mercredi 25 mai 2016

"Zazous" de Gérard De Cortanze

zazousL'histoire : On n'est pas sérieux quand on a quinze ans - même en pleine Occupation. Chaque jour, au café Eva, une bande de zazous se retrouve pour écouter du jazz. Josette, Pierre et Jean sont lycéens, Sarah est coiffeuse, Charlie trompettiste, Maris danseuse, Lucienne apprentie mannequin. Dans un Paris morose, ils appliquent à la lettre les mots d'ordre zazous : danser le swing, boire de la bière à la grenadine, lire des livres interdits, chausser en toutes circonstances des lunettes de soleil et enfiler de longues vestes à carreaux.

A mesure que les Allemands montrent leur vrai visage, ces jeunes gens qui ne portent pas encore le nom d'adolescents couvrent les murs de Paris du "V" de la victoire, sèment la panique dans les salles de cinéma et les théâtres, déposent une gerbe le 11 novembre sous l'Arc de Triomphe, arborent, par solidarité et provocation, l'étoile jaune. Traqués par les nazis, pourchassés par les collaborateurs, rejetés par la Résistance, les zazous ne veulent pas tant "changer la vie" qu'empêcher qu'on ne leur confisque leur jeunesse.

La critique Nelfesque : Vous le savez, si vous êtes un fidèle du Capharnaüm éclairé, autant Mr K est un adepte d'ouvrages traitant de la Première Guerre mondiale, autant de mon côté je ne rechigne jamais à lire un roman / document / essai (...) sur la seconde. C'est donc tout naturellement que je me suis dirigée vers "Zazous" de Gérard De Cortanze sorti début mars chez Albin Michel sans en avoir entendu parler au préalable, sans connaître l'auteur et sans même être très au courant de l'implication du mouvement Zazou dans le déroulement de l'Histoire.

J'avais donc encore des choses à apprendre sur cette guerre de 39-45 qui a de moins en moins de secret pour moi. Il est vrai que la musique a toujours été révélatrice d'une époque, elle met en lumière des espoirs, des peurs, des volontés. Je n'aurais jamais pensé à aborder cette guerre sous le prisme de la musique des zazous, plutôt versée dans le jazz et le swing, et par tout ce qu'il y a autour, un look, un état d'esprit, une façon de voir la vie. En cela "Zazous" est très intéressant et prend le parti d'apporter un vent de liberté sur une époque lourde. Ces jeunes semblent se moquer de tout, peu leur chaut la guerre, tout ce qui leur importe c'est de vivre ! Les voisins les regardent d'un drôle d'oeil, eux les jeunes écervelés qui ne semblent pas voir plus loin que le bout de leur nez et ne pensent qu'à danser et à se pavaner dans les rues dans leurs costumes ridicules. En apparence certes. Mais si l'on gratte sous le vernis du paraître, on met à nu toute une philosophie de vie.

Le lecteur suit ici une bande de copains parisiens ("parisiens" a ici son importance puisque je ne pense pas qu'il fut possible de vivre avec autant d'intensité sa vie de zazou en province) qui affublés de larges vestes à carreaux et de pantalons bouffants, se coiffent de cheveux longs et passent leurs soirées au cinéma ou en concert même en période de couvre feu. Ces jeunes bravent tout, le danger, les codes, les moeurs. Qu'importe qu'il y ait la guerre, si telle est leur vie, autant la vivre jusqu'au bout et comme ils l'entendent. Issus d'un milieu aisé, ils sont cultivés, s'intéressent à différents mouvements artistiques, sont au fait des derniers lieux tendance où se tiennent des concours de danse, sont relativement épargnés du fait de leurs relations lorsque viennent les périodes de restriction.

Tout cela est assez déconcertant. Nous sommes en pleine guerre, nous connaissons les conditions de vie de certains, le froid, la peur, la faim... Et au milieu du chaos, dans ce roman de Gérard De Cortanze, nous suivons des jeunes gens qui semblent flotter au dessus du lot, qui sont certes atteint par l'actualité mais d'une façon moindre si l'on met leurs conditions de vie en parallèle de celles de la majorité de la population à cette époque. Comme une petite bulle de privilèges, un désir de vivre malgré tout mais un choix que peu ont eu l'occasion d'avoir...

L'écriture de l'auteur est très simple. Trop simple. On est ici parfois plus dans le documentaire que dans la littérature. De Cortanze nous donne un flot d'informations certes intéressant mais redondant pour qui connaît bien l'Histoire et surtout noie, à mon sens, l'histoire propre de chacun de ses personnages dans une débauche de données impersonnelles. Si je veux lire un ouvrage d'Histoire, je lis un ouvrage d'Histoire (un document, un témoignage, un essai), si j'ouvre un roman c'est pour avoir un autre niveau de lecture, plus tourné vers l'empathie que la documentation. Voilà un parti pris de l'auteur auquel je n'ai pas adhéré et j'ai eu peur, je ne vous le cache pas, que ce "travers" soit présent jusqu'à la fin de l'ouvrage.

Heureusement ce ne fut pas le cas et au milieu de roman, les personnages prennent plus d'ampleur et le lecteur commence à s'attacher à certains d'entre eux. Les événements les écorchent, les malmènent eux aussi et on commence à entrer plus profondément dans leurs vies. Ce qui au départ était parti pour être un roman vite lu / vite oublié, devient peu à peu une histoire à laquelle le lecteur s'accroche. Certains personnages nous touchent plus que d'autres, certaines injustices éclatent et on se met à trembler pour l'avenir de l'un ou l'autre des jeunes gens qui hantent ce récit. L'écriture de l'auteur change également au fil des pages, se laissant enfin aller à la littérature, ne faisant plus que simplement relater des faits mais entrant plus profondément dans les ressentis des personnages. Dommage que cette plume littéraire n'ait pas été adoptée dès le début, cela aurait pu donner un très beau roman.

Pour ceux qui n'ont pas encore beaucoup lu sur cette période de l'Histoire, qui n'ont qu'une vague idée de l'ambiance qui pesait sur Paris durant ces années, qui sont trop jeunes pour avoir vu les documents d'archives (mais est-ce possible en fait de passer à côté de toutes ces données ?), cet ouvrage est très intéressant parce qu'il condense nombre de faits et relate précisément certains événements. Un bon petit rappel ou une bonne mise en bouche pour qui veut se pencher plus sérieusement sur le sujet par la suite. Un parti pris éducatif laissant peu de place à la volonté de recherches documentaires du lecteur qui m'a quelque peu gênée mais qui plaira sans doute à d'autres qui préfèrent avoir toutes les informations sous la main tout de suite.

Enfin, pour résumer mes propos en guise de conclusion, en ce qui concerne le fil conducteur de cet ouvrage, c'est l'histoire dans l'Histoire, ses joies et ses peines. La seconde guerre mondiale à Paris à travers la vie d'une bande de copains. Un roman écrit simplement qui retrace une partie de notre Histoire encore proche et qui touchera peut-être certains d'entre vous pour la jeunesse d'esprit, l'insouciance et la désinvolture apparente de ses personnages. En ce qui me concerne, je cherche plus que cela dans ce type de roman mais ne rejette pas pour autant "Zazous" qui a le mérite d'exister et de parler d'une guerre que l'on connaît bien avec une approche différente. Ce n'est sans doute pas le meilleur roman sur ce sujet mais il se lit sans difficulté. A chacun de voir selon ses préoccupations, ses besoins, son expérience sur le sujet si il est pertinent de se lancer dans cette lecture ou non.


jeudi 18 février 2016

"Dans la gueule du loup" de Adam Foulds

dans la gueule du loupL'histoire : Will, jeune Anglais naïf et inexpérimenté, s’imagine déjà en nouveau Lawrence d’Arabie lorsqu’il est affecté en Afrique du Nord après le débarquement des Alliés en 1942.
Ray, prolétaire new-yorkais d’origine italienne, rêve d’une carrière dans le cinéma lorsqu’il se retrouve, simple fantassin, catapulté au plus près de l’horreur des combats.
Cirò, parrain mafieux d’un village sicilien, s’exile à New York à l’arrivée des fascistes avant de revenir dans son île natale pour prêter main-forte aux Alliés.

La critique Nelfesque : Au rayon seconde guerre mondiale, rares sont les romans qui traitent de l'Afrikakorps et des actions menées par les Alliés en Sicile. Adam Foulds, avec son dernier roman, "Dans la gueule du loup" nous entraîne dans une expédition sanglante de l'Afrique du Nord à la Sicile où anglais et américains combattent l'armée allemande.

Après une incursion en prologue dans les montagnes siciliennes dans les années 20, l'histoire commence en Afrique du Nord au cours de l'année 1942. Comme le roman manque cruellement de recontextualisation à mon sens, je vous fais un petit récap' rapide des évènements. Au début des années 40, les allemands et les forces de l'Axe (Allemagne, Italie et Japon) opèrent en Libye et Egypte et se replient en Tunisie. En 1942, les Alliés, anglais et américains, débarquent alors en Algérie et au Maroc et unissent leurs forces pour repousser l'occupant allemand. Voici ici les grandes lignes de l'Histoire et je trouve dommage que certains lecteurs puissent être laissés sur la touche faute de connaissances sur ce terrain ci. Car ici, il n'est pas tant question de retranscrire l'Histoire et d'éduquer le lecteur que de proposer une tranche de vie de soldats et de résistants. C'est un parti pris, pas inintéressant au demeurant mais il faut tout de même bien connaître le contexte de l'époque pour apprécier pleinement cet ouvrage.

Ce que l'on perd en contexte, on le gagne toutefois en ambiance et en psychologie des personnages car nous sommes ici au plus près des pensées de Will et Ray. Will est anglais, Ray américain. Tous les deux vont se retrouver sur les routes africaines, et plus tard siciliennes, au coeur des combats. Sous les bombes, en ligne de mire, au contact des populations apeurées... Leurs rêves d'avant guerre, notamment concernant le cinéma pour l'un d'eux, vont être confrontés à la réalité et à l'horreur du conflit d'où ils ne reviendront pas totalement indemnes.

Côté écriture, Adam Foulds sort sa belle plume et donne à voir au lecteur des tableaux saisissants de réalisme. Les passages consacrés au débarquement notamment sont époustoufflants et les pensées des personnages effroyables. Nous sommes alors aux côtés des soldats, nous débarquons avec eux, nous courons pour notre survie, nous perdons nos amis...

"Dans la gueule du loup" porte bien son nom tant il nous transporte au coeur du conflit, dans la brutalité crue de la guerre, dans le quotidien des soldats en opération. Un roman comme une tranche de vie. Un instant T dans la seconde guerre mondiale. Ni le début, ni la fin, ni la totalité de cette période. Comme une touche au milieu de l'horreur, un cheveu dans la soupe. A découvrir si vous souhaitez lire autrement les conflits armés d'ici ou d'ailleurs, passé ou présents.

mercredi 3 février 2016

"Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois

le-gardien-de-nos-freresL'histoire : En 1939, Simon Mandel a 16 ans. Entré dans la Résistance, il sera blessé au maquis. En 1945, la guerre lui a tout pris et notamment Elie, son petit frère, disparu dans des conditions mystérieuses. Dans une France désorganisée et exsangue, Simon embrasse une nouvelle cause, celle des Dépisteurs. Ces jeunes Juifs, anciens scouts et combattants, ont pour mission de retrouver des enfants dont les parents ne sont pas revenus des camps. Sillonner le pays à la recherche des siens est sans doute le seul espoir pour Simon de retrouver Elie.
Dans ce monde traumatisé où le retour à la vie sera pour certains une tragédie de plus, Simon rencontre Léna, survivante du ghetto de Varsovie. Rejetée par son propre pays, la Pologne, elle cherche elle ausse à redonner un sens à son existence. De Paris à Toulouse, d'Israël à New York, la reconstruction bouleversante de deux jeunes révoltés portés par la force de l'amour et le souffle de l'Histoire.

La critique Nelfesque : Encore une belle lecture et une belle découverte aujourd'hui avec "Le Gardien de nos frères" d'Ariane Bois. Vous commencez à le savoir maintenant, la seconde guerre mondiale est un sujet qui me passionne mais j'ai rarement lu d'ouvrages traitants de la recherche d'enfants juifs au sortir de la guerre. L'auteure s'attache ici à nous narrer la difficile reconstruction d'un peuple qui, une fois traversés des moments extrêmement durs de son histoire, va s'engager dans une quête des siens disparus. Une quête parfois vaine et douloureuse.

Nous faisons la connaissance de la famille Mandel par le biais de Simon. Jeune français de confession juive, il vit dans une famille nombreuse et aimante. La guerre va s'emparer de ce bonheur, séparer les parents et les enfants, parquer le père, faire fuir la mère, déposséder les Mandel de tous leurs biens et enrôler Simon et sa soeur Madeleine dans la Résistance. Elle va aider des enfants juifs à quitter le pays, lui va se battre dans le maquis. Malheureusement, ce dernier va être gravement blessé et à la fin de la guerre, lorsqu'une fois sur pieds il veut retrouver sa famille, il va se heurter à une porte close. Tous ont disparu, l'appartement familial a été pillé et réattribué à une "bonne famille française". Le cauchemar n'est pas terminé, Simon va devoir faire face à une nouvelle épreuve, essayer de se reconstruire, faire le deuil de bon nombre de personnes aimées et tenter de retrouver les siens.

C'est ainsi qu'il devient dépisteur dans une organisation juive. Ayant pour but de localiser, récupérer et réinsérer dans leur communauté les enfants juifs éparpillés sur tout le territoire français pendant la guerre afin de les cacher, la tâche est ardue et le chemin est long. En binôme avec Léna, juive polonaise ayant vécu dans le ghetto de Varsovie et perdu toute sa famille, ils vont entreprendre un travail de fourmi dans le sud-ouest de la France et apprendre à se connaître l'un l'autre, eux qui ont tout perdu et beaucoup enduré.

Ariane Bois, à travers le destin et les recherches de Simon et Léna, nous dresse le portrait de la France d'après guerre et d'une population française capable du meilleur comme du pire. Chaque enfant retrouvé est autant d'histoires à raconter, autant de français au grand coeur ou opportunistes qui ont ouvert leurs maisons, leurs écoles, leurs couvents, qui pour de l'argent, qui pour le bien être des enfants. Nous avons là tout un panel d'hommes et de femmes qui composaient la France de l'époque. Certains ont vu en ces enfants une main d'oeuvre bon marché, d'autres un moyen de subsistance contre rémunération, d'autres encore des âmes à sauver en les convertissant au catholicisme ou des petites filles faciles à abuser. Une galerie d'horreur qui se rajoute à l'horreur et qui fait froid dans le dos. Heureusement, au milieu de toutes ces abjections et cette effroyable réalité, certains ont recueilli des enfants avec altruisme, générosité et amour. Dans ces familles, il est alors parfois difficile de voir partir un enfant chéri et choyé qui fait dorénavant parti de la famille et pour qui une séparation supplémentaire est un véritable déchirement.

L'auteure ne fait pas ici dans la facilité ni dans le manichéisme. La complexité des sentiments et des liens entre les hommes est finement décrite et la douleur ressentie par les personnages ici présentés est palpable. Les épreuves sont dures, les désillusions aussi mais au bout du chemin il y a l'espoir. L'espoir pour Simon de retrouver son petit frère et de construire une nouvelle vie avec lui, l'espoir pour Léna de trouver un sens à sa vie.

"Le Gardien de nos frères" est un très beau roman sur "l'après". Sur la reconstruction, sur le deuil, sur l'absence, sur le renoncement mais aussi une mise en lumière de l'engagement des dépisteurs et la vie des rescapés, ceux qui ont échappé à l'horreur, se sont cachés, se sont battus et ont perdu des êtres chers. Un roman qui est en plein dans l'actualité puisqu'avait lieu, le 27 janvier dernier, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste et que se tient en ce moment même et jusqu'au 30 octobre 2016 une exposition sur le thème de "l'après" au Mémorial de la Shoah (notez, si vous êtes à Paris, qu'une rencontre avec l'auteure, Ariane Bois, s'y tiendra demain). Je ne manquerai pas de vous en parler dans l'année lorsque je m'y serai rendue. En attendant, plongez-vous dans "Le Gardien de nos frères" et dans le destin de ces hommes et femmes fascinants par leur courage et leur soif de vivre malgré tout.

vendredi 11 septembre 2015

"Viens et vois" de Ales Adamovitch

vois_et_viens_PIRANHAL'histoire : Fliora est un jeune homme à peine sorti de l'adolescence lorsqu'il rejoint les partisans dans la forêt pour combattre les troupes allemandes. Vingt-cinq plus tard, il se rend avec un groupe de survivants pour inaugurer un monument commémoratif à Khatyn. C'est à travers les souvenirs de Fliora, qui remontent à la surface lors de cet étrange voyage en bus qui les mènent sur les lieux de la tragédie, qu'Ales Adamovitch dresse un tableau terrifiant du génocide et des crimes atroces perpétrés par les nazis : les habitants du village encerclé par un escadron de la mort allemand exécutés en masse, les femmes et les enfants jetés vivants dans les flammes qui ravagent les maisons et l'église du village.

La critique Nelfesque : "Viens et vois" est le genre de roman vers lequel je me tourne naturellement. Traitant de la Seconde Guerre mondiale, sujet que j'aime beaucoup en littérature comme vous devez le savoir maintenant, il aborde ce thème de façon frontale. Futurs lecteurs, soyez prévenus, avec ce roman vous allez souffrir !

Le lecteur fait ici connaissance avec Fliora Petrovitch, assis dans un bus à destination de Khatyn. A ses côtés, sa femme et son fils mais aussi bons nombres de ses anciens amis et connaissances datant d'une époque lointaine mais encore bien présente dans son esprit : la guerre.

Fliora a fait la guerre, la seconde, celle qui demeure encore dans tous les esprits contemporains. Du côté des partisans, contre les allemands. Il a arpenté les campagnes biélorusses, procédé à des manoeuvres de sabotage, volé de la nourriture pour survivre, protégé ses proches. Aujourd'hui aveugle, il gardera toujours imprimé dans ses rétines les images des atrocités dont il a été témoin. Des passages très durs qui sont de véritables crève-coeurs pour le lecteur et que Ales Adamovitch dépeint sans fioritures. Des familles entières parquées dans des églises ou des remises, abattues à bout portant ou brûlées vives. L'odeur des corps, le froid de l'hiver sous ces latitudes, la peur dans les yeux des civils et l'angoisse des enfants, les larmes des mères, les familles déchirées, la cruauté des SS, les plans d'extermination...

"Viens et vois" est un roman qui n'est pas à la portée de tout le monde. En premier lieu parce qu'il demande un certain bagage et des références historiques pour bien appréhender son histoire. Il n'est pas question ici des camps de concentration et des déportations que l'on connaît bien pour les avoir vu dans des centaines de films, reportages et livres. Ici, nous sommes en pleine Biélorussie, un pays loin de nos contrées françaises et pourtant touché lui aussi lors de la Seconde Guerre mondiale. Etant assez calée sur ce sujet maintenant, je dois avouer que des notes de bas de pages pour recontextualiser certaines scènes ou définir certaines termes "techniques" n'auraient pas été de trop. J'ai dû moi-même faire quelques recherches et stopper ma lecture par moment pour ne pas louper une marche dans le fil narratif, ce qui est assez dommage...

Il n'est pas à la portée de tout le monde ensuite pour son côté cash. L'auteur n'y va pas par quatre chemins et avec son écriture bien particulière, entre présent et réminiscences du passé, actions et hallucinations, il mène le lecteur au plus près de l'horreur. L'horreur à l'état brut. Pas celle d'un thriller bien ficelé qui attise en nous une peur que l'on aime ressentir, non, celle de la réalité. L'horreur dont est capable un homme, la déshumanisation d'une population, l'absence de sentiment. L'anéantissement, la destruction, le massacre, la tuerie de toute une population.

C'est avec la boule au ventre que le lecteur se plonge dans "Viens et vois". Il va, il monte dans ce bus direction Khatyn, il côtoie ces héros qui ont connu l'horreur, il voit à travers les yeux de Fliora, il entend et il n'oublie pas. Une lecture essentielle, plus particulièrement en ces temps de polémiques concernant l'arrivée des migrants en France. Toi aussi lecteur, viens et vois !

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Ce roman a été adapté au cinéma en 1985 par Elem Klimov sous le nom de "Requiem pour un massacre" :

vendredi 31 juillet 2015

"Max" de Sarah Cohen-Scali

maxL'histoire : "19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l'on verra en moi le premier-né de la race suprême. La race aryenne. Celle qui désormais régnera en maître sur le monde. Je suis l'enfant du futur. Conçu sans amour. Sans Dieu. Sans loi. Sans rien d'autre que la force et la rage. Je mordrai au lieu de téter. Je hurlerai au lieu de gazouiller. Je haïrai au lieu d'aimer. Heil Hitler !"

Max est le prototype parfait du programme "Lebensborn" initié par Himmler. Des femmes sélectionnées par les nazis mettent au monde de purs représentants de la race aryenne, jeunesse idéale destinée à régénérer l'Allemagne puis l'Europe occupée par le Reich.

La critique Nelfesque : La Seconde Guerre mondiale est un sujet que j'aime beaucoup. Vous avez dû vous en douter lors d'anciennes lectures ou bien me l'entendre dire maintes fois. Il est très important d'en parler, encore et toujours, et tirer des leçons de l'Histoire afin d'éviter qu'elle ne se répète. En ce moment peut être encore d'avantage...

Dès les premières phrases, le lecteur fait la connaissance intra-utérine de Konrad, alias Max. Sa naissance est imminente mais il fait tout pour voir le jour le 20 avril. Sa première victoire, sa première preuve d'allégeance à sa patrie, l'Allemagne Nazie. Car Konrad n'est pas un bébé comme les autres, fruits de l'amour entre un homme et une femme, Konrad est un des spécimens produits par le Reich.

Dès le milieu des années 30, des programmes sont mis en place pour produire de purs produits allemands 100% aryens. Ces enfants sont mis au monde dans des Heims, sortes de maternités / orphelinats où naissent des miliers d'enfants dont les parents ont été sélectionnés selon des critères physiques et génétiques et accouplés de gré ou de force. Les enfants sont ensuite à leur tour étudiés sous toutes leurs coutures et classifiés. Les champions méritent de vivre, d'être adoptés par des couples allemands eux aussi choisis et élevés dans les stricts préceptes des jeunesses hitlériennes. Les autres sont "désinfectés"... Cette entreprise a un nom : le programme Lebensborn. Max en est l'exemple parfait. Le premier né d'une longue lignée d'enfants manipulés, celui né le même jour qu'Hitler.

J'ai appris l'existence du programme Lebensborn peu de temps avant de lire ce roman de Sarah Cohen-Scali qui s'est beaucoup documenté sur le sujet en amont (merci d'ailleurs à elle qui offre aux lecteurs une bibliographie très complète en fin d'ouvrage pour qui veut approfondir le sujet). Cette découverte fut un choc. J'ai pourtant étudié la Seconde Guerre mondiale au lycée, j'ai pourtant lu de nombreux romans et témoignages et vu une flopée de documentaires sur cette guerre mais ce fait précis était passé à travers les mailles du filet. Une pierre d'horreur supplémentaire à l'édifice du nazisme.

"Max" nous fait suivre le parcours d'un enfant, de sa naissance avant la guerre jusqu'à l'âge de ses 11 ans où russes puis américains entrèrent dans Berlin. Entre les deux, une existence d'endoctrinement, de fanatisme et de dévotion. L'utilisation des enfants allemands pour démasquer les petits polonais à aryaniser et les familles à tuer, l'enlèvement d'enfants apeurés, l'entrainement de tous pour être envoyé si nécessaire sur le front... "Max" est une lecture très difficile émotionnellement. Je pense qu'elle le sera encore plus pour des lecteurs ayant eux-mêmes des enfants car ce qui se passe ici est à la limite du soutenable.

Konrad ne se pose pas de questions sur l'Allemagne. Pour lui, c'est sa patrie est sa mère et on ne doute pas de sa mère. Il ne s'en pose pas non plus sur le Fürher qu'il prend pour son père. Sa jeunesse est à 10.000 lieux d'une jeunesse ordinaire. Ici, seuls comptent la Patrie, le Fürher et la victoire. Sarah Cohen-Scali, à travers les yeux de Konrad, nous raconte l'Allemagne des années 30 et 40. Ce petit gamin qui n'a rien d'aimable au début va peu à peu évoluer, malgré les recommandations allemandes et malgré lui. Au contact de Lukas, un jeune juif plus âgé que lui qui a toutes les caractéristiques requises pour être aryanisé et qu'il va considérer comme son grand frère, Konrad va ouvrir les yeux sur ce qui l'entoure. L'Histoire aidant, et la fin de la guerre approchant, ses conditions de vie vont changer et corroborer les propos de Lukas.

"Max" est un roman très touchant, au delà de l'horreur qu'il décrit, pour les rapports humains qu'il met en scène. Comment l'homme peut évoluer et changer, comment chaque action peut avoir des conséquences irrémédiables, comment la folie de l'homme peut amener à des destinées sordides... On se pose beaucoup de questions à la lecture de cet ouvrage, on a le coeur brisé souvent et on termine avec une soif de savoir qui tient plus de la nécessité que du simple voyeurisme. Ne fermons plus les yeux aujourd'hui, l'homme est capable de tout et le mal peut toujours renaître.


mardi 30 juin 2015

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir" de Anthony Doerr

toute la lumière que nous ne pouvons voirL'histoire : Marie-Laure Leblanc vit avec son père près du Muséum d'histoire naturelle de Paris où il travaille. A six ans, la petite fille devient aveugle, et son père crée alors pour elle une maquette reconstituant fidèlement leur quartier pour l'aider à s'orienter et à se déplacer.
Six ans plus tard, l'Occupation nazie les pousse à trouver refuge à Saint-Malo chez l'oncle du père de Marie-Laure, un excentrique profondément marqué par son expérience de la Première Guerre mondiale, qui vit reclus dans sa maison en bord de mer. Pour éviter que les Allemands ne s'en emparent, le Muséum a confié à Leblanc un joyau rare, la copie d'un diamant ayant appartenu à la famille royale de France, sans savoir qu'il s'agit en réalité de l'original.
Loin de là, en Allemagne, Werner grandit dans un pensionnat pour enfants de mineurs décédés. Curieux et intelligent, l'orphelin se passionne pour la science et la mécanique et apprend rapidement à réparer les machines qui lui tombent sous la main. Un talent rare repéré par les Jeunesses hitlériennes où il se trouve enrôlé. Prenant conscience des fins auxquelles est utilisée son intelligence, il est sanctionné, devenant un simple soldat de la Wehrmacht. En 1944, son chemin croise en France celui de Marie-Laure alors que Saint-Malo est incendiée et pilonnée par les bombes.

La critique Nelfesque : "Toute la lumière que nous ne pouvons voir" fait partie du club très fermé des romans qui vous marquent à vie. Prix Pulitzer 2015, Anthony Doerr n'a pas volé sa distinction littéraire.

"Toute la lumière que nous ne pouvons voir", rien que le titre est d'une beauté renversante. Comme avec "De battre mon coeur s'est arrêté", il y a des noms d'oeuvres que je pourrai répéter à l'infini et les trouver toujours aussi beaux, des phrases qui, seules, éveillent en moi des sentiments puissants. C'est indescriptible mais c'est ainsi. Le pouvoir des mots...

L'histoire de ce roman de Doerr est à l'avenant. Anthony Doerr plonge le lecteur dans la France des années 30 et 40 à travers les yeux de Marie-Laure, aveugle à la suite d'une maladie mais pourtant si éveillée au monde qui l'entoure. Curieuse de tout, son quotidien est fait de couleurs mentales, de sensations, de découvertes... Avec un père aimant pour seul parent, elle va franchir le pas de la porte de leur appartement pour découvrir le monde, en commençant par les couloirs et les collections du Musée d'Histoire Naturelle où son père travaille. Elle va alors se prendre de passion pour la recherche, la lecture, la biologie, tout ce qui peut la faire rêver à travers des histoires de découvertes et d'aventures passionnantes.

En parallèle, le lecteur fait la connaissance de Werner et sa petite soeur Jutta, orphelins allemands. Un parallèle fort à propos avec des enfants sensiblement du même âge de part et d'autre d'une frontière de deux pays qui vont bientôt entrer en guerre. On suit alors leurs quotidiens, leurs peurs et leurs rêves. Les mêmes mais appartenant à deux peuples qui ne vont pas tarder à s'affronter.

Quand les allemands rentrent dans Paris, Marie-Laure et son père trouvent refuge à Saint-Malo chez un oncle. Cette ville corsaire bretonne est le décor où évoluent des personnages truculents. Un florilège de personnalités toutes singulières et différentes mais unies dans un même désir : bouter les allemands hors de France et retrouver une quiétude de vie. Nous suivons alors une petite cellule de la Résistance, une Résistance à petite échelle comme il y en a eu tant pendant la Seconde Guerre Mondiale, une goutte d'eau dans l'océan mais une goutte d'eau vitale. Marie-Laure évolue et grandit ici, sans avoir conscience des évènements mais ressentant un changement et une tension palpable.

Deux destins, deux vies que tout oppose, l'une française et résistante, l'autre allemande et enrôlée par la Wehrmacht. Leur ressemblance malgré tout, leurs craintes et leurs questionnements font de ce roman une oeuvre émouvante et poignante. Le lecteur s'attache immédiatement à Marie-Laure mais aussi à Werner, deux enfants qui sont nés ennemis et sont pourtant tellement semblables.

La trame est, vous l'aurez compris, propice aux histoires tragiques. Sur fond de guerre, on ne peut s'attendre à un roman gai. Peu original et sans surprises pourraient même dire certains à la lecture de ces quelques phrases. Et pourtant... C'est sans compter sur le talent d'Anthony Doerr, que j'ai découvert ici et que je vais dorénavant suivre avec beaucoup d'intérêt. Sa plume est sublime, toute en nuance et poésie. Sans pathos, tout en délicatesse, et avec des descriptions magnifiques des lieux parcourus mais aussi des sentiments éprouvés par les personnages de ce roman, les mots entrent dans le corps du lecteur par tous les pores de la peau. Tant de beauté et de pureté, dans un univers si froid et triste qu'est une guerre, ne peut qu'émouvoir. Complètement habitée par l'intrigue, je me suis rendue compte seulement à la fin de ma lecture que mes larmes coulaient toutes seules sur mes joues dans les 50 dernières pages du roman. Une expérience que je n'ai pas vécu souvent...

Plus de 600 pages que l'on ne veut pas voir finir, une histoire qui nous colle à la peau, un roman bouleversant et d'une grande beauté. Le titre, "Toute la lumière que nous ne pouvons voir", prend tout son sens au fil des pages et à la 604ème particulièrement avec une scène qui fend littéralement le coeur.

Si j'étais de celles qui relisent leurs livres, je relirai celui-ci dix fois, vingt fois, cent fois. Lisez-le ne serait-ce qu'une seule fois et appréciez chaque mot, chaque phrase. La beauté est ici, malgré la guerre et ses atrocités, entre les pages de ce roman. Merci Mr Doerr.

mercredi 13 août 2014

"Adolf (roman hystérique)" d'Olivier Costes

adolf

L'histoire: Fraîchement arrivé au lycée, Adolf est un ado moustachu, envahissant et totalement ingérable, aussi cruel que raciste. Pourtant, la directrice, Mme Maréchal, octogénaire prête à tout pour défendre la devise de son établissement, Travail, Famille, Poterie, est très accommodante. Plutôt que d'affronter le tyran en herbe, elle préfère collaborer avec sa clique aussi grotesque que maléfique: Hermann, Heinrich, Martin, Klaus... et la blonde Eva...

La critique de Mr K: Attention roman jubilatoire! Bel angle d'accroche que celui choisi par Olivier Costes et Osaka éditeur pour parler de la montée des extrêmes avec "Adolf (roman hystérique)". Imaginez un peu, vous reprenez quasiment tous les éléments biographiques du führer du IIIème Reich et vous les transposez dans une petite fiction se déroulant à notre époque dans un lycée des plus classiques (quoique...). Le résultat est bluffant et oblige le lecteur à faire constamment des aller-retour entre l'Histoire et le récit.

Le jeune Adolf veut dératiser son lycée (comprendre exterminer les juifs) et remporter le championnat de football (la 2nde guerre mondiale). Il aura fort à faire avec le grand Charles parti en voyage linguistique en Angleterre en laissant son lieutenant Jean sur place pour veiller à la résistance face aux avancées de ce phénomène inquiétant. Autant de parallèles qui se glissent à chaque ligne voir chaque phrase et qui m'ont beaucoup diverti. Ce livre permettra sans doute à un grand nombre de réviser leur Histoire sans se prendre la tête avec un récit à la fois fourni et intelligent, constellé de jeux de mots plus réussis les uns que les autres et une documentation assez remarquable sur la personnalité d'Hitler, éléments régurgités ici dans un personnage aussi repoussoir que ridicule mais qui en 1932 a su séduire une majorité d'électeurs.

On assiste plus ou moins à ce phénomène de montée des extrémistes depuis quelques années dans notre pays. Des choses au départ inacceptables ou indicibles sont devenues tolérées voir acceptées par un nombre de plus en plus grandissant de personnes avec le concours des médias (au premier rang desquels les chaînes d'information en continu). Là où ce livre est salvateur (n'oublions pas qu'il s'adresse essentiellement à un jeune public d'au moins 13 ans) c'est qu'il montre à la perfection les mécanismes de la manipulation par la peur et la haine de l'autre et de la répression. Ceci pas seulement chez les extrémistes affichés, mais aussi parmi la plèbe, les anonymes qui ont laissé faire, laissé proliférer un tel obscurantisme mâtiné de bêtise crasse et de peur infondée (c'est un peu la définition du racisme, non?). Sartres ne disait-il pas que le véritable salaud est celui-ci qui n'agit pas?

Ce fut donc une excellent lecture entre cynisme, satire et Histoire. Un bon moment qui ne peut que faire écho à l'actualité toujours aussi sombre et la manie de l'espèce humaine à retomber dans ses travers passés. La maxime qui énonce que le passé éclaire le présent prend ici tout son sens et ceci de manière accessible et ludique. Un bien bel ouvrage que je ne peux que conseiller!

vendredi 8 août 2014

69 ans déjà!

69 ans

"Souvenez-vous." C'est le mot d'ordre choisi par l'éditorial de l'Asahi Shimbun ce 6 août 2014, 69 ans après le largage de plusieurs bombes atomiques sur Hiroshima. "Le Japon, seule victime au monde d'attaques nucléaires, ne doit jamais cesser de répéter le mot 'souvenir' au reste de la planète", demande le quotidien japonais. Et de lancer un appel : "Nous devons bannir les armes nucléaires pour des raisons humanitaires. Nous pouvons commencer par interdire l'utilisation préventive de l'arme nucléaire, puis nous pourrons empêcher son utilisation en toutes circonstances, jusqu'à ce qu'elle soit totalement éradiquée."

Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies mercredi matin à Hiroshima pour commémorer le lâchage de la première bombe atomique de l'Histoire par le bombardier américain Enola Gay, le 6 août 1945. Dans cette ville de l'ouest du Japon, l'attaque a causé la mort de 140 000 personnes, soit en raison de l'explosion, soit par la suite, du fait des radiations. Le bombardement de Nagasaki, le 9 août, avait fait plus de 70 000 morts. Le Japon avait signé sa capitulation le 15 août, mettant un terme à la Seconde guerre mondiale.

Dessin de Stephff et texte tirés du site du Courrier International

lundi 14 juillet 2014

"Un long moment de silence" de Paul Colize

un long moment de silenceL'histoire: 2012. A la fin de l'émission où il est invité pour son livre "Tuerie au Caire", un attentat qui a fait quarante victimes dont son père en 1954, Stanislas Kervyn reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu'il croyait savoir.
1948. Nathant Katz, un jeune juif rescapé des camps, arrive à New-York pour essayer de reconstruire sa vie. Il est rapidement repéré par le Chat, une organisation prête à exploiter sa colère et sa haine.
Quel secret unit les destins de ces deux hommes que tout semble séparer?

La critique Nelfesque: "Un long moment de silence" de Paul Colize m'a été conseillé par une copine blogueuse en qui j'ai une confiance aveugle. Quand on s'accorde sur 95% de nos avis littéraires mais aussi que l'on trouve des similitudes dans nos vies respectives de tous les jours, on commence à croire en l'existence de la notion d'âmes soeurs. Petit clin d'oeil en fin de billet.

Ceux qui suivent nos aventures au Capharnaüm éclairé depuis longtemps connaissent ma passion immodérée pour la seconde guerre mondiale. J'aime particulièrement me plonger dans des romans / essais / témoignages de cette époque. Quand Colize me propose d'allier cet intérêt à mon amour des thrillers, je deviens "la femme qui ne sait pas dire non".

Dès les premières pages, l'auteur sait alpaguer son lecteur et ne plus le lâcher jusqu'à la fin de l'ouvrage. L'écriture est plaisante, le style est simple et va à l'essentiel et le personnage principal de 2012 a un je ne sais quoi d'antipathique et intrigant qui n'est pas pour me déplaire.

Disons le tout net: Stanislas est un con fini. Misogyne, petit chef, arrogant et cynique, il n'en est pas moins un homme qui va au fond des choses. Il vient tout juste de terminer l'écriture de son roman consacré à la tuerie du Caire, où son père a trouvé la mort en 54, et est en pleine période promo pour la sortie de son roman. Arrivé à une conclusion sur cette affaire, il n'hésite pas à se replonger dans ses fiches et mener une nouvelle enquête lorsque de nouvelles pistes pointent à l'horizon. Remettant alors en cause ses recherches passées, il fait fit de ses convictions personnelles et va entamer une nouvelle quête : celle de ses racines. J'ai particulièrement aimé cette façon d'être, cette envie de connaître la vérité quoi qu'il en coûte, ce besoin de mettre un mot sur ses doutes quitte à chambouler sa vie.

Dans sa démarche, il sera secondé par Laura Bellini, une traductrice parlant couramment plusieurs langues. En femme moderne, sûre d'elle et ayant de la répartie, son travail ne sera pas de tout repos avec un homme qui exige d'elle une disponibilité permanente et un dévouement total. Il lui faudra bien du courage et beaucoup de dérision pour faire face au harcèlement moral et sexuel quasi permanent que lui impose son patron. La relation entre Laura et Stanilas permet de dédramatiser l'ensemble de l'oeuvre comme une soupape nécessaire au lecteur pour poursuivre sa lecture semée d'horreurs.

Ensemble, ils vont remonter le temps et Colize emmène alors ses lecteurs dans une enquête palpitante où toutes les émotions les traverseront. Qui est qui? Qui fait quoi? A qui pouvons-nous réellement faire confiance? Dans cette époque troublée que fut la seconde guerre mondiale, le lecteur s'interroge sur ce que cachent les apparences. Aveuglé par un amour filiale, ce pourrait-il que Stanislas ait fait fausse route depuis le début? La réponse à cette question est loin d'être évidente et je vous encourage à découvrir ce roman pour élucider le mystère.

Parallèlement à cette enquête, nous suivons l'histoire de Nathan à la sortie de la guerre. Qui est cet homme? Quel lien a-t'il avec l'histoire qui intéresse Stanislas en 2012? Le lecteur s'attache tout de suite à ce personnage. Rescapé des camps de concentration, ayant perdu une partie de sa famille dans le génocide, d'emblée l'empathie l'emporte. Alors qu'il commence une nouvelle vie, loin de l'horreur de ce qu'il vient de vivre, un groupe se faisant appelé "Le Chat" va entrer en contact avec lui et lui proposer d'intégrer ses rangs pour rétablir la justice.

Colize nous plonge ici dans un réseau de "chasseurs de nazi" qui enquête sur les criminels de guerre exfiltrés d'Allemagne à la fin de cette dernière, ayant changé d'identité et vivant une nouvelle vie en occultant la précédente et les horreurs perpétrées. Le Chat est très bien organisé. Chacun a un rôle bien déterminé dans l'organisation. Après une période de formation, Nathan va devenir membre d'un service de renseignement, traquant les anciens nazis, les suivant sur une période donnée dans leur vie quotidienne, notant tout leur faits et gestes, leurs habitudes, leurs horaires ... afin que d'autres membres puissent monter une dernière exfiltration pour eux. Cette fois ci pour un endroit d'où ils ne reviendront jamais...

Ce roman pose pas mal de questions dérangeantes notamment sur les notions de vengeance, de justice et de légitimité. De part ses personnages, vivant chacun l'expérience avec leur propre ressenti, le pardon revient souvent dans ces pages. Mais quel pardon peut-il être accordé à des hommes ayant des convictions nazis profondes jusqu'à la dernière minute de leur vie? La scène où Nathan doit répondre à cette question à l'âge où seul l'insouciance devrait être de mise est particulièrement dérangeante. Une pause dans la lecture s'impose alors pour digérer toute l'atrocité du monde.

Vous l'aurez compris, je vous conseille vivement la lecture de cet ouvrage à la fois pour son histoire passionnante et addictive que pour les questions qu'il soulèvent et qui malheureusement n'ont pas de réponses précises et indiscutables. Un roman poignant écrit avec brio.

J'ai lu ce livre dans le cadre d'un partenariat Livraddict / Folio. Merci à eux pour cette lecture ainsi qu'à ma copinaute faurelix pour m'avoir vivement conseillé de la suivre dans cette aventure.

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vendredi 6 juin 2014

Memory in black and white

Le week-end dernier, Nelfe et moi sommes allés au Festival Photo de La Gacilly (post à suivre dans les jours qui viennent). Chaque année, les organisateurs y proposent une petite rétrospective d'un photographe célèbre. On avait eu droit à de superbes tirages de Doisneau l'année dernière. Ce fut Robert Capa cette année, on comprend très bien pourquoi.

À l'occasion du 70ème anniversaire du débarquement de Normandie aujourd'hui, je ne pouvais résister à l'envie de partager quelques clichés restés dans la prospérité. Photo-journaliste de génie, militant, n'hésitant pas à se mettre en première ligne, il nous laisse un travail magnifique d'une modernité et d'une immersion encore stupéfiante.

photo 5
(En route pour la France)

photo 2
(Go go go!)

photo 3
(au coeur de l'action)

photo 1
(sous le feu et la mitraille)

photo 4
(proches de l'objectif)

photo 6
(la libération est en marche)

Posté par Mr K à 18:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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