jeudi 12 octobre 2017

"Le Trône de Satan" de Graham Masterton

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L’histoire : Rick Delatolla se flattait d'avoir le don pour flairer les bonnes affaires. Et le fauteuil en acajou richement sculpté de serpents et de corps humains entrelacés paraissait bien être l'occasion du siècle.

Jusqu'à ce que des choses étranges commencent à arriver à Rick et sa famille : arbres du jardin dépérissant en quelques heures, journées entières s'écoulant en un clin d'œil, chien dévoré de l'intérieur par un monstrueux insecte.

Rick savait qu'il n'avait pas le choix : il fallait qu'il détruise le fauteuil avant que le fauteuil ne détruise tout ce qui comptait pour lui.

Mais le trône de Satan l'avait pris en affection et tenait absolument à lui accorder ses bienfaits...

La critique de Mr K : Petit séjour sympathique dans la planète terreur aujourd’hui avec cet ouvrage de Graham Masterton, un orfèvre anglais en la matière qui ne m’a jamais déçu. Une fois de plus, c’est par hasard que je tombai sur Le Trône de Satan, sombre histoire d’objet démoniaque qui va bouleverser le quotidien d’une famille. Cette lecture, à défaut d’être d’une grande originalité, a le mérite d’être redoutablement efficace et d’être menée de main de maître.

Rick est un brocanteur à qui la vie sourit : son couple est à son zénith, ils ont un enfant adorable et ses affaires marchent très bien. Plutôt aisé, il croque la vie à pleines dents et ne se préoccupe pas vraiment du lendemain. Mais voila qu’un jour, un étrange personnage lui propose un fauteuil à la valeur présumée très intéressante. Au final, Rick en devient acquéreur un peu contre son gré et va s’en mordre les doigts. Il semblerait bien que le meuble soit maudit et doué d’une raison propre. Les événements étranges, surnaturels et bientôt macabres s’accumulent autour de la petite famille. Très vite, ils vont se rendre compte qu’il est très difficile de se défaire de la marque du Seigneur des mouches dont l’ombre semble planer sur les pages de ce roman au rythme vif et haletant.

On retrouve dans ce récit des thèmes classiques du fantastique à commencer par l’objet hanté qui semble très attaché à son nouveau propriétaire. Apparaissant et disparaissant à l’envie, mu par une volonté et une vie propre, il étend son influence sur ses familiers mais aussi leurs proches. Déjà flippant par son apparence, le bois acajou cédant la place sur certaines faces à des sculptures d’un goût douteux, il finira par s’adresser directement à Rick entre menaces et mystérieuses requêtes. C’est en faisant des recherches à son sujet, que le héros découvrira toute la vérité sur cet objet pluri-séculaire qui sème le chaos et la mort sur son passage. D’ailleurs la petite famille ne va pas échapper à la malédiction avec des intersignes très inquiétants, le chien de la maison périssant d’une mort affreuse et un enfant de plus en plus en danger. Non, décidément, on ne rigole pas avec le Seigneur des Ténèbres.

Face à lui, les personnages tentent de s’en sortir comme ils peuvent. Bien qu’il ne soit pas des plus originaux, j’ai aimé suivre Rick dans ses aventures notamment parce que tout cela se déroule autour de l’histoire de l’art et de la brocante, des thèmes intéressants et ici très bien exploités. Histoire, fantastique et mysticisme font très bon ménage une fois de plus, apportant profondeur et questionnement durant les 223 pages de cet ouvrage. Certes, on devine une bonne moitié des ressorts de l’intrigue (surtout si on n’est pas à sa première lecture du genre) mais on prend plaisir à suivre les manifestations démoniaques et leur possible résolution. À noter, la présence d’un personnage ambigu de bon aloi (David) qui brouille un peu les pistes et dont on ne sait pas vraiment quoi penser tout au long du livre tant il ménage la chèvre et le chou, vouant une fascination malsaine pour le fauteuil et éprouvant pour autant beaucoup d’empathie pour les malheurs de Rick et sa famille.

Plutôt avare ici en scènes purement gores (un peu sa spécialité à la base) malgré des passages bien salés en la matière, Masterton se concentre beaucoup sur ses personnages et leurs réactions / sentiments. L’appréhension et la peur se font ici insidieux, rampants et au final très communicatifs. L’action débute dès les premières pages et clairement, le rythme reste soutenu jusqu’à l’ultime chapitre, à la manière d’un bon page-turner. Rajoutez là-dessus les qualités littéraires de cet écrivain qui en font un des meilleurs dans le genre qui compte tout de même pas mal de tâcherons et vous obtenez une série B littéraire addictive à souhait et rudement menée. Les amateurs apprécieront grandement !

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
La Cinquième sorcière
- Le Jour J du jugement

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jeudi 7 septembre 2017

"La Secte sans nom" de Ramsey Campbell

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L’histoire : Jamais vous ne connaitrez le nom de vos geôliers. Vous ne serez plus rien. Rien qu'une victime. Et personne ne vous entendra hurler.

Le corps sauvagement mutilé d'une enfant est retrouvé dans les bois.

Neuf ans plus tard, Barbara, en se plongeant dans une activité fébrile, a presque réussi à se remettre du meurtre et du kidnapping de sa fille. Jusqu'à ce qu'une petite voix lui dise au téléphone : "Maman, maman, j'ai besoin de toi".

Son enfant est vivante, prisonnière d'une secte sinistre, se livrant à des rites sataniques, innommables.

Affolée, Barbara essaie de retrouver la trace de la secte. Les adeptes l'attendent...

La critique de Mr K : Retour dans la planète terreur de chez Presse Pocket avec cet ouvrage qui fait la part belle à l'angoisse et au mystère. Un petit plaisir coupable comme je les aime, idéal pour les vacances (celui-ci a été lu cet été), une lecture sans prétention qui n'invente pas le fil à couper le beurre, un livre qui ne prétend pas être un classique mais qui se révèle globalement efficace dans son genre.

Barbara a dû se reconstruire par le travail suite à la disparition tragique de sa fille, elle que la vie n'a déjà pas épargné avec la mort prématurée de son mari lors de sa grossesse. Angela a été enlevée à son école puis retrouvée morte assassinée. Le deuil est très difficile à supporter pour l'héroïne qui se sent responsable. 9 ans après, la traductrice est devenue agente d'écrivains, elle mène désormais sa barque d'une main de maître. Un coup de téléphone à priori anodin va bouleverser la nouvelle existence qu'elle s'est efforcée de construire du mieux qu'elle peut. Sa fille semble être revenue d'entre les morts et tente de la recontacter ! Commence alors un jeu du chat et de la souris, une enquête à haut risque qui ira de révélation en révélation.

On rentre dans le vif du sujet très vite avec ce roman qui commence fort avec le coup de fil d'outre-tombe et quelques flashback bien sentis sur la vie que menait Barbara avant le drame. Tout est prêt pour la grande bascule et quand celle ci se déclenche, tout semble échapper à Barbara qui perd ses moyens et s'enfonce dans une spirale infernale. Elle va devoir démêler le vrai du faux entre espoirs et fausses pistes, et enquêter sur une mystérieuse secte, composée d'anonymes, extrêmement bien organisée et qui laisse peu de traces voir aucune. Elle ne peut compter que sur elle même et un ami proche. La menace au fil des pages se fait plus insidieuse et le final révèle bien des vérités, pas forcément faciles à accepter.

Bien rythmé, La Secte sans nom se lit d'une traite alternant de manière régulière des passages stressants avec des immersions bien senties dans l'esprit des personnages qui sont plus qu'éprouvés par les événements du livre. Les rapports entre les différents protagonistes sont très bien rendus notamment les changements qui s'opèrent chez Barbara : activ woman sûre d'elle, le passé qui ressurgit va la transformer et fêler le personnage qu'elle s'est bâtie. Prise entre le remord et le fol espoir de revoir sa petite fille, elle va vraiment devenir borderline et les passages concernés sont vraiment saisissants de réalisme. Intéressant aussi le personnage de Ted, son ami divorcé qui jongle entre sa vindicative ex femme et l'étrange histoire dans laquelle il se retrouve plongé. Ces deux là semblent s'engluer dans une toile d'araignée qui les dépasse. Un climat de paranoïa s'installe durablement chez eux et contamine irrémédiablement le lecteur, ravi d'être pris en otage.

Au final, on passe un très bon moment malgré quelques scories narratives qui ralentissent parfois le déroulé de la narration (répétition inutile d'exploration de demeures abandonnées notamment) et un manque de développement autour de la secte, ses origines et ses pratiques. A ce propos, rien de vraiment satanique chez elle (mêmes si les pratiques sont horribles je vous l'accorde). Malgré tout, La Secte sans nom se lit très bien et on en ressort satisfait. Une bonne lecture détente-neurone en somme.

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samedi 17 juin 2017

"L'Horreur du métro" de Thomas Monteleone

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L’histoire : Le cadavre était presque réduit à l'état de squelette. Sur quelques lambeaux de chair verdâtre rampaient encore une multitude de choses voraces, grouillement informe de gélatine visqueuse, agitée de convulsions obscènes. Soudain les "choses" parurent remarquer la présence de Whitney, l'exterminateur de rats, et son hurlement de terreur et d'agonie résonna longuement dans les couloirs déserts du métro.

De Whitney, on ne retrouva que quelques os bien blancs, bien propres. De Jeff, le surveillant des égouts, et de Sam, le vieux poivrot, pas davantage.

Et l'inspecteur Corvino, chargé de l'affaire, soupçonne que ces meurtres inexplicables ne font que commencer. Comme si, en creusant ces tunnels immondes dans les entrailles de la terre, l'homme l'avait violée et devait dès lors payer pour ce crime.

La critique de Mr K : Aujourd’hui, présentation d’une lecture bien récréative qui m’a soulagé lors d’une "session angine" bien pénible le mois dernier. Quand on est malade, il est parfois difficile de se concentrer sur une lecture surtout quand elle est ardue ou ambitieuse. Hors de question pour moi par exemple de m’atteler à un Rushdie dans ces conditions mais par contre, un bon roman d’épouvante peut très bien faire l’affaire surtout qu’en général les personnages de l’écrit concernés souffrent bien plus que le lecteur, ce qui en soi est un réconfort bien sadique (sic). Me voila percé à jour ! Focus aujourd’hui donc sur L’Horreur du métro, un authentique titre de série B qui en tant que tel ne révolutionne pas le genre mais permet au lecteur amateur de frisson de passer du bon temps et de ressortir bien content d’une lecture certes anecdotique mais efficace.

Dans ce roman, il ne fait pas bon traîner tard dans le métro de New York surtout hors des stations et des rames. Clochards, exterminateurs de rats et techniciens ont tendance à disparaître de manière impromptue et violente. Mais tout finit par réapparaître à la surface entre les victimes d’un tueur en série insaisissable et les victimes déchiquetées de mystérieuses créatures. La police est sur les dents, en perd son latin et pour certains agents même le sens commun ! Très vite, les personnages principaux se retrouvent confrontés à quelque chose qui les dépasse, une force occulte qui grandit en se nourrissant de la peur et du ressentiment. Sa soif inextinguible d’espace fait que la confrontation avec le genre humain sera violente et à priori à sens unique. Inutile de vous dire que la simple enquête de police se transforme quasiment en croisade...

On est clairement ici dans de la série B assumée aussi simple qu'efficace. Ainsi, vous ne trouverez pas de grande originalité dans la caractérisation des personnages : le flic intègre esseulé qui vit son métier comme un sacerdoce, la journaliste arriviste mais pas trop à laquelle on s’attache vite, le spécialiste mystérieux qui officie à la faculté et se nourrit de sa passion pour les rites étranges... Rajoutez dessus cela un soupçon d’idylle naissante, de vieilles fêlures qui se rouvrent, des découvertes extraordinaires annonçant un apocalypse latent et vous vous retrouvez entre de bonnes mains. La mayonnaise prend instantanément (beaucoup mieux que quand je tente d’en faire une vraie en cuisine), le récit très rythmé n’est pas avare en circonvolutions et la tension est très bien dosée. On est rarement surpris mais l’addiction est immédiate si ce genre de plaisir coupable vous tente car Monteleone est généreux en effets horrifiques et maîtrise très bien son sujet.

J’ai beaucoup aimé l’exploration des bas fonds de New York et notamment le véritable gruyère que se révèle être son sous-sol. C’est un aspect de la big pomme que je n’ai pas visité lors d’un séjour ancien dans cette ville fascinante (à faire une fois dans sa vie même si comme moi vous êtes plus un rat des champs). Vu ce qui s’y passe, je ne suis pas sûr d’avoir envie d’aller sur les chemins de traverse se cachant sous les rues et à côté des lignes régulières du métro. Ambiance poisseuse, monde interlope peuplés d’être avilis, nuisibles de toute sorte et une présence étrange qui ne fait que grossir et qui ne révélera sa vraie nature que dans le dernier tiers d’un roman fourni en détails et qui emmène littéralement le lecteur avec lui dans un univers glauque et bien déviant. Petit bonus à l’occasion de scènes bien épouvantables, un clin d’œil au mythe de Prométhée (un de mes préférés dans la mythologie classique) et des références à Lovecraft. L’auteur connaît ses classiques et ça me parle ! Voici un exemple tiré du livre d’une discipline qui intéresse le docteur Carter (rien à voir avec Urgences), un des piliers de l’équipe enquêtrice du livre: La mégapolisomancie. (Carter hocha la tête d’une mine sombre.) C’est une théorie mystique compliquée énoncée par un occultisme du début du siècle, un nommée Thibault de Castries dont le livre avait pour titre La Mégapolisomancie. Traduit librement, ce terme signifie à peu près la magie noire urbaine. De Castries était persuadé que quand une ville vieillit, elle acquière une vie métaphysique propre en attirant certaines des formes de vie les plus éthérées de la nature: esprits, démons et autres nébuleuses. Moi aussi, j’en suis arrivé à y croire tout récemment. Tripant, dans le genre.

D’une lecture très rapide, accessible mais pas simpliste (faut pas pousser quand même, il y a tellement de livres à lire), j’avoue qu’il m’a bien accompagné deux jours durant entre frissons, visions ésotériques et romance à deux balles. Certainement pas le livre de l’année ni le meilleur dans le genre mais un très bon divertissement qui remplit royalement son office. Vous avouerez que c’est déjà pas mal, non ?

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dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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vendredi 20 janvier 2017

"La Reine en jaune" d'Anders Fager

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L’histoire : À Trossen, les résidents de la maison de retraite se regroupent au troisième étage pour des rites venus d’un autre âge ; les deux frères Zami et Janoch escortent Grand-mère pour un long voyage – Grand-Mère qui gronde parfois, ou montre les crocs ; pour My l’artiste, la femme bafouée, le chef-d’oeuvre ultime ne peut se concevoir sans sacrifices ; à Bodskär, dans la baie plongée dans les ténèbres, quelque chose émerge des flots...

La critique de Mr K : Il aura fallu trois ans pour que les éditions Mirobole sortent enfin le pendant du magnifique recueil de nouvelles Les Furies de Boras d’Anders Fager qui m’avait fait très forte impression en janvier 2014. Avec La Reine en jaune, on continue à explorer la galaxie horrifique de cet auteur suédois atypique, au parcours cabossé et à l’écriture magique bien que glauque par bien des aspects. Plongez avec moi dans ces nouvelles bien déjantées qui raviront les amateurs de fantastique et d’autopsie du genre humain.

On reprend dans ce volume la structure du précédent, à savoir qu’on alterne de courts fragments numérotés avec des nouvelles plus longues tendant vers la cinquantaine de pages. Ces micro textes, au nombre de 5, font apparaître peu à peu un lien ténu mais ferme entre les différents textes et renvoient même au premier opus avec notamment une allusion très directe aux fameuses furies de Boras qui avait donné leur nom au titre de l’ouvrage précédent. On nage une fois de plus dans le bizarre avec d’étranges petits vieux qui se rencontrent régulièrement et semblent manipuler tout le monde et en savoir beaucoup sur les tenants et aboutissants des personnages en jeu dans les cinq grandes nouvelles qui hantent ce recueil.

"Hanter" n’est pas un mot trop fort pour désigner les contenus nébuleux et totalement branques auxquels est confronté le lecteur dans ce livre. On croise nombre de personnages interlopes, de lieux déviants de leur réalité quotidienne et des forces obscures semblant en œuvre derrière ces destins contrariés et/ou bouleversés à jamais. On croise ainsi de curieux vieillards aux mœurs bien barrées dans une maison de retraite à priori tout ce qui a de plus classique. Ils se livrent régulièrement à des sacrifices et cérémonies rituels pour préserver leurs chances de survie (ambiance à la Rosemary baby garantie !). Magie noire et vieillesse font à priori bon ménage, réservant de bons frissons au lecteur pris en tenaille entre le dégoût et l’envie d’en savoir plus.

Une autre nouvelle met en avant une artiste d’avant-garde qui utilise son corps comme support de son art photographique. Elle fait sensation avec sa dernière exposition dûment appelée "Porn star" qui attise sur elle autant d’admiration que de détracteurs la traitant de pornographe et de traître à la cause féministe. Pour autant, une mystérieuse femme revendiquant son appartenance à un obscure groupe de mécènes (Carosa) lui dit qu’elle peut encore aller plus loin. C’est ce que My Witt va faire mais pour cela elle devra s’aventurer aux confins de la folie et couper ses relations avec le monde. Cette nouvelle est glaçante et distend magnifiquement les frontières entre la création, la folie et l’hybris de l’artiste. On n’en ressort pas indemne et l’héroïne non plus qu’on retrouve dans la nouvelle éponyme de l’ouvrage dans un établissement un peu particulier où sa pathologie va s’exprimer encore plus loin. J’ai beaucoup apprécié cette idée de retrouver un personnage déjà connu d’une nouvelle à l’autre, la continuité est délectable et honnêtement, j’ai accroché à ce personnage ambigu et totalement hors norme. Un de mes gros coups de cœur dans ce recueil.

Un autre texte nous emmène près d’une île entre la Finlande et la Suède. Une opération de l’armée suédoise va avoir lieu pour nettoyer ce petit lopin de terre perdu en pleine mer Baltique. Nous suivons les atermoiements des hommes prêts à partir à l’action mais une fois sur place rien ne se passe comme prévu. Pas de russes (les ennemis redoutés par les personnages), ni d’hommes ordinaires en face d’eux mais l’indicible et d’étranges phénomènes qui vont remettre en question toute l’opération et surtout brouiller les pistes entre le bien et le mal. Terrible texte que celui-ci qui fait la part belle à la critique de la violence, de la haine xénophobe et les traumatismes liés à la guerre. Une fois de plus dans un texte de Fager, la monstruosité sort des endroits les plus inattendus et les affreux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. C’est sans aucun doute un des textes les plus marquants de ce recueil qui fournit aussi un étrange récit type road movie pour terminer cette lecture. Deux frères s’en vont pour aller chercher leur grand-mère à l’autre bout de l’Europe. Mais au fil de la lecture et des différentes étapes de leur voyage, on se rend bien compte que les deux principaux personnages ne sont pas tout à fait humains et que la grand-mère est loin d’être l’innocente petite vieille que l’on pourrait imaginer. Le récit de voyage se matine alors de fantastique à la Lovecraft avec une révélation bien trash et bien sentie qui laisse tout pantelant le lecteur plutôt expérimenté que je suis.

Cet auteur est décidément diabolique. Il a une propension incroyable à fournir à ses lecteurs des univers neufs, une fantasmagorie de tous les instants, des textes construits au millimètre qui ne vous épargneront pas entre fausses pistes, ellipses éloquentes et révélations d’une noirceur absolue. Pas beaucoup d’espoir dans ces textes transcendés par une écriture à l’apparence simple mais qui confine au génie dans sa capacité à nourrir l’imaginaire et créer des mondes en vase clos totalement flippants et barrés. Pour ma part, j’ai une fois de plus adoré ma lecture d’Anders Fager qui enterre tout ce que l’époque compte en terme d’écrivain du fantastique tant il apporte un souffle de fraîcheur et sans concession à des thématiques plutôt classiques comme l’avidité, le pouvoir, l’apparence, la domination ou encore le mythe de l’éternelle jeunesse.

Différent, abordable et 100% borderline, un bonheur de lecture que cette Reine en jaune qui procure une sacrée claque en cette rentrée littéraire de janvier. Un ouvrage qu’il faut absolument que tous les amateurs du genre se procurent tant ce recueil se révèle essentiel et vraiment marquant. Anders Fager est un auteur culte dans son pays, j’espère qu’il percera par chez nous car il le mérite vraiment et bouscule avec maestria les codes et la bien-pensance. Un bijou de noirceur.


mercredi 28 décembre 2016

"Récits de terreur" de Robert Bloch

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L’histoire : Un mandarin avide de tortures et ses canaris...
Une monstrueuse statue égyptienne qui capture les âmes...
Un Dieu-serpent à Haïti...
Un chien diabolique...
Un curieux musée de cire à Paris...
Un violoniste qui pactise avec le Diable...
Merlin et un Chevalier de la Table Ronde qui apparaissent en pleine Amérique contemporaine...
Un inconnu qui vous propose un billet aller simple pour Mars à 21 francs...
Tels sont certains ingrédients de ces écrits du maître de l’horreur, Robert Bloch, publiés dans la revue Weird tales entre 1935 et 1945.

La critique de Mr K : C’est une fois de plus le hasard qui a mis cet ouvrage sur mon chemin. Je connaissais l’auteur de nom sans l’avoir jamais parcouru et, étant fan de récits fantastico-noirs à la mode Creepy, je n’hésitai pas longtemps à acquérir ce recueil de nouvelles qui à l’époque étaient inédites en France (1985). Au final, vous verrez que je suis assez mitigé avec un volume qui est très inégal en terme de qualité littéraire et de surprises. C’est donc une déception que cette lecture pourtant aguicheuse quand on lit la quatrième de couverture.

Écrites sur dix ans et pour la première alors qu’il n’avait que 17 ans, ces nouvelles balaient beaucoup de thématiques classiques de la littérature fantastique ou du roman noir. On croise donc nombre de créatures antédiluviennes, d’humains avides et cruels, de la magie et du ressentiment qui font naître des situations et des agissements déviants et très souvent aux conséquences funestes. Quelle idée ont aussi des personnages de vouloir à tout prix entrer dans un vieux tombeau égyptien ou encore de pactiser avec le démon pour voir leur don accru ! Une fois de plus, le fantastique se met au service d’une étude sévère et implacable de l’être humain, animal doué de raison ne sachant pas  bien souvent résister au désir ou à l’ambition. Le châtiment est ici toujours implacable et assez délectable si l’on aime nourrir le petit esprit sadique qui nous habite.

Cela donne dans ce recueil quelques petites merveilles de noirceur avec notamment la très réussie nouvelle Figures de cire qui a inspirée des chefs d’œuvre de films d’horreur à l’ancienne et où un jeune homme bien sous tout rapport se retrouve sous l’emprise d’une statuette de cire à la beauté confondante et surtout obsédante. J’ai retrouvé ici tout le talent d’un Maupassant dans l’art de décrire l’aspect borderline d’une obsession et le côté jusqu'au-boutiste d’une fascination morbide. Un bijou ! Dans le même genre de relation trouble, celle du jeune violoniste ambitieux qui à la manière de Faust passe un pacte qui le mènera loin dans son talent mais aussi dans les illusions, et qui au final perdra définitivement tout ce qu’il convoite. Bien que très cheap, la nouvelle se déroulant en Chine est assez cruelle dans son genre aussi et bien saisissante par son aspect gore et irrévérencieux.

Par contre, il faut bien avouer que la majeure partie des textes a vieilli. L’écriture en elle-même est relativement agréable et facile à pénétrer (j’ai mis une soirée pour lire les 242 pages que comptent l’ouvrage) mais on est bien loin de classiques à la Poe, Lovecraft, Maupassant et autres écrivains majeurs du genre. Et puis, on n'est jamais réellement surpris avec des retournements de situations que l’on voit venir à dix mille lieues à la ronde ce qui est toujours gênant quand on touche à ce genre si particulier. Les nouvelles ont aussi vieilli à cause de certains clichés qui bien qu’involontaires donnent un sacré coup de vieux à l’ensemble et pourraient même faire passer certains textes comme des écrits réactionnaires à la limite du racisme. C’est loin d’être le cas, Robert Bloch ayant été toute sa vie quelqu’un d’ouvert et de tolérant mais les images et idéologies en vogue à l’époque transparaissent dans ces textes et font patiner les textes dans le suranné et finalement le manque de finesse (l’asiatique cruel, le noir soumis au blanc etc...).

Cette lecture fut donc une déception surtout que je suis friand de ce genre et que l’auteur est plutôt réputé. Là encore tout est une question de goûts et de couleurs, mais pour moi en tout cas, je passerai mon chemin si je devais recroiser un ouvrage de Robert Bloch dans un bac d’occasion...

lundi 26 décembre 2016

"Nous allons mourir ce soir" de Gillian Flynn

Nous allons mourir ce soirL'histoire : Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

La critique Nelfesque : Plus une nouvelle qu'un roman, ce dernier Gillian Flynn sorti chez Sonatine en novembre dernier fait moins de 100 pages et se lit très vite. Est-ce suffisant ? La quantité fait-elle la qualité ?

A cette dernière question, je répondrai sans hésitation : "non" ! On a vu souvent de longs romans s'engluer dans des descriptions inutiles, nous perdre en chemin ou finir par nous ennuyer complètement. Avec "Nous allons mourir ce soir", point de tout cela, l'auteure nous propose une courte histoire efficace !

N'étant pas une grande adepte du format nouvelle, j'aurai aimé une production plus longue pour bien m'imprégner de l'histoire mais force est de constater qu'avec peu de pages, Gillian Flynn réussit à saisir le lecteur, à ne pas le lâcher et lui proposer une histoire qui se tient. Avec un nombre de pages restreint, où tout pourrait n'être qu'effleuré, Gillian Flynn caractérise à la perfection ses personnages et forme un tout très appréciable. On flirte ici entre le thriller et l'épouvante et pour qui aime ces deux genres littéraires, on passe un bon moment.

Le personnage principal n'a pas eu une vie facile. Gamine, elle a fait la manche avec sa mère pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Elle laisse derrière elle cet univers misérable à l'âge de 16 ans pour devenir prostituée... Ce n'est pas une grande avancée dans un plan de carrière me direz-vous mais depuis, elle roule pour elle et travaille dans l'arrière boutique d'une chiromancienne en tant que "chargée de clientèle". Enchaînant branlette sur branlette, elle va développer assez vite une douleur au niveau du poignet l'empêchant de travailler (et oui, 23546 branlettes, ça use !). Sa boss va alors la faire passer à l'avant du magasin pour l'initier cette fois-ci à l'arnaque et à l'abus de personnes en situation de faiblesse. Elle sera maintenant voyante et medium et fait ainsi la connaissance de Susan qui en emménageant à Caterhook Manor a vu le comportement de son beau-fils changer. Une entité supérieure semble avoir pris possession de lui et Susan a besoin d'aide...

A ouvrage court, chronique courte. Je ne peux pas décemment vous donner plus de précisions sur le contenu de cette nouvelle. Sachez toutefois que Gillian Flynn étonne encore son lecteur avec un procédé d'écriture incisif, un univers noir et une plume cynique et parfois trash. La narratrice qui jusqu'ici n'a cessé d'utiliser les faiblesses des gens pour avancer va se retrouver empreinte au doute et va commencer à avoir peur elle aussi... Une petite centaine de pages savoureuses, un bon moment de lecture courte qui se lit d'une traite et une auteure encore une fois diablement talentueuse en matière d'angoisse !

dimanche 27 novembre 2016

"Opéra macabre" de Thomas Tessier

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L’histoire : Neil, auteur de romans historiques, visite la campagne italienne, lorsqu’une panne de voiture l’oblige à demander de l’aide dans une ferme isolée. Il y est accueilli par Marisa Panic, une jeune femme vers qui il se sent immédiatement attiré. Leur relation intensément érotique, torride, lui fait reléguer au second plan toute sorte de détails étranges, inquiétants : les allures de labyrinthe de la maison et la présence de parents âgés pour le moins bizarres, comme l’oncle de Marisa, le père Panic, prêtre, marionnettiste et ancien nazi...

La critique de Mr K : Opéra macabre m’a séduit par sa quatrième de couverture complètement folle avec certes un postulat de base banal (du genre de ceux que l’on retrouve souvent dans la production pléthorique de série B d’horreur) mais avec des promesses certaines entre érotisme, mystère et un prêtre nazi ! Étant un gros fan de films de genre et de littérature légère dans le domaine horrifique, ce volume m’était tout destiné. Les vacances de la Toussaint et la proximité d’Halloween ont achevé de me convaincre.

Neil a beau être un écrivain plutôt doué (son troisième livre l’a fait percer dans le domaine de l’édition), il n’en reste pas moins un gros abruti. Jugez plutôt ! Le gazier se promène tranquille en Italie et tombe en panne. Là dessus, il trouve refuge dans un vieux domaine perdu au milieu de nulle part. À ce moment là, je me serais déjà dit en mon for intérieur de me méfier. Il est accueilli par une sculpturale jeune femme qui lui fait du gringue et qui très vite va jouer passionnément au Scrabble sous la couette avec lui. Sa voiture doit être réparée en deux jours mais il s’en fiche le Neil, il ne pense plus qu’avec son pénis et en perd son latin, ses priorités et bientôt sa santé mentale. Car la maison n’est pas ce qu’elle semble être et ses habitants encore moins... Je vous l’avais dit que Neil était d’une stupidité sans nom !

Bon, en même temps, il n’y aurait plus de livre et le plaisir sadique qu’on éprouve au fil de l’intrigue ne serait plus aussi réussi. On a beau savoir que le pauvre gars est perdu d’avance, on se plaît à suivre son attirance hypnotique pour cette femme séduisante en diable. Elle m'a fait penser à une succube, dévoreuse d’âme qui l’entraîne exactement là où elle veut l’emmener. Pendant que le personnage principal ne pense qu’à la bagatelle, le lecteur s’interroge sur les détails étranges qui apparaissent ici ou là entre une maison à l’architecture complexe voir changeante, qui semble se refermer sur ses visiteurs, des bruits étranges et néanmoins familiers qui font penser que de drôles d’événements se déroulent dans les parages, un jeune-homme gisant blafard sur un canapé et disparu cinq minutes plus tard, des résidents âgés plutôt inquiétants qui se nourrissent de mets peu appétissants (vous ne mangerez plus de la soupe comme avant si vous lisez ce livre)... Bref, autant d’éléments qui moi m’auraient fait fuir au bout de quelques heures !

Mais non, le Neil en tient une couche et sous le charme de Marisa va laisser passer sa chance. Ce qui, pour le coup, permet à l’auteur, Thomas Tessier, de nous révéler dans le dernier tiers de l’ouvrage une vérité glaçante et extrême. Attendez-vous à du gore et du déviant mâtiné d’une piqûre de rappel historique non dénué d’intérêt. Les ficelles de l’intrigue sont assez grossières mais le résultat est plutôt réussi avec un lecteur pris dans la tourmente des dernières pages d’une rare violence et faisant écho dans une bien moindre mesure à l’évocation des enfers chez Dante ou Milton. On atteint les sommets du macabre et les amateurs apprécieront, les âmes sensibles passeront quant à elle leur chemin...

En terme de teneur littéraire, nous ne sommes pas en présence d’une œuvre impérissable. Clairement, l’auteur fait le boulot sans trop se fouler. Le dernier tiers prend vraiment à la gorge mais pour le reste, l’écriture est plate et sans réelle saveur. Ainsi, la chair est triste dans les passages érotiques alors que c’est l’inverse qui est attendu. J’ai trouvé aussi que Thomas Tessier ne s’appuyait pas assez sur la description pour planter encore plus une ambiance glauque comme il faut.

L’ensemble reste cependant très lisible et il ne faut pas plus de deux heures et demi pour venir à bout des 175 pages de l’ouvrage qui se déguste tel un bon petit plaisir coupable comme on les aime : suffisamment intrigant pour être lu d’une traite ou presque mais parfaitement dispensable et à réserver aux aficionados du genre. La balle est dans votre camp !

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mercredi 12 octobre 2016

"Sans portes ni fenêtres" de Peter Straub

Sans portes ni fenêtres

L'histoire : Avant, il se contentait de casser les jouets de son petit frère... Maintenant il a compris que le petit frère lui-même peut aussi être un jouet.

Harry Beevers est un sale gamin, une brute, mais le voisin l'a surnommé l'"intello", l'ayant surpris un jour plongé dans un livre.

"- La lecture mène à tout, avait-il ajouté.
-Ca ne peut pas lui faire de mal !" avait renchéri sa mère.

Mais le livre qu'Harry a trouvé dans le grenier n'est pas n'importe quel livre. C'est L'hypnose facile, guide pratique. Et tout ce qu'il raconte paraît tellement incroyable...

Harry a vraiment hâte d'essayer, d'autant qu'il a trouvé le sujet idéal : son petit frère.

La critique de Mr K : Après quelques lectures de la rentrée littéraire, je souhaitais m'orienter vers une lecture plus récréative et le genre horreur / terreur est idéal dans ce cas là à mes yeux. Dans ma PAL, j'ai quelques représentants du genre qui n'attendaient qu'une chose : que je les choisisse ! Je jetais donc mon dévolu sur Sans portes ni fenêtres de Peter Straub, un auteur plutôt réputé dans le genre et que je n'avais jusque là jamais pratiqué. De plus la quatrième de couverture promettait un récit bien barge et déviant dans la droite lignée du Jeu du jugement de Bernard Taylor que j'avais en son temps adoré. Au final, je suis plutôt mitigé...

Première surprise, il ne s'agit aucunement d'un roman mais d'un recueil de six nouvelles entre-coupées de micro-récits de deux à trois pages. Il y a donc bien l'histoire de ce frère sadique qui va tester l'hypnose sur son niais de petit frère mais aussi d'autres récits qui pour le coup ne versent pas forcément dans l'épouvante pure. C'est une semi déception car j'étais parti pour quelques bonnes pages de frousse et les attentes dans le domaine n'ont pas été comblées même si comme vous allez le lire, tout n'est pas à jeter loin de là.

On croise pas mal d'individus bien tordus dans les 400 pages que recèle ce recueil. Tour à tour, on côtoie un jeune garçon bien dérangé qui va expérimenter l'hypnose sur son jeune frère, un garçon passionné de cinéma qui vit sa vie à travers les œuvres qu'il va voir et qui va faire une terrible rencontre (le mot terrible ici n'est pas galvaudé, la nouvelle met vraiment très mal à l'aise le lecteur), un gros mythomane qui s'invente une vie auprès de ses parents et amis qui voue un culte aux biberons (oui oui ça surprend au début!), un taxi-man proposant des shows oniriques dans un cirque interlope et un écrivain désargenté qui part en Angleterre pour faire des recherches sur une poétesse comptant parmi ses aïeules. Ils ont tous en commun un destin contrarié, une soif de reconnaissance et une expérience virant à l'étrange à un moment de leur vie.

Peu ou pas de frissons comme dit précédemment dans cette lecture mais plutôt une suite de portraits très précis de personnages torturés d'une manière ou d'une autre. L'auteur se plaît à explorer les abysses et recoins obscures de l'âme humaine entre aspirations et contradictions, fascination pour la mort et l'attirance vers l'interdit. La peur n'est certes pas au RDV mais le dégoût, le désappointement et la surprise bien souvent, surtout sur trois nouvelles en particulier. En cela, certains récits sont de belles réussites livrant des personnages riches, denses et particulièrement dérangés, la bascule s'effectuant au détour d'un simple mot ou d'une simple phrase. La normalité disparaît au profit d'un monde, d'une expérience différente, déviante et souvent saisissante. J'ai aimé l'aspect borderline de certains personnages qui dévissent vraiment complètement.

On navigue souvent entre quotidien routinier et quelques éclats qui ne sont pas sans conséquence. C'est à la fois le point fort et le défaut de l'ouvrage. Peter Straub écrit très bien, les lignes qui composent ce recueil recèlent une grande qualité littéraire mais à force de trop se concentrer sur la forme, on en perd de l'intérêt et deux nouvelles qui comptent plus de 100 pages aurait mérité quelques travaux de débroussaillage tant on a l'impression que l'auteur se complaît dans la description inutile. J'ai tenu malgré tout car je souhaitais à chaque fois bien appréhender la fin proposée mais honnêtement je me suis parfois ennuyé ferme. À côté de cela, l'auteur nous offre de splendides pages sur la vie aux USA, sur les petites villes dont on ne parle jamais et sur les coutumes qui régissent le calendrier américain.

Je suis donc sacrément partagé par ce recueil qui je crois doit être réservé aux amateurs de belle langue et de l'auteur en particulier. Dans le genre en tout cas, j'ai lu bien mieux en terme d'efficacité.

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dimanche 26 juin 2016

"Double hélice" de Koji Suzuki

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L'histoire : Lorsqu'il pratique l'autopsie de son ami Ryuji, le médecin légiste Mitsuo Ando est loin de se douter qu'il va plonger dans l'irrationnel et le cauchemar. Comment est-il possible qu'un petit bout de papier se trouve au milieu des organes de son camarade de faculté avec juste ce message énigmatique : "Ring" ? Comment peut-il apparemment être décédé d'un effet secondaire de la variole, pourtant éradiquée depuis plus de vingt-cinq ans ? Et pourquoi l'amie de Ryuji a-t-elle disparu après avoir mentionné une mystérieuse cassette vidéo ?

La critique de Mr K : Il y a quelques mois, lors d'un article sur des acquisitions, je vous avais parlé de ma grande joie d'avoir dégoté à Périgueux les deux volumes qui me manquaient du cycle de Koji Suzuki concernant Sadako et sa maudite cassette. Plus connue sous le nom de Ring, cette saga horrifique japonaise m'avait vraiment séduit à travers le premier volume que je découvrais seulement après avoir visionné en leur temps les trois adaptations cinématographiques (versions nippones bien évidemment!). Double hélice est le second ouvrage de la tétralogie et je vous préviens de suite, on s'éloigne clairement de ce que l'on a pu voir (notamment dans le deuxième film de la série) ! Bien que surpris, j'ai été séduit et j'ai déjà bien hâte de lire la suite !

Dans cet opus, l'action reprend juste après les événements relatés dans le premier volume. Ando autopsie un ancien ami de fac qui semble être mort d'une banale crise cardiaque. C'est sans compter sur une étrange découverte (le fameux message codé présenté en quatrième de couverture) qui va l'emmener très loin de ses certitudes, dans le sillage d'une série de morts inexpliquées et la figure d'une mystérieuse jeune fille dont l'esprit semble toujours présent malgré son horrible trépas il y a déjà plus de 25 ans. Sadako Yamamura ne semble pas en avoir fini avec notre monde... Tout semble être sur le point de commencer !

Adeptes du surnaturel, de l'épouvante classique à base de revenants passez votre chemin immédiatement, vous serez déçus. L'auteur en prenant comme personnage principal un médecin adopte l'angle de la science pour cette recherche de la vérité tortueuse. Ando est hanté par la mort accidentelle de son jeune garçon et la séparation avec sa femme. Son couple n'a pas résisté à cet accident malheureux. Il se réfugie désormais dans le travail et le mystère qui se présente à lui va lui donner bien du fil à retordre. On suit tous ses tâtonnements, ses recherches infructueuses et à l’occasion nous en apprenons beaucoup sur les énigmes du corps humain et notamment de l'ADN qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage. Ces apports théoriques apportent un souffle neuf à une histoire plutôt classique qui ici va décoller dans la deuxième partie du roman vers une dimension quasi universelle dont les tenants et aboutissants font frémir.

J'ai eu très peu de frissons dans ce deuxième volet, d'ailleurs ce n'est pas le but recherché par l'auteur. Il approfondit ici les mécanismes de la malédiction de Sadako et révèle l'ampleur de sa portée. Loin de se réduire à une empreinte mentale haineuse et pleine de rancœur sur une VHS, il se dégage un projet à long terme et insidieux qui risque de changer à jamais le visage de l'humanité. L'horreur se fait ici plus discrète et plus basée sur les conséquences des actes et idées décrites. Le singulier devient pluriel, biologie et vengeance ne font plus qu'un pour mener à un projet touchant à la métaphysique et à l'évolution. Franchement, on ressort bluffé par le contenu et le volume trois promet de continuer dans cette veine.

Le rythme reste lent et attaché au quotidien des différents protagonistes et c'est très progressivement que le voile se lève sur les vérités cachées. Les passages marquants s’enchaînent entre découvertes macabres, quotidien fané et pures visions d'innocence : un instant de séduction entre deux inconnus, des flashback obnubilants refaisant surface, des chagrins et des peines à fleur de peau, un code secret à percer, un esprit retors tourné vers sa survie, une ville grise et aliénante. Peu ou pas de nature dans ce roman mais une ville de Tokyo inquiétante qui renforce un climax angoissant et impersonnel. Bien que moins flippant que son aîné, cet ouvrage prend à la gorge provoquant sueurs froides et réflexions plus générales sur la science et l'occulte. Les deux thèmes se mêlent à merveille livrant un ouvrage original, bien mené et efficace dans les buts qu'il poursuit. L'écriture de Suzuki garde le même sens du récit et souligne à merveille la profondeur des personnages et la complexité des phénomènes qui nous sont donnés à voir. Impossible en tout cas pour moi de relâcher le livre avant d'en avoir tourné la dernière page. L'addiction est au RDV et dieu que c'est bon !

Double hélice est vraiment à lire pour poursuivre ce voyage inquiétant et immersif comme jamais. Science et fantastique se mélangent à merveille et donnent vie à un roman pas comme les autres, séduisant en diable et à la conclusion peu banale et inquiétante. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Dark Water
- Ring