jeudi 9 août 2018

"La Dimension fantastique" volume 3, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

001

Le contenu : Pauvre diable ! Le voici qui tombe sur un os ! Le simple mortel à qui il est venu proposer son odieux marché n'a pas d'âme... Comment donc pourrait-il s'en emparer ? D'ailleurs, le sac d'âmes qu'il tente d'emporter est si lourd qu'il lui faut trouver l'aide d'un saint homme pour le soulever.
Le diable n'est pas seul à souffrir... Et les dix nouvelles ici réunies proposent bien d'autres sortilèges. Messages d'outre-tombe, statues animées, génies farceurs, masques grimaçants, voyageurs temporels ou manifestations inquiétantes des éléments déchaînés... Bienvenue dans la dimension fantastique !

La critique de Mr K : Je bascule du côté obscure aujourd’hui avec ma chronique sur le troisième volume de l’anthologie de nouvelles fantastiques initiée par Barbara Sadoul chez Librio. Les deux premiers volumes avaient été de franches réussites, j’ai laissé passé un peu de temps avant d’entamer celui-ci. On est dans la même veine et malgré des textes inégaux, on ressort content de sa lecture et les amateurs de fantastique seraient bien inspirés de se pencher sur son cas !

Barbara Sadoul nous propose à nouveau dix nouvelles du genre fantastique avec un balayage assez large en terme de nationalité et d’époque. Ainsi, se côtoient dans ce volume 3 des auteurs très classiques comme Flaubert, Hugo, Dumas et Wilde, mais aussi des plus récents comme Jodorowsky, Bradbury ou encore Brown. Les thématiques sont elles aussi assez variées avec des histoires de monstres, de Diable, d’esprit et de quotidien totalement chaviré par l’irruption d’un événement totalement imprévu. Pas de doute, on est au bon endroit si l’on aime frémir légèrement et/ou être mené par le bout du nez par des auteurs diaboliques.

Je ne reviendrai pas sur chacun des courts textes qui composent ce recueil, je vous laisse découvrir la primeur du contenu. Sachez simplement que le suspens est au rendez-vous, les situations parfois très cocasses ou totalement terrifiantes (le texte de Bradbury est énorme !). Le cahier des charges est respecté à la lettre avec tous les ingrédients qui font la force de ce genre que j’apprécie tant : une normalité exposée de manière claire, un élément déclencheur que l’on ne voit pas forcément venir, des personnages déroutés de leur trajectoire qui commencent à perdre pied et une confluence entre rêve / cauchemar / réalité qui finit par prendre à la gorge les protagonistes et même parfois le lecteur lui-même.

Certes, certains textes sont plus légers, moins percutants mais l’ensemble est cohérent, bien agencé et donne à voir de multiples facettes de ce genre si riche. De manière générale, les textes sont très accessibles (à part un ou deux à l’écriture vieillotte - ce qui ne me dérange pas d’ailleurs -) et font mouche en terme de chute finale. Décidément, cette collection vaut le coup d’œil, avis aux amateurs !

Déjà lus et chroniqués de la même série au Capharnaüm éclairé :
- La Dimension fantastique, volume 1
- La Dimension fantastique, volume 2


samedi 4 août 2018

"Eerie" Anthologie, volumes 1 et 2 - Collectif

couv_eerie_1

Le contenu : Lancés par l’éditeur Warren Publishing respectivement en 1964 et 1966 et publiés jusqu’en 1983, les magazines d’horreur Creepy et Eerie étaient initialement inspirés des comics classiques américains publiés dans les années 50 par la maison d’édition EC. Grâce à leur format magazine destiné à un public plus âgé, Creepy et Eerie allaient contourner les problèmes de censure qui sévissaient alors aux Etats-Unis, et purent s’appuyer sur une équipe composée d’artistes parmi les plus talentueux de cette époque, dont un bon nombre était déjà issu des emblématiques publications EC.

Al Williamson, Wallace Wood, Alex Toth, Joe Orlando ou Johnny Craig allaient accompagner, au lancement de Creepy et Eerie, d’autres artistes majeurs de l’industrie de la BD tels que Frank Frazetta, Steve Ditko, John Severin ou Gene Colan et poser à nouveau une formidable empreinte dans l’histoire du comic-book Américain indépendant.

La critique de Mr K : Voilà un petit bout de temps que ce volume me tentait énormément. Il faut dire que j’adore le label Delirium qui a la bonne idée depuis quelques années de rééditer des trésors de la BD fantastique. J’avais ainsi pu redécouvrir en deux volumes le magazine Creepy et plus récemment, me délecter de leurs deux volumes consacré à Richard Corben, un de mes dessinateurs US préféré.

couv_eerie_2

Comme chaque année, j’aime m’offrir un petit cadeau de Noël en retard, et en janvier dernier, j’ai craqué pour ce volume 1 d’anthologie à la revue Eerie, petite cousine de Creepy. J'ai accompagné cette impulsion première en juin, en me prenant le volume 2. Inutile de vous dire que j’ai de nouveau pris une claque !

On est dans chacun de ces ouvrages face à 26 courts récits d’horreur et de fantastique parus entre 1965 et 1968 dans le magazine Eerie. On retrouve le plus souvent à la baguette scénaristique Archie Godwin qui s’accompagne de nombreux dessinateurs connus de l’époque (dont ici Joe Orlando, Gene Colan ou encore Reed Crandall) pour nous apporter frissons et réflexions plus globales sur l’humain qui bien souvent se retrouve ici puni par là où il a péché. Bien sûr monstres et esprits surnaturels sont au RDV mais pas seulement... car en tout individu, une part sombre sommeille et ne demande qu’à sortir, ce qui est le cas dans toutes les historiettes qui nous sont contées dans ce volume.

Bien souvent, tout commence par une transgression morale, un acte de pure cupidité ou répondant de tout autre pêché capital qui va entraîner le personnage principal vers le trépas ou la folie. On croise donc nombre de tristes sires qui veulent s’accaparer la richesse qui ne leur appartient pas, d’autres tromper la mort ou s’adjuger une découverte, découvrir une vérité cachée pour de mauvaises raisons, réussir un exploit pour briller en société, franchir une frontière immatérielle au détour du quotidien, ne pas respecter un tabou antédiluvien... Gare à eux cependant car tout acte a ses conséquences et elles se révèlent bien souvent tragiques. Attendez-vous à une exploration sans pitié de l’âme humaine, ses défauts et le déchaînement de forces surnaturels qui nous dépassent et que l’on peut parfois manipuler pour son bien personnel.

gal_eerie_01_02

Le format très court impose une économie de mots et d‘images bienvenue. On est ici dans le condensé et l’efficace, marque de fabrique des comics US d’épouvante qui avaient un grand succès à l’époque. Delirium déterre des trésors d’inventivités scénaristiques et de styles qui ravissent les papilles et titillent l’amateur forcené de fantastique que je suis. Les auteurs s’amusent à réutiliser de vieux mythes (une très belle variation autour du mythe de Frankenstein notamment, ou encore de belles adaptation de Poe) multipliant les références et les images mentales que tout amateur a forcément au fond de soi. Le procédé est intéressant entre mise en abyme, rajeunissement de figures tutélaires du genre et respect profond pour la matière première. Et puis, il y a de grandes thématiques classiques que l’on retrouve à travers des scripts 100% originaux avec les explorateurs blancs s’avançant dans l’inconnu et irrespectueux des rites ancestraux, l’arroseur arrosé dans des histoires d’escroqueries funèbres, le désir qui nous consume et nous fait faire des choses épouvantables... On n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer avec Eerie, présentateur débonnaire de chaque récit qui aime les jeux de mots macabres et les récits aussi vifs que traumatisants.

gal_eerie_01_03

Il n’y a vraiment rien à jeter dans ce volume, toutes les histoires valent le détour et même si certaines ont perdu en originalité avec la visibilité plus forte du genre aujourd’hui, on se plaît à ce voyage dans le temps en noir et blanc qui esthétiquement frôle la perfection (deux / trois récits m’ont moins convaincus à ce niveau là). En bonus, la fin d’ouvrage nous livre les couvertures originales de la série de magazine en couleur (ça claque !) et quelques fiches illustrées de monstres célèbres de la franchise. Décidément Delirium continue à faire les choses en grand. Vivement mon prochain achat, ce sera sans doute  le volume consacré au non moins magazine culte Vampirella. Tout un programe, miam miam !

Autres titres du Label Delirium chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
- Anthologie Creepy, volumes 1 et 2
- Richard Corben, volume 1
- Richard Corben, volume 2

mardi 12 juin 2018

"Anansi boys" de Neil Gaiman

anansiboysgaiman

L’histoire : Le père de Gros Charlie n'était pas ordinaire : il était Anansi, le Dieu Araignée, l'esprit de rébellion, un dieu filou capable de renverser l'ordre social, de créer une fortune à partir de rien et de défier le diable... Un héritage bien encombrant ! Une mythologie moderne où l'on trouve une sombre prophétie, des désordres familiaux, des déceptions mystiques, et des oiseaux tueur. Sans oublier un citron vert.

La critique de Mr K : Lire un Neil Gaiman est toujours lourd de promesse pour moi, chacune de mes expériences avec lui s’est révélée exaltante, délirante et source d’un grand plaisir. C’est avec une impatience non-feinte que j’entamai Anansi boys, un ouvrage qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL et qui se déroule dans le même univers que le cultissime American gods. Ça n’a pas loupé, ce fut une fois de plus une lecture de dingue, plaisante à souhait !

Gros Charlie n’est pas un être ordinaire, il est le fils d’un Dieu légèrement branque qui vient juste de mourir. Ayant rompu avec son paternel depuis un certain temps, le chagrin ne l’envahit pas vraiment même s’il ressent tout de même un petit pincement au cœur. En retournant dans l’ancienne maison familiale et en rencontrant trois voisines très âgées (toute ressemblance avec les sorcières de Macbeth est tout sauf fortuite !), il apprend l’existence de son frère Mygal qui a hérité de tous les pouvoirs d’Anansi alors que lui doit se contenter à priori d’un fort beau brin de voix. Il décide de le rencontrer et de discuter du temps perdu.

Bien mal lui en a pris au départ ! Mygal est tout l’inverse de lui l’homme rangé et raisonnable à la vie bien réglée. Très vite, le frangin charismatique et fort en gueule lui ruine sa vie lui embarquant sa fiancée, provoquant des remous à son travail et le faisant même arrêter par les flics. Aaaah la famille ! Ce n’est déjà pas facile en temps normal mais il suffit que le divin pointe le bout de son nez pour que tout dérape dans les grandes largeurs. C’est le début d’une histoire débridée où l’humour se dispute à des rebondissements ubuesques qui hypnotisent très vite le lecteur, ne lui laissant aucun répit jusqu’à la dernière page.

On retrouve avec un plaisir certain l’univers qui m’avait tant marqué lors de ma lecture d’American gods. Cependant, on n’est pas ici dans le même ton et la même optique, l’auteur plaçant son œuvre dans le registre de la dérision durant tout l’ouvrage et se plaisant à malmener comme jamais son personnage principal. Ce dernier est très attachant et sa confrontation avec le frangin complètement barré est dantesque, le contraste fonctionne à plein régime et livre des moments irrésistibles. On ne peut vraiment pas faire plus différents l’un de l’autre que ces deux là et malgré les déconvenues successives qui nous sont livrées, ils ne sont pas frères pour rien et le développement de l’ouvrage va faire la part belle aux révélations étonnantes et à un rapprochement que l’on n’espérait plus.

Autour d’eux gravitent des personnages tout aussi hauts en couleur avec notamment une belle-mère bien épouvantable comme il faut, un patron corrompu aux accents de serial-killer en puissance, une fiancée plutôt coincée qui va s’ouvrir aux plaisirs inavouables (oulala !), une fliquette décontractée au charme certain et aux méthodes parfois peu orthodoxes et des Dieux revanchards qui guettent la moindre faiblesse de l’engeance d’Anansi pour lui tomber dessus. Avec tous ces ingrédients, on ne peut pas s’ennuyer surtout que Gaiman s’amuse énormément en écrivant et se permet tout et n’importe quoi, se déportant des lignes toutes tracées et proposant un récit virevoltant, sans temps morts et aux multiples références cachées délicieuses à découvrir.

Et puis, Anansi boys est d’un accès très aisé, la langue simple, efficace, directe ne l’empêche pas d’être lourde de sous-entendus et de sens cachés. On se plaît à se laisser divertir et porter par une histoire drolatique qui ménage aussi de beaux moments d’émotions. J’ai eu le sourire durant toute ma lecture qui n’a jamais baissé en intensité et m’a vraiment captivé. Un pur bonheur à découvrir si ce n’est déjà fait !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- "De bons présages" (en collaboration avec Terry Pratchett)
- "Stardust"
- "American gods"
- "Coraline"
- "Neverwhere"

Posté par Mr K à 17:45 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
lundi 2 avril 2018

Craquage chez l'abbé (part I)

En février dernier, Nelfe et moi sommes allés chez notre abbé préféré pour fouiner un peu du côté des rayonnages de livres. Pour une première en 2018, on a fait fort ! La preuve, il faudra pas moins de deux billets pour vous décrire le butin en commençant aujourd'hui par les ouvrages appartenant au domaine de l'imaginaire au sens large. Regardez plutôt !

Acquisitions avril ensemble

Comme d'habitude, le hasard fait bien les choses et il y avait vraiment de quoi se régaler lors de notre visite avec des auteurs que j'affectionne et dont certains titres m'étaient encore inconnus et des découvertes vraiment intrigantes qu'il me tarde de faire lors de leurs lectures. Pas d'ouvrage pour Nelfe cette fois-ci, elles viendront lors du second billet sur les ouvrages de littérature plus contemporaine. Allez, c'est parti pour le grand déballage !

Acquisitions avril Denoel
(Le charme intemporel des couvertures vintage de la collection Présence du futur)

- Noô 1 de Stefan Wul. Un auteur auquel je ne peux pas dire non et qui propose bien souvent des oeuvres inclassables que certains aiment appelés "délires lucides" ou "surréalisme rationnel". C'est bien barré en tout cas et en matière de SF le Monsieur s'y entend. il est ici question de migration forcée à travers l'espace et de questionnements sur le pouvoir. Le héros réfugié sur une autre planète va connaître bien des déboires et se révéler à lui-même. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cet ouvrage sera une belle expérience de lecture.

- Le Coeur désintégré de Théodore Sturgeon. J'adore cet écrivain et avec ce recueil de cinq nouvelles autour de l'amour, la haine et le coeur qui comprend tout, ce sera ma première incursion dans ses récits courts. J'ai hâte de m'y frotter tant chaque lecture de Sturgeon s'est révélée un délice de chaque instant entre vision neuve et écriture séduisante à souhait.

- Persistance de la vision de John Varley. Des nouvelles encore avec ce recueil qui m'a fait de l'oeil avec une quatrième de couverture faisant la part belle à l'immortalité possible grâce à l'ingénierie génétique. On imagine qu'au delà du progrès technique, ces trois textes seront l'occasion pour l'auteur (que je découvrirai lors de cette lecture) d'aborder des thèmes plus philosophiques comme la notion de morale et d'éthique mais aussi de désir et d'accomplissement de soi, des thématiques qui m'intéressent tout particulièrement lorsqu'on aborde le genre SF.

Acquisitions avril j'ai lu folio
(Un beau mix fort prometteur !)

- Visages volés de Michaël Bishop. Présenté comme une puissante métaphore de la colonisation, cet ouvrage met en scène un monde civilisé reléguant à la marge des êtres repoussants de par leur apparence physique. Le nouveau responsable de cette communauté honnie par les puissants va prendre au fur et mesure fait et cause pour eux, liant son destin au leur et devra faire face à une vérité que les humains ne sont pas forcément prêt à entendre. Un pitch accrocheur pour un roman à la très bonne réputation. M'est avis que je suis tombé sur une belle pièce littéraire !

- Mainline de Deborah Christian. Là encore, c'est le résumé du dos qui m'a séduit avec une trame se déroulant sur une planète aquatique dévolue au commerce sous toutes ses formes notamment les plus malhonnêtes. Au coeur de l'intrigue une femme-assassin aux pouvoirs très étendus dont celui de voir les futurs alternatifs qui s'offrent à elle. Mais tout pouvoir à son revers... Un roman de SF entre space-péra et cyberpunk, un mix intéressant à première vue qu'il faudra confirmer à la lecture.

- Cugel saga de Jack Vance. Ca fait un bon bout de temps que je n'ai pas lu un Jack Vance, auteur très prolifique qui m'a à chaque fois bluffé et complètement emporté avec lui dans des univers riches pour des voyages immersifs. Il est ici question de vengeance dans un univers fantasy avec son lot de sorciers, de magiciens, de voleurs et de royaumes en péril. Miam miam !

Acquisitions avril j'ai lu folio 2
(Roooooo, que de promesses encore !)

- Un Monde d'azur de Jack Vance. Même auteur mais dans de la SF pure et dure. Dans un monde sans consistance, fait d'océan, d'air, de soleil et d'algues, les habitants n'ont pas à se soucier de leur survie car la nourriture leur est distribuée en abondance à condition qu'ils nourrissent régulièrement le roi qui les protège. Mais ce dernier est-il un Dieu ou un monstre marin ? Drôle de résumé pour un ouvrage qu'il me tarde de découvrir lui aussi.

- Hérésie et Inquisition d'Anselm Audley. Ce sont les deux premiers tomes d'une trilogie de fantasy que je ne connaissais ni de nom ni de réputation. Le cycle se déroule sur une planète géante en grande partie recouverte d'océan où des fanatiques religieux tiennent le pouvoir d'une main de fer. Mais la résistance s'organise... C'est le genre d'achat coup de poker que j'affectionne. Qui lira, verra !

Acquisitions avril mix
(Un dernier mélange pour la route !)

- Pire que le mal de Jay R. Bonansinga. Un petit tour dans la dimension Terreur avec une histoire de stripteaseuse condamnée par un cancer qui guérit miraculeusement grâce à une technique d'auto-hypnose. La contre-partie est cependant inquiétante car elle semble avoir réveillé quelque chose d'épouvantable qui était en dormance depuis son plus jeune âge. Typiquement le genre de résumé qui me fait craquer, à confirmer lors de la lecture !

- La Magnificence des oiseaux de Barry Hughart. Un livre qui semble n'être qu'un pur délire mélangeant enquête, Histoire et éléments fantastiques. Impossible à résumer sans trahir une quatrième de couverture bien space. Décrit comme un mélange improbable (mais réussi !) du Juge Ti et de Terry Pratchett (deux références qui me parlent), j'attends de voir ce que cela va donner !

- La Malédiction des rubis de Philip Pullman. J'ai sauté sur l'occasion lorsque j'ai croisé la route de cet ouvrage. J'ai littéralement dévoré la trilogie de La Croisée des mondes et il me tardait de replonger dans un livre de cet auteur au talent immense. Il est ici question d'une jeune fille intrépide qui se retrouve seule dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne et qui va devoir percer les secrets d'un rubis très convoité qui attise la mort autour de lui. Trop hâte d'y être!

-------------------------

Voila pour cette première partie d'achats qui, vous en conviendrez, sont sources de promesses de lectures tantôt passionnantes tantôt intrigantes. Ils vont désormais rejoindre leurs petits camarades en attendant d'être choisis. Très vite, je vous reparlerai des acquisitions de cette session Emmaüs février 2018 avec le reste des ouvrages qui se sont faits adopter. 

dimanche 11 février 2018

Ouverture de la chasse aux livres 2018

Voici le premier post acquisitions pour l'année 2018 au Capharnaüm éclairé. Je vais vous parler aujourd'hui de trouvailles très sympathiques faites au détour de balades en terres bretonnes entre boîtes à livres, librairies d'occasion et brocantes. Comme vous allez pouvoir le constater, janvier s'est révélé riche en adoptions livresques prometteuses. Jugez plutôt !

acquisition fev 2018 ensemble

Sept petites pépites qui vont venir enrichir ma PAL bien fournie ! Nelfe ne s'est pas laissée tenter cette fois-ci, mais bon... 2018, ne fait que commencer. Débutons sans attendre le tour d'horizon de mes nouvelles acquisitions !

acquisition fev 2018 sf

- La Machine à explorer l'espace de Christopher Priest. On ne peut pas dire non à Christopher Priest. Encore plus quand il revisite HG Wells à travers un mix délirant de ses oeuvres les plus célèbres. Écrit de jeunesse, j'ai hâte de visiter Mars et d'assister à la guerre des mondes en compagnie de voyageurs déboussolés. Un livre qui ne restera pas longtemps dans ma PAL à coup sûr !

- Enfants des étoiles de HG Wells. Justement, à côté de l'ouvrage précédent, j'ai trouvé un ouvrage de Wells que je ne connaissais pas. De la SF à nouveau donc avec de mystérieux rayons cosmiques qui bombardent en permanence la surface de la Terre et dont on ne connaît pas l'origine. L'auteur se propose d'éclairer notre lanterne à sa manière... Je dois avouer que je ne sais pas du tout à quoi m'attendre, n'ayant jamais été déçu par l'auteur, je suis très optimiste !

acquisition fev 2018 horreur

- Soleil de minuit de Ramsey Campbell. Un roman de la collection Terreur chez Pocket qui promet beaucoup. L'auteur m'a déjà séduit par le passé, cette balade morbide au pays des contes glacés du Nord que nous propose Ramsey Campbell attise mes attentes de lecteur. Au programme, un passé enfoui qui ressurgit et convoque des fantômes fait s'éloigner de la réalité un héros incrédule. On peut compter sur l'auteur pour lâcher les chevaux et malmener au maximum son personnage principal. 

- Envoûtement de Ramsey Campbell. Même auteur pour une toute autre histoire dans le genre terreur qu'il affectionne. Une tante hargneuse et possessive revient d'entre les morts en prenant possession de sa petite nièce, bien trop jeune pour comprendre ce qui lui arrive. M'est avis que ce roman va bousculer les lignes et fournir une expérience sur le fil du rasoir. J'ai bien hâte d'aller voir cela de plus près !

- La Tempête du siècle de Stephen King. Un King que je n'ai jamais eu l'occasion de lire et qui s'est présenté à moi au gré d'un hasard heureux. Une mystérieuse tempête qui approche et s'annonce apocalyptique, un individu menaçant aux objectifs obscurs, une ambiance de fin du monde qui plane sur une communauté isolée... Pas de doute, on est en terrain connu et l'on peut compter sur le roi de l'épouvante pour nous mener par le bout du nez !

acquisition fev 2018 contempo

- L'Équipage de Joseph Kessel. Un livre que j'ai adopté de suite sans même connaître son contenu, là encore on ne peut pas dire non à un monstre sacré de la littérature. De retour à la maison, après prise de renseignements sur le web, les étoiles se sont alignées : le récit se déroule durant la Première Guerre mondiale et décrit la vie des membres d'une escadrille française d'observation. Un grand roman que j'ai hâte de découvrir !

- Belle du Seigneur d'Albert Cohen. Enfin, un classique qui m'a toujours échappé et qui de surcroît peut servir d'arme d'auto-défense tant le volume s'apparente à une brique ! Une histoire d'amour étirée sur plus de 1000 pages, ça ne se refuse pas, ça se goûte et se découvre ! Wait and read.

Voila voila, pour cette première série d'acquisitions qui va rejoindre ma PAL. Sachez d'ors et déjà qu'hier avec Nelfe nous sommes allés à notre Emmaüs préféré pour la première fois cette année et que le craquage a été énorme ! Inutile de vous dire que vous serez bientôt informés de nos nouvelles trouvailles. En attendant, je vous laisse, j'ai quelques lectures qui m'attendent...


lundi 15 janvier 2018

"La Passe-Miroir - Livre 1 : Les Fiancés de l'hiver" de Christelle Dabos

Les Fiancés de l'hiverL'histoire : Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.

La critique Nelfesque : Me voici lancée dans une saga qui a fait beaucoup parler d'elle, en bien, lors de sa sortie. Ce premier volume de "La Passe-Miroir" ainsi que le second étaient dans ma PAL depuis Noël 2016 à attendre sagement le moment opportun pour les lire. Ce fut le cas en fin d'année passée où un grand besoin de s'évader de la réalité et quitter le quotidien s'est fait sentir. De l'originalité, du fantastique, du suspens : tout est ici réuni pour remplir à 100% ce contrat. Bon timing !

Ce premier tome, "Les Fiancés de l'hiver", est un premier pas dans l'univers foisonnant que nous propose de découvrir Christelle Dabos. L'héroïne, Ophélie, est une jeune animiste, capable de lire les objets (les comprendre, connaître leur passé...) et de passer à travers les miroirs. Elle est également la gardienne du musée familial où elle prend soin de l'histoire de ses aïeux et de leurs objets. Son destin va être bousculer par l'annonce de son mariage avec Thorn, un homme qu'elle ne connaît pas et qu'elle va devoir rejoindre au Nord.

Choc des cultures, abandon, séparation d'avec ses proches, Ophélie va quitter le monde qu'elle a toujours connu pour des hautes sphères hostiles et inhospitalières. Elle va devoir composer avec son futur époux, personnage froid et accaparé par son travail d'intendant de la Citacielle, cette nouvelle cité au climat bien plus rude que celui de sa terre natale, et une ribambelle de personnages tous plus fuyants et hypocrites les uns que les autres. Un beau panier de crabes dans lequel sa tante, Roseline, va également être jetée pour veiller sur elle jusqu'au jour de ses noces.

Manigances, complots, calculs sont au coeur de la Citacielle et Ophélie va devoir faire face à de nombreux dangers. Nous assistons alors à des scènes éprouvantes où il est impossible de relâcher son livre. On tremble avec Ophélie, on est baladé à droite et à gauche, à l'image de l'héroïne qui n'est maintenant plus maîtresse de son destin. Cela donne de bons moments d'adrénaline et de découverte d'un monde très bien dépeint par une auteure inspirée.

Pourquoi Ophélie doit-elle se marier avec Thorn ? Qu'est ce qu'une modeste animiste peut avoir à faire dans un monde dicté par l'apparence, le pouvoir et l'argent ? C'est ce que l'on découvre dans ce premier volume et, pour ce faire, Ophélie va s'entourer de personnages simples et attachants que l'on a hâte de retrouver dans les prochains volumes de cette histoire.

Avec un style simple et une écriture facile à lire, Christelle Dabos offre aux jeunes lecteurs (et aux moins jeunes avec tout autant de plaisir) un monde tout droit venu de son imagination. Un monde qui n'a pas encore déployé tout son potentiel ici mais qui promet beaucoup. On en redemande !

Posté par Nelfe à 19:05 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,
lundi 8 janvier 2018

"Héros secondaires" de S. G. Browne

heros secondairesL'histoire : Convulsions. Nausées. Migraines. Gain de poids soudain. Pour les fantassins de l'industrie pharmaceutique présents sur la ligne de front de la science médicale – un petit groupe de volontaires qui testent des molécules expérimentales contre rémunération – ces effets secondaires courants sont un petit prix à payer pour défendre leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche des antidépresseurs.

Lloyd Prescott, trente ans, gentil loser qui gagne sa vie en enchaînant les essais cliniques quand il ne pratique pas une forme de mendicité créative, est le premier du groupe à remarquer les conséquences très étranges (voire paranormales...) de l'exposition pendant des années à des molécules pas tout à fait certifiées. Ses lèvres s'engourdissent, il est balayé par une vague d'épuisement, et à l'instant même, un inconnu s'écroule devant lui dans la rue, victime d'une narcolepsie foudroyante...

Ses potes cobayes et lui se découvrent ainsi de drôles de superpouvoirs, soudain capables de projeter sur autrui toute une panoplie d'effets secondaires handicapants !

Au cœur de la nuit, un nouveau comité de justiciers fait régner la terreur chez les pseudos caïds – ceux qui visent toujours les plus faibles – à coup de convulsions, de vomissements, d'eczéma fulgurant... Les mendiants de New York ont trouvé leurs défenseurs. Mais les superpouvoirs (et les capes colorées) suffisent-ils à faire des superhéros ? Et quand la menace devient sérieuse, Lloyd et ses amis héros malgré eux seront-ils à la hauteur ?

La critique Nelfesque : "Héros secondaires" signe le retour de S. G. Browne dans nos librairies pour notre plus grand plaisir ! Cet auteur est une perle pour nous narrer des histoires ancrées dans notre époque, soulevant des questionnements actuels mais sans lourdeurs, sans fatalisme et avec beaucoup d'humour. Le fond n'est pas drôle très souvent mais la forme est savoureuse.

Ici, nous suivons Lloyd et sa bande de copains, tous cobayes professionnels. Les labos n'ont plus de secret pour eux tant ils ont écumé leurs locaux pendant de nombreuses heures. Un peu paumés, ils forment une bande de gentils losers qui se rassemblent régulièrement pour partager leurs dernières expériences de testeurs de produits pharmaceutiques. Qui a mal où ? Qui supporte quoi ? Qui a un bon plan à partager pour gagner un max de tune sans trop de contraintes ? Car pour eux, ingurgiter 3 fois plus de médicaments à 30 ans qu'une personne âgée de 90 ans est de l'argent facilement gagné. Mais à quel prix ?

Le jour où ils vont découvrir que les expériences auxquelles ils s'exposent depuis des années ont développé chez eux des pouvoirs étranges, la question de savoir ce qu'ils vont faire de leur vie va se poser. Entre critique de notre société, de la course à l'argent, des difficultés de trouver un emploi décent, de la solitude de notre XXIème siècle, "Héros secondaires" tire le portrait de mecs lambda dont le destin va être chamboulé par quelques molécules chimiques. On nage en plein WTF par moments et on en redemande. Super-héros des temps modernes, ils vont apprendre à connaître et à maîtriser leurs nouveaux pouvoirs. Qui n'a jamais rêvé de voler, de respirer sous l'eau ou encore de se rendre invisible !? Eux sans doute ! Mais ce n'est pas cela qui les attend. Leurs pouvoirs sont bien moins spectaculaires. Pendant que l'un provoque des geysers de vomissements sur ses victimes, un autre l'endort, lui fout la gaule ou encore le couvre instantanément de plaques d'urticaires. En effet, ça fait moins rêver...

Et pourtant, en y réfléchissant bien, ces super-pouvoirs peuvent être utiles à un bien commun. Ils vont alors unir leurs forces afin de débarrasser le monde (ou du moins leur ville, commençons petit) de l'injustice et l'incivilité. Au secours des laissés-pour-compte, ils vont mettre en place un plan d'action et patrouiller sans relâche. De l'apprentissage à la maîtrise de leur art, ces héros secondaires sont savoureux et l'ensemble est jubilatoire. Avec eux, les machos prétentieux, les petits caïds et les voleurs en prennent pour leur grade !

S. G. Browne nous livre ici, une fois de plus, un roman très drôle qui sous ses aspects "gros sabots" n'est pas dénué de finesse. Pour qui veut bien voir en dessous de la coquille faite de vomi, de sperme, de rougeur (toute une carapace répugnante et loin du glamour) et de l'humour potache, ce roman est criant de réalisme. Malin et intelligent, avec une petite dose de fantastique et une écriture unique, l'auteur pointe du doigt ce qui ne tourne pas rond dans notre monde. Sa marque de fabrique. A lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Eclairé :
- "La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort"
- "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël"
- "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour"

mardi 28 novembre 2017

"La Danse du bouc" de Douglas Clegg

la danse du bouc clegg

L’histoire : Les gosses sont enterrés jusqu'au cou. Comme si leurs têtes étaient des fleurs. Alors je passe la tondeuse à gazon pour les couper. Il faut les étouffer quand ils sont encore en bouton... Mais les lames de la tondeuse se coincent. Alors je vais dans la remise à outils chercher une grande paire de cisailles. Pour terminer le travail.

Mais les têtes des gosses ont disparu. Je me retourne : ils sont là, derrière moi. Ils ont chacun une débroussailleuse et ils avancent sur moi. Je sais alors que je suis la mauvaise herbe du jardin... Je me réveille avant que les terribles lames ne viennent trancher ma gorge paralysée. Je jette un coup d’œil sur mon réveil : bientôt 8 heures. Je pourrais me faire porter pâle. Mais je suis prof, après tout, et les vacances de Noël approchent...

La critique de Mr K : C’est pour Halloween que mon choix s’est porté sur ce volume qui dormait depuis trop longtemps sur les étagères de ma PAL. Je cherchais un ouvrage pas prise de tête et surtout branché ésotérisme et ténèbres, histoire d’être au goût du jour. En parcourant les titres épouvante-horreur qui composent une partie de ma PAL, la quatrième de couverture de celui-ci m’a directement plu. Au final, ce fut une lecture super enthousiasmante à la croisée de la trilogie littéraire Ça de Stephen King et les films cultes The Thing et L’Antre de la folie de John Carpenter. Suivez moi si vous l’osez !

Ce livre s’apparente à la chronique d’une petite ville ordinaire des États-Unis. Pendant la première moitié de l’ouvrage, l’auteur nous présente un certain nombre de personnages clef de la communauté avec ses jeunes à problème, ses commères médisantes, ses hommes abattus par le travail, les vieilles familles qui sont installées ici depuis les premiers pionniers, ses piliers de comptoirs, ses professeurs férus d’histoire locale... Dès le début, on sent bien que quelques chose ne tourne pas rond à Ponte Fract. Tout a commencé par un accident qui a failli s’avérer fatal à Theodora, une jeune fille sans histoires. Mais voila, noyée dans un lac glacée puis ressuscitée, il semble qu’elle ne soit pas revenue indemne et surtout seule de son voyage au delà de la vie et de la mort. Il y a aussi ses légendes indiennes qui semblent prendre vie suite à la spoliation de leurs biens ou encore cette maison abandonnée de l’autre côté du lac où l’on entend de drôles de bruits la nuit. L’apocalypse est en marche sans que personne ne s’en doute et quand elle va s’abattre ça va faire mal !

Divisé en deux grosses parties, cet ouvrage s’avale quasiment d’une traite tant il se révèle très vite addictif. Bien que l’on côtoie la misère humaine la plus profonde parfois et certains personnages particulièrement ragoûtants (le postier pervers notamment), on s’attache vite à cette petite ville qui n’est pas sans rappeler Derry dans la trilogie Ça du King. On rentre dans l’intimité familiale des gens entre splendeur et décadence, tracas du quotidien, vieilles rancunes, difficultés pécuniaires, alcoolisme... Tout fait penser au maître de l’épouvante et force est de constater que pour un premier roman, Douglas Clegg s’avère être un orfèvre en matière de plantage de décor. Il va à l’essentiel, sans fioritures mais avec un sens de la concision et de l’efficacité redoutable.

Puis, peu à peu, les événements bizarres s’accumulent : les fous du village se réveillent, les morts passent des coups de fils impromptus, des gens disparaissent comme si la haine et la colère se cristallisaient sur la ville. La police est très vite dépassée face à cette multiplication de crimes et délits, finalement on arrive à un dernier acte d’une rare violence, où l’hémoglobine coule à flot et où les personnages principaux ne semblent plus capables de discerner le réel du cauchemar. Honnêtement, ça cloue littéralement le lecteur à son siège et je dois avouer que je n’avais pas ressenti autant de plaisir de lecture devant une œuvre d’horreur pure depuis très longtemps. Esprits, vampires, goules et manifestations démoniaques se livrent à une surenchère d’actes odieux et déviants pour le plus grand malheur des pauvres habitants (pas si innocents que cela vous vous en doutez) et les survivants se comptent sur les doigts d’une main en fin de volume.

L’aspect gore ne gâche rien et préserve une certaine tension palpable durant les 445 pages de ce roman. Très bien maîtrisé, le rythme et le suspens ne se relâchent jamais et certains passages s’avèrent très inquiétants ce qui est aussi un très bon point. L’écriture en soi n’a rien de remarquable mais quelle imagination notamment lors des passages où les forces du mal passent à l’action. On ne sait plus où donner de la tête et l’on se demande bien jusqu’où cela peut aller. La conclusion est sans appel et cette lecture fait partie du haut du panier en terme de littérature de genre horrifique. Si vous êtes adeptes, foncez-y, c’est top de chez top !

Posté par Mr K à 18:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
jeudi 23 novembre 2017

"La Morte amoureuse" de Théophile Gautier

001

L’histoire : Peut-on être prêtre et amoureux ? Peut-on aimer la nuit et prêcher le jour ? Questions bien embarrassantes... Surtout quand les réponses s'avèrent positives...

Ajoutez-y une pincée de fantôme. Secouez. Et vous voici dans une mystérieuse histoire d'amour ! Mais rassurez-vous, il ne s'agit que d'un rêve... et d'ailleurs, Clarimonde, la belle courtisane, est morte depuis si longtemps...

Mais au fait, que vient-elle faire dans ce présent ? Pourquoi trouble-t-elle encore les vivants ? Prenez garde, âme pure, de ne pas succomber aux charmes de cette immortelle ! La beauté dissimule parfois de puissants venins...

La critique de Mr K : Lecture d’un classique aujourd’hui avec La Morte Amoureuse de Théophile Gautier relu et dévoré à l’occasion des vacances de la Toussaint. Amoureux du Beau et de l’Histoire, c’est un auteur que j’ai beaucoup pratiqué plus jeune et l’occasion s’est présentée de retomber sur ce volume lors d’un chinage. Que de souvenirs me sont revenus durant ce re-reading savoureux !

Romuald a consacré sa jeune vie à devenir prêtre. Le jour de son ordination, il croise le regard de Clarimonde, une courtisane au charme vénéneux qui va remettre en question sa foi et son engagement. Malgré sa mort subite, elle vient régulièrement le visiter, le tenter et l’entraîner loin du chemin qu’il s’est décidé de suivre. Réalité, fantasme et surnaturels se mêlent alors, jouant avec l’esprit de cet homme partagé entre sa vocation et ses désirs inavoués.

En 45 pages seulement, Théophile Gautier offre un merveilleux récit fantastique à l’ancienne qui s’inscrit dans la droite lignée des classiques écrits par Maupassant, Poe, Lovecraft et consorts. D’une situation quotidienne anodine, on dérive lentement vers l’étrange. Qui est cette Clarimonde que même la mort ne semble pas éteindre la passion et la vie qui l’anime ? Là où le jeune homme baisse les armes pour étreindre la passion la plus destructrice, l’auteur s’interroge. Fantôme, vampire, manifestation du Diable ? Tour à tour différentes hypothèses s’offrent à lui et le perdent au fil du récit qui se plaît à bousculer les lignes et à effacer les frontières du réel. Malgré quelques éléments et personnages attachés au monde sensible, rien ne semble pouvoir empêcher ce rapprochement contre nature.

Romuald n’est qu’un homme avant d’être un prêtre, il lutte finalement peu face à sa nature profonde, son amour pour la belle l’aveugle et l’entraîne dans une course en avant mortifère. Sa volonté annihilée, il cède à ses pulsions et n’est plus à quel Saint (sein -sic- ?) se vouer malgré les rappels successifs de son mentor qui lui enjoint de résister à la tentation. Cette lutte interne est très bien rendue par un auteur possédé par son sujet et qui multiplie les états d’âmes du prêtre en perdition. Très peu de textes peuvent se targuer de décrire aussi bien la fascination pour l’inconnu et la souffrance inhérente à toute passion qui nous consume. Éros et Thanatos se sont donnés rendez-vous dans ce court texte d’une rare efficacité qui laisse le lecteur pantois en toute fin de lecture et même si la fin peut s’avérer heureuse, l’expérience laisse des traces et nourrit la réflexion.

L’écriture est tout bonnement magique, loin des lourdeurs stylistiques qu’on peut parfois lui reprocher (la nouvelle incluse dans ce volume - Une nuit de Cléopâtre - en est un bon exemple, je la trouve prématurément vieillie), l’histoire de Romuald et Clarimonde éclaire par sa concision et sa finesse de structure. Aisée d’accès, très contemporaine par sa manière d’explorer l’esprit humain, cette nouvelle est un modèle du genre fantastique à la fois effrayante et très belle dans sa langue. On passe un délicat et très bon moment de lecture et l’on comprend pourquoi elle est toujours étudiée encore aujourd’hui dès le collège. Un monument à sa manière.

jeudi 5 octobre 2017

"Le Grand dieu Pan" d'Arthur Machen

legranddieupanarthurmachen

L’histoire : Belle mais démoniaque ! Entourée d'un halo d'étrangeté et de mystère... Telle est la femme qui hante les rues de Londres, mais aussi l'esprit dérangé de ceux qui l'ont rencontrée, des hommes en général fortunés. Tous ont fini leurs jours dans des circonstances ténébreuses, le visage déformé par l'épouvante et l'effroi.

Par quelle fatalité cette créature superbe sème-t-elle la mort autour d'elle ? Serait-elle maudite ? Aurait-elle pactisé avec une puissance maléfique ?

Il semble bien qu'elle ou sa mère, victime d'une expérience diabolique menée par un savant fou, ait aperçu ce qu'aucun œil humain ne peut contempler... Le dieu de l'abîme, le grand Pan, dont la vue cause une peur "panique" !

La critique de Mr K : Lors d’un craquage à la recyclerie de Lorient, j’avais jeté mon dévolu sur cet ouvrage ainsi que toute une série d’ouvrage Librio. J’aime beaucoup cette maison d’édition qui propose souvent des titres classiques à pas cher. C’est un auteur reconnu que je m’apprêtai à découvrir en ouvrant cet ouvrage, il m’avait jusque là échappé, aucun de ses livres n’ayant croisé ma route lors de nos chinages compulsifs à Nelfe et moi. Le hasard aidant, me voici maintenant en mesure de vous donner mes impressions sur ce britannique maître de l’horreur qui a officié à cheval sur le XIXème et XXème siècle.

Londres à l’époque victorienne est décidément une ville dangereuse, surtout si l’on est un riche bourgeois en goguette. Les morts étranges se succèdent chez les célibataires nantis de la capitale londonienne, les cadavres retrouvés sont marqués de l’effroi le plus profond et à chaque fois des témoignages convergent en notifiant la présence d’une jeune femme séduisante mais aux traits dérangeants. Le narrateur commence alors son enquête auprès de la bonne société, se rendant sur les lieux des drames et en interrogeant toutes les personnes qui pourraient le renseigner sur les victimes et sur cette mystérieuse femme insaisissable. Peu à peu, la lumière se fait sur le problème d’identification de la dite prédatrice mais aussi sur les origines du mal qui pourraient remonter au dieu Pan de l’Antiquité, seigneur de la fête et des abysses...

On est très vite pris par l’histoire qui est construite de manière labyrinthique : on commence par une expérience étrange puis on navigue de témoignage en témoignage sans que l’ensemble paraisse cohérent. Les faits inexpliqués s’accumulent et l’on croise nombre d’âmes égarées. Pourtant, le narrateur poursuit ses investigations avec abnégation même si ceux qui l’ont précédé ont sombré dans la folie ou ont passé l’arme à gauche. C’est l’occasion pour le lecteur de nager en plein XIXème siècle, de frayer avec la bourgeoisie et de côtoyer l’étrange. L’ésotérisme était en vogue à l’époque et ce court récit s’en fait le bel étendard.

Expérience interdite, femme-succube à la beauté fatale, divinité païenne qui rend fou sont les ingrédients surnaturels distillés au fil du récit qui par ses tours et détours se plaît à perdre le lecteur pour mieux le recapter par la suite. On retrouve à ce niveau les techniques classiques du genre qui quand elles sont bien employées frappent juste et fort. Le mélange réalité et surréel fonctionne à plein et il est si plaisant de voir la gente masculine subir les foudres d’une certaine féminité qui finalement prend sa revanche sur les sociétés patriarcales de l’époque. Mon côté sadique a été grandement satisfait dans ce domaine.

Loin de basculer dans l’horreur ou la surenchère, tout se joue sur la montée de l’angoisse, le non-dit et l’imagination du lecteur qui bat la campagne face à tant d’événements bizarres et souvent parcellaires. Nébuleuse mais pas sans fond, cette nouvelle au charme vénéneux et très anglaise dans son traitement hypnotise et captive. La langue est d’une beauté de tous les instants, jamais désuète malgré le temps qui a passé depuis l’écriture. Très facile d’accès, c’est le genre de texte qu’on peut aisément faire lire à un jeune lecteur pour lui faire découvrir le genre fantastique en parallèle d’un bon Maupassant.

Étant un grand fan du genre, Le Grand dieu Pan m’a comblé tant au niveau émotion qu’en terme de qualité littéraire. Se suçotant comme une douce sucrerie, on en redemande et m’est avis que je n’hésiterai pas une seconde si mes pas venaient à croiser à nouveau un ouvrage de cet auteur. Avis aux amateurs !

Posté par Mr K à 19:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,