mercredi 28 novembre 2018

"Suspiria" de Luca Guadagnino

suspiriaL'histoire : Susie Bannion, jeune danseuse américaine, débarque à Berlin dans l'espoir d'intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Madame Blanc, sa chorégraphe, impressionnée par son talent, promeut Susie danseuse étoile.
Tandis que les répétitions du ballet final s’intensifient, les deux femmes deviennent de plus en plus proches. C’est alors que Susie commence à faire de terrifiantes découvertes sur la compagnie et celles qui la dirigent...

La critique Nelfesque : La claque ! Il n'y a pas d'autres mots ! Mr K est un grand fan du "Suspiria" de 77 réalisé par Dario Argento, ce qui n'est pas forcément mon cas (ne me jetez pas des pierres, il faudrait que je le revois maintenant), mais après le visionnage de la bande annonce de ce remake qui n'en est pas vraiment un, j'ai eu follement envie de le découvrir. Comme j'ai bien fait ! 

Il est très difficile de parler de ce film tant il est à part dans le cinéma actuel. On en ressort littéralement chamboulé. Aller voir "Suspiria" c'est vivre une expérience. Ce film se ressent, se vit. On a affaire à du Cinéma avec un grand C ici, en présence d'une oeuvre d'art où tout est léché, absolument bien calibré et fonctionnant à merveille. Il y a une seule petite chose à laquelle je n'ai pas adhéré (j'en parle maintenant et après, on oublie parce que clairement ça ne pèse pas très lourd dans la balance) : le personnage du Dr Klemperer. Après avoir découvert de qui il s'agissait en réalité, je comprends mieux ma gêne (je vous laisse faire une petite recherche, c'est à l'image du film).

Suspiria 1

Nous sommes ici au coeur du Berlin pré chute du mur, en 1977, au sein d'une académie de danse. Tout ou presque se passe entre les 4 murs de ce bâtiment, véritable personnage à lui tout seul. Suzie, danseuse exceptionnelle, vient des Etats-Unis et intègre la troupe sans trop de difficulté. Elle est impressionnante dans ses expressions corporelles (les amateurs de danse contemporaine et/ou de films de danse apprécieront son côté viscéral) et va très vite prendre la première place du ballet chorégraphié par Mme Blanc (Tilda Swinton magnétique une fois de plus). Mais cette académie n'est pas un simple lieu de danse. Des forces obscures sont à l'oeuvre et les pensionnaires ne sont pas seulement habitées par la danse....

Suspiria 9

Classé en film d'épouvante, "Suspiria" est à mon sens difficile à étiqueter. Bien sûr, il y est question de sorcellerie et de pouvoirs divers mais pas seulement et surtout on ne tombe pas dans le grand-guignolesque et la surenchère. Les amateurs de films de genre efficaces et "faciles" où l'horreur est caractérisé à chaque plan et fléché avec de gros néons risquent d'être déçus. On est ici beaucoup plus dans l'ambiance, dans le ressenti, dans le malaise. Amateurs de gore, la scène finale devrait tout de même vous contenter. Des litres de sang se déversent mais encore une fois sans gratuité aucune. "Suspiria" est un film qui fait réfléchir, qui demande un temps de décantation avant de pouvoir en parler et même après ça les mots semblent bien en dessous de la réalité (on l'a vu il y a 5 jours et j'ai un peu l'impression de partir dans tous les sens et ne pas réussir à faire ressortir toutes les qualités du film).

Suspiria 7

Les actrices sont impressionnantes, la réalisation est superbe, tout comme la bâtisse à l'architecture imposante et épurée (Bauhaus et compagnie, architecture soviétique tout ça) et les couleurs majoritairement grises collant parfaitement à l'ambiance. Parfois des touches de couleurs explosent à l'écran et font émerger certains éléments à nos yeux. Le film est découpé en 6 actes qui rythment la trame narrative. Visuellement, "Suspiria" est superbe. Un objet cinématographique quasi irréprochable. La musique de Thom Yorke (Thom Yorke (les gars... Radiohead, rien que ça !) qui signe ici sa première BO) magnifie l'ensemble et tient une place importante dans ce long métrage, comme l'a été celle de Goblin pour l'oeuvre originelle.

Suspiria Archi
(Regardez-moi cette beauté ! Cliquez poour voir en plus grand si besoin)

Berlin avant la chute du mur, c'est l'Est et l'Ouest qui s'affrontent à l'image du ballet orchestré au sein de l'académie où 2 clans se font face. Cette dualité est lisible à plusieurs niveaux dans le passage d'un état de conscience à un autre avec l'apprentissage de la danse, d'un ballet physiquement éprouvant, de la souffrance pour atteindre un but. La nécessité pour une femme de se couper de sa mère pour avancer et vivre sa féminité aussi. "Suspiria" aborde tout cela. L'ambivalence, la découverte, les luttes internes, la politique, le féminisme, la frontière entre le visible et l'invisible... Quand je vous disais que c'était du grand Cinéma ! Le genre d'oeuvres que l'on peut voir et revoir sans se lasser, toujours en y trouvant de nouvelles choses à appréhender. Une vraie leçon de cinéma. Elegant, juste, radical !

Suspiria 8

La critique de Mr K : 6/6. Et dire qu'à l'annonce qu'un remake du cultissime film de Dario Argento, j'ai pesté comme un beau Diable : "Bande d'hérétiques ! On ne respecte plus rien !". Pour le coup, j'ai été détrompé et au delà de mes espérances car ce film est une expérience à lui tout seul, un moment unique de cinéma comme on en voit que trop rarement sur les écrans. Hypnotique, ésotérique, labyrinthique, expérimental par moments, d'une beauté à couper le souffle ; j'ai pris une claque monumentale. Il rejoint immédiatement It follows et Martyrs dans la cours des très très grands films "horrifiques" de ces vingt dernières années.

Suspiria 2

On part de loin pourtant. Non exempte de défauts, l’œuvre originelle a été un de mes premiers chocs cinématographiques avec la folie qui habitait le Dario Argento des débuts (la deuxième partie de sa carrière est malheureusement bien plus sujette à caution), une beauté formelle inventive et des scènes cultes qui m'ont profondément marqué. Ce remake prend le parti de rendre hommage au matériel originel sans pour autant faire de la redite et rester coller à la trame de base. On retrouve l'école de danse qui dévient une compagnie de danse féministe et bien space, un bâtiment principal aussi séduisant que flippant, une jeune américaine bien loin de chez elle (mais beaucoup moins niaise que dans l'original) et des encadrantes très inquiétantes dont la terrible Mme Blanc incarnée par la toujours impressionnante Tilda Swinton. Le caractère routinier des journées nous est conté tranquillement, les actes au nombre de six s’enchaînent et des éléments décalés, étranges puis franchement terrifiants interviennent, le tout se terminant dans un acte final éprouvant où les révélations pullulent et scotchent le spectateur à son siège.

Suspiria 3

La première qualité du métrage est son côté original, on est ici loin des sentiers battus et clairement les amateurs de franchises à la Annabelle en seront pour leur frais (on avait un ou deux spécimens du genre dans notre séance, ils ont pas aimé le film je vous le confirme !). La narration lente, très progressive, les détails accumulés sans liens apparents perdent volontairement le spectateur dans un labyrinthe de perspectives. J'aime quand on me sème en route, ça tombe bien ! Rassurez-vous, tout s’emboîte à la perfection et les différentes thématiques se rejoignent dans un final haut en couleur où toutes les certitudes s'effondrent, révélant enfin la Mater Suspiriorium, figure tutélaire qui plane sur tous les protagonistes du film. Certains passages du film m'ont profondément ému et marqués durablement comme les scènes de danse avec des chorégraphies contemporaines bien dérangeantes qui prennent le pas sur la raison et provoquent des événements clef, rythmant de manière infernale le film. Ou encore, les passages oniriques superposant passé / présent, fantasmes et désirs de l'héroïne, de purs moments déviants et poétiques à la fois. Vraiment tripant !

Suspiria 6

Les actrices, car il n'y a que des femmes dans ce film ce qui est loin d'être un hasard (trouverez-vous d'ailleurs le deuxième rôle tenu par Tilda Swinton dans ce film ? Et le troisième ?), sont merveilleuses de justesse mais aussi de folie larvée. On s'attend à tout à n'importe quel moment tant l'ambiance lourde de menace vire à l'étrangeté la plus totale par moment. La réalisation est au diapason, sublime ! Avec des décors et des costumes splendides (spéciale dédicace au look des femmes de la compagnie), des mouvements de caméra étudiés et millimétrés pour sublimer les sujets nombreux abordés par le réalisateur : le mythe des trois Mères, la religion, la culpabilité, l'oppression nazie et l'oppression des hommes sur les femmes. On a affaire ici à une œuvre polymorphe d'où ressort énormément un message féministe fort à la conclusion bien extrême ! Aucune concession à la morale ou à la bienséance n'est ici faite, ce qui explique le classement du film en - de 16 ans. Jusqu'au boutiste, la fin est un modèle du genre et m'a entièrement satisfait. Ne pas oublier aussi la sublime BO de Thom Yorke qui accompagne l'ensemble remarquablement et n'a pas à rougir de la comparaison avec la BO originelle de Goblin qui fait partie de mes BO préférées.

Suspiria 4

Une excellente séance de cinéma donc qui conjugue virtuosité technique, narration originale, passages horrifiques tendus et répulsifs à souhait, et fond fouillé et engagé à sa manière. Ça fait du bien de voir encore des films exigeants, fun et bien tordus ! Le spectateur n'est pas pris pour un imbécile, on vit des émotions fortes et la réflexion se perpétue bien après le visionnage. Un bijou plus que brillant malgré la noirceur qu'il explore.

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lundi 27 août 2018

"Le Disciple" de Laird Koenig

le disciple

L'histoire : Prophète ou imposteur ? Quelle est la véritable nature de Donald Leaf ? Cet être mystérieux, mystique, venu d'on ne sait où, qui débarque un beau matin au camping des Willows. Le jeune homme possède un pouvoir étrange et fabuleux : il ressuscite un vieil homme, fait parler une petite fille morte depuis trois ans, et entraîne dans son sillage toute une armée de disciples convaincus. Parmi eux : la famille Cragin, et surtout le petit Marc Anthony, qui l'a accueilli comme un prophète.

Mais jouer les apprentis sorciers ne va pas sans danger... Donald Leaf en fera la cruelle expérience. Au climat de douce accalmie et de béatitude qu'il avait su créer, succédera une nuit d'horreur indescriptible... On se croyait au paradis, on se réveille en enfer. Et quel enfer !

La critique de Mr K : Petite lecture sympathique aujourd'hui avec un ouvrage classé épouvante pour se distraire lors de ma session annuelle de trois jours au Motocultor. Épouvante est un bien grand mot car il s'agit ici plutôt d'explorer les abysses de l'âme humaine confrontée à la foi religieuse intégriste. Bien ficelé, prenant et jusqu'au-boutiste, Le Disciple de Laird Koenig mérite d'être lu !

La famille de Marc-Anthony est brisée suite au décès accidentel de sa sœur jumelle à six ans. Sa mère s'est réfugiée dans la bigoterie, son père a trouvé du réconfort dans les bras d'une autre femme et sa sœur ne pense qu'à une chose : partir de la maison lorsqu'elle aura terminé le lycée en fin d'année. L'arrivée du mystérieux révérend Leaf va bouleverser la donne. Miracles et prêches s’enchaînent pour peu à peu conquérir les foules, mais ce regain de foi n'est pas du goût de tout le monde au sein de la cellule familiale et de la communauté locale. Peu à peu, les tensions s'accumulent préparant – on s'en doute – un dénouement hautement explosif !

Ce roman explore parfaitement les méandres d'une construction familiale. L'auteur prend bien le temps de décortiquer les schémas comportementaux en vigueur chez les Cragin et ceci à travers les yeux d'un gamin qui donne à lire un ressenti à la fois frais et parfois bouleversant. Dur dur d'être un petit garçon et d'être impuissant à régler les soucis des êtres que l'on chérit le plus au monde. C'est lui qui sera le témoin du premier miracle de Donald Leaf (une résurrection humaine, rien de moins !). Convaincu et converti car en état de faiblesse psychologique manifeste, c'est lui qui va lancer la carrière de ce prédicateur à priori sans velléité d'enrichissement et d'instaurer un culte de la personnalité.

La suite voit le prédicateur étendre son influence sur la famille. Intelligent, taiseux et froid, il s'ouvre les portes des cœurs par son inflexibilité mais aussi son écoute. Mais au fil de la lecture, sa doctrine s'étoffe et donne à voir toute son intolérance. C'est l'occasion pour l'auteur de traiter remarquablement bien de l'embrigadement des personnes. L'araignée tisse sa toile et même si le bonheur et la fraternité règnent au départ, on se doute bien que la situation va virer au vinaigre. Ayez le cœur bien accroché, la fin est terrifiante dans son genre, notamment ce qu'elle implique pour le personnage principal.

Au delà de la foi et de ses potentielles dérives furieuses, Le Disciple fait la part belle à un portrait d'une Amérique toujours prête à accepter les miracles et où la famille est au centre de tout. L'ouvrage se lit très rapidement avec un plaisir non feint. Quelques retournements de personnages m'ont paru téléphonés mais cela ne nuit pas au plaisir de lire un ouvrage qui délasse, intéresse et fait réfléchir. Une bonne récréation en quelque sorte !

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dimanche 15 avril 2018

"Envoûtement" de Ramsey Campbell

envoutement

L'histoire : Quand quelqu'un insiste pour garder une mèche de vos cheveux, ce n'est pas toujours par affection...

Queenie, une vieille femme hargneuse et possessive, a toujours persécuté ses nièces Alison et Hermione. Maintenant qu'elle est morte, tout devrait rentrer dans l'ordre. Mais, le jour des funérailles, on s'aperçoit que Queenie s'est fait enterrer avec un médaillon contenant des cheveux de sa petite nièce.

Bientôt la fillette commence à avoir un comportement étrange. Mais, quand on n'a que huit ans et que l'on ignore jusqu'au mot "envoûtement", comment échapper à l'emprise d'une morte ?

La critique de Mr K : Petite incursion horrifique aujourd'hui avec un de mes auteurs favoris dans le genre : Ramsey Campbell. Dans Envoûtement, il explore la thématique classique de l'emprise d'outre-monde à travers le prisme d'une cellule familiale en crise. Frissons assurés avec une dissection au scalpel des relations entre proches et quand on connaît le talent de l'auteur pour l'analyse psychologique des personnages, on ne peut que se régaler !

Tout commence avec le décès d'une vieille tante acariâtre. Queenie a toute sa vie mené la vie dure à ses proches, les assommant de sarcasmes et de réflexions désobligeantes. Lorsqu'elle meurt, le chagrin est donc limité dans la famille et c'est même pour certaines personnes un soulagement à peine voilé. Là où d'habitude la mort clôture une histoire, ici elle la débute avec Rowan la dernière née qui commence à se comporter bizarrement. En effet, Queenie n'a pas dit son dernier mot et semble avoir lancé un maléfice sur la petite fille. Au milieu des tensions familiales et des rebondissements à venir, elle change et ne comprend pas ce qui lui arrive. Lorsque tout bascule dans l'irréel, le lecteur ne sait plus à quel saint se vouer et bien malin celui qui découvrira la vérité avant la toute fin de l'ouvrage.

Composé de chapitres courts et par là même incisifs, ce roman se lit d'une traite. On rentre vraiment dans l'intimité d'une famille lambda avec ses soucis quotidiens qui peuvent de prime abord paraître négligeables mais qui finalement vont se révéler cruciaux quand les fils narratifs se nouent et se dénouent. Le couple parfait formé par Alison et Derek se révèle finalement bien fragile face aux événements inexplicables qui se précipitent, la belle harmonie cède bientôt la place à la suspicion et la méfiance quand Rowan change de comportement. De vieilles fêlures remontent à la surface, créant une ambiance délétère dans la famille et accentuant le désarroi des personnages de plus en plus livrés à eux-même.

Au centre du récit, Rowan se révèle un personnage très touchant dans sa lente descente aux enfers. Cette petite fille joyeuse et aimante a tout pour être heureuse : des camarades à l'école, des parents qui l'aiment et une envie de dévorer la vie sans pareil. Sur quelques chapitres, l'équilibre va se fragiliser et nous rentrons dans sa tête, partageons tout d'abord son étonnement puis sa peur. L'empathie fonctionne à plein avec cet être innocent qui se retrouve livré à une puissance démoniaque qui la ronge littéralement petit à petit. Rêves, cauchemars et réalités finissent par se confondre laissant Rowan dans une solitude intense où personne ne peut l'atteindre.

L'effroi atteint donc un certain paroxysme tant l'auteur se plaît à toucher au sacré, aux valeurs le plus positives pour ensuite les inverser pour mieux provoquer le malaise. Dans le domaine de la terreur, ce titre est une vraie réussite avec des passages vraiment inquiétants qui dérangent le lecteur dans ses certitudes. Seul bémol, une fin finalement plutôt convenue que j'aurais volontiers désirée plus sombre et jusqu'auboutiste. Mais ne boudons pas notre plaisir ici ; le roman est très bien écrit, bien rythmé et le suspens parfois insoutenable tient le lecteur en haleine jusqu'au bout. Un bon trip pour les amateurs !

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mardi 3 avril 2018

"Possession" de Paul Tremblay

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L’histoire : Malgré une mère alcoolique et un père au chômage, la famille Barrett tente de mener une vie ordinaire dans la tranquille banlieue de Beverly, Massachusetts, jusqu’au jour où leur fille de 14 ans, Marjorie, commence à manifester les symptômes d’une étrange schizophrénie. Alors que des événements de plus en plus angoissants se produisent, les Barrett décident de faire appel à un prêtre, qui ne voit qu’une seule solution : l’exorcisme. À court d’argent, la famille accepte l’offre généreuse d’une chaîne de télévision ; en contrepartie, elle suivra la guérison de Marjorie en direct. L’émission connaît un succès sans précédent. Pourtant, elle est interrompue du jour au lendemain sans explications. Que s’est-il passé dans la maison des Barrett ?

La critique de Mr K : Tremblez pauvres lecteurs ! Possession de Paul Tremblay nous vient tout juste d’Amérique avec une sacrée réputation notamment celle d’avoir réussi à faire frémir Master Stephen King lui-même ! Au delà de l’argument de vente, ce livre est très réussi car il conjugue à la fois une trame machiavélique, une réflexion très intéressante sur notre époque et une écriture vraiment séduisante. Suivez_moi dans le Massachusetts sur les pas de la famille Barrett...

Merry, une jeune femme d’une vingtaine d’années revient lors de plusieurs entretiens avec une journaliste sur l’histoire familiale tragique qu’elle a vécu quand elle n’avait que huit ans. Elle est la petite dernière des Barrett et vivait avec ses deux parents et sa grande sœur Marjorie. Cette dernière a commencé à manifester des signes inquiétants de dérèglement mental avec entre autre un comportement très changeant et des propos incohérents ou menaçants. La famille déjà touchée par la précarité et des parents en difficulté commence à sombrer. Folie, possession, crise d’adolescence forcenée ? Le doute habite cette famille pourtant paisible et sans histoire jusque là. Au fil du déroulé, l’idée d’un exorcisme va faire son chemin et pour pallier leurs soucis pécuniers, les géniteurs vont accepter que la télévision assiste à l’événement pour une émission de télé-réalité d’un nouveau genre.

Attention, une fois votre lecture débutée, il vous sera impossible de reposer cet ouvrage tant il s’avère quasiment addictif dès les premiers chapitres. La faute essentiellement au point de vue adopté, celui d’une gamine de huit ans (phases de flashback racontées à la journaliste). Les trois quart de l’ouvrage sont donc relatés par Merry qui est totalement dépassée par les événements. En adoration devant sa grande sœur et très proche de ses parents, elle assiste impuissante à la longue dégradation des rapports entre les êtres qui sont le plus cher à son cœur : son père sombrant dans l’intégrisme religieux, une mère qui lève trop le coude et une sœur qui se transforme peu à peu en étrangère et peut se révéler agressive à son endroit. C’est très touchant, remarquablement décrit et crédible tant la psychologie de Merry est fidèle à celle d’une enfant de son âge. Les autres personnages ne sont pas en reste, rien d’exagéré malgré un thème - la possession - qui aurait pu faire tomber le récit dans le grand-guignolesque.

L’auteur fait très fort en maniant l’ambiguïté durant tout l’ouvrage. Seules les ultimes pages du roman livrent le secret que cache cette confession qui prend son temps et alterne passages contemplatifs, presque sociologiques, et moments plus tendus où les événements s‘accélèrent et où l’on ne sait pas vraiment où l’on va. Réel, rêve, imaginaire, fantasmes, pulsions et raison se succèdent, s’égrainent et entretiennent un mystère que même l’irruption des équipes TV ne va pas réussir à totalement lever. Plus on avance dans la lecture plus un malaise s’installe en soi, plus les questions se bousculent. En effet, tout paraît trop simple par moment mais les renversements de situations complexifient la trame et ouvrent de nouvelles perspectives. Bien malin celui qui devinera le mot de la fin avant de refermer cet ouvrage qui réserve bien des surprises et aime jouer avec le lecteur à la manière d’un thriller classique, l’horreur rajoutant ici un degré supplémentaire de stress car il s‘inscrit dans le quotidien d’une cellule familiale lambda.

Très intéressant aussi, l’aspect critique de l’ouvrage qui se nourrit de la pop culture ambiante et notamment de l’engouement des masses pour les œuvres de genre et la télé-réalité. À travers les lignes d’une mystérieuse blogueuse spécialisée dans l’horreur-épouvante, l’auteur s’amuse en parallèle à démonter les clichés, à les contourner mais aussi à dénoncer le voyeurisme et l’ambition de certains vis à vis de victimes ou de personnes en état de faiblesse. Triste fable que celle de cette famille réduite à se donner en spectacle pour à la fois essayer de guérir leur fille et régler leurs problèmes d’argent. Cette charge est à la fois délicate, structurée et très bien intégrée dans un roman où le suspens ne faiblit jamais.

Et puis, la langue est une merveille. On est loin d‘une série B littéraire et ici on côtoie les sommets de l’écriture du genre. Clairement la réputation de Paul Tremblay n’est pas usurpée car il mêle à la fois effets de manche efficaces (on reste dans l’horreur) et style très littéraire qui explore les âmes de ses personnages. Profond, récréatif, parfois effrayant, voila un roman qui a tout pour plaire pour les amateurs de frissons mais aussi pour les autres. Un sacré bon moment de lecture !

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lundi 2 avril 2018

Craquage chez l'abbé (part I)

En février dernier, Nelfe et moi sommes allés chez notre abbé préféré pour fouiner un peu du côté des rayonnages de livres. Pour une première en 2018, on a fait fort ! La preuve, il faudra pas moins de deux billets pour vous décrire le butin en commençant aujourd'hui par les ouvrages appartenant au domaine de l'imaginaire au sens large. Regardez plutôt !

Acquisitions avril ensemble

Comme d'habitude, le hasard fait bien les choses et il y avait vraiment de quoi se régaler lors de notre visite avec des auteurs que j'affectionne et dont certains titres m'étaient encore inconnus et des découvertes vraiment intrigantes qu'il me tarde de faire lors de leurs lectures. Pas d'ouvrage pour Nelfe cette fois-ci, elles viendront lors du second billet sur les ouvrages de littérature plus contemporaine. Allez, c'est parti pour le grand déballage !

Acquisitions avril Denoel
(Le charme intemporel des couvertures vintage de la collection Présence du futur)

- Noô 1 de Stefan Wul. Un auteur auquel je ne peux pas dire non et qui propose bien souvent des oeuvres inclassables que certains aiment appelés "délires lucides" ou "surréalisme rationnel". C'est bien barré en tout cas et en matière de SF le Monsieur s'y entend. il est ici question de migration forcée à travers l'espace et de questionnements sur le pouvoir. Le héros réfugié sur une autre planète va connaître bien des déboires et se révéler à lui-même. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cet ouvrage sera une belle expérience de lecture.

- Le Coeur désintégré de Théodore Sturgeon. J'adore cet écrivain et avec ce recueil de cinq nouvelles autour de l'amour, la haine et le coeur qui comprend tout, ce sera ma première incursion dans ses récits courts. J'ai hâte de m'y frotter tant chaque lecture de Sturgeon s'est révélée un délice de chaque instant entre vision neuve et écriture séduisante à souhait.

- Persistance de la vision de John Varley. Des nouvelles encore avec ce recueil qui m'a fait de l'oeil avec une quatrième de couverture faisant la part belle à l'immortalité possible grâce à l'ingénierie génétique. On imagine qu'au delà du progrès technique, ces trois textes seront l'occasion pour l'auteur (que je découvrirai lors de cette lecture) d'aborder des thèmes plus philosophiques comme la notion de morale et d'éthique mais aussi de désir et d'accomplissement de soi, des thématiques qui m'intéressent tout particulièrement lorsqu'on aborde le genre SF.

Acquisitions avril j'ai lu folio
(Un beau mix fort prometteur !)

- Visages volés de Michaël Bishop. Présenté comme une puissante métaphore de la colonisation, cet ouvrage met en scène un monde civilisé reléguant à la marge des êtres repoussants de par leur apparence physique. Le nouveau responsable de cette communauté honnie par les puissants va prendre au fur et mesure fait et cause pour eux, liant son destin au leur et devra faire face à une vérité que les humains ne sont pas forcément prêt à entendre. Un pitch accrocheur pour un roman à la très bonne réputation. M'est avis que je suis tombé sur une belle pièce littéraire !

- Mainline de Deborah Christian. Là encore, c'est le résumé du dos qui m'a séduit avec une trame se déroulant sur une planète aquatique dévolue au commerce sous toutes ses formes notamment les plus malhonnêtes. Au coeur de l'intrigue une femme-assassin aux pouvoirs très étendus dont celui de voir les futurs alternatifs qui s'offrent à elle. Mais tout pouvoir à son revers... Un roman de SF entre space-péra et cyberpunk, un mix intéressant à première vue qu'il faudra confirmer à la lecture.

- Cugel saga de Jack Vance. Ca fait un bon bout de temps que je n'ai pas lu un Jack Vance, auteur très prolifique qui m'a à chaque fois bluffé et complètement emporté avec lui dans des univers riches pour des voyages immersifs. Il est ici question de vengeance dans un univers fantasy avec son lot de sorciers, de magiciens, de voleurs et de royaumes en péril. Miam miam !

Acquisitions avril j'ai lu folio 2
(Roooooo, que de promesses encore !)

- Un Monde d'azur de Jack Vance. Même auteur mais dans de la SF pure et dure. Dans un monde sans consistance, fait d'océan, d'air, de soleil et d'algues, les habitants n'ont pas à se soucier de leur survie car la nourriture leur est distribuée en abondance à condition qu'ils nourrissent régulièrement le roi qui les protège. Mais ce dernier est-il un Dieu ou un monstre marin ? Drôle de résumé pour un ouvrage qu'il me tarde de découvrir lui aussi.

- Hérésie et Inquisition d'Anselm Audley. Ce sont les deux premiers tomes d'une trilogie de fantasy que je ne connaissais ni de nom ni de réputation. Le cycle se déroule sur une planète géante en grande partie recouverte d'océan où des fanatiques religieux tiennent le pouvoir d'une main de fer. Mais la résistance s'organise... C'est le genre d'achat coup de poker que j'affectionne. Qui lira, verra !

Acquisitions avril mix
(Un dernier mélange pour la route !)

- Pire que le mal de Jay R. Bonansinga. Un petit tour dans la dimension Terreur avec une histoire de stripteaseuse condamnée par un cancer qui guérit miraculeusement grâce à une technique d'auto-hypnose. La contre-partie est cependant inquiétante car elle semble avoir réveillé quelque chose d'épouvantable qui était en dormance depuis son plus jeune âge. Typiquement le genre de résumé qui me fait craquer, à confirmer lors de la lecture !

- La Magnificence des oiseaux de Barry Hughart. Un livre qui semble n'être qu'un pur délire mélangeant enquête, Histoire et éléments fantastiques. Impossible à résumer sans trahir une quatrième de couverture bien space. Décrit comme un mélange improbable (mais réussi !) du Juge Ti et de Terry Pratchett (deux références qui me parlent), j'attends de voir ce que cela va donner !

- La Malédiction des rubis de Philip Pullman. J'ai sauté sur l'occasion lorsque j'ai croisé la route de cet ouvrage. J'ai littéralement dévoré la trilogie de La Croisée des mondes et il me tardait de replonger dans un livre de cet auteur au talent immense. Il est ici question d'une jeune fille intrépide qui se retrouve seule dans le Londres inquiétant de l'époque victorienne et qui va devoir percer les secrets d'un rubis très convoité qui attise la mort autour de lui. Trop hâte d'y être!

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Voila pour cette première partie d'achats qui, vous en conviendrez, sont sources de promesses de lectures tantôt passionnantes tantôt intrigantes. Ils vont désormais rejoindre leurs petits camarades en attendant d'être choisis. Très vite, je vous reparlerai des acquisitions de cette session Emmaüs février 2018 avec le reste des ouvrages qui se sont faits adopter. 


mardi 28 novembre 2017

"La Danse du bouc" de Douglas Clegg

la danse du bouc clegg

L’histoire : Les gosses sont enterrés jusqu'au cou. Comme si leurs têtes étaient des fleurs. Alors je passe la tondeuse à gazon pour les couper. Il faut les étouffer quand ils sont encore en bouton... Mais les lames de la tondeuse se coincent. Alors je vais dans la remise à outils chercher une grande paire de cisailles. Pour terminer le travail.

Mais les têtes des gosses ont disparu. Je me retourne : ils sont là, derrière moi. Ils ont chacun une débroussailleuse et ils avancent sur moi. Je sais alors que je suis la mauvaise herbe du jardin... Je me réveille avant que les terribles lames ne viennent trancher ma gorge paralysée. Je jette un coup d’œil sur mon réveil : bientôt 8 heures. Je pourrais me faire porter pâle. Mais je suis prof, après tout, et les vacances de Noël approchent...

La critique de Mr K : C’est pour Halloween que mon choix s’est porté sur ce volume qui dormait depuis trop longtemps sur les étagères de ma PAL. Je cherchais un ouvrage pas prise de tête et surtout branché ésotérisme et ténèbres, histoire d’être au goût du jour. En parcourant les titres épouvante-horreur qui composent une partie de ma PAL, la quatrième de couverture de celui-ci m’a directement plu. Au final, ce fut une lecture super enthousiasmante à la croisée de la trilogie littéraire Ça de Stephen King et les films cultes The Thing et L’Antre de la folie de John Carpenter. Suivez moi si vous l’osez !

Ce livre s’apparente à la chronique d’une petite ville ordinaire des États-Unis. Pendant la première moitié de l’ouvrage, l’auteur nous présente un certain nombre de personnages clef de la communauté avec ses jeunes à problème, ses commères médisantes, ses hommes abattus par le travail, les vieilles familles qui sont installées ici depuis les premiers pionniers, ses piliers de comptoirs, ses professeurs férus d’histoire locale... Dès le début, on sent bien que quelques chose ne tourne pas rond à Ponte Fract. Tout a commencé par un accident qui a failli s’avérer fatal à Theodora, une jeune fille sans histoires. Mais voila, noyée dans un lac glacée puis ressuscitée, il semble qu’elle ne soit pas revenue indemne et surtout seule de son voyage au delà de la vie et de la mort. Il y a aussi ses légendes indiennes qui semblent prendre vie suite à la spoliation de leurs biens ou encore cette maison abandonnée de l’autre côté du lac où l’on entend de drôles de bruits la nuit. L’apocalypse est en marche sans que personne ne s’en doute et quand elle va s’abattre ça va faire mal !

Divisé en deux grosses parties, cet ouvrage s’avale quasiment d’une traite tant il se révèle très vite addictif. Bien que l’on côtoie la misère humaine la plus profonde parfois et certains personnages particulièrement ragoûtants (le postier pervers notamment), on s’attache vite à cette petite ville qui n’est pas sans rappeler Derry dans la trilogie Ça du King. On rentre dans l’intimité familiale des gens entre splendeur et décadence, tracas du quotidien, vieilles rancunes, difficultés pécuniaires, alcoolisme... Tout fait penser au maître de l’épouvante et force est de constater que pour un premier roman, Douglas Clegg s’avère être un orfèvre en matière de plantage de décor. Il va à l’essentiel, sans fioritures mais avec un sens de la concision et de l’efficacité redoutable.

Puis, peu à peu, les événements bizarres s’accumulent : les fous du village se réveillent, les morts passent des coups de fils impromptus, des gens disparaissent comme si la haine et la colère se cristallisaient sur la ville. La police est très vite dépassée face à cette multiplication de crimes et délits, finalement on arrive à un dernier acte d’une rare violence, où l’hémoglobine coule à flot et où les personnages principaux ne semblent plus capables de discerner le réel du cauchemar. Honnêtement, ça cloue littéralement le lecteur à son siège et je dois avouer que je n’avais pas ressenti autant de plaisir de lecture devant une œuvre d’horreur pure depuis très longtemps. Esprits, vampires, goules et manifestations démoniaques se livrent à une surenchère d’actes odieux et déviants pour le plus grand malheur des pauvres habitants (pas si innocents que cela vous vous en doutez) et les survivants se comptent sur les doigts d’une main en fin de volume.

L’aspect gore ne gâche rien et préserve une certaine tension palpable durant les 445 pages de ce roman. Très bien maîtrisé, le rythme et le suspens ne se relâchent jamais et certains passages s’avèrent très inquiétants ce qui est aussi un très bon point. L’écriture en soi n’a rien de remarquable mais quelle imagination notamment lors des passages où les forces du mal passent à l’action. On ne sait plus où donner de la tête et l’on se demande bien jusqu’où cela peut aller. La conclusion est sans appel et cette lecture fait partie du haut du panier en terme de littérature de genre horrifique. Si vous êtes adeptes, foncez-y, c’est top de chez top !

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jeudi 12 octobre 2017

"Le Trône de Satan" de Graham Masterton

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L’histoire : Rick Delatolla se flattait d'avoir le don pour flairer les bonnes affaires. Et le fauteuil en acajou richement sculpté de serpents et de corps humains entrelacés paraissait bien être l'occasion du siècle.

Jusqu'à ce que des choses étranges commencent à arriver à Rick et sa famille : arbres du jardin dépérissant en quelques heures, journées entières s'écoulant en un clin d'œil, chien dévoré de l'intérieur par un monstrueux insecte.

Rick savait qu'il n'avait pas le choix : il fallait qu'il détruise le fauteuil avant que le fauteuil ne détruise tout ce qui comptait pour lui.

Mais le trône de Satan l'avait pris en affection et tenait absolument à lui accorder ses bienfaits...

La critique de Mr K : Petit séjour sympathique dans la planète terreur aujourd’hui avec cet ouvrage de Graham Masterton, un orfèvre anglais en la matière qui ne m’a jamais déçu. Une fois de plus, c’est par hasard que je tombai sur Le Trône de Satan, sombre histoire d’objet démoniaque qui va bouleverser le quotidien d’une famille. Cette lecture, à défaut d’être d’une grande originalité, a le mérite d’être redoutablement efficace et d’être menée de main de maître.

Rick est un brocanteur à qui la vie sourit : son couple est à son zénith, ils ont un enfant adorable et ses affaires marchent très bien. Plutôt aisé, il croque la vie à pleines dents et ne se préoccupe pas vraiment du lendemain. Mais voila qu’un jour, un étrange personnage lui propose un fauteuil à la valeur présumée très intéressante. Au final, Rick en devient acquéreur un peu contre son gré et va s’en mordre les doigts. Il semblerait bien que le meuble soit maudit et doué d’une raison propre. Les événements étranges, surnaturels et bientôt macabres s’accumulent autour de la petite famille. Très vite, ils vont se rendre compte qu’il est très difficile de se défaire de la marque du Seigneur des mouches dont l’ombre semble planer sur les pages de ce roman au rythme vif et haletant.

On retrouve dans ce récit des thèmes classiques du fantastique à commencer par l’objet hanté qui semble très attaché à son nouveau propriétaire. Apparaissant et disparaissant à l’envie, mu par une volonté et une vie propre, il étend son influence sur ses familiers mais aussi leurs proches. Déjà flippant par son apparence, le bois acajou cédant la place sur certaines faces à des sculptures d’un goût douteux, il finira par s’adresser directement à Rick entre menaces et mystérieuses requêtes. C’est en faisant des recherches à son sujet, que le héros découvrira toute la vérité sur cet objet pluri-séculaire qui sème le chaos et la mort sur son passage. D’ailleurs la petite famille ne va pas échapper à la malédiction avec des intersignes très inquiétants, le chien de la maison périssant d’une mort affreuse et un enfant de plus en plus en danger. Non, décidément, on ne rigole pas avec le Seigneur des Ténèbres.

Face à lui, les personnages tentent de s’en sortir comme ils peuvent. Bien qu’il ne soit pas des plus originaux, j’ai aimé suivre Rick dans ses aventures notamment parce que tout cela se déroule autour de l’histoire de l’art et de la brocante, des thèmes intéressants et ici très bien exploités. Histoire, fantastique et mysticisme font très bon ménage une fois de plus, apportant profondeur et questionnement durant les 223 pages de cet ouvrage. Certes, on devine une bonne moitié des ressorts de l’intrigue (surtout si on n’est pas à sa première lecture du genre) mais on prend plaisir à suivre les manifestations démoniaques et leur possible résolution. À noter, la présence d’un personnage ambigu de bon aloi (David) qui brouille un peu les pistes et dont on ne sait pas vraiment quoi penser tout au long du livre tant il ménage la chèvre et le chou, vouant une fascination malsaine pour le fauteuil et éprouvant pour autant beaucoup d’empathie pour les malheurs de Rick et sa famille.

Plutôt avare ici en scènes purement gores (un peu sa spécialité à la base) malgré des passages bien salés en la matière, Masterton se concentre beaucoup sur ses personnages et leurs réactions / sentiments. L’appréhension et la peur se font ici insidieux, rampants et au final très communicatifs. L’action débute dès les premières pages et clairement, le rythme reste soutenu jusqu’à l’ultime chapitre, à la manière d’un bon page-turner. Rajoutez là-dessus les qualités littéraires de cet écrivain qui en font un des meilleurs dans le genre qui compte tout de même pas mal de tâcherons et vous obtenez une série B littéraire addictive à souhait et rudement menée. Les amateurs apprécieront grandement !

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement

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jeudi 7 septembre 2017

"La Secte sans nom" de Ramsey Campbell

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L’histoire : Jamais vous ne connaitrez le nom de vos geôliers. Vous ne serez plus rien. Rien qu'une victime. Et personne ne vous entendra hurler.

Le corps sauvagement mutilé d'une enfant est retrouvé dans les bois.

Neuf ans plus tard, Barbara, en se plongeant dans une activité fébrile, a presque réussi à se remettre du meurtre et du kidnapping de sa fille. Jusqu'à ce qu'une petite voix lui dise au téléphone : "Maman, maman, j'ai besoin de toi".

Son enfant est vivante, prisonnière d'une secte sinistre, se livrant à des rites sataniques, innommables.

Affolée, Barbara essaie de retrouver la trace de la secte. Les adeptes l'attendent...

La critique de Mr K : Retour dans la planète terreur de chez Presse Pocket avec cet ouvrage qui fait la part belle à l'angoisse et au mystère. Un petit plaisir coupable comme je les aime, idéal pour les vacances (celui-ci a été lu cet été), une lecture sans prétention qui n'invente pas le fil à couper le beurre, un livre qui ne prétend pas être un classique mais qui se révèle globalement efficace dans son genre.

Barbara a dû se reconstruire par le travail suite à la disparition tragique de sa fille, elle que la vie n'a déjà pas épargné avec la mort prématurée de son mari lors de sa grossesse. Angela a été enlevée à son école puis retrouvée morte assassinée. Le deuil est très difficile à supporter pour l'héroïne qui se sent responsable. 9 ans après, la traductrice est devenue agente d'écrivains, elle mène désormais sa barque d'une main de maître. Un coup de téléphone à priori anodin va bouleverser la nouvelle existence qu'elle s'est efforcée de construire du mieux qu'elle peut. Sa fille semble être revenue d'entre les morts et tente de la recontacter ! Commence alors un jeu du chat et de la souris, une enquête à haut risque qui ira de révélation en révélation.

On rentre dans le vif du sujet très vite avec ce roman qui commence fort avec le coup de fil d'outre-tombe et quelques flashback bien sentis sur la vie que menait Barbara avant le drame. Tout est prêt pour la grande bascule et quand celle ci se déclenche, tout semble échapper à Barbara qui perd ses moyens et s'enfonce dans une spirale infernale. Elle va devoir démêler le vrai du faux entre espoirs et fausses pistes, et enquêter sur une mystérieuse secte, composée d'anonymes, extrêmement bien organisée et qui laisse peu de traces voir aucune. Elle ne peut compter que sur elle même et un ami proche. La menace au fil des pages se fait plus insidieuse et le final révèle bien des vérités, pas forcément faciles à accepter.

Bien rythmé, La Secte sans nom se lit d'une traite alternant de manière régulière des passages stressants avec des immersions bien senties dans l'esprit des personnages qui sont plus qu'éprouvés par les événements du livre. Les rapports entre les différents protagonistes sont très bien rendus notamment les changements qui s'opèrent chez Barbara : activ woman sûre d'elle, le passé qui ressurgit va la transformer et fêler le personnage qu'elle s'est bâtie. Prise entre le remord et le fol espoir de revoir sa petite fille, elle va vraiment devenir borderline et les passages concernés sont vraiment saisissants de réalisme. Intéressant aussi le personnage de Ted, son ami divorcé qui jongle entre sa vindicative ex femme et l'étrange histoire dans laquelle il se retrouve plongé. Ces deux là semblent s'engluer dans une toile d'araignée qui les dépasse. Un climat de paranoïa s'installe durablement chez eux et contamine irrémédiablement le lecteur, ravi d'être pris en otage.

Au final, on passe un très bon moment malgré quelques scories narratives qui ralentissent parfois le déroulé de la narration (répétition inutile d'exploration de demeures abandonnées notamment) et un manque de développement autour de la secte, ses origines et ses pratiques. A ce propos, rien de vraiment satanique chez elle (mêmes si les pratiques sont horribles je vous l'accorde). Malgré tout, La Secte sans nom se lit très bien et on en ressort satisfait. Une bonne lecture détente-neurone en somme.

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samedi 17 juin 2017

"L'Horreur du métro" de Thomas Monteleone

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L’histoire : Le cadavre était presque réduit à l'état de squelette. Sur quelques lambeaux de chair verdâtre rampaient encore une multitude de choses voraces, grouillement informe de gélatine visqueuse, agitée de convulsions obscènes. Soudain les "choses" parurent remarquer la présence de Whitney, l'exterminateur de rats, et son hurlement de terreur et d'agonie résonna longuement dans les couloirs déserts du métro.

De Whitney, on ne retrouva que quelques os bien blancs, bien propres. De Jeff, le surveillant des égouts, et de Sam, le vieux poivrot, pas davantage.

Et l'inspecteur Corvino, chargé de l'affaire, soupçonne que ces meurtres inexplicables ne font que commencer. Comme si, en creusant ces tunnels immondes dans les entrailles de la terre, l'homme l'avait violée et devait dès lors payer pour ce crime.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, présentation d’une lecture bien récréative qui m’a soulagé lors d’une "session angine" bien pénible le mois dernier. Quand on est malade, il est parfois difficile de se concentrer sur une lecture surtout quand elle est ardue ou ambitieuse. Hors de question pour moi par exemple de m’atteler à un Rushdie dans ces conditions mais par contre, un bon roman d’épouvante peut très bien faire l’affaire surtout qu’en général les personnages de l’écrit concernés souffrent bien plus que le lecteur, ce qui en soi est un réconfort bien sadique (sic). Me voila percé à jour ! Focus aujourd’hui donc sur L’Horreur du métro, un authentique titre de série B qui en tant que tel ne révolutionne pas le genre mais permet au lecteur amateur de frisson de passer du bon temps et de ressortir bien content d’une lecture certes anecdotique mais efficace.

Dans ce roman, il ne fait pas bon traîner tard dans le métro de New York surtout hors des stations et des rames. Clochards, exterminateurs de rats et techniciens ont tendance à disparaître de manière impromptue et violente. Mais tout finit par réapparaître à la surface entre les victimes d’un tueur en série insaisissable et les victimes déchiquetées de mystérieuses créatures. La police est sur les dents, en perd son latin et pour certains agents même le sens commun ! Très vite, les personnages principaux se retrouvent confrontés à quelque chose qui les dépasse, une force occulte qui grandit en se nourrissant de la peur et du ressentiment. Sa soif inextinguible d’espace fait que la confrontation avec le genre humain sera violente et à priori à sens unique. Inutile de vous dire que la simple enquête de police se transforme quasiment en croisade...

On est clairement ici dans de la série B assumée aussi simple qu'efficace. Ainsi, vous ne trouverez pas de grande originalité dans la caractérisation des personnages : le flic intègre esseulé qui vit son métier comme un sacerdoce, la journaliste arriviste mais pas trop à laquelle on s’attache vite, le spécialiste mystérieux qui officie à la faculté et se nourrit de sa passion pour les rites étranges... Rajoutez dessus cela un soupçon d’idylle naissante, de vieilles fêlures qui se rouvrent, des découvertes extraordinaires annonçant un apocalypse latent et vous vous retrouvez entre de bonnes mains. La mayonnaise prend instantanément (beaucoup mieux que quand je tente d’en faire une vraie en cuisine), le récit très rythmé n’est pas avare en circonvolutions et la tension est très bien dosée. On est rarement surpris mais l’addiction est immédiate si ce genre de plaisir coupable vous tente car Monteleone est généreux en effets horrifiques et maîtrise très bien son sujet.

J’ai beaucoup aimé l’exploration des bas fonds de New York et notamment le véritable gruyère que se révèle être son sous-sol. C’est un aspect de la big pomme que je n’ai pas visité lors d’un séjour ancien dans cette ville fascinante (à faire une fois dans sa vie même si comme moi vous êtes plus un rat des champs). Vu ce qui s’y passe, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller sur les chemins de traverse se cachant sous les rues et à côté des lignes régulières du métro. Ambiance poisseuse, monde interlope peuplés d’être avilis, nuisibles de toute sorte et une présence étrange qui ne fait que grossir et qui ne révélera sa vraie nature que dans le dernier tiers d’un roman fourni en détails et qui emmène littéralement le lecteur avec lui dans un univers glauque et bien déviant. Petit bonus à l’occasion de scènes bien épouvantables, un clin d’œil au mythe de Prométhée (un de mes préférés dans la mythologie classique) et des références à Lovecraft. L’auteur connaît ses classiques et ça me parle ! Voici un exemple tiré du livre d’une discipline qui intéresse le docteur Carter (rien à voir avec Urgences), un des piliers de l’équipe enquêtrice du livre: La mégapolisomancie. (Carter hocha la tête d’une mine sombre.) C’est une théorie mystique compliquée énoncée par un occultisme du début du siècle, un nommée Thibault de Castries dont le livre avait pour titre La Mégapolisomancie. Traduit librement, ce terme signifie à peu près la magie noire urbaine. De Castries était persuadé que quand une ville vieillit, elle acquière une vie métaphysique propre en attirant certaines des formes de vie les plus éthérées de la nature: esprits, démons et autres nébuleuses. Moi aussi, j’en suis arrivé à y croire tout récemment. Tripant, dans le genre.

D’une lecture très rapide, accessible mais pas simpliste (faut pas pousser quand même, il y a tellement de livres à lire), j’avoue qu’il m’a bien accompagné deux jours durant entre frissons, visions ésotériques et romance à deux balles. Certainement pas le livre de l’année ni le meilleur dans le genre mais un très bon divertissement qui remplit royalement son office. Vous avouerez que c’est déjà pas mal, non ?

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dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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