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L’histoire : Il n’a qu’un seul nom mais en utilise des centaines.
Il fuit son passé depuis des siècles.
Ses contemporains l’ennuient.
Les immortels le craignent.
Il est l’Empereur des Mondes.
Il est Ehren Mason.

La critique de Mr K : Ultime tome de la trilogie des Temps assassins, Parmi les vestiges de Pierre Léauté nous propose une conclusion assez magistrale à une saga vraiment prenante et à la complexité grandissante au fil des volumes. C’est un nouveau narrateur qui prend place ici, Ehren Mason (aka Le Tricheur) qui va nous raconter le fin mot de l’histoire. Vous pensiez en avoir vu de belles ? Attendez de lire la suite de ma chronique et ceci évidemment sans spoiler les volumes précédents, exercice fort difficile je vous l’accorde.

Jusque là le lecteur n’avait qu’entraperçu Ehren Mason au détour de scènes clefs de l’intrigue. Personnage mystérieux, volontiers roublard et accompagné de tueurs sanguinaires, on se doutait bien qu’il pouvait jouer un rôle important. Le présent tome va lever le voile sur ses origines, son parcours et surtout son devenir hors du commun. Comme pour tout Immortel qui se respecte, tout va se jouer à partir d’un crime ineffaçable qui est à l’origine de leur Don. Comme pour Darwell ou Charlotte des volumes précédents, commence une existence basée sur un remord originel. La différence pour Ehren réside dans le fait qu’il va accéder assez vite (dans une vie d’Immortel s’entend) aux plus hauts pouvoirs et hautes fonctions, se laisser griser avant de tout perdre. Le personnage se laisse facilement gagner par l'hybris inspiré par le pouvoir, l’argent et semble ne jamais en avoir assez. Semant volontiers le chaos et le doute, il va au final trouver sa place et révéler sa vraie nature.

Je pensais après la lecture des deux premiers tomes que l’auteur avait fait déjà le tour de la question et d’ailleurs si on m’avait demandé mon avis, j’aurais même dit que l’on pourrait s’arrêter là malgré quelques zones d’ombre. C’est justement ces espaces qu’explore Pierre Léauté grâce à Ehren, exploration qui va élargir le champ des possibles et amener sur la table de nouveaux éléments bien sombres qui font replonger un certain nombre de personnages. Et oui, on a ainsi le plaisir de revoir Charlotte, Darwen (mon chouchou je l’avoue) et quelques personnages essentiels comme Saint Preux ou encore l’Oracle. Ça paraît logique tant on accompagne Ehren qui en fait est aux premières loges des événements racontés dans les deux premiers volumes. Sans qu’on le sache vraiment, il tirait nombre de ficelles et se cachait derrière certains deus ex machina et autres rebondissements.

On retrouve pendant une petite moitié de livre la naissance d’un Immortel avec le personnage d’Ehren, on reprend donc les mêmes ficelles que les deux tomes précédents avec ici des focus historiques sur Alexandre le Grand notamment. Et oui, Ehren est bien plus vieux que les deux autres héros, ceci explique son influence plus forte. Ça fonctionne bien, la mayonnaise prend et même si je dois avouer que le personnage n’a pas le charisme des précédents (c’est plus un filou puis un tyran au départ), on se plaît à suivre les méandres de son existence. Véritable serpent faisant sa mue à de multiples reprises, bien malin sera celle ou celui d’entre vous capable de deviner sa destinée. Plusieurs fois dans ce volume, on revit certaines scènes importantes à travers ses yeux, ceci nous révélant des tenants et des aboutissants dont nous étions loin de nous douter. Beaucoup de certitudes s’effondrent et on essaie de comprendre les réactions en chaîne que cela va pouvoir provoquer.

Très vite, ce troisième tome se révèle être un véritable jeu de piste à travers le temps, l’espace et les relations complexes entre les personnages et camps en présence. Certaines vérités font mal et provoquent l’irruption de nouvelles entités ou personnages d’une sacrée trempe qui feraient passer les précédents bad guy pour des petits rats de l’opéra. On ne peut que s’incliner devant l’architecture même de l’œuvre dans son ensemble, c’est brillant et remarquablement amené. Parmi les vestiges ne peut en cela être lu sans avoir parcouru les deux opus précédents. Il les complète de fort belle manière, élève les enjeux à un niveau encore supérieur et fournit une conclusion sans appel. Le rythme reste toujours aussi haletant, pas le temps de s’ennuyer avec des péripéties nombreuses et les surprises qui vont avec.

Que dire de plus sinon que dans le genre cette trilogie est une pièce de choix qui se déguste sans modération ! Un pur bonheur de lecture que je vous invite à entreprendre au plus vite.

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Éclairé :
- Rouge vertical
- Les Uchronautes
- Mort aux grands et Guerre aux grands