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L’histoire : Base dérivante Arcosaur, Arctique. Depuis des mois, une équipe de scientifiques affronte les conditions de vie les plus extrêmes pour mener à bien ses recherches. Mais dans la solitude polaire, les nerfs sont à vif et le moindre incident peut entraîner des conséquences désastreuses. Jusqu'à l'irréparable.

Ontario, Canada. Alors que l'hiver s'annonce particulièrement rude à Algonquin Bay, le corps d'un homme est retrouvé dans un motel de la région. Sa maîtresse, dernière personne à l'avoir vu vivant, a disparu. Bientôt, c'est le corps d'une autre femme qui est retrouvé dans un hôtel désaffecté. Dépêchés sur les lieux, les inspecteurs John Cardinal et Lise Delorme sont loin d'imaginer l'ampleur des ramifications qui sous-tendent leur enquête.

La critique de Mr K : Belle expérience de lecture à laquelle je vous convie aujourd’hui avec un des derniers nés des éditions Sonatine : Grand calme de Giles Blunt, un auteur canadien que je découvrais avec ce titre. Au fil des chapitres, on suit deux histoires que rien ne semble relier de prime abord. Comme souvent dans le genre thriller, le stratagème va fonctionner, les trames se rencontrer et proposer une vérité assez glaçante sans mauvais jeu de mot.

Un chapitre sur deux, l’auteur nous propose de feuilleter les pages d’un mystérieux cahier bleu qui relate les faits se déroulant sur une base Arctique où finit par débarquer une jeune chercheuse, Rebecca Fenn. Cette arrivée va bouleverser l’ordre établi sur ce lieu perdu au milieu de nulle part dans un désert blanc impitoyable qui use les corps et les esprits. La tension va monter très progressivement, le huis clos devient étouffant révélant des vérités et des tensions qui finiront par éclater au grand jour à la faveur de l’accélération des événements.

En parallèle, nous suivons Lise et John, deux inspecteurs chargés d’enquêter sur la mort d’une femme selon un rituel déroutant. Visite des lieux du crime, des maisons et appartements des victimes, interrogatoires, fausses pistes et vrais indices s’enchaînent comme dans tout bon roman policier classique sur fond d’hiver rude dans le Canada anglophone. Quête de la vérité, obstacles administratifs, compétitions entre collègues n’épargnent pas ces deux héros que des questions plus intimes taraudent aussi, donnant une densité forte à l’intrigue qui va prendre un tour surprenant aux deux tiers et finalement se relier aux événements se déroulant dans le grand Nord.

Je dois bien avouer que j’ai trouvé les débuts assez lents, notamment concernant la partie se passant en Arctique. Très parcellaire dans la caractérisation, il ne se passe pas grand-chose dans le récit, les passages incriminés son courts et plutôt nébuleux. Peu ou pas d’intérêt pour le narrateur ou les personnages secondaires qu’il croise dans la base et finalement un grand plat en terme d’attrait même s’il y a du potentiel et que certaines relations laissent entrevoir un futur chaos diablement séduisant.

Heureusement, à côté il y a l’enquête, les atermoiements de John et Lise, deux personnages très charismatiques pour qui on se prend très vite d’affection. Pas gâtés par la vie, à un moment clef de leur existence en terme de développement personnel (l’âge, le célibat, le veuvage, l’amitié et ses bornes), ils se raccrochent au boulot, du moins à ce qu’ils peuvent. Lise est en position de faiblesse, mise à l’écart et son ami John essaie de la garder dans le coup envers et contre tous. Leur relation complexe est très bien mise en lumière et évolue grandement au fil de ce volume, se révélant un miroir fin et juste de nos hésitations, de nos rapports changeants et de nos aspirations secrètes. Leurs psychologies respectives s’avèrent très fouillées, décrites avec tact, délicatesse et goût, donnant à voir deux individus que l’on se plaît à contempler, scruter et connaître en profondeur. Pas de pathos ou d’effets de manche inutile ici, la vie seulement, notre vie dans ce qu’elle a de plus banale mais aussi parfois de plus réjouissante ou traumatisante.

Quand l’ensemble s’emballe au fil des découvertes et des événements, le roman prend une très belle ampleur. Des choses insoupçonnées surgissent de façon impromptue, des personnages révèlent leur vrai visage et le lecteur emprunte alors des chemins addictifs d’une rare force. On finit la lecture tambour battant avec toutes les pièces du puzzle qui se rassemblent parfaitement et offrent une histoire de vengeance à la fois mélancolique et terrifiante. Bien que prévisible par moments (j’ai deviné une ou deux choses du scénario), on passe vraiment un bon moment avec un auteur à la plume alerte et prenante qui ne relâche jamais ses effets à partir de la deuxième moitié du roman.

Grand calme est un bon thriller qui plaira à tous les amateurs du genre !