vendredi 28 juillet 2017

"Le Téléphone sibérien" de Clive Egleton

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L’histoire : Ça, pour être fou, il l’est complètement, ce malheureux capitaine Magrane. Drogues, lavage de cerveau, interrogatoires, on fait tout pour briser sa résistance. Il s’échappe de cet enfer, qu’il croit situé en Sibérie... et se retrouve au Nord de l’Écosse. Mieux encore, il s’imagine chargé d’une mission d’extermination. Ce qui le conduit très loin. Au pied du mausolée de Karl Marx à Londres.

La critique de Mr K : J’aime de temps en temps acquérir un titre ou deux de la collection Série Noire de chez Gallimard. C’est souvent l’occasion d’une bonne lecture stressante et prenante, j’ai rarement été déçu. Il faut un début à tout et malheureusement ce titre ne restera pas dans les annales car malgré quelques éléments intéressants, l’ensemble se révèle plutôt convenu...

L’histoire se déroule en pleine Guerre Froide, Andrew Magrane est enfermé contre son gré dans un étrange endroit où l’hiver semble sans fin et où il est soumis à un rude régime carcéral entre interrogatoires musclés et inoculation de drogues diverses et variées. C’est sûr, il se trouve dans un camp de rééducation en Sibérie, les soviétiques veulent lui soutirer des informations. Soldat d’élite, il va finir par réussir à s’échapper grâce à ses capacités hors norme et le voila parti pour un road movie dans la neige... Ce n’est que le commencement, il en est persuadé, l’intérêt supérieur lui commande de maintenir ses priorités autour d’une mystérieuse mission d’élimination.

En parallèle, on suit l’équipe chargée de retrouver l’évadé et notamment Robert Donalson, un gars des forces spéciales qui se doute que derrière tout cela se cachent des éléments peu reluisants qui pourraient éclabousser les pontes aux manettes des services secrets. Une jeune et jolie journaliste se heurte elle aussi au secret défense et ces deux là se trouvent vite et vont essayer malgré leurs obligations respectives de se donner un coup de main. Rapidement, on se rend bien compte que les torts sont partagés et que la course poursuite va forcément finir mal pour l’ensemble des protagonistes.

Il y a de bonnes choses à retirer de cette lecture, l’ambiance tout d’abord est glaçante à souhait avec un début de roman bien angoissant dans les murs d’un hôpital psy où l’ordre et la morale sont bafoués par des apprentis sorciers servant de psychiatres / bourreaux. Bien rendus aussi, les passages où l’on suit les errances de Magrane dans sa folle course contre le temps, ses moments de confusion dus à son cerveau endommagé par les expériences menées sur lui, son infiltration dans la société civile alors qu’il est l’ennemi n°1 que toutes les forces de l’ordre recherchent. L’ambiance paranoïaque est relativement bien décrite et on se laisse embarquer facilement. Par moment, on a du mal comme le héros à faire la part des choses : qu’est-ce qui est réel ? Qui est un ami, un ennemi ? Jusqu’où doit-on aller dans la réalisation de son devoir ?

Malheureusement, l’énigme générale est relativement facile à deviner et dès le premier tiers, l’écrivain dispense trop d‘indices pour pouvoir nous balader plus longtemps. Cette absence de dosage gâche un peu la lecture qui tombe définitivement dans le dispensable à cause de personnages secondaires un brin caricaturaux, aux réactions prévisibles qui enfilent les actions et réflexions comme autant de clichés de romans d’action / espionnage. On ne s’ennuie pas mais la surprise n’est jamais vraiment au RDV et malgré quelques scènes d’exécution bien hard boiled (la boîte de nuit érotique à Amsterdam notamment), l’ensemble reste plat et nous mène à un dénouement logique et sans soubresaut.

Bien écrit mais sans génie, Le Téléphone sibérien se lit cependant très facilement, à la manière d’un roman de gare sans artifice mais distrayant. Aussi vite oublié que lu, voila le type de lecture que l’on entreprendra uniquement entre deux autres, lors d’un voyage ou en cas de grande fatigue pour se délasser. On peut aussi tout à fait s’en dispenser...

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dimanche 4 juin 2017

Pour quelques livres de plus...

Voici pour aujourd'hui, une petite série d'acquisitions dégotées au hasard de balades innocentes... Les titres ont donc des origines très diverses depuis une boîte à livre en passant par un vide-grenier ou un magasin d'occasion. Des petites tentations auxquelles, je n'ai pu résister une fois encore. Jugez plutôt du butin !

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Une fois de plus, la variété est au rendez-vous entre classiques et contemporains, incontournables et certainement des plus dispensables. Chacun en tout cas m'a tapé dans l'oeil suffisamment pour que je l'adopte et qu'il aille rejoindre ses petits camarades dans ma PAL. Suivez le guide !

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- Mille soleils splendides de Khaled Hosseine. Tout d'abord, j'aime beaucoup cette maison d'édition notamment parce qu'elle publie les ouvrages de mon grand amour littéraire nippon Haruki Murakami. De suite, j'ai donc lu la quatrième de couverture qui m'a irrémédiablement fait penser à du Yasmina Khadra (un autre auteur que j'adore) par rapport aux termes abordés : la violence faite aux femmes en terres orientales (ici l'Afghanistan), l'emprisonnement mental et le totalitarisme religieux. Ça sent la lecture rude et pas facile, tout ce que j'aime en quelque sorte.

- L'Amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez. Voici un ouvrage qui m'a toujours évité ou que j'ai évité inconsciemment car je ne l'ai jamais trouvé sur mon chemin de chineur. J'en attends beaucoup, surtout que chaque lecture de cet auteur m'a ravi par ses talents de conteur et les univers dépaysants qu'il nous amène à découvrir. Ici, direction les Caraïbes pour une histoire d'amour impossible teintée de poésie et de critique sociétale acerbe. Un bon futur moment de lecture à mon avis.

- En route d'Adam Rex. Un roman jeunesse dont a été tiré un métrage d'animation plutôt réussi que nous avons vu avec Nelfe. La terre a été envahie par de drôles d'extra-terrestres à huit pattes (les boovs) et ont enlevé la maman de l'héroïne. Ni une ni deux, elle part à sa recherche en compagnie de son chat lunatique et d'un alien déserteur. On nous promet un mix entre Pratchett et Adams, c'est tentant, non ?

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- Le Téléphone sibérien de Clive Egleton. Un petit série noir des familles avec une histoire étrange d'un militaire enfermé dans un lieu mystérieux et soumis à une batterie de tests inhumains entre interrogatoires et lavages de cerveaux. Mais où est-il ? Et que va-t-il faire quand il va s'échapper ? Le pitch est tellement énorme que j'ai décidé d'adopter ce titre, qui lira verra !

- Histoires de voyages dans le temps, ouvrage collectif. Coup de foudre pour un ouvrage d'une collection qui a marqué ma jeunesse et m'a permis à l'époque de rentrer plus aisément dans la science-fiction avec notamment une compilation de récits sur les robots et les autres mondes. Ici, il s'agit de voyages dans le temps, une thématique que j'apprécie beaucoup et qui a donné de nombreux récits réussis. Gageons qui en sera de même avec cet ouvrage où l'on trouve notamment Matheson, Ballard, Brown, Heinlein et bien d'autres. Miam miam !

- Marcovaldo d'Italo Calvino. Une histoire bien barrée comme je les aime avec le héros éponyme, manoeuvre de chantier à qui il arrive toute une série d'expériences étranges qui finalement lui permettent d'échapper à la grisaille quotidienne. On est ici à la limite du conte et du surréalisme. Cet auteur a tellement de talent que je n'ai pas hésité une seconde !

- Vendredi de Robert A. Heinlein. Une agent très spécial rentre de mission auréolé une fois de plus de succès. Félicitations de rigueur et octroi d'un congé exceptionnel devrait la ravir mais Vendredi est tourmentée par des images de souvenirs atroces. Comment est-ce possible quand on sait que l'agent n'est qu'un robot très perfectionné ? Heinlein m'a tour à tour séduit et déçu, cet ouvrage m'attire tout de même de part le sujet qu'il traite et les bonnes critiques que j'ai pu en lire. Là encore, la lecture sera un test.

- Last exit to Brooklyn d'Hubert Selby Jr. Fin de la sélection avec un ouvrage bien thrash, critique délirante de la société américaine par l'équivalent US d'un Céline. Ce sera ma première incursion chez lui, ça faisait un bail que je souhaitais rencontrer cet auteur hors norme. Me voila au pied du mur !

De biens belles pioches que tous ces ouvrages qui vont contribuer à grosir ma PAL qui décidément a toujours autant de mal à baisser. Mais que voulez-vous, on est accro ou on ne l'est pas. Critiques à suivre dans les jours, semaines, mois et années à venir !

lundi 29 mai 2017

"Contre moi" de Lynn Steger Strong

Contre moiL'histoire : Faire souffrir malgré soi, quoi de pire ? Et quel meilleur terrain pour cela que la famille ? Si Ellie, vingt ans, est animée des meilleures intentions envers ses parents, professeurs à Columbia, elle ne peut empêcher son existence de déraper. Mauvaises fréquentations, drogue, sa vie part peu à peu à vau-l’eau. Sa mère, Maya, décide de l’envoyer en Floride, afin de lui donner une chance de repartir à zéro. Si Ellie accepte bien volontiers cette seconde chance, elle va néanmoins commettre là-bas une erreur irréparable. Et plus rien ne sera jamais comme avant.
Jusqu’où les parents portent-ils la responsabilité des erreurs de leurs enfants ? Pourquoi dans une famille les ressemblances sont-elles parfois plus lourdes à assumer que les différences ?

La critique Nelfesque : "Contre moi" est le premier roman de Lynn Steger Strong traduit en français chez Sonatine. Présenté comme un thriller, attendez-vous plus ici à un roman noir qui sonde en profondeur les rapports mère/fille.

Dès les premières pages de ce roman, on sent bien que quelque chose de tragique s'est passé dans la vie d'Ellie, jeune femme de 20 ans. Cet événement a brisé les liens qui existaient entre elle et ses parents. Un événement terrible qui hante l'ensemble du roman, l'auteure ménageant son suspens jusqu'à la fin.

Ce dont il est question ici c'est du lien complexe qui existe entre un enfant et ses parents, qu'il soit jeune ou adulte. Un lien affectif bien sûr mais aussi une obligation. Obligation d'aimer, obligation d'être aimé, obligation d'être aimable. Le jugement plane sur toute relation où les liens du sang sont en jeu. Que faire lorsque l'un aime moins que l'autre, devrait aimer mais ne ressent rien ou encore aime trop et en souffre ? Ces questions sont sur les lèvres de toute mère qui se questionne sur la relation qu'elle entretient avec son enfant (ici une fille). Etre mère est bien plus complexe que ce que l'on veut bien nous laisser croire et les liens qui se tissent entre deux êtres sont loin d'être évidents tant le chemin d'une vie est semé d'embûches. Rien n'est acquis, rien n'est dû, tout est à construire.

Maya et son mari sont professeurs de fac. Sur le papier, les jeunes, ils les connaissent. Ils en côtoient tous les jours et les aident à devenir ce qu'ils rêvent d'être. Les choses se compliquent à la maison avec Ellie qui n'est pas facile et entretient un rapport de force avec eux. Malgré elle, parce qu'elle ne sait pas faire autrement, parce qu'elle a du mal à se construire, Ellie accumule les "faux pas". Elle ne fréquente pas les bonnes personnes, aime un peu trop la fête, l'alcool et les drogues. Elle aime ses parents et ne veut pas leur faire de mal mais elle veut aussi vivre sa vie, se cherche et se perd aussi parfois...

Pour la sortir de ce cercle infernal dans lequel elle tombe facilement, Maya décide de l'envoyer en Floride, chez une amie à elle. Là bas, loin des gens qu'elle côtoie habituellement, vierge de toute obligation et dans un environnement neutre et bienveillant, peut-être réussira-t-elle a faire le point, à se trouver et à faire infléchir la courbure de son existence.

"Contre moi" est un roman troublant. Par son rythme en premier lieu qui est loin d'être haletant mais fait que l'histoire s'immisce profondément dans l'âme du lecteur. Poisseuse, malsaine, l'ambiance est lourde et on veut savoir ce qui s'est réellement passé pour que Maya et Ellie entretiennent de tels rapports faits d'amour et de haine, de tendresse et de répulsion. Pour le savoir il va falloir s'armer de patience car l'auteure, par un va-et-vient constant entre 2011 et 2013, avant et après "le drame", ménage son suspens. Ne commencez pas ce roman avec pour objectif de découvrir ce qu'il s'est passé car là n'est pas l'intérêt principal, savourez l'ensemble et posez-vous pour observer. "Contre moi" est avant tout un laboratoire des sentiments. Ici, les gens s'aiment, se le disent, ne veulent pas l'entendre, se remettent en question, font le point. Ce parti pris pourra rebuter certains lecteurs trouvant beaucoup trop de longueurs à ce roman.

Les personnages sont attachants et chacun peut se retrouver dans l'un ou l'autre à un moment de sa vie. Durant sa crise d'adolescence, à un moment charnière ou dans des moments de doute. Qui peut se targuer de traverser toute son existence sans jamais se poser de question, sans jamais se retourner, sans jamais hésiter ou craindre le pire ? Il est intéressant ici de voir le ressenti de chaque personnage. Nous avons successivement les points de vue de la mère et de la fille, les problématiques liées à leurs âges, à leurs passés, à leurs histoires personnelles.

Ouvrage entre l'essai, le thriller, le document sociologique et le roman noir, "Contre moi" est hybride et déstabilisant par les thèmes qu'il aborde et par les choix narratifs de l'auteure. Selon les expériences de chacun et l'intérêt que vous portez aux questions filiales, vous serez plus ou moins happé par cet écrit de Lynn Steger Strong mais si ces thèmes vous interpellent et que les ouvrages qui prennent leur temps pour mettre en place une ambiance ne vous font pas peur, il y a de forte chance que, comme moi, vous appréciez l'intimité et la justesse qui se dégagent de ce roman.

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mardi 23 mai 2017

"Conséquences" de Darren Williams

consequencesL'histoire : 1969. Angel Rock est une petite localité du sud de l’Australie, austère et abandonnée du monde. Le village a été durement touché par la crise, l’industrie du bois peine à le maintenir en vie. Nature hostile, conditions de vie difficiles, familles isolées, c’est dans ce contexte douloureux qu’un drame s’abat sur la communauté : Tom Ferry, 13 ans, et son petit frère Flynn disparaissent dans le bush, aux abords du village. Une battue est organisée pour les retrouver, en vain.
Sydney, quelques semaines plus tard. Une adolescente en fugue originaire d’Angel Rock est retrouvée morte dans une maison abandonnée. Le suicide ne fait aucun doute pour les autorités. Mais Gibson, un policier sombre et tourmenté, décide, de poursuivre ses investigations.
Défiant sa hiérarchie, il gagne Angel Rock où il va mener une enquête qui, bien vite va tourner à l’obsession. Dans cette petite communauté où rien ne s’oublie mais où rien ne se dit jamais, Gibson devra affronter le poids du passé, le sien et celui du village, pour mettre à jour des secrets enfouis depuis trop longtemps.

La critique Nelfesque : Voici un roman Sonatine qui n'est pas une nouveauté et qu'il serait dommage de laisser de côté. Sorti en 2012, je suis tombée dessus lors d'un chinage de plus il y a déjà 2 ans ! Raaa mais non le temps passe trop viiite ! Il était plus que temps que je mette le nez dedans...

Présenté comme un thriller, j'aurai plus tendance à le classer en roman noir. Si vous aimez les thrillers trépidants, si pour vous il est primordial qu'il se passe une action saisissante toutes les 2 pages ou que chaque chapitre ait une accroche de dingue pour continuer la lecture, passez votre chemin. "Conséquences" n'est pas du tout un page-turner et vous risqueriez d'être déçu si vous l'abordiez ainsi.

Nous sommes ici dans l'Australie profonde. Celle des grands espaces vierges de la présence des hommes, celle des petites bourgades où tout le monde se connaît, celle où l'on peut rencontrer un puissant kangourou au détour d'un chemin, celle où l'on peut se perdre et où le moindre déglingué type "La Colline à des yeux" peut s'en donner à coeur joie. La nature tient une place importante, apportant son lot d'anxiété et d'oppression malgré la magnificence de ses paysages.

C'est dans cette petite ville d'Angel Rock que Tom et son petit frère Flynn vont disparaître un soir d'été alors qu'ils rentraient seuls à la maison. Le lecteur suit alors les recherches, le désarroi des petits, la chute psychologique de leur mère. Darren Williams avec une écriture pure et touchant au coeur, nous emmène alors dans une quête de la vérité, dans le tréfonds de ses personnages, dans la tête de laissés pour compte qui sont sans doute plus humains que le commun des mortels. C'est beau, touchant et passionnant pour qui aime ce type d'ouvrages.

Non-dits, alcoolisme, misère sociale, rumeurs conduisent ici à une tragédie. Celle de la disparition des enfants ? Celle de leur mort ? Celle de révélations sur le passé de certains habitants d'Angel Rock ? Darren Williams hypnotise littéralement son lecteur et le plonge dans un univers poisseux et malsain où l'adolescence et ses affres conditionnent toute la vie des futurs adultes. "Conséquences" est un roman sur le temps qui passe, sur les souffrances propres à chacun, qui n'est pas dénué de surprises et laisse le lecteur au bord des larmes en fin de lecture. Une belle découverte !

mardi 25 avril 2017

"Le Blues de La Harpie" de Joe Meno

le blues de la harpieL'histoire : Alors qu’il vient de voler la caisse d’un débit de boisson dans l’espoir de s’enfuir avec sa petite amie, Luce Lemay perd le contrôle de sa voiture et renverse un bébé dans une poussette, le tuant sur le coup.
Trois ans plus tard, il sort de prison en liberté conditionnelle et revient dans sa ville natale de La Harpie, Illinois. Un boulot à la station-service l’y attend, où un ami ex-taulard, Junior Breen, homme-enfant géant tourmenté et poète à ses heures, condamné pour avoir tué une fillette alors qu’il avait 15 ans, travaille déjà et l’a recommandé. Tous deux tentent de rester sur le droit chemin de la réinsertion, mais les choses se compliquent quand Luce tombe amoureux de la belle Charlene. Ni les parents de Charlene, ni son ex-fiancé, Earl Pete, ne voient d’un très bon œil la romance naissante entre la jeune femme et le repris de justice. Earl jure de chasser Luce de La Harpie et rallie à sa cause une bonne partie de la ville qui a bien du mal à tirer un trait sur le passé. Peu à peu, le climat devient irrespirable et dangereux pour Luce et Junior. Les deux amis parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre quoi qu’ils fassent ?

La critique Nelfesque : Coup de coeur pour ce roman récemment publié chez Agullo. "Le Blues de La Harpie" est un roman noir dans sa plus pure tradition. Il s'inscrit dans une réalité sociale précise, met le doigt sur des problématiques actuelles dans un contexte très Amérique profonde. Les personnages sont tourmentés, maudits pour un passé qui les poursuit encore aujourd'hui, l'ambiance est pesante, les lieux inhospitaliers. Tout est ici réuni pour satisfaire et faire vibrer les amateurs du genre dont je fais partie.

Je ne connaissais pas Joe Meno avant la lecture de ce présent ouvrage. Il est l'auteur de sept romans et plusieurs recueils de nouvelles et à ma connaissance "Le Blues de La Harpie" est son premier ouvrage traduit en français (Agullo, allez hop, au boulot, je veux lire d'autres récits de ce monsieur maintenant ! (croisons les doigts pour que le projet soit dans les cartons)). Dès les premières pages, le lecteur est happé par l'univers que l'auteur met sous ses yeux. L'écriture est sublime et dès la page 22, j'ai senti mon coeur se serrer pressentant que ce roman allait me toucher profondément.

"Mais bon, elle est comme ça, Ullele. Des fois, elle pleure parce que le soleil brille trop fort. Elle peut pleurer en plein jour sous prétexte que la nuit lui manque." dit l'un des personnages à un autre. Bingo ! Le ton est donné. Sensibilité, nostalgie, humanité. Nous faisons ici la connaissance de Luce, tout juste sorti de prison après avoir écopé de 3 ans de rétention pour avoir perdu le contrôle de son véhicule après un petit braquage (il est tout simplement parti avec la caisse du magasin où il travaillait), renversant une mère et son bébé, mort sur le coup. Cet événement va changer sa vie, au delà du "simple" fait de l'envoyer directement derrière les barreaux. Il portera jusqu'à sa mort le poids de la culpabilité et le regard des autres.

Assumant ses actes, il décide de revenir vivre dans sa ville natale, La Harpie. Là bas, il compte se réinstaller, retrouver un travail et reprendre le cours de sa vie. Il y retrouve Junior, un ancien compagnon de cellule. Ensemble, ils se serreront les coudes et tenteront de se reconstruire. Mais c'est sans compter sur la population locale et certains de ses habitants qui ne voient pas d'un très bon oeil le retour de repris de justice dans leur genre. Commence alors une chasse à l'homme imbriquée à une histoire de rédemption humaine et émouvante.

Tout n'est pas tout noir ou tout blanc ici. Ces hommes qui ont commis des fautes répréhensibles et ont payé pour leurs actes restent des hommes et ne sont pas considérés comme tel dans les rues de leur ville. Malgré l'aide et la compréhension de certains, le chemin du pardon est semé de difficultés et plus d'une fois le lecteur assiste impuissant à des actes cruels et barbares perpétrés par ceux qui se veulent humains. La nausée monte et les larmes coulent.

La Harpie, petite ville inventée dans l'état de l'Illinois, est le terreau d'incompréhension, de violence ordinaire et de tragédies. Sous ses airs bucoliques et paisibles grondent une violence et un besoin de vengeance. Je ne vous cacherai pas que "Le Blues de la Harpie" est loin d'être le roman le plus optimiste qu'il soit. Malgré les éclaircies, chacun sent bien que les nuages reviendront et que l'issue sera funeste mais quelle maîtrise, quelle justesse dans la plume de l'auteur !

Soulevant des thèmes durs tels que le temps qui passe, le poids de la conscience, la difficulté de vivre, Joe Meno nous livre ici un récit poignant qui donne à réfléchir et critique notre société faite d'apparences et de faux-semblant où les plus sensibles et les plus humains ne sont pas forcément ceux que l'on croit. Superbe.

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lundi 3 avril 2017

"Un seul parmi les vivants" de Jon Sealy

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L’histoire : Caroline du Sud, 1932. Par un soir d’été caniculaire, le vieux shérif Furman Chambers est tiré de son sommeil par un coup de téléphone : deux hommes ont été froidement abattus à la sortie d’une ancienne auberge qui sert désormais de couverture au trafic d’alcool de Larthan Tull, le "magnat du bourbon".

Quand Chambers arrive sur les lieux, le nom du coupable circule déjà : Mary Jane Hopewell, un vétéran de la Grande Guerre, qui vit en marge de la société. Mais le shérif décide de mener l’enquête et se retrouve plongé dans une spirale de violence qui va bouleverser le destin de personnages inoubliables.

La critique de Mr K : Attention petit chef d’œuvre ! Sous ces dehors de classicisme en terme de thématiques et de personnages se cache un petit bijou d’humanité, placé sous le signe de la Grande Dépression et de la noirceur. Émotions multiples, sous-texte passionnant, Un seul parmi les vivants est une vraie réussite comme vous allez pouvoir le lire.

Tout commence par un double meurtre sordide à la sortie d’un bar. Deux jeunes gens sont à terre, un homme est en fuite... Tout le désigne comme coupable et sa vie marginale ne plaide pas en sa faveur. Le shérif a cependant des doutes, tout se sait dans cette petite bourgade industrielle en pleine perte de vitesse où le baron de la distribution clandestine d’alcool (Prohibition oblige) règne en maître sur son empire et des intérêts plus gros sont en jeu. Cette affaire va réveiller de vieilles rancœurs, remettre en question l’ordre établi et précipiter la chute de nombres de personnages que l’on apprend vite à aimer ou détester.

Ce roman développe à merveille un microcosme urbain en pleine déliquescence. La crise frappe durement et le quotidien est bien difficile pour certaines familles. La précarité est prégnante avec son cortège de spectres effrayants comme la mort d’un enfant en bas âge, les fins de mois difficiles, l’alcool ou tout simplement l’appréhension du lendemain. Les portraits sont saisissants et lèvent le voile sur les personnalités torturées qui nous sont données à découvrir. La vie est dure, les cœurs secs parfois et les drames jamais très loin. Pourtant chacun trime et se débat avec une énergie parfois proche du désespoir et donne une densité incroyable à l’ensemble.

Le shérif dans tout ça doit mener une enquête difficile qui se confronte aux mensonges et duperies, l’ordre établi qui s’accroche aux lambeaux de ses souvenirs et à son propre passé qui est loin d'être tout blanc. Abîmé par le temps qui passe, affaibli par une vie de couple insipide, l’enquêteur va devoir faire des choix cruciaux et parfois même détourner les yeux. C’est l’homme dans toute sa complexité qui nous est donné à voir à travers lui, un être perfectible mais déterminé à mener à bien sa mission malgré les risques à prendre. Tout le monde se connaît dans cette bourgade et il est difficile d’avancer sans blesser qui que ce soit dans ses recherches, une chape de plomb pèse lourdement sur cette communauté refermée sur elle-même. Un grain de sable va bousculer cet équilibre et conduire le lecteur vers une fin d’une noirceur glaçante.

L’auteur, Jon Sealy, s’y entend à merveille pour faire monter la tension une fois les principaux ressorts de l’histoire installés. Le meurtre, une histoire d’amour adolescente, un ancienne bavure policière, le shérif, un caïd au bord du gouffre. Tout va concourir à s’entremêler et déclencher une série de péripéties redoutables pour les nerfs du lecteur englué dans une toile bien développée dont on ne peut s'échapper. Dialogues au cordeau, intrusion dans les esprits et descriptions immersives captent l’attention et insinuent une multitude d’émotions contradictoires qui laissent le lecteur accroché tout au long des 358 pages d’un ouvrage difficile à relâcher.

Le style est très incisif, accessible et nuancé, produisant un déclic très rapide et emportant l’adhésion dans sa capacité à raconter une histoire prenante, captivante et lourde de sens notamment sur le rapport entre riches et pauvres, l’existence en temps de crise et une certaine Amérique des années 30. C’est beau, puissant, intemporel dans son portrait de l’âme humaine et terrifiant d’efficacité dans son dénouement. Un uppercut littéraire au talent immense vous attend ici. Courez-y !

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mercredi 22 mars 2017

"Cet été-là" de Lee Martin

Cet été-làL'histoire : Tout ce qu'on a su de cette soirée-là, c'est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu'elle n'était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l'Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l'enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n'a jamais su ce qui était arrivé à Kathy. Que s'est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent. Le frère de Katie, son professeur, la veuve d'un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient. Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd'hui encore, qui manipule qui ?

La critique Nelfesque : Après toutes ces années, vous commencez à savoir que j'aime les thrillers et les romans noirs ("oui, ça on a vu !"). J'aime encore plus quand les deux s'imbriquent et donnent à lire une histoire glaçante avec une intention de démêler les fils petit à petit, sans tambours ni trompettes. Quand l'auteur prend le temps de nous dépeindre une ambiance, un lieu, des gens. C'est exactement ce parti qui est pris par Lee Martin dans son roman "Cet été-là", premier ouvrage traduit en français et récemment publié chez Sonatine.

Katie Mackey a disparu. Un soir d'été, du haut de ses neufs ans et pieds nus, elle est partie à vélo en début de soirée pour rendre ses livres à la bibliothèque. Plus personne ne la reverra ensuite. On retrouvera son vélo à proximité et tout semble dire qu'elle a été enlevée. Oui mais pourquoi et par qui ?

La construction de ce roman est parfaite. Chaque personnage est caractérisé et le lecteur se retrouve souvent intimement lié à lui. Des moments d'introspection, de pensées profondes et inavouables sont disséminés ça et là dans le roman et permettent au lecteur de bien prendre en considération chacun d'entre eux, de les jauger, de les juger et de parfois essayer de se mettre à leur place. Il y a le professeur qui donne des cours particuliers aux enfants de la commune, son voisin qui a un problème d'addiction mais semble toujours prêt à aider les autres, la femme de ce dernier simple et pragmatique, le frère de Katie qui s'en veut terriblement d'avoir fait remarquer ce soir là à sa soeur qu'elle était en retard sur le retour de ses prêts, leurs parents prêts à tout pour connaître la vérité...

Lee Martin nous dépeint ici une petite communauté de l'Indiana, une ville où tout le monde se connaît et où rien ne se passe véritablement si ce n'est la vie. Les habitants sont nés ici, ne bougeront probablement pas et mourront dans leur ville. Non pas parce qu'ils l'aiment particulièrement mais parce que c'est comme ça. Alors entre temps, on se débrouille, on s'entraide, parfois on resquille et pour tromper les apparences dans un lieu où tout le monde sait tout sur tout le monde, on se ménage des petits jardins secrets. Tel personnage nous fait penser à telle personne de notre entourage, tel autre nous attendrit et fait monter en nous une grosse boule d'amour et d'empathie. Mais que cache parfois un excès de gentillesse ? De l'intérêt ? Un besoin d'être aimé ? Ou des contrées honteuses et insoupçonnées ?

"Cet été-là" est un excellent roman noir en cela qu'il tient le lecteur en haleine non pas par le rythme que l'auteur lui donne mais par l'intensité des émotions qu'il lui procure. Ici, peu de suspens ou de rythme haletant mais un simple voyage dans une petite ville des Etats-Unis où chaque habitant tient sa part de responsabilité dans la disparition d'une enfant. Effroyable vie ordinaire...

Comme dans la vie de tous les jours, chaque lecteur y ira de sa théorie, clouera au pilori son coupable, trouvera étrange voire malsain tel ou tel homme. Le lecteur jugera d'après les informations que certains personnages donnent ici 30 ans plus tard. Dans notre monde moderne, plus personne ne peut s'empêcher de juger, de donner son avis. "Ce n'est qu'un avis, cela ne fait de mal à personne" et pourtant... Combien ont vu leur réputation et leur vie ruinées par les on-dit. A chacun de se faire sa propre opinion ici en âme et conscience. Le roman nous interroge à plusieurs occasions et même quand le mot fin est là les doutes persistent. L'histoire de la fumée et du feu qui peut briser la vie d'un honnête homme...

La part d'ombre dans chaque personne, les concours de circonstance, le déterminisme, le manque de repères et d'amour. Il y a un peu de tout cela dans "Cet été-là". Un roman polyphonique à lire d'urgence si vous aimez les ambiances troublées, les chaudes soirées d'été et si vous pensez que dans la vie tout n'est jamais tout blanc ou tout noir. Lee Martin réussit le pari de nous téléporter au coeur des années 70, dans une petite ville discrète et calme, et de nous y piéger sans possibilité de retour. Comme un retour aux sources, comme une introspection. Le lecteur achève ce roman complètement habité...

mercredi 8 mars 2017

"Dans le labyrinthe" de Sigge Eklund

Dans le labyrintheL'histoire : Un soir de mai, dans une banlieue cossue de Stockholm, Magda, une fille et onze ans, disparaît mystérieusement de sa chambre. Après plusieurs jours d'investigations, la police en vient à soupçonner le père, Martin.
Quatre proches de la victime se mettent à la recherche d'indices qui permettraient de la retrouver : Asa, sa mère, brillante psychologue qui s'enfonce dans une profonde dépression ; Martin, l'éditeur talentueux à la double vie ; Tom, son loyal collaborateur à l'ambition dévorante ; et Katja, l'infirmière scolaire qui a découvert ce que cachait la petite fille. Ces quatre voix entraînent le lecteur dans un labyrinthe de confessions troublantes.

La critique Nelfesque : C'est tout d'abord la couverture sombre et mystérieuse de "Dans le labyrinthe" qui m'a attirée. Je ne connaissais pas le nom de l'auteur, Sigge Eklund, pourtant très connu en Suède, son pays d'origine. Avec ce roman, il frappe un grand coup dans ma vie d'amatrice de thrillers et romans noir, celui-ci se trouvant à la frontière de ces deux univers littéraires. Une très belle découverte !

Magda a disparu. Ses parents sont partis dîner au restaurant à quelques mètres de chez eux et en rentrant n'ont retrouvé qu'un lit vide. Que s'est-il passé ? Magda est-elle sortie ? A-t-elle été enlevée ? Par qui ? Pourquoi ? Va-t-on la retrouver saine et sauve ?

Nous suivons l'enquête et les recherches des uns et des autres par les voi(es)x de plusieurs personnages gravitant autour de la petite. Le lecteur fait ainsi tour à tour connaissance avec sa mère, Asa, détruite et névrosée depuis la disparition de sa fille, Martin, père absent et ambitieux, Tom, le collaborateur fanatisé de ce dernier et Katja, l'infirmière de l'école de Magda. Chacun nous raconte son histoire, sa vie avant et après cette disparition comme autant de petits romans en orbite autour du drame. Des trajectoires en parallèle qui constituent autant de pièces de puzzle et qui se rejoindront dans un final glaçant.

Particulièrement friande de romans qui font la part belle à la psychologie des personnages, j'ai été ici remarquablement servie. Tout est millimétré, chaque personnage et chaque action ont leur importance. L'auteur nous perd parfois pour mieux nous retrouver. Pourquoi nous narre-t-il telle ou telle anecdote ? Pourquoi s'arrêter aussi longtemps sur des événements qui ne sont pas en lien avec l'histoire principale ? Pour ceux qui aiment, comme moi, échafauder des théories et essayer de deviner le fin mot de l'histoire avant le dénouement, accrochez-vous ! La révélation finale fait froid dans le dos et laisse le lecteur pétrifié et déchiré.

Pétrifié et déchiré par l'issu du roman mais aussi par les existences qui nous ont été donné à lire, par la concomitance des faits, par la fatalité et le fait qu'il n'y a pas de hasard. Il n'y a rien de réellement trépidant dans ce roman, nous ne sommes pas ici en présence d'un thriller classique où tout se déroule à grande vitesse. "Dans le labyrinthe" ressemble à la "vraie vie" et a plus une dimension psychologique, tout aussi palpitante. De plus, l'écriture ciselée de Sigge Eklund qui dose parfaitement ses effets est des plus convaincantes ! L'auteur prend son temps, apprivoise son lecteur, enveloppe son histoire pour mieux l'hypnotiser et lui tendre un piège dans un univers ouaté qui n'attend plus qu'à lui exploser en pleine figure.

Un conseil avant de débuter cette lecture : ne soyez pas pressé et laissez vous charmer. Pour qui veut bien se laisser porter, le voyage est des plus réussis et maîtrisés dans une ambiance faite de non-dits, de peurs, d'appréhension, de trahisons et malgré tout d'amour. Quand les jardins secrets de chacun se percutent, "Dans le labyrinthe" est un roman noir à ne pas manquer et Sigge Eklund, un auteur à découvrir d'urgence et à suivre désormais.

lundi 20 février 2017

"La Nuit est sale" de Dan Kavanagh

La Nuit est sale - KavanaghL’histoire : Quand on s’est fait vider de la police parce qu’on avait des mœurs qui ne plaisent pas aux honnêtes gens, l’avenir n’est pas rose. Surtout quand on s’attaque, pour gagner sa croûte, au monde des malhonnêtes gens. Celui qui, dans Soho, organise des rackets, la prostitution, le ciné porno. Celui qui fait chanter les flics pourris et les commerçants véreux. Le monde qui a tout pouvoir sur la lâcheté, la bêtise et la convoitise humains.

La critique de Mr K : Petite plongée dans le roman noir avec La Nuit est sale de Dan Kavanagh, un ouvrage trouvé par hasard chez notre cher abbé qui regorge régulièrement d’ouvrage séduisants. Celui-ci en faisait partie avec sa quatrième de couverture intrigante faisant la part belle à des thèmes récurrents du genre : la corruption, le héros déclassé et une affaire qui risque à jamais de changer son existence. Après lecture, on peut dire que c’est une belle réussite et que l’on ne s’ennuie pas un instant.

Un entrepreneur de Soho contacte Duffy (le héros qui donne son titre au roman en version originale) pour une histoire de racket qui commence à aller très loin. Cet exportateur de masques et de déguisements se voit harceler par téléphone par un certain Salvatore qui après avoir mutilé la femme de sa victime (une belle coupure de 20 cm derrière l’épaule), lui réclame semaine après semaine quelques livres sterling qui au fil du temps se multiplient pour atteindre des sommes faramineuses. Duffy exclu de la police suite à un scandale sexuel commence son enquête et au fil de ses recherches va se rendre compte que le poisson à ferrer est très gros et qu’il va plus que risquer sa vie et celle de sa douce Carol...

La Nuit est sale est très classique dans sa facture. On retrouve le confort d’un roman noir à l’ancienne avec des figures éprouvées comme l’antihéros au bord du gouffre qui à cause d'une machination bien huilée s’est retrouvé plus bas que terre. Duffy a mangé son pain noir et il essaie tant bien que mal de vivoter dans sa nouvelle situation. Sa maîtresse Carol est toujours auprès de lui malgré leurs difficultés et il exerce ses talents de conseiller en alarmes anti-intrusion. À l’occasion, comme dans ce récit, il peut se muer en détective privé en se chargeant de petites affaires. Malheureusement pour lui, le cas qui le préoccupe est tout sauf une broutille car très vite, il se retrouve confronter à des personnalités importantes du milieu de la nuit et du sexe, monde sans scrupule où les gens disparaissent très facilement et où la vie humaine n’a plus beaucoup de valeur.

Au fil de l’enquête, on plonge dans le monde interlope des travailleuses du sexe, des cinémas X et du racket organisé à grande échelle. C’est rude et frontal entre les filles exploitées, la misère humaine, les actions brutales d’hommes de main sadiques, la corruption généralisée des forces de l’ordre et un Londres loin d’être glamour. L’espoir est bien mince de pouvoir s’en sortir quand on est pris dans les mailles du Milieu et très vite Duffy va de nouveau s’en rendre compte, après la terrible affaire qui lui a valu d’être évincé de la Police. Derrière des ficelles narratives qui paraissent usées jusqu’à la corde, certaines révélations vont faire tomber les certitudes du lecteur englué dans un univers glauque et étouffant.

Il est bien malin ce petit roman noir sans prétention de prime abord. Les personnages sont ciselés comme il faut, réservent quelques surprises malgré un cadre commun et les rencontres liées à l’enquête dressent un portrait peu flatteur des mœurs de Londres dans les années 80. Les poils se hérissent plus d’une fois, le dégoût pointe à l’occasion (le témoignage d’une prostituée à un moment est littéralement affreux) et le style prend de l’ampleur lors notamment des confrontations de Duffy avec le caïd du quartier qui s’exprime à la manière des gangsters de Tarantino dans le cultissime Reservoir dog. Le niveau s’élève alors d’un cran pour procurer peur, appréhension mais aussi sourire grâce à ce monstre de perversité aux manières courtoises. Clairement, ce pendant maléfique au héros donne une aura générale bien poisseuse à ce roman qui finit en apothéose avec un point d'orgue logique mais sans fioriture. Tout ce que j’aime dans le style.

Ce livre se lit très facilement quand on est amateur de polar bien sombre. L’écriture est posée simplement, sans lourdeurs inutiles et pose un univers crédible. L’histoire prenant de l’ampleur, le style aussi accompagne cette montée en pression qui prend à la gorge et empêche toute velléité d’arrêter sa lecture. Pour ma part, je l’ai lu en deux temps, incapable de sortir de cette histoire prenante et rudement bien menée. Sans doute pas un classique mais une bonne récréation pour tout amateur du genre. Vous laisserez-vous tenter ?

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lundi 23 janvier 2017

"Aveu de faiblesses" de Frédéric Viguier

aveu de faiblessesL'histoire : "Je suis laid, depuis le début. On me dit que je ressemble à ma mère, qu’on a le même nez. Mais ma mère, je la trouve belle."

Dans un univers glaçant et sombre, qui emprunte tout à la fois au cinéma radical de Bruno Dumont et au roman social, à ce drame d’un bourg désindustrialisé du nord de la France, Frédéric Viguier ajoute le suspense d’un roman noir. Dès lors, l’histoire d’Yvan, un adolescent moqué pour sa laideur et sa différence, accusé du meurtre de son petit voisin, prend une tournure inattendue.

La critique Nelfesque : Quelle claque que ce roman récemment sorti en librairie pour la Rentrée Littéraire d'hiver ! Quand misère sociale et harcèlement côtoient injustice et délit de faciès. Une histoire qui fait froid dans le dos.

Yvan n'est pas gâté par la nature. Avec son physique ingrat, ses cheveux roux et son embonpoint, il n'attire que brimades et moqueries. Sans amis, il vaque seul à ses occupations et voue un culte à sa mère qui est tout pour lui. Aussi le jour où un petit  garçon est retrouvé mort sur le terrain vague de la commune, le jeune frère d'un "camarade" de classe qui ne cesse de le provoquer, c'est chez lui que les policiers viennent demander des comptes. Où était-il à l'heure du meurtre ? Il revenait du supermarché où il allait acheter un camembert pour sa mère, collectionneuse de boites de fromage. Alibi qui va très vite tomber à l'eau puisqu'aucune preuve ne vient corroborer ses dires. Etait-il sur place au moment des faits ? Que faisait-il dans le local à poubelle de l'usine locale ?

Le personnage d'Yvan est terriblement touchant et dès les premières lignes, le lecteur se range de son côté. Laissé pour compte, simple d'esprit, il promène sur le monde qui l'entoure un regard à la fois naïf et résigné. Tout un chacun a envie de le prendre dans ses bras, de le protéger et de lui donner une vie meilleure en l'éloignant de cet environnement délétère. Sur plus de 200 pages intenses et impitoyables, le coeur du lecteur est malmené à l'image d'Yvan que tout accuse et qui est victime d'une erreur judiciaire et d'une cabale nauséabonde. Nous le suivons dans les premiers instants de l'enquête, durant le procès et son incarcération avec la boule au ventre et l'envie de crier. Ce sentiment de malaise et de révolte ne nous quittera pas jusqu'à la dernière page du roman qui tombe telle un couperet et fait de cet ouvrage un grand roman.

"Aveu de faiblesses" est un roman à part. Un roman surprenant, dense émotionnellement et d'une justesse sans pathos ni effet de manche. Frédéric Viguier nous conte ici la vie d'une ville du Nord dans tout ce que cette région peut avoir de plus noir au niveau social, une vie où des étiquettes sont trop vite collées sur les gens et où Yvan doit tout tenter pour s'en sortir. Un roman magistral que je vous conseille vivement de découvrir, le coeur bien accroché.