samedi 18 novembre 2017

"L'Appel du néant" de Maxime Chattam

chattam

L’histoire : Tueur en série...
Traque infernale.
Médecine légale.
Services secrets.
... Terrorisme.


La victoire du Mal est-elle inéluctable?

La critique de Mr K : Cela faisait un bon moment que je ne m'étais pas replongé dans un Maxime Chattam. Après la gigantesque claque que ma lecture de sa Trilogie du Mal, j'avais été quelque peu refroidi par ses écrits suivants que j'avais trouvé moins bien ficelés et quelques peu prévisibles. "L'Appel du Néant" est la troisième partie d'une trilogie dont Nelfe a chroniqué les deux premiers tomes sur notre blog : La Conjuration primitive et La Patience du Diable. Pour ma part, c'est donc neuf de tout à priori que j'entamai cette lecture qui peut s'entreprendre sans pour autant avoir lu les deux volumes précédents. L'expérience fut distrayante et sympathique à défaut d'être originale. Par contre, elle est clairement dans l'air du temps à travers sa thématique et les questions qu'elle pose.

Ludivine a survécu à deux enquêtes périlleuses et on la retrouve en fâcheuse position. Enfermée dans une fosse sans lumière, elle est captive d'un redoutable serial killer qui viole et tue sans vergogne. Pourquoi est-elle là ? Comment se fait-il que cette super gendarme se soit laissée prendre au piège ? Très vite, l'auteur remonte le temps et revient sur la nouvelle enquête qu'entreprennent Ludivine et son équipe. Une série de meurtres étranges ont lieu et sont à la confluence des actes d'un tueur en série et du terrorisme islamiste. Très vite, un agent de la DGSE se joint à l'équipe pour mener ces investigations qui mêlent secret d’État, sécurité intérieure, pulsion de mort, destruction du libre-arbitre et connaissance du bien et du mal et appel du néant qui donne son titre à l'ouvrage.

J'ai plutôt passé un bon moment en compagnie de Ludivine, Marc et les autres. Certes, les personnages sont assez caricaturaux dans leur genre (on en croise beaucoup dans ce type de lecture) mais on s’attache malgré tout à eux. Ludivine, suite aux expériences traumatisantes des deux volumes précédents, est cassée par la vie, au bord de la rupture et se jette à corps perdu dans le travail. Pas de place pour les loisirs, encore moins pour une relation intime. Vous imaginez bien que Chattam va lui mettre entre les pattes un homme parfait à sa manière si ce n’est qu’il appartient à la DGSE ! Belle fusion que ces deux âmes qui se rencontrent et les relations tissées au fil du temps par l’héroïne avec toute son équipe. On navigue en terrain connu mais la formule marche, donc pourquoi s’en priver.

On retrouve aussi tout le talent de Chattam pour décrire les errances de l’esprit humain avec ici un tueur en série redoutable (face à face d’anthologie avec l’héroïne) et surtout des jeunes gens radicalisés qui veulent passer à l’acte. On rentre pleinement dans le contemporain et l’actu de notre pays depuis Charlie et le Bataclan. Bien qu’on apprenne rien de neuf si on suit l’actualité, cette lecture est une belle piqûre de rappel sur la nature de ce mal insidieux : le processus d’embrigadement, l’organisation d’une cellule terroriste, les techniques d’investigations spécifiques utilisées pour la recherche de criminels de cet acabit. On a beau savoir pas mal de choses, ça fait froid dans le dos, difficile en effet de pouvoir poser un portrait type sur ces individus et de les placer dans une case. Plein de finesse et de profondeur, Chattam soigne ses "méchants" et pour une fois propose une fin plutôt heureuse même s’il faut relativiser car la lutte continue encore et encore.

Ouvrage page-turner par excellence, L'Appel du néant se lit rapidement et très facilement. Beaucoup de sigles une fois de plus mais les notes de bas de page sont là pour soutenir le lecteur, empêtré dans une toile narrative machiavélique et des rebondissements nombreux. On passe un bon moment malgré un sujet difficile et ce roman ravira les fans de l’auteur même si on n'atteint pas le niveau de la Trilogie du Mal qui reste indépassable à mes yeux.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
"L'Ame du mal"
"In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, Nelfe l'a jamais chroniqué celui là, rooooo pas bien !)
"Les Arcanes du chaos"
"La Conjuration primitive"
"La Patience du diable"
"Que ta volonté soit faite"
- "Le Coma des mortels"


samedi 4 novembre 2017

"Le Dernier Hyver" de Fabrice Papillon

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L’histoire : Août 415 après J-C. : La ville d'Alexandrie s'assoupit dans une odeur âcre de chair brûlée. Hypatie, philosophe et mathématicienne d'exception, vient d'être massacrée dans la rue par des hommes en furie, et ses membres en lambeaux se consument dans un brasier avec l'ensemble de ses écrits.

Cet assassinat sauvage amorce un engrenage terrifiant qui, à travers les lieux et les époques, sème la mort sur son passage. Inéluctablement se relaient ceux qui, dans le sillage d'Hypatie, poursuivent son grand œuvre et visent à accomplir son dessein.

Juillet 2018 : Marie, jeune biologiste, stagiaire à la police scientifique, se trouve confrontée à une succession de meurtres effroyables, aux côtés de Marc Brunier, homme étrange et commandant de police de la "crim" du Quai des Orfèvres. Peu à peu, l'étudiante découvre que sa propre vie entre en résonance avec ces meurtres.

Est-elle, malgré elle, un maillon de l'histoire amorcée à Alexandrie seize siècles auparavant ? Quel est ce secret transmis par Hypatie et au cœur duquel se retrouve Marie ? L'implacable destin peut-il être contrecarré ou "le dernier Hyver" mènera-t-il inéluctablement l'humanité à sa perte ?

La critique de Mr K : Un vrai et bon page turner aujourd’hui avec Le Dernier Hyver de Fabrice Papillon, premier roman d’un auteur spécialisé à la base dans la vulgarisation scientifique (une vingtaine d’ouvrages à son actif dans ce domaine). Il marche ici dans les pas d’un Dan Brown en proposant une enquête haletante aux confins de l’histoire, de l’ésotérisme et de la hard science. Une belle lecture qui malgré quelques scories a le mérite d’être efficace et furieusement addictive.

Les ingrédients de base n’ont rien d’original sur le papier : des meurtres épouvantables sont commis dans la capitale selon un rituel étrange semblant venu du fond des âges, la collaboration entre une jeune étudiante à priori naïve avec un flic usé par l’existence, une confrérie antédiluvienne et une conspiration à l’échelle mondiale, des flashback réguliers à différentes époques du passé pour expliquer le présent. L’intrigue tenant sur tout de même 613 pages, les indices nous sont révélés au compte-goutte avec un savoir faire sadique certain, maintenant un suspens parfois intolérable et obligeant le lecteur à se coucher tard. C’est bien simple, j’ai lu ce livre en deux jours en mode no-life tant j’ai été happé par l’histoire.

Et oui, malgré un manque de surprise dans les thématiques, l’ensemble est rudement bien ficelé. Ainsi, même si les personnages ont un goût de déjà lu, ils restent profondément charismatiques et les liens qui les unissent créent une unité profonde et réservant quelques surprises malgré tout. Le flic est taciturne à souhait, vraiment au bord de la rupture, on s’attache à lui très vite, l’aspect ours-grognon fonctionnant à plein. Marie, l’étudiante hyper douée n’est pas en reste avec un déboussolement qui ne va pas aller en s’arrangeant jusqu’à la révélation finale. On a beau se douter que ça va faire mal, je dois avouer que la fin m’a diablement séduit car sachez-le, le happy-end n’est pas de mise. Clairement, le dénouement à lui seul vaut le détour, ça fait du bien de sortir un peu des sentiers battus et même si pour cela il faut attendre les 50 dernières pages, quel pied !

L’enquête en elle-même est menée avec brio et beaucoup de technique, les apports sont nombreux en terme de connaissances pures et l’on en apprend beaucoup sur les forces de l’ordre et leurs récentes réorganisations. L’ombre du 13 novembre 2015 plane d’ailleurs sur ces pages, l’auteur y faisant souvent référence comme dans la littérature américaine après les attentats du World Trade Center, il y a un avant et un après Bataclan en France. Une certaine tension en émane, un climat différent et clairement une certaine paranoïa que l’auteur distille avec finesse tout au long des phases d’enquêtes. Réaliste et sans pathos, la partie enquête de l’ouvrage se lit avec un plaisir certain.

La partie dite historique et scientifique est assez passionnante aussi malgré des entorses à la réalité. On retrouve ainsi des personnages célèbres qu’il est bien pratique d’user et de réutiliser à l’envie dans ce genre de thriller ésotérique (pêle-mêle ici Curie, Elisabeth I, Newton, Vinci, Voltaire...). C’est sympa d’essayer de tirer le vrai du faux surtout si comme moi vous avez étudiez l’Histoire dans votre jeunesse. Les autres se laisseront embarquer dans un rêve funeste et terrifiant. Perso, je n’y ai pas cru un moment même si ça ne me déplaît pas de m’évader dans un trip de conspiration pluri-millénaire à la Da Vinci Code. À ce propos, j’ai trouvé peu élégant de la part de l’auteur de se gausser à l’occasion de deux passages de Dan Brown (un dialogue entre flics, le touriste US dans une église anglaise) qui même s’il n’est pas toujours un auteur de haut calibre (voir ma critique d’Inferno) a eu le mérite de séduire des millions de lecteurs. Peut-être étaient-ce des clins d’œil, je les ai trouvés lourd-dingues et malvenus. La partie scientifique pure quant à elle est bluffante, pour le coup je n’y connaissais pas grand chose (je ne vous parlerai pas des domaines vus car cela donnerait des indices sur la teneur de la trame principale), j’en suis ressorti plus riche et éclairé. L’auteur n’a pas son pareil en tout cas pour expliquer avec des mots simples des concepts compliqués à priori hors de porté pour le béotien en la matière que j’étais.

C’est donc un ouvrage qui m’a énormément plu et qui a réussi à m’embarquer littéralement, le genre de livre auquel on pense et repense durant sa lecture ce qui est suffisamment rare pour être souligné. Bien écrit, érudit mais sans exagération, structuré et maîtrisé de bout en bout, sans longueurs inutiles, on passe un excellent moment et la fin est géniale. Idéal pour se détendre durant une période de vacances, c’est le genre de bouquin qu’on ne peut relâcher une fois débuté si on est amateur du genre. Vous savez ce qu’il vous reste à faire si vous faites partie du lot.

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lundi 23 octobre 2017

"L'Accusé du Ross-Shire" de Graeme Macrae Burnet

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L’histoire : Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ?

Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins. Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ? S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ? La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

La critique de Mr K : Une lecture express de plus avec ce roman entretenant habilement le mystère entre fiction et faits divers réels. Constitué de matériaux et formes de texte diverses, Graeme Macrae Burnet dans L’Accusé du Ross-Shire nous invite dans le XIXème siècle écossais avec une maestria incroyable, plongeant le lecteur dans les affres de l’addiction extrême. C’est le gage d’une expérience littéraire hors du commun, voici pourquoi.

Dans une préface bien sentie, l’auteur nous explique qu’il a réuni divers documents autour d’une affaire de meurtre datant de 150 ans et dans laquelle aurait été impliqué un de ces aïeux. Il se propose alors de porter à la connaissance du lecteur les dépositions des témoins clefs, le journal rédigé par l’accusé lors de son séjour en prison précédent son procès, les rapports médicaux suite à la découverte des corps et les minutes du jugement croisées avec les impressions des journalistes de l’époque. On multiplie donc les points de vue à la manière d’une enquête policière et l’on plonge sans filet dans une époque rude dans un coin reculé des Highlands écossais.

Roderick Macrae a 17 ans au moment des faits. Orphelin de mère depuis peu, il seconde son père à la ferme en compagnie de sa sœur Jetta. Les temps sont rudes pour cette famille pauvre, le père au cœur attristé par la perte de son épouse a la main leste et les paroles dures. Pourtant, l’existence poursuit son chemin, Roderick est d’une intelligence rare et malgré son extraction modeste, il pourrait prétendre à un avenir meilleur. Mais la fatalité semble s’acharner sur la famille endeuillée, suite à diverses bisbilles et tracasseries, la tension monte entre eux et la famille Mackenzie dont le patriarche devient le constable du village, c’est à dire celui chargé de faire respecter la loi et les prérogatives des lords sur leur terres. C’est le début d’un engrenage qui va conduire à un drame épouvantable. Vient ensuite l’analyse faite par les médecins, les aliénistes (spécialistes de l’esprit humain de l’époque) et enfin les débats lors du procès.

Cet ouvrage s’est apparenté pour moi tout d’abord à un retour à mes chères années de fac quand j’avais suivi un cours d’étude comparée des systèmes agricoles anglais et français aux XVIIè et XVIIIème siècle. Loin d’être aussi rébarbatif que ce cours puisse paraître aux non initiés, j’ai retrouvé ici une belle évocation du système sociétal mis en place outre-manche avec le système des lords, régisseurs, constables et bailleurs. Les terres n’appartiennent pas aux paysans, ces derniers louent leur fermage et doivent l’entretenir au mieux. La lutte des classes est ici quotidienne et très vite on se rend compte que la famille du personnage principal est considérée comme une quantité négligeable dont on se fiche éperdument que l’on soit noble ou membre de l’église. Le poids des traditions et des us est lourd à porter, il est donc quasiment impossible de s’extraire de sa condition et aucun recours n’est à disposition des simples gens du peuple. Cela donne lieu dans cet ouvrage à des passages à forte charge émotionnelle, à des crises de rage intérieure face aux iniquités et aux injustices. Personnellement j’avais parfois l’estomac retourné face à tant de cruauté institutionnelle.

L’ajout de documents extérieurs notamment médicaux donnent ainsi à voir la perception qu’ont les médecins sur les maladies mentales et leur lien présumé avec les classes sociales. Le déterminisme règne en maître sur les esprits : un pauvre restera un pauvre, sujet à la maladie, aux dérèglements d’humeur et à la tentation du crime. Effroyable lecture par moment mais à mon avis nécessaire et éclairante, surtout quand on entend encore ce genre de propos dans le cadre de certaines réunions du MEDEF, syndicat qui a toute l’attention de nos autorités ces derniers temps...

Le cœur des hommes est aussi sondé en profondeur dans ce drôle de roman. La solidarité des humbles dans le partage des tâches et le soutien dans les épreuves de la vie, les rites simples d’une existence solaire et loin des agitations de la ville mais aussi les rumeurs, les jalousies et toutes les crasses que l’on peut se faire dans une communauté repliée sur elle-même. C’est un mélange d’attirance et de répulsion qui guide le lecteur dans ces pages hantées par le malheur, le deuil et la pauvreté au milieu d’un paysage splendide qui inspire la liberté mais ne la donne pas pour autant. Cette ambiguïté omniprésente donne une force et une puissance hors du commun à ce fait divers finalement banal dans sa cruauté et son irrationalité. L’être humain ne ressort pas grandi une fois de plus mais cette histoire met en lumière sa complexité, sans pathos ni raccourci.

Passionnant, intelligent, divertissant mais aussi révoltant et très triste, ce roman (car c’en est bien un malgré le caractère "authentique" de la proposition) est avant tout bouleversant et terriblement accrocheur. L’écriture bien que vieillie intentionnellement pour crédibiliser l’entreprise (bravo à la traductrice au passage, ça n’a pas du être évident à réaliser) est d’une fluidité et d’un charme fou, on se laisse emporter sans efforts vers ces rivages lointains avec un plaisir de lecture renouvelé à chaque page. C’est bien simple, le temps semble s’arrêter et c’est tout groggy qu’on arrive à la fin sans s’en rendre compte. Une vraie petite bombe à retardement que je ne saurais que vous conseiller tant le bonheur de lire est au rendez-vous. Chapeau bas !

vendredi 20 octobre 2017

"Deuils de miel" de Franck Thilliez

Deuils_de_mielL'histoire : Une femme est retrouvée morte, agenouillée, nue, entièrement rasée dans une église. Sans blessures apparentes, ses organes ont comme implosé. Pour le commissaire Sharko, déjà détruit par sa vie personnelle, cette enquête ne ressemblera à aucune autre, car elle va l'entraîner au plus profond de l'âme humaine : celle du tueur... et la sienne.

La critique Nelfesque : Retour dans l'univers de Franck Thilliez après quelques années de disette. J'ai découvert sa plume en 2011 et n'avais lu que 3 romans de lui jusqu'alors. Il était donc temps de me replonger dans ses écrits avec "Deuils de miel", troisième volet de sa saga dédiée à Franck Sharko et Lucie Hennebelle. Comme avec beaucoup de saga thriller / polar, il est tout à fait possible de lire les ouvrages indépendamment les uns des autres, chacun étant dédié à une enquête. Seulement, si vous souhaitez comme moi, en apprendre plus sur le personnage et suivre son évolution, il vaut mieux les prendre dans l'ordre.

Franck Sharko est ici un homme meurtri. Veuf et démoli, il tente chaque jour de reprendre le dessus et s'accroche à son métier pour ne pas perdre pied. C'est alors que le cadavre d'une femme est retrouvée dans une église. En position de prière, entièrement nue et rasée, elle ne présente pas de blessures apparentes et l'ensemble semble être une mise en scène particulièrement macabre. Sept papillons sont posés sur son crâne lisse. Commence alors un jeu de pistes où le commissaire Sharko tiendra une place de choix. Principal "chasseur" du tueur, il va se jeter corps et âme dans cette enquête qui réveillera des douleurs encore vives du passé.

Dépassant allégrement les frontières du bien et du mal et de ce qui se fait dans le cadre de ses fonctions, Sharko est ici borderline à souhait. N'en faisant qu'à sa tête, fonctionnant 100% à l'instinct, il a des réactions on ne peut plus primaires et basiques et perd totalement pied pour le plus grand bonheur du lecteur qui se délecte de la précision avec laquelle Franck Thilliez fait sombrer son personnage.

Après une première partie intéressante mais somme toute assez classique dans son approche (ceux qui sont friands de thrillers y trouveront leur compte mais sans crier au génie pour autant) le dernier tiers est un festival jouissif qui vaut à lui seul la lecture de ce roman. La tension monte crescendo et l'auteur ne fait pas dans la dentelle pour nous servir un final absolument dantesque. Quel pied ! L'épilogue vient d'ailleurs clore l'ensemble et laisse le lecteur sans voix. Je suis une habituée de thrillers mais je dois dire que là Thilliez fait très fort ! Que va-t-il advenir du commissaire dans les volumes suivants ? La question reste plus que jamais en suspens et je ne tarderai pas autant à me plonger dans la suite.

L'écriture est maîtrisée, laissant voir au départ un ouvrage de bonne facture mais en gardant sous le pied pour mieux nous amadouer et nous époustoufler par la suite. Un parti pris qui paye puisque la surprise n'aurait pas été aussi intense si Thilliez n'avait pas aussi bien jaugé son suspens et la tension au fil de ses pages. Autant par le passé, j'ai pu faire preuve de tempérance sur ses écrits, autant ici, je suis bluffée et je l'avoue, je n'aurai pas pensé l'être autant par cet auteur (pourtant adoré dans le genre, j'aurai dû m'en douter).

Amateurs de thrillers, je crois qu'il est inutile de vous faire un dessin : foncez ! "Deuils de miel" vous ravira sur tous les points : histoire, personnages, psychologie, écriture et émotions. Ca fait du bien par où ça passe !

dimanche 8 octobre 2017

"Mother !" de Darren Aronofsky

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L'histoire : Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

La critique de Mr K : 6/6. Sans doute MA grosse claque annuelle cinématographique. En même temps, il est très rare que ce réalisateur se plante, il fait partie de mes chouchous depuis Pi, Requiem for a dream et The Fountain. De ce métrage, je n’avais pas vraiment entendu parler avant de voir la bande annonce sur Allociné, il y a quelques temps. Synopsis mystérieux et premières images au diapason, j’y suis allé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu, le voyage fut éprouvant et assez jouissif dans son genre.

Je n’en dirai pas beaucoup plus que le résumé officiel sur ce film tant il faut se garder la surprise, tout spoiler pourrait vous gâcher la surprise. Sachez simplement que derrière ses apparences de drame domestique doublé de home invasion se cache une histoire universelle à la mystique développée de manière extrême. Il faut d’ailleurs posséder un certain bagage culturel pour pouvoir apprécier pleinement ce film car sinon vous risquez de vous agacer assez vite et de sortir outré de la séance comme ce fut le cas d’une spectatrice à notre séance qui a trouvé l’ensemble choquant et sans queue ni tête. C’est loin d‘être le cas, le film étant extrêmement bien construit et maîtrisé au niveau de la narration. Il faut aussi se laisser porter par les actes et les images, accepter de ne pas tout comprendre tout de suite même si l’ensemble paraît bancal, ici tout a une explication et croyez moi ça vaut son pesant d’or.

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Film sur le couple, la maternité, la dépendance de l’un envers l’autre, l’humanité et ses travers, les affres de la Création entre autre, on touche ici à la métaphysique pure et au mysticisme profond. En cela, il dérange car il touche au Sacré et aux convictions les plus intimes de chacun, attendez-vous à être sévèrement secoué et à réfléchir longtemps après le visionnage. Personnellement, j’ai été émerveillé par le propos distillé par le métrage, trouvant beaucoup de points communs entre la pensée du réalisateur et la mienne, comme si les images et l’histoire faisaient écho à mes convictions intimes. C’est une impression vraiment bluffante et confondante.

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Les acteurs sont tout bonnement merveilleux avec un Javier Bardem toujours aussi magnétique, dégageant un charme animal puissant (Nelfe du calme !) et une Jennifer Lawrence au talent d’actrice épatant (je ne l’avais vu pour le moment que dans la très bonne tétralogie Hunger games). Ces deux là se répondent à merveille, jouant sur toutes les nuances d’émotions, transmettant des charges émotives incroyables. Quand la révélation se fait jour sur leur nature profonde, leur jeu en devient tout bonnement lumineux. Les seconds couteaux ne sont pas en reste avec un Ed Harris impeccable et une Michelle Pfeifer vénéneuse à souhait. 

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Et puis, il y a la forme globale. Aronofsky est un des cinéastes les plus doués de sa génération, c’est beau, puissant, très bien rythmé, l’accélération est progressive jusqu’à devenir étouffante. Il magnifie le quotidien du couple avant de s’élever devant les enjeux cachés pour asséner violemment ses vérités avec une maestria de tous les plans : ce film se révèle inventif, délirant et assez unique en son genre. Je vous le dis, c’est un film qui scotche les rétines et fait profondément réfléchir. Passez votre chemin si vous n’aimez pas le space et les objets filmiques non identifiés. Si par contre, vous aimez vous faire mal, voir quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, foncez. Ce film est une bombe !

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dimanche 1 octobre 2017

"Ne fais confiance à personne" de Paul Cleave

ne_fais_confianceL'histoire : Il y a pire que de tuer quelqu'un : ne pas savoir si on l'a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire des histoires abominables, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Il peuvent parfois donner des idées. Eux-mêmes, à force d'élaborer des crimes presque parfaits, ne sont pas à l'abri d'aller tester leurs fictions dans la réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier qui ne sait plus très bien où il en est. A force d'inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n'aurait-il pas fini pas succomber à la tentation de passer à l'acte ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu'il est persuadé d'avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d'être inspirées de faits réels, l'étau se resserre. Mais, comme à son habitude, la vérité se révélera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

La critique Nelfesque : Paul Cleave est un auteur que j'ai beaucoup lu il y a 3 / 4 ans mais que j'ai laissé de côté par la suite. Vous connaissez l'adage : "Tant de romans à lire et si peu de temps"... En cette Rentrée Littéraire, j'ai tout de même décidé de revenir à lui avec "Ne fais confiance à personne" qui m'avait l'air bien tordu et dont la quatrième de couverture n'était pas sans me rappeler sous certains aspects "La Part de ténèbres" de Stephen King.

En effet ici aussi il est question de l'écrivain et de son double possible. Qui de l'homme ou de l'auteur écrit les histoires, les invente, les vit peut-être ? D'où vient l'inspiration et comment s'appréhende-t-elle ? Quelle est la frontière entre le génie et la folie ? Jerry à la ville est plus connu du grand public sous le nom de Henry Cutter, auteur de thrillers prolifique et talentueux. Jusqu'au jour où on lui diagnostique un elzheimer précoce alors qu'il n'a pas encore 50 ans et que son inspiration s'envole peu à peu avec sa mémoire, laissant place à des doutes troublants...

Souvenirs réels ou fantasmés, Jerry et Henry se confondent et chaque jour l'un doit mener un combat face à l'autre qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Alors Jerry continue d'écrire, dans un carnet, pour son futur lui-même qu'il sait voué à la perte totale de mémoire, pour qu'il puisse se raccrocher à quelque chose, savoir qui il était vraiment quand il n'aura plus aucune résurgence de son passé.

Le lecteur est pris dans un tourbillon de questions, à l'image de Jerry qui patauge complètement dans une existence angoissante, ne sachant plus démêler le vrai du faux, persuadé qu'il est parfois d'avoir commis des crimes que tout le monde lui attribue seulement sur papier. Ses trous noirs et ses impressions sont-ils réellement dûs au processus d'écriture ou ne s'était-il pas à l'époque déjà inspiré de son expérience ? Sa maladie ne serait-elle pas là uniquement pour révéler au monde entier sa vraie nature ? Pourquoi sa fille est-elle si distante alors qu'il a besoin d'elle ? Lui en veut-elle pour quelque chose qu'il aurait oublié ?

Paul Cleave est un auteur très agréable à lire. Le récit est une fois encore fluide, l'histoire prenante et les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire est là et l'intérêt ne faiblit pas. Il y a ici une excellente gestion du suspens et le personnage est vraiment très bien construit. Seul bémol, si il en faut un : une fin un brin too much. A trop vouloir épater le lecteur, les derniers paragraphes perdent en crédibilité. Un thriller psychologique à découvrir toutefois tant le rythme est maîtrisé et la curiosité du lecteur éveillée !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Nécrologie
- Un Employé modèle
- Un père idéal

jeudi 7 septembre 2017

"La Secte sans nom" de Ramsey Campbell

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L’histoire : Jamais vous ne connaitrez le nom de vos geôliers. Vous ne serez plus rien. Rien qu'une victime. Et personne ne vous entendra hurler.

Le corps sauvagement mutilé d'une enfant est retrouvé dans les bois.

Neuf ans plus tard, Barbara, en se plongeant dans une activité fébrile, a presque réussi à se remettre du meurtre et du kidnapping de sa fille. Jusqu'à ce qu'une petite voix lui dise au téléphone : "Maman, maman, j'ai besoin de toi".

Son enfant est vivante, prisonnière d'une secte sinistre, se livrant à des rites sataniques, innommables.

Affolée, Barbara essaie de retrouver la trace de la secte. Les adeptes l'attendent...

La critique de Mr K : Retour dans la planète terreur de chez Presse Pocket avec cet ouvrage qui fait la part belle à l'angoisse et au mystère. Un petit plaisir coupable comme je les aime, idéal pour les vacances (celui-ci a été lu cet été), une lecture sans prétention qui n'invente pas le fil à couper le beurre, un livre qui ne prétend pas être un classique mais qui se révèle globalement efficace dans son genre.

Barbara a dû se reconstruire par le travail suite à la disparition tragique de sa fille, elle que la vie n'a déjà pas épargné avec la mort prématurée de son mari lors de sa grossesse. Angela a été enlevée à son école puis retrouvée morte assassinée. Le deuil est très difficile à supporter pour l'héroïne qui se sent responsable. 9 ans après, la traductrice est devenue agente d'écrivains, elle mène désormais sa barque d'une main de maître. Un coup de téléphone à priori anodin va bouleverser la nouvelle existence qu'elle s'est efforcée de construire du mieux qu'elle peut. Sa fille semble être revenue d'entre les morts et tente de la recontacter ! Commence alors un jeu du chat et de la souris, une enquête à haut risque qui ira de révélation en révélation.

On rentre dans le vif du sujet très vite avec ce roman qui commence fort avec le coup de fil d'outre-tombe et quelques flashback bien sentis sur la vie que menait Barbara avant le drame. Tout est prêt pour la grande bascule et quand celle ci se déclenche, tout semble échapper à Barbara qui perd ses moyens et s'enfonce dans une spirale infernale. Elle va devoir démêler le vrai du faux entre espoirs et fausses pistes, et enquêter sur une mystérieuse secte, composée d'anonymes, extrêmement bien organisée et qui laisse peu de traces voir aucune. Elle ne peut compter que sur elle même et un ami proche. La menace au fil des pages se fait plus insidieuse et le final révèle bien des vérités, pas forcément faciles à accepter.

Bien rythmé, La Secte sans nom se lit d'une traite alternant de manière régulière des passages stressants avec des immersions bien senties dans l'esprit des personnages qui sont plus qu'éprouvés par les événements du livre. Les rapports entre les différents protagonistes sont très bien rendus notamment les changements qui s'opèrent chez Barbara : activ woman sûre d'elle, le passé qui ressurgit va la transformer et fêler le personnage qu'elle s'est bâtie. Prise entre le remord et le fol espoir de revoir sa petite fille, elle va vraiment devenir borderline et les passages concernés sont vraiment saisissants de réalisme. Intéressant aussi le personnage de Ted, son ami divorcé qui jongle entre sa vindicative ex femme et l'étrange histoire dans laquelle il se retrouve plongé. Ces deux là semblent s'engluer dans une toile d'araignée qui les dépasse. Un climat de paranoïa s'installe durablement chez eux et contamine irrémédiablement le lecteur, ravi d'être pris en otage.

Au final, on passe un très bon moment malgré quelques scories narratives qui ralentissent parfois le déroulé de la narration (répétition inutile d'exploration de demeures abandonnées notamment) et un manque de développement autour de la secte, ses origines et ses pratiques. A ce propos, rien de vraiment satanique chez elle (mêmes si les pratiques sont horribles je vous l'accorde). Malgré tout, La Secte sans nom se lit très bien et on en ressort satisfait. Une bonne lecture détente-neurone en somme.

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lundi 4 septembre 2017

"Les Mystères d'Avebury" de Robert Goddard

Les mystères d'AveburyL'histoire : Été 1981. Alors qu’il attend à la terrasse d'un café, David Umber est témoin d’un fait divers qui va bouleverser son existence. Trois jeunes enfants qui se promenaient avec leur baby-sitter sont victimes d’une terrible agression. Un homme kidnappe Tasmin, deux ans, et s’enfuit à bord de son van. Alors qu’elle essaye de s’interposer, la petite Miranda, sept ans, est percutée par le véhicule. Tout se passe en quelques secondes. David, comme les deux autres témoins de la scène, n’a pas le temps de réagir. À peine peuvent-ils donner une vague description de l’agresseur.

Printemps 2004. Prague. Après une histoire d’amour avortée avec la baby-sitter des enfants, David a tout quitté pour refaire sa vie. Il est contacté par l’inspecteur-chef Sharp, chargé à l’époque de l’enquête. Sharp lui demande de l’accompagner en Angleterre pour essayer de faire enfin toute la lumière sur la disparition de Tasmin. Littéralement hantés par cette affaire, les deux hommes reprennent un à un tous les faits. Bientôt de nouvelles questions se posent sur la configuration des lieux, sur la présence des témoins, sur la personnalité des victimes. Le drame cache en réalité encore bien des secrets.

Ne voit-on jamais que ce que l’on a envie de voir ? Dans les histoires d’amour comme de meurtre, la réalité est souvent bien différente de ce que l’on aimerait qu’elle soit.

La critique Nelfesque : Première lecture pour moi d'un ouvrage de Robert Goddard. La quatrième de couverture est alléchante, le roman commence bien mais malheureusement je n'ai pas été convaincue. Explications...

Un enlèvement, une enquête menant à une impasse, des années où chacun tente de se reconstruire. Et puis un jour, 23 ans plus tard, l'histoire refait surface. Avouez que niveau intrigue, ça laisse rêveur et l'amatrice de thriller que je suis trépigne d'avance ! Les premières pages relatant l'enlèvement sont saisissantes de réalisme. Nous sommes, en tant que lecteurs, également sur la place où un drame se joue. Tout se passe très vite, personne ne pouvait empêcher l'enlèvement de la fillette. Passé la surprise, le roman prend une tournure décevante.

On perd du monde en route, la motivation, l'envie. Le rythme est haché, la construction bancale, le roman inégal. Dommage car l'histoire pouvait vraiment donner quelque chose de trépidant. Hélas, ce n'est pas le cas... Je me surprends à survoler des passages, à bailler. Lenteur et désoeuvrement. Pourtant Robert Goddard nous emmène loin, faisant basculer son roman vers le thriller historique. Circonvolutions, enfumage. Trop loin pour ma part, la révélation ne justifiant pas à mon goût tant de longueurs et se révélant même frustrante. Les descriptions sont interminables, n'apportent rien à l'ensemble et finissent par gâcher le potentiel que l'auteur avait placé dans ses personnages crédibles et attachants. On aurait ici pu faire l'économie d'une bonne cinquantaine de pages et gagner en lisibilité et en spontanéité. "Plus c'est long, plus c'est bon", l'adage ne se confirme pas ici (et c'est pas la première fois que je le remarque...).

Pour qui aime les thrillers historiques, ce roman peut être fait pour vous. Je l'avoue ce n'est pas du tout ma tasse de thé et cela n'étant pas du tout évoqué dans la 4ème, j'ai eu l'impression de m'être faite berner. Dans tous les cas, ne vous attendez pas à un rythme effréné, ici on prend son temps. Les amateurs apprécieront. Les autres partiront en courant...

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mardi 22 août 2017

"Au fond de l'eau" de Paula Hawkins

Au fond de l'eauL'histoire : En froid avec sa soeur Nel depuis des années, Julia n'a pas voulu lui répondre lorsque celle-ci a tenté de la joindre. Une semaine plus tard, le corps de Nel est retrouvé dans la rivière qui traverse Beckford, la ville de leur enfance. Obligée d'y revenir, Julia est terrifiée. De quoi a-t-elle le plus peur ? D'affronter le prétendu suicide de sa soeur ? De s'occuper de Lena, sa nièce de quinze ans, qu'lle ne connaît pas ? Ou de faire face à un passé qu'elle a toujour fui ? Plus que tout encore, c'est peut-être la rivière qui la terrifie, ces eaux à la fois enchanteresses et mortelles, où, depuis toujours, les tragédies se succèdent.

La critique Nelfesque : Après un premier roman, "La Fille du train", ayant fait grand bruit, Paula Hawkins revient avec "Au fond de l'eau". Avec le succès du précédent, on l'attendait un peu au tournant. J'avais moi-même apprécié cette première lecture, un thriller psychologique addictif qui ne cassait pas des briques côté écriture mais que j'avais eu beaucoup de mal à lâcher. Qu'en est-t-il de ce roman-ci ? Essai transformé ?

On retrouve ici la dynamique de Paula Hawkins qui est capable d'hypnotiser son lecteur et le tenir en haleine. Et ce dès la première page. La tension monte doucement et tout est terriblement bien dosé.

Lena et Julia sont en froid depuis des années. Alors que l'une cherche à rester en contact et montre un besoin constant d'attention, l'autre souhaite tirer un trait sur le passé et sur un événement survenu à l'adolescence. L'auteure, par d'incessants aller-retour entre le passé et le présent et une abondance de points de vue et personnages, crée une émulsion dans le cerveau du lecteur qui ne cesse d'échaffauder des théories sans cesse remises en cause par l'histoire.

Thriller psychologique efficace, "Au fond de l'eau" prend le temps de s'installer et s'apprécie d'autant plus lorsqu'on a la possibilité de le lire rapidement, en quelques jours. Happé par l'intrigue, les pages se tournent toutes seules et, si j'osais une comparaison avec le premier ouvrage, celui-ci est beaucoup plus abouti. Il y a un petit côté "Broadchurch" (pour ceux qui connaissent) qui n'est pas pour déplaire à l'amatrice d'ambiances troubles que je suis. Fantômes du passé, non-dits, culpabilité se mêlent ici pour offrir un roman très prenant dont il est difficile de décrocher ! Attention toutefois, nous ne sommes pas en présence d'un page-turner au sens strict et il faut se laisser apprivoiser par le rythme et le climax mais si tel est le cas, bingo !

"Au fond de l'eau" est un roman dans lequel certains déploreront des longueurs (critique déjà mise en avant pour "La Fille du train"). Pour ma part, je trouve que l'auteure met à profit tous ces moments de descriptions et de digressions pour construire une toile d'araignée qui se justifie en fin d'ouvrage. Nul besoin d'aller droit au but si c'est pour perdre l'âme d'une histoire en cours de route, je préfère largement comme ici que l'auteur prenne tout le temps nécessaire pour construire quelque chose de qualité. D'autant plus que l'histoire est passionnante.

Nel a toujours habité la maison familiale sur la rivière. Avec le temps, elle a développé une fascination morbide pour cette eau sans cesse en mouvement et lui voue un respect sans bornes. C'est pour cette raison qu'elle décide un jour d'écrire un ouvrage sur elle et sur le "Bassin aux noyées", connu dans toute la région et à l'aura si particulière. En ces lieux, de nombreuses légendes circulent, des femmes attristées s'y seraient suicidées, des sorcières y auraient été noyées... Et c'est au même endroit que Nel trouvera la mort. Peu de temps après une jeune fille de 15 ans. Par désespoir ? Parce qu'elle a voulu réveiller de vieux démons ? Parce que personne à Beckford ne voulait remuer le passé ?

C'est dans ces conditions difficiles de deuil que Julia va revenir dans son village natal, rencontrer sa nièce, s'occuper d'elle et essayer de comprendre ce qui s'est réellement passé. Entre répulsion de revenir sur les lieux de son enfance, douleur de perdre sa soeur, souvenirs enfouis et révélations surprenantes, ce roman soulève bien des questions sur l'acceptation de soi, le pardon, la propension à se délester des moments pesants de nos vies pour avancer. Les personnages sont fins et justes, leur psychologie complexe, l'écriture est bien mieux maîtrisée ici et l'ensemble est plus que réussi.

Secrets de famille, deuil, fantômes du passé, culpabilité : voici quelques-uns des ingrédients du nouveau roman de Paula Hawkins. "Au fond de l'eau" est un ouvrage à déguster frappé et à consommer sans modération !

Posté par Nelfe à 20:43 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
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samedi 22 juillet 2017

"La Ligne de sang" de DOA

La Ligne de sang

L'histoire : Cela n'aurait pu être qu'un banal accident de moto sur les hauteurs de la Croix-Rousse. Un homme dans le coma victime d'un accrochage... C'est le début d'une enquête des plus troubles menée à l'instinct par les officiers de police Marc Launay et Priscille Mer. La victime, entourée de mystères, est bien trop inquiétante. Tout sue l'angoisse et la peur dans sa grande maison vide. Trop de portes fermées, de questions, de silences oppressants. Sa compagne même a disparu, comme volatilisée, et personne ne sait rien. Jamais cette dernière ne mentionnait son nom. Jamais elle ne parlait de lui. A sa demande. Comme s'il avait voulu ne jamais exister. Comme s'il avait souhaité que personne ne puisse un jour savoir ce qu'il était vraiment...

La critique Nelfesque : DOA est un auteur que j'aime beaucoup. Il ne fait pas toujours dans la facilité et ses romans peuvent demander un effort aux lecteurs et se révéler exigeants mais quel plaisir à chaque fois !

"La Ligne de sang" est un thriller plutôt accessible mais à ne pas mettre entre toutes les mains. Ce qui commence comme une enquête banale va plonger peu à peu nos deux officiers de police dans un tourbillon d'effroi. DOA ne fait pas dans la dentelle et ne ménage pas ses lecteurs tant par les idées soulevées ici que dans les scènes à la limite du soutenable pour les non-initiés. Les amateurs de thriller jusqu'au-boutiste quant à eux seront plus que ravis. C'est mon cas et je dois avouer que j'ai adoré ce roman qui ne cesse de monter en puissance et en pression durant toute la lecture.

Rien de plus banal qu'un accident de la route. Lorsqu'un motard est retrouvé dans le coma suite à une collision, la routine policière se met en place. On met en lumière les circonstances de l'accident et on tente de prévenir les proches. Très vite, une zone d'ombre va apparaître autour de cet homme. Sa petite amie s'est volatilisée et est injoignable et sa famille est plus qu'étrange. Tout cela est bien trop flou pour Marc Launay qui va entraîner sa collègue Priscille sur les traces de son passé. D'autant plus qu'il craint le pire pour la petite amie que rien ne disposait à se comporter de la sorte...

"Moui, bon, c'est assez banal ton histoire là Nelfe..." me direz-vous. Oula ! Détrompez-vous ! Tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg ! Et en dessous, croyez-moi, il y a de quoi frémir... Ce que Marc et Priscille vont découvrir est inimaginable (et je me garderai bien de vous donner des détails ici). DOA emmène alors son lecteur dans un univers sombre, glauque et pour le moins ésotérique. Déviances, magie noire, occultisme sont au coeur de ce roman qui nous emmène du centre ville de Lyon où débute l'histoire aux pentes escarpées des Alpes. Villages de montagne, habitants taiseux, ici les gens de la ville ne sont pas les bienvenus. Et que penser de l'état du motard qui, pendant ce temps, ne cesse d'évoluer entre dédoublement de la personnalité, possession et démonstrations de violence surhumaine...

Sans jamais tomber dans la caricature, DOA ne cesse de nous surprendre et maîtrise la tension comme personne dans ce roman. Il entraîne le lecteur vers des contrées insoupçonnées et le fait passer par tous les états. Jusqu'à la scène de fin, bouquet final incroyable, on est sur les dents jusqu'à la dernière page ! Amateurs de rebondissements, d'univers sordides et d'histoires prenantes, vous aimez être surpris et prendre votre pied avec un thriller qui sort du lot, n'hésitez plus, "La Ligne de sang" a toutes les qualités pour vous faire vivre un excellent moment de lecture. On en redemande !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "Citoyens clandestins"
- "Le Serpent aux mille coupures"

Posté par Nelfe à 18:13 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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