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L’histoire : Un soir de septembre 1785, on frappe à la porte du logis du marchand Hancock. Sur le seuil, le capitaine d’un de ses navires. L’homme dit avoir vendu son bateau pour un trésor : une créature fabuleuse, pêchée en mer de Chine. Une sirène.

Entre effroi et fascination, le Tout-Londres se presse pour voir la chimère. Et ce trésor va permettre à Mr Hancock d’entrer dans un monde de faste et de mondanités qui lui était jusqu’ici inaccessible.

Lors d’une de ces fêtes somptueuses, il fait la connaissance d’Angelica Neal, la femme la plus désirable qu’il ait jamais vue... et courtisane de grand talent. Entre le timide marchand et la belle scandaleuse se noue une relation complexe, qui va les précipiter l’un et l’autre dans une spirale dangereuse.

Car les pouvoirs de la sirène ne sont pas que légende. Aveuglés par l’orgueil et la convoitise, tous ceux qui s’en approchent pourraient bien basculer dans la folie...

La critique de Mr K : Quelle belle lecture que celle-ci ! Cela faisait un petit temps que je n’avais pas lu ce type de livre, croisement entre le roman historique, romance et avec une petite touche de fantastique. La sirène, le marchand et la courtisane est le premier ouvrage de sa jeune auteure Imogen Hermes Gowar qui place déjà la barre très haut avec un récit foisonnant, fulgurant, remarquablement documenté et au suspens parfois insoutenable. Inutile de vous dire que j’ai adoré et que je l’ai lu en un temps record. Divisé en trois parties, correspondant quasiment à trois actes, on suit donc principalement deux personnages que la vie et le destin vont rapprocher irrémédiablement.

À ma gauche, je vous présente M. Hancock, un marchand qui a perdu sa femme et son nouveau-né lors d’un accouchement qui s’est plus que mal déroulé. Inconsolable, depuis il vit seul avec sa nièce et mène ses affaires du mieux qu’il peut. Timide et réservé, économe et prudent, légèrement empatté, il est typiquement le genre d’homme qu’on ne remarque pas. Tout va basculer pour lui lorsque le capitaine d’une de ses expéditions va revenir avec un être rare qui va attirer tous les regards et braquer les projecteurs sur un Hancock qui semble voir sa fortune faite.

À ma droite, je vous présente Angelica Neal, une courtisane au charme capiteux qui séduit tous les hommes de Londres et notamment les plus fortunés. Quasiment élevée par une mère maquerelle qui a pignon sur rue (on est en 1785, ce commerce est légal et même considéré comme un régulateur social efficace, autre époque autres mœurs), on la retrouve en fâcheuse position en tout début d’ouvrage car son "protecteur" est décédé et la voila quasiment à la rue. On suit alors son parcours, tantôt touchant le lecteur tantôt l'agaçant. Nourrit de rêves grandioses, la réalité est plus prosaïque et les difficultés s’enchaînent entre deux moments de pure grâce. Elle va finir par croiser la route de M. Hancock, un marchand dont tout Londres a entendu parler à propos d’une sirène qu’il expose en ville.

La rencontre ne fera pas d’étincelle au départ, tout les sépare. Lui est un homme droit et moralement chaste, tandis qu’elle représente le monde du stupre et du plaisir. Pour autant, une étrange relation se noue entre eux faite d’attirance, de méfiance et de complicité. La vie va les rapprocher mais les épreuves ne font que commencer, la roue du destin étant parfois impitoyable et l’on n'est pas au bout des rebondissements avec un ouvrage long de 528 pages qui ne connaît aucun temps mort ni coup de mou. Une fois pénétré par les premiers chapitres, je peux vous dire que le livre est difficile à refermer !

On est ainsi très vite séduit par les personnages auxquels Imogen Hermes Gowar donne vie avec brio et sensibilité. Chacun ici est un être de chair et de sang complexe, mu par des forces invisibles et dépendant d’un fatum, d’un ordre des choses qui semble parfois lui échapper. Torturés par ces vents contraires, des choix difficiles s’offrent à eux dans un tourbillon d’événements et un contexte sans cesse changeant. Le moindre protagoniste même le plus secondaire apporte sa pierre à l’édifice narratif et ajoute à la profondeur des trames entrelacées. Par petites touches parfois quasiment indéfinissables, l’auteure monte son histoire et l’engage dans des voies que l’on ne soupçonnait pas. La structure globale quoique classique s’affranchit parfois des rythmes narratifs convenus avec notamment un dernier acte que je n’ai pas vu venir et qui rajoute une couche de suspens qui prend au cœur.

L’époque est très bien rendue et l’amateur d’Histoire que je suis, a été comblé avec un sens du détail qui ne tombe jamais dans la lourdeur et permet une immersion totale dans le Londres de la fin du XVIIIème siècle. On côtoie toutes les couches sociales des bas-fonds aux palais dorés avec un plaisir renouvelé porté par une écriture brillante qui ne cède jamais à la facilité ni au voyeurisme (on nage souvent dans les milieux interlopes) et emprunte bien souvent des voies poétiques insoupçonnées avec une pointe fantastique qui prend possession des pages par moment et offre des passages bien borderlines comme je les aime.

La sirène, le marchand et la courtisane est un ouvrage rafraîchissant, passionnant et au final totalement réjouissant. Les amateurs ne doivent surtout pas passer à côté, on passe vraiment un excellent moment. Vivement son prochain ouvrage, pour une première c’est carton plein !