mardi 14 janvier 2020

"Trois ombres" de Cyril Pedrosa

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L’histoire : Joachim vit paisiblement à l’écart du monde avec ses parents. Mais un soir, ne parvenant pas à trouver le sommeil, ils remarquent des ombres qui semblent les attendre sur la colline en face...

Ces dernières apparaissent sous la forme de trois cavaliers et s’évanouissent dès que l’on s’en approche. Ces "choses" sont là pour Joachim. Son père aura-t-il raison de se battre contre l’inéluctable ?

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis ! Quelle claque ! De celle dont on ne se remet que doucement. C’est bien simple, j’étais liquide en refermant l’ouvrage tant il m’a ému. Trois ombres de Cyril Pedrosa prenait la poussière dans notre PAL collective de BD depuis trop longtemps, c’est en remettant le nez dedans en tout début d’année que j’arrêtais mon choix sur lui. Que j’ai bien fait ! Entre conte, roman initiatique et récit intimiste, voila un roman graphique qui prend à la gorge et ne relâche son étreinte qu’en toute fin de volume.

Joachim vit seul avec ses parents au milieu de nulle part. Sans attaches, quasiment en autarcie, ils vivent d’amour et d’eau fraîche. Les journées sont rythmées par les tâches du quotidien et des moments de partage. Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble fortement, les liens familiaux sont forts et tout particulièrement entre le papa protecteur et son jeune fils toujours près à le suivre partout où il va. Mais un beau jour (ou peut-être une nuit...), Joaquim distingue trois ombres au loin qui semblent l’observer attentivement. Menace sourde et silencieuse, ces trois cavaliers sont là pour Joachim comprennent-ils assez vite. Pour le père, impossible de se laisser faire, il prend son fils avec lui et part loin pour échapper au danger qui le guette... Commence alors un périple aussi fou que déroutant qui nous emmène loin, très loin dans tous les sens du terme.

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J’ai été happé par ce récit dès les première planches. La faute d’abord à un recueil de toute beauté. J’ai adoré le parti pris du dessinateur. Ses traits souples, dynamiques, emprunt de noirceur distillent de-ci de-là de multiples détails qui donnent vie à des personnages très attachants et une époque indéterminée très bien rendue. Le noir et blanc est aussi subtil que sublime, il donne un cachet particulier et une certaine hauteur de vue à une histoire plus que prenante.

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On est conquis de suite par Joachim et ses proches, je ne suis pas loin de penser que c’est un peu la vie que j’aurai voulu avoir. De la tranquillité, les joies simples d’une existence rurale entre labeur quotidien et émerveillement devant le cycle immuable de la nature, l’absence de communauté humaine et des déviances qui l’accompagnent. Oui, vraiment, on aimerait partager les jours de cette famille où tout se construit autour de l’amour, la curiosité et le respect. C’est d‘autant plus dur du coup de voir la cellule familiale se briser par la suite avec cette séparation brutale qu’il va falloir gérer et cette fuite en avant pour éviter le pire.

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L’auteur ne se départit jamais de la finesse scénaristique qui caractérise les dix premières planches, tout ici est abordé avec une extrême sensibilité et sans pathos. Il est question des choses de la vie, de l’amour parent-enfant (qui prend une importance cruciale pour nous aujourd’hui au Capharnaüm Éclairé), de l’expérience que l’on accumule mais aussi de la servitude, de la souffrance et de la Mort. Au fil du déroulé, la tension monte, on sent bien que les choses évoluent vers une certaine fin (que j’ai deviné assez vite). Notre cœur commence à battre la chamade , on angoisse pas mal je dois dire et au final on est cueilli, littéralement ébranlé par la force du récit, son intelligence et sa profonde humanité.

Difficile d’en dire plus sans révéler trop de choses, cette BD se déguste avec un plaisir renouvelé. C’est beau, mélancolique, parfois marrant et toujours dosé de main de maître. Nourrissant la réflexion, interrogeant notre rapport aux autres et à la vie, voila un volume qui trouvera une très belle pièce dans notre bibliothèque. Trois ombres est une vraie perle que je vous encourage à découvrir au plus vite !

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mercredi 8 janvier 2020

"La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires" de Tim Burton

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L’histoire : Fidèle à son univers d'une inventivité si particulière, mêlant cruauté et tendresse, macabre et poésie, Tim Burton donne le jour à une étonnante famille d'enfants solitaires, étranges et différents, exclus de tous et proches de nous, qui ne tarderont pas à nous horrifier et à nous attendrir, à nous émouvoir et à nous faire rire. Un livre pour les adultes et pour l'enfant qui est en nous.

La critique de Mr K : Lecture spéciale Noël avec cet ouvrage qui n’a que trop tardé à être sorti de ma PAL. Je suis fan de Tim Burton depuis toujours et j’ai été ravi d’accueillir La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires au sein de ma bibliothèque. Ce fut une très belle expérience de lecture qui mêle mélancolie, poésie et belles illustrations, on passe un moment inoubliable et totalement magique.

23 histoires composent ce recueil à la saveur très particulière. 100% burtoniens, ces récits parfois très courts et en vers, nous emmènent loin, très loin dans l’imagination débordante d’un auteur vraiment atypique. On retrouve sa fascination pour l’enfance et les malheurs qui parfois l’entourent, la noirceur de la destinée humaine et son goût pour une esthétique sombre que ce soit au niveau des illustrations et des textes que Burton a entièrement réalisés lui-même. L’objet est très beau en lui-même, l’édition est bilingue ce qui permet de passer allègrement de la VO à la VF pour un plaisir renouvelé.

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Comme il fallait s’y attendre d’une œuvre de Tim Burton, les histoires sont ici bien souvent cruelles mais toujours poétiques et à fleur de mot. On croise nombre de personnages interlopes, vous savez les fameux marginaux de la vie qu’affectionne tout particulièrement l’auteur. Le petit enfant huître, le garçon à tête de melon, la fille vaudou, l’enfant tâche ne sont que quelques uns des personnages farfelus mais néanmoins touchants qui errent dans ces pages. On retrouve l’inversion des valeurs si chère à son cœur car l’étrange devient normal et le normal devient étrange, provoquant une foule d’émotions contradictoires dans le cœur du lecteur littéralement conquis par un ouvrage qui emporte tout sur son passage.

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Petit bijou macabre à l’humour noir dévastateur, on redécouvre Tim Burton sous un autre support et on plonge dans son univers avec plaisir. On y retrouve sa patte qui nous rappelle aussi bien Les Noces funèbres, Frankenweenie que son superbe court métrage Vincent. La langue délicate, les illustrations aussi glauques que touchantes sont autant de petits diamants bruts qui nous transportent et nous ravissent. Un grand et beau moment de lecture.

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vendredi 13 décembre 2019

"Gare au garou !", anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L’histoire : Dans la nuit, quelqu'un crie au loup. A-t-il rêvé ? Ou la pleine lune annonce-t-elle le retour d'une créature de légende ? La métamorphose d'un homme, intégrale ou non, consciente ou pas, provoque toujours un sentiment de fascination et d'horreur... Qui sera le garou : un être nouveau, un personnage funeste ou miraculeux ?

Huit auteurs (de Pétrone à Brad Strickland) nous présentent leur vision du mythe de l'homme-loup et nous font découvrir ses différentes facettes. Et si Claude Seignolle et Suzy McKee Charnas s'attachent à raconter les confessions de la créature, Robert E. Howard nous plonge dans un univers où transformation rime avec abomination.

Mais une question centrale demeure : du bipède ou de l'animal, qui s'avérera le plus enclin à se laisser emporter par ses instincts primitifs ? Car, au final, n'est-il pas plus difficile d'être un homme qu'un loup, comme le suggère Bruce Elliott ?

La critique de Mr K : Avis aux amateurs de grandes créatures poilues amatrices de chair fraîche aujourd’hui avec cette anthologie de Barbara Sadoul Gare au garou !. J’avais déjà lu et apprécié trois volumes de nouvelles fantastiques recueillies par ses soins et j’avais apprécié le mix improbable des époques et des styles. On reprend ici la même recette avec nos amis lycanthropes au cœur de tous les textes. De vieux classiques à des visions plus contemporaines, on balaie ici un vaste panorama de focus différents sur cette créature mythique à la fois repoussoir et fascinante. Après une introduction fort instructive sur l’évolution du mythe et la symbolique qu’on peut y déceler, on rentre vite dans le vif du sujet.

On commence fort avec un extrait du Satyricon de Petrone où il nous raconte la mésaventure d’un jeune homme accompagnant par mégarde un être hybride. Deux pages seulement composent ce texte qui garde une fraîcheur étonnante vu son âge. Qui a dit que les œuvres du premier siècle avant J.-C. étaient poussiéreuses ? On enchaîne d’ailleurs avec un texte moyenâgeux de Marie de France tiré de ses fameux lais. Dans Bisclavret, elle nous livre un récit chevaleresque typique de l’époque où un homme lycanthrope se fait voler son amour par une traîtresse. Mais la bougresse ne perd rien pour attendre ! Cette nouvelle est terrible, efficace, diablement bien écrite et le final vaut son pesant d’or.

Sur l’autre rive d’Eric Steinbeck est déjà plus récent (mi XIXème siècle) et propose le texte le plus poétique du recueil. Un village se trouve près d’un cours d’eau qui semble séparer le monde en deux. Gare à celui ou celle qui serait tenter de le traverser, attirer par de mystérieuses fleurs au charme vénéneux ! Très beau texte entre onirisme et fantastique pur, on aime se laisser balader par un auteur à la langue gracieuse et au charme intemporel. Un beau coup de cœur ! S’ensuit Le Chien de la mort de Robert E. Howard. L’auteur de Conan de barbare se surpasse en proposant un court texte aussi flippant qu’immersif. Un homme poursuit un fugitif dans une forêt sombre mais le danger ne viendra pas forcément d’où il pense. Ambiance crépusculaire, faux-semblants et coups de théâtre qu’on ne voit pas venir son au RDV. J’ai adoré !

Bruce Elliott prend la suite avec Hors de la tanière, un texte terriblement malin où il inverse le phénomène : un loup se réveille dans la peau d‘un humain dans une cage ! Le procédé avait déjà été effectué par Ursula Le Guin par le passé mais ça marche encore. Le texte est très intimiste, on vit littéralement l’expérience à travers les sentiments et perceptions de ce loup totalement désappointé. Le récit bien mené va jusqu’au bout de son concept et l’on ressort vraiment épaté par ce court texte. Le Gâloup de Claude Seignolle n’est pas de la même trempe, j’aime beaucoup l’auteur mais cette chasse au loup-garou m’a semblé pesante et la vingtaine de pages m’a paru bien longue. Je suis un peu déçu étant amateur du monsieur. Mais bon... personne n’est parfait !

Malgré un titre des plus rigolos, Nibard de Suzy Mckee Charnas est sans doute la nouvelle la plus réussie du recueil avec cette histoire de jeune fille harcelée pour cause de poitrine prononcée qui va prendre sa revanche car depuis l’apparition de ses règles, elle change d’apparence à chaque pleine lune ! Un récit frais, une héroïne très attachante et des branleurs qu’on aimerait bien punir sévèrement composent un texte âpre, sec et qui claque ne ménageant personne et explorant en profondeur son protagoniste principal. Pour terminer, Brad Strickland avec Et la Lune brille pleine et lumineuse propose un récit SF bien tenu où il nous présente le dernier loup garou dans un monde où la Nature en net recul a laissé la place à l’artificialisation de la Terre par un Homme qui décidément n’a rien compris. Étonnant et déstabilisant, j’ai aimé cette variation peu commune du mythe.

On passe donc d’excellents moments avec ces différents textes qui ont tous leur particularité et apportent chacun leur pierre à l’édifice. Le mythe du loup-garou a toujours nourri l’imagination et au-delà de la description d’une créature monstrueuse, aux appétits voraces, on peut y voir de temps à autre un miroir, une introspection sur notre nature profonde et sur la difficulté à être humain tout simplement. Le recueil vaut donc le détour pour tous les amateurs de fantastique et à l’occasion de petits frissons bien sentis. L’hiver se prête bien au jeu je pense, laissez-vous tenter !

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vendredi 8 novembre 2019

"Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré)" de Tonino Benacquista et Nicolas Barral

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L’histoire : Dieu résout chaque jour les millions de petits problèmes qui se posent aux humains dans leur vie quotidienne. Pour ce faire, il est aidé d'une myriade d'assistants : tous les habitants du Paradis, et quelques-uns de l'Enfer par dérogation spéciale.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture décevante aujourd’hui avec Dieu n’a pas réponse à tout de Benacquista et Barral dégoté dans le CDI de mon bahut. Mon avis mitigé est d’autant plus rageant que je trouvais le concept de base hyper original et que Benacquista est un auteur que ma chère Nelfe apprécie beaucoup mais au final on n’aboutit pas vraiment à grand-chose... Voici le pourquoi du comment.

L’ouvrage se divise en six historiettes où l’on voit Dieu lui-même aux prises avec des difficultés. En effet, il est censé veiller sur sa création mais parfois des situations lui échappent et il doit faire appel à un auxiliaire tout droit venu du Paradis ou du Purgatoire. Ainsi dans ce volume il va faire appel à Al Capone, Louis XIV, Sigmund Freud, Homère, Marilyn Monroe ou encore Mozart.

Ces célébrités spécialisées chacune dans leur domaine vont devoir venir en aide successivement à un chercheur en nucléaire au bord de la dépression et du geste fatal, à un jeune garçon que son père pousse malgré lui dans une direction qui ne lui convient pas, à un révolutionnaire raté dans une dictature, à un grand timide qui pourrait bien changer le monde, à une bande de SDF azimutés qui veulent s’en sortir ou encore à un groupe de flics confrontés à la corruption de leur hiérarchie. Chaque récit apporte son lot de surprises avec pour commencer à chaque fois la situation inextricable de l’humain concerné par l’intervention divine, la découverte de l’individu que le Créateur choisi pour remplir sa mission et enfin la solution mise en œuvre. Le procédé est plutôt sympa et rafraîchissant dans un premier temps malheureusement cela s’essouffle assez rapidement avec des histoires inégales et un plaisir de lire qui s’étiole.

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Bon ce n’est pas franchement mauvais, de plus jeunes esprits y trouveront leur compte mais personnellement j’ai vu venir les choses à 10 km, peu ou pas de surprises pour ma part. Les dessins sont corrects, les scénarios sympathiques mais tout cela m’a paru bancal et sans grand intérêt. Vu les situations exposées, on s’attendrait à une critique sans fard de notre société malade mais même pas, les thématiques sont simplement survolées et l’on nourrit une certaine insatisfaction pour ne pas dire frustration. Même le personnage de Dieu m’a semblé vide ce qui est un comble !

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Aussi vite lue qu’oubliée, cette BD ne restera pas dans les annales pour les aficionados du genre. Cet ouvrage est plutôt à conseiller en priorité pour les jeunes pousses pré-ados et ados qui veulent se confronter à un récit différent et explorant de manière fun et sans prise de tête des thématiques bien actuelles. Les autres peuvent passer leur chemin...

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samedi 19 octobre 2019

"Magie maya" de Graham Masterton

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L‘histoire : Rafael Diaz, le nouvel étudiant de Jim Rook, paraît calme, timide et réservé. Mais le jeune Mexicain semble avoir un don étonnant : en ayant recours à un ancien rituel maya, il parvient à débarrasser ses camarades de leurs phobies et de leurs peurs les plus profondes... Bientôt des meurtres monstrueux sont commis sur le campus. Le jeune Rafael en serait-il involontairement responsable ? Ou serait-il l'incarnation de Xipe Totec, démon friand de sacrifices humains ? Et n'avoir plus peur de rien, n'est ce pas la chose la plus dangereuse et la plus effrayante qui soit ?

La critique de Mr K : Voyage en terres horrifiques aujourd’hui avec Magie maya de Graham Masterton, deuxième ouvrage de sa série consacrée à Jim Rook, héros récurrent d’un auteur qu’on ne présente plus. Pour tout vous dire, Magie des neiges ne m’avait pas convaincu mais comme j’avais acheté les deux volumes en même temps, je décidai de redonner une chance à ce héros qui m’avait particulièrement agacé lors de ma précédente lecture. J’ai bien fait car même si on ne peut pas crier au génie, on passe un bon moment avec une pure série B littéraire qui se déguste très très vite !

On retrouve donc ce professeur d’anglais spécialisé dans les publics difficiles alors qu’un curieux phénomène se déroule dans sa classe. Le jeune Rafael, son nouvel étudiant mexicain, semble avoir une curieuse influence sur ses camarades. Apprécié, entouré, il est capable de soigner les phobies de ses camarades. Bye bye ces peurs irraisonnées des araignées, du noir ou encore de la noyade... Pas de quoi s’inquiéter donc même si la peur en elle-même est un moyen de défense bien utile face au danger. Voyant des choses que les autres ne sont pas capables de percevoir, Jim soupçonne des puissances occultes d’être cachées dans l’ombre de ces événements miraculeux...

La suite lui donne raison avec une série de morts particulièrement atroces qui touchent justement certains de ses élèves ! Membres arrachés, décapitation et autres joyeusetés sont au menu avec des victimes que l’on retrouve toujours le sourire aux lèvres ! Qui est donc Rafael ? Victime, coupable ou complice ? Que cachent les cérémonies secrètes qui ont eu lieu et quel est cet être informe et mystérieux qui rode autour de Jim ? Il lui faudra tout son courage, son abnégation et son sang froid pour venir à bout d’une monstruosité antédiluvienne qui ne s’arrêtera que lorsqu’elle aura sa moisson d’âmes !

C’est typiquement le genre de livre que l’on commence très facilement et qui se lit tout aussi aisément. Le page-turner à la sauce Masterton fonctionne toujours aussi bien. Pas prise de tête pour un sou, enchaînant horreur pure et scénettes plus intimistes, on se plaît à s’enfoncer avec Jim dans une affaire hors du commun. Pour le coup, je l’ai trouvé bien moins énervant que dans ma précédente lecture. Bon, le personnage n’est pas du tout crédible en tant que professeur (manque de distance, discours creux...) mais j’ai trouvé le personnage moins pédant et plus humain. Il faut dire qu’il a fort affaire ici et qu’il n’est pas loin d'y laisser la vie à plusieurs reprises. Les autres protagonistes tiennent aussi la route avec notamment un Rafael inquiétant et intriguant qui souffle le chaud et le froid pendant une bonne moitié de l’ouvrage.

Par contre, c’est le genre de lecture qui réserve peu de surprise quand on pratique régulièrement le genre. Tout ici est bien huilé, relié, construit mais finalement très attendu car à part deux / trois rebondissements bien sentis, on voit les autres arriver à 10km. Cela n’empêche pas de passer de très bons moments avec des meurtres particulièrement sanglants (Masterton excelle dans les descriptions gores) et des effets flippants maîtrisés. Un petit plaisir coupable en somme, un récit vif et maîtrisé qui procurera quelques menus frissons et une belle addiction à tous les amateurs du genre !

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement
- Le Trône de Satan
- Le Sphinx

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samedi 21 septembre 2019

"Une Sirène à Paris" de Mathias Malzieu

une sirene a parisL'histoire : Juin 2016, la Seine est en crue et Gaspard Neige trouve sur les quais une sirène blessée qu'il ramène chez lui. Elle lui explique que tous les hommes qui entendent sa voix tombent amoureux d'elle et en meurent, mais, convaincu que son coeur est immunisé depuis sa rupture, Gaspard décide de la garder jusqu'au lendemain dans sa baignoire.

La critique Nelfesque : Voilà un roman sorti en février dernier et dont j'ai complètement oublié de vous parler (en même temps vous avez dû remarquer que c'est plutôt ma moitié qui fait office de gardien du blog, côté chroniques littéraires, ces derniers temps...). Mathias Malzieu est un auteur que j'aime beaucoup. Il a son style, son univers, ses romans ne ressemblent à aucun autre. Ça, Mr K le sait puisque c'est le jour de la Saint Valentin qu'il m'a offert "Une Sirène à Paris". Quel romantique ce Mr K !

On suit ici une histoire d'amour peu commune. Chacune est différente certes mais là on gravit les sommets. Qui aurait pu prédire qu'un jour Gaspard, jeune homme au coeur brisé, puisse tomber amoureux d'une sirène ? Oui, une sirène une vraie, une créature qu'il retrouve un jour en fâcheuse posture dans la baignoire de son petit appartement parisien. Point de départ complètement farfelu, Mathias Malzieu, tout au long du roman, ne se départira pas de cette douce folie.

Bien entendu, Garpard n'est pas tout à fait comme les autres. D'une famille de surprisiers (terme que l'auteur invente complètement, lui l'adepte des créations de ce type qu'il fait vivre si bien), il est ouvert au merveilleux, aux petites surprises du quotidien, à tout ce qui peut amener un peu de joie et de paillettes dans une vie qui sans cela pourrait être complètement fade et banale. Commence alors une folle épopée. Un amour est-il vraiment possible entre un homme et une sirène ? Si oui, comment la mener à bien ? Et surtout comment la gérer dans la vie de tous les jours ? Aventures, questionnements, renoncements sont au centre de ce roman qui fait la part belle à la féerie allant même parfois jusqu'au what the fuck. Mais il est comme ça Mathias Malzieu, il pousse ses concepts jusqu'au bout et, avec sa plume enlevée et poétique, rend crédible la moindre de ses idées.

"Une Sirène à Paris" n'est à mon sens pas du même niveau que certains des ouvrages qu'il a pu écrire par le passé. Question de goût sûrement et du fait d'adhérer ou pas à ce type d'histoires, j'ai eu beaucoup plus de mal ici à me plonger dans l'idylle de Gaspard et Lula. J'ai été moins touchée par ce roman ci et je n'ai pas retrouvé le foisonnement poétique que j'aime tant chez Malzieu d'ordinaire. Cette façon d'écrire qui bouscule complètement les codes. Reste tout de même quelques passages suspendus d'une grande beauté comme lorsqu'il évoque les inventions de la grand-mère de Garpard ou certains drames qui peuvent le toucher au fil de l'histoire. Etant quelqu'un de très attachée aux objets qui nous rappellent nos chers disparus, une scène m'a particulièrement émue. Question de point de vue et surtout de vécu encore une fois.

Si vous aimez les histoires d'amour à paillettes et écailles, les unions impossibles, les déchirements et l'aventure, "Une Sirène à Paris" est fait pour vous. Il réveille la petite part d'enfance qui subsiste en nous et fait voir le quotidien d'un autre oeil, celui naïf et émerveillé d'un enfant. Un joli conte qui se lit très vite et met un peu de baume au coeur.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Journal d'un vampire en pyjama
- Le Plus petit baiser jamais recensé
- Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
- Métamorphose en bord de ciel
- La Mécanique du coeur

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jeudi 1 août 2019

"Le Sphinx" de Graham Masterton

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L’histoire : Au cours d'un cocktail, Gene Keller, jeune politicien ambitieux, fait la connaissance de Lorie Semple, une jeune femme d'origine égyptienne. Il tente de la revoir, mais elle le fuit. En essayant malgré tout de s'introduire chez les Semple, Gene est victime d'une agression. Soigné par la mère de Lorie, une femme aussi belle et mystérieuse que sa fille, il apprend qu'elles descendent d'une ancienne tribu qui vénérait Bast, le Dieu-lion.

Après bien des réticences et des propos étranges, Lorie fini par accepter d'épouser Gene. Mais les incidents troublants se multiplient. Outre sa prédilection pour la viande crue, la jeune femme, une nuit, sort de la propriété. Quand elle revient au petit matin, elle est entièrement nue et couverte de sang...

La critique de Mr K : Petit plaisir coupable estival aujourd’hui avec Le Sphinx de Graham Masterton, ouvrage de la collection Terreur des éditions Pocket qui me rappelle allégrement mes jeunes années lectures. Lire cet auteur est toujours synonyme de divertissement et même si sa bibliographie peut s’avérer inégale, on se plaît à doucement frissonner au fil des récits échevelés qu’il nous livre. Beauté fatale, vieilles traditions ésotériques et héros imbu de lui-même sont au programme d’un ouvrage qui ne m’a résisté qu’un après-midi !

Des yeux verts perçants en Diable, des courbes plus que généreuses à se faire damner un Saint, elle a du charme Lorie Semple ! C’est bien simple, à un cocktail de haut vol, Gene Keiller ne voit qu’elle et le voila ensorcelé. Ce jeune affairiste de la politique brave les refus de la belle, et la relance sans cesse tant il est instantanément tombé fou amoureux. Il est tellement pris par la passion qu’un soir, il tente le tout pour le tout et pénètre dans la demeure familiale par effraction et finit assommé ! À son réveil, sa future belle-mère lui apprend qu’elle lui donne sa bénédiction et voila bientôt l’heureux homme marié. Mais voila, les apparences se révèlent une fois de plus trompeuses et très vite Gene tombe de Charybde en Sylla à base de révélations successives mêlant meurtres sanglants et vieille lignée égyptienne qui tente de survivre coûte que coûte.

Comme dans ma lecture précédente de Masterton (Le Djinn), le héros m’a laissé de marbre. Finalement assez suffisant malgré les airs qu’il se donne, limite misogyne envers sa secrétaire (un amour de jeunesse dont il aime entretenir volontairement ou non les braises à l’occasion), possédant globalement une perception vieux jeu de la femme et des apparences, on prend assez vite plaisir à le voir essuyer ses premiers déboires. Dévoré par le désir, puis la culpabilité, il embarque dans une histoire d’amour dont il ne soupçonnait pas la part d’ombre ! Frustré, perdu et en quête de repères, il mange ses doigts à de nombreuses reprises... En face, la personnalité de la jeune femme évolue fortement et celle qui pouvait s’apparenter au départ à une proie facile cache un lourd secret qui va faire basculer le récit vers un fantastique aussi insidieux qu’efficace. Ok, les personnages sont un peu caricaturaux, on retrouve des recettes déjà éprouvées mais la mayonnaise prend bien et le mix entre le monde politique et vieille croyances surgit des âges anciens fonctionne bien. Et puis, c’est bien connu, c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

Le genre est maîtrisé une fois de plus par Masterton qui distille le suspens avec subtilité. Certes les vieux de la vieille vont percer bien des mystères avant leur divulgation officielle mais la gradation de la tension est là, le présent réaliste bascule à l’improviste vers un ésotérisme oriental aussi létal que séduisant et l’on se plaît à se demander jusqu’où l’auteur va aller. Le bât blesse quelque peu avec une fin que je qualifierai finalement d’heureuse (à modérer cependant), personnellement j’aurai été plus loin dans l’horreur et le pessimisme, vu les forces en jeu dans ce roman, ça aurait été plus logique... Reste un récit rythmé, bien mené qui à défaut de réellement surprendre se révèle plaisant et efficace. Une bonne série B que les amateurs apprécieront comme une chouette petite confiserie !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement
- Le Trône de Satan
- Le Djinn

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dimanche 23 juin 2019

"Je suis la reine" d'Anna Starobinets

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L’histoire : Maxime, sept ans, vit avec sa soeur et leur père à Moscou. Bientôt des transformations déconcertantes s'opèrent chez le petit garçon. De quel hôte est-il devenu la proie ? Les "histoires inquiétantes" de ce recueil font évoluer des personnages poignants dans une Russie contemporaine sombre et absurde. Ici, un employé de bureau développe des sentiments troubles pour une denrée moisissant au fond d'un réfrigérateur. Là, un dresseur de chiens se réveille dans un train à côté d'une femme qu'il n'a jamais vue mais dit être son épouse, et qu'il devra apprendre à aimer... D'une plume extraordinairement poétique, "Je suis la reine" brouille les frontières entre réel et imaginaire et offre une représentation saisissante de la folie et de l'horreur quotidiennes.

La critique de Mr K : Ça faisait un bail que je n’avais pas pratiqué Anna Starobinets, une de mes auteures favorites sur la scène littéraire actuelle. Après les très très bons Refuge 3/9 et Le Vivant, il me restait à découvrir le recueil de nouvelles Je suis la reine qui traînait depuis bien trop longtemps dans ma PAL. Justice est rendue aujourd’hui à cette auteure hors norme qui conjugue une fois de plus thématiques déviantes et écriture splendide. Attention, accrochez-vous, ce voyage livresque laisse des traces !

Six nouvelles composent ce recueil, six textes entre fantastique et fantasmagorie qui sentent le soufre et vont très loin dans la folie et l’horreur. Je déconseille de suite cet ouvrage aux âmes sensibles car Starobinets n’a que faire des carcans moraux et des convenances, elle s’attaque ici frontalement aux codes sociétaux convenus, à l’enfance et à la notion même de stabilité tant elle fait vivre l’enfer à ses personnages. Navigant constamment entre réel et imaginaire, les âmes qui peuplent ces pages ne savent plus à quel Saint se vouer. Le lecteur n’est pas en reste avec l’impression d’être manipulé de bout en bout sans espoir de retour possible dans la normalité.

Dans la nouvelle Les Règles, un petit garçon comme tant d‘autres vit avec ses tocs, ses manières. Sauf qu’au bout d’un moment ici, elles prennent une importance dramatique qui laissent le lecteur sur les fesses avec un jeune héros qui fait peur. Ce court récit installe une tension palpable et progressive mettant très mal à l’aise le lecteur, dès le départ Anna Starobinets réussit son coup. Dans La famille, la nouvelle suivante, un homme lors d’un voyage en train se réveille marié avec une femme qu’il ne connaît pas. Ce changement d’identité est totalement ubuesque, versant dans un absurde proche d’un auteur comme Gogol par exemple. Étrange texte que celui-ci qui brouille les pistes, joue avec les nerfs du héros oscillant entre folie et fantastique pur. Un autre élément perturbateur va finir d’achever le récit de fort belle matière. Là encore, ça marche !

J’attends, le texte suivant est le plus court du recueil et un des plus percutants. Il narre la fascination de plus en plus obsessionnelle d’un homme pour une pourriture qui se développe dans son frigo. Totalement barré, non dénué d’humour, ce texte prend à la gorge et aux tripes. On en ressort tout ému par cette description sans fard et très juste d’une folie galopante. Viens ensuite le morceau le plus consistant de ce recueil avec Je suis la reine, la nouvelle éponyme qui raconte les angoisses d’une mère face aux changements étranges qui s’opèrent chez son jeune fils (introversion extrême, pratiques étranges, éloignement affectif de plus en plus prononcé notamment...). Il s’agit sans doute du texte le plus inquiétant de l’ouvrage avec un drame qui se joue en deux actes, en deux points de vue différents. Clairement fantastique puis virant dans l’horreur pur, j’ai pensé en le lisant aux très bons ouvrages d’Andreas Fäger parus chez la même maison d’édition.

L’Agent est de tous les textes celui qui m’a paru le plus faible. On suit le quotidien d’un homme au métier consistant à mettre en œuvre des scénarios de vie et à faire respecter certaines règles. L’introduction est ultra-efficace mais la suite s’enlise un peu et la conclusion manque de panache à mes yeux. Sympathique tout de même mais pas inoubliable. Le recueil s’achève avec L’éternité selon Yacha qui se révèle être un petit bijou de poésie, écrit à la manière d’un conte. Un homme se réveille avec le cœur arrêté et sans respirer. Il est mort et pourtant il peut interagir avec tout le monde. S’enchaînent toutes une série de situations délirantes et une vie éternelle promise. Derrière le fantastique naïf se cache un véritable texte initiatique qui fait réfléchir entre humour noir et une certaine forme d’espoir.

Se lisant en un temps record, cet ouvrage est de toute beauté. Certes, on navigue dans le glauque, au frontière de l’esprit humain et de ses déviances mais franchement dans le genre, on tient le haut du pavé. Remarquablement construit avec une plume très particulière entre poésie et amour profond pour les personnages qu’elle invente, ce recueil procure de nombreuses sensations à son lecteur qu’il capte et ne relâche jamais vraiment comme un insecte qui se prend dans une toile d’araignée. Bravo au passage à la traductrice Raphaëlle Pache qui une fois de plus fait merveille et réussit à reconstituer l’ambiance si spéciale que l’on retrouve uniquement chez Anna Starobinets. Un ouvrage que tous les amateurs du genre se doivent d’avoir lu.

Lus et chroniqués de la même auteure au Capharnaüm Éclairé:
- Refuge 3/9
- Le Vivant

jeudi 30 mai 2019

"Les 7 églises" de Milos Urban

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L’histoire : À peine embauché, K est viré de la police après que la personne qu'il était chargé de protéger a été retrouvée pendue sous un pont. Ses études d’histoire ne vont pas non plus pour le mieux, ses professeurs avides de batailles et de manœuvres politiques déplorent sa passion pour la vie ordinaire des gens au Moyen-Âge.

Mais un jour, un mystérieux chevalier décide de s’enticher de K pour mener une mission à travers le temps, les conduisant de l’une à l’autre des églises de Prague.

À mesure qu’ils avancent dans leur enquête, qu’ils explorent les hauts lieux et l’histoire de la ville, les cadavres s’amoncellent et la situation devient de plus en plus cryptique. Quel est ce mystérieux projet des Sept Églises ? Pourquoi le chevalier a-t-il choisi pour le seconder un zéro que tout le monde rejette ?

La critique de Mr K : Voici un livre qui traînait dans ma PAL depuis bien longtemps, je l’avais dégoté par hasard lors d’un passage dans un magasin discount. C’est typiquement le genre d’achat "coup de poker" comme je le dis souvent, je ne connaissais ni l’ouvrage ni l’auteur avant de tomber dessus inopinément. C’est vraiment la quatrième de couverture qui m’a attiré avec Les 7 églises de Milos Urban car on y trouve un certain K, amateur de culture du moyen-âge. Forcément, je ne pouvais que l’adopter ! Au final, ce fut une bonne lecture, quoiqu’un peu rugueuse par moment...

L’action se déroule à Prague où l’on suit les pérégrinations d’un certain K qui a honte du nom dont il a hérité à sa naissance. Policier par défaut, il rate dans les grandes largeurs une mission qu’on lui avait confié alors qu’il n’est à la base qu’un simple gardien de la paix : protéger une vieille dame, architecte de son état. Mis au placard, il ne semble pas faire grand cas de la situation. Et pourtant, il va être rappelé par ses supérieurs pour accompagner un certain Gmünd pour faire le tour de grands édifices religieux de la capitale tchèque. Étonnant, vous avez dit ? Mais ce n’est que le début, derrière cette tâche à priori sans grand intérêt se cache quelque chose d’énorme qui pourrait à jamais changer le cours des choses à Prague.

Ce livre est à la confluence de plusieurs genres. C’est à la fois un bon roman policier qui brille ici par sa tortuosité, un roman gothique par la forme et ses thèmes mais aussi un récit fantastique qui peut faire perdre pied à son lecteur à n’importe quel moment. Véritable gloubi boulga, je vous préviens de suite, il faut s’accrocher ! Il arrive qu’on se perde un peu au fil des descriptions et des événements avec une trame étrange, qui sort clairement des sentiers battus et réserve bien des surprises à la condition de bien se concentrer et de ne pas hésiter parfois à faire des allers retour dans l’ouvrage pour tout saisir. Amateurs de easy-reading, passez donc votre chemin, vous pourriez être déçus !

Je vous rassure, il n’y a pas que le lecteur qui soit largué ! K est bien dans la mouise et aura fort à faire entre l’accumulation de meurtres sordides d’architectes, le caractère frappadingue des deux mystérieux commanditaires qui ont demandé à ce qu’il les accompagne (le mystérieux chevalier Gmünd et son assistant facétieux) et qui lui cachent bien des choses. Taciturne et en retrait, il semble subir les choses, n’a semble-t-il pas énormément de volonté et va se retrouver mêlé à un événement qui le dépasse. On croise beaucoup d’âmes étranges dans cet ouvrage, vivantes ou mortes peu importe, chacune a une place bien précise assignée par l’auteur pour son gros projet. Les rencontres sont donc nombreuses, les retournements de situation aussi et le final vertigineux vient clouer le lecteur et lui confirmer qu’il a bien fait de se forcer un peu pour en terminer avec ce livre magnétique et foisonnant.

En effet, Milos Urban se lâche et nous propose une balade inoubliable au cœur de Prague avec des descriptions magiques de hauts sites culturels et religieux, notamment toute une série de bâtiments gothiques du XIVème siècle. Pour autant, on n’est pas dans la démonstration stérile comme ça peut être le cas avec un Dan Brown (je ne me suis toujours pas remis de la lecture d’Inferno qui m’a déplu au possible !). Ici les détails servent à l’avancée de l’enquête et l’on finit par comprendre où l’auteur veut en venir. L’écriture est très agréable une fois que l’on s’est habitué au foisonnement des phrases alambiquées et énigmatiques. Tout prend corps au fil de la lecture et l’on termine Les 7 églises le sourire aux lèvres, conscient d’avoir lu un livre à part.

À réserver aux amateurs de lectures cryptiques et différentes, dans ce domaine on se régale !

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samedi 25 mai 2019

"Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle" de Stuart Turton

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L’histoire : Ce soir à 11 heures, Evelyn Hardcastle va être assassinée.
Qui, dans cette luxueuse demeure anglaise, a intérêt à la tuer ?
Aiden Bishop a quelques heures pour trouver l’identité de l’assassin et empêcher le meurtre.
Tant qu’il n’est pas parvenu à ses fins, il est condamné à revivre sans cesse la même journée.
Celle de la mort d’Evelyn Hardcastle.

La critique de Mr K : Je vais vous présenter aujourd’hui une lecture toute particulière avec un des derniers nés de la maison d’édition Sonatine: Les Sept Morts d’Evelyn Hardcastle de Stuart Turton. Présenté comme un mix entre Agatha Christie, Downton Abbey et Un jour sans fin, voilà un roman qui intrigue et qui personnellement m’a totalement laissé pantois durant toute sa lecture. Il est rare d’être autant surpris par un roman quand on lit beaucoup et depuis longtemps. Le pari est superbement relevé ici entre enquête policière, ambiance crépusculaire et éléments fantastiques. Le voyage livresque fut de haute volée !

Aiden Bishop est condamné à revivre la même journée dans des corps différents. Mais attention, un mystérieux homme lui annonce qu’il n’a le droit qu’à huit emprunts de corps (donc il pourrait vivre huit fois la même journée) pour deviner qui va tuer la fameuse Evelyn Hardcastle et annoncer à cet étrange commanditaire le résultat de ses déductions. Célébrant un triste anniversaire, les Hardcastle ont convié dans cette vieille demeure un grand nombre d’invités qui cachent bien des secrets. Les domestiques ne sont pas en reste et au fil de ses tentatives, notre héros va devoir faire le lien entre les indices qu’il découvre, éviter les fausses pistes, se méfier de tout le monde et essayer de rester en vie car un tueur implacable est à ses trousses et élimine un à un chacun de ces hôtes d’un jour...

Véritable labyrinthe narratif, Les Sept Morts d'Evelyn Hardcastle se dévore sans vergogne avec l’impression d’être prisonnier de cette demeure qui révèle petit à petit ses mystères. Objets, personnes, événements, on se croirait dans un Cluedo littéraire et l’on prend plaisir à revivre les scènes sous différents angles, avec des points de vue divergents qui donnent à voir des vérités cachées qui lèvent peu à peu le voile sur les relations exactes entre personnages, époques et sentiments évoqués. Très bien construit, même s’il faut s’accrocher entre changement d’hôte, d’époque et flashback, c’est assez jubilatoire de se sentir totalement manipulé comme le pauvre héros de notre histoire. Le suspens est constant et l’on se demande bien comment cette histoire se terminera. Le jeu en vaut la chandelle car je vous défie de deviner le fin mot de cet ouvrage dense et extrêmement bien construit.

Très anglais dans l’ambiance qu’il dégage, c’est vrai qu’il y a du Downton Abbey dans ce roman mais un Downton Abbey en pleine déliquescence où les méduses rôdent. Secrets anciens, inimitiés, trahisons, ressentiments et course contre la montre se mêlent au détour des couloirs et des événements liés à cette réception : partie de chasse, nuit d’ivresse, repas collectif, entrevues secrètes sont au menu et la demeure est vaste. À noter que l’auteur a glissé une liste des invités de la party et une carte des lieux en début de recueil (moi qui adore les cartes j’étais comblé). C’est bien utile pour se repérer et cela participe d’autant plus à l’immersion du lecteur.

J’ai beaucoup aimé aussi le parti pris de Stuart Turton de nous placer dans la peau du personnage en utilisant la première personne. On participe à l’enquête, on doute, on cherche, on se fait avoir... On vit avec lui la difficile prise de conscience du changement d’hôte, la nécessité de s’adapter à ce nouveau corps, à ce nouvel esprit. Cela donne des passages détonants tantôt drôles, tantôt tragiques. Les événements s’accélèrent d’ailleurs très vite mettant une pression très forte sur Aiden et donc sur nous. Difficile, vraiment très difficile de s’échapper de cette lecture qui nous happe sans espoir de retour. L’élément fantastique n’est pas proéminent, certes il y a cette enquête ubuesque où l’on rejoue la même pièce, mais c’est surtout l’occasion pour l’auteur de rendre à sa manière un hommage talentueux à Agatha Christie et à Conan Doyle. Un certain classicisme apparaît en terme de caractérisation des personnages, de certaines situations, de la façon de confondre les personnes et de raccrocher les événements les uns aux autres mais la nature profonde des êtres qui animent ce théâtre de papier fait basculer le roman dans le thriller, le sanglant, l’extrême. Je peux vous dire que certains personnages sont bien retors et ne reculent devant rien pour assouvir leurs pulsions ou intérêts personnels.

Pour parachever le tout, l’ouvrage est remarquablement écrit. Très accessible malgré des choix narratifs osés, on se laisse porter par l’histoire, une galerie de personnages hauts en couleur et les coups du sort avec une aisance qui ne se dément jamais et un plaisir de lire optimum. A la fois classique dans les thèmes abordés et très novatrice dans sa forme, c’est le genre d’expérience qui vaut vraiment le détour. Une lecture coup de cœur qui fera date au Capharnaüm éclairé !

Posté par Mr K à 16:49 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
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