dimanche 9 avril 2017

"Le Jour J du jugement" de Graham Masterton

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L’histoire : Les treize chars avaient débarqué en Normandie le 13 septembre 1944. L'un d'entre eux, un Sherman, était resté, abandonné là depuis la fin de la guerre sur le bas-côté de la route.
Les gens évitaient de s'en approcher. Ils disaient que, par les nuits les plus sombres, on pouvait entendre les morts, l'équipage, parler entre eux à l'intérieur du char.
Dan McCook voulut en avoir le cœur net. C'était déjà une erreur : Mais, surtout, jamais il n'aura dû desceller le crucifix qui fermait la tourelle.

La critique de Mr K : J’éprouve toujours un grand plaisir à retourner dans les griffes de Graham Masterton. Bon écrivain dans le style, il procure à coup sûr des frissons bien placés et une évasion immédiate et efficace. Dans le genre épouvante / horreur, il fait partie des meilleurs à mes yeux. La quatrième de couverture m’a drôlement interloqué quand je tombai par hasard dessus lors d’une énième visite chez l’abbé, il ne m’en fallait pas plus pour embarquer le volume et en débuter la lecture quelques jours après cette acquisition.

Dan est cartographe et séjourne en Normandie pour réaliser des métrés pour illustrer un futur ouvrage de référence sur le débarquement. Par la même occasion, il goûte au doux charme de la région entre gastronomie, jolis paysages et ambiance de terroir. Au hasard d’une rencontre de fortune, on lui raconte une bien étrange histoire de tank hanté datant de la Seconde Guerre mondiale, un véhicule mystérieusement oublié. Sa curiosité piqué, il va commettre l’irréparable en brisant un sceau condamnant à jamais l’ouverture du tank, il ne sait pas encore qu’il a commis l’irréparable et que des forces obscures vont se déchaîner.

On retrouve toutes les qualités de l’auteur dans sa manière de gérer son intrigue. Non avare de détails, il va tout de même à l’essentiel en proposant avec Le Jour J du jugement un récit vif, aux multiples rebondissement sans laisser de réel temps mort au lecteur pris en otage. La preuve en est que je l’ai lu quasiment d’une seule traite seulement gêné dans mon avancement par un repas et quelques menus travaux de jardinage. Il s’en passe des vertes et des pas mûres dans ce roman mêlant références historiques, démonologie ancienne et choc des cultures entre l’américain et la population du crû. Certes on n’échappe pas à certains clichés, ainsi le héros a comme voiture de location une 2CV, il croise des gars portant le béret et la baguette est omniprésente sur toutes les tables. Personnellement, j’ai trouvé cela plutôt rigolo.

On flippe bien à certains moments avec des scènes peut-être moins gores que d’habitude (et encore certains passages sont bien salés dans ce domaine), l’auteur jouant plutôt sur la peur ancestrale du noir, de l’ombre cachée derrière la porte, des voies étranges que l’on croit entendre (le passage avec le magnétophone est un modèle du genre) et celle terrible de la possession de son âme et de son corps par des êtres pervers et démoniaques. Mission réussie dans le domaine avec des passages totalement barrés, une tension qui monte crescendo sans jamais baisser en intensité. Un regret cependant, une fin trop rapide, un peu téléphonée et finalement plutôt convenue. Pas de quoi regretter la lecture des 190 pages de l’ouvrage car la fin est logique mais j’aurais aimé davantage d’originalité voir un dénouement bien plus thrash. C’est mon côté sadique qui s’exprime !

On passe quand même un super moment avec un personnage principal bien planté dont les positions évoluent grandement au fil du récit, j’ai aussi beaucoup aimé le prêtre Aubry sorte de grand-père bienveillant qui va apporter nombre de réponses au jeune américain en pleine crise de foi. Mention spéciale aussi au démon libéré qui m’a bien plu par son côté joueur sanguinaire qu’aucune barrière morale humaine ne parvient à dévier de son but. On frissonne face à ses actes, on se prend parfois à sourire de ses mots si bien trouvés, le maître des tentateurs semble veiller sur les lignes qui courent devant les yeux enfiévrés du lecteur. Les autres personnages ont tous leur intérêt malgré parfois quelques passages un peu caricaturaux, attendus, un peu comme quand on regarde régulièrement des films d’horreur (c’est notre cas à Nelfe et à moi) et que finalement, même si on apprécie le spectacle, on trouve qu’il se répète et fait penser à des choses déjà lues / vues. Reste aussi de très belles évocations de la campagne normande entre atmosphère glauque à la tombée de la nuit, grisaille pénétrante et villages reculés aux pierres anciennes. L’ambiance est remarquable durant tout l’ouvrage et contribue vraiment à distiller un certain malaise au lecteur. Encore un bon point !

On retrouve ici le talent d’écriture de Graham Masterton qui est loin d’être un tâcheron en la matière. Cet ouvrage n’est certainement pas son meilleur mais il tient la route et remplit son office en matière de divertissement horrifique. Un petit plaisir coupable que je vous invite à entreprendre si le cœur vous en dit et que vous êtes amateur d’horreur en littérature.

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
Apparition
- La Cinquième sorcière

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vendredi 20 janvier 2017

"La Reine en jaune" d'Anders Fager

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L’histoire : À Trossen, les résidents de la maison de retraite se regroupent au troisième étage pour des rites venus d’un autre âge ; les deux frères Zami et Janoch escortent Grand-mère pour un long voyage – Grand-Mère qui gronde parfois, ou montre les crocs ; pour My l’artiste, la femme bafouée, le chef-d’oeuvre ultime ne peut se concevoir sans sacrifices ; à Bodskär, dans la baie plongée dans les ténèbres, quelque chose émerge des flots...

La critique de Mr K : Il aura fallu trois ans pour que les éditions Mirobole sortent enfin le pendant du magnifique recueil de nouvelles Les Furies de Boras d’Anders Fager qui m’avait fait très forte impression en janvier 2014. Avec La Reine en jaune, on continue à explorer la galaxie horrifique de cet auteur suédois atypique, au parcours cabossé et à l’écriture magique bien que glauque par bien des aspects. Plongez avec moi dans ces nouvelles bien déjantées qui raviront les amateurs de fantastique et d’autopsie du genre humain.

On reprend dans ce volume la structure du précédent, à savoir qu’on alterne de courts fragments numérotés avec des nouvelles plus longues tendant vers la cinquantaine de pages. Ces micro textes, au nombre de 5, font apparaître peu à peu un lien ténu mais ferme entre les différents textes et renvoient même au premier opus avec notamment une allusion très directe aux fameuses furies de Boras qui avait donné leur nom au titre de l’ouvrage précédent. On nage une fois de plus dans le bizarre avec d’étranges petits vieux qui se rencontrent régulièrement et semblent manipuler tout le monde et en savoir beaucoup sur les tenants et aboutissants des personnages en jeu dans les cinq grandes nouvelles qui hantent ce recueil.

"Hanter" n’est pas un mot trop fort pour désigner les contenus nébuleux et totalement branques auxquels est confronté le lecteur dans ce livre. On croise nombre de personnages interlopes, de lieux déviants de leur réalité quotidienne et des forces obscures semblant en œuvre derrière ces destins contrariés et/ou bouleversés à jamais. On croise ainsi de curieux vieillards aux mœurs bien barrées dans une maison de retraite à priori tout ce qui a de plus classique. Ils se livrent régulièrement à des sacrifices et cérémonies rituels pour préserver leurs chances de survie (ambiance à la Rosemary baby garantie !). Magie noire et vieillesse font à priori bon ménage, réservant de bons frissons au lecteur pris en tenaille entre le dégoût et l’envie d’en savoir plus.

Une autre nouvelle met en avant une artiste d’avant-garde qui utilise son corps comme support de son art photographique. Elle fait sensation avec sa dernière exposition dûment appelée "Porn star" qui attise sur elle autant d’admiration que de détracteurs la traitant de pornographe et de traître à la cause féministe. Pour autant, une mystérieuse femme revendiquant son appartenance à un obscure groupe de mécènes (Carosa) lui dit qu’elle peut encore aller plus loin. C’est ce que My Witt va faire mais pour cela elle devra s’aventurer aux confins de la folie et couper ses relations avec le monde. Cette nouvelle est glaçante et distend magnifiquement les frontières entre la création, la folie et l’hybris de l’artiste. On n’en ressort pas indemne et l’héroïne non plus qu’on retrouve dans la nouvelle éponyme de l’ouvrage dans un établissement un peu particulier où sa pathologie va s’exprimer encore plus loin. J’ai beaucoup apprécié cette idée de retrouver un personnage déjà connu d’une nouvelle à l’autre, la continuité est délectable et honnêtement, j’ai accroché à ce personnage ambigu et totalement hors norme. Un de mes gros coups de cœur dans ce recueil.

Un autre texte nous emmène près d’une île entre la Finlande et la Suède. Une opération de l’armée suédoise va avoir lieu pour nettoyer ce petit lopin de terre perdu en pleine mer Baltique. Nous suivons les atermoiements des hommes prêts à partir à l’action mais une fois sur place rien ne se passe comme prévu. Pas de russes (les ennemis redoutés par les personnages), ni d’hommes ordinaires en face d’eux mais l’indicible et d’étranges phénomènes qui vont remettre en question toute l’opération et surtout brouiller les pistes entre le bien et le mal. Terrible texte que celui-ci qui fait la part belle à la critique de la violence, de la haine xénophobe et les traumatismes liés à la guerre. Une fois de plus dans un texte de Fager, la monstruosité sort des endroits les plus inattendus et les affreux ne sont pas forcément ceux auxquels on pense. C’est sans aucun doute un des textes les plus marquants de ce recueil qui fournit aussi un étrange récit type road movie pour terminer cette lecture. Deux frères s’en vont pour aller chercher leur grand-mère à l’autre bout de l’Europe. Mais au fil de la lecture et des différentes étapes de leur voyage, on se rend bien compte que les deux principaux personnages ne sont pas tout à fait humains et que la grand-mère est loin d’être l’innocente petite vieille que l’on pourrait imaginer. Le récit de voyage se matine alors de fantastique à la Lovecraft avec une révélation bien trash et bien sentie qui laisse tout pantelant le lecteur plutôt expérimenté que je suis.

Cet auteur est décidément diabolique. Il a une propension incroyable à fournir à ses lecteurs des univers neufs, une fantasmagorie de tous les instants, des textes construits au millimètre qui ne vous épargneront pas entre fausses pistes, ellipses éloquentes et révélations d’une noirceur absolue. Pas beaucoup d’espoir dans ces textes transcendés par une écriture à l’apparence simple mais qui confine au génie dans sa capacité à nourrir l’imaginaire et créer des mondes en vase clos totalement flippants et barrés. Pour ma part, j’ai une fois de plus adoré ma lecture d’Anders Fager qui enterre tout ce que l’époque compte en terme d’écrivain du fantastique tant il apporte un souffle de fraîcheur et sans concession à des thématiques plutôt classiques comme l’avidité, le pouvoir, l’apparence, la domination ou encore le mythe de l’éternelle jeunesse.

Différent, abordable et 100% borderline, un bonheur de lecture que cette Reine en jaune qui procure une sacrée claque en cette rentrée littéraire de janvier. Un ouvrage qu’il faut absolument que tous les amateurs du genre se procurent tant ce recueil se révèle essentiel et vraiment marquant. Anders Fager est un auteur culte dans son pays, j’espère qu’il percera par chez nous car il le mérite vraiment et bouscule avec maestria les codes et la bien-pensance. Un bijou de noirceur.

mercredi 28 décembre 2016

"Récits de terreur" de Robert Bloch

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L’histoire : Un mandarin avide de tortures et ses canaris...
Une monstrueuse statue égyptienne qui capture les âmes...
Un Dieu-serpent à Haïti...
Un chien diabolique...
Un curieux musée de cire à Paris...
Un violoniste qui pactise avec le Diable...
Merlin et un Chevalier de la Table Ronde qui apparaissent en pleine Amérique contemporaine...
Un inconnu qui vous propose un billet aller simple pour Mars à 21 francs...
Tels sont certains ingrédients de ces écrits du maître de l’horreur, Robert Bloch, publiés dans la revue Weird tales entre 1935 et 1945.

La critique de Mr K : C’est une fois de plus le hasard qui a mis cet ouvrage sur mon chemin. Je connaissais l’auteur de nom sans l’avoir jamais parcouru et, étant fan de récits fantastico-noirs à la mode Creepy, je n’hésitai pas longtemps à acquérir ce recueil de nouvelles qui à l’époque étaient inédites en France (1985). Au final, vous verrez que je suis assez mitigé avec un volume qui est très inégal en terme de qualité littéraire et de surprises. C’est donc une déception que cette lecture pourtant aguicheuse quand on lit la quatrième de couverture.

Écrites sur dix ans et pour la première alors qu’il n’avait que 17 ans, ces nouvelles balaient beaucoup de thématiques classiques de la littérature fantastique ou du roman noir. On croise donc nombre de créatures antédiluviennes, d’humains avides et cruels, de la magie et du ressentiment qui font naître des situations et des agissements déviants et très souvent aux conséquences funestes. Quelle idée ont aussi des personnages de vouloir à tout prix entrer dans un vieux tombeau égyptien ou encore de pactiser avec le démon pour voir leur don accru ! Une fois de plus, le fantastique se met au service d’une étude sévère et implacable de l’être humain, animal doué de raison ne sachant pas  bien souvent résister au désir ou à l’ambition. Le châtiment est ici toujours implacable et assez délectable si l’on aime nourrir le petit esprit sadique qui nous habite.

Cela donne dans ce recueil quelques petites merveilles de noirceur avec notamment la très réussie nouvelle Figures de cire qui a inspirée des chefs d’œuvre de films d’horreur à l’ancienne et où un jeune homme bien sous tout rapport se retrouve sous l’emprise d’une statuette de cire à la beauté confondante et surtout obsédante. J’ai retrouvé ici tout le talent d’un Maupassant dans l’art de décrire l’aspect borderline d’une obsession et le côté jusqu'au-boutiste d’une fascination morbide. Un bijou ! Dans le même genre de relation trouble, celle du jeune violoniste ambitieux qui à la manière de Faust passe un pacte qui le mènera loin dans son talent mais aussi dans les illusions, et qui au final perdra définitivement tout ce qu’il convoite. Bien que très cheap, la nouvelle se déroulant en Chine est assez cruelle dans son genre aussi et bien saisissante par son aspect gore et irrévérencieux.

Par contre, il faut bien avouer que la majeure partie des textes a vieilli. L’écriture en elle-même est relativement agréable et facile à pénétrer (j’ai mis une soirée pour lire les 242 pages que comptent l’ouvrage) mais on est bien loin de classiques à la Poe, Lovecraft, Maupassant et autres écrivains majeurs du genre. Et puis, on n'est jamais réellement surpris avec des retournements de situations que l’on voit venir à dix mille lieues à la ronde ce qui est toujours gênant quand on touche à ce genre si particulier. Les nouvelles ont aussi vieilli à cause de certains clichés qui bien qu’involontaires donnent un sacré coup de vieux à l’ensemble et pourraient même faire passer certains textes comme des écrits réactionnaires à la limite du racisme. C’est loin d’être le cas, Robert Bloch ayant été toute sa vie quelqu’un d’ouvert et de tolérant mais les images et idéologies en vogue à l’époque transparaissent dans ces textes et font patiner les textes dans le suranné et finalement le manque de finesse (l’asiatique cruel, le noir soumis au blanc etc...).

Cette lecture fut donc une déception surtout que je suis friand de ce genre et que l’auteur est plutôt réputé. Là encore tout est une question de goûts et de couleurs, mais pour moi en tout cas, je passerai mon chemin si je devais recroiser un ouvrage de Robert Bloch dans un bac d’occasion...

lundi 26 décembre 2016

"Nous allons mourir ce soir" de Gillian Flynn

Nous allons mourir ce soirL'histoire : Après une enfance difficile, la narratrice anonyme devient travailleuse du sexe. Des années d’expériences ont développé chez elle un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs, leurs intentions et leurs envies. Aussi lui arrive-t-il de donner des conseils à des âmes en peine. Lorsqu’elle rencontre Susan Burke, une femme aisée aux prises avec une situation dramatique, elle lui propose de l’aider. Susan et sa famille ont emménagé à Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante, marquée par une violente histoire vieille de cent ans. Sur place, la narratrice rencontre Miles, le beau-fils de sa cliente, un adolescent au comportement étrange et glaçant. Saura-t-elle découvrir toute la vérité sur Carterhook Manor et la famille qui l’habite désormais ?

La critique Nelfesque : Plus une nouvelle qu'un roman, ce dernier Gillian Flynn sorti chez Sonatine en novembre dernier fait moins de 100 pages et se lit très vite. Est-ce suffisant ? La quantité fait-elle la qualité ?

A cette dernière question, je répondrai sans hésitation : "non" ! On a vu souvent de longs romans s'engluer dans des descriptions inutiles, nous perdre en chemin ou finir par nous ennuyer complètement. Avec "Nous allons mourir ce soir", point de tout cela, l'auteure nous propose une courte histoire efficace !

N'étant pas une grande adepte du format nouvelle, j'aurai aimé une production plus longue pour bien m'imprégner de l'histoire mais force est de constater qu'avec peu de pages, Gillian Flynn réussit à saisir le lecteur, à ne pas le lâcher et lui proposer une histoire qui se tient. Avec un nombre de pages restreint, où tout pourrait n'être qu'effleuré, Gillian Flynn caractérise à la perfection ses personnages et forme un tout très appréciable. On flirte ici entre le thriller et l'épouvante et pour qui aime ces deux genres littéraires, on passe un bon moment.

Le personnage principal n'a pas eu une vie facile. Gamine, elle a fait la manche avec sa mère pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille. Elle laisse derrière elle cet univers misérable à l'âge de 16 ans pour devenir prostituée... Ce n'est pas une grande avancée dans un plan de carrière me direz-vous mais depuis, elle roule pour elle et travaille dans l'arrière boutique d'une chiromancienne en tant que "chargée de clientèle". Enchaînant branlette sur branlette, elle va développer assez vite une douleur au niveau du poignet l'empêchant de travailler (et oui, 23546 branlettes, ça use !). Sa boss va alors la faire passer à l'avant du magasin pour l'initier cette fois-ci à l'arnaque et à l'abus de personnes en situation de faiblesse. Elle sera maintenant voyante et medium et fait ainsi la connaissance de Susan qui en emménageant à Caterhook Manor a vu le comportement de son beau-fils changer. Une entité supérieure semble avoir pris possession de lui et Susan a besoin d'aide...

A ouvrage court, chronique courte. Je ne peux pas décemment vous donner plus de précisions sur le contenu de cette nouvelle. Sachez toutefois que Gillian Flynn étonne encore son lecteur avec un procédé d'écriture incisif, un univers noir et une plume cynique et parfois trash. La narratrice qui jusqu'ici n'a cessé d'utiliser les faiblesses des gens pour avancer va se retrouver empreinte au doute et va commencer à avoir peur elle aussi... Une petite centaine de pages savoureuses, un bon moment de lecture courte qui se lit d'une traite et une auteure encore une fois diablement talentueuse en matière d'angoisse !

dimanche 27 novembre 2016

"Opéra macabre" de Thomas Tessier

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L’histoire : Neil, auteur de romans historiques, visite la campagne italienne, lorsqu’une panne de voiture l’oblige à demander de l’aide dans une ferme isolée. Il y est accueilli par Marisa Panic, une jeune femme vers qui il se sent immédiatement attiré. Leur relation intensément érotique, torride, lui fait reléguer au second plan toute sorte de détails étranges, inquiétants : les allures de labyrinthe de la maison et la présence de parents âgés pour le moins bizarres, comme l’oncle de Marisa, le père Panic, prêtre, marionnettiste et ancien nazi...

La critique de Mr K : Opéra macabre m’a séduit par sa quatrième de couverture complètement folle avec certes un postulat de base banal (du genre de ceux que l’on retrouve souvent dans la production pléthorique de série B d’horreur) mais avec des promesses certaines entre érotisme, mystère et un prêtre nazi ! Étant un gros fan de films de genre et de littérature légère dans le domaine horrifique, ce volume m’était tout destiné. Les vacances de la Toussaint et la proximité d’Halloween ont achevé de me convaincre.

Neil a beau être un écrivain plutôt doué (son troisième livre l’a fait percer dans le domaine de l’édition), il n’en reste pas moins un gros abruti. Jugez plutôt ! Le gazier se promène tranquille en Italie et tombe en panne. Là dessus, il trouve refuge dans un vieux domaine perdu au milieu de nulle part. À ce moment là, je me serais déjà dit en mon for intérieur de me méfier. Il est accueilli par une sculpturale jeune femme qui lui fait du gringue et qui très vite va jouer passionnément au Scrabble sous la couette avec lui. Sa voiture doit être réparée en deux jours mais il s’en fiche le Neil, il ne pense plus qu’avec son pénis et en perd son latin, ses priorités et bientôt sa santé mentale. Car la maison n’est pas ce qu’elle semble être et ses habitants encore moins... Je vous l’avais dit que Neil était d’une stupidité sans nom !

Bon, en même temps, il n’y aurait plus de livre et le plaisir sadique qu’on éprouve au fil de l’intrigue ne serait plus aussi réussi. On a beau savoir que le pauvre gars est perdu d’avance, on se plaît à suivre son attirance hypnotique pour cette femme séduisante en diable. Elle m'a fait penser à une succube, dévoreuse d’âme qui l’entraîne exactement là où elle veut l’emmener. Pendant que le personnage principal ne pense qu’à la bagatelle, le lecteur s’interroge sur les détails étranges qui apparaissent ici ou là entre une maison à l’architecture complexe voir changeante, qui semble se refermer sur ses visiteurs, des bruits étranges et néanmoins familiers qui font penser que de drôles d’événements se déroulent dans les parages, un jeune-homme gisant blafard sur un canapé et disparu cinq minutes plus tard, des résidents âgés plutôt inquiétants qui se nourrissent de mets peu appétissants (vous ne mangerez plus de la soupe comme avant si vous lisez ce livre)... Bref, autant d’éléments qui moi m’auraient fait fuir au bout de quelques heures !

Mais non, le Neil en tient une couche et sous le charme de Marisa va laisser passer sa chance. Ce qui, pour le coup, permet à l’auteur, Thomas Tessier, de nous révéler dans le dernier tiers de l’ouvrage une vérité glaçante et extrême. Attendez-vous à du gore et du déviant mâtiné d’une piqûre de rappel historique non dénué d’intérêt. Les ficelles de l’intrigue sont assez grossières mais le résultat est plutôt réussi avec un lecteur pris dans la tourmente des dernières pages d’une rare violence et faisant écho dans une bien moindre mesure à l’évocation des enfers chez Dante ou Milton. On atteint les sommets du macabre et les amateurs apprécieront, les âmes sensibles passeront quant à elle leur chemin...

En terme de teneur littéraire, nous ne sommes pas en présence d’une œuvre impérissable. Clairement, l’auteur fait le boulot sans trop se fouler. Le dernier tiers prend vraiment à la gorge mais pour le reste, l’écriture est plate et sans réelle saveur. Ainsi, la chair est triste dans les passages érotiques alors que c’est l’inverse qui est attendu. J’ai trouvé aussi que Thomas Tessier ne s’appuyait pas assez sur la description pour planter encore plus une ambiance glauque comme il faut.

L’ensemble reste cependant très lisible et il ne faut pas plus de deux heures et demi pour venir à bout des 175 pages de l’ouvrage qui se déguste tel un bon petit plaisir coupable comme on les aime : suffisamment intrigant pour être lu d’une traite ou presque mais parfaitement dispensable et à réserver aux aficionados du genre. La balle est dans votre camp !

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mercredi 12 octobre 2016

"Sans portes ni fenêtres" de Peter Straub

Sans portes ni fenêtres

L'histoire : Avant, il se contentait de casser les jouets de son petit frère... Maintenant il a compris que le petit frère lui-même peut aussi être un jouet.

Harry Beevers est un sale gamin, une brute, mais le voisin l'a surnommé l'"intello", l'ayant surpris un jour plongé dans un livre.

"- La lecture mène à tout, avait-il ajouté.
-Ca ne peut pas lui faire de mal !" avait renchéri sa mère.

Mais le livre qu'Harry a trouvé dans le grenier n'est pas n'importe quel livre. C'est L'hypnose facile, guide pratique. Et tout ce qu'il raconte paraît tellement incroyable...

Harry a vraiment hâte d'essayer, d'autant qu'il a trouvé le sujet idéal : son petit frère.

La critique de Mr K : Après quelques lectures de la rentrée littéraire, je souhaitais m'orienter vers une lecture plus récréative et le genre horreur / terreur est idéal dans ce cas là à mes yeux. Dans ma PAL, j'ai quelques représentants du genre qui n'attendaient qu'une chose : que je les choisisse ! Je jetais donc mon dévolu sur Sans portes ni fenêtres de Peter Straub, un auteur plutôt réputé dans le genre et que je n'avais jusque là jamais pratiqué. De plus la quatrième de couverture promettait un récit bien barge et déviant dans la droite lignée du Jeu du jugement de Bernard Taylor que j'avais en son temps adoré. Au final, je suis plutôt mitigé...

Première surprise, il ne s'agit aucunement d'un roman mais d'un recueil de six nouvelles entre-coupées de micro-récits de deux à trois pages. Il y a donc bien l'histoire de ce frère sadique qui va tester l'hypnose sur son niais de petit frère mais aussi d'autres récits qui pour le coup ne versent pas forcément dans l'épouvante pure. C'est une semi déception car j'étais parti pour quelques bonnes pages de frousse et les attentes dans le domaine n'ont pas été comblées même si comme vous allez le lire, tout n'est pas à jeter loin de là.

On croise pas mal d'individus bien tordus dans les 400 pages que recèle ce recueil. Tour à tour, on côtoie un jeune garçon bien dérangé qui va expérimenter l'hypnose sur son jeune frère, un garçon passionné de cinéma qui vit sa vie à travers les œuvres qu'il va voir et qui va faire une terrible rencontre (le mot terrible ici n'est pas galvaudé, la nouvelle met vraiment très mal à l'aise le lecteur), un gros mythomane qui s'invente une vie auprès de ses parents et amis qui voue un culte aux biberons (oui oui ça surprend au début!), un taxi-man proposant des shows oniriques dans un cirque interlope et un écrivain désargenté qui part en Angleterre pour faire des recherches sur une poétesse comptant parmi ses aïeules. Ils ont tous en commun un destin contrarié, une soif de reconnaissance et une expérience virant à l'étrange à un moment de leur vie.

Peu ou pas de frissons comme dit précédemment dans cette lecture mais plutôt une suite de portraits très précis de personnages torturés d'une manière ou d'une autre. L'auteur se plaît à explorer les abysses et recoins obscures de l'âme humaine entre aspirations et contradictions, fascination pour la mort et l'attirance vers l'interdit. La peur n'est certes pas au RDV mais le dégoût, le désappointement et la surprise bien souvent, surtout sur trois nouvelles en particulier. En cela, certains récits sont de belles réussites livrant des personnages riches, denses et particulièrement dérangés, la bascule s'effectuant au détour d'un simple mot ou d'une simple phrase. La normalité disparaît au profit d'un monde, d'une expérience différente, déviante et souvent saisissante. J'ai aimé l'aspect borderline de certains personnages qui dévissent vraiment complètement.

On navigue souvent entre quotidien routinier et quelques éclats qui ne sont pas sans conséquence. C'est à la fois le point fort et le défaut de l'ouvrage. Peter Straub écrit très bien, les lignes qui composent ce recueil recèlent une grande qualité littéraire mais à force de trop se concentrer sur la forme, on en perd de l'intérêt et deux nouvelles qui comptent plus de 100 pages aurait mérité quelques travaux de débroussaillage tant on a l'impression que l'auteur se complaît dans la description inutile. J'ai tenu malgré tout car je souhaitais à chaque fois bien appréhender la fin proposée mais honnêtement je me suis parfois ennuyé ferme. À côté de cela, l'auteur nous offre de splendides pages sur la vie aux USA, sur les petites villes dont on ne parle jamais et sur les coutumes qui régissent le calendrier américain.

Je suis donc sacrément partagé par ce recueil qui je crois doit être réservé aux amateurs de belle langue et de l'auteur en particulier. Dans le genre en tout cas, j'ai lu bien mieux en terme d'efficacité.

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dimanche 26 juin 2016

"Double hélice" de Koji Suzuki

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L'histoire : Lorsqu'il pratique l'autopsie de son ami Ryuji, le médecin légiste Mitsuo Ando est loin de se douter qu'il va plonger dans l'irrationnel et le cauchemar. Comment est-il possible qu'un petit bout de papier se trouve au milieu des organes de son camarade de faculté avec juste ce message énigmatique : "Ring" ? Comment peut-il apparemment être décédé d'un effet secondaire de la variole, pourtant éradiquée depuis plus de vingt-cinq ans ? Et pourquoi l'amie de Ryuji a-t-elle disparu après avoir mentionné une mystérieuse cassette vidéo ?

La critique de Mr K : Il y a quelques mois, lors d'un article sur des acquisitions, je vous avais parlé de ma grande joie d'avoir dégoté à Périgueux les deux volumes qui me manquaient du cycle de Koji Suzuki concernant Sadako et sa maudite cassette. Plus connue sous le nom de Ring, cette saga horrifique japonaise m'avait vraiment séduit à travers le premier volume que je découvrais seulement après avoir visionné en leur temps les trois adaptations cinématographiques (versions nippones bien évidemment!). Double hélice est le second ouvrage de la tétralogie et je vous préviens de suite, on s'éloigne clairement de ce que l'on a pu voir (notamment dans le deuxième film de la série) ! Bien que surpris, j'ai été séduit et j'ai déjà bien hâte de lire la suite !

Dans cet opus, l'action reprend juste après les événements relatés dans le premier volume. Ando autopsie un ancien ami de fac qui semble être mort d'une banale crise cardiaque. C'est sans compter sur une étrange découverte (le fameux message codé présenté en quatrième de couverture) qui va l'emmener très loin de ses certitudes, dans le sillage d'une série de morts inexpliquées et la figure d'une mystérieuse jeune fille dont l'esprit semble toujours présent malgré son horrible trépas il y a déjà plus de 25 ans. Sadako Yamamura ne semble pas en avoir fini avec notre monde... Tout semble être sur le point de commencer !

Adeptes du surnaturel, de l'épouvante classique à base de revenants passez votre chemin immédiatement, vous serez déçus. L'auteur en prenant comme personnage principal un médecin adopte l'angle de la science pour cette recherche de la vérité tortueuse. Ando est hanté par la mort accidentelle de son jeune garçon et la séparation avec sa femme. Son couple n'a pas résisté à cet accident malheureux. Il se réfugie désormais dans le travail et le mystère qui se présente à lui va lui donner bien du fil à retordre. On suit tous ses tâtonnements, ses recherches infructueuses et à l’occasion nous en apprenons beaucoup sur les énigmes du corps humain et notamment de l'ADN qui donne d'ailleurs son titre à l'ouvrage. Ces apports théoriques apportent un souffle neuf à une histoire plutôt classique qui ici va décoller dans la deuxième partie du roman vers une dimension quasi universelle dont les tenants et aboutissants font frémir.

J'ai eu très peu de frissons dans ce deuxième volet, d'ailleurs ce n'est pas le but recherché par l'auteur. Il approfondit ici les mécanismes de la malédiction de Sadako et révèle l'ampleur de sa portée. Loin de se réduire à une empreinte mentale haineuse et pleine de rancœur sur une VHS, il se dégage un projet à long terme et insidieux qui risque de changer à jamais le visage de l'humanité. L'horreur se fait ici plus discrète et plus basée sur les conséquences des actes et idées décrites. Le singulier devient pluriel, biologie et vengeance ne font plus qu'un pour mener à un projet touchant à la métaphysique et à l'évolution. Franchement, on ressort bluffé par le contenu et le volume trois promet de continuer dans cette veine.

Le rythme reste lent et attaché au quotidien des différents protagonistes et c'est très progressivement que le voile se lève sur les vérités cachées. Les passages marquants s’enchaînent entre découvertes macabres, quotidien fané et pures visions d'innocence : un instant de séduction entre deux inconnus, des flashback obnubilants refaisant surface, des chagrins et des peines à fleur de peau, un code secret à percer, un esprit retors tourné vers sa survie, une ville grise et aliénante. Peu ou pas de nature dans ce roman mais une ville de Tokyo inquiétante qui renforce un climax angoissant et impersonnel. Bien que moins flippant que son aîné, cet ouvrage prend à la gorge provoquant sueurs froides et réflexions plus générales sur la science et l'occulte. Les deux thèmes se mêlent à merveille livrant un ouvrage original, bien mené et efficace dans les buts qu'il poursuit. L'écriture de Suzuki garde le même sens du récit et souligne à merveille la profondeur des personnages et la complexité des phénomènes qui nous sont donnés à voir. Impossible en tout cas pour moi de relâcher le livre avant d'en avoir tourné la dernière page. L'addiction est au RDV et dieu que c'est bon !

Double hélice est vraiment à lire pour poursuivre ce voyage inquiétant et immersif comme jamais. Science et fantastique se mélangent à merveille et donnent vie à un roman pas comme les autres, séduisant en diable et à la conclusion peu banale et inquiétante. Un must dans le genre !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Dark Water
- Ring

samedi 31 octobre 2015

"Crimson Peak" de Guillermo del Toro

crimson peak afficheL'histoire : Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants : son ami d’enfance et le docteur Alan McMichael.

La critique Nelfesque : Guillermo Del Toro est un réalisateur que nous aimons beaucoup au Capharnaüm éclairé pour son Labyrinthe de Pan. Ses films ont une esthétique particulièrement bien léchée et "Crimson Peak" ne déroge pas à la règle.

Nous ne sommes pas ici dans le film d'horreur à la mode et si vous êtes adeptes des longs métrages à sensations en vogue en ce moment pour leur effet "sursaut" mais souvent dépourvus de charme, vous pouvez passer votre tour. Dans "Crimson Peak", on ne sursaute pas vraiment, l'histoire se met en place tout doucement et on se rapproche plus ici du conte horrifique et de la romance tragique que du film à sensations. "Crimson Peak", c'est un retour au film de genre classique avec une esthétique gothique aux décors sublimes, à l'ambiance glaçante et à la photographie maîtrisée. Une vraie réussite pour les amoureux du genre.

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Dans ce long métrage, Del Toro nous transpose dans l'Amérique et l'Angleterre des premières années 1900. Edith est une jeune fille moderne pour son époque. Elevée par un père aimant et ouvert, elle souhaite faire éditer son premier roman faisant la part belle aux esprits auxquels elle croit et avec lesquels elle peut entrer en communication. Succombant aux charmes de Sir Thomas Sharpe, elle va s'installer avec lui en Angleterre, à Allerdale Hall, vieux manoir à l'architecture saisissante mais à l'isolation douteuse. Le domaine tombe en décrépitude et la vie au manoir est aussi froide par son apparence que par ses habitants.

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La demeure est un personnage à part entière dans ce film. A l'image du frère et de la soeur Sharpe qui occupent les lieux, la bâtisse à un charme ancien, vestige d'une gloire passée, mais apparaît comme souffrante, agonisante et par là même inquiétante. Avec ses carrières d'argile rouge en sous-sol, la terre du domaine suinte du sang sur cette vaste étendue enneigée l'hiver et, telle des sables mouvants, attire peu à peu le manoir dans ses profondeurs. Avec un budget de 50.000.000 $ (non je n'ai pas rajouté de zéros), Guillermo del Toro avait de quoi faire un truc bien et c'est exactement ce qu'il a fait ! Visuellement, ce film est une claque !

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Avec un scénario très classique, "Crimson Peak" est clairement un hommage aux films d'horreur d'autrefois. Une histoire d'amour compliquée, une rivalité larvée et des esprits égarés. Voici en quelques mots le résumé de ce long métrage. Le reste est un magnifique paquet cadeau où chaque plan est d'une beauté à couper le souffle et où chaque détail du décor, chaque tache sur la robe de l'héroïne, sont exactement au bon endroit. Un beau film, comme on aimerait en voir plus souvent. L'amour de Guillermo del Toro pour l'univers romantico-gothique crève l'écran.

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La critique de Mr K : 5/6, un très beau moment de cinéma que le dernier film de Del Toro qui remonte dans mon estime avec cette histoire mêlant subtilement chronique sociale du XIXème siècle, romance et un soupçon de fantastique-épouvante. Je n'avais guère goûter à son Pacific Rim (les robots géants ce n'est pas trop mon truc) mais Crimson Peak est une vraie bombe visuelle qui m'a rabiboché de suite avec le bonhomme.

Edith, fille d'une bonne famille américaine, aspirante écrivaine fascinée par les fantômes depuis une visite qu'elle a reçu de sa mère décédée, ne se sent pas à sa place dans la société huppée de son époque. Trop d'imagination, trop de liberté avec les convenances lui fait-on remarquer régulièrement sauf son père qui l'aime tendrement et souhaite ce qu'il y a de mieux pour elle. Son destin bascule quand elle fait la rencontre de Sir Sharpe, un jeune noble désargenté venu d'Angleterre pour trouver les fonds nécessaires pour la poursuite de ses travaux d'ingénierie et la remise en état du manoir familial de Crimson Peak. Une romance s'esquisse entre les deux jeunes gens mais une ombre semble errer autour d'eux: une sœur distante et froide, la mort mystérieuse du papa de la mariée et l'installation dans le manoir de Crimson Peak vont faire basculer le destin d'Edith.

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Ce qui frappe en premier lieu, c'est la beauté de ce film. On frise la perfection tant costumes, décors, paysages sont travaillés entre reconstitution plutôt fidèle de l'époque et envolées plus fantastiques comme les spectres et certains aspects de décoration intérieure. Del Toro joue beaucoup sur le contraste et sur les couleurs qui s'opposent allant du plus vif au plus sombre. Magnifique pour les yeux, le film émerveille par la virtuosité de tous les petits travailleurs de l'ombre qui contribuent à produire un spectacle d'une rare beauté seulement dépassé ces dernières années par Tales of tales que j'ai trouvé plus poétique à ce niveau là. Crimson Peak évolue dans un autre style plus ostentatoire et plus grand public, d'où sans doute cette débauche d'effets de style (y compris dans les cadrages parfois sublimes). Et puis, quoiqu'on pense de lui, Del Toro a toujours été très généreux avec son public qui ici trouvera tout ce qu'il attend.

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Les acteurs assurent bien leur rôle notamment Tom Hiddleton qui sort du personnage caricatural de Loki dans la série de films Marvel (je suis loin d'être fan!) pour camper un Sir Sharpe qui tour à tour nous séduit, nous inquiète et inspire la compassion. Personnage non lisse par excellence, l'acteur fait montre d'un grand talent d'interprétation et nous livre un personnage ambigu et fascinant. J'ai aussi beaucoup apprécié l'actrice d'Alice (Mia Wasikowska) qui apporte une douceur et un charme un peu désuet, sensible et non tapageur, une touche de grâce et de légèreté qui détonne avec le reste du film. La romance des deux tourtereaux est rondement menée entre pas en avant et reculs successifs, deux êtres qui se cherchent, se trouvent et se perdent. Loin d'être une histoire gnangnan, on rentre ici dans l'amour viscéral et romantique, le ton faisant penser au grandiose Dracula de Coppola ("Mina, vous êtes si proche"). L'amour est ce qui se dégage le plus de film, peu ou pas de passages d'épouvante. Pas de sursauts pour ma part, n'y allez pas pour cela vous seriez déçu!

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Deux raisons me font mettre seulement un 5/6 à cette belle entreprise. Le scénario tout d'abord, qui même s'il se révèle plus complexe qu'on ne le pense, reste plutôt classique et prévisible. Aucune surprise et j'ai eu plus l'impression de voir différents films plus vieux compilés (films de maison hantée avec des esprits en souffrance, romance à la Tim Burton et suspens hitchkokien entre le frère et la sœur). Beau produit mais pas de réelle imagination dans le contenu, c'est ballot. Puis pour moi, il y a le cas Jessica Chastain qui ici livre une prestation juste sympathique. Dommage car cela amoindrit, je trouve, la révélation finale pas piquée des hannetons.

Mais ne restons pas sur ces deux remarques négatives, Crimson Peak est de l'étoffe de ce qui se fait de mieux en terme d'évasion en ce moment. Vous vous émerveillerez devant la beauté du métrage et frémirez à l'occasion des mésaventures d'Edith. À voir absolument au cinéma pour en profiter au maximum.

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mercredi 21 octobre 2015

"The Visit" de M. Night Shyamalan

the-visit-affiche-franceL'histoire : Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l'un d'eux découvre qu'ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s'amenuisent de jour en jour.

La critique Nelfesque : Ah ! On peut dire que je l'attends depuis longtemps ce nouveau Shyamalan ! Dès la diffusion de la bande annonce américaine de "The Visit", il y a plusieurs mois, je me languissais de découvrir ce long métrage au cinéma. Et autant le dire tout de suite, je me suis régalée.

Chaque sortie au cinéma de ce réalisateur est un évènement. Et pour cause ! Même si je n'ai pas adhéré à tous ces films, force est de constater que Shyamalan a un don unique pour prendre ses spectateurs par surprise. Le roi de la révélation de dernière minute a donc fait son retour le 7 octobre dans nos salles françaises pour une nouvelle fois nous faire frissonner et nous étonner...

Becca et Tyler ne connaissaient pas leurs grand-parents maternels et vont pour la première fois les rencontrer et passer une semaine de vacances chez eux. Leur mère s'est fâchée avec eux avant la naissance de son premier enfant et a depuis coupé les ponts. Becca et Tyler ont grandi et souhaitent maintenant les connaître et découvrir où leur mère a grandi. Becca, férue de cinéma, va immortaliser ce moment avec sa caméra et monter un reportage de cet évènement familial.

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Dans ce huit clos glaçant et inquiétant, Shyamalan a pris le parti du found footage. Procédé en vogue ces dernières années, ce n'est pas ici une volonté de surfer sur la mode qui prédomine mais une manière de narrer son histoire d'une façon différente et originale. Point de tremblement incessant de caméra ici, point non plus de course poursuite sans fin où on ne voit rien d'autre que le sol. Chaque plan est calculé, maîtrisé et sert à merveille l'ensemble. Par cette façon de faire, Shyamalan nous propose un cinéma dépoussiéré et fun où l'humour est aussi bien présent.

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Dans cette propriété isolée pendant 1h30, dans un paysage enneigé, le spectateur se sent coupé du monde et l'angoisse montante des enfants est palpable. Ces papis et mamies gâteaux tout d'abord très gentils, aimants et serviables, vont s'avérer être de plus en plus étranges... Deanna Dunagan, qui joue le rôle de la grand-mère, est vraiment flippante ! Shyamalan joue avec nos nerfs et fait monter la pression tout le long de son oeuvre jusqu'à un final tout simplement hallucinant où ma mâchoire s'est décrochée pendant plusieurs secondes lors d'une scène effroyable dans les dernières minutes du film. La gestion de la tension est parfaitement maîtrisée et l'angoisse est là. Malgré quelques scènes "sursautantes", c'est bel et bien le sentiment de malaise qui domine dans "The Visit". Ou comment un environnement serein va peu à peu dévoiler des scories malsaines et finir dans une ambiance de film d'horreur...

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Un film d'horreur certes mais un film d'horreur drôle aussi ! Dès le visionnage de la bande annonce, j'ai su que j'allais passer un excellent moment avec ce film et que j'allais bien me marrer (la scène de la grand-mère à poil dans le couloir, je peux dire que j'avais hâte de la voir sur grand écran !). Si de votre côté, cette dernière ne vous fait pas rire, vous ne prendrez peut être pas le film de la même façon que moi. J'ai pour ma part un côté très étrange à pleurer de rire dans les manèges à sensation et à m'égosiller devant des scènes de films de genre là où d'autres sont horrifiés ou courent vomir dans les toilettes. Voilà, vous êtes prévenus ! Mais en dehors de cela, de par le fait que le film est tourné par des enfants, des petites bouffées d'humour salvatrices au milieu de toute cette tension sont les bienvenues.

Vous l'aurez compris, pour ma part, je vous encourage grandement à aller voir "The Visit" qui n'est pas loin d'être pour moi le meilleur film de Shyamalan. Vous m'en direz des nouvelles !
"YAHTZEE !!!"

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La critique de Mr K : 6/6. Shyamalan frappe un grand coup avec son dernier film dont la bande annonce nous tenait bien en haleine depuis déjà un bon bout de temps. On peut dire qu'on l'a attendu et à sa sortie effective, il ne nous a pas fallu bien longtemps pour nous retrouver à 11h un bon matin dans une salle obscure du secteur qui pour l'occasion était vide! La salle pour nous tout seul, elle est pas belle la vie!

Une jeune fille amatrice de technique de cinéma et son jeune frère, rappeur blanc du pauvre vont pour la première fois de leur vie rencontrer leurs grands-parents maternels. La maman a quitté la maison en fin d'adolescence, irrémédiablement brouillée avec ses parents. Depuis, plus de contact jusqu'au jour où les petits enfants (15 et 12 ans environ) partent les voir. Mémé gâteuse amatrice de cuisine, grand-père vieillissant mais solide les attendent et tout semble parti sur de bonnes bases. Malheureusement la nuit venue, il s'en passe de belles. Mamie chavire la bouillotte et pépé semble cacher bien des choses. Comme à son habitude, Shyamalan connaît la partition: indices et faux semblants, révélations, contre-révélations, un suspens mené de main de maître pour une révélation efficace et glaçante.

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Première grosse qualité: on y croit. Ados normaux, environnement réaliste au possible et une première rencontre vraiment traitée avec pudeur et délicatesse. Le cinéaste soigne les détails comme à son habitude et assoit le film dans un rythme lancinant voir rassurant. Puis vient, la première nuit avec les premières visions étranges et décalées. On flippe bien, on s'accroche un peu à son siège et on se demande bien où on met les pieds. Plus question de ralentir, plus on avance dans le film plus les pistes et hypothèses se multiplient. Surtout qu'on en apprend plus sur ce qui s’est passé en amont dans la vie des enfants et le voile se lève petit à petit entre explications crédibles et conséquences vraiment vertigineuses en terme de psychologie des personnages. Les relations familiales, les moments de détente (géniale séquence du cache cache sous la terrasse), les plans fixes de lever et coucher de soleil, tout contribue à distiller une ambiance entre nostalgie du temps passé et angoisse qui suinte de chaque couloir et pièce de la demeure des grands-parents qui au fil du métrage font pencher le film dans une direction sombre et lourde de menace. Les acteurs sont au diapason, leur jeu est juste et sert remarquablement cette intrigue hypnotique autour du thème de l'identité et du souvenir.

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Filmé en found footage avec grand talent (et je ne le dis pas souvent), ce film est un petit bijou de construction narrative mais aussi de technique: rappelons que l'héroïne est passionnée de cinéma et surtout de technique de narration et de cadrage, cela donne un rythme rapide et cependant dense à l’œuvre. Il s'agit pour elle de monter un documentaire sur sa première rencontre avec son frère de leurs grands-parents et par là même une sorte d’élixir qui pourrait guérir leur mère incapable de reprendre contact avec ses propres parents. Suspens rime donc aussi ici avec secret de famille et fêlures intimes que portent chacun des personnages. Point de vue très bien exploité, le temps défile à grande vitesse et quand la lumière s'allume, on est conscient d'avoir vu un grand film de Shyamalan que je mettrais juste après La jeune fille de l'eau dans mes films préférés de ce réalisateur. À voir absolument au cinéma!

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lundi 3 août 2015

"Lumière froide" de Marvin Kaye et Parke Godwin

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L'histoire: Aubrey House est vide désormais. Personne ne veut l'acheter. C'est pourtant une belle demeure, vieille de plus d'un siècle et qui ferait les délices d'un antiquaire. Mais Aubrey House cache aussi un terrible secret: "l'effet Aubrey". Ce soir-là, cinq personnes s'y retrouvent pour percer ce secret. Les voilà réunies autour de Merlyn Aubrey, ravissante femme-enfant, dont le regard est fasciné par le portrait de sa grand-mère Charlotte, au visage figé et indéchiffrable de poupée ancienne. Et voilà que "l'effet Aubrey" va frapper implacablement. Et ce sera la mort par désintégration du cortex, les mutilations atroces, les accidents inexplicables, les phénomènes hypnagogiques et hallucinatoires... Qui échappera à ce monde de terreur et de violence?

La critique de Mr K: Un petit séjour de quelques jours dans une maison hantée ça vous dit? C'est ce que propose le blog aujourd'hui avec Lumière froide de Marvin Kaye et Parke Godwin sous-titré L'effet Aubrey ou les bas-fonds du subconscient, roman paru en 1983. Sacré programme en perspective avec entre autre une bâtisse inquiétante, un groupes de personnes où les tensions sont sous-jacentes et surnaturel galopant et angoissant. Suivez le guide!

Un cercle d'amateurs de surnaturel accompagné d'un professeur rationaliste (Richard Creighton) se retrouvent invités à Aubrey House, grand manoir de type victorien pour quelques jours. L'objectif avoué est de vérifier les dires qui circulent à son propos (morts suspectes, traces d'activités psychiques) ou de les désavouer en ce qui concerne Creighton. Chacun compte parvenir à ses fins par ses propre moyens et techniques: l'un est adepte de voyage astral, l'autre de séances de spiritisme, une autre croit en la création d'un lien personnel entre elle et l'entité, une autre n'y croit qu'à moitié et succombe à ses pulsions personnelles, enfin, le professeur compte bien démonter tout cela grâce à la science et le raisonnement analytique. Bien sûr, rien ne va se passer comme prévu, la machine va s'emballer, les forces occultes vont se déchaîner…

Le roman débute plutôt doucement avec la nécessaire caractérisation des personnages qui prend 1/3 des 252 pages de l'ensemble. Un incipit lent mais nécessaire pour la suite et surtout très bien mené. On est loin de l'itération biographique, les auteurs faisant les liens entre les différents protagonistes grâce à une conférence donnée par Creighton puis un apéro dînatoire chez l'une des femmes du groupe. Les personnages se jaugent, échangent leurs points de vue et se livrent à quelques joutes oratoires bon enfant. Vous l'avez compris la dimension psychologique est très bien développée et même si nous ne sommes pas face à beaucoup d'originalité, on s'attache à ceux ci notamment au jeune écossais Drew, amateur de voyage astral au corps perclus de douleur depuis son plus jeune âge ou encore Vita, bourgeoise amatrice de sensations fortes qui n'a jamais vraiment connu le véritable amour et qui vit sa vie par procuration en aidant les autres.

Les cartes sont complètement rabattues dès l'arrivée à Aubrey House. Les rapports se tendent face à la menace invisible et sourde qui pèse dans l'air. Tous à leur manière perçoivent une présence nuisible et chacun va l'expérimenter selon ses compétences et son ressenti. Quand certains perdent les pédales d'autres ont l'impression de nouer une relation particulière avec ces traces spéciales qui se déplacent à travers les pièces et les étages. On visite la maison de la cave au grenier et c'est un plaisir renouvelé que lire ces descriptions à l'ancienne de pièces toutes droites sorties de production de la Hammer. Bien que l'action se déroule dans la deuxième partie du XXème siècle, on a l'impression d'être plongé dans un autre temps et le huis clos se fait étouffant. Très vite la tension arrive à des sommets et les victimes se succèdent: accidents légers, puis disparitions et morts violentes. La vérité n'est révélée que dans les ultimes pages dans un dénouement certes attendu mais qui remplit pleinement son office.

L'expérience fut donc très rapide et plaisante. Récit très classique et sans surprise mais rondement mené avec une certaine épaisseur dans les personnages et le background concernant la maison et la famille qui y a habité durant des générations. Lecture récréative à souhait, Lumière froide est un bon petit roman d'épouvante qui comblera les attentes des amateurs du genre.

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