lundi 10 août 2020

Anthologie Creepy, Volume 3 - Collectif

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Le contenu : Avant Métal Hurlant, Ere Comprimée, Spécial USA, il y avait CREEPY, EERIE et VAMPIRELLA. Ces trois magazines cultes publiés par les éditions WARREN aux Etats-Unis entre 1964 et 1984, ont été une révolution de l’industrie des comic-books qui allait faire des vagues jusque sur le vieux continent.

En effet, en se libérant de l’étiquette "la BD c’est uniquement pour les enfants" pour passer à un format plus grand alors destiné aux adultes, ces magazines qui s’appuyaient dès leur création sur les auteurs mythiques des EC Comics, allaient ensuite lancer une nouvelle génération d’auteurs indépendants américains et marquer des deux côtés de l’Atlantique aussi bien les lecteurs que les jeunes artistes ou les éditeurs.

Avec notamment des œuvres sublimes de Wallace Wood, Steve Ditko, Neal Adams, ou encore Jeff Jones, découvrez avec ce troisième volume des anthologies CREEPY, les meilleurs auteurs et histoires de ce magazine incontournable qui allait changer l’histoire de la bande dessinée !

La critique de Mr K : Aujourd’hui, je vous parle du petit cadeau que je me suis offert en juin, le volume 3 de l’Anthologie Creepy paru chez Delirium. Ceux qui nous sont fidèles savent que je suis un grand amateur de comic books d’épouvante à l’ancienne avec des chroniques sur les deux premiers tomes, sur les deux tomes de Eerie et même sur les deux volumes extraordinaires consacrés à Corben, mon dessinateur préféré (volume 1 et volume 2). Ça fait un petit bout de temps que ce volume me faisait de l’œil, j’ai donc franchi le rubicon. Et comme d‘habitude, la lecture fut exquise !

Derrière la superbe couverture signée Frazetta (un dessinateur que j’admire beaucoup), on retrouve 27 histoires qui tour à tour intriguent, glacent le sang et règlent leur compte aux vices humains. Dans ces pages, il ne fait pas bon se laisser aller à nos bas instincts car avarice, orgueil, colère, gourmandise, luxure, envie et ressentiments vous seront fatals. Bien souvent c’est l’arroseur arrosé avec des actes qui se retournent contre leurs auteurs et sont l’occasion d’une bonne leçon bien morbide qui ravit le lecteur amateur de frissons.

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On retrouve une belle brochettes d’êtres torturés dans cet ouvrage qui fait la part belle aux monstres en tout genre dont souvent les pires sont humains. Momies vengeresses, esprits revanchards, zombie pourrissant, loup garou bien malgré lui, animaux gigantesques, golems gardien du temps, statues de cire bien vivantes, créatures de l’espace, mutants venus du futur ne sont finalement que la résultante d’acte vils perpétrés par des hommes sans scrupules bien souvent mus uniquement par leur intérêt. En quatre / cinq planches leur sort est bien réglé avec l’ultime remarque sarcastique du maître Creepy qui n’a pas son pareil pour les jeux de mots servis bien noirs.

Les récits se lisent avec un plaisir de tous les instants, on change d’histoire et bien souvent de scénariste et dessinateur. Les styles diffèrent beaucoup, certains sont certainement moins percutants mais l’ensemble des récits se tient bien et apporte son lot de surprises. On est ici dans du noir et blanc très léché, les auteurs jouant bien souvent sur des contrastes accentués qui donnent parfois à voir de véritables chefs d’œuvres du genre. Les récits se révèlent comme toujours très rythmés, sans temps mort et avec un sens de la concision dans la narration plus que louable et d’une efficacité redoutable.

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J’ai trouvé aussi ce volume plus engagé avec des critiques parfois très prononcées sur la course aux armements ou encore le Vietnam. Deux, trois récits abordent ces sujets frontalement, rappelons que ces comics datent des années 1967 à 1972. L’Amérique est toujours engagée dans le conflit et la censure fonctionne à plein régime. Les auteurs doivent aussi combattre la bien-pensance régnante et la toute puissance des ligues de vertu qui voient d’un mauvais œil ces histoires qui à leurs yeux pervertissent l’esprit de la jeunesse. L’éditeur James Warren avait écrit une lettre ouverte au Président de la République et au congrès américain bien percutante à l’époque, elle est reproduite fidèlement dans les pages de ce volume. À l’heure où les réactionnaires de tout poil ont pignon sur rue (il suffit de voir et entendre certains commentateurs politiques sur certaines chaînes d’info en continu), on se dit que le droit d’expression reste toujours en péril et qu’on est pas à l’abri d’un retour de l’ordre moral bien moisi.

En bonus dans cet opus, les éditeurs nous gratifient d’une interview fleuve de Frank Frazzetta, le fan que je suis a hautement apprécié les multiples réflexions sur sa manière d’appréhender son art et son travail. On trouve aussi une interview du même acabit d’Archie Goodwin qui se raconte lui-même et comme dans chaque intégrale, la toute fin du volume nous permet d’admirer les fac-similés des couvertures de Creepy en couleur. Bref on est gâté !

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Si vous êtes amateur du genre, de comics bien vintage, jetez vous dessus et sur les autres volumes, c’est une tuerie. Il me reste maintenant à regarder ce qui m’a encore échappé dans le catalogue Delirium et mon petit doigt me dit qu’il reste de petites choses intéressantes à explorer...


mardi 28 juillet 2020

"La Clé de l'abîme" de José Carlos Somoza

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L’histoire : Puissant, immense, tout de verre et d'acier, le Grand Train de 7h45 vient de s'ébranler à destination de Hambourg, quand, à son bord, le modeste employé Daniel Kean distingue une flaque rouge sang aux pieds d'un passager. Pour déjouer l'attentat imminent, le jeune homme amorce le dialogue avec le kamikaze agonisant qui lui susurre quelques mots à l'oreille. Le voilà dépositaire malgré lui d'un effroyable secret : l'emplacement de la "Clé" qui pourrait détruire Dieu, détruire surtout la crainte qu'il inspire aux hommes. Flatté, menacé ou manipulé par deux bandes rivales qui se disputent cette boîte de Pandore, Daniel s'immerge dans un univers peuplé d'ombres, traverse des ténèbres et affronte des mythes et des divinités archaïques.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture bien perchée aujourd’hui avec La Clé de l’abîme de José Carlos Somoza, un ouvrage paru chez Actes sud qui végétait dans ma PAL depuis maintenant trop longtemps. Je me rappelle l’avoir adopté dès le premier regard avec cette couverture attrayante au possible qui m’a attiré de suite, la quatrième ayant achevé de me convaincre avec de grandes promesses. Au final, je n’ai pas été déçu, l’histoire est prenante au possible, les références nombreuses (dont une à laquelle je ne m’attendais pas) et malgré une lecture parfois âpre, on prend beaucoup de plaisir à suivre les aventures déjantées de cet infortuné de Daniel.

Daniel Kean sur le papier n’a pas grand chose d’un héros. C’est un être ordinaire. Il vit modestement avec sa femme et leur fille, travaille pour les transports publics, ne cherche pas à sortir du lot, se contente de ce qu’il a et franchement se trouve heureux comme cela. Lors d’une ronde dans un wagon, il remarque un voyageur saignant abondamment. Il s’en approche et se rend compte qu’il s’agit d’un déséquilibré qui s’apprête à commettre un acte terrible. De fil en aiguille, il gagne sa confiance et finit par se voir confier un secret qui pourrait changer la face du monde. Ça il ne le sait pas encore en fait, il attire les convoitises de deux groupes distincts qui se battent pour mettre la main sur la fameuse clé de l’abîme qui donne son titre à l’ouvrage. Tout bascule à ce moment là, Daniel se retrouvant bien malgré lui au cœur de la lutte éternelle entre le Bien et le Mal avec en point de mire la croyance et la crainte de Dieu qui pourraient bien disparaître... ce qui livreraient à coup sûr la Terre au Chaos.

Étrange, vous avez dit étrange ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises car le roman ne peut se résumer à cela. L’histoire se déroule dans un futur indéfini et on sait juste qu’il y a eu de grosses catastrophes naturelles (le passage se déroulant dans un monde englouti enfermé dans un cercueil de verre est tout bonnement bluffant), que l’apocalypse a eu lieu et qu’une nouvelle société futuriste est apparue, que les hommes ne naissent plus naturellement ou très peu (vive l’eugénisme !), qu’une religion nouvelle est apparue se basant sur une bible contenant quatorze chapitres comme cet ouvrage d’ailleurs, chaque partie faisant référence à une œuvre de H.P. Lovecraft ni plus ni moins... Cela vous donne un bref aperçu de l’ouvrage qui fait la part belle à l’ésotérisme, aux références au maître mais interroge aussi beaucoup sur la foi et le sens de l’existence.

L’ensemble s’apparente donc à un road movie, une chasse au trésor mystique qui voit notre héros brinquebalé en tout sens, lui faible humain confronté à des forces et des organisations qui le dépassent. L’empathie fonctionne à plein régime pour lui, ses faiblesses nombreuses le rendent attachant, parfois pitoyable mais profondément humain. Il est le grand point fort de ce roman où l’on croise de multiples personnages et entités avec au cœur de la bagarre deux camps antagonistes que rien ne semble arrêter et fomentant de terribles actions pour arriver à leurs buts. Et puis, il y a LE personnage marquant, la Vérité, ni plus ni moins, personnage énigmatique à souhait, inclassable, qui se range d’un côté puis de l’autre, parsemant l'ouvrage de maximes sibyllines qui font froid dans le dos. La fin vient nous cueillir littéralement et provoque la réflexion du lecteur sur plusieurs jours, accompagnée de l’impression durable qu’on a lu un ouvrage à part.

Mené tambour battant, La Clé de l'abîme fait la part belle aux rebondissements inattendus, aux rencontres improbables, aux descriptions dantesques et aux questionnements philosophiques. Pas le temps de s’ennuyer même si j’avoue qu’il faut un temps d’adaptation pour goûter pleinement à la richesse de la langue employée. Ce roman ne conviendra pas à tout le monde car il se mérite mais une fois son armure fendue, quel bonheur et quelle ivresse ! Une sacrée découverte que les amateurs du genre doivent tester à leur tour au plus vite.

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vendredi 22 mai 2020

"Les Temps assassins T3 : Parmi les vestiges" de Pierre Léauté

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L’histoire : Il n’a qu’un seul nom mais en utilise des centaines.
Il fuit son passé depuis des siècles.
Ses contemporains l’ennuient.
Les immortels le craignent.
Il est l’Empereur des Mondes.
Il est Ehren Mason.

La critique de Mr K : Ultime tome de la trilogie des Temps assassins, Parmi les vestiges de Pierre Léauté nous propose une conclusion assez magistrale à une saga vraiment prenante et à la complexité grandissante au fil des volumes. C’est un nouveau narrateur qui prend place ici, Ehren Mason (aka Le Tricheur) qui va nous raconter le fin mot de l’histoire. Vous pensiez en avoir vu de belles ? Attendez de lire la suite de ma chronique et ceci évidemment sans spoiler les volumes précédents, exercice fort difficile je vous l’accorde.

Jusque là le lecteur n’avait qu’entraperçu Ehren Mason au détour de scènes clefs de l’intrigue. Personnage mystérieux, volontiers roublard et accompagné de tueurs sanguinaires, on se doutait bien qu’il pouvait jouer un rôle important. Le présent tome va lever le voile sur ses origines, son parcours et surtout son devenir hors du commun. Comme pour tout Immortel qui se respecte, tout va se jouer à partir d’un crime ineffaçable qui est à l’origine de leur Don. Comme pour Darwell ou Charlotte des volumes précédents, commence une existence basée sur un remord originel. La différence pour Ehren réside dans le fait qu’il va accéder assez vite (dans une vie d’Immortel s’entend) aux plus hauts pouvoirs et hautes fonctions, se laisser griser avant de tout perdre. Le personnage se laisse facilement gagner par l'hybris inspiré par le pouvoir, l’argent et semble ne jamais en avoir assez. Semant volontiers le chaos et le doute, il va au final trouver sa place et révéler sa vraie nature.

Je pensais après la lecture des deux premiers tomes que l’auteur avait fait déjà le tour de la question et d’ailleurs si on m’avait demandé mon avis, j’aurais même dit que l’on pourrait s’arrêter là malgré quelques zones d’ombre. C’est justement ces espaces qu’explore Pierre Léauté grâce à Ehren, exploration qui va élargir le champ des possibles et amener sur la table de nouveaux éléments bien sombres qui font replonger un certain nombre de personnages. Et oui, on a ainsi le plaisir de revoir Charlotte, Darwen (mon chouchou je l’avoue) et quelques personnages essentiels comme Saint Preux ou encore l’Oracle. Ça paraît logique tant on accompagne Ehren qui en fait est aux premières loges des événements racontés dans les deux premiers volumes. Sans qu’on le sache vraiment, il tirait nombre de ficelles et se cachait derrière certains deus ex machina et autres rebondissements.

On retrouve pendant une petite moitié de livre la naissance d’un Immortel avec le personnage d’Ehren, on reprend donc les mêmes ficelles que les deux tomes précédents avec ici des focus historiques sur Alexandre le Grand notamment. Et oui, Ehren est bien plus vieux que les deux autres héros, ceci explique son influence plus forte. Ça fonctionne bien, la mayonnaise prend et même si je dois avouer que le personnage n’a pas le charisme des précédents (c’est plus un filou puis un tyran au départ), on se plaît à suivre les méandres de son existence. Véritable serpent faisant sa mue à de multiples reprises, bien malin sera celle ou celui d’entre vous capable de deviner sa destinée. Plusieurs fois dans ce volume, on revit certaines scènes importantes à travers ses yeux, ceci nous révélant des tenants et des aboutissants dont nous étions loin de nous douter. Beaucoup de certitudes s’effondrent et on essaie de comprendre les réactions en chaîne que cela va pouvoir provoquer.

Très vite, ce troisième tome se révèle être un véritable jeu de piste à travers le temps, l’espace et les relations complexes entre les personnages et camps en présence. Certaines vérités font mal et provoquent l’irruption de nouvelles entités ou personnages d’une sacrée trempe qui feraient passer les précédents bad guy pour des petits rats de l’opéra. On ne peut que s’incliner devant l’architecture même de l’œuvre dans son ensemble, c’est brillant et remarquablement amené. Parmi les vestiges ne peut en cela être lu sans avoir parcouru les deux opus précédents. Il les complète de fort belle manière, élève les enjeux à un niveau encore supérieur et fournit une conclusion sans appel. Le rythme reste toujours aussi haletant, pas le temps de s’ennuyer avec des péripéties nombreuses et les surprises qui vont avec.

Que dire de plus sinon que dans le genre cette trilogie est une pièce de choix qui se déguste sans modération ! Un pur bonheur de lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Rouge vertical
- Les Uchronautes
- Mort aux grands et Guerre aux grands

jeudi 14 mai 2020

"Montagnes de la folie / Les Montagnes hallucinées" de H.P. Lovecraft

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L’histoire : Au cours d'une expédition en Antarctique, deux scientifiques mettent au jour, derrière une chaîne de montagnes en apparence infranchissable, les vestiges d'une ancienne cité aux proportions gigantesques. Pendant cinq ans, un vénérable professeur d'université devient la proie d'étranges visions. Cherchant à comprendre ce qui l'a "possédé", il découvre en Australie des ruines plus qu'antédiluviennes cachées au regard des hommes. En visitant les dédales et recoins de ces lieux maudits, tous vont observer des fresques évoquant l'arrivée sur Terre d'entités d'outre-espace. Et constater que la menace de les voir reprendre le contrôle de la planète existe toujours...

La critique de Mr K : Chronique d’un re-reading à la saveur toute particulière aujourd’hui avec un auteur clef dans ma construction de lecteur. J’ai lu et dévoré quasiment toute son œuvre durant mes années lycée et fac, nourrissant au passage mon goût prononcé pour le fantastique, l’ésotérisme et la SF. C’est lors de sa participation à un concours sur Instagram que Nelfe a remporté entre autre cette nouvelle traduction de Dans les montagnes hallucinées, un classique des classiques quand on aime Lovecraft. Cette nouvelle version a à priori fait verser beaucoup d’encre, j’ai donc eu l’occasion de pouvoir y goûter et me faire ma propre opinion.

Décidément, je fréquente beaucoup le pôle Nord ces derniers temps dans mes lectures. Après le très bon Erebus qui versait dans le récit historique, je replongeai donc avec délice sur les pas d’une autre expédition, fictive je vous rassure, dans l’Enfer blanc antarctique avec une équipe dépêchée entre autre par l’université de Miskatonic. L’objectif est encore et toujours (on est dans les années 30) d’explorer une terra incognita, de faire des relevés notamment géologiques et d'approfondir les connaissances de l’Homme sur cet espace aussi mystérieux qu'hostile pour notre espèce. On peut compter sur l’auteur pour nous donner moult détails sur les tenants et aboutissants scientifiques, l’organisation et les personnes prenant part à l’expédition.

Évidemment, rien ne se passe comme prévu et l’équipe va faire des découvertes tour à tour surprenantes, troublantes voire tout à fait horribles et traumatisantes dans le dernier acte. Des montagnes immenses, des ruines cyclopéennes, des fossiles mi végétaux mi animaux, des traces suspectes et bientôt des créatures venus de l’outre-espace vont faire leur apparition et faire chavirer littéralement l’expédition dans l’horreur et la folie. On ne se frotte pas aux Grands Anciens sans risquer sa vie et sa santé mentale !

Ce livre fait toujours autant d’effet 25 ans après ma première lecture. Il est terrifiant de par son contenu et sa montée en pression. Lovecraft s’y entend comme personne pour faire monter la sauce, distiller le mystère, les indices à un rythme très lent et pénétrant. Ce texte est en fait essentiellement descriptif, peu ou pas d’action, le narrateur se contentant de raconter les faits qui se composent essentiellement de rapports de différents membres de l’expédition et de ses propres observations. Cela donne de grandes pages où l’on explore des lieux extraordinaires dans tous les sens du terme renforcé par un climax glaçant au sens propre comme au sens figuré. Architecture étrange, parcours labyrinthique dans une cité perdue jamais explorée par notre espèce, créatures innommables surgissant de la nuit des temps, des anciens mythes qui reviennent à la vie, santé mentale plus que chancelante des protagonistes, tous ces ingrédients se répondent, se complètent et donnent à lire un texte culte dans le genre.

Le plaisir de lire est toujours là, le style de Lovecraft est incroyable. Certes parfois désuet, mais c’est ce qui fait son charme. L’écriture datée, ampoulée parfois, souvent très précise, donne une densité et une profondeur au contenu terrible. Le récit prend vraiment à la gorge et l’on accompagne le narrateur dans ses expériences avec une angoisse durable qui tord les boyaux. Pour la traduction, je suis partagé. Je trouve le style moins poétique que dans mes souvenirs, plus heurté et parfois moins stylisé mais il paraît que l’on colle davantage au matériaux d’origine... Je ne suis pas assez calé en la matière pour en tirer un quelconque avis objectif et argumenté, sachez simplement que quelque soit la version que vous choisirez de lire, Les Montagnes hallucinées (je préfère largement ce titre par contre) est un classique du fantastique, peut-être pas le plus accessible pour découvrir l’auteur (préférez lui Dagon ou L’affaire Dexter Ward) mais un monument de la littérature qui en 2020 se lit toujours aussi bien !

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samedi 9 mai 2020

"Les Temps assassins T2 : Les Uchronautes" de Pierre Léauté

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L’histoire : Immortel. La vie semble plus douce. Pourtant, les démons de nos âmes vivantes continuent de nous hanter. Guerrier, mentor, révolutionnaire, Darwen Longville cherche la paix et n’ignore pas qu’elle a un prix...
L’éternité a ses héros. Elle a aussi ses victimes.

La critique de Mr K : Il s’est déjà passé quatre ans depuis ma lecture du premier tome de la trilogie des Temps assassins de Pierre Léauté, Rouge Vertical. Honte à moi tant j’avais aimé ce premier volume aussi virevoltant que réussi. Heureusement, nous avons croisé l’auteur aux Utopiales de 2019 et il s’est rappelé à mon bon souvenir lors d’une entrevue aussi chaleureuse que sympathique. C’est donc avec une grande envie que je commençais ma lecture du tome 2 : Les Uchronautes. Et là... l’addiction totale et malgré une Little K en forme, je n’ai pu me résoudre à relâcher ce volume encore plus réussi que le précédent !

On change de point de vue avec ce deuxième tome laissant de côté Charlotte Backson (aka Milady de Winter) pour suivre le parcours tortueux et haut de couleur lui aussi de Darwen Longville, l’homme par qui le chaos va survenir chez les Immortels, êtres mystérieux capables de voyager dans le temps et ses différentes fractales. Fils de nobliaux ne s’étant jamais remis de la mort de son jeune frère, il aiguise ses compétences de combattant hors pair à force d’épreuves et d’entraînements, il finit par s’engager dans l’armée de Guillaume le conquérant et participe à la bataille d’Hasting durant laquelle il trouve la mort... Mais ne vous y trompez pas, ceci n’est que le début de son incroyable destin ! Possédant le Don, il devient un Immortel. Il rejoint leur confrérie secrète Analekta et devient un exécuteur chargé de chasser les renégats de l’ordre. Obéissant à la lettre au décalogue, une liste de dix commandement à respecter absolument sous peine de mort (et oui on peut mourir en étant immortel), il commence cependant à douter et un événement va tout faire basculer.

Écrit à la première personne, ce livre est hyper immersif. On suit au plus près le parcours de Darwen un personnage aussi attachant que complexe. La première partie s’attache à sa vie humaine si je puis dire et l’on retrouve tout le talent de l’auteur pour ciseler ses personnages, leur donner vie et les faire évoluer dans des directions parfois désarçonnantes. On ne tombe jamais ici dans la caricature, chose qui malheureusement est souvent le cas dans ce type de littérature. Ici tout être est pétri de contradictions et chaque personnage inspire des sentiments mêlés au lecteur. D’initiatique le roman se transforme vite en récit de vendetta et en rébellion qui met toutes les certitudes entre parenthèses et donne lieu à une multitudes de scènes épiques, de trahisons et révélations qui produisent leur petit effet. On ne s’ennuie pas une seconde avec en plus une science de la narration millimétrée qui réserve son lot de surprises. La fin de l’ouvrage est un vrai déchaînement de fureur qui mène à une conclusion très mélancolique qui m’a personnellement comblé. On n’a pas affaire à un auteur qui propose un bel écrin pour accoucher d’une souris, ici tout est poussé à son paroxysme et on ne tombe pas dans la facilité.

De par leur capacité de se déplacer dans le temps, le récit est vraiment échevelé, surprenant. On peut tout se permettre quand on écrit ce type d’histoire et Pierre Léauté ne s’en laisse pas compter. Il maîtrise la matière historique avec fun, jubilation et panache (il n'est pas prof d'Histoire dans le civil pour rien !) ; les amateurs d’Histoire mais aussi d’uchronie seront aux anges avec une multitude d’époques explorées toujours avec justesse et un souci de clarté appréciable. Et puis, tout le background est passionnant à commencer par cette mystérieuse confrérie qui révèle peu à peu son vrai visage, les factions concurrentes qui ne sont pas des plus claires non plus, pléthore de personnages mystérieux qui cachent bien leur jeu et se révèlent parfois être de véritables fous furieux (même dans le soit disant bon camp)... Les humains ne sont finalement que des pions interchangeables voire jetables lors de certaines séquences pour le moins explosives.

Le tout est emballé de la plus belle des manières avec une langue toujours aussi plaisante à parcourir : accessible, précise, jamais rébarbative et toujours en mouvement. C’est un pur bonheur en mots, phrases et chapitres. C’est bien simple, les pages se tournent toutes seules et il m’a été impossible de lâcher le volume. Une super lecture qui se prolonge avec un troisième tome dont je vous parlerai plus que très prochainement puisque j'en ai déjà terminé la lecture...


samedi 4 avril 2020

"Le Fantôme de Canterville" d'Oscar Wilde

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L’histoire : Une famille américaine achète un château hanté. Bruits de chaînes et taches de sang terrorisent la région depuis des siècles...

Mais que peut un pauvre fantôme contre le bon sens d'un homme d'affaires, les détachants super-actifs de sa femme et la malice des enfants, toujours prêts à lui jouer des tours ?

La critique de Mr K : Quitte à passer pour un iconoclaste, je n’ai guère apprécié Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Pourtant tous les ingrédients étaient présents pour effectuer une bonne lecture mais la langue avait cruellement vieilli à mes yeux et avait gâté ma lecture. N’étant pas buté, je retente aujourd’hui ma chance avec Le Fantôme de Canterville dégoté lors d’un chinage, un recueil de trois nouvelles édité dans une édition jeunesse. Me voila rabiboché avec l’auteur tant j’ai apprécié cette expérience entre fantastique, humour et langue délicieusement fine.

La première nouvelle est donc celle qui donne son nom à l’ouvrage. Dans Le Fantôme de Canterville, un spectre condamné à l’errance est confronté à de nouveaux propriétaires venus d’outre-Atlantique. Mort depuis trois cents ans, on peut dire qu’il a de l’expérience dans le domaine de l’effroi mais le voila bien embêté face à une famille que rien ne semble effrayer. Il a beau essayer tous ces tours, rien n’y fait, ils ne crient pas, ne détalent pas en courant. C’est à n’y rien comprendre, tellement d’ailleurs que le fantôme commence à tomber en dépression ! Le Salut viendra de Virginia, la fille du couple qui va creuser la question et essayer de propulser l’âme errante dans un au-delà qui jusque là lui échappait... Ce texte est très malicieux, irrévérencieux envers le genre fantastique très en vogue à l’époque de Wilde. Rappelons qu’il date du XIXème siècle et son contenu est donc quasiment subversif et à l’opposé du genre à l’époque. Rondement écrit, sans lourdeurs et avec un sens de la caractérisation des personnages aigu, on passe un très bon moment entre émotion et rire. Certains passages sont d’une très grande délicatesse notamment le passage dans le jardin des morts où l’intrigue se dénoue et mène à un final touchant à souhait. La lecture débute bien !

On enchaîne ensuite avec Le Crime de Lord Arthur Savile, une nouvelle placée sous le signe de l’occultisme et du fatum implacable qui semble suivre le héros, un jeune lord à qui on a fait une prophétie des plus sombres lors d’une soirée mondaine ! En effet, il va commettre un meurtre ! Bien évidemment le diseur de bonne aventure ne lui a pas indiqué le nom de la victime, ni le lieu, ni le moment. Voulant préserver sa future épousée, il décide de passer à l’acte en préventive... Sauf qu’à chaque fois, le stratagème mis en place déraille ou ne fonctionne pas. La résolution du récit viendra de manière inattendue clôturant cinquante pages de haute volée. Belle réussite encore que cette nouvelle qui conjugue humour noir, romantisme et pied de nez à l’establishment, exercice dans lequel Oscar Wilde excelle. Là encore, les pages se tournent toutes seules et l’on prend un malin plaisir à suivre les déboires d’un héros totalement obsédé par son destin. La dernière nouvelle, Le Millionnaire modèle est plus anecdotique. Faisant une dizaine de pages, le personnage principal va voir dans son atelier un ami peintre et fait la connaissance d’un vieillard qui n’est pas ce qu’il semble être. Plus convenu, le récit est simplement plaisant mais pas inoubliable. Très classique en fait, il jure un peu avec les deux autres textes proposés, ne procure aucune réelle surprise et l’on retrouve malheureusement le style un peu ampoulé qui m’avait tant déçu dans ma première lecture d’un Oscar Wilde.

Pour autant, malgré une nouvelle finale décevante (mais très courte donc on limite la casse), ce recueil est vraiment à conseiller. Ces contes n’ont pas pris une ride, proposent un contenu tantôt effrayant, tantôt drôle avec en filigrane une critique acerbe de la société et des mœurs de l’époque. Il faut savoir pour cela comprendre les subtilités de la langue, aidés que nous sommes ici par un certain nombre de notes bien senties qui permettent d’éclairer certains sous entendus lourds de sens. Non senses, ironie cinglante et même quelques touches bien cyniques parsèment ces lignes qui emportent le lecteur dans une autre époque avec brio et un plaisir renouvelé. À découvrir si ce n’est déjà fait !

mardi 14 janvier 2020

"Trois ombres" de Cyril Pedrosa

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L’histoire : Joachim vit paisiblement à l’écart du monde avec ses parents. Mais un soir, ne parvenant pas à trouver le sommeil, ils remarquent des ombres qui semblent les attendre sur la colline en face...

Ces dernières apparaissent sous la forme de trois cavaliers et s’évanouissent dès que l’on s’en approche. Ces "choses" sont là pour Joachim. Son père aura-t-il raison de se battre contre l’inéluctable ?

La critique de Mr K : Quelle claque mes amis ! Quelle claque ! De celle dont on ne se remet que doucement. C’est bien simple, j’étais liquide en refermant l’ouvrage tant il m’a ému. Trois ombres de Cyril Pedrosa prenait la poussière dans notre PAL collective de BD depuis trop longtemps, c’est en remettant le nez dedans en tout début d’année que j’arrêtais mon choix sur lui. Que j’ai bien fait ! Entre conte, roman initiatique et récit intimiste, voila un roman graphique qui prend à la gorge et ne relâche son étreinte qu’en toute fin de volume.

Joachim vit seul avec ses parents au milieu de nulle part. Sans attaches, quasiment en autarcie, ils vivent d’amour et d’eau fraîche. Les journées sont rythmées par les tâches du quotidien et des moments de partage. Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble fortement, les liens familiaux sont forts et tout particulièrement entre le papa protecteur et son jeune fils toujours près à le suivre partout où il va. Mais un beau jour (ou peut-être une nuit...), Joaquim distingue trois ombres au loin qui semblent l’observer attentivement. Menace sourde et silencieuse, ces trois cavaliers sont là pour Joachim comprennent-ils assez vite. Pour le père, impossible de se laisser faire, il prend son fils avec lui et part loin pour échapper au danger qui le guette... Commence alors un périple aussi fou que déroutant qui nous emmène loin, très loin dans tous les sens du terme.

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J’ai été happé par ce récit dès les première planches. La faute d’abord à un recueil de toute beauté. J’ai adoré le parti pris du dessinateur. Ses traits souples, dynamiques, emprunt de noirceur distillent de-ci de-là de multiples détails qui donnent vie à des personnages très attachants et une époque indéterminée très bien rendue. Le noir et blanc est aussi subtil que sublime, il donne un cachet particulier et une certaine hauteur de vue à une histoire plus que prenante.

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On est conquis de suite par Joachim et ses proches, je ne suis pas loin de penser que c’est un peu la vie que j’aurai voulu avoir. De la tranquillité, les joies simples d’une existence rurale entre labeur quotidien et émerveillement devant le cycle immuable de la nature, l’absence de communauté humaine et des déviances qui l’accompagnent. Oui, vraiment, on aimerait partager les jours de cette famille où tout se construit autour de l’amour, la curiosité et le respect. C’est d‘autant plus dur du coup de voir la cellule familiale se briser par la suite avec cette séparation brutale qu’il va falloir gérer et cette fuite en avant pour éviter le pire.

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L’auteur ne se départit jamais de la finesse scénaristique qui caractérise les dix premières planches, tout ici est abordé avec une extrême sensibilité et sans pathos. Il est question des choses de la vie, de l’amour parent-enfant (qui prend une importance cruciale pour nous aujourd’hui au Capharnaüm Éclairé), de l’expérience que l’on accumule mais aussi de la servitude, de la souffrance et de la Mort. Au fil du déroulé, la tension monte, on sent bien que les choses évoluent vers une certaine fin (que j’ai deviné assez vite). Notre cœur commence à battre la chamade , on angoisse pas mal je dois dire et au final on est cueilli, littéralement ébranlé par la force du récit, son intelligence et sa profonde humanité.

Difficile d’en dire plus sans révéler trop de choses, cette BD se déguste avec un plaisir renouvelé. C’est beau, mélancolique, parfois marrant et toujours dosé de main de maître. Nourrissant la réflexion, interrogeant notre rapport aux autres et à la vie, voila un volume qui trouvera une très belle pièce dans notre bibliothèque. Trois ombres est une vraie perle que je vous encourage à découvrir au plus vite !

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mercredi 8 janvier 2020

"La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires" de Tim Burton

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L’histoire : Fidèle à son univers d'une inventivité si particulière, mêlant cruauté et tendresse, macabre et poésie, Tim Burton donne le jour à une étonnante famille d'enfants solitaires, étranges et différents, exclus de tous et proches de nous, qui ne tarderont pas à nous horrifier et à nous attendrir, à nous émouvoir et à nous faire rire. Un livre pour les adultes et pour l'enfant qui est en nous.

La critique de Mr K : Lecture spéciale Noël avec cet ouvrage qui n’a que trop tardé à être sorti de ma PAL. Je suis fan de Tim Burton depuis toujours et j’ai été ravi d’accueillir La Triste fin du petit Enfant Huître et autres histoires au sein de ma bibliothèque. Ce fut une très belle expérience de lecture qui mêle mélancolie, poésie et belles illustrations, on passe un moment inoubliable et totalement magique.

23 histoires composent ce recueil à la saveur très particulière. 100% burtoniens, ces récits parfois très courts et en vers, nous emmènent loin, très loin dans l’imagination débordante d’un auteur vraiment atypique. On retrouve sa fascination pour l’enfance et les malheurs qui parfois l’entourent, la noirceur de la destinée humaine et son goût pour une esthétique sombre que ce soit au niveau des illustrations et des textes que Burton a entièrement réalisés lui-même. L’objet est très beau en lui-même, l’édition est bilingue ce qui permet de passer allègrement de la VO à la VF pour un plaisir renouvelé.

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Comme il fallait s’y attendre d’une œuvre de Tim Burton, les histoires sont ici bien souvent cruelles mais toujours poétiques et à fleur de mot. On croise nombre de personnages interlopes, vous savez les fameux marginaux de la vie qu’affectionne tout particulièrement l’auteur. Le petit enfant huître, le garçon à tête de melon, la fille vaudou, l’enfant tâche ne sont que quelques uns des personnages farfelus mais néanmoins touchants qui errent dans ces pages. On retrouve l’inversion des valeurs si chère à son cœur car l’étrange devient normal et le normal devient étrange, provoquant une foule d’émotions contradictoires dans le cœur du lecteur littéralement conquis par un ouvrage qui emporte tout sur son passage.

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Petit bijou macabre à l’humour noir dévastateur, on redécouvre Tim Burton sous un autre support et on plonge dans son univers avec plaisir. On y retrouve sa patte qui nous rappelle aussi bien Les Noces funèbres, Frankenweenie que son superbe court métrage Vincent. La langue délicate, les illustrations aussi glauques que touchantes sont autant de petits diamants bruts qui nous transportent et nous ravissent. Un grand et beau moment de lecture.

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vendredi 13 décembre 2019

"Gare au garou !", anthologie présentée par Barbara Sadoul

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L’histoire : Dans la nuit, quelqu'un crie au loup. A-t-il rêvé ? Ou la pleine lune annonce-t-elle le retour d'une créature de légende ? La métamorphose d'un homme, intégrale ou non, consciente ou pas, provoque toujours un sentiment de fascination et d'horreur... Qui sera le garou : un être nouveau, un personnage funeste ou miraculeux ?

Huit auteurs (de Pétrone à Brad Strickland) nous présentent leur vision du mythe de l'homme-loup et nous font découvrir ses différentes facettes. Et si Claude Seignolle et Suzy McKee Charnas s'attachent à raconter les confessions de la créature, Robert E. Howard nous plonge dans un univers où transformation rime avec abomination.

Mais une question centrale demeure : du bipède ou de l'animal, qui s'avérera le plus enclin à se laisser emporter par ses instincts primitifs ? Car, au final, n'est-il pas plus difficile d'être un homme qu'un loup, comme le suggère Bruce Elliott ?

La critique de Mr K : Avis aux amateurs de grandes créatures poilues amatrices de chair fraîche aujourd’hui avec cette anthologie de Barbara Sadoul Gare au garou !. J’avais déjà lu et apprécié trois volumes de nouvelles fantastiques recueillies par ses soins et j’avais apprécié le mix improbable des époques et des styles. On reprend ici la même recette avec nos amis lycanthropes au cœur de tous les textes. De vieux classiques à des visions plus contemporaines, on balaie ici un vaste panorama de focus différents sur cette créature mythique à la fois repoussoir et fascinante. Après une introduction fort instructive sur l’évolution du mythe et la symbolique qu’on peut y déceler, on rentre vite dans le vif du sujet.

On commence fort avec un extrait du Satyricon de Petrone où il nous raconte la mésaventure d’un jeune homme accompagnant par mégarde un être hybride. Deux pages seulement composent ce texte qui garde une fraîcheur étonnante vu son âge. Qui a dit que les œuvres du premier siècle avant J.-C. étaient poussiéreuses ? On enchaîne d’ailleurs avec un texte moyenâgeux de Marie de France tiré de ses fameux lais. Dans Bisclavret, elle nous livre un récit chevaleresque typique de l’époque où un homme lycanthrope se fait voler son amour par une traîtresse. Mais la bougresse ne perd rien pour attendre ! Cette nouvelle est terrible, efficace, diablement bien écrite et le final vaut son pesant d’or.

Sur l’autre rive d’Eric Steinbeck est déjà plus récent (mi XIXème siècle) et propose le texte le plus poétique du recueil. Un village se trouve près d’un cours d’eau qui semble séparer le monde en deux. Gare à celui ou celle qui serait tenter de le traverser, attirer par de mystérieuses fleurs au charme vénéneux ! Très beau texte entre onirisme et fantastique pur, on aime se laisser balader par un auteur à la langue gracieuse et au charme intemporel. Un beau coup de cœur ! S’ensuit Le Chien de la mort de Robert E. Howard. L’auteur de Conan de barbare se surpasse en proposant un court texte aussi flippant qu’immersif. Un homme poursuit un fugitif dans une forêt sombre mais le danger ne viendra pas forcément d’où il pense. Ambiance crépusculaire, faux-semblants et coups de théâtre qu’on ne voit pas venir son au RDV. J’ai adoré !

Bruce Elliott prend la suite avec Hors de la tanière, un texte terriblement malin où il inverse le phénomène : un loup se réveille dans la peau d‘un humain dans une cage ! Le procédé avait déjà été effectué par Ursula Le Guin par le passé mais ça marche encore. Le texte est très intimiste, on vit littéralement l’expérience à travers les sentiments et perceptions de ce loup totalement désappointé. Le récit bien mené va jusqu’au bout de son concept et l’on ressort vraiment épaté par ce court texte. Le Gâloup de Claude Seignolle n’est pas de la même trempe, j’aime beaucoup l’auteur mais cette chasse au loup-garou m’a semblé pesante et la vingtaine de pages m’a paru bien longue. Je suis un peu déçu étant amateur du monsieur. Mais bon... personne n’est parfait !

Malgré un titre des plus rigolos, Nibard de Suzy Mckee Charnas est sans doute la nouvelle la plus réussie du recueil avec cette histoire de jeune fille harcelée pour cause de poitrine prononcée qui va prendre sa revanche car depuis l’apparition de ses règles, elle change d’apparence à chaque pleine lune ! Un récit frais, une héroïne très attachante et des branleurs qu’on aimerait bien punir sévèrement composent un texte âpre, sec et qui claque ne ménageant personne et explorant en profondeur son protagoniste principal. Pour terminer, Brad Strickland avec Et la Lune brille pleine et lumineuse propose un récit SF bien tenu où il nous présente le dernier loup garou dans un monde où la Nature en net recul a laissé la place à l’artificialisation de la Terre par un Homme qui décidément n’a rien compris. Étonnant et déstabilisant, j’ai aimé cette variation peu commune du mythe.

On passe donc d’excellents moments avec ces différents textes qui ont tous leur particularité et apportent chacun leur pierre à l’édifice. Le mythe du loup-garou a toujours nourri l’imagination et au-delà de la description d’une créature monstrueuse, aux appétits voraces, on peut y voir de temps à autre un miroir, une introspection sur notre nature profonde et sur la difficulté à être humain tout simplement. Le recueil vaut donc le détour pour tous les amateurs de fantastique et à l’occasion de petits frissons bien sentis. L’hiver se prête bien au jeu je pense, laissez-vous tenter !

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vendredi 8 novembre 2019

"Dieu n'a pas réponse à tout (mais Il est bien entouré)" de Tonino Benacquista et Nicolas Barral

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L’histoire : Dieu résout chaque jour les millions de petits problèmes qui se posent aux humains dans leur vie quotidienne. Pour ce faire, il est aidé d'une myriade d'assistants : tous les habitants du Paradis, et quelques-uns de l'Enfer par dérogation spéciale.

La critique de Mr K : Chronique d’une lecture décevante aujourd’hui avec Dieu n’a pas réponse à tout de Benacquista et Barral dégoté dans le CDI de mon bahut. Mon avis mitigé est d’autant plus rageant que je trouvais le concept de base hyper original et que Benacquista est un auteur que ma chère Nelfe apprécie beaucoup mais au final on n’aboutit pas vraiment à grand-chose... Voici le pourquoi du comment.

L’ouvrage se divise en six historiettes où l’on voit Dieu lui-même aux prises avec des difficultés. En effet, il est censé veiller sur sa création mais parfois des situations lui échappent et il doit faire appel à un auxiliaire tout droit venu du Paradis ou du Purgatoire. Ainsi dans ce volume il va faire appel à Al Capone, Louis XIV, Sigmund Freud, Homère, Marilyn Monroe ou encore Mozart.

Ces célébrités spécialisées chacune dans leur domaine vont devoir venir en aide successivement à un chercheur en nucléaire au bord de la dépression et du geste fatal, à un jeune garçon que son père pousse malgré lui dans une direction qui ne lui convient pas, à un révolutionnaire raté dans une dictature, à un grand timide qui pourrait bien changer le monde, à une bande de SDF azimutés qui veulent s’en sortir ou encore à un groupe de flics confrontés à la corruption de leur hiérarchie. Chaque récit apporte son lot de surprises avec pour commencer à chaque fois la situation inextricable de l’humain concerné par l’intervention divine, la découverte de l’individu que le Créateur choisi pour remplir sa mission et enfin la solution mise en œuvre. Le procédé est plutôt sympa et rafraîchissant dans un premier temps malheureusement cela s’essouffle assez rapidement avec des histoires inégales et un plaisir de lire qui s’étiole.

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Bon ce n’est pas franchement mauvais, de plus jeunes esprits y trouveront leur compte mais personnellement j’ai vu venir les choses à 10 km, peu ou pas de surprises pour ma part. Les dessins sont corrects, les scénarios sympathiques mais tout cela m’a paru bancal et sans grand intérêt. Vu les situations exposées, on s’attendrait à une critique sans fard de notre société malade mais même pas, les thématiques sont simplement survolées et l’on nourrit une certaine insatisfaction pour ne pas dire frustration. Même le personnage de Dieu m’a semblé vide ce qui est un comble !

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Aussi vite lue qu’oubliée, cette BD ne restera pas dans les annales pour les aficionados du genre. Cet ouvrage est plutôt à conseiller en priorité pour les jeunes pousses pré-ados et ados qui veulent se confronter à un récit différent et explorant de manière fun et sans prise de tête des thématiques bien actuelles. Les autres peuvent passer leur chemin...

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