jeudi 7 septembre 2017

"La Secte sans nom" de Ramsey Campbell

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L’histoire : Jamais vous ne connaitrez le nom de vos geôliers. Vous ne serez plus rien. Rien qu'une victime. Et personne ne vous entendra hurler.

Le corps sauvagement mutilé d'une enfant est retrouvé dans les bois.

Neuf ans plus tard, Barbara, en se plongeant dans une activité fébrile, a presque réussi à se remettre du meurtre et du kidnapping de sa fille. Jusqu'à ce qu'une petite voix lui dise au téléphone : "Maman, maman, j'ai besoin de toi".

Son enfant est vivante, prisonnière d'une secte sinistre, se livrant à des rites sataniques, innommables.

Affolée, Barbara essaie de retrouver la trace de la secte. Les adeptes l'attendent...

La critique de Mr K : Retour dans la planète terreur de chez Presse Pocket avec cet ouvrage qui fait la part belle à l'angoisse et au mystère. Un petit plaisir coupable comme je les aime, idéal pour les vacances (celui-ci a été lu cet été), une lecture sans prétention qui n'invente pas le fil à couper le beurre, un livre qui ne prétend pas être un classique mais qui se révèle globalement efficace dans son genre.

Barbara a dû se reconstruire par le travail suite à la disparition tragique de sa fille, elle que la vie n'a déjà pas épargné avec la mort prématurée de son mari lors de sa grossesse. Angela a été enlevée à son école puis retrouvée morte assassinée. Le deuil est très difficile à supporter pour l'héroïne qui se sent responsable. 9 ans après, la traductrice est devenue agente d'écrivains, elle mène désormais sa barque d'une main de maître. Un coup de téléphone à priori anodin va bouleverser la nouvelle existence qu'elle s'est efforcée de construire du mieux qu'elle peut. Sa fille semble être revenue d'entre les morts et tente de la recontacter ! Commence alors un jeu du chat et de la souris, une enquête à haut risque qui ira de révélation en révélation.

On rentre dans le vif du sujet très vite avec ce roman qui commence fort avec le coup de fil d'outre-tombe et quelques flashback bien sentis sur la vie que menait Barbara avant le drame. Tout est prêt pour la grande bascule et quand celle ci se déclenche, tout semble échapper à Barbara qui perd ses moyens et s'enfonce dans une spirale infernale. Elle va devoir démêler le vrai du faux entre espoirs et fausses pistes, et enquêter sur une mystérieuse secte, composée d'anonymes, extrêmement bien organisée et qui laisse peu de traces voir aucune. Elle ne peut compter que sur elle même et un ami proche. La menace au fil des pages se fait plus insidieuse et le final révèle bien des vérités, pas forcément faciles à accepter.

Bien rythmé, La Secte sans nom se lit d'une traite alternant de manière régulière des passages stressants avec des immersions bien senties dans l'esprit des personnages qui sont plus qu'éprouvés par les événements du livre. Les rapports entre les différents protagonistes sont très bien rendus notamment les changements qui s'opèrent chez Barbara : activ woman sûre d'elle, le passé qui ressurgit va la transformer et fêler le personnage qu'elle s'est bâtie. Prise entre le remord et le fol espoir de revoir sa petite fille, elle va vraiment devenir borderline et les passages concernés sont vraiment saisissants de réalisme. Intéressant aussi le personnage de Ted, son ami divorcé qui jongle entre sa vindicative ex femme et l'étrange histoire dans laquelle il se retrouve plongé. Ces deux là semblent s'engluer dans une toile d'araignée qui les dépasse. Un climat de paranoïa s'installe durablement chez eux et contamine irrémédiablement le lecteur, ravi d'être pris en otage.

Au final, on passe un très bon moment malgré quelques scories narratives qui ralentissent parfois le déroulé de la narration (répétition inutile d'exploration de demeures abandonnées notamment) et un manque de développement autour de la secte, ses origines et ses pratiques. A ce propos, rien de vraiment satanique chez elle (mêmes si les pratiques sont horribles je vous l'accorde). Malgré tout, La Secte sans nom se lit très bien et on en ressort satisfait. Une bonne lecture détente-neurone en somme.

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lundi 4 septembre 2017

"Les Mystères d'Avebury" de Robert Goddard

Les mystères d'AveburyL'histoire : Été 1981. Alors qu’il attend à la terrasse d'un café, David Umber est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur.

Printemps 2004. Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David a tout quitté pour refaire sa vie. Il est contacté par l’inspecteur-chef Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin toute la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache en réalité encore bien des secrets.

Ne voit-on jamais que ce que l’on a envie de voir ? Dans les histoires d’amour comme de meurtre, la réalité est souvent bien différente de ce que l’on aimerait qu’elle soit.

La critique Nelfesque : Première lecture pour moi d'un ouvrage de Robert Goddard. La quatrième de couverture est alléchante, le roman commence bien mais malheureusement je n'ai pas été convaincue. Explications...

Un enlèvement, une enquête menant à une impasse, des années où chacun tente de se reconstruire. Et puis un jour, 23 ans plus tard, l'histoire refait surface. Avouez que niveau intrigue, ça laisse rêveur et l'amatrice de thriller que je suis trépigne d'avance ! Les premières pages relatant l'enlèvement sont saisissantes de réalisme. Nous sommes, en tant que lecteurs, également sur la place où un drame se joue. Tout se passe très vite, personne ne pouvait empêcher l'enlèvement de la fillette. Passé la surprise, le roman prend une tournure décevante.

On perd du monde en route, la motivation, l'envie. Le rythme est haché, la construction bancale, le roman inégal. Dommage car l'histoire pouvait vraiment donner quelque chose de trépidant. Hélas, ce n'est pas le cas... Je me surprends à survoler des passages, à bailler. Lenteur et désoeuvrement. Pourtant Robert Goddard nous emmène loin, faisant basculer son roman vers le thriller historique. Circonvolutions, enfumage. Trop loin pour ma part, la révélation ne justifiant pas à mon goût tant de longueurs et se révélant même frustrante. Les descriptions sont interminables, n'apportent rien à l'ensemble et finissent par gâcher le potentiel que l'auteur avait placé dans ses personnages crédibles et attachants. On aurait ici pu faire l'économie d'une bonne cinquantaine de pages et gagner en lisibilité et en spontanéité. "Plus c'est long, plus c'est bon", l'adage ne se confirme pas ici (et c'est pas la première fois que je le remarque...).

Pour qui aime les thrillers historiques, ce roman peut être fait pour vous. Je l'avoue ce n'est pas du tout ma tasse de thé et cela n'étant pas du tout évoqué dans la 4ème, j'ai eu l'impression de m'être faite berner. Dans tous les cas, ne vous attendez pas à un rythme effréné, ici on prend son temps. Les amateurs apprécieront. Les autres partiront en courant...

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mardi 22 août 2017

"Au fond de l'eau" de Paula Hawkins

Au fond de l'eauL'histoire : En froid avec sa soeur Nel depuis des années, Julia n'a pas voulu lui répondre lorsque celle-ci a tenté de la joindre. Une semaine plus tard, le corps de Nel est retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, la ville de leur enfance. Obligée d'y revenir, Julia est terrifiée. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa soeur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'lle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujour fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

La critique Nelfesque : Après un premier roman, "La Fille du train", ayant fait grand bruit, Paula Hawkins revient avec "Au fond de l'eau". Avec le succès du précédent, on l'attendait un peu au tournant. J'avais moi-même apprécié cette première lecture, un thriller psychologique addictif qui ne cassait pas des briques côté écriture mais que j'avais eu beaucoup de mal à lâcher. Qu'en est-t-il de ce roman-ci ? Essai transformé ?

On retrouve ici la dynamique de Paula Hawkins qui est capable d'hypnotiser son lecteur et le tenir en haleine. Et ce dès la première page. La tension monte doucement et tout est terriblement bien dosé.

Lena et Julia sont en froid depuis des années. Alors que l'une cherche à rester en contact et montre un besoin constant d'attention, l'autre souhaite tirer un trait sur le passé et sur un événement survenu à l'adolescence. L'auteure, par d'incessants aller-retour entre le passé et le présent et une abondance de points de vue et personnages, crée une émulsion dans le cerveau du lecteur qui ne cesse d'échaffauder des théories sans cesse remises en cause par l'histoire.

Thriller psychologique efficace, "Au fond de l'eau" prend le temps de s'installer et s'apprécie d'autant plus lorsqu'on a la possibilité de le lire rapidement, en quelques jours. Happé par l'intrigue, les pages se tournent toutes seules et, si j'osais une comparaison avec le premier ouvrage, celui-ci est beaucoup plus abouti. Il y a un petit côté "Broadchurch" (pour ceux qui connaissent) qui n'est pas pour déplaire à l'amatrice d'ambiances troubles que je suis. Fantômes du passé, non-dits, culpabilité se mêlent ici pour offrir un roman très prenant dont il est difficile de décrocher ! Attention toutefois, nous ne sommes pas en présence d'un page-turner au sens strict et il faut se laisser apprivoiser par le rythme et le climax mais si tel est le cas, bingo !

"Au fond de l'eau" est un roman dans lequel certains déploreront des longueurs (critique déjà mise en avant pour "La Fille du train"). Pour ma part, je trouve que l'auteure met à profit tous ces moments de descriptions et de digressions pour construire une toile d'araignée qui se justifie en fin d'ouvrage. Nul besoin d'aller droit au but si c'est pour perdre l'âme d'une histoire en cours de route, je préfère largement comme ici que l'auteur prenne tout le temps nécessaire pour construire quelque chose de qualité. D'autant plus que l'histoire est passionnante.

Nel a toujours habité la maison familiale sur la rivière. Avec le temps, elle a développé une fascination morbide pour cette eau sans cesse en mouvement et lui voue un respect sans bornes. C'est pour cette raison qu'elle décide un jour d'écrire un ouvrage sur elle et sur le "Bassin aux noyées", connu dans toute la région et à l'aura si particulière. En ces lieux, de nombreuses légendes circulent, des femmes attristées s'y seraient suicidées, des sorcières y auraient été noyées... Et c'est au même endroit que Nel trouvera la mort. Peu de temps après une jeune fille de 15 ans. Par désespoir ? Parce qu'elle a voulu réveiller de vieux démons ? Parce que personne à Beckford ne voulait remuer le passé ?

C'est dans ces conditions difficiles de deuil que Julia va revenir dans son village natal, rencontrer sa nièce, s'occuper d'elle et essayer de comprendre ce qui s'est réellement passé. Entre répulsion de revenir sur les lieux de son enfance, douleur de perdre sa soeur, souvenirs enfouis et révélations surprenantes, ce roman soulève bien des questions sur l'acceptation de soi, le pardon, la propension à se délester des moments pesants de nos vies pour avancer. Les personnages sont fins et justes, leur psychologie complexe, l'écriture est bien mieux maîtrisée ici et l'ensemble est plus que réussi.

Secrets de famille, deuil, fantômes du passé, culpabilité : voici quelques-uns des ingrédients du nouveau roman de Paula Hawkins. "Au fond de l'eau" est un ouvrage à déguster frappé et à consommer sans modération !

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samedi 22 juillet 2017

"La Ligne de sang" de DOA

La Ligne de sang

L'histoire : Cela n'aurait pu être qu'un banal accident de moto sur les hauteurs de la Croix-Rousse. Un homme dans le coma victime d'un accrochage... C'est le début d'une enquête des plus troubles menée à l'instinct par les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer. La victime, entourée de mystères, est bien trop inquiétante. Tout sue l'angoisse et la peur dans sa grande maison vide. Trop de portes fermées, de questions, de silences oppressants. Sa compagne même a disparu, comme volatilisée, et personne ne sait rien. Jamais cette dernière ne mentionnait son nom. Jamais elle ne parlait de lui. A sa demande. Comme s'il avait voulu ne jamais exister. Comme s'il avait souhaité que personne ne puisse un jour savoir ce qu'il était vraiment...

La critique Nelfesque : DOA est un auteur que j'aime beaucoup. Il ne fait pas toujours dans la facilité et ses romans peuvent demander un effort aux lecteurs et se révéler exigeants mais quel plaisir à chaque fois !

"La Ligne de sang" est un thriller plutôt accessible mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Ce qui commence comme une enquête banale va plonger peu à peu nos deux officiers de police dans un tourbillon d'effroi. DOA ne fait pas dans la dentelle et ne ménage pas ses lecteurs tant par les idées soulevées ici que dans les scènes à la limite du soutenable pour les non-initiés. Les amateurs de thriller jusqu'au-boutiste quant à eux seront plus que ravis. C'est mon cas et je dois avouer que j'ai adoré ce roman qui ne cesse de monter en puissance et en pression durant toute la lecture.

Rien de plus banal qu'un accident de la route. Lorsqu'un motard est retrouvé dans le coma suite à une collision, la routine policière se met en place. On met en lumière les circonstances de l'accident et on tente de prévenir les proches. Très vite, une zone d'ombre va apparaître autour de cet homme. Sa petite amie s'est volatilisée et est injoignable et sa famille est plus qu'étrange. Tout cela est bien trop flou pour Marc Launay qui va entraîner sa collègue Priscille sur les traces de son passé. D'autant plus qu'il craint le pire pour la petite amie que rien ne disposait à se comporter de la sorte...

"Moui, bon, c'est assez banal ton histoire là Nelfe..." me direz-vous. Oula ! Détrompez-vous ! Tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg ! Et en dessous, croyez-moi, il y a de quoi frémir... Ce que Marc et Priscille vont découvrir est inimaginable (et je me garderai bien de vous donner des détails ici). DOA emmène alors son lecteur dans un univers sombre, glauque et pour le moins ésotérique. Déviances, magie noire, occultisme sont au coeur de ce roman qui nous emmène du centre ville de Lyon où débute l'histoire aux pentes escarpées des Alpes. Villages de montagne, habitants taiseux, ici les gens de la ville ne sont pas les bienvenus. Et que penser de l'état du motard qui, pendant ce temps, ne cesse d'évoluer entre dédoublement de la personnalité, possession et démonstrations de violence surhumaine...

Sans jamais tomber dans la caricature, DOA ne cesse de nous surprendre et maîtrise la tension comme personne dans ce roman. Il entraîne le lecteur vers des contrées insoupçonnées et le fait passer par tous les états. Jusqu'à la scène de fin, bouquet final incroyable, on est sur les dents jusqu'à la dernière page ! Amateurs de rebondissements, d'univers sordides et d'histoires prenantes, vous aimez être surpris et prendre votre pied avec un thriller qui sort du lot, n'hésitez plus, "La Ligne de sang" a toutes les qualités pour vous faire vivre un excellent moment de lecture. On en redemande !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Citoyens clandestins"
- "Le Serpent aux mille coupures"

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mardi 18 juillet 2017

"Le Feu de Dieu" de Pierre Bordage

Le Feu de DieuL'histoire : Prévoyant la catastrophe, Franx a convaincu les siens de fortifier le Feu de Dieu, une ferme du Périgord, conçue pour une autonomie totale de plusieurs années. Mais le cataclysme le surprend à Paris et, pour rejoindre sa famille, il entreprend une impossible odyssée, à pied dans des ténèbres perpétuelles, en compagnie d'une autre survivante, une petite fille muette. Pendant ce temps, dans l'arche transformée en bunker, sa femme et leurs deux enfants se retrouvent sous la menace d'un dangereux paranoïaque qui a pris possession des lieux...

La critique Nelfesque : Bordage est un auteur qu'aime beaucoup Mr K. De mon côté, j'ai lu il y a quelques années "Abzalon" que j'ai fortement apprécié. Avec "Le Feu de Dieu", on change complètement de lieu et de thème. Dans un monde post-apocalyptique, Pierre Bordage nous emmène sur les routes de France, sur les traces de son héros qui tente de rallier Paris à sa ferme survivaliste du Périgord.

Le Périgord est une région à laquelle je suis très attachée et je dois dire que pour cette lecture, c'est mon côté chauvin qui m'a fait m'intéresser à ce roman. Pourtant du Périgord, nous ne verrons pas grand chose ici. La fin du monde est là, la Terre craque, les plaques tectoniques se déplacent, de nouvelles se forment, un froid glacial et meurtrier s'abat sur le monde. Alors que Franx a mis en place avec l'aide de sa famille et de sa communauté, une forteresse pour faire face à cet événement qu'il savait inéluctable et proche, le destin fait que le jour J, il se retrouve bien éloigné de ses proches et l'histoire se scinde ainsi entre son expédition pour rejoindre la ferme et la vie qui s'organise dans cette arche périgourdine.

Même si il n'y a pas de grosses surprises dans cette lecture, on passe un excellent moment à suivre les aventures des uns et des autres. La route est balisée, ça se lit extrêmement facilement. Les fans de SF, biberonnés aux ouvrages exigeants, trouveront sans doute que l'ensemble est ici certes intéressant mais bien trop simple. Pour ceux qui comme moi lisent un ouvrage ou deux de ce type de temps en temps, "Le Feu de Dieu" fait bien le job ! Rajoutez à cela une dimension thriller psychologique au sein de la ferme avec un huit clos oppressant et un personnage tête à claques que l'on aimerait bien éviscérer de ses propres mains et vous obtenez un roman de 440 pages qui se lit en moins de temps qu'il ne faut pour dire ouf.

Parce que chez Bordage tout parait naturel. Ici, il nous dépeint un univers post-apo, une France métamorphosée, des rapports aux autres en pleine mutation et une force intérieure qui pousse chacun à aller au delà de ses forces. L'écriture est fluide, rien ne vient heurter la lecture et l'addiction se fait sentir très vite. On retrouve ici quelques thématiques chères au coeur de l'auteur, comme la spiritualité, et le lecteur le connaissant bien s'amusera de retrouver, aux détours d'une de ses pages, un personnage qui lui ressemble énormément. "Le Feu de Dieu" est un roman malin qui décortique les liens qui unissent les hommes, montre la folie qui peut se cacher au fond de chaque être et dans des conditions extrêmes se révéler au grand jour. Et puis il y a la notion de l'amour. L'amour au sens large, l'amour filial, l'amour qui unit deux êtres et l'amour de son prochain. L'espoir, la foi, l'aspiration à une vie simple et noble. Cette notion donne à l'ensemble une dimension spirituelle (qui relève de la pensée, de l'esprit et non de la religion) qui met du baume au coeur du lecteur, malgré les nombreux obstacles qui vont se dresser sur la route des personnages de cette histoire.

"Le Feu de dieu" est une belle surprise. Un roman simple et efficace qui amène le lecteur à se poser des questions sur le sens de la vie. Un chouette Bordage que l'on prend plaisir à lire. Un post-apo qui ne révolutionne pas le genre mais qui est bien mené, avec des idées intéressantes et une vision d'un monde dévasté crédible.

Autres ouvrages de Bordage chroniqués au Capharnaüm éclairé :
-
Atlantis : les fils du rayon d'or
- Hier je vous donnerai de mes nouvelles
Chroniques des ombres
Les Dames blanches
Graine d'immortels
Nouvelle vie et autres récits
Dernières nouvelles de la Terre
Griots célestes
L'Evangile du Serpent
Porteurs d'âmes
Ceux qui sauront
Les derniers hommes
Orcheron
Abzalon
Wang


vendredi 23 juin 2017

"Ne dis rien à papa" de François-Xavier Dillard

9782714476234

L’histoire : Quatre jours et quatre nuits se sont écoulés avant que la police ne retrouve la victime dans cette ferme isolée. Quatre jours et quatre nuits de cauchemars, de douleurs et de souffrances, peuplés de cris et de visions imaginaires en face de ce jardin dans lequel elle a été enterrée vivante.

Sur un autre continent, loin de cet enfer, Fanny vit avec son mari et leurs jumeaux Victor et Arno. Leur existence bien réglée serait parfaite si elle ne percevait pas, au travers des affrontements qui éclatent sans cesse entre ses enfants, chez l’un, une propension à la mélancolie et, chez l’autre, un véritable penchant pour le mal. Chaque jour elle se dit qu’elle ne pourra plus supporter une nouvelle crise de violence, ces cris qui la replongent au cœur d’images qu’elle voudrait tant oublier... À n’importe quel prix...

Et lorsqu’un nouveau voisin s’installe dans la grande maison, elle souhaite offrir le portrait d’une famille parfaite. Mais chaque famille a son secret et le sien est le plus terrible qui puisse exister.

La critique de Mr K : François-Xavier Dillard avait fait assez grand bruit lors de la sortie de son premier roman intitulé Fais-le pour maman, titre que je n’ai d’ailleurs pas lu mais très apprécié sur la blogosphère. C’est donc avec sa dernière sortie littéraire, Ne dis rien à papa, que je découvre l’auteur et ce que je peux en dire en préambule c’est qu’il est efficace dans le genre, par contre pour l’originalité et la surprise, on repassera. Chronique d’une lecture agréable, rapide mais pas mémorable.

A travers des chapitres ultra-court (3 à 6 pages maximum), nous suivons à tour de rôle et de manière plus ou moins proportionnée différents personnages sans liens apparents entre eux : une mère de famille fleuriste à la vie réglée comme du papier à musique, un survivant d’un massacre ne comprenant pas où il en est, un policier menant l’enquête sur une série de meurtres particulièrement horribles de médecins. On nage en eaux troubles au départ car l’auteur se garde bien de livrer tous les éléments psychologiques et factuels liés à chacun d’entre eux. Vous vous doutez bien que tout va finir par s’imbriquer pour livrer une vérité bien dérangeante...

Autant le dire de suite, le principal défaut de cet ouvrage est qu’il respire le déjà-lu et pourtant par rapport à Nelfe, je lis beaucoup moins de polar/thriller page-turner. Très vite cependant, j’ai commencé à me douter de certains liens et de logiques de développement de personnages. Même si je n’ai pas découvert 100% des rouages de l’histoire, j’en ai capté une belle moitié dès les cent premières pages. Niveau suspens, l’effet est donc gâché et je suis arrivé à la fin de l’ouvrage un peu déçu de ne pas avoir été baladé davantage.

Dommage dommage... Car sur le reste, Ne dis rien à papa est de très belle facture. On accroche très vite aux personnages qui même s’ils ne sont pas très novateurs dans leur traitement proposent très vite une tension sous-jacente assez impressionnante. Le poids des secrets est de plus en plus lourd sur leurs épaules, le bateau des mensonges prend l’eau et à force d’écoper sans vraiment résoudre les soucis, l’équilibre est perdu et la vie de chacun ne sera plus jamais la même. Soupçon, paranoïa et meurtres sanglants se conjuguent allègrement dans une suite macabre et mortifère (les amateurs de passages bien thrash apprécieront les quelques fulgurances présentes dans le texte). Très vite tout espoir semble perdu et la dernière partie du roman livre des actes sans concession et une conclusion bien cruelle comme je les aime.

Le rythme rapide emballe de suite le lecteur et malgré la brièveté des tranches de vie ou de réflexion intimes qui nous sont données à lire, on plonge littéralement dans l’ambiance glauque et dérangeante du roman. L’écriture à défaut d’être exceptionnelle esthétiquement (on est loin d’un Dantec dans Les Racines du mal par exemple) est d’une remarquable efficacité, le mot page-turner est ici très adapté à cette lecture véloce et addictive. Reste qu’en refermant Ne dis rien à papa, même si sur le moment le plaisir est là, on ne retiendra pas grand chose de cette lecture si du moins on est un habitué du genre.

Étrange sensation donc, entre plaisir coupable et manque d’originalité frustrant. À chacun de se décider à tenter ou non l’aventure. Pour ma part, j’essaierai quand même de trouver le premier roman de l’auteur pour me faire une idée plus définitive sur lui.

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mercredi 21 juin 2017

"Méthode 15-33" de Shannon Kirk

Methode 15 33L'histoire : Une jeune fille de seize ans, enceinte et sans défense, est enlevée en pleine rue et jetée dans une camionnette crasseuse. On la croirait terrorisé et vaincue. Il n'en est rien.
Prodige scientifique à l'esprit calculateur et méthodique, elle va mobiliser toutes ses ressources pour atteindre ses deux objectifs : sauver l'enfant qu'elle porte et assouvir sa vengeance.
De cette confrontation entre un groupe de ravisseurs sadiques et une adolescente aux tendances sociopathes, personne ne ressortira indemne.

La critique Nelfesque : "Méthode 15-33" est un roman que j'avais repéré lors de sa sortie en broché chez Denöel, début 2016. Un thriller qui m'avait l'air bien efficace, d'une auteure que je ne connaissais pas encore (et pour cause, pour l'instant ce présent ouvrage est le seul traduit en français).

Amateurs de thriller, ce roman est pour vous ! Je suis une habituée du genre et j'ai tendance à dire que les schémas se répètent souvent et que la surprise est malheureusement de moins en moins au rendez-vous. Lorsque l'on aime les thrillers et qu'on en lit beaucoup, force est de constater que les romans sont souvent bien menés et se lisent très bien mais on retombe facilement dans les mêmes chemins balisés, une ou deux petites pirouettes faisant l'originalité de l'ensemble. Il m'est de plus en plus rare de tomber sur un ouvrage qui dépote et qui me tienne véritablement en haleine non pas pour connaître la fin de l'histoire mais pour le personnage principal, sa personnalité et les surprises qu'elle nous réserve. Ce fut le cas ici et ça fait un bien fou !

Nous suivons l'histoire d'une adolescente qui, sur le chemin de l'école, a vu une camionnette s'arrêter à sa hauteur et la conduire vers l'enfer. En moins d'une minute, sans qu'aucun témoin ne remarque quoi que ce soit, sa vie bascule et elle se retrouve enfermée dans une pièce pour une raison qu'elle ignore. Avec peu d'égards pour elle, alors qu'elle est enceinte de plusieurs mois, ses ravisseurs ne lui donnent aucune explication, ne semblent pas vouloir demander de rançon pour sa libération et la traitent comme un vulgaire objet. Seul semble les intéresser son bébé et ils veulent qu'elle accouche le plus vite possible. Qu'adviendra-t-il d'elle ensuite ? Est-elle la seule à être victime de tels agissements ?

Au lieu de se morfondre et de paniquer, l'héroïne de "Méthode 15-33" diffère de la grande majorité des victimes de thriller classiques. Certains la trouveront too much, je la trouve burnée ! Que ça fait du bien de voir une jeune fille qui n'a pas les deux pieds dans le même sabot et qui met tout en oeuvre pour s'échaper de ce taudis. A certains égards, durant ma lecture, j'ai repensé au personnage principal de "Split" de M. Night Shyamalan, vu au cinéma en mars dernier.

Atypique, elle a un esprit sans cesse en éveil et analyse depuis sa plus tendre enfance tout ce qui l'entoure. Aussi dans cette pièce qui en apparence ne possède rien pour mettre en place un plan d'évasion, elle va répertorier dans sa tête l'ensemble des éléments qui la constitue et les étiqueter en item (item n°16 : radio réveil, item n°23 : écharpe à franges...). Elle va également noter tous les faits et gestes de ses ravisseurs lorsqu'ils se trouvent avec elle, noter leurs habitudes, calculer leur poids selon leur taille et leur corpulence... Tout cela dans un but bien précis : s'évader et les surpasser ! En attendant elle joue la victime, ne laisse rien percevoir et fomente son plan en secret, pendant 33 jours...

Disons le tout net, cette héroïne est l'élément qui fait toute la différence. Elle envoie clairement du bois et c'est un sentiment de jouissance qui habite peu à peu le lecteur. Fun et cathartique (oui moi ça m'éclate vraiment ce genre de bouquin), elle permet à tout à chacun de se défouler en lisant ce roman. "Boom, allez tiens prend ça ! Ah tu l'avais pas vu venir petit enc*** !" Accompagnez tout cela d'un rire sardonique et vous y êtes : le côté vengeur et justicier version "qui tache" du lecteur vient de se réveiller. On a affaire ici à la MacGiver de l'évasion, la sociopathie en plus.

Avec son héroïne froide et ses méchants vraiment très très méchants ("oula ils sont pas sympa eux, je leur confierai pas mes gosses..."), "Méthode 15-33" n'est pas un thriller des plus fins mais bon dieu qu'il fait bien le job ! Original de par son héroïne, sa construction et le ton employé, il révèle une auteure diablement efficace à suivre à l'avenir. Un excellent moment de lecture et un roman qui s'avale dans la journée. On en redemande !

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture.

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lundi 29 mai 2017

"Contre moi" de Lynn Steger Strong

Contre moiL'histoire : Faire souffrir malgré soi, quoi de pire ? Et quel meilleur terrain pour cela que la famille ? Si Ellie, vingt ans, est animée des meilleures intentions envers ses parents, professeurs à Columbia, elle ne peut empêcher son existence de déraper. Mauvaises fréquentations, drogue, sa vie part peu à peu à vau-l’eau. Sa mère, Maya, décide de l’envoyer en Floride, afin de lui donner une chance de repartir à zéro. Si Ellie accepte bien volontiers cette seconde chance, elle va néanmoins commettre là-bas une erreur irréparable. Et plus rien ne sera jamais comme avant.
Jusqu’où les parents portent-ils la responsabilité des erreurs de leurs enfants ? Pourquoi dans une famille les ressemblances sont-elles parfois plus lourdes à assumer que les différences ?

La critique Nelfesque : "Contre moi" est le premier roman de Lynn Steger Strong traduit en français chez Sonatine. Présenté comme un thriller, attendez-vous plus ici à un roman noir qui sonde en profondeur les rapports mère/fille.

Dès les premières pages de ce roman, on sent bien que quelque chose de tragique s'est passé dans la vie d'Ellie, jeune femme de 20 ans. Cet événement a brisé les liens qui existaient entre elle et ses parents. Un événement terrible qui hante l'ensemble du roman, l'auteure ménageant son suspens jusqu'à la fin.

Ce dont il est question ici c'est du lien complexe qui existe entre un enfant et ses parents, qu'il soit jeune ou adulte. Un lien affectif bien sûr mais aussi une obligation. Obligation d'aimer, obligation d'être aimé, obligation d'être aimable. Le jugement plane sur toute relation où les liens du sang sont en jeu. Que faire lorsque l'un aime moins que l'autre, devrait aimer mais ne ressent rien ou encore aime trop et en souffre ? Ces questions sont sur les lèvres de toute mère qui se questionne sur la relation qu'elle entretient avec son enfant (ici une fille). Etre mère est bien plus complexe que ce que l'on veut bien nous laisser croire et les liens qui se tissent entre deux êtres sont loin d'être évidents tant le chemin d'une vie est semé d'embûches. Rien n'est acquis, rien n'est dû, tout est à construire.

Maya et son mari sont professeurs de fac. Sur le papier, les jeunes, ils les connaissent. Ils en côtoient tous les jours et les aident à devenir ce qu'ils rêvent d'être. Les choses se compliquent à la maison avec Ellie qui n'est pas facile et entretient un rapport de force avec eux. Malgré elle, parce qu'elle ne sait pas faire autrement, parce qu'elle a du mal à se construire, Ellie accumule les "faux pas". Elle ne fréquente pas les bonnes personnes, aime un peu trop la fête, l'alcool et les drogues. Elle aime ses parents et ne veut pas leur faire de mal mais elle veut aussi vivre sa vie, se cherche et se perd aussi parfois...

Pour la sortir de ce cercle infernal dans lequel elle tombe facilement, Maya décide de l'envoyer en Floride, chez une amie à elle. Là bas, loin des gens qu'elle côtoie habituellement, vierge de toute obligation et dans un environnement neutre et bienveillant, peut-être réussira-t-elle a faire le point, à se trouver et à faire infléchir la courbure de son existence.

"Contre moi" est un roman troublant. Par son rythme en premier lieu qui est loin d'être haletant mais fait que l'histoire s'immisce profondément dans l'âme du lecteur. Poisseuse, malsaine, l'ambiance est lourde et on veut savoir ce qui s'est réellement passé pour que Maya et Ellie entretiennent de tels rapports faits d'amour et de haine, de tendresse et de répulsion. Pour le savoir il va falloir s'armer de patience car l'auteure, par un va-et-vient constant entre 2011 et 2013, avant et après "le drame", ménage son suspens. Ne commencez pas ce roman avec pour objectif de découvrir ce qu'il s'est passé car là n'est pas l'intérêt principal, savourez l'ensemble et posez-vous pour observer. "Contre moi" est avant tout un laboratoire des sentiments. Ici, les gens s'aiment, se le disent, ne veulent pas l'entendre, se remettent en question, font le point. Ce parti pris pourra rebuter certains lecteurs trouvant beaucoup trop de longueurs à ce roman.

Les personnages sont attachants et chacun peut se retrouver dans l'un ou l'autre à un moment de sa vie. Durant sa crise d'adolescence, à un moment charnière ou dans des moments de doute. Qui peut se targuer de traverser toute son existence sans jamais se poser de question, sans jamais se retourner, sans jamais hésiter ou craindre le pire ? Il est intéressant ici de voir le ressenti de chaque personnage. Nous avons successivement les points de vue de la mère et de la fille, les problématiques liées à leurs âges, à leurs passés, à leurs histoires personnelles.

Ouvrage entre l'essai, le thriller, le document sociologique et le roman noir, "Contre moi" est hybride et déstabilisant par les thèmes qu'il aborde et par les choix narratifs de l'auteure. Selon les expériences de chacun et l'intérêt que vous portez aux questions filiales, vous serez plus ou moins happé par cet écrit de Lynn Steger Strong mais si ces thèmes vous interpellent et que les ouvrages qui prennent leur temps pour mettre en place une ambiance ne vous font pas peur, il y a de forte chance que, comme moi, vous appréciez l'intimité et la justesse qui se dégagent de ce roman.

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vendredi 26 mai 2017

"Get out" de Jordan Peele

Get out afficheL'histoire : Couple mixte, Chris et sa petite amie Rose filent le parfait amour. Le moment est donc venu de rencontrer la belle famille, Missy et Dean lors d’un week-end sur leur domaine dans le nord de l’État. Chris commence par penser que l’atmosphère tendue est liée à leur différence de couleur de peau, mais très vite une série d’incidents de plus en plus inquiétants lui permet de découvrir l’inimaginable.

La critique Nelfesque : Je suis tombée sur "Get out" un peu par hasard. Une amie qui connaît bien mon amour pour les films de genre m'a un jour envoyé son teaser par MP sur IG. Je n'en avais jamais entendu parler ! Et en plus il allait sortir en salle incessamment sous peu... What !? Mais comment est-ce possible !? Je visionne le teaser. Ça me branche bien. Je le montre à Mr K. Idem. Allez zou, direction notre cinéma habituel sans plus de préliminaires. C'est donc vierge de tout avis (et même de la bande annonce) que nous sommes allés nous enfermer dans le noir pour voir un film qui nous disait de dégager ! Tout un programme !

Il y a un peu deux films en un dans "Get out". La première partie est angoissante, les personnages sont énigmatiques, on sent bien que quelque chose cloche. L'ambiance est pesante alors que tout n'est que sourire et amabilité. Très réussie et immersive à souhait, j'ai été complètement happée par le calme et l'hospitalité qui émane de cette propriété au bord du lac (où j'irai bien passer un week-end soit dit en passant, mais sans les propriétaires des lieux si possible !). Les neo beaux-parents sont très accueillants et à l'écoute, le frangin est légèrement psychotique sur les bords mais Chris, qui s'attendait à un accueil beaucoup plus glacial, du fait de sa couleur de peau, est agréablement surpris. Puis peu à peu, on commence à entrevoir un double discours. Derrière une phrase anodine se cache un sens caché et la conversation n'est plus du tout ce qu'elle semblait être. L'hospitalité se transforme peu à peu en perversité et l'atmosphère se glace. Qui sont réellement ses beaux-parents et surtout pourquoi tout le monde se comporte-t-il si bizarrement ?

Get out 5

Puis vient la seconde partie du film, celle où tout va se jouer, celle où le spectateur va comprendre le fin mot de l'histoire en même temps que Chris et où ce dernier va tenter de sauver sa peau. Entre survival et révélation WTF, l'ensemble reste efficace et maîtrisé mais beaucoup moins intéressant que la première moitié du long métrage. Il y a un peu de sang mais pas trop, quelques coups de boost d'adrénaline et des pulsions meurtrières du côté du spectateur face à certaines situations mais j'ai préféré 100 fois le côté malsain et pernicieux de la première partie, distillé au compte goutte et nous rendant parano, suspectant tout le monde de tout et n'importe quoi. Barré, efficace et diablement intelligent par son sous-texte et sa dénonciation du racisme ordinaire (et moins ordinaire dans certains états américains).

Get out 6

Là où "Get out" sort son épingle du jeu, au delà de la première partie évoquée plus haut, c'est dans l'humour présent tout du long. Il n'y a pas vraiment matière à rire quand il est question de racisme me direz-vous mais le réalisateur a introduit un personnage qui apporte une autre dimension aux propos et dédramatise (ou "allège") certaines situations. Rod, le meilleur ami de Chris, est LE personnage qu'il ne fallait pas omettre d'intégrer à l'histoire sous peine de passer à côté de belles tranches de rigolade. Le film bascule alors dans la comédie grinçante.

Angoissant, efficace et drôle, "Get out" est à réserver aux fans de films de genre sous toutes ses formes tant il s'avère polymorphe et bien mené. Plus intelligent qu'il n'y parait il offre une réflexion sur les apparences qui n'est pas inintéressante. A découvrir !

Get out 2

La critique de Mr K : 4,5/6. Un très bon film de genre que ce métrage vu la semaine dernière et qui nous a ravi Nelfe et moi par la tension qu’il dégage, le charisme de ses personnages et une forme générale enthousiasmante. Il s’agit d’un premier film et même s’il n’est pas exempt de défauts, la passe est réussie et donnera bien du plaisir (et quelques frissons) aux amateurs.

L’histoire est plutôt classique en soi, un jeune homme afro-américain va avec sa compagne rencontrer sa belle famille. Cela ne l’enchante guère, surtout qu’elle est blanche et appréhende beaucoup la réaction des parents quand ils découvriront ses origines. Pourtant, une fois sur place tout se déroule bien, il est très bien accueilli et tout semble être fait pour le mettre à l’aise. Et pourtant, au fil des heures, il sent bien que quelque chose cloche. Pourquoi les domestiques noirs se comportent_ils étrangement ? Les parents ne cachent-ils pas un secret derrière leur sollicitude ? Qui sont tous ces gens invités à une garden party et qui s’intéressent de si près à lui ? Autant de questions qui se bousculent dans la tête de notre héros qui se retrouve de plus en plus isolé et se demande bien ce qui se passe. La révélation sera des plus fracassantes !

Get out 1

La première partie du film est d’une incroyable efficacité. La tension est maîtrisée comme jamais et maintient une ambiance bien flippante et glauque. Elle illustre à merveille la tension des questions raciales aux Etats-Unis avec notamment la place des blacks dans la société et la façon dont ils sont perçus. Sans en rajouter et tomber dans les clichés, le réalisateur amène cette critique de façon indirecte et très bien dosée, distillant une horreur pure car humaine et sans fard. La seconde partie vire dans un classicisme bien thrash que l’on retrouve dans les films de genre. Mais honnêtement, la présentation des personnages, les interactions mises en œuvre et le plantage de décor sont une super réussite et on se demande bien vers où se dirige les pas du réalisateur. Puis vient le moment de la révélation (un peu what the fuck, j’en conviens) et le film prend une toute autre tournure pas du tout avare en hémoglobine. Ça défoule, c’est fun mais du coup on perd en originalité. D’où ma note qui frôle l’excellence mais se voit rabaisser par du déjà vu. En tous les cas, on est surpris et on passe un bon moment devant un second acte plus speed et bien maîtrisé.

Get out 3

La technique ne fait jamais défaut à ce film : l’image est belle, certains plans audacieux, le rythme bien maîtrisé et certains passages musicaux bien barrés lorgnant vers Carmina Burana (c’est un peu too much je vous l’accorde mais ça donne bien dans une salle de cinoche). Le jeu d’acteur est impeccable et j’ai une tendresse toute particulière pour Rod, le meilleur pote du héros, complètement paranoïaque mais un ami en or. Le jeune héros m’a bien plu aussi, loin des sentiers battus, son personnage est intéressant et l’acteur assume le rôle à fond entre sensibilité exacerbé et chocs successifs. On y croit durant tout le film et les personnages très bien brossés donnent une belle profondeur à ce film de genre bien malin qui oscille régulièrement entre horreur et humour, fournissant un film ambivalent et diablement addictif. On ne s‘ennuie pas une seconde et la fin vient nous cueillir tout pantelant et heureux de la séance à laquelle on a assisté.

Get out 4

Une bonne expérience qui je l’espère fera gagner en notoriété à un jeune réalisateur talentueux qui promet de nous régaler dans les année à venir. Amateurs des films de genre, courez-y !

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mardi 23 mai 2017

"Conséquences" de Darren Williams

consequencesL'histoire : 1969. Angel Rock est une petite localité du sud de l’Australie, austère et abandonnée du monde. Le village a été durement touché par la crise, l’industrie du bois peine à le maintenir en vie. Nature hostile, conditions de vie difficiles, familles isolées, c’est dans ce contexte douloureux qu’un drame s’abat sur la communauté : Tom Ferry, 13 ans, et son petit frère Flynn disparaissent dans le bush, aux abords du village. Une battue est organisée pour les retrouver, en vain.
Sydney, quelques semaines plus tard. Une adolescente en fugue originaire d’Angel Rock est retrouvée morte dans une maison abandonnée. Le suicide ne fait aucun doute pour les autorités. Mais Gibson, un policier sombre et tourmenté, décide, de poursuivre ses investigations.
Défiant sa hiérarchie, il gagne Angel Rock où il va mener une enquête qui, bien vite va tourner à l’obsession. Dans cette petite communauté où rien ne s’oublie mais où rien ne se dit jamais, Gibson devra affronter le poids du passé, le sien et celui du village, pour mettre à jour des secrets enfouis depuis trop longtemps.

La critique Nelfesque : Voici un roman Sonatine qui n'est pas une nouveauté et qu'il serait dommage de laisser de côté. Sorti en 2012, je suis tombée dessus lors d'un chinage de plus il y a déjà 2 ans ! Raaa mais non le temps passe trop viiite ! Il était plus que temps que je mette le nez dedans...

Présenté comme un thriller, j'aurai plus tendance à le classer en roman noir. Si vous aimez les thrillers trépidants, si pour vous il est primordial qu'il se passe une action saisissante toutes les 2 pages ou que chaque chapitre ait une accroche de dingue pour continuer la lecture, passez votre chemin. "Conséquences" n'est pas du tout un page-turner et vous risqueriez d'être déçu si vous l'abordiez ainsi.

Nous sommes ici dans l'Australie profonde. Celle des grands espaces vierges de la présence des hommes, celle des petites bourgades où tout le monde se connaît, celle où l'on peut rencontrer un puissant kangourou au détour d'un chemin, celle où l'on peut se perdre et où le moindre déglingué type "La Colline à des yeux" peut s'en donner à coeur joie. La nature tient une place importante, apportant son lot d'anxiété et d'oppression malgré la magnificence de ses paysages.

C'est dans cette petite ville d'Angel Rock que Tom et son petit frère Flynn vont disparaître un soir d'été alors qu'ils rentraient seuls à la maison. Le lecteur suit alors les recherches, le désarroi des petits, la chute psychologique de leur mère. Darren Williams avec une écriture pure et touchant au coeur, nous emmène alors dans une quête de la vérité, dans le tréfonds de ses personnages, dans la tête de laissés pour compte qui sont sans doute plus humains que le commun des mortels. C'est beau, touchant et passionnant pour qui aime ce type d'ouvrages.

Non-dits, alcoolisme, misère sociale, rumeurs conduisent ici à une tragédie. Celle de la disparition des enfants ? Celle de leur mort ? Celle de révélations sur le passé de certains habitants d'Angel Rock ? Darren Williams hypnotise littéralement son lecteur et le plonge dans un univers poisseux et malsain où l'adolescence et ses affres conditionnent toute la vie des futurs adultes. "Conséquences" est un roman sur le temps qui passe, sur les souffrances propres à chacun, qui n'est pas dénué de surprises et laisse le lecteur au bord des larmes en fin de lecture. Une belle découverte !