samedi 18 mars 2017

"Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh

Elle-voulait-juste-marcher-tout-droitL'histoire : 1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras.
C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance.
Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ?

La critique Nelfesque : Passionnée par la Seconde Guerre mondiale, j'ai déjà lu bon nombre d'ouvrages sur le sujet. Que ce soit des romans, des documents, des essais... j'avale à peu près tout ce qui passe à ma portée traitant du sujet (idem côté documentaires, films, expo...). C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Elle voulait juste marcher tout droit" de Sarah Barukh à sa sortie. Son titre m'a tout d'abord interpellée, me mettant tout de suite en tête l'air de la célèbre chanson de Raphaël (bon courage pour s'en débarrasser ensuite), puis pour son sujet bien sûr qui n'était pas sans faire écho à "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois lu l'an dernier et qui traite également de l'après-guerre et de la "gestion" des enfants qui ont perdus leurs parents et leurs familles...

Nous suivons ici l'enfance d'Alice en pleine période de guerre. Placée chez une nourrice dans un petit village des Pyrénées, elle vit à la ferme, va à l'école, essaye de se faire des amies même si n'ayant pas de maman comme tout le monde elle suscite curiosité et méchanceté des enfants de son âge. Dans un environnement relativement calme et entourée de beaucoup d'amour, on sent tout de même qu'une menace pèse sur cette enfant. Les allemands arrivent au village, un homme est recherché puis abattu, Jeanne ne cesse de lui dire que c'est la guerre et qu'elle doit être prudente. Mais c'est quoi la guerre en fait ? Qui sont ces hommes en costumes noirs avec un drôle d'accent qui mangent des glaces sur la place du village ?

Plus d'une fois Alice ressent la peur et n'a qu'une envie, celle de retrouver Jeanne. Alors sur les petites routes de campagne, elle s'active et presse le pas. Mais un jour en rentrant à la ferme, elle y retrouve deux femmes qu'elle ne connaît pas. L'une d'elle est sa mère, lui dit-on. Mais comment est-ce possible que cette dame toute maigre, au teint blafard et sans cesse sur le qui-vive soit la même femme élégante et belle qu'on lui a dépeint ? Et pourquoi doit-elle tout quitter et partir à Paris pour la suivre ?

Commence alors la fin de l'insouciance pour Alice. Alors que jusqu'ici elle n'avait qu'entraperçu l'horreur, elle va peu à peu comprendre ce qu'est la guerre et pourquoi sa mère est dans cet état là aujourd'hui. Les temps sont durs, il faut trouver à manger, se reconstruire, rechercher les disparus... Alice ne comprend pas tout, on ne lui explique rien mais elle va devoir marcher tout droit...

Sa route l'emmène des Pyrénées à Paris, puis aux Etats-Unis où une autre facette de sa vie l'attend et une aventure incroyable auprès de sa famille paternelle. On passe par toutes les émotions avec ce roman : peur, tristesse mais aussi joie et empressement. Sarah Barukh nous raconte la guerre et l'après-guerre par les yeux d'un enfant et là réside tout l'intérêt du roman. Du haut de ses 8 ans, elle est pleine de fraîcheur et communique au lecteur sa joie de vivre et ses doutes. L'auteur joue à 100% le jeu de l'empathie et force est de constater que le pari est réussi. Mais comment peut-il réellement en être autrement ? Le thème est dur : la reconstruction des enfants qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale auprès de ceux qui ont vécu l'horreur et ont été traumatisés à jamais.

J'évoquai en début de chronique la similitude avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois pour le thème abordé. Là, s'arrête la comparaison. "Elle voulait juste marcher tout droit" est un roman qui se lit très facilement, avec une écriture simple. Le lecteur est touché, on joue sur la corde sensible et vraiment ça fonctionne très bien mais tout se déroule sans surprise. Il se passe des choses ici, ça bouge, il y a des rebondissements mais ça ne prend pas viscéralement aux tripes. On s'émeut mais on effleure les choses. Un peu comme dans un film grand public bien fait mais qui n'apporte rien de spécial au cinéma (d'ailleurs je ne serai pas étonnée de voir un jour ce roman être adapté car il s'y prête tout à fait).

Loin de moi l'idée de faire un procès d'intention, la démarche n'est sans doute pas la même et la portée non plus. Ce roman de Sarah Barukh qui, sans tomber dans le pathos, réussit à toucher le lecteur et à le tenir en haleine, reste un bon moment de lecture qui s'avale à vitesse grand V. Prenant et bien fait ! C'est déjà pas si mal pour un premier roman.


samedi 24 décembre 2016

"La Confrérie des chasseurs de livres" de Raphaël Jerusalmy

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L’histoire : Le roman de Raphaël Jerusalmy commence là où calent les livres d'Histoire.
François Villon, premier poète des temps modernes et brigand notoire, croupit dans les geôles de Louis XI en attendant son exécution.
Quand il reçoit la visite d'un émissaire du roi, il est loin d'en espérer plus qu'un dernier repas. Rebelle, méfiant, il passe pourtant un marché avec l'évêque de Paris et accepte une mission secrète qui consiste d'abord à convaincre un libraire et imprimeur de Mayence de venir s'installer à Paris pour mieux combattre la censure et faciliter la circulation des idées progressistes réprouvées par Rome.
Un premier pas sur un chemin escarpé qui mènera notre poète, flanqué de son fidèle acolyte coquillard maître Colin, jusqu'aux entrailles les plus fantasmatiques de la Jérusalem d'en bas, dans un vaste jeu d'alliances, de complots et de contre-complots qui met en marche les forces de l'esprit contre la toute-puissance des dogmes et des armes, pour faire triompher l'humanisme et la liberté.

La critique de Mr K : Une fois de plus, j’avais sorti trois ouvrages de ma PAL pour que Nelfe m’en choisisse un à lire. Après moult hésitations, son choix s’est porté vers La Confrérie des chasseurs de livres qui promettait monts et merveilles à l’amateur d’Histoire et de Villon que je suis. C’est donc plein d'espoir et bien content que je démarrai ma lecture.

Suite à son emprisonnement, officiellement on ne connaît rien de la vie de Villon. Il a disparu corps et biens dans les mystères de l’Histoire. C’est justement à ce moment là que débute le récit de Raphaël Jérusalmy. Repêché in-extrémis par l’évêque de Paris mandaté par Louis XI, il se voit confier la mission de convaincre un imprimeur de s’installer à Paris. Cette première quête va en entraîner une autre qui le placera au milieu de luttes d’influence entre la royauté française, le Vatican, de puissantes familles italiennes et la nébuleuse confrérie qui donne son nom à cet ouvrage. Au centre de ce gigantesque échiquier, on retrouve la figure du livre, synonyme d’émancipation pour certains et de perversion pour d’autres. Le combat va être âpre et sans pitié. Notre Poète rebelle sera bringueballé bien malgré lui d’un camp à un autre et tout ceci le mènera jusqu’en terre sainte où l’attend une sacrée surprise (si je puis m’exprimer ainsi!).

Je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour rentrer dans cet ouvrage qui au départ a pourtant tout pour me plaire. La faute à un récit que j’ai trouvé mal structuré au départ, elliptique et finalement très axé sur les rencontres et actions des personnages. L’auteur ne plante pas vraiment le décor ni l’époque et envoie directement Villon dans le vif du sujet. Ça plaira sans doute à certains, personnellement ça m’a un peu fait tiquer et je commençais même à désespérer. Et puis, l’histoire se densifie, on commence à comprendre où l’auteur veut nous mener. Les ramifications commencent à se rejoindre et on se rend compte qu’au delà d’une aventure picaresque, c’est un combat essentiel qui se joue notamment avec l’humanisme qui cherche à briser les prisons mentales prônées par l’Église et son bras armé (terrible évocation de l’Inquisition à un moment) en réhabilitant de vieux textes oubliés comme ceux d’Euclide ou encore Démosthène.

La rigueur est au rendez-vous en terme de reconstitution historique et l’on finit par se régaler des scènes de vie décrites, des intrigues de palais et des références faites aux rapports de force en jeu. Notre Villon est bien largué, lui le poète écorché vif ex brigand tenu en laisse par les puissants. D’ailleurs, je le trouve plutôt mal caractérisé quand on connaît un petit peu la vie haute en couleur qu’il a mené. Il est ici bien calme, gentil et même soumis par rapport par exemple au portrait virevoltant qu’a pu en faire Teulé dans son fabuleux Je, François Villon. Le génie du mal qu’il a pu se révéler être est totalement absent de ce livre. D’ailleurs son compagnon Maître Colin passerait lui-aussi pour un gentilhomme parfois alors qu’il était lui aussi un coquillard, bandit de grand chemin sans foi ni loi. Bien trop soft en tout cas par rapport à la réalité historique ! Mais passées ces légères déceptions, c'est un très bon moment qui nous attend, entre voyage éprouvant dans les déserts d’orient, exploration des sous-sols de Jérusalem avec une communauté cachée qui garde bien des secrets. Le temps s’écoule beaucoup plus vite dans la deuxième partie pour aboutir à une fin logique sans grande surprise.

Je suis partagé donc par ce roman bien mené, écrit avec érudition (trop peut-être...) et faisant la part belle aux émotions fortes mais finalement sans réel suspens. C’est son plus grand défaut et il pâtit énormément de la comparaison avec des ouvrages comme ceux d’Eco ou encore Follett. On passe certes un bon moment mais l’ensemble n’a rien de mémorable, et cet ouvrage sera sans doute aussi vite oublié que lu. C’est bien dommage...

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samedi 15 octobre 2016

"Cher pays de notre enfance" d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat - ADD-ON de Mr K

cher pays de notre enfanceNelfe a déjà lu et chroniqué cette BD le 10/04/16. Mr K vient de la terminer et de la chroniquer à son tour.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de celle de Nelfe.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Cher pays de notre enfance", ça se passe par là.

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mercredi 5 octobre 2016

"Free state of Jones" de Gary Ross

Free state of jonesL'histoire : En pleine guerre de Sécession, Newton Knight, courageux fermier du Mississippi, prend la tête d’un groupe de modestes paysans blancs et d'esclaves en fuite pour se battre contre les États confédérés. Formant un régiment de rebelles indomptables, Knight et ses hommes ont l'avantage stratégique de connaître le terrain, même si leurs ennemis sont bien plus nombreux et beaucoup mieux armés... Résolument engagé contre l'injustice et l'exploitation humaine, l'intrépide fermier fonde le premier État d'hommes libres où Noirs et Blancs sont à égalité.

La critique Nelfesque : Ah Matthew... Matthew... Voir son nom au casting d'un film n'est peut-être pas pour vous une raison suffisante pour aller voir un long métrage en salle mais pour ma part, on n'en est pas loin. Matthew McConaughey est un acteur que j'aime beaucoup. Non, je ne suis pas une midinette, je ne le trouve pas spécialement beau et si j'avais l'âge je ne mettrais pas non plus de posters de lui dans ma chambre mais c'est un des acteurs actuels dont le jeu me procure le plus d'émotions. A chacune de ses apparitions dans un film ("Mud" par exemple) ou une série (regardez la première saison de "True Detective" !), il insuffle une dimension dramatique et une telle intensité de jeu me scotche littéralement à mon écran.

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Voilà, ça c'est dit ! Mais qu'en est-il de "Free state of Jones" Matthew mis à part ? Nous sommes ici dans l'Amérique du milieu du XIXème siècle, en plein Mississippi. Époque charnière qui préfigure l'abolition de l'esclavage, nous suivons ici les habitants de la ville de Jones et plus particulièrement Newton Knight qui en plein champs de bataille va déserter et rentrer dans sa ville natale où il va résister aux troupes des confédérés.

"Free state of Jones" est basé sur une histoire vraie, celle d'un homme qui a refusé de se battre pour protéger des propriétaires d'esclaves, un homme qui ne faisait pas de distinction entre un noir et un blanc, un homme qui a pris sous son aile des veuves et des orphelins évitant les pillages de leurs récoltes. Je ne connaissais pas cette histoire avant d'aller voir ce film mais je dois dire que ce dernier m'a fortement donné envie de me pencher sur cette période de l'Histoire des États-Unis et sur des récits ou romans se déroulant à cette époque (d'ailleurs si vous avez des références, n'hésitez pas à me donner quelques conseils en commentaire).

Le traitement du réalisateur, Gary Ross, est superbe et plonge le spectateur dans l'Amérique des années 1860. Les paysages sont magnifiques, les marais dans lesquels se réfugient Knight et ses camarades, sont sublimés et l'ensemble plonge le spectateur dans une ambiance à la fois oppressante, protectrice et pleine d'espoir. Dans leur cocon humide, ils vont mettre en place une riposte et vont faire de Jones, une ville où esclaves et hommes libres cohabitent en ayant les mêmes droits.

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Mais tout cela ne va pas sans son lot de drames... On s'attache aux personnages et certains vont mourir, il y a des injustices, des trahisons, les horreurs de l'Histoire mais toujours en trame de fond la liberté, la dignité et l'espoir. "Free state of Jones" nous fait passer par toutes les émotions. De la joie d'une naissance à la tristesse d'un deuil, de l'optimisme de jours meilleurs à la résignation face aux obstacles...

Qu'il est long le trajet vers la tolérance et l'égalité. L'histoire qui nous est contée dans ce film n'en est qu'une toute petite partie mais elle nous permet de mesurer le chemin parcouru et celui qui est encore à faire. Une belle leçon d'humilité, sans grande surprise et convenue, mais un focus nécessaire sur l'Histoire dans un bel écrin.

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La critique de Mr K : 5/6. Une sacrée bonne surprise pour ce film tiré d'une histoire vraie davantage connue outre-atlantique que par chez nous. Un homme va s'engager pour libérer son comté (le Jones du nom) du joug des puissants qui l'exploitent et tenter de faire changer les mentalités notamment vis-à-vis des noirs. Dans une Amérique plongée dans la guerre de Sécession entre le Nord Yankee et le sud esclavagiste, vous imaginez que ce n'est pas si facile !

Une fois de plus, les productions US (et ici chinoises) s'appliquent à retranscrire une fresque historique avec une foule de détails et une cohérence d'ensemble réussie. On vit littéralement l'histoire à travers de superbes reconstitutions de batailles, de belles oppositions entre antagonistes exacerbés (riches propriétaires terriens et fermiers puis les esclaves) et des décors à couper le souffle. Mention spéciale aux marais où se réfugie le héros dans un premier temps et où il va monter sa troupe de mutins avant de passer à l'action. C'est naturaliste par moment et au détour de certaines scènes, on apprécie de se voir décrire une époque et des coutumes bien particulières.

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Matthew McConaughey est omniprésente et il se révèle une fois de plus impressionnant en leader charismatique. On n'oubliera pas de si tôt sa composition pleine de passion, son regard pénétrant et son aspect hirsute. On sent bien que cette figure héroïque déviante (loi du talion oblige) va aller jusqu'au bout de son combat qui semble perdu d'avance. L'acteur est littéralement rayonnant et même s'il accuse plusieurs fois le coup (j'ai eu les yeux humides plus d'une fois), ce personnage ayant vraiment existé méritait d'être revisité par le cinéma. Autour de lui gravite toute une galerie de personnages forts comme ses nouveaux amis afro-américains qu'il essaie de sortir comme il peut de leur condition en accompagnant l'Histoire en marche et qu'il va réhumaniser par sa compassion et le partage (magnifiques scènes sur l'importance de la lecture et de l'instruction notamment). La dénonciation de l 'esclavage est claire et sans appel, elle m'a même davantage touché que dans 12 years a slave qui pourtant était déjà très bon.

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Au rayon des défauts, on peut évidemment arguer du fait que l'ensemble est plutôt convenu en terme de mise en scène et que les éléments de surprises sont quasiment absents. Que le film est un bel enrobage à l'américaine... Et pourtant quelques saillies scénaristiques s'écartent clairement du manichéisme primaire que l'on retrouve trop souvent dans ce genre de productions. Ainsi, une fois la guerre de Sécession terminée, on se rend vite compte que les libérateurs du Nord s'arrangent avec les anciens esclavagistes et que la situation perdurera encore longtemps, que le mariage entre un blanc et une noire restera impossible dans certains états pendant des décennies... Bien maligne l'idée d'ailleurs de croiser le récit principal avec celui d'un des descendants de Newton Knight confronté à la justice inique d'un état du sud. Non, nous sommes vraiment loin du consensus à tout crin, nous sommes face à une œuvre certes académique et parfois très pédagogique mais on est aussi face à un film bouillonnant de rage et de révolte. Mission réussie pour cela !

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On passe donc un excellent moment avec Free state of Jones entre intimisme nuancé et introspections régulières de chacun, scènes d'action sauvages et efficaces, et un message de fraternité et d'entraide qui fait du bien par les temps que nous traversons. Courrez-y, il perdra de sa saveur et de sa beauté sur petit écran.

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mercredi 24 août 2016

"La Valse des arbres et du ciel" de Jean-Michel Guenassia

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L'histoire : Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.

Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ? ...

La critique de Mr K : Il y a presque tout juste un an, je vous parlais de mon engouement sans borne pour Le Club des incorrigibles optimistes du même auteur. J'avais adoré le style de Guenassia, l'aspect quasi documentaire de son ouvrage présentant un reflet fidèle d'une époque (la Guerre Froide) et le romanesque de son récit avait fini par définitivement m'emporter très très loin dans le plaisir de la lecture. À l'occasion de la rentrée littéraire 2016, il revient à la charge avec cette fois ci un focus sur la fin de vie de Van Gogh qui devrait à priori lever le voile sur un certain nombre d'interrogations : La Valse des arbres et du ciel.

L'histoire nous est racontée à travers les yeux de Marguerite Gachet, fille du médecin s'occupant alors de Vincent Van Gogh. La subjectivité est donc de mise avec le déroulé des dernières semaines du peintre à Auvers-sur-Oise durant l'été 1890. Récemment diplômée du Baccalauréat (ce qui est très rare pour une fille à l'époque), la jeune-fille de 19 ans ne souhaite qu'une chose : devenir peintre. Mais l'époque n'est pas encore à l'égalité des sexes, loin de là. Seuls les hommes sont admis dans les écoles des beaux-arts, seuls quelques artistes non reconnus donnent des cours aux femmes et seulement à titre de loisir, elles n'ont aucune chance de percer dans le milieu. Et puis son père a d'autres projets pour elle, à commencer par un mariage avec un ami d'enfance de Marguerite qui doit devenir pharmacien et qui représente un très bon parti. La jeune fille a de plus en plus de mal avec sa condition de femme qui l'oblige à se conformer au machisme institutionnalisé dans la société française de l'époque.

Le déclic qui va tout faire basculer se présente lors d'un dîner organisé par Gachet père avec Van Gogh qui attise chez lui des convoitises pécuniaires. Aimant se faire payer en tableaux, c'est l'occasion pour lui plus tard de faire des plus-values. Il est loin de se douter que sa fille va tomber éperdument amoureux du peintre qui en plus de représenter la promesse de l'amour rêvé pourrait l'aider à touche du doigt son projet de devenir elle-même artiste. C'est le début de la course en avant pour Marguerite qui doit ruser pour pouvoir rejoindre son amant. La fin de l'histoire, le lecteur la connaît déjà si la vie de Van Gogh ne lui est pas étrangère. Ce sera tragique et ici teinté de révélations que chacun décidera de croire ou non. À priori, beaucoup de spécialistes spéculent sur les raisons de la mort du peintre et sur le rôle exact des Gachet. Guenassia présente dans ce roman une version romancée qui fera sans doute bouger les lignes dans les cercles concernés. Pour ma part, j'ai goûté à ce roman et j'ai surtout apprécié son aspect purement romanesque et fictionnel.

Tout d'abord, nous pénétrons totalement dans la vie et l'esprit d'une femme de l'époque. C'est très réussi, juste et sans détails inutiles (le livre ne compte que 295 pages). Le récit est intimiste et colle au vécu de Marguerite, notamment ses ressentis et son approche de Vincent Van Gogh qui n'est ici qu'un homme passionné par son art et non l'artiste bankable qu'il est devenu aujourd'hui. Plein d'humanité, les écrits de Marguerite nous frappent au cœur par leur franchise et leur naturel désarmant. Qu'il doit être difficile d'être une femme en cette fin de XIXème siècle ! Leur liberté est bien réduite et elles sont soumises à la volonté de leur père puis après de leur mari. Marguerite ne supporte plus ces contraintes, elle veut maîtriser sa vie et s'affranchir des règles discriminantes qui voudraient lui imposer une vie qu'elle subirait plutôt que de la choisir. Cela ne va pas se faire sans heurts et certains passages sont assez difficiles notamment dans les rapports qui se dégradent avec son père et qui révèlent alors sa vraie nature, son amour paternel se muant en autoritarisme domestique faisant régner la terreur dans sa maisonnée (un fils faible et une servante aux ordres).

Et puis, il y a ses rencontres lumineuses avec l'artiste et sa fascination pour sa personnalité (l'amour rend aveugle) et son art. Au passage, Guenassia nous offre de belles descriptions du travail du peintre dans son approche des couleurs, sa technique de peinture et ses méthodes (ses réveils à l'aurore et ses déambulations dans les campagnes environnantes notamment). En filigrane des propos de Marguerite, Van Gogh apparaît comme assez antipathique et finalement peu accroché à la jeune fille mais totalement obsédé par la peinture et la volonté de peindre constamment. Figure pleine d'ombre et de lumière, Van Gogh se révèle profondément humain et en même temps inatteignable par le commun des mortels. Du moins jusqu'à un certain point...

Intercalés entre les différents fragments de vie, l'auteur a placé des passages de lettres de Van Gogh à différents destinataires et des extraits de journaux. Loin d'être anecdotiques, ces documents véridiques ajoutent à la tension d'ensemble et contextualisent à merveille le roman dans son époque et les mœurs qui l'habitent. Ces précisions historiques font remarquablement écho au récit principal, l'enrichissant au passage et éclairant le lecteur néophyte en matière de connaissances sur le XIXème siècle. En contre-point, la caractérisation des personnages est précise comme une horloge suisse et donne une profondeur intéressante à une trame d'amour contrarié plutôt classique. Les révélations finales ne m'ont pour ma part ni particulièrement choqué comme j'ai pu le lire ici ou là, ni franchement éclairé sur quoique ce soit, ayant choisi d'aborder cette lecture essentiellement sur le plan émotionnel. C’est mon côté romantique et dans ce domaine l'histoire d'amour vécue par Marguerite est vraiment poignante. On a le cœur au bord des lèvres en fin de lecture.

L'ensemble se lit en tout cas très facilement avec un plaisir renouvelé même si je trouve que le style de Guenassia est moins en verve dans cet ouvrage, mais l'écriture reste cependant belle et d'une grande sensibilité. La Valse des arbres et du ciel est un beau roman qui conviendra aux amateurs de l'époque, de Van Gogh et d'histoires d'amour compliquées.


samedi 20 août 2016

"Contes du lundi" d'Alphonse Daudet

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Le contenu : Daudet écrit ce recueil de nouvelles sous le coup de la guerre de 1870. Dans la première partie, ''La Fantaisie et l'histoire'', son propos est moins de s'attarder à des faits militaires hauts en couleur que de décrire le quotidien d'une guerre vécue au jour le jour par de petites gens. La seconde partie, ''Caprices et souvenirs'', évoque plutôt ses mémoires personnelles.

La critique de Mr K : Retour à un auteur qui a enchanté mes jeunes années avec ce recueil de nouvelles dégoté à prix d'or au détour d'un étal de brocante. J'avais dévoré à l'époque les fameuses Lettres de mon moulin et plus proche d'aujourd'hui j'avais apprécié de replonger dans Le Petit chose. Cette nouvelle lecture n'a fait que confirmer tout le bien que je pense de Daudet qui se révèle intemporel et toujours aussi moderne dans son écriture.

Comme précisé en quatrième de couverture, la première partie du recueil est consacrée à la guerre de 1870, injustement méconnue par nos compatriotes à cause bien souvent des programmes surchargés des classes de quatrième qui font la part belle à Louis XIV, la Révolution Française et Napoléon. Rappelons juste qu'en 1870, on s'est tout de même pris une sacré rouste face à la Prusse de Bismarck et que nos adversaires étaient rentrés dans Paris. Contemporain des faits, Daudet a été marqué par cette défaite et à travers de micro-récits n'excédant jamais les 5 à 6 pages, il appréhende la déroute à travers les faits et gestes des petites gens et de manière générale par le quotidien chamboulé de certains français.

Ainsi, on débute par un excellent texte mettant en scène le dernier jour de classe d'un instituteur dans un village alsacien devenu allemand (perte de l'Alsace-Lorraine oblige) qui va professer son dernier cours en français et marquer sa résistance par la même occasion. On suit aussi l'exode de certaines familles qui fuient les prussiens, l'espérance de mères de soldats qui attendent le retour de leur fils prodigue, on parcourent les rues de Paris en pleine insurrection face à l'imminence du péril. Daudet nous conte aussi la guerre vécue par la ville de Tarascon (pas de Tartarin en vue par contre), les atermoiements d'un maréchal plus préoccupé par sa victoire au billard que par les bombardements d'artillerie qui s'intensifient aux alentours ou encore, l'exil forcé de paysans en ville et leur nécessaire adaptation à la vie citadine. Bien d'autres récits peuplent cette première partie, ils sont tous plein de vie, soufflent un parfum de réalisme et d'humanisme, n'exagérant en rien une réalité pénible mais trop souvent oubliée. Le ton est sobre, les récits parfois âpres tant on côtoie la misère, le désespoir et l'aspect sombre de la nature humaine.

Pour contre-balancer cela, la deuxième partie nous propose toute une série de courts récits (nommés "caprices" par l'auteur) aux sujets variés allant de l'humour noir, au fantastique, en passant par du naturalisme et du récit de vie mélancolique et nostalgique. Au sommet, on retrouve les fameuses Trois messes basses, dont la version racontée par Fernandel m'avait bien plu le dernier jour d'école avant les vacances de Noël en CE2. Oui je sais, c'est du sacré souvenir mais que voulez-vous, il y a des expériences qui marquent ! On retrouve aussi de beaux textes évoquant la Commune de Paris et les massacres perpétrés au nom de l'Ordre, des déambulations en ville, une vieille maison en vente, un gamin qui fait l'école buissonnière à court d'excuse recevable, une série de paraboles entre gastronomie et paysages (texte très étonnant s'il en est !), le destin tragique d'une belle créole et toute une pléthore de textes à la fois touchants, quasi documentaires et parfois très déroutants. Plus d'une fois, l'auteur m'a surpris et par la même occasion ravi.

L'intérêt en effet ne se dément pas durant toute la lecture. Certes certains textes sont plus fragiles, mais l'ensemble se lit bien grâce notamment à la merveilleuse plume de Daudet à la fois alerte et précise, très accessible et franchement moderne pour l'époque. Pas de sclérose ou de lourdeurs ici mais le goût du récit et du conte qui reste immaculé et procure toujours autant de plaisir. Une belle expérience, idéale par un beau soleil d'été. M'est avis que je reviendrai faire un tour du côté de chez Daudet dans les mois à venir, je crois bien en avoir un dans ma PAL.

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mardi 9 août 2016

"L'Abyssin" de Jean-Christophe Rufin

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L'histoire : Louis XIV n'a jamais rencontré le Négus, le mythique roi d'Éthiopie mais il y eut bien entre les deux souverains des contacts diplomatiques. Un ambassadeur fut envoyé par le Négus à la cour du Roi Soleil. C'est en se fondant sur ce fait historique que Jean-Christophe Rufin bâtit son premier roman, l'aventure extraordinaire de Jean-Baptiste Poncet, traversant les déserts d'Égypte et les montagnes d'Abyssinie avant de se retrouver à Versailles, un peu dépaysé mais sans rien perdre de son inépuisable ingéniosité. L'enjeu est de taille puisque l'Éthiopie est l'objet de la convoitise des jésuites, des capucins et de pas mal d'autres qui, sous prétexte de servir Dieu, mettraient volontiers le pays sous leur coupe. Ayant compris le résultat désastreux que sa mission pourrait entraîner, Poncet décide de tout faire pour sauvegarder la liberté et les mystères de l'Éthiopie.

La critique de Mr K : Retour sur une lecture monumentale aujourd'hui avec le roman le plus connu et apprécié de son auteur : L'Abyssin de Jean-Christophe Rufin. Cet auteur ne m'a jamais déçu, m'a toujours enthousiasmé au plus haut point et ce n'est pas ce volume qui va me faire changer d'avis. Aventure, roman et Histoire sont au RDV d'un livre diablement prenant et d'une perfection formelle rare. Suivez le guide !

Nous voila replongé en pleine époque moderne sous le règne de Louis XIV, le plus puissant monarque de son époque. L'action débute au Caire où le jeune apothicaire Jean-Baptiste Poncet se voit confier suite à un concours de circonstances par le consul de France une mission de la plus haute importance : joindre la lointaine Abyssinie, y prendre contact avec l'empereur éthiopien et ensuite rentrer rendre compte de son entreprise. Ce livre nous conte ce voyage hors du commun mais aussi les luttes intestines qui se jouent à la cours et dans les colonies françaises entre laïcs, clercs et congrégations. C'est aussi un roman d'amour et d'amitié à nul autre pareil avec l'idylle naissante de Jean-Baptiste avec la douce Alix et le lien indéfectible qui l'unit à son protestant d'associé Maître Juremi, colosse au cœur d'or ayant fui les persécutions en France contre les huguenots.

Je vous préviens, l'addiction est quasi immédiate. On s'accroche d'emblée aux personnages qui possèdent tous un charisme incroyable qu'ils soient les principales forces vives du roman ou de simples personnages secondaires. Rufin les soigne avec tendresse, une grande finesse et un sens du récit qui ne se dément jamais. Il s'en passe des choses durant ces 580 pages qui apportent leur lot d'espoir, de désillusions, d'action et de beaux tableaux d'un monde pas si éloigné du nôtre géographiquement et pourtant dégageant une odeur de mystère impénétrable à l'époque. On se prend à croire que l'ingéniosité de Jean-Baptiste lui permettra de rester fidèle à ses serments envers le Négus et envers Alix. Roman, passion, goût pour l'aventure et la découverte, rébellion contre l'ordre établi se mêlent et vont emporter les héros aux lisières de la morale et des codes de l'époque. En cela, ce livre est un modèle d'humanisme prônant la quête du bonheur, la force de la pensée et de la liberté sur les fanatismes et tout ceci sans propos moralisants et simplistes. Un bonheur de lecture à chaque ligne vous dis-je !

Au delà d'un bon roman d'aventure doublé de romance, L'Abyssin est un remarquable instantané d'une époque. Rufin nous présente un tableau sans fard des années de règne du Roi Soleil avec une aisance et une profusion exceptionnelle. On rentre ainsi dans le quotidien des personnes de l'époque avec une facilité désarçonnante, l'existence des plus riches mais aussi des laissés pour compte, des ordres religieux qui servent le même Dieu mais selon des préceptes différents, la médecine et les pratiques médicales de l'époque, la vie d'un consulat français en Égypte sous la coupe des turcs, la vie simple et rude des bédouins du désert, le faste de Versailles, la cour exotique du Négus... Le lecteur est totalement dépaysé et plongé dans une réalité ancienne qui transparaît au détour des méandres de l'histoire : l'omnipotence des puissants, le patriarcat institutionnalisé et les femmes considérées comme quantités négligeables voir monnaie d'échange dans l'alliance de bons partis, les guerres de religion avec notamment un beau focus à travers le personnage de Maître Juremi sur la lutte entre catholiques et protestants qui reprend de plus belle après la révocation de l'Édit de Nantes... Autant de détails ou de paragraphes parfois plus longs mais jamais indigestes qui donnent un cachet et une densité impressionnante à l'ensemble.

Et puis... Il y a l'écriture de Rufin qui touche une fois de plus au sublime. Érudite mais pas pédante, malicieuse mais aussi touchante et grave par moment, on retrouve le sens du rythme cher à Alexandre Dumas et un talent de description qui provoque l'immersion immédiate et irrémédiable du lecteur. On ne s'ennuie donc jamais, porté par la belle langue employée, les multiples retournements de situation et l'impression durable d'avoir affaire à une histoire universelle qui donne à penser et à s'évader. Un excellent moment de lecture qu'il serait bien dommage de ne pas tenter. Croyez-moi, on en garde un souvenir éblouissant et enrichissant. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur :
Rouge Brésil
La Salamandre
Le parfum d'Adam
- Globalia

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mercredi 25 mai 2016

"Zazous" de Gérard De Cortanze

zazousL'histoire : On n'est pas sérieux quand on a quinze ans - même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Maris danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d'ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

A mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d'adolescents couvrent les murs de Paris du "V" de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l'Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l'étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant "changer la vie" qu'empêcher qu'on ne leur confisque leur jeunesse.

La critique Nelfesque : Vous le savez, si vous êtes un fidèle du Capharnaüm éclairé, autant Mr K est un adepte d'ouvrages traitant de la Première Guerre mondiale, autant de mon côté je ne rechigne jamais à lire un roman / document / essai (...) sur la seconde. C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Zazous" de Gérard De Cortanze sorti début mars chez Albin Michel sans en avoir entendu parler au préalable, sans connaître l'auteur et sans même être très au courant de l'implication du mouvement Zazou dans le déroulement de l'Histoire.

J'avais donc encore des choses à apprendre sur cette guerre de 39-45 qui a de moins en moins de secret pour moi. Il est vrai que la musique a toujours été révélatrice d'une époque, elle met en lumière des espoirs, des peurs, des volontés. Je n'aurais jamais pensé à aborder cette guerre sous le prisme de la musique des zazous, plutôt versée dans le jazz et le swing, et par tout ce qu'il y a autour, un look, un état d'esprit, une façon de voir la vie. En cela "Zazous" est très intéressant et prend le parti d'apporter un vent de liberté sur une époque lourde. Ces jeunes semblent se moquer de tout, peu leur chaut la guerre, tout ce qui leur importe c'est de vivre ! Les voisins les regardent d'un drôle d'oeil, eux les jeunes écervelés qui ne semblent pas voir plus loin que le bout de leur nez et ne pensent qu'à danser et à se pavaner dans les rues dans leurs costumes ridicules. En apparence certes. Mais si l'on gratte sous le vernis du paraître, on met à nu toute une philosophie de vie.

Le lecteur suit ici une bande de copains parisiens ("parisiens" a ici son importance puisque je ne pense pas qu'il fut possible de vivre avec autant d'intensité sa vie de zazou en province) qui affublés de larges vestes à carreaux et de pantalons bouffants, se coiffent de cheveux longs et passent leurs soirées au cinéma ou en concert même en période de couvre feu. Ces jeunes bravent tout, le danger, les codes, les moeurs. Qu'importe qu'il y ait la guerre, si telle est leur vie, autant la vivre jusqu'au bout et comme ils l'entendent. Issus d'un milieu aisé, ils sont cultivés, s'intéressent à différents mouvements artistiques, sont au fait des derniers lieux tendance où se tiennent des concours de danse, sont relativement épargnés du fait de leurs relations lorsque viennent les périodes de restriction.

Tout cela est assez déconcertant. Nous sommes en pleine guerre, nous connaissons les conditions de vie de certains, le froid, la peur, la faim... Et au milieu du chaos, dans ce roman de Gérard De Cortanze, nous suivons des jeunes gens qui semblent flotter au dessus du lot, qui sont certes atteint par l'actualité mais d'une façon moindre si l'on met leurs conditions de vie en parallèle de celles de la majorité de la population à cette époque. Comme une petite bulle de privilèges, un désir de vivre malgré tout mais un choix que peu ont eu l'occasion d'avoir...

L'écriture de l'auteur est très simple. Trop simple. On est ici parfois plus dans le documentaire que dans la littérature. De Cortanze nous donne un flot d'informations certes intéressant mais redondant pour qui connaît bien l'Histoire et surtout noie, à mon sens, l'histoire propre de chacun de ses personnages dans une débauche de données impersonnelles. Si je veux lire un ouvrage d'Histoire, je lis un ouvrage d'Histoire (un document, un témoignage, un essai), si j'ouvre un roman c'est pour avoir un autre niveau de lecture, plus tourné vers l'empathie que la documentation. Voilà un parti pris de l'auteur auquel je n'ai pas adhéré et j'ai eu peur, je ne vous le cache pas, que ce "travers" soit présent jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Heureusement ce ne fut pas le cas et au milieu de roman, les personnages prennent plus d'ampleur et le lecteur commence à s'attacher à certains d'entre eux. Les événements les écorchent, les malmènent eux aussi et on commence à entrer plus profondément dans leurs vies. Ce qui au départ était parti pour être un roman vite lu / vite oublié, devient peu à peu une histoire à laquelle le lecteur s'accroche. Certains personnages nous touchent plus que d'autres, certaines injustices éclatent et on se met à trembler pour l'avenir de l'un ou l'autre des jeunes gens qui hantent ce récit. L'écriture de l'auteur change également au fil des pages, se laissant enfin aller à la littérature, ne faisant plus que simplement relater des faits mais entrant plus profondément dans les ressentis des personnages. Dommage que cette plume littéraire n'ait pas été adoptée dès le début, cela aurait pu donner un très beau roman.

Pour ceux qui n'ont pas encore beaucoup lu sur cette période de l'Histoire, qui n'ont qu'une vague idée de l'ambiance qui pesait sur Paris durant ces années, qui sont trop jeunes pour avoir vu les documents d'archives (mais est-ce possible en fait de passer à côté de toutes ces données ?), cet ouvrage est très intéressant parce qu'il condense nombre de faits et relate précisément certains événements. Un bon petit rappel ou une bonne mise en bouche pour qui veut se pencher plus sérieusement sur le sujet par la suite. Un parti pris éducatif laissant peu de place à la volonté de recherches documentaires du lecteur qui m'a quelque peu gênée mais qui plaira sans doute à d'autres qui préfèrent avoir toutes les informations sous la main tout de suite.

Enfin, pour résumer mes propos en guise de conclusion, en ce qui concerne le fil conducteur de cet ouvrage, c'est l'histoire dans l'Histoire, ses joies et ses peines. La seconde guerre mondiale à Paris à travers la vie d'une bande de copains. Un roman écrit simplement qui retrace une partie de notre Histoire encore proche et qui touchera peut-être certains d'entre vous pour la jeunesse d'esprit, l'insouciance et la désinvolture apparente de ses personnages. En ce qui me concerne, je cherche plus que cela dans ce type de roman mais ne rejette pas pour autant "Zazous" qui a le mérite d'exister et de parler d'une guerre que l'on connaît bien avec une approche différente. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman sur ce sujet mais il se lit sans difficulté. A chacun de voir selon ses préoccupations, ses besoins, son expérience sur le sujet si il est pertinent de se lancer dans cette lecture ou non.

jeudi 14 avril 2016

"Le Fantôme de la Mary Celeste" de Valerie Martin

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L'histoire : Entre mythe et réalité, la grande romancière Valerie Martin revisite l'histoire d'une des plus célèbres énigmes maritimes : le 4 décembre 1872, la Mary Celeste, un brigantin américain en route vers Gênes, est retrouvé dérivant au large des Açores. À son bord, aucune trace de l'équipage, de son capitaine, Benjamin Briggs, de son épouse et de sa fille qui l'accompagnaient. Pour le jeune écrivain Arthur Conan Doyle, cette disparition est une source d'inspiration inespérée. Pour Violet Petra, médium réputée dans les cercles huppés de Philadelphie, un cauchemar. Et pour le public de l'époque victorienne, obsédé par la mort, un fascinant mystère…

La critique de Mr K : Depuis gamin, je suis fasciné par les voyages maritimes et les grands explorateurs, très vite j'ai donc développé un goût prononcé pour les récits mélangeant aventure et évasion. Sorti récemment en librairie, le livre de Valerie Martin que je vais vous présenter aujourd'hui est un savant mélange de destinées contrariées, de récit de vie à bord d'un navire au XIXème siècle, de passions familiales et de souffrances. C'est un bien curieux mélange qui s'opère autour du mystérieux naufrage de la Mary Celeste qui a marqué les esprits à l'époque et a inspiré nombre d'explications différentes dont aucune n'a pu être totalement vérifiée.

Valerie Martin a décidé de traité le problème de façon détournée. N'espérez pas ici avoir un compte-rendu exhaustif au jour le jour de la traversée de la Mary Celeste, l'auteure s'est surtout attachée à relater l'onde de choc qui a suivi au sein des familles endeuillées mais aussi l'intérêt persistant que cette douloureuse affaire a eu dans l'opinion publique et les hautes sphères intellectuelles dont Conan Doyle faisait partie. Ainsi, nous suivons ce dernier dans sa rencontre avec une médium particulièrement perturbée (non non, ce n'est pas un euphémisme) qui va le faire douter sur ses certitudes (rappelons que le géniteur de Sherlock Holmes a écrit un bref récit de fiction autour du drame de la Mary Celeste). Mais nous nous attardons aussi dans le foyer Briggs déjà atteint par un affreux événement dans le passé et qui gère comme il peut la disparition de trois des leurs, nous suivons alternativement aussi Violet Petra, la médium susnommée qui a un lien tout particulier avec la Mary Celeste… C'est autant de pistes très différentes, parfois nébuleuses qui vont finir par se rejoindre vers un dénouement lumineux bien que perclus d'ombre, l'auteure laissant certains éléments à notre libre appréciation.

Ce qui m'a le plus frappé, et ceci au bout de quelques pages, c'est la qualité d'écriture de Valerie Martin, auteure que je découvrais avec cette lecture. J'ai été soufflé par son phrasé précis et poétique, son sens du rythme et sa gestion du suspens. Valerie Martin a l'art de mener le lecteur là où elle le veut pour mieux le dérouter par la suite. Les descriptions sont d'une rare justesse qui provoque une immersion durable et sensitive à souhait. J'ai rarement éprouvé les affres d'une tempête en mer d'aussi belle manière! La langue bien que recherchée et millimétrée est très accessible et nous permet de pénétrer loin dans l'esprit des personnages torturés et dans une époque (le XIXème siècle) toujours aussi fascinante.

Rien ne nous est épargné en matière de rebondissements et de psychologie des personnages. On partage avec eux leurs espoirs, leurs déconvenues et leurs peines. Une grande mélancolie se dégage de cet ouvrage qui fait la part belle au sacrifice des hommes envers la mer, les passions inassouvies, le déchirement des familles et des cœurs, le mystère de la Mary Celeste toujours en background et la mort omniprésente et obsédante. Et puis, le XIXème siècle est aussi une époque fascinée par le deuil et le mysticisme. En suivant une médium de près, c'est l'occasion d'en savoir plus sur cette mode macabre, les personnes qui en faisaient commerce et le public qu'ils attiraient. On découvre aussi les mœurs en cours en Amérique suite à la guerre de Sécession avec une société assez puritaine où codes et bonnes mœurs font souvent entrave au bonheur individuel. L'aspect romanesque permet une approche ludique et captivante, impossible de décrocher de ces récits intercalés qui se nourrissent les uns et les autres, maintenant le lecteur captif jusqu'au chapitre final qui boucle la boucle en quelque sorte.

Autre point séduisant de ce livre, l'aspect multi-forme des textes parcourus. On retrouve la forme romanesque classique mais aussi des extraits de journaux de l'époque, de livres de bord, de mémoires... Ces changements de point de vue apportent des éclairages très différenciés sur les pensées, paroles et actes des personnages. Toutes ces formes sont admirablement maîtrisées par l'auteur, cette variété donnant un cachet d'authenticité permettant de flouter les frontières entre faits réels et évasions fictionnelles. C'est du grand art et ça fonctionne à plein régime. Preuve en est, j'ai ensuite fait quelques recherches pour vérifier certaines identités et certains événements. L'époque est ici remarquablement rendues, vivante, source de progrès et d'espoir nouveau mais aussi un siècle qui reste fasciné par les légendes et les croyances de toutes sortes. L'alchimie est complexe mais hypnotisante, apportant connaissances nouvelles et plaisir de la découverte au lecteur décidément emporté par une histoire qui en conte beaucoup plus qu'elle n'en laissait supposer au début.

Roman ébouriffant, splendide dans sa forme et sa structure, on passe un moment rare entre jubilation et interrogation. Conte des mers sombres et sauvages, chronique d'une époque et drames familiaux s'épousent en un petit chef d’œuvre de sensibilité au souffle romanesque qui emporte tout sur son passage. Le Fantôme de la Mary Celeste de Valerie Martin est de ces lectures que l'on n'oublie pas et qui vous marque dans votre chair et votre esprit. Un pur moment de bonheur à découvrir au plus vite.

dimanche 10 avril 2016

"Cher pays de notre enfance" d'Etienne Davodeau et Benoît Collombat

cher-pays-de-notre-enfance-collombat-davodeau-couverture1L'histoire : Etienne Davodeau est auteur de bande dessinée.
Benoît Collombat est grand reporter à France Inter.
L'un est né en 1965, l'autre en 1970.
Ils ont grandi sous la Ve République fondée par le général de Gaulle, dans un pays encore prospère, mais déjà soumis à la "crise".

L'Italie et l'Allemagne ne sont pas les seules nations à subir la violence politique.
Sous les présidences de Pompidou et de Giscard d'Estaing, le pays connaît aussi de véritables "années de plomb" à la française.

Dans ces années-là, on tue un juge trop gênant. On braque des banques pour financer des campagnes électorales. On maquille en suicide l'assassinat d'un ministre. On crée de toutes pièces des milices patronales pour briser les grèves. On ne compte plus les exactions du Service d'Action Civique (le SAC), la milice du parti gaulliste, alors tout-puissant. Cette violence politique, tache persistante dans l'ADN de cette Ve République à bout de souffle, est aujourd'hui largement méconnue.

En sillonnant le pays à la rencontre des témoins directs des événements de cette époque - députés, journalistes, syndicalistes, magistrats, policiers, ou encore anciens truands -, en menant une enquête approfondie, Etienne Davodeau et Benoît Collombat nous révèlent l'envers sidérant du décor de ce qui reste, malgré tout, le cher pays de leur enfance...

La critique Nelfesque : "Cher pays de notre enfance" est la dernière BD née d'Etienne Davodeau, célèbre dessinateur a qui l'on doit entre autres les excellents "Les Ignorants" ou encore "Lulu Femme Nue". Dans ce présent volume, il s'associe à Benoît Collombat, grand reporter, pour livrer aux lecteurs, sous un format bande dessinée surprenant et bienvenu, les dessous de la vie politique de la Ve République.

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"Cher pays de notre enfance" a beaucoup fait parler d'elle jusqu'à présent. Elle a d'ailleurs obtenu le "Fauve d'Angoulême 2016 - Prix du Public Cultura" et au-delà de toute la mauvaise presse qu'a pu avoir le festival BD cette année, elle n'a pas à rougir de sa distinction. C'est un véritable travail journalistique dessiné que nous propose ici les deux auteurs. Un récit de 218 planches revenant sur les années 70 et 80 en France.

Vous pensiez que les affaires mafieuses n'étaient que l'apanage des scénarios de films de gangsters, que seuls l'Italie ou certains quartiers de New-York ne pouvaient être le décor de sombres tractations, complots et assassinats camouflés en suicide ? Détrompez-vous. Nous sommes ici dans notre Douce France, ce Cher pays de notre enfance à tous et ce que révèlent les auteurs de cet ouvrage fait froid dans le dos.

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Avec un aspect BD qui pourrait en dérouter certains mais confère à l'ensemble une dimension plus accessible et moins rébarbative au premier abord, Davodeau et Collombat n'en poursuivent pas moins un véritable travail d'investigation. Nous les suivons dans une enquête de fond aux quatre coins de la France, à bord d'un train ou d'une voiture de location, à la recherche de témoignages. Ils vont tour à tour rencontrer des journalistes, des greffiers, des policiers, des hommes lambda ou "d'importance" ayant été témoins de certains agissements que les pouvoirs en place ont mis beaucoup de soin à cacher à l'opinion publique.

"Cher pays de notre enfance" se lit comme un bon polar avec ses rebondissements, ses révélations chocs et ses personnages forts. A la différence près qu'ici on prend moins de plaisir à découvrir les indices tant nous sommes effrayés d'apprendre qu'en France, ici, chez nous, dans un passé encore très proche, pouvaient se passer des choses aussi incroyables dans les hautes sphères politiques. Nous sommes ici en plein cauchemar, en pleine intrigue cinématographique où la vie des hommes vaut bien moins que l'intérêt politique et où tous les coups sont permis pour atteindre des objectifs. Meurtres, agressions, intimidations, braquages... Non, nous ne sommes pas au cinéma mais sous la présidence de Pompidou et Giscard, nous sommes sous la Ve République, la même que nous connaissons encore aujourd'hui... Ça laisse "rêveur"....

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Pour avoir une autre vision du pouvoir, celle que l'on nous cache, celle de l'ombre, l'inavouable et la peu glorieuse, je vous conseille la lecture de cette BD. Un travail exceptionnel qui nous éclaire sur une partie récente de notre Histoire politique française, qui demande une certaine culture générale mais qui se révèle passionnante. Une bande dessinée dense, instructive et documentée qui demande un effort de concentration, ne se lit pas comme un simple divertissement et a le mérite d'aborder des sujets brûlants de fond et n'a pas peur d'appuyer là où ça fait mal.

La critique de Mr K (add-on du 15/10/16) : Suite à la chronique enthousiaste de Nelfe au mois d'avril, je m'étais juré de mettre le nez dans cette BD dont le sujet m'intéressait fortement et qui a reçu le prix du public à Angoulême. Il faut avoir le cœur bien accroché pour suivre cette enquête sur les années de plomb de la Vème République, un aspect sombre de la vie politique française depuis la Libération. On a beau s'en douter, quand les courageux auteurs de cette BD donnent à voir autant de preuves et témoignages accablants de collusions entre partis politiques, police, justice et patronat ; on ne peut que s'émouvoir et prendre peur.

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Loin de tomber dans le conspirationnisme à la mode web qui a pignon sur rue en ce moment, nous avons affaire ici à un réel travail de journalistes d'investigation qui cherchent à lever le voile sur l'assassinat du Juge Renault, les liens entre un cambriolage et le financement occulte d'un parti politique, les déviances et exactions du SAC (Service d'Action Civique), le pseudo suicide d'un ministre de la République et les luttes intestines de pouvoir. On tombe ici de Charybde en Scylla, les auteurs faisant preuve de pédagogie en explicitant le contenu de leurs découvertes mais aussi la méthode qu’ils ont suivi. S'appuyant sur des faits, des documents et des témoignages vérifiables ; ils remettent à jour des éléments oubliés de notre histoire commune et font quelques révélations fracassantes.

Comment par exemple, la justice peut-être freinée quand elle touche du doigt la vérité. Comment tout homme peut être tout bonnement supprimé s'il s'avère être gênant et compromettant. Comment grand banditisme (le gang des lyonnais) et les élites politiques peuvent s'arranger à l'occasion et puis, les sempiternelle querelles de pouvoir, d'influence et de népotisme interne aux familles. C'est effrayant mais ça a le mérite d'être clair. Quand en plus de grands noms apparaissent au détour d'une planche ou deux, on ne peut que pleurer de voir les hommages rendus à de véritables truands assassins lors de leur mort récente (si si, rappelez vous, c'était en Juin 2015). J'étais déjà écœuré à l'époque, je le suis encore plus après la lecture de cet ouvrage ô combien salutaire mais effroyable dans son approche froide et journalistique. Point d'avis ou de digression, simplement la quête de la vérité.

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Une sacrée claque que cette BD, rudement bien menée avec les dessins sobres et efficaces qui rendent parfaitement compte du processus d'enquête. Ses apports historiques sur une certaines société française à une époque donnée sont justes, mesurés et constamment soumis à la vérité de l'historien tellement galvaudée ces derniers temps par des politiques en quête de renaissance ou des journalistes peu soucieux de respecter l'Histoire. Ça fait du bien de rentrer dans les arcanes du pouvoir (ici c'est clairement la droite, du Gaullisme et du RPR dont il est question) et surtout, on mesure la chance que l'on a d'habiter en France, en Europe ; pays et région loin d'être parfaits mais où la liberté d'expression restent tellement appréciables.

Ce recueil est une petit bombe, une ode à la vérité et un sacré acte de foi et de courage. Chapeau bas messieurs !

Posté par Nelfe à 17:23 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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