dimanche 10 juin 2018

''L'Armure de vengeance" de Serge Brussolo

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L’histoire : Par une nuit sans lune Jehan de Montpéril, le chevalier errant, est chargé d'escorter au fond de la forêt six fossoyeurs porteurs d'un cercueil bardé de fer.

C'est une armure vide qu'il s'agit d'enterrer. Une armure maléfique, une armure tueuse qui, dit-on, bouge toute seule et répète, passé minuit, les gestes de mort appris sur le champ de bataille. Malgré cela, bien des chevaliers la convoitent, au risque de voir leur famille décimée par le vêtement de métal ensorcelé. Qu'importe ! N'a-t-il pas la réputation de rendre invincible celui qui s'en revêt ? Une malédiction pèse-t-elle vraiment sur l'armure ? Ou bien quelqu'un se sert-il de cette légende pour mener à bien une vengeance mystérieuse ?

La critique de Mr K : Retour vers un de mes auteurs préférés aujourd’hui avec un Serge Brussolo qui s’aventure avec L’Armure de vengeance dans le thriller médiéval. Connaissant l’imagination débordante du bonhomme et son écriture incisive, j’étais quasiment sûr de me régaler. Je ne me suis pas trompé !

Une mystérieuse armure noire semble semer la mort sur son passage. Réputée ensorcelée, nul ne semble pouvoir lui échapper du plus humble des vilains aux seigneurs les plus renommés du crû. Suite à un nouveau drame sanglant, Jehan de Montperil se retrouve mêlé à des événements qui le dépassent, lui l’ancien bûcheron anobli pour faits de guerre dont les grands talents de déduction seront mis à mal face à une menace de plus en plus insidieuse. L’armure semble avoir choisi ses nouvelles victimes et il doit tout faire pour l’empêcher de passer à l’acte sous peine de passer de vie à trépas...

Comme à chaque lecture de Brussolo, on rentre immédiatement dans le vif du sujet et le plaisir de lire se poursuit durant toute la lecture sans aucun temps mort. Adeptes du rebondissement vous serez gâtés, l’auteur ne lésinant pas ici et proposant de multiples pistes qui égareront les plus expérimentés des lecteurs. Je me suis royalement fait balader tout le long de l’ouvrage, la faute à des personnages qui réservent bien des surprises et cachent des ambiguïtés et des secrets qui bouleversent les schémas établis mentalement au fil de la lecture. C’est bien simple, on ne sait plus à quel saint se vouer et très honnêtement, on en redemande tant l’ensemble tient debout et montre une maîtrise du suspens peu commune.

Période rude par excellence, il est difficile pour le héros de mener correctement son enquête qui se heurte vite aux croyances, superstitions et l’ordre social sclérosé qui ne s’embarrasse pas de morale et de preuves en matière de recherche de la vérité. Le Moyen-Age est très bien retranscrit dans cet ouvrage (la vie dans un château fort, l’ambiance des foires de l’époque...), le background est crédible sans être envahissant et donne une saveur particulière à l’ensemble. Serge Brussolo s’en amuse beaucoup, n’hésitant pas à distiller par ci par là des détails peu ragoûtants sur les us et coutumes d’une période que j’affectionne tout particulièrement (je suis médiéviste de formation). Certains passages ne manqueront donc pas de vous tirer quelques hauts de cœur et exclamations diverses mais tout cela se fait toujours au bénéfice d’un récit qui ne baisse jamais en intensité.

On passe vraiment par tous les états lors de cette lecture, les personnages se débattent comme ils peuvent avec leur condition, les idées préconçues et les coups du sort qui semblent s’abattre sur eux comme les foudres du Ciel. Volontiers angoissant, très intrigant, l’ouvrage se lit avec une facilité déconcertante et un plaisir renouvelé. On finit ce roman heureux et séduit par un dénouement inattendu qui tient toutes ses promesses déjà entr'aperçues dès la lecture de la quatrième de couverture. Un excellent thriller historique à côté duquel vous ne devez pas passer si vous êtes amateurs !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
"Le Syndrome du scaphandrier"
"Bunker"
"Les Emmurés"

"Avis de tempête"
"La Main froide"
"Pélerin des ténèbres"
"La Fille de la nuit"
"La Mélancolie des sirènes par trente mètres de fond"
"Le Livre du grand secret"
"Trajets et itinéraires de l'oubli"
"Le Nuisible"
"Le Murmure des loups"
- ''Le Cycle des ouragans"

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vendredi 25 mai 2018

"Ces Messieurs de Saint-Malo" de Bernard Simiot

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L’histoire : Seul de tous les petits commerçants de Saint-Malo, Mathieu Carbec, dont les grands-parents vendaient naguère de la chandelle, a eu l'audace d'acheter trois actions de la Compagnie des Indes orientales que vient de fonder Colbert. Ce sera le point de départ d'une grande saga familiale au moment où la bourgeoisie maritime se rue à la conquête des piastres, des charges et des titres nobiliaires.

Négociants, armateurs, corsaires ou négriers, les Carbec, parmi tant d'autres, se lanceront sur toutes les mers du globe, sans se soucier de savoir si leurs écus ou leurs fleurons sentent trop les épices ou la traite, la ruse ou la fraude...

La critique de Mr K : On embarque tous pour la grande aventure avec ma chronique du jour. Voila un ouvrage qui faisait partie des plus anciens de ma PAL, il y résidait déjà facilement depuis plus de dix ans ! Pourtant par sa thématique et sa très bonne réputation, il avait tout pour en sortir très vite mais les aléas de lecture sont ce qu’ils sont. Le mal est aujourd’hui réparé grâce à l’intercession de Nelfe qui me l’a désigné comme nouvelle lecture. Au final, encore une sacrée expérience entre amour, aventure et Histoire.

Au centre de cette saga familiale hors norme, on trouve la famille Carbec avec successivement Mathieu, Jean-Marie et pléthore de personnages qui donnent une densité incroyable à l’ensemble. Famille roturière ayant débutée dans la vente de chandelles, les Carbec grimpent peu à peu les échelons de la société malouine : commerçants de denrées rapportées des lointaines colonies puis armateurs, ils témoignent de la naissance d’un nouveau système économique où l'entrepreneuriat privé est roi et où la recherche de la richesse individuelle se heurte aux privilèges et à l’État royal. Et puis, il y a les aléas de la vie avec son cortège d’espoir, de renouveau mais aussi de pertes irréparables et de drames. Les 730 pages ne sont pas de trop pour que l’auteur nous compte une histoire familiale prenante et addictive dès les premiers chapitres.

Je comprends désormais mieux pourquoi un professeur de faculté spécialisé en Histoire moderne nous avait conseillé Ces Messieurs de Saint-Malo lors de ma troisième année de cursus universitaire. J'avais été étonné qu’un historien conseille une fiction à ses étudiants tant notre caste est à cheval sur la vérité historique et que généralement nous nous méfions de ce type de livre (comme en plus j'adore râler...). Grand bien m’a pris de suivre ses conseils tant ici le background est d’une justesse et d’une richesse de tous les instants. Le livre s’apparente à un mix très réussi de drame romanesque avec un nombre incalculable de rebondissements et de points pédagogiques sur le fonctionnement de la société de l’époque. Jamais lourd et pesant, l’ouvrage trouve le juste équilibre entre les apports théoriques et leur insertion dans l’histoire des Carbec.

On est donc littéralement plongé dans ce XVIème siècle flamboyant où le Roi Soleil domine l’Europe au prix de guerres incessantes avec ses voisins. La ville de Saint-Malo grouille d’activités liées à la mer entre les traditionnels pêcheurs de Terre-Neuve, la course qui prend une importance de plus en plus prégnante (rappelons que les corsaires sont des pirates tolérés pour piller les navires de la puissance ennemie du moment) et rapporte gros aux armateurs malouins, le commerce international qui se précise vers les Indes puis se développe ensuite vers l’Amérique avec notamment le tristement célèbre commerce triangulaire. Tout est ici détaillé entre les atermoiements de chacun face aux fortunes qu’ils mettent en jeu, les rouages administratifs à traverser pour pouvoir se lancer en affaire et la vie quotidienne qui suit son cours.

Société machiste et patriarcale par excellence, on suit la destinée des hommes dans leurs activités risquées et leur vie intime. Pour autant, on retient surtout de cette lecture des portraits de femme saisissants, des êtres à priori effacés mais qui démontrent par leur attitude et leurs actes la nature réelle du courage car il en faut pour faire sa place dans la France d’alors, il en faut pour avoir des rêves et les mener à bien. Clacla et Marie Léone sont deux beaux exemples d’abnégation, de ruse et de malice qui triomphent des préjugés et de la morale étriquée de l’époque. De manière générale, on se prend très vite au jeu, les personnages sont tous intrigants et attisent une curiosité qui ne se dément jamais. D’ailleurs, même les moins fréquentables ont leur intérêt, et l’ensemble présente une cohérence et une force d’évocation rare. C’est bien simple, en lisant, on sentirait presque l’odeur de la mer, des embruns, des épices du bout du monde, des repas gargantuesques de l’aristocratie mais aussi des tensions sociales, des querelles personnelles qui peuvent aller très loin et les injustices criantes d’une époque pas encore rentrée dans celle des Lumières.

Le rythme est trépidant et malgré de nombreux passages explicatifs évoqués au dessus, on ne perd jamais de temps avec Simiot qui pose nombres de pistes et d’éléments culturels qui vont éclairer la suite du récit. Difficile dans ces conditions de relâcher un livre qui a une emprise certaine sur le lecteur et qui est écrit dans une langue à la fois exigeante et très accessible. On passe vraiment un moment délicieux avec cette lecture à la fois distrayante, envoûtante et profondément érudite. Un bijou dans son genre qui comblera tous les amoureux de saga familiale, d’histoire et de navigation. Avis aux amateurs !

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dimanche 29 avril 2018

"Les Diables de Cardona" de Matthew Carr

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L’histoire :  Espagne, XVIe siècle : un mystérieux tueur musulman s'en prend à l'Église catholique.

1584. Le prêtre de Belamar de la Sierra, un petit village d'Aragon à la frontière avec la France, est assassiné, son église profanée. Sur les murs : des inscriptions en arabe. Est-ce l'œuvre de celui qui se fait appeler le Rédempteur, dont tout le monde ignore l'identité, et qui a promis l'extermination de tous les chrétiens, avec la même violence que celle exercée sur les musulmans ? La plupart des habitants de la région sont en effet des morisques, convertis de force au catholicisme, et qui pratiquent encore l'islam en secret.

À la veille d'une visite royale, Bernardo de Mendoza, magistrat à Valladolid, soldat et humaniste, issu d'une famille juive, est chargé de l'enquête. Très vite, les tensions s'exacerbent entre les communautés, une véritable guerre de religion se profile. Et les meurtres continuent, toujours aussi inexplicables. Entre l'Inquisition et les extrémistes morisques et chrétiens, la tâche de Mendoza va se révéler ardue.

La critique de Mr K : Un bon thriller historique des familles aujourd’hui au Capharnaüm Éclairé avec Les Diables de Cardona de Matthew Carr, paru récemment chez Sonatine. Voilà un genre que j’aime beaucoup mais à double tranchant. Étant historien de formation, je suis très exigeant concernant les références et le background. On peut très vite tomber dans le pathos ou l’anachronisme. Je suis assez à cheval sur la cohérence et le respect du passé tout autant que dans ma recherche d’intrigues tortueuses et de rebondissements multiples. Mission accomplie pour cet auteur anglais à la fois érudit et maître du récit à suspens. Suivez le guide !

Des meurtres aussi sanglants que mystérieux frappent une petite région de l’Aragon du XVIème siècle. À chaque fois, c’est la chrétienté qui semble visée et le "rédempteur" comme il s’appelle, laisse derrière lui des messages qui livrent sa volonté de provoquer une nouvelle guerre sainte pour venger ses frères musulmans depuis trop longtemps martyrisés et exploités par la très sainte église catholique. Bernardo de Mendoza, juge pour la cause du roi d’Espagne, est dépêché sur place pour enquêter et trouver le ou les coupables. Il se heurte alors à de multiples obstacles entre une population morisque (anciens musulmans convertis de force) méfiante et désabusée, une Inquisition aux méthodes extrémistes qui lui met des bâtons dans les roues, des nobles locaux aux prétentions obscures qui ne reculent devant aucuns stratagèmes et des populations chauffées à blanc qui sont au bord de la rupture. Dur dur de trouver le chemin vers la vérité dans cette forêt de ronces où les épines les plus dangereuses ne sont pas forcément celles auxquelles on pense...

Cet ouvrage est tout d’abord un excellent thriller. Bien que la plupart des ressorts dramatiques soient plutôt classiques, l’ensemble est très bien huilé et maîtrisé. L’auteur prend le temps d’installer de nombreux éléments qui semblent disparates de prime abord mais qui vont s’emboîter les uns les autres avec une précision diabolique au fil des chapitres qui s’égrainent. Les pistes se multiplient, finissent pour certaines en cul de sac, d’autres s’ouvrent vers des voies insoupçonnées. Force est de constater que tous les personnages sont particulièrement soignés, fouillés sans tomber dans la caricature ou la facilité. Chacun ici a ses secrets, sa part d’ombre et le déroulé de l’intrigue va mettre à mal nombre de certitudes et ébranler les consciences et les âmes. On s’attache énormément à eux (même aux plus vicieux), et l’on ne souhaite qu’une chose, ne jamais les quitter et continuer sa lecture indéfiniment tant on est pris par le souffle de cette histoire.

Les effets sont démultipliés par le contexte de l’époque. Période difficile entre toutes qui voit une lutte permanente entre le pouvoir temporel (le roi, l’État) et le pouvoir spirituel (L’Église catholique ici en Espagne), la société est soumise à un carcan d’une rigidité effarante. Règles et codes moraux organisent les sociétés et les notions de liberté individuelle, de conscience et d’opinion n’ont pas encore émergées des Lumières à venir. D’où des passages rudes mais très réalistes et fidèles à l’Histoire sur les atrocités commises au nom du catholicisme par une Inquisition toute puissance qui bafoue par ses pratiques iniques les enseignements de Jésus Christ. Tout être différent (morisque, femme, homosexuel, guérisseur par les plantes) peut se révéler être un suspect potentiel aux yeux des autorités. Heureusement, notre héros ne s’en laisse pas compter et à la manière d’un Guillaume de Baskerville du sublime Nom de la rose  d’Umberto Eco, il va tracer son chemin, déjouer complots et manipulations qui se cachent derrière une affaire qui prend très vite une grande ampleur. La lecture s’avère très éprouvante je l’avoue, tant on passe de Charybde en Sylla, que les retournements de situations sont nombreux et les forces en présence changeantes au fil des révélations successives.

Malgré un background rude, on aime se promener dans cette Espagne du XVIème siècle remarquablement retranscrite avec au détour des chapitres de belles descriptions des us et coutumes des populations (des plus humbles aux plus fortunés), des questionnements sur la nature de la divinité et de la foi (débats en cours à l’époque) et des cercles de pouvoir et leurs stratégies d’embrigadement. Loin de tomber dans l’accumulation de savoir wikipediesque indigeste à la Dan Brown, le livre de Matthew Carr utilise l’Histoire pour mener une intrigue trépidante et éclairante sur le genre humain. Ce n’est pas forcément très rassurant (on tombe parfois vraiment dans les abysses de l’humanité) mais ça fait du bien et c’est très très malin dans la manière d’aborder certaines problématiques toujours d’actualité malheureusement.

Et comme si ça ne suffisait pas, l’écriture est d’une accessibilité et d’une clarté de tous les instants. Le plaisir de lire est immédiat et durable, aucun relâchement n’est a déplorer et surtout le rythme devient très vite infernal, provoquant une addiction absolue jusqu’à l’ultime chapitre qui clôture magistralement un ouvrage d’une rare qualité. Les Diables de Cardona est un "must read" dans le genre thriller historique que je vous invite à découvrir au plus vite. On en redemande !

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mercredi 3 janvier 2018

"Fil de fer" de Martine Pouchain

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L’histoire :
- On est bien, hein ?
- Oui, on est bien. Je contemplais les petits nuages paresseux suspendus dans l’azur. Plus rien d’autre n’existait, il n’y avait plus que l’herbe, nous et le ciel. L’éternité.

C’est la guerre. Gabrielle, surnommée Fil de fer, doit quitter son village pour fuir sur les routes de France avec sa famille. Au cours d’un exode dur et périlleux, Fil de fer rencontre un garçon mystérieux. C’est le coup de foudre. Qui est ce beau jeune homme qui n’a jamais faim ou soif ?

La critique de Mr K : Retour dans la planète jeunesse aujourd’hui avec ce roman tout juste sorti en librairie chez Flammarion jeunesse. Au programme, un amour adolescent décortiqué à travers le prisme de la seconde guerre mondiale. Une double thématique qui touche le cœur et les esprits à travers un ouvrage réussi grâce à sa finesse dramatique et son écriture immersive à souhait.

Fil de fer est le surnom que donne son père à Gabrielle, une jeune fille de 15 ans issue d’une famille de paysans du nord de la France. Avec ses trois sœurs et ses parents, elles vivent au rythme des saisons entre travaux des champs, école et vie communale (la messe du dimanche notamment mais aussi divers festivités, lieux de rencontre). Tout cet équilibre va se voir chamboulé par la déclaration de guerre du mois d’août 1939 et, l’année d’après, le nécessaire exode de beaucoup de nos compatriotes de l’époque qui ont dû tout laisser derrière eux (possessions, maisons...) pour fuir l’avancée fulgurante des troupes allemandes. Fil de fer et ses proches n’y coupent pas et durant ce voyage hors du commun entre espoirs, moments de terreur et d’abattement pur, Gabrielle va rencontrer Gaétan, un étrange et séduisant adolescent dont la famille a disparu lors d’un bombardement...

Écrit à la première personne du singulier, le récit est très vite immersif. Le lecteur s’attache d’emblée à Gabrielle qui nous raconte avec la verve de ses quinze ans la routine qui habite son existence : les rapports avec ses proches, la vie à la ferme, ses aspirations de jeune femme en devenir. La maturité commence à pointer le bout de son nez quand le conflit éclate. Ce dernier va la faire basculer vers l’âge adulte beaucoup plus vite qu’elle ne l’aurait crû de prime abord. La petite fille à son papa va devoir affronter des épreuves douloureuses au cours du dangereux périple que la famille entreprend et la rencontre avec Gaétan va lui ouvrir la porte des premiers émois. Étrange garçon que ce jeune homme taciturne, semblant traumatisé par ce qu’il a vécu. Il parle peu, dévoile difficilement ses sentiments et entretient un trouble chez Gabrielle qui tombe amoureuse de lui progressivement et durablement. L’époque étant ce qu’elle est, elle doit maintenir une distance physique entre eux et cet éloignement ne fait que renforcer l’attrait du garçon qui ne la touche pas, ne l’embrasse pas et semble détaché du réel...

On sent bien d’ailleurs qu’il y a quelque chose qui cloche, que Gaétan cache un lourd secret, que Gabrielle tout à sa fascination ne voit pas tout ce qu’il y a à voir. Le contexte n’aide pas et Martine Pouchain retranscrit parfaitement l’épisode historique si difficile que fut l’exode avec son cortège de déchirements, de larmes, de sacrifices et de morts inutiles au bord de la route sous le feu des stukas, l’aviation légère de l’Allemagne nazie. Les hordes de fuyards portant les quelques affaires qu’ils ont pu emporter sont livrés à eux-même dans le dénuement le plus total en pleine débâcle, où les repères et toutes les certitudes se sont envolés. C’est aussi l’occasion pour l’auteure de revenir au détour de l’histoire sur des actes peu glorieux et pourtant si nombreux comme le dépouillement des morts et le pillage / saccage des maisons abandonnées par les fuyards (toujours ça que les boches que n’auront pas). Depuis ma lecture des mémoires de George Charpak, je n’avais pas lu un récit aussi poignant et pointu sur cet épisode de la seconde guerre mondiale. Un très bon point.

D’une lecture aisée, fluide et totalement addictive (vive la focalisation interne !), ce roman est un moyen idéal de faire découvrir une époque complexe sans manichéisme primaire mais avec précision, finesse et humanisme. Rajoutez là dessus, une adolescence qui s’ouvre au monde et à soi sans pathos ni lourdeurs, et vous obtenez un ouvrage bien malin qui plaira à un grand nombre de jeunes lecteurs en devenir ou déjà confirmés. À faire découvrir au plus vite !

mercredi 25 octobre 2017

"Héloïse, ouille !" de Jean Teulé

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L’histoire : En l'an 1118, le célèbre théologien Pierre Abélard est sollicité par un influent chanoine pour parfaire l'éducation de sa ravissante nièce, Héloïse. D'une réputation irréprochable, Abélard n'a qu'une seule et unique maîtresse : la dialectique. Mais les charmes irrésistibles d'Héloïse s'apprêtent à lui faire découvrir une dimension jusqu'alors inconnue : l'amour fou, quel qu'en soit le prix à payer. Le plus grand logicien de son temps et sa jeune et brillante élève se laissent alors emporter par une passion au-delà de toute rationalité.

La critique de Mr K : Retour à Jean Teulé avec cet ouvrage que j’avais loupé lors de sa sortie en librairie et que j’ai dégoté à un prix fort sympathique lors d’un chinage en douce compagnie. Teulé, c’est un trouvère des temps modernes, un sacré faiseur d’histoires qui aime l’Histoire. Avec cet ouvrage, il s’attaque à du lourd, du très lourd : la mythique liaison entre Pierre Abélard et Héloïse. Loin de se laisser décontenancé par la tâche, l’auteur au contraire se lâche comme jamais et a divisé ces lecteurs avec un ouvrage très très rabelaisien pour rester poli.

L’histoire d'Heloïse, ouille ! débute avec la première rencontre entre le célèbre professeur philosophe et une jeune fille dont l’éducation lui a été confié. Très vite, les deux tourtereaux ne vont pas se contenter de réciter des leçons mais vont plutôt explorer les arcanes du Kamasutra, au nez et à la barbe du tuteur légal de la jeune fille. Cela se termine par une mutilation très douloureuse, une rupture et le retrait du monde pour les ordres. Mais quel histoire, quel destin ! Amour, sexe, jalousie, vengeance, nostalgie, retraite hors du monde sont au programme d’un livre virevoltant et totalement borderline mais tellement vivant.

Clairement, l’ouvrage peut se diviser en deux et beaucoup de lecteurs ont été choqués / rebutés par la première partie qui fait la part belle aux ébats amoureux version porno rabelaisien. C’est crû et frontal, l’auteur n’y allant pas par quatre chemins et s’amusant à décrire les moindres fantaisies érotiques des deux amoureux. Le déballage est entier, longuet certes mais assez virtuose dans son genre. Si le sexe en littérature vous laisse froid ou pire vous choque, passez votre chemin. Rien de gratuit dans le procédé pour autant, le cul a ses vertus et ici, il sert magnifiquement la passion que se vouent mutuellement Pierre et Héloïse, passion jusqu’auboutiste et destructrice qui va finir par déboucher sur un drame.

Car toute passion finit par s’évanouir pour céder la place aux regrets et à la nostalgie. La deuxième partie du roman change du tout au tout en offrant un récit plus classique, suivant la grande Histoire en y distillant quelques saillies (sic) bien senties comme sait si bien le faire un Teulé amoureux de son sujet. Comme souvent, l’évocation historique est assez fidèle à la réalité malgré quelques formulations volontairement anachroniques pour dynamiser le récit. La matière originelle est suffisamment riche pour fournir un roman passionnant et on se plaît à contempler les tableaux riches en couleur que peint un auteur épris d’Histoire et de détails culturels. Rentrant dans l’intimité des gens, des castes et notamment des plus puissants, on retrouve de vieux souvenirs d’école lorsque l’on étudiait encore l’absolutisme et le Moyen-âge. Je m’y suis totalement retrouvé et le charme a fonctionné à plein.

D’une lecture aisée et rapide (si la première partie ne vous rebute pas), on retrouve tout le talent de compteur de Jean Teulé qui transfigure son sujet pour proposer un roman à la fois drôle et cruel. On alterne vraiment les émotions et en fin de lecture, on s’amuse à aller consulter une biographie d’Abélard pour confronter vérité historique et sujet de roman. C’est assez bluffant de voir la manière dont Teulé a essayé de compléter certains vides et éléments absents et c’est plutôt réussi. Une bonne lecture, pas ma préférée de l’auteur (ces livres sur Villon et le Montespan sont indépassables à mes yeux) mais on passe vraiment un moment surprenant entre Histoire et érotisme. Le cocktail a bien fonctionné avec moi, en sera-t-il de même avec vous ? À chacun de tenter sa chance si le cœur (ou autre chose…) vous en dit !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
Darling
Je, François Villon
Charly 9
Mangez-le si vous voulez
Le Montespan
Fleur de tonnerre
Le Magasin des suicides
- Les Lois de la gravité

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lundi 23 octobre 2017

"L'Accusé du Ross-Shire" de Graeme Macrae Burnet

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L’histoire : Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ?

Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins. Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ? S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ? La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

La critique de Mr K : Une lecture express de plus avec ce roman entretenant habilement le mystère entre fiction et faits divers réels. Constitué de matériaux et formes de texte diverses, Graeme Macrae Burnet dans L’Accusé du Ross-Shire nous invite dans le XIXème siècle écossais avec une maestria incroyable, plongeant le lecteur dans les affres de l’addiction extrême. C’est le gage d’une expérience littéraire hors du commun, voici pourquoi.

Dans une préface bien sentie, l’auteur nous explique qu’il a réuni divers documents autour d’une affaire de meurtre datant de 150 ans et dans laquelle aurait été impliqué un de ces aïeux. Il se propose alors de porter à la connaissance du lecteur les dépositions des témoins clefs, le journal rédigé par l’accusé lors de son séjour en prison précédent son procès, les rapports médicaux suite à la découverte des corps et les minutes du jugement croisées avec les impressions des journalistes de l’époque. On multiplie donc les points de vue à la manière d’une enquête policière et l’on plonge sans filet dans une époque rude dans un coin reculé des Highlands écossais.

Roderick Macrae a 17 ans au moment des faits. Orphelin de mère depuis peu, il seconde son père à la ferme en compagnie de sa sœur Jetta. Les temps sont rudes pour cette famille pauvre, le père au cœur attristé par la perte de son épouse a la main leste et les paroles dures. Pourtant, l’existence poursuit son chemin, Roderick est d’une intelligence rare et malgré son extraction modeste, il pourrait prétendre à un avenir meilleur. Mais la fatalité semble s’acharner sur la famille endeuillée, suite à diverses bisbilles et tracasseries, la tension monte entre eux et la famille Mackenzie dont le patriarche devient le constable du village, c’est à dire celui chargé de faire respecter la loi et les prérogatives des lords sur leur terres. C’est le début d’un engrenage qui va conduire à un drame épouvantable. Vient ensuite l’analyse faite par les médecins, les aliénistes (spécialistes de l’esprit humain de l’époque) et enfin les débats lors du procès.

Cet ouvrage s’est apparenté pour moi tout d’abord à un retour à mes chères années de fac quand j’avais suivi un cours d’étude comparée des systèmes agricoles anglais et français aux XVIIè et XVIIIème siècle. Loin d’être aussi rébarbatif que ce cours puisse paraître aux non initiés, j’ai retrouvé ici une belle évocation du système sociétal mis en place outre-manche avec le système des lords, régisseurs, constables et bailleurs. Les terres n’appartiennent pas aux paysans, ces derniers louent leur fermage et doivent l’entretenir au mieux. La lutte des classes est ici quotidienne et très vite on se rend compte que la famille du personnage principal est considérée comme une quantité négligeable dont on se fiche éperdument que l’on soit noble ou membre de l’église. Le poids des traditions et des us est lourd à porter, il est donc quasiment impossible de s’extraire de sa condition et aucun recours n’est à disposition des simples gens du peuple. Cela donne lieu dans cet ouvrage à des passages à forte charge émotionnelle, à des crises de rage intérieure face aux iniquités et aux injustices. Personnellement j’avais parfois l’estomac retourné face à tant de cruauté institutionnelle.

L’ajout de documents extérieurs notamment médicaux donnent ainsi à voir la perception qu’ont les médecins sur les maladies mentales et leur lien présumé avec les classes sociales. Le déterminisme règne en maître sur les esprits : un pauvre restera un pauvre, sujet à la maladie, aux dérèglements d’humeur et à la tentation du crime. Effroyable lecture par moment mais à mon avis nécessaire et éclairante, surtout quand on entend encore ce genre de propos dans le cadre de certaines réunions du MEDEF, syndicat qui a toute l’attention de nos autorités ces derniers temps...

Le cœur des hommes est aussi sondé en profondeur dans ce drôle de roman. La solidarité des humbles dans le partage des tâches et le soutien dans les épreuves de la vie, les rites simples d’une existence solaire et loin des agitations de la ville mais aussi les rumeurs, les jalousies et toutes les crasses que l’on peut se faire dans une communauté repliée sur elle-même. C’est un mélange d’attirance et de répulsion qui guide le lecteur dans ces pages hantées par le malheur, le deuil et la pauvreté au milieu d’un paysage splendide qui inspire la liberté mais ne la donne pas pour autant. Cette ambiguïté omniprésente donne une force et une puissance hors du commun à ce fait divers finalement banal dans sa cruauté et son irrationalité. L’être humain ne ressort pas grandi une fois de plus mais cette histoire met en lumière sa complexité, sans pathos ni raccourci.

Passionnant, intelligent, divertissant mais aussi révoltant et très triste, ce roman (car c’en est bien un malgré le caractère "authentique" de la proposition) est avant tout bouleversant et terriblement accrocheur. L’écriture bien que vieillie intentionnellement pour crédibiliser l’entreprise (bravo à la traductrice au passage, ça n’a pas du être évident à réaliser) est d’une fluidité et d’un charme fou, on se laisse emporter sans efforts vers ces rivages lointains avec un plaisir de lecture renouvelé à chaque page. C’est bien simple, le temps semble s’arrêter et c’est tout groggy qu’on arrive à la fin sans s’en rendre compte. Une vraie petite bombe à retardement que je ne saurais que vous conseiller tant le bonheur de lire est au rendez-vous. Chapeau bas !

samedi 18 mars 2017

"Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh

Elle-voulait-juste-marcher-tout-droitL'histoire : 1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ?

La critique Nelfesque : Passionnée par la Seconde Guerre mondiale, j'ai déjà lu bon nombre d'ouvrages sur le sujet. Que ce soit des romans, des documents, des essais... j'avale à peu près tout ce qui passe à ma portée traitant du sujet (idem côté documentaires, films, expo...). C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh à sa sortie. Son titre m'a tout d'abord interpellée, me mettant tout de suite en tête l'air de la célèbre chanson de Raphaël (bon courage pour s'en débarrasser ensuite), puis pour son sujet bien sûr qui n'était pas sans faire écho à "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois lu l'an dernier et qui traite également de l'après-guerre et de la "gestion" des enfants qui ont perdus leurs parents et leurs familles...

Nous suivons ici l'enfance d'Alice en pleine période de guerre. Placée chez une nourrice dans un petit village des Pyrénées, elle vit à la ferme, va à l'école, essaye de se faire des amies même si n'ayant pas de maman comme tout le monde elle suscite curiosité et méchanceté des enfants de son âge. Dans un environnement relativement calme et entourée de beaucoup d'amour, on sent tout de même qu'une menace pèse sur cette enfant. Les allemands arrivent au village, un homme est recherché puis abattu, Jeanne ne cesse de lui dire que c'est la guerre et qu'elle doit être prudente. Mais c'est quoi la guerre en fait ? Qui sont ces hommes en costumes noirs avec un drôle d'accent qui mangent des glaces sur la place du village ?

Plus d'une fois Alice ressent la peur et n'a qu'une envie, celle de retrouver Jeanne. Alors sur les petites routes de campagne, elle s'active et presse le pas. Mais un jour en rentrant à la ferme, elle y retrouve deux femmes qu'elle ne connaît pas. L'une d'elle est sa mère, lui dit-on. Mais comment est-ce possible que cette dame toute maigre, au teint blafard et sans cesse sur le qui-vive soit la même femme élégante et belle qu'on lui a dépeint ? Et pourquoi doit-elle tout quitter et partir à Paris pour la suivre ?

Commence alors la fin de l'insouciance pour Alice. Alors que jusqu'ici elle n'avait qu'entraperçu l'horreur, elle va peu à peu comprendre ce qu'est la guerre et pourquoi sa mère est dans cet état là aujourd'hui. Les temps sont durs, il faut trouver à manger, se reconstruire, rechercher les disparus... Alice ne comprend pas tout, on ne lui explique rien mais elle va devoir marcher tout droit...

Sa route l'emmène des Pyrénées à Paris, puis aux Etats-Unis où une autre facette de sa vie l'attend et une aventure incroyable auprès de sa famille paternelle. On passe par toutes les émotions avec ce roman : peur, tristesse mais aussi joie et empressement. Sarah Barukh nous raconte la guerre et l'après-guerre par les yeux d'un enfant et là réside tout l'intérêt du roman. Du haut de ses 8 ans, elle est pleine de fraîcheur et communique au lecteur sa joie de vivre et ses doutes. L'auteur joue à 100% le jeu de l'empathie et force est de constater que le pari est réussi. Mais comment peut-il réellement en être autrement ? Le thème est dur : la reconstruction des enfants qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale auprès de ceux qui ont vécu l'horreur et ont été traumatisés à jamais.

J'évoquai en début de chronique la similitude avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois pour le thème abordé. Là, s'arrête la comparaison. "Elle voulait juste marcher tout droit" est un roman qui se lit très facilement, avec une écriture simple. Le lecteur est touché, on joue sur la corde sensible et vraiment ça fonctionne très bien mais tout se déroule sans surprise. Il se passe des choses ici, ça bouge, il y a des rebondissements mais ça ne prend pas viscéralement aux tripes. On s'émeut mais on effleure les choses. Un peu comme dans un film grand public bien fait mais qui n'apporte rien de spécial au cinéma (d'ailleurs je ne serai pas étonnée de voir un jour ce roman être adapté car il s'y prête tout à fait).

Loin de moi l'idée de faire un procès d'intention, la démarche n'est sans doute pas la même et la portée non plus. Ce roman de Sarah Barukh qui, sans tomber dans le pathos, réussit à toucher le lecteur et à le tenir en haleine, reste un bon moment de lecture qui s'avale à vitesse grand V. Prenant et bien fait ! C'est déjà pas si mal pour un premier roman.

samedi 24 décembre 2016

"La Confrérie des chasseurs de livres" de Raphaël Jerusalmy

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L’histoire : Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d'Histoire.
François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution.
Quand il reçoit la visite d'un émissaire du roi, il est loin d'en espérer plus qu'un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l'évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d'abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s'installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome.
Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu'aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d'en bas, dans un vaste jeu d'alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche les forces de l'esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l'humanisme et la liberté.

La critique de Mr K : Une fois de plus, j’avais sorti trois ouvrages de ma PAL pour que Nelfe m’en choisisse un à lire. Après moult hésitations, son choix s’est porté vers La Confrérie des chasseurs de livres qui promettait monts et merveilles à l’amateur d’Histoire et de Villon que je suis. C’est donc plein d'espoir et bien content que je démarrai ma lecture.

Suite à son emprisonnement, officiellement on ne connaît rien de la vie de Villon. Il a disparu corps et biens dans les mystères de l’Histoire. C’est justement à ce moment là que débute le récit de Raphaël Jérusalmy. Repêché in-extrémis par l’évêque de Paris mandaté par Louis XI, il se voit confier la mission de convaincre un imprimeur de s’installer à Paris. Cette première quête va en entraîner une autre qui le placera au milieu de luttes d’influence entre la royauté française, le Vatican, de puissantes familles italiennes et la nébuleuse confrérie qui donne son nom à cet ouvrage. Au centre de ce gigantesque échiquier, on retrouve la figure du livre, synonyme d’émancipation pour certains et de perversion pour d’autres. Le combat va être âpre et sans pitié. Notre Poète rebelle sera bringueballé bien malgré lui d’un camp à un autre et tout ceci le mènera jusqu’en terre sainte où l’attend une sacrée surprise (si je puis m’exprimer ainsi!).

Je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour rentrer dans cet ouvrage qui au départ a pourtant tout pour me plaire. La faute à un récit que j’ai trouvé mal structuré au départ, elliptique et finalement très axé sur les rencontres et actions des personnages. L’auteur ne plante pas vraiment le décor ni l’époque et envoie directement Villon dans le vif du sujet. Ça plaira sans doute à certains, personnellement ça m’a un peu fait tiquer et je commençais même à désespérer. Et puis, l’histoire se densifie, on commence à comprendre où l’auteur veut nous mener. Les ramifications commencent à se rejoindre et on se rend compte qu’au delà d’une aventure picaresque, c’est un combat essentiel qui se joue notamment avec l’humanisme qui cherche à briser les prisons mentales prônées par l’Église et son bras armé (terrible évocation de l’Inquisition à un moment) en réhabilitant de vieux textes oubliés comme ceux d’Euclide ou encore Démosthène.

La rigueur est au rendez-vous en terme de reconstitution historique et l’on finit par se régaler des scènes de vie décrites, des intrigues de palais et des références faites aux rapports de force en jeu. Notre Villon est bien largué, lui le poète écorché vif ex brigand tenu en laisse par les puissants. D’ailleurs, je le trouve plutôt mal caractérisé quand on connaît un petit peu la vie haute en couleur qu’il a mené. Il est ici bien calme, gentil et même soumis par rapport par exemple au portrait virevoltant qu’a pu en faire Teulé dans son fabuleux Je, François Villon. Le génie du mal qu’il a pu se révéler être est totalement absent de ce livre. D’ailleurs son compagnon Maître Colin passerait lui-aussi pour un gentilhomme parfois alors qu’il était lui aussi un coquillard, bandit de grand chemin sans foi ni loi. Bien trop soft en tout cas par rapport à la réalité historique ! Mais passées ces légères déceptions, c'est un très bon moment qui nous attend, entre voyage éprouvant dans les déserts d’orient, exploration des sous-sols de Jérusalem avec une communauté cachée qui garde bien des secrets. Le temps s’écoule beaucoup plus vite dans la deuxième partie pour aboutir à une fin logique sans grande surprise.

Je suis partagé donc par ce roman bien mené, écrit avec érudition (trop peut-être...) et faisant la part belle aux émotions fortes mais finalement sans réel suspens. C’est son plus grand défaut et il pâtit énormément de la comparaison avec des ouvrages comme ceux d’Eco ou encore Follett. On passe certes un bon moment mais l’ensemble n’a rien de mémorable, et cet ouvrage sera sans doute aussi vite oublié que lu. C’est bien dommage...

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samedi 15 octobre 2016

"Cher pays de notre enfance" d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat - ADD-ON de Mr K

cher pays de notre enfanceNelfe a déjà lu et chroniqué cette BD le 10/04/16. Mr K vient de la terminer et de la chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de celle de Nelfe.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Cher pays de notre enfance", ça se passe par là.

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mercredi 5 octobre 2016

"Free state of Jones" de Gary Ross

Free state of jonesL'histoire : En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d'esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l'avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés... Résolument engagé contre l'injustice et l'exploitation humaine, l'intrépide fermier fonde le premier État d'hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.

La critique Nelfesque : Ah Matthew... Matthew... Voir son nom au casting d'un film n'est peut-être pas pour vous une raison suffisante pour aller voir un long métrage en salle mais pour ma part, on n'en est pas loin. Matthew McConaughey est un acteur que j'aime beaucoup. Non, je ne suis pas une midinette, je ne le trouve pas spécialement beau et si j'avais l'âge je ne mettrais pas non plus de posters de lui dans ma chambre mais c'est un des acteurs actuels dont le jeu me procure le plus d'émotions. A chacune de ses apparitions dans un film ("Mud" par exemple) ou une série (regardez la première saison de "True Detective" !), il insuffle une dimension dramatique et une telle intensité de jeu me scotche littéralement à mon écran.

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Voilà, ça c'est dit ! Mais qu'en est-il de "Free state of Jones" Matthew mis à part ? Nous sommes ici dans l'Amérique du milieu du XIXème siècle, en plein Mississippi. Époque charnière qui préfigure l'abolition de l'esclavage, nous suivons ici les habitants de la ville de Jones et plus particulièrement Newton Knight qui en plein champs de bataille va déserter et rentrer dans sa ville natale où il va résister aux troupes des confédérés.

"Free state of Jones" est basé sur une histoire vraie, celle d'un homme qui a refusé de se battre pour protéger des propriétaires d'esclaves, un homme qui ne faisait pas de distinction entre un noir et un blanc, un homme qui a pris sous son aile des veuves et des orphelins évitant les pillages de leurs récoltes. Je ne connaissais pas cette histoire avant d'aller voir ce film mais je dois dire que ce dernier m'a fortement donné envie de me pencher sur cette période de l'Histoire des États-Unis et sur des récits ou romans se déroulant à cette époque (d'ailleurs si vous avez des références, n'hésitez pas à me donner quelques conseils en commentaire).

Le traitement du réalisateur, Gary Ross, est superbe et plonge le spectateur dans l'Amérique des années 1860. Les paysages sont magnifiques, les marais dans lesquels se réfugient Knight et ses camarades, sont sublimés et l'ensemble plonge le spectateur dans une ambiance à la fois oppressante, protectrice et pleine d'espoir. Dans leur cocon humide, ils vont mettre en place une riposte et vont faire de Jones, une ville où esclaves et hommes libres cohabitent en ayant les mêmes droits.

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Mais tout cela ne va pas sans son lot de drames... On s'attache aux personnages et certains vont mourir, il y a des injustices, des trahisons, les horreurs de l'Histoire mais toujours en trame de fond la liberté, la dignité et l'espoir. "Free state of Jones" nous fait passer par toutes les émotions. De la joie d'une naissance à la tristesse d'un deuil, de l'optimisme de jours meilleurs à la résignation face aux obstacles...

Qu'il est long le trajet vers la tolérance et l'égalité. L'histoire qui nous est contée dans ce film n'en est qu'une toute petite partie mais elle nous permet de mesurer le chemin parcouru et celui qui est encore à faire. Une belle leçon d'humilité, sans grande surprise et convenue, mais un focus nécessaire sur l'Histoire dans un bel écrin.

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La critique de Mr K : 5/6. Une sacrée bonne surprise pour ce film tiré d'une histoire vraie davantage connue outre-atlantique que par chez nous. Un homme va s'engager pour libérer son comté (le Jones du nom) du joug des puissants qui l'exploitent et tenter de faire changer les mentalités notamment vis-à-vis des noirs. Dans une Amérique plongée dans la guerre de Sécession entre le Nord Yankee et le sud esclavagiste, vous imaginez que ce n'est pas si facile !

Une fois de plus, les productions US (et ici chinoises) s'appliquent à retranscrire une fresque historique avec une foule de détails et une cohérence d'ensemble réussie. On vit littéralement l'histoire à travers de superbes reconstitutions de batailles, de belles oppositions entre antagonistes exacerbés (riches propriétaires terriens et fermiers puis les esclaves) et des décors à couper le souffle. Mention spéciale aux marais où se réfugie le héros dans un premier temps et où il va monter sa troupe de mutins avant de passer à l'action. C'est naturaliste par moment et au détour de certaines scènes, on apprécie de se voir décrire une époque et des coutumes bien particulières.

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Matthew McConaughey est omniprésente et il se révèle une fois de plus impressionnant en leader charismatique. On n'oubliera pas de si tôt sa composition pleine de passion, son regard pénétrant et son aspect hirsute. On sent bien que cette figure héroïque déviante (loi du talion oblige) va aller jusqu'au bout de son combat qui semble perdu d'avance. L'acteur est littéralement rayonnant et même s'il accuse plusieurs fois le coup (j'ai eu les yeux humides plus d'une fois), ce personnage ayant vraiment existé méritait d'être revisité par le cinéma. Autour de lui gravite toute une galerie de personnages forts comme ses nouveaux amis afro-américains qu'il essaie de sortir comme il peut de leur condition en accompagnant l'Histoire en marche et qu'il va réhumaniser par sa compassion et le partage (magnifiques scènes sur l'importance de la lecture et de l'instruction notamment). La dénonciation de l 'esclavage est claire et sans appel, elle m'a même davantage touché que dans 12 years a slave qui pourtant était déjà très bon.

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Au rayon des défauts, on peut évidemment arguer du fait que l'ensemble est plutôt convenu en terme de mise en scène et que les éléments de surprises sont quasiment absents. Que le film est un bel enrobage à l'américaine... Et pourtant quelques saillies scénaristiques s'écartent clairement du manichéisme primaire que l'on retrouve trop souvent dans ce genre de productions. Ainsi, une fois la guerre de Sécession terminée, on se rend vite compte que les libérateurs du Nord s'arrangent avec les anciens esclavagistes et que la situation perdurera encore longtemps, que le mariage entre un blanc et une noire restera impossible dans certains états pendant des décennies... Bien maligne l'idée d'ailleurs de croiser le récit principal avec celui d'un des descendants de Newton Knight confronté à la justice inique d'un état du sud. Non, nous sommes vraiment loin du consensus à tout crin, nous sommes face à une œuvre certes académique et parfois très pédagogique mais on est aussi face à un film bouillonnant de rage et de révolte. Mission réussie pour cela !

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On passe donc un excellent moment avec Free state of Jones entre intimisme nuancé et introspections régulières de chacun, scènes d'action sauvages et efficaces, et un message de fraternité et d'entraide qui fait du bien par les temps que nous traversons. Courrez-y, il perdra de sa saveur et de sa beauté sur petit écran.

Posté par Nelfe à 17:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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