mercredi 17 mai 2017

"Frankenstein" de Benoit Becker : T5 "Frankenstein rôde" & T6 "La Cave de Frankenstein"

franky

L’histoire : Quand on est camelot, rien de plus simple que d'avoir un remède à tous les maux : écorce de saule pour la migraine, deux doses d'assurance pour la grippe et trois rations de mensonge pour les rhumatismes. Pourtant, à force de traîner de villages en villages, Wou-Ling va tomber sur le plus impitoyable des clients : le monstre de Frankenstein !

Mais peut-on guérir un être immortel en échappant à la malédiction qui frappe tous ceux qui l'approchent ? Faire appel à un chirurgien pour changer de visage ? Très utile quand on est en cavale... ou qu'on s'appelle Frankenstein ! Mais comment trouver un chirurgien... dont les doigts ne tremblent pas de peur en le voyant ?

La critique de Mr K : Avec ce volume, se termine la réédition des six romans que Benoit Becker consacra au mythe de Frankenstein dans les années 50. Dans la droite lignée des deux opus précédents, on oscille ici entre hommage respectueux et histoires fantastiques classiques très bien servies par l’écriture à la fois alerte et envoûtante d’un auteur décidément inspiré par le classique culte de Mary Shelley.

Dans Frankenstein rôde, nous suivons les pas d’un vendeur ambulant chinois et sa jeune protégée aveugle (clin d’œil à l’histoire originelle) qui se retrouvent pris en plein orage en rase campagne autrichienne. Ils finissent par trouver refuge dans un vieux château en décrépitude. Très vite, ils vont se rendre compte que ce havre de paix pourrait se transformer en tombeau. De facture très très classique, ce premier récit est ultra-balisé et ne réserve quasiment aucune surprise avec des séquences quasi imposées dans ce genre de littérature : la nature impénétrable, le déchaînement des éléments, les personnages mystérieux qui cachent un lourd secret, une menace diffuse et pénétrante qui grandit au fil des péripéties et les passages obligés d’introspection des héros face à une menace inconnue mais bien réelle. Très gothique dans sa manière de représenter les lieux, le temps et les protagonistes, il se dégage de cette première partie de recueil un charme désuet qui pour autant possède un pouvoir d’attraction indéniable et capte l’attention du lecteur de bout en bout. Une bonne distraction qui se termine de façon bien macabre et logique.

La Cave de Frankenstein se déroule lui dans la ville d’Anvers dans un quartier nécessiteux. Samuel un brocanteur juif proche de la retraite va se retrouver confronté à la créature qui veut plus que jamais que les hommes ne le fuit plus. Il va devoir faire appel à un ami ancien chirurgien désormais clochard alcoolique. Malheureusement pour eux, à vouloir pactiser avec un monstre sans âme, on finit toujours par le regretter... Plus original, ce récit réserve quelques surprises avec notamment des personnages qui sortent quelque peu des sentiers battus (pas trop quand même, on n'est pas face à un récit ultra-original non plus) et notamment un ancien docteur déchu qui va devoir essayer de renouer avec sa passion première. Pour autant, la tâche s’avère très difficile surtout lorsqu’on est proche de la démence lors de crises de manque terrifiantes et très bien rendues par l’auteur. La trame plus "urbaine" inscrit la créature dans un cadre novateur mais pas pour autant plus rassurant, la présence lourde et menaçante est ici une fois de plus inquiétante à souhait avec le renfort de quelques familiers qui feront frémir un certain nombre d’entre vous dans le dernier acte haut en couleur.

Au delà des deux récits, c’est avec une certaine émotion qu’on retrouve le monstre artificiel de Frankenstein toujours aussi mystérieux, inspirant une peur viscérale à tous ceux qui croisent sa route. Muet, imposant, implacable, ses apparitions sont rares mais font toujours leur petit effet. Le contre-point de la peur exprimée par les personnages, perdus face à cette menace insidieuse, partageant leurs appréhensions les plus intimes (avec notamment en commun dans ces deux récits la relation père/enfant en sous-texte), rallonge la sauce angoissante et mène à des scènes fortes qui restent ancrées dans la mémoire du lecteur longtemps après sa lecture (la jeune aveugle dans le salon en flamme, l’opération chirurgicale sur le monstre, la découverte d’une vieille tombe abandonnée dans la forêt, les angoisses des personnages...). L’ensemble est efficace, bien mené. Seul petit bémol, quelques lourdeurs dans le rythme et certains passages s’apparentant à du délayage intempestif avec par exemple un personnage tellement flippé qu’il met trois pages à descendre trois marches, paralysé par des sentiments contradictoires. Une fois ça va, mais quand l’opération s’opère deux / trois fois dans le même roman, on frise le sentiment de déjà lu...

Reste une lecture assez jubilatoire dans le genre si on aime et voue un culte au mythique Franky, de belles pages d’horreur pure et une lecture prenante. Le genre de lecture-récréation qu’on ne peut que conseiller !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"


dimanche 30 avril 2017

"Grave" de Julia Ducournau

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L'histoire : Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa sœur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature.

La critique Nelfesque : Mea maxima culpa, nous sommes affreusement en retard pour poster cette chronique ciné. J'ai traîné, traîné, traîné. Comme une envie de garder pour moi toute seule cette petite pépite de cinéma et cette expérience incroyable... Mr K étant quelqu'un de très persévérant (ça c'est le politiquement correct de "un peu chiant sur les bords" (coucou chéri !)), je finis par ENFIN rédiger mon billet. Remarquez, ainsi je suis étonnamment en avance sur la sortie DVD du film en juillet prochain (remarquez cette belle pirouette !).

Justine est une jeune fille qui débute ses études vétérinaires. Dans sa famille, tout le monde est passé par sa nouvelle école, tout le monde a suivi ses mêmes cours, tout le monde a subi le même bizutage. Celui qui va la transformer au plus profond d'elle-même. Elle ne ressortira pas de sa première année indemne. La Justine qu'elle était jusque là n'existera plus.

"Grave", en abordant de manière frontale le bizutage, est plus subtil qu'il n'y parait. Et oui, le film de genre cache parfois son jeu et pour qui sait voir au delà des apparences, le sang et l'horreur permettent d'aborder des thèmes plus universels. Mr K et moi-même étant très friands du genre, nous ne sommes pas des psychopathes en puissance (pas que !). Ici, Julia Ducournau se sert du bizutage comme prétexte pour parler de la différence et elle le fait de la plus belle des manières.

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Justine est végétarienne. On peut se dire "oula facile de surfer sur une problématique assez en vogue ces derniers temps" ou encore "non mais franchement voilà l'idée quoi, faire devenir cannibale une jeune végé, bravo le cliché". Et bien non, il n'y a ni volonté de faire du buzz avec un sujet à la mode, ni quelconque velléité de ridiculiser  une partie de la population sous prétexte qu'elle ne mange pas de viande. Finalement que Justine soit végétarienne, on s'en fiche un peu. C'est sa transformation, la façon dont elle la vit, dont elle est perçue, son combat, sa volonté qui importent.

Justine a des certitudes. C'est une jeune fille tout ce qu'il y a de plus banale. Elle est un peu impressionnée d'entrer dans une grande école où elle ne connaît personne si ce n'est sa grande soeur qu'elle croisera de temps en temps. Elle doit se faire de nouveaux amis, peut-être tombera-t'elle amoureuse. Elle va grandir, mûrir et comme n'importe quelle jeune adulte, changera pendant ses années étudiantes. Entre ce qu'elle pense être, ce qu'elle pense ressentir et la femme qu'elle deviendra, le fossé va se creuser peu à peu et c'est seule qu'elle devra faire face à ses changements intérieures, à ses doutes, à son deuil d'une vie passée.

"Grave" m'a beaucoup touchée. C'est un film qui n'est pas à mettre sous tous les yeux pour son côté gore et dérangeant (n'allez pas montrer ça à un gamin mais ça va sans dire, ne le regardez pas non plus si vous êtes ultra-sensible) mais pour qui aime être bousculé, questionné lorsqu'il se déplace en salle, ce film est une petite pépite. Plus qu'un long métrage, c'est une véritable expérience cinématographique. "Grave" ne ressemble à aucun autre film. Les plans sont superbes et cadrent parfaitement aux propos, les acteurs sont sobres et justes, la bande son épouse le film comme une seconde peau et le sublime, la réalisatrice n'en fait pas des tonnes. Inutile de déverser des litres de sang, inutile aussi de cacher quoi que ce soit. Le bouleversement que vit Justine est viscéral et il nous est livré brut de décoffrage. Au spectateur ensuite de décoder tout ça, de le digérer et de laisser l'ensemble vivre en lui tout simplement. Un film de genre français qui ne nous prend pas pour des imbéciles, nous fait confiance et nous questionne avec sobriété, c'est beau, puissant et sans concession. Une claque comme on aime en prendre !

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La critique de Mr K : 6/6. Une sacrée claque cinématographique, la première pour ma part pour 2017 avec un film de genre différent, troublant et réalisé de main de maître. 1H38 de spectacle total, dépourvu de filtres commerciaux aseptisants et de plans attendus. Car la première force de ce film est avant tout de balayer autre part que sur les chemins ultra-codifiés du film de genre pour nous proposer autre chose entre conte cruel et récit initiatique.

Justine rentre en école vétérinaire comme tout le monde dans sa famille. Végétarienne assumée, elle se retrouve seule dans un univers qu’elle ne connaît pas : l’école vétérinaire qui accueille sa sœur aînée et qui a accueilli avant ses parents respectifs. C’est le temps de la découverte de la collocation, les premiers cours, les premiers proches et malheureusement pour elle le premier bizutage. Au cours d’une cérémonie décadente, elle va devoir pour "s’intégrer" manger de la viande crue. Au delà de la vexation et de la honte, il se passe quelque chose en elle. Des plaques, des rougeurs, des démangeaisons et un estomac jamais en paix commencent à lui rendre la vie très difficile. Perdue et déboussolée, peu à peu, elle va se rapprocher de la terrible vérité...

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Ce film est merveilleux d’interprétation tout d’abord. On ne tombe jamais dans l’excès de zèle et la volonté de trop en montrer. La réalisation est sobre et met en avant le jeu d’acteur impeccable de tout le casting. L’actrice Garance Marillier est une belle révélation qui donne fraîcheur, aspect inquiétant et flippant à son personnage en pleine métamorphose. On s’attache très vite à elle, petite fille perdue dans un univers qu’elle ne connaît pas et qui de surcroît ne se connaît pas elle-même. Les scènes s’enchaînent sans vraiment que l’on sache ce à quoi s’attendre, on espère, on sursaute, on tombe des nues et ceci toutes les dix minutes grâce à un dynamitage des codes de l’horreur au cinéma et du teen movie.

A ce petit jeu, la réalisatrice détonne en proposant une technique léchée et sans fioritures inutiles. La tension est palpable à chaque plan, chaque note de musique (la BO est top de chez top !). Julia Ducournau s’amuse à nous mener par le bout du nez et ça marche à plein régime. Les jeunes sont ici montrés sans fard dans leur réalité parfois délirante (les teufs, les regroupement de moutons face à une bagarre, le simplisme de leurs positionnements parfois) mais aussi dans le quotidien parfois morose avec les cours, le travail personnel mais aussi la découverte de l’autre, de la sexualité et le regard des autres qu’on subit ou qu’on utilise. C’est très fin, bien mené, toutes les réponses ne sont d’ailleurs pas flagrantes lors du visionnage du métrage, on se prend à réfléchir de concert en sortant de la salle pour expliciter certaines impressions, des cadrages ou des partis pris bien particuliers.

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Cela donne un film assez unique, lent dans le rythme mais ne laissant quasiment aucune échappatoire au spectateur pris dans un engrenage dans lequel la jeune Justine essaie de se débattre malgré son ignorance et parfois ses mauvaises réactions. J’ai pensé à David Cronenberg pendant cette séance, le côté organique, viscéral et psychologique est poussé au maximum. On ne ressort pas indemne d’un tel film, pas traumatisé mais profondément ébranlé et conscient d’avoir vu un film à part qui fera date dans l’histoire du cinéma. Une petite bombe franco-belge gore et poétique à la fois, à voir absolument pour les amateurs du genre qui aiment être bousculés dans leurs certitudes.

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jeudi 27 avril 2017

"Morwenna" de Jo Walton

Morwenna-de-Joe-WaltonL'histoire : Morwenna Phelps, qui préfère qu'on l'appelle Mori, est placée par son père dans l'école privée d'Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l'a laissée handicapée et l'a privé à jamais de sa sœur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu'elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.

La critique Nelfesque : Voici un roman qui me pose un gros dilemme une fois la dernière page tournée, mitigée que je suis entre une histoire qui m'a plu et un parti pris par l'auteur auquel je n'ai pas complètement adhéré. Après 3 ans à végéter dans ma PAL, le printemps m'a donné des envies d'histoires de fées et j'ai décidé de sortir "Morwenna" de ma bibliothèque. J'avais rencontré Jo Walton en 2014 aux Utopiales et après quelques conférences où elle officiait et quelques discussions avec des auteurs que j'apprécie, j'avais décidé de me lancer. La "mini déception" vient peut-être de là aussi... Vous savez quand on vous vend tellement bien un bouquin que vous êtes persuadé que vous allez l'adorer...

Mais rentrons dans le vif du sujet. Morwenna, que tout le monde appelle Mori, est une jeune adolescente qui vient de perdre sa soeur jumelle dans un accident qui l'a laissé elle-même handicapée. Placée sous la responsabilité de son père qu'elle ne connaissait pas jusque là, elle intègre un établissement privé pour jeunes filles de bonnes familles, très réputée en Angleterre. Changement de décor, de pays et de relations pour cette ado venant du Pays de Galles.

"Morwenna" est son journal. Un journal qui n'avait pas pour vocation à être lu, des pensées jetées sur le papier par Mori et des réflexions sur la vie. Très portée sur les littératures de l'imaginaire (SF, fantastique, fantasy...), toute sa vie est vue comme à travers un prisme. Elle parle aux fées, pratique la magie et ramène tout au monde de la science-fiction. Aussi, elle ne cesse de faire des références à tels ou tels ouvrages très connus ou complètement obscurs à chaque moment de sa vie. Telle personne qu'elle croise lui fait penser à tel personnage dans tel bouquin, cette situation se rapproche de telle histoire dans tel livre... Avec un père qui aime énormément la SF lui aussi et plus tard en appartenant à un club de lecture se réunissant toutes les semaines à la bibliothèque municipale d'Arlinghurst, elle trouve alors l'attention tant attendue pour partager sur sa passion et ainsi accroître ses connaissances sur le sujet.

Et c'est une passion dévorante qu'a Mori pour le fantastique. Pour elle, rien n'est dû au hasard, chaque chose arrive pour une raison précise et est commandée par une force supérieure qu'elle nomme "magie". Avec des petits rituels qui rythment son quotidien et des incantations magiques qu'elle prononce parfois seule dans la nature à l'attention des fées qui l'entourent, elle remédie à ses problèmes, provoque la chance, éloigne les mauvaises ondes.

Avec une histoire émouvante et un personnage très différent de ce que l'on peut voir habituellement, Jo Walton m'aurait davantage touchée en épurant ses propos. Les références littéraires pleuvent sur cet ouvrage et peuvent perdre en chemin les lecteurs néophytes et manquant de références dans le genre. En ce qui me concerne, je vis avec un mordu de SF et même si je n'ai pas lu la totalité des ouvrages dont il est question ici, j'en connais une bonne partie et ai pu saisir ce que Mori voulait dire la plupart du temps. Toutefois, à mon sens, tout cela alourdi l'ensemble et à la longue lasse quelque peu. Pour autant l'auteure n'étale pas sa science et insère judicieusement toutes ces références puisque Mori vivant, respirant, mangeant, dormant (...) "imaginaire", elle ne fait qu'étayer ses propos. Mori et moi n'ayant pas la même passion dévorante, forcément la jeune fille passe un peu beaucoup à mes yeux pour une mono-maniaque mais ça se tient...

Mori parle-t'elle réellement aux fées ou tout cela se passe-t'il dans son imagination ? Ne s'invente-t'elle pas plutôt un monde féerique pour faire face à un quotidien lourd et éprouvant ? Ces questions hanteront le lecteur au fil des pages le faisant tour à tour douter et adhérer. "Morwenna" reste une belle découverte et un puits de références dans lequel pioché si d'autres envies de féerie se fait sentir. Ode à la lecture, cet ouvrage, qu'on l'aime ou pas, montre la puissance des romans dans une vie de lecteur et la source de force et de réconfort que l'on peut y trouver tout au long de son existence.

vendredi 21 avril 2017

"Des vampires dans la citronneraie" de Karen Russell

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L’histoire : Des fillettes retenues prisonnières dans une manufacture japonaise sont lentement métamorphosées en vers à soie... Une masseuse se découvre dotée d’étranges pouvoirs en manipulant les tatouages d’un jeune soldat revenu d’Irak... Deux vampires prisonniers d’une citronneraie brûlée par le soleil tentent désespérément d’étancher leur soif de sang, au risque de mettre un terme à leur relation immortelle...

Autant de mondes parallèles fascinants, entre mythe et réalité, qui confirment la subtile extravagance et l’inventivité hors pair d’un des meilleurs écrivains de sa génération.

La critique de Mr K : Retour sur une fort belle lecture aujourd’hui avec le premier recueil de nouvelles de Karen Russell tout juste sorti dans la collection Terres d’Amérique de chez Albin Michel. C’est ma première lecture de cette auteure mais j’avais déjà entendu parlé d’elle via son roman Swanplandia qui a une très bonne réputation et qui s’est retrouvé finaliste pour le Prix Pulitzer. L’occasion était belle de pouvoir découvrir une nouvelle plume US et puis cette collection ne m’ayant jamais déçu, je partais confiant. J’avais bien raison !

Huit nouvelles composent ce recueil qu’on nous annonce fantastique, méditatif, lyrique et drôle. Je me méfie en général des critiques dithyrambiques en quatrième de couverture, c’est souvent surfait et exagéré. Ici, il n’en est rien tant on plonge dans chaque récit dans un réalisme brut peuplé d’êtres en difficulté. Souvent, ce sont des représentants des classes populaires et particulièrement sur deux nouvelles d’adolescents en devenir en proie aux doutes de cet âge et à la notion de culpabilité. En sus, chaque écrit contient un élément plus ou moins étrange, fantastique parfois, fantasmagorique autrement ou encore complètement impossible pour d’autres. On navigue à vue dans des univers clos particulièrement bien dessinés et des personnages au charisme impressionnant malgré la pseudo banalité de certains.

Ainsi on croise d’étranges créatures vampiriques qui tentent de survivre dans une citronneraie entre les risques qu'ils courent et des tentatives pour essayer de remplacer le sang qui leur importe tant ! C’est décalé et très différent des univers vampiriques que j’ai pu lire auparavant. On enchaîne ensuite sur une bien nébuleuse histoire où des jeunes filles japonaises sont enlevées à leurs familles, séquestrées dans une mystérieuse usine où leur métamorphose s’amorce pour fournir ensuite de merveilleux fils de soie pour la production nationale. Autre récit délirant, d’anciens présidents US se retrouvent dans une écurie sous la forme de chevaux. Que font-ils là ? Est-ce le Paradis ou l’Enfer ? Bien que complètement cintrés, ces trois récits fonctionnent parfaitement bien, distillant une ambiance tour à tour intrigante et inquiétante. La fin vient nous cueillir comme des bleus, laissant au passage quelques zones d’ombre, libres d’interprétation par le lecteur conquis par des récits vraiment différents où narration et langue se mêlent pour mieux nous perdre en chemin.

Mes deux nouvelles favorites mettent en avant l’adolescence. La première nous raconte l'histoire d’amour contrariée d'un jeune homme de treize ans dont la fille de ses rêves a le béguin pour son grand frère. Ce texte est d’une pureté sans nom qui rend merveilleusement hommage à cet âge si compliqué à gérer pour nos jeunes. Tout est palpable, à fleur de mot depuis les doutes sur soi jusqu’à la tension sexuelle que l’on ne s’explique pas et la notion de charisme. Dans la même veine, une autre nouvelle voit une bande de gamins confrontée à un mystérieux épouvantail déposé près de leur QG et qui va leur rappeler des faits et gestes qu’ils devraient regretter. Là encore, le portrait de cette jeunesse à la dérive est subtile et bien mené, une pression incroyable s’exerce sur le héros-narrateur, livrant au passage de belles lignes sur la notion de bien, de mal et de repentance. Franchement puissants, ces deux textes à eux seuls valent le détour même si les autres ne sont pas en reste.

Ainsi, j’ai aussi apprécié la plongée au XIXème siècle qui nous est proposé par l’auteur au détour d’un autre texte où une famille de pionniers attend un mystérieux inspecteur qui leur donnera le sésame pour posséder leur propre terrain. Mais il tarde à venir, la sécheresse n’en finit plus... Lors d’une expédition dans le voisinage, le plus jeune fils va faire une rencontre peu orthodoxe. Ce texte m’a irrémédiablement fait penser à Steinbeck dans son traitement naturaliste des lieux et le côté écorcé vif de ces personnages qui semblent livrés en pâture à un destin cruel et implacable. Très différent mais tout aussi dérangeante, la nouvelle mettant en scène une masseuse qui s’occupe d’un vétéran dont les tatouage vont changer au fil des séances est assez hypnotique, livrant un regard différencié sur les traumatismes liés à la guerre et le rapport complexe qui s’instaure entre la praticienne et son patient. Là encore, l’auteur surprend par la direction prise de son récit et c’est une fois de plus étonné qu’on referme le livre. Un seul texte ne m’a pas vraiment convaincu, une sorte de liste de règles à respecter pour bien supporter son équipe qui joue en Antarctique. Dommage, le thème paraissait bien délirant, au final le texte m’est apparu comme décevant et ratant sa cible (heureusement il ne fait que 15 lignes sur les 302 pages que comptent l’ouvrage).

Voila en tout cas un ouvrage que j’ai littéralement dévoré et qui change de mes habitudes de lecture en matière de nouvelles US. On retrouve le souffle puissant, le réalisme universel qui pousse tout un chacun à s’identifier à certaines situations mais en plus, une propension à glisser hors des rails du réel, à déraper et se retrouver confronter à des situations plutôt classiques mais enrichies d’éléments surréalistes voire fantastiques. C’est la grosse mouette qui semble suivre le narrateur dans une nouvelle, un homme sans nom qui demande un conseil que l’on sait déjà lourd de conséquences, une disparition non expliquée qui hante les coupables de délits passés, ou encore les métamorphoses qui s’opèrent dans certaines nouvelles qui au-delà de leur aspect surprenant éclairent une nouvelle voie et donnent une nouvelle explication à la trame principale de la nouvelle.

Qui aime se faire surprendre et envelopper dans une écriture à la fois précise et d’une légèreté lyrique de tous les instants se doit de lire Des vampires dans la citronneraie. Ce recueil se révèle très équilibré par la qualité des textes regroupés, les thèmes qui s'en dégagent et qui permettent d'engager une réflexion à la fois profonde et cristalline sur la nature humaine et enfin, par des passages totalement branques où certitudes et repères classiques sont bousculés. J’aime cette liberté de ton, cette intelligence et ce savoir-faire. Une écrivaine à suivre assurément !

jeudi 13 avril 2017

"Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits" de Salman Rushdie

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L'histoire : Quand il advient – tous les quelques siècles – que se brisent les sceaux cosmiques, le monde des jinns et celui des hommes entrent momentanément en contact. Sous apparence humaine, les jinns excursionnent alors sur notre planète, fascinés par nos désirables extravagances et lassés de leurs sempiternels accouplements sans plaisir.

Venue une première fois sur terre au XIIème siècle, Dunia, princesse jinnia de la Foudre, s’est éprise d’Ibn Rushd (alias Averroès), auquel elle a donné une innombrable descendance dotée de l’ADN des jinns. Lors de son second voyage, neuf siècles plus tard, non seulement son bien-aimé n’est plus que poussière mais les jinns obscurs, prosélytes du lointain radicalisme religieux de Ghazali, ont décidé d’asservir la terre une fois pour toutes. Pour assurer la victoire de la lumière sur l’ombre dans la guerre épique qu’elle va mener contre les visées coercitives de ses cruels semblables, Dunia s’adjoint le concours de quatre de ses rejetons et réactive leurs inconscients pouvoirs magiques, afin que, pendant mille et une nuits (soit : deux ans, huit mois et vingt-huit nuits), ils l’aident à faire pièce aux menées d’un ennemi répandant les fléaux du fanatisme, de la corruption, du terrorisme et du dérèglement climatique

La critique de Mr K : Une sacrée lecture que cet ouvrage de Salman Rushdie paru l’année dernière en France et que j’avais laissé échapper à mon attention. Heureusement, Noël est passé par là et le père Noël m’a permis de rattraper cet oubli ! Bien que âpre (il m’a fallu huit jours pour en venir à bout), on peut dire qu’on se trouve face à une lecture inoubliable entre érudition, récit polymorphe et critique acerbe de notre triste monde contemporain. Attention cependant, c’est un livre exigeant, qui mérite que le lecteur s’y attarde pour se laisser prendre au jeu. Si vous êtes plutôt un lecteur recherchant la légèreté et le easy-reading, passez votre chemin.

Ça faisait un petit bout de temps que je n’avais pas fréquenté cet auteur malgré deux autres volumes présents dans ma PAL et en attente que mon choix s’arrête sur eux (oui je sais, je suis cruel mais j’assume !). Dans mes lectures, j’avais notamment adoré Haroun et la mer des histoires, La Terre sous ses pieds et le fameux Les Versets sataniques qui ont tant exaspéré les intégristes de tout poil qui comme chacun sait manquent désespérément d’humour et de goût en terme de littérature. Ouvrir un volume de cet auteur, c’est la promesse d’aller à la rencontre d’un écrit foisonnant, à la langue chargée de sens et incroyablement riche. C’est aussi une invitation au voyage d’une rare force avec un discours épris d’humour, d’humanisme et de sagesse.

Par bien des aspects, cet ouvrage s’apparente à un récit de fin du monde, ce qui est loin de me déplaire. Une porte s’est ouverte entre le monde des jinns et celui des humains. Ces créatures divines s’amusent alors à visiter notre monde entre aventures amoureuses pour la princesse de la foudre et destructions massives pour les jinns obscurs qui laissent libre cours à leur déviance et leur volonté de semer la mort et la désolation. Difficile de vraiment résumer l’histoire tant elle s’apparente à un récit à tiroir sur fond d’apocalypse inéluctable. Sachez simplement qu’on retrouve pêle-mêle une très belle histoire d’amour qui transcende les siècles et les personnes, une lutte sans merci entre amis de longues dates, un récit mythologique cuisiné à la sauce moderne et humoristique de Rushdie et en filigrane une belle réflexion sur le genre humain et ses dérives.

C’est parfois difficile de s’y retrouver en début de lecture tant les événements et personnages semblent désordonnés et sans réelles relations sensibles pendant les 80 premières pages. Problème de temporalité, de mise en lien et beaucoup de questions restent en suspens. C’est dérangeant et troublant à la fois, il faut s’accrocher vraiment pour poursuivre sa lecture. Surtout, il faut accepter de ne pas tout comprendre tout de suite, de laisser s’échapper le sens un temps, tout en profitant au maximum du style versatile et brillant d’un auteur en état de grâce. Il faut alors se contenter de parcelles d’existence, de va-et-vient constants entre humanité et monde mystique sans pour autant pouvoir appréhender la suite. Mais déjà, on soupçonne qu’un projet plus grand va émerger et ce n’est pas pour rien que les portraits, descriptions et autres digressions sont légions. Il y a la matière du livre en elle-même mais il y a aussi le discours que veut faire passer Salman Rushdie. Il n’hésite pas ainsi à s’écarter du récit principal pour nous interpeller sur les jeux de pouvoir, les extrémismes ou tout simplement sur la nature réelle de l’amour. J’ai rarement lu un texte aussi pointu et complet que celui-ci.

Rassurez-vous, au bout d’une petite centaine de pages, l’action progresse et ne s’arrêtera plus malgré quelques passages de verbiage à la Rushdie qui continuent d’égrainer ici et là l’histoire, la complétant et l’enrichissant considérablement. Du lien se crée entre les personnages, les références énoncées précédemment par l’auteur s’entremêlent pour donner un ensemble cohérent, d’une grande justesse et surtout d’une puissance évocatrice hors-norme. Le lecteur se détend, rentre complètement dans ce projet d’écriture et bénéficie d’un récit maîtrisé et entraînant comme jamais. Impossible de relâcher le volume dans ses conditions tant l’envoûtement est total entre langue novatrice et histoire surprenante. Cela vaut vraiment le coup de dépasser ses difficultés premières pour toucher ce que Rabelais appelait la substantifique moelle. Quand j'ai refermé Deux ans, huit mois et vingt-huit nuits, je vous avoue que je n’étais pas loin de l’illumination tant le sous-texte et certains personnages m’ont touché, ému et au final remué.

Rolls-Royce de la littérature, Salman Rushdie livre ici un ouvrage total, sans concession et d’une grande profondeur. Ce roman à l'écriture ciselée, à l’image de l’histoire et des personnages, est à découvrir absolument pour les plus courageux d’entre vous et les fans du maître car voici un roman qui compte et comptera longtemps dans la littérature. Une expérience inouïe.

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vendredi 17 mars 2017

"Sumerki" de Dmitry Glukhovsky

Sumerki

L’histoire : Quand Dmitry Alexeievitch, traducteur désargenté, insiste auprès de son agence pour obtenir un nouveau contrat, il ne se doute pas que sa vie en sera bouleversée. Le traducteur en charge du premier chapitre ne donnant plus de nouvelles, c'est un étrange texte qui lui échoit : le récit d'une expédition dans les forêts inexplorées du Yucatán au XVIe siècle, armée par le prêtre franciscain Diego de Landa. Et les chapitres lui en sont remis au compte-gouttes par un mystérieux commanditaire.

Aussi, quand l’employé de l'agence est sauvagement assassiné et que les périls relatés dans le document s'immiscent dans son quotidien, Dmitry Alexeievitch prend peur. Dans les ombres du passé, les dieux et les démons mayas se sont-ils acharnés à protéger un savoir interdit ? A moins, bien entendu, que le manuscrit espagnol ne lui ait fait perdre la raison. Alors que le monde autour de lui est ravagé par des ouragans, des séismes et des tsunamis, le temps est compté pour découvrir la vérité.

La critique de Mr K : Je ne me suis jamais vraiment remis de la claque que fut la lecture de FUTU.RE du même auteur, un roman de SF ambitieux et sans concession qui m’avait procuré un plaisir de lire rare et précieux. C’est donc avec une joie ineffable que je découvris le cadeau de Noël de belle-maman en décembre dernier. On ne le dis jamais assez, il faut toujours soigner ses relations avec sa belle-mère !

Dans Sumerki, roman de 380 pages, nous suivons la lente descente aux enfers de Dmitry Alexeïevitch, un traducteur moscovite confronté à un curieux texte écrit en espagnol il y a plusieurs siècles. Ce dernier relate une expédition de conquistadors dans la jungle du Yucatan à la recherche d’un mystérieux objet sacré aux yeux des mayas. Plus il avance dans sa traduction, plus Dmitry voit sa perception du réel se troubler, la réalité et l’imaginaire se mêlant inextricablement au fil des chapitres qui s’égrainent comme autant de coups de semonce avant la révélation finale. Rajoutez à cela des événements étranges et catastrophiques qui se produisent un peu partout dans le monde comme annonciateurs d’une apocalypse à venir et vous obtenez un texte prenant comme jamais qui fait la part belle à l’introspection du narrateur-héros et à l’installation d’une atmosphère inquiétant et glauque au possible !

Par bien des aspects, ce livre m’a tout d’abord fait penser à une superbe étude de caractère à la manière du Horla de Maupassant (malgré un style d’écriture très très différent). L’auteur s’évertue à nous décrire la moindre action, moindre pensée de son personnage principal dont on ne sait jamais vraiment s’il est sain d’esprit. Être plutôt ordinaire, quelconque, à la vie bancale, Dmitry va à travers ce nouveau travail aux conditions étranges (il reçoit les manuscrits au compte-gouttes) se révéler à lui-même. Il se retrouve confronté à l’extraordinaire entre croyances mayas qui semblent ressurgir dans le réel, un écrit mystérieux qui pose énormément de questions et n’apporte pas beaucoup de réponses dans un premier temps. On navigue donc à vue avec ce héros attachant mais néanmoins dérangé qui au fil de ses expériences, de ses rencontres interlopes (des voisins bizarres, un limier de la police qui ne lâche rien, une créature inquiétante stationnant devant sa porte...) et de ses recherches sur les mayas va toucher du doigt une vérité à la fois terrifiante et jubilatoire.

On explore Moscou avec lui, passant de l’appartement étouffant aux grands boulevards et aux ruelles sombres. On rentre avec Dmitry dans d’étranges musées poussiéreux se situant dans une rue qui n'apparaît sur aucune carte et les locaux des agences de traduction ont tendance à disparaître du jour au lendemain... Il n’y a donc pas seulement l’esprit du héros qui soit touché par un mal grandissant, ce dernier se reflète aussi dans la réalité qui l’entoure et l’accumulation de nouvelles graves des désordres du monde n’est pas fait pour rassurer. Il semblerait que la nature se réveille et prenne sa revanche sur les êtres humains. Cette fin du monde qui se profile est-elle prévue de longue date ? Est-elle inéluctable ? Que cache le mystérieux manuscrit à ce propos ? Tout autant de questions qui trouvent leur réponse dans un final halluciné et hallucinant qui m’a laissé totalement pantelant (et ravi) en fin de lecture.

Sumerki est un bijou d’écriture. On retrouve la splendide langue de l’auteur qui se fait ici encore plus intimiste pour mieux explorer les abysses de l’esprit humain et la théogonie maya. Ce mélange subtile entre un homme en perdition qui se raccroche à un travail qui le fascine et l’immersion dans un système de pensée totalement différent du notre : celui des mayas. Le rythme dans cet ouvrage est plus lent que dans FUTU.RE, les descriptions y sont plus nombreuses et les interactions entre personnages plutôt rares. Mais on retrouve la critique acerbe de nos sociétés qui apparaît au détour d’une réflexion ou d’une phrase, un sentiment de mélancolie, de désespoir qui prend à la gorge le lecteur hypnotisé par le passage régulier entre le récit d’exploration qui vire au voyage mystique et les retours à une réalité qui se transforme en cauchemar. C’est très dérangeant, exigeant de part la finesse d’écriture et du sous-texte mais incroyablement beau dans son aspect crépusculaire (ça tombe bien, Sumerki signifie crépuscule en russe).

Je n’en dirai pas beaucoup plus pour ne pas livrer de clefs de lecture mais ce livre est une sacrée expérience littéraire. Il confirme tout le bien que je pense de cet auteur décidément à suivre, ancré dans son époque mais néanmoins très inspiré d’auteurs comme Dostoïevski notamment dans le traitement des personnages. Sumerki est une petite bombe comme on en lit rarement, je ne saurai trop vous conseiller de tenter l’aventure à votre tour. Vous verrez, vous en reviendrez changé !

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lundi 13 mars 2017

"Split" de M. Night Shyamalan

Split affiche

L'histoire : Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

La critique Nelfesque : Ah ! Un nouveau Shyamalan au cinéma ! Chouette ! Au Capharnaüm éclairé, on aime beaucoup ce réalisateur. Il donne dans le film grand public mais il le fait sacrément bien, avec de bons acteurs, de bons scénarios qui souvent nous laissent sur le cul et une réalisation vraiment sympa. Allons donc voir ce qu'il nous propose aujourd'hui avec son tout dernier film "Split" dont la bande annonce nous a fait nous lécher les babines...

Kevin n'est pas un homme comme les autres. Suivi par une psychiatre depuis plusieurs années, il a la particularité de posséder 23 personnalités différentes. Tour à tour enfant de 9 ans, femme mystique, homme maniaque... dans une même journée, il revêt différentes tenues, différentes attitudes, différentes singularités. Ces 23 personnalités cohabitaient jusqu'alors relativement bien, avec l'aide du docteur Fletcher, mais voilà qu'une crainte s'empare d'elles. Celle de voir apparaitre une bête sauvage et obscure, tapie dans l'ombre, au plus profond de Kevin, et qui s'apprête à prendre le pas sur l'ensemble de son être. Pour la nourrir, il(s) va(vont) kidnapper trois jeunes filles et les séquestrer jusqu'à la venue du monstre...

Split 1

James McAvoy, dans le rôle principal, est saisissant de justesse. Il montre ici toute l'étendue de son talent et objectivement, sans une performance telle que la sienne ici, le film aurait pu très vite tourner au ridicule. Mais rien de tout cela ici ! Le spectateur croit réellement à chacune des personnalités qui est jouée. Pas de caricatures ou d'effets de manche pour cacher une faiblesse d'interprétation : ici tout est maîtrisé dans le jeu d'acteur et on a bien 24 personnages différents sous les yeux. Hypnotisant ! Bravo à James McAvoy pour cette performance qui, en plus d'être bluffante, nous permet d'avoir de l'empathie pour ce personnage effrayant et chacune des entités en son sein. Un peu comme pour Jerry dans "The Voices", j'ai vraiment été touchée ici par un homme qui, de l'extérieur, a tout d'un monstre mais qui lorsque l'on gratte sous les apparences est un être blessé.

Split 5

Le côté angoissant du kidnapping est de lieu de rétension est contrebalancé par les séances chez la psy et les recherches de cette dernière. Au début, j'ai trouvé dommage que l'on soit ainsi tiré de la stupeur mais peu à peu ces escapades se révèlent bienfaisantes et permettent de donner du rythme au film qui navigue sans cesse entre le thriller et le fantastique, jusqu'à la scène finale qui, comme souvent chez ce réalisateur, fait pousser un "Ah ouais !!!" au spectateur. Pour ma part, je n'ai pas été ici complètement bluffée par la révélation (qui pour moi n'en est pas une du coup) comme ce fut le cas avec "Le Sixième sens" ou plus récemment "The Visit" qui nous laisse avec un profond malaise. Et tant mieux ! J'aime ce réalisateur qui sait nous surprendre en n'allant pas forcément là où on l'attend. Oui, Shyamalan est le roi des fins qui nous laissent sur le cul mais il est aussi capable de ne pas jouer sur la surprise et apporter de la profondeur à son propos. Bravo !

Jeu d'acteurs impeccable (mention spéciale aussi à Anya Taylor-Joy), suspens, tension : tout est ici réuni pour faire de "Split" un très bon thriller navigant entre psychologie, horreur et fantastique. C'est bientôt le Printemps du Cinéma, pensez-y ! Vous ne regretterez pas !

Split 2

La critique de Mr K : 5/6. La dernière production de Shyamalan s'est révélée être un très bon crû et malgré quelques imperfections, on passe un excellent moment entre histoire bien tordue et acteurs en état de grâce au premier rang desquels James McAvoy extraordinaire dans un rôle aux multiples facettes.

Trois lycéenne sont enlevées par Kevin, un jeune homme plus que perturbé. Souffrant d'une dissociation d'identités multiples (23 puis 24 identités différentes cohabitent dans le même corps), il attend l'avènement de la Bête. Nous suivons donc la claustration des filles qui se rendent vite compte que leur ravisseur est sérieusement dérangé et change de personnalité de façon impromptue entre le séquestrateur pervers, le styliste maniéré, la femme mystique zen, un jeune garçon fragile et au bon fond entre autre. Cette partie lorgnant vers le survivor est contrebalancée par des passages mettant en scène la psy qui suit le jeune homme et des flashback concernant l'héroïne principale. Comme dans les principaux films de ce maître du suspens, les pièces du puzzle vont s'assembler au fil du déroulé pour éclairer les motivations et passés de chacun des personnages.

Split 4

Je dois avouer que depuis la série de films mettant en scène Hannibal Lecter et l'injustement méconnu Identity (à voir absolument !), je n'avais pas été aussi saisi par un esprit criminel (sauf peut-être le bad guy Joe Caroll de la superbe série The Following). McAvoy a un talent fou pour jouer cet esprit perdu qui tour à tour inquiète, questionne et même émeut profondément. D'un simple regard, d'une posture changeante, il incarne à merveille la folie galopante de Kevin. On ne sait jamais vraiment sur quel pied danser avec ce personnage déroutant. Le contre-point des passages avec la psy permettent des allers-retour incessants entre le monstre persécuteur et l'être brisé qui se débat avec sa vie. Jamais caricatural, toujours juste, on se prend au jeu de ces identités interchangeables protégeant un secret et surtout une souffrance jamais vraiment guérie. Il porte véritablement le film et en est un point fort indéniable.

Split 3

Il est aussi très bien mis en valeur grâce à l'actrice Anya Taylor-Joy qui sous son apparente fragilité et un certain mutisme cache elle aussi quelque chose qui le temps venu prendra son importance. Loin de se contenter de filmer des filles apeurées, Shyamalan leur donne une certaine profondeur, une volonté de se battre et de résister au monde qui semble s'écrouler autour d'elle. La psy ferme ce trio hors du commun avec une figure maternelle qui peu à peu (bien que conscient du mal qui ronge son patient) va se rendre compte de la nature du mal et de ses conséquences. Le dernier acte est assez haletant et livre un déchaînement de révélations et de scènes chocs qui scotchent littéralement le spectateur à son siège. Seul bémol majeur de ce film (d'où le point en moins sur ma note), je n'ai pas été vraiment surpris par le final (comme dans 6ème sens d'ailleurs) que j'ai vu venir assez vite. Plutôt classique la révélation fait quand même son effet et fait retomber le film de manière logique.

On retrouve tout le talent de Shyamalan pour raconter une histoire, son sens de la narration croisée qui distille un suspens montant crescendo qui prend aux tripes. Les images sont belles, la musique oppressante à souhait et certains cadrages originaux achèvent de donner à voir un film idéal pour une séance cinéma riche en émotions et en rebondissements. Un film qu'on ne peut que conseiller si vous aimez les thrillers, les scénarios biscornus et les sensations fortes.

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lundi 27 février 2017

"Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"

FrankensteinT3et4L’histoire : Que fait un pasteur à demi-fou, adepte illuminé de Nietzsche quand il rencontre le monstre de Frankenstein ?
Il y voit un surhomme, l’avenir de l’humanité.
À condition de permettre au monstre de se reproduire... quitte à déclencher, dans les Alpes suisses, un véritable carnage !

La critique de Mr K : Suite de mes pérégrinations en terres hantées avec les tomes 3 et 4 de la réédition des romans que Benoît Becker (aka Jean Claude Carrière) a consacré à la mythique créature du docteur Frankenstein dans les années 50. French pulp éditions a décidément bon goût dans l’exhumation de vieux ouvrages toujours aussi plaisants à lire malgré le temps qui passe (je vous renvoie notamment à mes chroniques concernant la gigantesque saga de La Compagnie des glaces).

On retrouve dans le présent volume deux romans distincts : La Nuit de Frankenstein et Le Sceau de Frankenstein. Ils se déroulent chronologiquement après les deux premiers qui m’avaient bien enthousiasmés, procurant plaisir de lire immédiat, évasion et une belle expérience à partir du superbe matériaux de base de Shelley. On retrouve ici tous les ingrédients qui m’avaient bien plu dans les précédents tomes et même un petit peu plus avec deux ambiances bien différentes mais bien plantées pour mieux mettre en avant la créature qui a un peu évoluée depuis les deux premiers romans.

Dans La Nuit de Frankenstein, nous voila propulsé dans les années 1920 dans les Alpes autrichiennes. La servante du pasteur a mystérieusement disparue et un braconnier chevronné retrouve le corps par inadvertance lors d’une vérification de ses pièges. La population sous tension commence à flipper surtout que l’on entrevoit d’étranges lumières émanant de vieilles ruines hantées et que le pasteur a un comportement de plus en plus suspect. Une nouvelle disparition va précipiter les événements et l’horreur s’abattre sur ce village au départ sans histoires. Se lisant d’une traite, ce premier récit mélange allégrement le mythe du surhomme et le récit de chasse naturaliste. On a le droit à de très beaux passages sur le rapport de l’homme à la nature sauvage avec un héros mis au ban du village qui va retrouver une certaine légitimité à travers ses actes de bravoure pour combattre le mystérieux mal qui sévit dans les parages. Très bon personnage aussi que celui du pasteur, littéralement possédé par une obsession déviante qui va causer sa perte et faire beaucoup de dégâts collatéraux, les scènes de folie sont remarquablement rendues avec un personnage borderline au possible qui fait froid dans le dos. Mission réussie !

Le Sceau de Frankenstein se déroule peu après les événements du récit précédent et essentiellement dans le cadre restreint d’un hôpital psychiatrique. Un gardien de nuit est retrouvé égorgé et une patiente mutique semble reliée à ce meurtre épouvantable malgré son impossibilité de bouger de sa cellule. Très vite, un des psychiatres va se rendre compte qu’une ombre massive et menaçante rôde dans les alentours, les festivités du carnaval approchant à grands pas, la créature va se déchaîner et la folie meurtrière sera une fois de plus libérée. Moi qui adore les histoires (livres, séries, films) se déroulant dans des centres pour aliénés, j’ai été servi avec une caractérisation des lieux impeccable et une angoisse diffuse très bien installée. C’est l’occasion aussi de voir les premières applications des théories de Freud qui pour l’époque sont révolutionnaires et ont du mal à faire leur chemin chez les praticiens. Le suspens est là aussi efficace, bien mené jusqu’à une fin terrifiante où les victimes seront nombreuses.

Les deux romans ici regroupés ici sont de vraies réussites, on gagne même en épaisseur concernant le monstre qui développe une certaine intelligence avec des buts à poursuivre qui le pousse à agir de façon plus constructive et parfois même avec l’aide de comparses manipulables à souhait. Bien que toujours monolithique et extrêmement effrayant, ce sont ses lueurs d’intelligence qui rendent la créature plus terrifiante que jamais. D’ailleurs, les personnages humains ne s’y trompent pas et peu d’entre eux échapperont à ses griffes. Et dire qu’il reste encore deux textes à lire...

Comme dit plus haut, avec Frankenstein, le plaisir est immédiat et durable. La langue de Becker reste toujours aussi accessible, fluide, fourmillante de détails immersifs sur les lieux, favorisant le sentiment d’étouffement et de menace. Les personnages sont aussi très poussés avec de très belles descriptions de personnages hantés, possédés par leurs missions ou idéaux. Certes, on reste dans de la narration classique avec des effets déjà éprouvés mais à aucun moment on ne relâche son attention tant on est pris par l’histoire, hypnotisé par les actes de la créature et la trace de peur qu’elle laisse derrière elle. Si vous êtes amateur du genre, ce serait vraiment dommage de passer à côté !

samedi 18 février 2017

"L'Organisation" de Maria Galina

LOrganisation - Maria GolinaL’histoire : URSS, 1979, à la veille des Jeux Olympiques. En cette période de stagnation, la vie est rude : pénurie de biens, queues interminables et suspicion partout. Rosa, 17 ans, accepte à contrecoeur un emploi au service sanitaire du port, bureau SSE/2. Ce qu’elle est censée y faire n’est pas évident, et ce ne sont pas ses collègues revêches qui vont l’aider à y voir plus clair. Peu importe, entre deux rapports à saisir, Rosa s’évade sur les traces d’Angélique, marquise des anges...

Il y a bien Vassili, le "spécialiste" du SSE/2, mais ce qu’il raconte n’a aucun sens : que sont ces parasites de deuxième catégorie qu’il traque ? Quel lien avec les cadavres atrocement mutilés découverts par la police ? Et quelle est cette ombre qui la suit dans la nuit ?

En découvrant le véritable rôle du SSE/2, Rosa va vivre une aventure qui surpasse de loin celles de son héroïne préférée...

La critique de Mr K : Attention, belle claque littéraire que cet ouvrage inclassable oscillant entre le fantastique et le réalisme social. Décidément, les auteurs russes contemporains sont séduisants en diable et proposent bien souvent des voyages imaginaires totalement prenants, différents et remarquablement écrits. Après être tombé sous le charme de Glukhovsky et de Starobinets, me voila sous l’emprise de Maria Galina et son Organisation.

Rosa se voit confier une place de traductrice au sein du mystérieux bureau SSE/2 dépendant du ministère de la navigation. L’époque est rude, l’URSS est en pleine période de stagnation économique et ce travail lui permet en même temps de poursuivre ses études de langue par correspondance. Très vite, elle sent bien que quelque chose cloche dans son nouveau travail. Elle n’a quasiment rien à faire, ses collègues ont des manières étranges et elle ne sait même pas quel est le but poursuivi par le fameux bureau. Rajoutez à cela des meurtres sauvages commis dans le secteur et vous obtenez une jeune héroïne paumée (donc vulnérable) qui va devoir affronter une vérité aussi déroutante que dangereuse. Le bal peut alors commencer... N’insistez pas, contrairement à certains sites, je n’en dirai pas plus (n'allez pas sur Babelio pour lire le résumé, vous vous en mordrez les doigts !). Pas de spoilers au Capharnaüm éclairé, on respecte nos lecteurs...

À travers le personnage de Rosa, nous rentrons dans un bien étrange lieu où les employés semblent assez libres de leurs faits et gestes. Une collègue par exemple se plaît à tirer les cartes et à agir parfois sur le destin des gens, la patronne à la vie de famille compliquée oscille entre matriarcat autoritaire et présence maternelle rassurante et il y a Vassili au charme discret et à la gouaille inextinguible qui le font passer bien souvent pour un hurluberlu sans cervelle... Oui mais voila, derrière cette réalité plutôt banale se cache une mission de la plus haute importance dont le monde ignore les tenants et les aboutissants. Chacun a un rôle bien à lui, essentiel pour le bon fonctionnement du service. La jeune Rosa n’a pas conscience de cela au début (nous non plus d’ailleurs) et sa naïveté, sa candeur et sa jeunesse vont se confronter à l’indicible et à l’étrange. La plongée dans le fantastique se fait alors en douceur, le basculement se faisant progressivement et avec un sens du rythme très élaboré. J’ai aimé cette sophistication dans la narration, cette finesse et cette intelligence qui font monter la pression sur les personnages et finalement sur le lecteur totalement emprisonné par les attentes suscitées.

L'Organisation est aussi une peinture très réussie de la réalité soviétique de l’époque. Loin des images de propagande communistes et capitalistes, c’est avant tout une période où les gens souffrent de beaucoup de maux : le rationnement tout d’abord qui donne lieu ici à une scène terrible se déroulant dans un magasin, la paranoïa ambiante aussi avec des personnes toujours sur les charbons ardents, une société sclérosée dans un mode de fonctionnement suranné qui empêche l’épanouissement individuel à travers des procédures ubuesques (voir la soutenance de thèse, l’obtention d’un poste) ou encore une population en perte de repères avec l’exemple éclairant de la fille de la patronne de Rosa qui se cherche et semble s’égarer. De manière générale, le background est très bien planté avec des personnages très attachants (des premiers aux derniers rôles), ciselés à souhait et mus par des buts universels comme la réussite, l’amour et la volonté de bien vivre. Loin d’étaler les descriptions à n’en plus finir, l’auteur préfère la confrontation, les discussions entre personnages. A travers leurs réactions et leurs échanges, nous cernons mieux leurs caractères et leurs envies. C’est malin, très facile à lire et finalement très efficace.

Ce roman distille une atmosphère vraiment étrange. L’auteur se plaît à nous balader en multipliant les ellipses. Ainsi, c’est au lecteur bien souvent de deviner certaines choses qui ne sont qu’évoquées. J’aime ce procédé que je trouve extrêmement pertinent et surtout stimulant pour le lecteur qui est mis à contribution pour raconter l’histoire. Notre imagination sert de vecteur à l’illustration du récit, les attentes se multiplient et l’on est jamais déçu par les révélations qui nous sont faites successivement. La langue d’Anna Galina est tout bonnement merveilleuse, très accessible, elle se révèle à la fois évocatrice et distrayante, procurant un plaisir de lecture immédiat et durable.

Que dire de plus… sinon que ce livre est un gros coup de coeur. Une merveille de narration, un objet livresque non identifié qui vous surprendra, vous procurera nombre de sensations et restera graver dans votre mémoire pour longtemps tant il souffle sur ces pages un parfum d’originalité, de beauté et d’humanité. À lire!

jeudi 16 février 2017

Craquage de février, PAL explosée !

Le moment fatidique est finalement arrivé... Nous avons fini par céder aux sirènes de l'abbé et avons fait un petit tour à notre Emmaüs préféré hier (ceux qui nous suivent sur IG sont déjà au courant !). Une fois de plus, cette petite visite innocente (sic) s'est révélée fructueuse avec pas moins de 16 nouveaux volumes qui viennent rejoindre leurs petits camarades dans nos PAL respectives. Voici la photo de famille des nouveaux arrivants et le fameux post de nos dernières acquisitions !

Acquisitions fev 2017 ensemble

Je vous laisse deviner qui a craqué le plus... 15 livres pour moi et 1 pour Nelfe ! Irrécupérable, je sais mais c'est vraiment impossible de résister à tous ces séduisants volumes qui vous tendent leurs petites pages en implorant votre pitié. La vraie raison? Je n'ai aucune volonté face à certains auteurs ou certaines couvertures / quatrièmes de couverture. Comme en plus, je me plante rarement sur mes choix... Y'a pas de raison que ça change ! En plus, ça vous donne une bonne raison de vous moquer de moi. Et ça, c'est vraiment sympa de ma part, non ? Trève de bavardage, c'est l'heure du déballage !

Acquisitions fev 2017

- Chroniques de San Francisco et Babycakes d'Armistead Maupin. Chinage après chinage, je me rapproche de mon objectif de réunir la série complète pour un trip re-reading de fou pour cet été. Oui, je sais, je suis prévoyant et ambitieux ! J'avais adoré cette saga lors de ma première lecture et j'ai hâte de m'y replonger. Il ne m'en manque plus que 4 volumes sur les 9 que compte la collection. Miam miam !

Acquisitions fev 2017 3

Le rayon littérature asiatique était plus fourni que d'habitude, il m'a fallu choisir parmi une vingtaine de titres, ces deux là ressortaient nettement du lot :

- Hotel Iris de Yôko Ogawa. Vous n'imaginez pas ma joie en tombant sur ce livre, je l'ai embarqué sans même regardé la quatrième de couverture tant je suis tombé amoureux de la sensibilité à fleur de mot de Yôko Ogawa, une auteur japonaise qu'il faut absolument découvrir si ce n'est déjà fait. Elle dépeint l'âme humaine comme personne et se détourne des sentiers battus pour fournir de fortes émotions à ses lecteurs. Ici, on nous promet une histoire d'amour, de désir et de mort. Tout un programme !

-English de Wang Gang. Coup de poker que cette acquisition vu que je ne connais pas du tout cet auteur chinois. En pleine révolution culturelle en Chine, un jeune garçon va découvrir la langue de Shakespeare et s'ouvrir au monde grâce à un précepteur très gentleman. Ca risque de détoner en pleine dictature maoïste ! Bien hâte de voir ce que ça va donner. 

Acquisitions fev 2017 2

Voici les fameux auteurs à qui je ne peux décemment pas dire non. Des génies, des immortels ? Chacun jugera mais pour moi, ils font partie des classiques et de mes chouchous que j'adore. Non non, je ne suis pas gaga !

- Bestiaire magique de Dino Buzzati. Voici un titre de l'auteur que je ne connais pas et pourtant je l'ai beaucoup pratiqué. Il s'agit d'un recueil de nouvelles propulsant au centre des récits des animaux pour mieux dépeindre la condition humaine. Naturaliste scrupuleux, il n'hésite pas dans le présent volume à le mêler de fantastique et de merveilleux. Je suis bien curieux de lire ça !

- Le Soleil se lève aussi d'Ernest Hemingway. Encore un monstre sacré pour une oeuvre moins connue et que je vais découvrir au plus vite. On suit la destinée d'un jeune américain séjournant en France, partagé entre un amour contrarié et une amitié plus que pesante. J'espère retrouvé le style inimitable du maître et sa propension à nous transporter loin, très loin dans l'universalité de ses récits.

- Les Raisins de la colère de John Steinbeck. Re-reading ultra-séduisant que celui-ci, un livre qui a marqué mon adolescence et désacralisé le monde tel que je le percevais alors. J'avais adoré à l'époque, tellement que j'en ai oublié que je l'avais déjà en bibliothèque ! Je lirai quand même cet exemplaire que je transmettrai à mon tour... Un incontournable, une bombe, un bonheur d'engagement et d'humanisme. Steinbeck quoi !

Acquisitions fev 2017 5

SF quand tu nous tiens ! Bel effort aussi dans le rayonnage pour ce genre souvent trop boudé par le grand public. Là encore, du très très lourd en perspective !

- Le Silmarillion et Les Aventures de Tom Bombadil de J.R.R Tolkien. Culte de chez culte, un re-reading avec Tom Bombadil et une lecture trop longtemps repoussée pour le Silmarillion. C'est tout bonnement mon auteur de fantasy préféré juste devant George R.R. Martin (la feignasse qui n'écrit pas la suite de sa saga, vous savez ?). Trop hâte d'y être et de replonger en Terre du Milieu surtout qu'injustement, Peter Jackson a évincé le bon Tom de sa néanmoins très bonne adaptation du Seigneur des anneaux

- Les Déportés du Cambrien de Robert Silverberg. Plus de place dans les prisons ! Oubliez les solutions toutes faites proposées par les gugusses en campagnes, Bob a la solution ! Envoyez tout ce petit monde en pleine préhistoire quand la vie n'a pas encore émergé de l'eau. Le concept est tentant, non ? la plume poétique et alerte de l'auteur saura sans nul doute me convaincre... Mais qu'entends-je ? Tout ne se passerait pas comme prévu ?

- Le Monde de la mort d'Harry Harrisson. Clairement, la série B du lot avec une histoire de joueur professionnel envoyé sur une planète hostile à la suite d'un deal truqué. Il va devoir survivre dans la nature hostile et affronter les inquiétants habitants de ce monde en friche. Une histoire bien sympathique pour se détendre après un bon vieux classique !

Acquisitions fev 2017 6

Gasp ! Le rayon fantastique / épouvante est lui aussi bien fourni... Horreur, malheur !

- Le Jour J du jugement de Graham Masterton. Le concept est délirant : un tank hanté par des GI morts sur le champ d'honneur! Je le concède, c'est plutôt "space" écrit comme ça. Mais quand on sait que c'est Masterton qui tire les ficelles, je dis que ça se tente. C'est un auteur qui ne m'a que très rarement déçu. Vous reprendrez bien un peu de gore Mr K ?

- Le Disciple de Laird Koenig. Un ersatz de Jésus écume les États-Unis accompagné de fidèles accros aux miracles. À priori, il y a anguille sous roche et le Paradis se transforme en Enfer. Je ne sais pas pour vous mais j'aime bien les histoires d'apocalypse même si je dois bien avouer que celle-ci flirte avec la série B. Qui lira verra !

 - L'Horreur du métro de Thomas Monteleone. La couverture est bien cheap (laide diront certaines, chuuuut Nelfe !) mais cette histoire de bestioles vivant sous terre et grignotant les pauvres humains passant à leur portée me tente bien. On nous promet une vengeance terrifiante de la nature sur le cancer humain régnant sur notre planète. Il m'en fallait pas plus pour basculer dans le côté obscur...

Acquisitions fev 2017 4

Enfin, deux ouvrages US pur jus dont le fameux livre dégoté par Nelfe. Si ça, ce n'est pas un teaser de dingue !

- Pandemonium de Les Standiford. Un pur hasard que cette acquisition basée uniquement sur une quatrième de couverture intrigante où il est question d'armes chimiques en circulation sur le territoire américain. Un cauchemar à page ouverte selon certains, je me suis laissé tenté. Gageons que j'ai eu raison !

- Dalva de Jim Harrison. Le voila, le fameux, l'unique, le précieux ouvrage dégoté par Nelfe ! Un Jim Harrison plein de promesse, roman des grands espaces comme ma douce les affectionne doublé d'une saga familiale et d'un hymne à la vie. Franchement, si elle n'est pas contente avec cela, on ne peut plus rien pour elle...

Voili voilou. De belles trouvailles non ? Il ne reste plus qu'à trouver le temps de les lire mais je pense que je m'en arrangerai. Ne soyez pas trop triste pour Nelfe, elle va bientôt prendre sa revanche. En effet, ce samedi, c'est la vente de destockage de livres chez le même Emmaüs et les réserves sont à priori immenses (dixit le libraire de l'assos) et libres d'accès. Pour ma part, je suis puni et je n'irai pas (sinon, une pièce entière serait à consacrer à ma PAL) par contre Nelfe y sera et peut-être ses pas croiseront des ouvrages qui sauront la séduire à son tour. Wait and see...