Under-The-Skin-Affiche-FranceL'histoire: Une extraterrestre arrive sur Terre pour séduire des hommes avant de les faire disparaître.

La critique Nelfesque: Autant vous prévenir tout de suite, vous aurez ici 2 avis complètement différents concernant "Under the skin". Que vous ayez aimé ou pas ce film, vous trouverez à coup sûr votre compte dans ce présent billet.

Côté speech de départ, on ne peut pas faire plus énigmatique. J'aime! Côté bande annonce, on ne peut pas faire plus mystérieux. J'aime bis! Mixez le tout, faites monter la pression et lâchez une Nelfe plus qu'optimiste dans une salle obscure. Attendez 20 minutes. Et retrouvez là au bord du suicide...

La lumière s'éteint, le film commence. C'est dans le plus grand silence que le générique débute. Pas de musique, pas de son. Puis un fond sonore tour à tour sourd, désagréable ou strident vient prendre le relais et ne disparaîtra jamais vraiment avant la fin du film. Ça met en condition...

Les premières images sont elles aussi étranges. Des formes apparaissent, un cylindre et un cercle. Le spectateur s'interroge. On se croirait à une projection dans une expo d'Art Contemporain. Si vous êtes un habitué du Capharnaüm éclairé, vous savez à quel point j'aime cet Art. Oui mais voilà, là je n'étais pas préparée et surtout je ne vais pas au cinéma pour ce genre de spectacle. Par certains aspects, ce début de film me fait d'ailleurs penser à "The Tree of life" de Terrence Malick (en moins bien mais il y a de l'idée).

20 minutes plus tard, il n'y a eu aucun dialogue et je commence à trouver le temps long. Ce n'est que le début d'une interminable phase de bâillement et de matage de montre pour moi. Je crois que vous l'aurez compris, je n'ai pas accroché à ce long métrage. C'est le moins que l'on puisse dire.

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"Under the skin" est tour à tour chiant comme la pluie (d'ailleurs il pleut tout le temps) et malsain. Certaines critiques disent qu'il ne laisse pas indifférent, ça c'est sûr, pour moi ce fut profondément désagréable... Scarlett Johansson est encore une fois très belle (j'aime beaucoup cette actrice) mais ça s'arrête là. Les acteurs jouent comme une bourriche d'huitres neurasthéniques, il ne se passe rien, c'est plat et ce n'est même pas esthétique (gros point de divergence avec Mr K). Sans arrêt sous exposée, la photographie est crade. C'est voulu mais c'est moche. Seules exceptions qui confirment la règle, les moments où l'héroïne entraîne ses victimes dans sa tanière. C'est épuré, graphique et beau. Là, je ne peux pas nier.

Qui est vraiment le personnage de Scarlett Johansson? Pourquoi passe-t-elle son temps à arpenter les rues dans son camion à la recherche d'hommes à séduire? Qui est ce mystérieux motard qui inlassablement nettoie tout sur son passage? J'attends toujours les réponses. Sans doute suis-je trop terre à terre mais un minimum d'explication aurait été le bienvenu. J'ai l'impression d'avoir été lâchée dans la nature, d'avoir été forcée à regarder 1h50 d'images successives et d'être relâchée sans clarification. Je n'ai compris ni le but recherché par Jonathan Glazer, ni la portée de son message. Un bon gros flop pour moi. Dans tous les cas si vous êtes fétichistes de camionneuses canons, courez y! Scarlett est derrière le volant les 3/4 du temps.

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Je mettrai une petite nuance à ma critique pour un moment du film d'une rare puissance. La scène en bord de mer où une famille entière est décimée dans l'indifférence totale est cruelle, poignante et sans concession. Le réalisateur a sans doute voulu nous dépeindre une société égoïste, déviante et froide (oui j'y ai réfléchi tout de même, je ne m'amuse pas juste à dire que c'est nul) mais pour moi l'accumulation des images n'est pas un moyen suffisant pour véhiculer une idée. Le "tout" est ici bien en dessous de mes attentes.

En résumé, pour l'affiche je mettrai 10/10 et pour la bande annonce 11/10. Pour le film en lui même: 2 (et encore, je suis large...)

Place maintenant à Mr K qui n'a pas dû prendre les mêmes drogues que moi à l'entrée en salle et qui a une vision bien plus positive de cette oeuvre. Enjoy !

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La critique de Mr K: 6/6. Quelle claque amis lecteurs! Quelle claque! Premier grand film de l'année pour moi et peut-être le futur n°1 dans mon cœur. Mais attention, jamais le mot ovni n'a eu tout son sens qu'accolé à cette production underground sans concession et qui divisera. La preuve en est dans nos avis totalement différents à Nelfe et à moi.

Difficile déjà de définir le genre du film: SF? Thriller? Documentaire? Oeuvre d'art contemporain? En fait, c'est un peu tout cela à la fois et ce métrage ne ressemble à rien d'autre de ce que j'ai pu voir jusqu'ici même si l'on sent ici où là des influences certaines. L'héroïne incarnée par Scarlett Johannson est une naufragée de l'espace qui prend une apparence humaine et part en chasse de mâles (je ne vous dirais pas ce qu'elle leur fait, ça gâcherait le plaisir de la découverte). Elle semble accompagnée d'un étrange motard qui efface les traces qu'elle peut laisser derrière elle, spectatrice des mœurs humains, peu à peu on la sent devenir empathique. Empirisme, vous avez dit empirisme?

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Ce film est par définition nébuleux. Très lent dans son déroulement, ne vous attendez pas à un énième succédané de film SF mâtiné d'action. On est ici dans le contemplatif, le naturalisme dans les scènes quotidiennes des humains qu'observe cette brune venue d'ailleurs. Là où le réalisateur est malin, c'est qu'il nous met quasiment à la place de cet être étrange aux motivations obscures. C'est dérangeant et même parfois très choquant car de morale, le personnage de Scarlett Johansson ne peut en avoir étant étrangère à notre monde. Cela donne des scènes fortes en intensité et très perturbantes, mention spéciale à celle se déroulant sur la plage par jour de tempête, j'ai senti mon cœur se glacer comme rarement (si si, même Von Trier ne m'avait jamais fait cela!). Peu à peu, les pièces du puzzle se mettent en place pour un final à la fois brut et poétique, riche en symbole sur la quête de soi et de la poursuite de nos objectifs.

Scarlett Johansson filmée ici sans artifices irradie le film de sa présence sans avoir à parler, exactement l'inverse de dans le film Her où on ne la voyait jamais et où on se contentait de succomber au charme de sa voix comme Joaquim Phoenix. Sa présence magnétique, sa beauté naturelle et pas filiforme, sa capacité à exprimer une émotion contenue par un plissement de lèvre, un regard changeant donne une épaisseur, une étrangeté et une beauté sans pareil à son personnage. Les autres acteurs jouent leur partition à merveille mais leurs rôles sont plutôt minces, le réalisateur se concentrant plus sur l'humanité en général à travers des séances filmées en totale liberté et sans que les éléments de la foule soient au courant.

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Under the skin est aussi un très beau film en terme esthétique. Mortifère, les paysages sont sombres, les tons gris et verts dominent avec quelques éclats de lumières qui percent la grisaille ambiante et révélant une once d'espoir dans une œuvre définitivement sombre jugeant sévèrement le genre humain et notamment les hommes obsédés par la beauté plastique de l'héroïne et la réalisation de leurs désirs. La BO est un modèle du genre même si elle pourra déplaire à beaucoup par son côté bruitiste. Pour vous faire une idée plus précise, j'ai trouvé ce film très lynchien période Lost Highway (un de mes films cultes!). Je suis resté aussi scotché sur l'alternance de plans type documentaires (l'héroïne au volant de son camion), les passages purement surréalistes (les scènes de séduction sont parmi les plus belles que j'ai pu voir sur grand écran), les plans séquence sur les paysages désolés d'Écosse... autant de visions fulgurantes et marquantes qui vont rester gravées dans ma mémoire longtemps. Le rythme lent de l'ensemble est envoûtant mais jamais routinier car on sent bien qu'on est ailleurs durant ces 1h45 et que l'on n'est pas au bout de ses surprises.

Au final, c'est un film à voir absolument pour tous les amateurs d'œuvre authentique, étrange, réflective et contemplative. Une œuvre à part que je serai capable de retourner voir dès demain... d'ailleurs c'est toujours la Fête du Cinéma... Chiche?