dimanche 13 avril 2014

"Nymphomaniac - Partie 2" de Lars von Trier

Nymphomaniac-Volume-2-afficheL'histoire: Seconde partie du film de Lars von Trier, retraçant le parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, raconté par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane.

La critique Nelfesque: Souvenez-vous, début janvier, nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" au cinéma de notre ville et ce dernier nous a fait la bonne blague de ne pas diffuser la suite la semaine suivante comme ce fut le cas dans tous les autres cinémas proposant ce film à la programmation... Passé l'énervement, la joie. Avec 3 mois de retard, "Nymphomaniac - Partie 2" est à l'affiche et nous, tout naturellement, nous sommes dans la salle!

Comme je l'avais souligné lors de la rédaction de mon avis sur la première partie, il est difficile de scinder en deux une oeuvre et d'en faire deux critiques distinctes puisqu'à la base c'est un seul et même film... L'idéal aurait voulu que l'on vous écrive un billet sur l'intégralité de cette production (c'est d'ailleurs ce que nous avions prévu de faire à la base) mais bon, en 3 mois, on en oublie des choses donc nous avions préféré faire un billet pour chaque partie. Oui, je râle encore là dessus, c'est la dernière fois, promis, après j'arrête.

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Nous retrouvons le personnage de Charlotte Gainsbourg là où nous l'avions laissé, dans la chambre de Seligman, à lui raconter la suite de ses péripéties sexuelles. Cette seconde partie a été interdite en salle aux spectateurs de moins de 18 ans et bizarrement je l'ai trouvé plus soft que la première, moins dérangeante. Alors certes, on voit bien deux bites (désolée j'appelle un chat, un chat) en gros plan dans ce qui se présente comme une future partie à 3 mais dans l'idée je maintiens, le volume 1 est bien plus pervers. Sans doute parce qu'ici Joe est plus âgée, plus actrice dans sa vie sexuelle, moins tatonnante, plus mûre, bien qu'elle continue d'explorer le côté obscur des parties de jambes en l'air.

Joe ayant trouvé l'amour mais ayant perdu le plaisir, elle sombre peu à peu dans une escalade de souffrances physiques dans sa quête du Graal: son orgasme perdu. Sans trop en dévoiler, elle va tenter le sado-masochisme, le triolisme, la masturbation jusqu'à la blessure... La chair était déjà triste dans la première partie, là, elle est limite pathétique. On souffre pour cette pauvre femme qui n'arrive pas à vivre sa sexualité de manière épanouie, sans cesse dans l'expérimentation et l'obsession sans plaisir.

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Allant jusqu'à délaisser ses proches, le désir de ressentir sa petit mort étant plus fort, elle va être de plus en plus seule. Au passage, Lars Von Trier fait ici un excellent clin d'oeil à un de ses précédents films, "Antichrist" (si je vous dis fenêtre + nuit + scène d'amour ça vous dit quelque chose?). Sa solitude, elle la comble peu à peu avec Seligman qui se rapprocherait le plus de ce que pourrait être un ami dans la vie morne de Joe. Ensemble il continue d'explorer les tréfonds de sa vie et s'en suivent de délectables discussions argumentées entre eux deux. Exemples, contre-exemples, métaphores, références intellectuelles, tout y passe. Cela plait ou pas aux spectateurs qui pour certains trouveront ces scènes cérébrales masturbatoires (ça tombe bien, on reste dans le thème) mais personnellement j'ai trouvé qu'encore une fois avec ce film, Lars Von Trier nous enrichit intellectuellement. On ne ressort pas indemne d'une projection d'une de ses oeuvres.

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Lars Von Trier est un réalisateur que l'on adore ou que l'on déteste. J'ai du mal à concevoir que l'on puisse être "entre deux" avec ses films. Ici sans doute encore plus qu'ailleurs, il séduit ou ennuie. Vous avez d'ors et déjà compris que je me situe dans la première catégorie. J'ai déjà hâte de découvrir son prochain film tant cet homme là a une place bien à part dans le paysage cinématographique.

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La critique de Mr K: 5/6. Aaaaah depuis le temps qu'on l'attendait cette fameuse deuxième partie! Il était temps! Mais chose promise, chose due; notre cinéma a finalement décidé de programmer pendant une semaine la suite du film sulfureux de Lars Von Trier mettant en scène le personnage de Joe interprétée majoritairement cette fois-ci par une Charlotte Gainsbourg une fois de plus au sommet de son art.

On retrouve notre héroïne au moment exact où on l'a laissé à la fin du chapitre 1. Après avoir écumé nombre de lieux de perdition et avoir bu le calice jusqu'à la lie, elle n'est plus capable de ressentir le moindre plaisir! Commence alors une longue quête intérieure qui clairement s'apparente ici à une descente aux Enfers. Sa relation avec Jérôme ne peut alors que se dégrader et Joe va multiplier les expériences malheureuses. Elle croisera notamment sur sa route un coach d'un genre très spécial (Jamie Bell), des harders black adeptes de la parlotte (moment hilarant), une jeune femme fragile qu'elle va prendre sous son aile... autant de personnages qui vont croiser la route de Joe et changer sa trajectoire. Plus le métrage avance, plus on semble plonger plus loin dans les désordres émotionnels et relationnels de Joe. La fin ne peut qu'être bien sombre...

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Dans ce deuxième volume, les qualités sont toujours les mêmes mais ça n'a rien de surprenant quand on sait que Von Trier proposait avec Nymphomaniac une œuvre unique. La technique est toujours perfectionniste, entre cadrage caméra à l'épaule et plans plus travaillés avec des ambiances bien plantées où le climax se fait prenant et marquant. On a beaucoup glosé sur les scènes mettant en image les rapports sexuels assez violents que s'inflige l'héroïne. Certes c'est crû mais je défie toute personne normalement constituée d'y trouver une quelconque excitation ou désir car au contraire, tout cela est ici bien triste et dérisoire. Il y a le sexe comme révélateur mais Joe est une femme perdue, errant de personne en personne sans réellement trouvé la clef de son épanouissement. Il en ressort une figure solitaire, mélancolique qui glace le sang du spectateur et qui moi, m'a pris à la gorge.

Les acteurs sont toujours aussi bien dirigés et livrent une galerie de personnages hauts en couleur. Willem Dafoe en impose toujours autant entre force et finesse, le tout relevé d'une once de machiavélisme. Jamie Bell (ex Billy Elliot!) est remarquable de justesse comme dit précédemment et de manière générale, malgré une histoire vraiment déroutante et peu commune, on y croit tant Von Trier dissèque littéralement ses personnages pour mieux nous les jeter en pâture par la suite. On navigue constamment entre curiosité, trouble et faux semblant. Difficile en effet de pouvoir s'identifier à quiconque tant les âmes ici présentées sont tortueuses et ravagées par la vie.

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Au final, même si je lui ai préféré d'autres films du même auteur comme Dancer in the dark, Antichrist ou encore Melancholia, j'ai trouvé cette expérience cinématographique novatrice, entière, sans concession et d'une beauté à couper le souffle. Sûr qu'il ne plaira pas à tout le monde, le poids des tabous est ce qu'il est, mais c'était un plaisir sans borne d'aller voir un Von Trier qui pour moi est un réalisateur décidément bien à part.

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jeudi 27 février 2014

"Nymphomaniac - Partie 1" de Lars von Trier

nymphomaniac afficheL'histoire: La folle et poétique histoire du parcours érotique d'une femme, de sa naissance jusqu'à l'âge de 50 ans, racontée par le personnage principal, Joe, qui s'est auto-diagnostiquée nymphomane. Par une froide soirée d’hiver, le vieux et charmant célibataire Seligman découvre Joe dans une ruelle, rouée de coups. Après l'avoir ramenée chez lui, il soigne ses blessures et l’interroge sur sa vie. Seligman écoute intensément Joe lui raconter en huit chapitres successifs le récit de sa vie aux multiples ramifications et facettes, riche en associations et en incidents de parcours.

La critique Nelfesque: Nous sommes allés voir la première partie de "Nymphomaniac" à sa sortie en salle début janvier. Nous avons mis du temps à en faire une critique car nous attendions la seconde partie fin janvier. Seconde partie que nous attendons toujours...

J'ai râlé auprès de notre cinéma (vous savez combien j'aime râler!) et nous n'avons sans doute pas été les seuls à prendre mal le manque de respect de ce dernier pour leurs spectateurs. Quand on projette la première partie d'un film, c'est la moindre des choses de permettre à tous de voir leur film en entier. La première partie a eu peu de succès!? J'ai envie de dire "What else?". Disons qu'avec des blockbusters à l'affiche depuis plusieurs mois, ça compense le manque à gagner non? Et c'est là que le miracle se produisît! Après avoir envisager de nous rendre à Nantes ou Brest afin de voir la totalité de "Nymphomaniac", nous apprenons que la seconde partie sera finalement projetée début avril dans notre cinéma habituel. Oui, c'est plus tard que prévu mais ON VA LE VOIR!!! Joie! J'ai alors chanté mon amour à cette salle (ben oui je râle mais je sais aussi distribuer des bons points).

Afin de ne pas perdre le fil de nos réflexions suite au visionnage de la première partie, nous allons tout de même vous en dire quelques mots.

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Je ne vous cache pas que j'ai quelques difficultés à disséquer un film que je n'ai pas vu dans sa totalité. Mr K sera sans doute plus prolixe que moi dans sa critique, je vais me contenter de jeter quelques idées ici.

Joe, interprétée par la talentueuse Charlotte Gainsbourg (ma chouchoute et actrice fétiche de Lars Von Trier), est retrouvée très mal en point par Seligman dans une ruelle froide et humide. Mention spéciale pour cette scène d'introduction à la photographie léchée qui donne tout de suite le ton à l'ensemble du long métrage: une ambiance glauque et étouffante portée essentiellement par des sons. Claustrophobe s'abstenir.

Dans cette première partie, Joe commence à expliquer son parcours sexuel personnel à celui qui lui donne l'hospitalité pendant sa convalescence. Un lien va se tisser entre eux et le spectateur va alors être le témoin des premiers moments de découverte sexuelle de l'héroïne. Comment adolescente elle va connaitre sa première fois décevante, comment le sexe va devenir une sorte de compétition entre elle et son amie, comment elle va rentrer dans une spirale féministe plus destructrice que véritablement constructive.

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La chair est ici bien triste. Sans émotion, sans véritable désir, comme une course contre la montre, elle enchaine les expériences sans lendemain. Jusqu'au jour où... Et bien il va falloir attendre la seconde partie pour savoir! Et je vous avouerai que c'est cette partie ci du film que j'attends avec impatience tant le rythme du long métrage s'accélère et laisse espérer une suite mouvementée. Je sens que ça va être éprouvant mais qu'importe.

Je détaillerai sans doute plus mon point de vu lorsque j'aurai vu le film dans sa totalité. Jusqu'ici, je suis bien incapable de dire si j'ai aimé ou pas "Nymphomaniac". En revanche, une chose est sûre: j'ai envie de découvrir la suite!

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La critique de Mr K: 5/6. La sortie d'un nouveau Lars Von trier est toujours un événement pour nous et lors de la sortie de la première partie de Nymphomaniac nous n'avons pas tardé à aller dans notre salle obscure préférée pour admirer la nouvelle œuvre de ce danois quelques peu dérangé. La critique de cette excellente partie vient tard car c'est avec stupeur que fin janvier, nous avons appris que le même cinéma ne diffuserait pas le volume 2! Nous attendions d'avoir vu la suite pour justement exprimer notre avis! Nous avons été rassuré, il y a peu, en apprenant que finalement, la suite serait diffusée pendant une seule semaine au mois d'avril... c'est mieux que rien mais c'est rageant, surtout si comme moi, on a grandement apprécié la première partie.

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Von Trier a décidé une fois de plus de suivre la vie d'une femme, on le sait orfèvre en la matière notamment quand on a vu Dancer in the dark, Dogville, Antichrist ou encore Melancholia (deux palmes d'or d'interprétation féminine tout de même, pour Björk et Kirsten Dunst). Ici, il a décidé de s'intéresser à une femme (Joe) qui se qualifie elle-même de nymphomane, obsédée par le plaisir charnel depuis son adolescence. Recueillie en piteux état par un psy, Charlotte Gainsbourg raconte ses expériences et ses aspirations. Commence alors une longue descente aux enfers dans une psyché torturée entre flashbacks sur l'enfance et le père idéalisé, et des expérience bien hard dans le domaine de la sexualité qui est ici plus que débridée! Ce premier volet s'attache à parcourir les jeunes années de l'héroïne, Charlotte Gainsbourg n'apparaissant que dans les phases narratives entre Joe et son hôte.

La chair est ici triste et morbide. Cette jeune femme semble s'autodétruire tout en se cherchant à travers des expériences choquantes pour l'individu lambda. Pour autant, nous n'avons pas affaire à un étalage gratuit de scènes plus ou moins porno, tout se justifie à travers le parcours émotionnel chaotique d'une jeune femme à la vie intime complexe et parsemée d'accidents de parcours. Ainsi le rapport aux parents est disséqué (proche de son papa, la maman est froide et austère envers sa fille et son mari), ses premiers rapports avec les garçons sont eux aussi des échecs retentissants qui vont la marquer à jamais. Joe adulte (Gainsbourg) se juge durement, livre un constat implacable et prévient qu'elle est un monstre de cruauté et d'égoïsme. Certes il y a de ça mais on sent poindre derrière tout cela une grande fragilité qui m'a profondément ému.

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Une fois de plus, le film de Lars Von Trier est porté par ses acteurs et par le génie de réalisation de Von trier. On pouvait pourtant s'attendre au pire avec un sujet qui paraît racoleur et plutôt casse gueule mais l'alchimie Von trier fonctionne encore à plein et nous livre une œuvre d'art à la fois belle et repoussante, sentiments intrinsèquement liés dans les films du maître, je pense notamment à l'ovni Antichrist.

Lars Von Trier a le don de charmer les acteurs et de savoir les attirer dans ses projets cinématographiques les plus fous. On retrouve ici des habitués du danois fou au premier rang desquels Charlotte Gainsbourg toujours aussi juste et mesurée dans son jeu mais aussi Willem Dafoë (qu'on ne voit pas dans cette première partie). Mais si vous jetez un coup d'œil à l'affiche, vous y verrez aussi Christian Slater remarquable dans le rôle du père aimant et adoré, Uma Thurman complètement transformée et frappadingue dans un rôle très inhabituel pour elle et qui prouve à ses détracteurs qu'elle est une grande et talentueuse actrice, Shia LaBeouf s'avère être lui aussi très bon dans le rôle de Jérôme l'initiateur de la première fois (scène des plus violente) et qui deviendra ensuite une chimère que Joe va poursuivre, mention spéciale à la jeune Stacy Martin (Joe adolescente) qui livre une prestation déroutante et dérangeante au possible ce qui est un véritable exploit au vu de sa jeunesse et de sa carrière naissante.

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La technique Von Trier n'est plus à prouver et ce Nymphomaniac volume 1 en est une preuve de plus, si preuve il y avait besoin! Comme dit précédemment, la direction d'acteur est parfaite d'autant plus qu'il leur en demande beaucoup dans ce film. Tout le reste, musique, cadrages, lumière, photos est à l'avenant et au service d'une histoire puissante, décidément ce diable de suédois est doué! Nul défaut donc, une beauté cruelle de chaque instant, y compris dans les plans pornographiques qui ici se font fulgurances crues et cruelles! Von Trier trouve même le moyen de faire de l'humour par endroit notamment quand Joe nous avoue avoir connu nombre d'hommes et qu'elle compare la taille et la forme de leurs attributs avec une série d'images défilant très vite sur une musique guillerette des plus enjouée. Non, vraiment ce film est à part!

Au final, je ne peux que lui mettre 5/6 car nous n'avons vu que le début. Gageons que le film tienne toutes ses promesses dans un volume 2 à priori encore plus extrême et subversif que nous pourrons enfin voir en avril. Il me tarde d'y être!

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mercredi 31 août 2011

"Melancholia" de Lars Von Trier

MelancholiaafficheL'histoire: À l'occasion de leur mariage, Justine et Michael donnent une somptueuse réception dans la maison de la soeur de Justine et de son beau-frère. Pendant ce temps, la planète Melancholia se dirige vers la Terre...

La critique Nelfesque: Quel film! Autant l'annoncer tout de go et sans fioriture: "Melancholia" est un putain de film! Un des meilleurs Von Trier à mon sens. Laissons de côté la polémique qu'a pu susciter le réalisateur au Festival de Cannes, l'objet cinématographique qui nous est servi ici mérite bien plus de publicité.

La réalisation, le jeu d'acteur, le climax, la photo, la musique, tout est réuni pour captiver le spectateur. Et ce, dès la première minute. Se suivent quelques plans au ralenti composés tels des tableaux qui mettent tout de suite dans l'ambiance. C'est beau, c'est intrigant, ça suscite des émotions, ça ne laisse pas indifférent. On est assis dans notre fauteuil et rien que pour les 5 premières minutes, on est content d'avoir payé nos places, content que de tels productions soient produites.

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Ce long métrage se découpe en deux parties. La première partie est centrée sur Justine, le soir de son mariage. Kristen Dunst interprète à merveille ce personnage dépressif et secret. On ne sait si elle est heureuse ou pas, ni ce qui cloche exactement mais on ressent un malaise. Tout est pourtant réuni pour faire un magnifique mariage et le lieu de réception est sublime mais Justine porte en elle un mal-être qui est palpable. Elle mérite amplement le prix d'interprétation qu'elle a reçu pour ce rôle. Autour d'elle, sa famille semble étrange... Son père est du genre coureur, sa mère met les pieds dans le plat et sa soeur est à cheval sur tout. On ne sait pas ce qui se passe dans cette famille mais leur mode de fonctionnement est particulier.

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Arrive la seconde partie du film centrée sur le personnage de Claire, la soeur de Justine, interprété par Charlotte Gainsbourg. J'aurai aussi donné le prix d'interprétation féminine à Charlotte Gainsbourg. J'aime énormément cette actrice qui sait tout jouer. Ayant déjà eu ce prix pour "Antechrist" il y a deux ans, avec le même réalisateur aux commandes, on comprend pourquoi elle n'a pas été nommé cette année. Il en faut pour tout le monde! Toujours est-il que son désir de voir sa soeur guérir et sa peur de voir la planète Melancholia heurter la Terre et tout ravager sur son passage sont patents.

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Oui parce qu'il est question d'un évènement cosmique et de la fin du monde dans ce film. En même temps qu'une planète flirte avec la Terre et menace son existence, une famille se déchire, essaye de se comprendre et s'aime. Tout est lié. Peu à peu, les rôles s'inversent, Justine s'apaise et Claire semble perdre pied...

Un film magnifique sur la nature humaine, sur les relations fraternelles. Un film qui évoque la fin du monde de manière pudique, dans un huit clos éprouvant, loin des films catastrophes hollywoodiens. Une fin magnifique qui fait écho aux scènes d'intro et nous laisse pantelants face à un écran noir dépourvu de générique. Une belle expérience cinématographique.

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La critique de Mr K: 6/6, encore un chef d'oeuvre à mettre à l'actif de Lars Von Trier. J'ai beau cherché, il n'y a aucun de ses films que je n'ai pas au minimum apprécié. Avec celui-ci, j'ai pris une sacré claque. Rassurez-vous, c'est moins "violent" dans le thème et la forme qu'un "Antechrist" mais on retrouve le sens de l'esthétique si admirable chez ce danois pur souche (image, musique et conduite d'acteur parfaites). Alors peu importe ses débordements et son côté antipathique, le cinéaste est remarquable et on aurait tort de passer à côté de cette apocalypse filmée avec maestria.

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Après une scène d'ouverture aussi incroyable que magnifique (on est gâté cette année avec le dernier Malick), la première partie du film s'attache à suivre le mariage de Justine (Kirsten Dunst). On retrouve ici le goût de Von Trier pour disséquer les relations qui existent dans une famille qui va mal, avec le personnage central qui devrait être au comble du bonheur mais dont la nature profonde assombrit les festivités. Ajoutez à cela, la menace cosmique qui pèse sur la Terre et vous aurez une vague idée de la tension qui peut prendre le spectateur à la gorge. La seconde partie est centrée sur Claire (Charlotte Gainsbourg) et se situe quelques jours après la cérémonie. Complètement différente de sa soeur, elle a peur et essaie de se rassurer. Son mari a beau l'assurer d'une issue heureuse (Kiefer Sutherland impec), elle ne peut s'empêcher de s'inquiéter notamment pour son adorable petit garçon (très bon choix au casting).

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Les deux actrices principales portent littéralement le film sur leurs épaules. Kirsten Dunst est magnifique (en bonus pour les fans mâles, elle est totalement nue au bord d'une rivière!) et d'une justesse troublante, sa palme est méritée. Pour autant, elle aurait du être partagée avec Charlotte Gainsbourg toujours aussi impressionnante, au jeu calibré à la perfection mais tellement naturel. On est ébloui par la performance livrée mais pas surpris quand on connaît le talent (et la rudeur) avec lequel Von Trier dirige ses actrices (trois palmes d'or d'interprétation féminine cumulées tout de même).

La scène finale est éblouissante et laisse le spectateur pantelant, conscient d'avoir vécu un moment rare du septième art. On est littéralement cueilli et conquis par ce film de SF intimiste et bouleversant. Un grand prétendant pour le film de l'année à mes yeux.

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mercredi 11 mai 2011

Festival de Cannes Jour J

affiche_du_64e_festival_de_cannesEt voilà, on y est. La grande messe du cinéma débute ce soir. Montée des marches à 19h et lancement de la cérémonie d'ouverture dans la foulée.

Certains y voient une consécration du cinéma, d'autres un défilé de dindes poudrées et choucroutées en tenues de gala. Rappelez vous, M et son fameux "Festival de Connes" que je ne peux pas m'empêcher de mettre en fin de billet.

En ce qui me concerne, j'aime le Festival de Cannes. Pourquoi ? Je ne sais pas expliquer exactement mais toujours est-il que j'aime cette dizaine de jours dans l'année où la France se rappelle que le cinéma n'est pas seulement composé de blockbusters pour ado boutonneux et de la dernière production de Disney qui s'apparente à la plaie pour les jeunes parents ("Dis papaaaaaa, on va voir Raipooooooooooonse !? Steuuuuuupléééééé !?").

Ok, souvent (j'ai pas dit toujours) la Palme est une oeuvre obscure qui tient plus de la branlette intellectuelle et du copinage dans le jury mais le Festival est l'occasion de découvrir des films avec un peu de cervelles dedans (et non pas à côté comme on aime aussi visionner avec Mr K). Je n'y suis jamais allée et je pense que je n'irais jamais. L'ambiance paillettes, jet set et soirées VIP très peu pour moi mais j'aime suivre de loin cet évènement.

Cette année, concourent pour la Palme, deux films que nous comptons bien aller voir dès leur sortie: "Melancholia" de Lars Von Trier et "The tree of life" de Terrence Malick. Il y a aussi le dernier Almodovar "La piel que habito", le dernier "frères" Dardenne "Le gamin à vélo", Maïwenn et son "Polisse", Michel Azanavicius (le réalisateur du cultissime "La classe américaine") et tant d'autres à découvrir !

Ah je me réjouis ! Et je serai devant Canal à 19h pour le coup d'envoi !

vendredi 10 juillet 2009

"L'hôpital et ses fantômes" de Lars Von Trier

L_h_pital_et_ses_fant_mes_afficheL'histoire: L'hôpital Le Royaume est construit sur d'anciens marécages, lieux de toutes les légendes. Aujourd'hui, elles ont laissé la place aux médecins, aux chercheurs et à la technologie la plus avancée du Danemark. A présent, la science fait loi, mais n'est pas infaillible. Des forces occultes se sont réveillées. Fantômes, morts violentes, étranges plaintes suintant des murs: les Portes du Royaume se sont ouvertes sur un monde mystérieux, et personne ne s'en est encore aperçu...

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La critique Nelfesque: Série culte et tordue, il me fallait la voir dans son "intégralité". Je mets "intégralité" entre guillemets car cette série est inachevée. Certains, comme Mr K, y trouveront tout de même une fin, d'autres comme moi, n'auraient pas boudés quelques épisodes de plus, histoire d'être bien fixés. Je ne vous dirai rien sur le final de ces 2 saisons, car après il n'y aurait plus de surprise pour vous, potentiels futurs spectateurs de Riget (titre original danois).
Et du danois, vous allez en souper! Cette série n'est disponible qu'en danois sous-titré. Après un petit temps d'adaptation face à cette langue que l'on n'a pas l'habitude d'entendre, on finit par parler le danois couramment! "Marü, lille pige"!!! L'hôpital et ses fantômes est mieux qu'un Assimil!

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Ce qui fait la force de cette série, ce sont les personnages tous plus déjantés les uns que les autres. On s'attache énormément à eux: Mme Drusse, vieille dame communiquant avec les esprits, Stig Helmer, neurochirurgien suédois, parlant à ses étrons et hurlant "putain de danois" à chaque épisode, Moesgaard, chef de service incompétent et soignant ses problèmes psychologiques dans un groupe de travail grâce au rituel du tambour, Bondo, professeur chercheur se faisant greffer un foie malade afin de posséder la tumeur la plus grosse du monde, Judith accouchant d'un "bébé" horrible grandissant à vue d'oeil et vous faisant faire une croix sur vos envies de grossesse! Et je passe sur l'infirmière nymphomane, l'étudiant coupeur de tête et autre secrétaire obsédée des dossiers bleus!

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Pour ce qui est de la réalisation, nous sommes dans une oeuvre qui préfigure le Dogme et cette façon de tourner peut dérouter ou même lâcher en route quelques spectateurs. Je ne vous cache pas que c'est très particulier et que là aussi il faut un temps d'adaptation. Lars Von Trier n'est pas un réalisateur comme un autre et fait du Lars Von Trier. A chacune de ses oeuvres, il nous propose des choses nouvelles et une façon de filmer très personnelle.

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Je ne sais pas si je conseillerai de visionner cette série... Si vous ne le faites pas, vous risquez de passer à côté de quelque chose... Mais si vous décidez de le faire, faites le en toute connaissance de cause. Vous sombrerez dans un univers singulier qui ne plait pas toujours, une lenteur par laquelle il faut passer pour appréhender tout les aspects de cette série.
Personnellement, j'ai aimé L'hôpital et ses fantômes. Y'aura-t-il d'autres cerveaux malades?

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La critique de Mr K: 6/6. Excellente mini-série que je place avec joie à côté du "Prisonnier" et de "Twin Peaks". 8 épisodes d'une heure environ seulement mais une intensité qui va crescendo vers un dénouement apocalyptique. Attention cependant à ceux qui aiment les fins claires et précises, celle ci est ouverte et sujette à interprétation selon les sensibilités.  Revenons à la série: imaginez vous la série "Urgence" peuplée de personnages antipathiques, bizarres, vivants, morts, diformes; mélangez le tout avec des intrigues tordues mélangeant psychologie et paranormal et vous obtenez "The Kingdom" titre originel de cette oeuvre.

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Vous croiserez une petite vieille aux talents de médium qui cherche à aider une âme errante, une doctoresse enceinte d'un fantôme dont le foetus est déjà à moitié adulte (attention scène choc!), un docteur d'origine suédoise (détestant les danois) égocentrique au possible (mon préféré! Romano scandinave dans l'âme!), un interne dealer de matériel médical au grand coeur victime d'un rite vaudou, une spécialiste du sommeil à libido galopante (sans mauvais jeu de mot!), des chefs de services membre d'une loge mystérieuse aux liturgies ridicule (voir la scène du couteau et du citron), des externes amateurs de "courses à l'aveugle" à l'humour bien noir et potache, deux trisomiques chargés de la plonge dans les cuisines de l'hôpital qui commentent tous les épisodes comme s'ils étaient au courant de tout etc... Reste un dernier personnage, l'hôpital en lui même! Dernier cri de technologie mais glauquissime au possible... Le style Von Trier est d'ailleurs mis au service de ce dernier avec une image tantôt ocre, tantôt verdâtre qui distille le malaise dans l'esprit du pauvre spectateur.

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Cette série est vraiment incroyable tant le réalisateur-auteur fait preuve de maestria à tous les niveaux: technique, scénario et direction d'acteurs. Il apparaît d'ailleurs furtivement à la fin de chacun des épisodes pour nous en faire un léger commentaire qui bien au contraire d'une explication complexifie davantage la portée de ce que l'on vient de voir... C'est pas pour me déplaire! Il nous invite à chaque fois à prendre le bien avec le mal (merci Ys pour la formulation!) et Dieu sait qu'on passe de l'un à l'autre durant tous les épisodes. A ce propos, j'avais tenté il y a quelques temps de regarder le remake américain qui s'est avéré aussi peu inspiré que commercial. Ici point de concession à l'image du cinéma de Von Trier, on aime ou on aime pas... Perso j'adore!

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lundi 8 juin 2009

"Antichrist" de Lars Von Trier

antichrist_afficheL'histoire:

Un couple en deuil se retire à " Eden ", un chalet isolé dans la forêt, où ils espèrent guérir leurs coeurs et sauver leur mariage. Mais la nature reprend ses droits et les choses vont de mal en pis...

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La critique Nelfesque: Là, j'avoue, je suis bien embêtée pour faire une critique de ce film. Antichrist est spécial... très spécial! A tel point qu'une fois le générique de fin déroulé, j'étais incapable de dire si j'ai aimé ou pas ce film. Ce genre de sensation est vraiment étrange car j'y suis peu habituée. Vous qui lisez nos posts, vous avez sûrement remarqué que mes avis sont tranchés et souvent excessifs (soit "c'est génialissime" soit "c'est purement à chier") et là je ne sais pas! Ce film qui a été au centre de la polémique à Cannes sème également le trouble dans mon cerveau...

Ce que je peux en dire c'est que l'histoire banale de départ, à savoir la perte d'un enfant, va se muer en une  pathologie psychiatrique dans un climat très glauque. Une véritable descente aux enfers qui entraine le spectateur dans sa chute. C'est une certitude, Lars Von Trier est très bon! Rien n'est laissé au hasard et le visuel est très beau. Les couleurs de ce long métrage sont finement choisies, le rendu est magnifique et les cadrages au plus près des acteurs, comme pour sonder leurs âmes. Ces derniers sont époustouflants (Charlotte Gainsbourg mérite amplement son Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes et Willem Dafoe n'a pas à en rougir), le rythme du film, très lent, et l'absence de musique (excepté au début du film et à l'épilogue),  nous permettent de mieux appréhender ce que les personnages ressentent et le malaise qui s'installe peu à peu.

Mais alors pourquoi ne pas dire "j'ai aimé ce film!"? Sûrement à cause du climat malsain et violent qui est omniprésent, de la façon qu'à Charlotte Gainsbourg d'utiliser le sexe comme exutoire à ses démons intérieurs et celle qu'à le réalisateur de nous les transmettre. Les scènes de sexe sont brutales et dérangeantes. Cette fille est folle! ^^

Assurément, ce film n'est pas à mettre à la portée de tous les yeux. Quant à moi, il me faudra sûrement d'autres visionnages...

 

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La critique de Mr K:6/6. Il est des films qui côtoient le génie. Ne vous méprenez pas, Lars Von Trier s'apparente davantage à un "génie du mal". Cette oeuvre s'attaque à un sujet hautement difficile, celui du deuil parental face à la disparition d'un enfant (événement tout sauf naturel). En l'occurence ici, le deuil d'ELLE (le personnage de Charlotte G. n'a pas de nom) et la tentative de son mari, thérapeute de profession (Willem Dafoe alias LUI), pour la guider vers un dépassement de son état de prostration (échapattoire à la souffrance quasi autodestructrice). Dès le début le décor est planté par une caméra intimiste (très intimiste même! Le film est très crû...) et une bande son épurée et réaliste. L'impression de malaise déjà perceptible au début ne fait que grandir pour finalement exploser dans le dernier tiers du film.

Cette oeuvre s'apparente à une descente en enfer, celle de cette mère ravagée qui va sombrer de plus en plus dans une folie d'abord intérieure puis quasi meurtrière envers son compagnon. Charlotte Gainsbourg est remarquable de justesse et donc de crédibilité (sa palme est hautement méritée). On retrouve ici tout le talent de Von Trier pour diriger ses actrices (voir Björk dans Dancer in the dark, Émilie Watson dansBreaking the waves et Nicole Kidman dans Dogville). La folie est ici explorée au scalpel et ce n'est pas un vain mot! On fait face à la violence la plus brute, puisant ses forces dans la nature humaine la plus refoulée, la plus brimée par les tabous de nos sociétés (la sang, le sexe, et peut-être l'infanticide...). Pour ma part, je suis resté subjugué par l'interprétation de Willem Dafoe qui n'est pas sans rappeler celle (extraordinaire) qui fut la sienne dans La dernière tentation du Christde Scorsese. Il est particulièrement touchant, tout en subtilité de jeu et magnifique en victime expiatoire de sa "chère" compagne. Ce film prouve (s'il en est besoin) encore qu'il mériterait de se trouver au panthéon des plus grands acteurs.

Le troisième personnage du film est la nature, omniprésente dans le métrage. Tantôt rassurante, tantôt angoissante, figure onirique et métaphysique à la fois dont il est difficile de saisir le sens. S'y greffe des éléments de "sorcellerie", "d'astrologie" et de "possession" qui pour moi ne sont qu'une déviation de l'auteur pour mieux appréhender la folie humaine.  Le film mérite qu'on s'y attarde et une seconde vision pourrait nous éclairer davantage sur le propos. Je ne rentrerais pas dans la polémique qui n'a fait qu'enfler depuis l'annonce du projet et sa mise en circulation. Von Trier est quelqu'un que je n'apprécie guère en tant qu'homme mais dont j'admire la virtuosité derrière une caméra et dont les thèmes de prédilection m'intéressent au plus haut point: violence, sexe, instincts, rapports de couples et autres névroses inhérents aux êtres humains. Je suis sorti de cette séance interloqué, un peu à la manière d'un film comme Lost Highwayde Lynch, conscient d'avoir vu une oeuvre hors-norme mais ésotérique. A voir pour ceux qui ont le coeur et l'esprit bien accrochés!

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