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L’histoire : ""Miracle de culture", comme on l’a dit des Fables de La Fontaine, les Contes de Perrault sont aussi un miracle de savant style naïf, le chef-d’œuvre qui résume, mieux encore que les beaux Mémoires du principal collaborateur de Colbert, l’essentiel de ses convictions et la juste fierté d’une existence entièrement consacrée aux belles-lettres, aux beaux-arts, et à l’État royal." Marc Fumaroli
Ce volume contient : Griselidis – Peau d’Âne – Les Souhaits ridicules – La Belle au bois dormant – Le Petit Chaperon rouge – La Barbe bleue – Le Maître Chat ou le Chat Botté – Les Fées – Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre – Riquet à la Houppe – Le Petit Poucet.

La critique de Mr K : Retour en enfance (ou presque) aujourd’hui avec ma chronique des Histoires ou Contes du temps passé de Charles Perrault, lus ici dans leur version originale. C’est une première pour moi même si j’en connaissais déjà la teneur grâce à une lecture universitaire fort intéressante : La Psychanalyse des contes de fée de Bruno Bettelheim. On est donc bien loin des versions édulcorées que l’on nous sert à la sauce Disney ou dans les recueils de contes standardisés qui pullulent dans les éditions jeunesse. Non, un conte à la base est avant tout une histoire servant à éduquer et notamment via le mécanisme de la peur et de l’appréhension. C’est aussi un texte destiné à tout public (Perrault disaient d‘eux qu’ils les écrivaient aussi pour les adultes) d’où mon grand intérêt à l’idée de lire la matière originelle. Que j’ai bien fait !

Je ne vous ferai pas l’injure de vous résumer chacun des contes, on les connaît quasiment tous. L’ouvrage en lui-même est divisé en deux parties (après une introduction très longue et pour le coup fastidieuse à lire). Ça a commencé par une découverte pour ma part, la constatation que les trois premiers contes sont versifiés. Griselidis (une histoire que je ne connaissais pas), Peau d’âne et Les Souhaits ridicules sont très agréables à lire, surtout à voix haute (Little K du haut de ses cinq mois n’a pas tout compris mais avait l’air d’apprécier). La musicalité du texte est impressionnante et sert remarquablement ces récits qui conjuguent fantaisie et moralité assénée comme un couperet. On commence fort avec deux premiers textes parfois très cruels (voire déviants) avec un prince retors qui ne prend pas réellement conscience de la chance incroyable qu’il a, faisant subir des épreuves terribles à son épouse et un père incestueux qui provoque la fuite de sa fille. Les Souhaits ridicules est une petite histoire plus légère qui permet de faire retomber le soufflé. Beau démarrage avec ces textes séduisants à souhait.

Vient ensuite le temps des textes en prose dont vous retrouvez la liste sur la quatrième de couverture reproduite plus haut. On est en terrain connu et c’est un plaisir renouvelé de relire ces grands classiques. À part La Belle au bois dormant qui m’a toujours ennuyé, tous les autres sont de haute volée. J’ai une petite préférence tout de même pour Le Petit chaperon rouge dont la fin est nettement plus logique et terrifiante ici avec au passage une belle leçon sur la naïveté. J’ai aimé aussi Riquet à la Houppe avec son sous-texte très riche sur les apparences et les éléments essentiels de la vie. Et puis Barbe bleue et son terrible secret m’a encore fait frémir ! Franchement, ce fut un très bon moment de passé. L'âge venu (et la sagesse diront certains), ces textes à priori très premier degré, simplement écrits, se révèlent d’une richesse incroyable avec en prime un sens de la caractérisation impressionnant, des situations et à l’occasion quelques saillies comiques qui font leur petit effet.

On est donc en face d’un pur classique, indémodable malgré une langue quelque peu datée qui pour autant reste hypnotisante et charmante. Le temps s’arrête durant cette lecture, les mots filent et l’on replonge avec délice (et parfois un petit frémissement) dans ces histoires qui ont bercé notre enfance. À lire et à relire sans modération.