui-ci qui, à sa grande surprise, font écho à son histoire personnelle.

La critique de Mr K : Chronique d'un livre bien particulier aujourd'hui, celui d'un récit mêlant l'autobiographie, l'écrit journalistique, le thriller et le roman noir. L'Empreinte d'Alexandria Marzano-Lesnevich est vraiment marquant à sa façon car l'auteur tout en nous relatant une affaire criminelle atroce fait le lien avec son propre passé, livrant des révélations terrifiantes sur sa famille et ce qu'elle a vécu dans sa jeunesse. Se basant sur ses souvenirs, sur des témoignages et des documents des tribunaux, elle va poursuivre une quête de vérité éprouvante et tâcher de lever le voile sur les zones d'ombres de sa propre existence. Le voyage est à sens unique et tout bonnement prodigieux quoique bien rude...

Tout commence avec un stage que l'auteure fait auprès d'un cabinet d'avocats de Louisiane. Elle va y faire connaissance du cas judiciaire Ricky Langley, pédophile condamné à mort pour le meurtre par strangulation d'un petit garçon de six ans. Malgré sa passion pour la justice, sa vision humaniste et progressiste, elle est choquée par ce fait divers épouvantable et tout ce qui l'entoure. Ses convictions profondes s'en voient ébranlées, allant jusqu'à remettre en cause un temps son opposition à la peine capitale. Mais cette réaction en cache une autre beaucoup plus profonde, cette affaire fait remonter à la surface sa propre vie et notamment les abus dont elle a été victime plus jeune. Peu à peu, au fil de ses investigations, des parallèles vont se construire entre son histoire et celle de Ricky provoquant la résurgence de sentiments enfouis et refaçonnant sa vision de la justice et de la rédemption.

Durant les deux-tiers de l'ouvrage, on alterne donc les chapitres entre l'enquête type journalistique qu'opère l'auteure et des chapitres plus intimistes où elle revient sur les débuts de sa vie. Très documentée et déterminée à éclairer au mieux l'affaire Langley, tout est détaillé et minutieux comme un travail d'avocat ou de journaliste d'investigation. Ainsi, on suit heure par heure les recherches entamées suite à la disparition de Jérémy (la jeune victime de Langley), le parcours de Ricky avant le moment fatal depuis sa naissance (et même un peu avant...) avec son lot d'aléas qui forgent une existence et ses différents procès et séjours en prison, les témoignages de sa famille, de ses proches et de ceux qui l'ont connu de près ou de loin. Certes, il a fallu broder un petit peu en terme d'expression des sentiments, des vêtements portés, des attitudes mais Alexandria Marzano-Lesnevich a tout fait pour rester collée à son sujet sans en rajouter. Cela donne des pages écrites de manière simple et efficace, sans recherche de stylistique particulière. L'objectif est pleinement atteint avec un portrait et une biographie complète, oscillant entre banalisation du mal et pathétisme, laissant le lecteur circonspect et un peu paumé face à la figure de Ricky Langley qui n'est finalement qu'une chose : un homme. Un homme malade, mais un homme quand même...

On retrouve le même sens de la nuance et de l'analyse dans la partie plus intime du livre qui relève je trouve du tour de force. On va très loin dans l'introspection et l'analyse de soi et des siens. Issue d'une famille plutôt aisée (ses deux parents sont avocats), tout semble sourire à l'auteure mais un mal profond la hante depuis toute petite. Abusée régulièrement par un membre de sa famille, elle cachera longtemps son traumatisme et quand celui-ci sera révélé, certains membres de la famille feront comme si rien ne s'était passé. Ce récit est donc une fenêtre ouverte sur la formation de soi malgré les obstacles, la quête de son identité et de sa liberté. Par petites touches successives, en faisant le lien avec des choses lues ou apprises sur Ricky, l'auteure cherche à comprendre avant tout qui elle est et comment on essaie de se comprendre les uns les autres. Vous admettrez que le sujet est passionnant et il est très bien relevé dans cet écrit à la fois pudique, froid et où la subjectivité est écartée au profit de la raison. Certes cela donne des passages assez éprouvants à lire (il y a des choses du domaine de l'indicible pour moi) mais on ne perd aucunement son temps avec cette lecture, on s'enrichit et l'on s'interroge comme jamais.

Pas de personnages donc, il n'y a que des personnes ayant vraiment existé qui hantent littéralement ce volume. Certains ont vu leur nom changé mais l'essentiel est là : on a affaire à la réalité, à quelque chose qui marque forcément au fer rouge car rien n'est imaginé ou du domaine de l’exagération. En cela, ce livre est un choc pour moi car je suis un gros amateur et consommateur de fiction, je ne lis que très rarement des documentaires ou des enquêtes. L'empathie fonctionne ici deux fois plus et chaque chapitre est l’occasion de ressentir des émotions fortes. Au delà de l'affaire criminelle et des abus incestueux, ce livre donne à voir une Amérique en perte de vitesse par rapport à son standing de vie, son rêve américain (toute la partie concernant Ricky) mais aussi sur les difficultés internes à certaines familles US (réaction des parents de l'auteure vis-à-vis de leur fille notamment, les parents de Ricky et leurs proches). On ressort tout chamboulé de cette lecture et par certains aspects on ne peut que penser à la série documentaire Making a Murderer qui m'avait bien plu lors de son visionnage.

Malgré des thèmes et un fond éprouvants, ce livre se lit très bien et très vite. L'auteure est douée dans sa manière d'emmener les éléments de réflexions, de les faire se répercuter les uns les autres et de construire une trame globale qui se révèle au final apaisante car dans la colère ne se trouve jamais la solution et dans la compréhension se joue la sérénité des âmes perturbées (même si le pardon n'est pas obligatoire). Bien écrit, mené de main de maître alors qu'elle parle beaucoup d'elle-même, on aboutit sur une lecture assez incroyable, différente et source de réflexion.