Les promisesL'histoire : Les Promises, ce sont ces grandes Dames du Reich, belles et insouciantes, qui se retrouvent chaque après-midi à l'hôtel Adlon de Berlin, pour bavarder et boire du Champagne, alors que l'Europe, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, est au bord d'imploser. Ce sont aussi les victimes d'un tueur mystérieux, qui les surprend sur les rives de la Sprée ou près des lacs, les soumettant à d'horribles mutilations...

Dans un Berlin incandescent, frémissant comme le cratère d'un volcan, trois êtres singuliers vont s'atteler à l'enquête. Simon Kraus, psychanalyste surdoué, gigolo sur les bords, toujours prêt à faire chanter ses patientes. Franz Beewen, colosse de la Gestapo, brutal et sans pitié, parti en guerre contre le monde. Mina von Hassel, riche héritière et psychiatre dévouée, s'efforçant de sauver les oubliés du Reich.

Ces enquêteurs que tout oppose vont suivre les traces du Monstre et découvrir une vérité stupéfiante. Le Mal n'est pas toujours là où on l'attend.

La critique Nelfesque : Grangé est un auteur que j'aime beaucoup. Je ne peux pas m'empêcher de sauter sur ses romans dès leurs sorties (je n'essaye même pas à vrai dire). Il y a du bon, du très bon, du très très bon et puis parfois des flops tellement gros qu'ils donnent envie de les mettre au feu. Avec "Les Promises", on renoue avec le talent du maître du thriller français. Rythme, rebondissement et maîtrise de l'histoire de bout en bout. Voilà un grand Grangé autant par la personnalité de ses personnages principaux, salauds enquêteurs, que par son travail de recherche ! Haletant !

La grande force de cet auteur réside dans le suspens qu'il maîtrise diablement bien et ses fins de chapitres qui nous donnent sans cesse envie de poursuivre notre lecture. C'est le genre de bouquin où l'on se dit "allez, encore un chapitre et j'éteins" et où on se retrouve à 3h du mat' les yeux grands ouverts et dépités devant le peu d'heures de sommeil qu'il nous reste avant que le réveil ne sonne... "Les Promises" est fait de ce bois là, celui des page-turner efficaces, prenants et addictifs. D'autant plus que pour écrire ce présent roman, Grangé a abattu un travail phénoménal de recherches sur la seconde guerre mondiale et le IIIème Reich. Plus de 650 pages, c'est une sacré brique qui s'avale en un temps record !

L'histoire se déroule avant la guerre. Le régime nazi se met en place, s'ancre auprès de la population allemande. La terreur est déjà un ingrédient majeur de sa force qui ne cesse de monter en puissance et de sa folie qui s'affichera à la face du monde quelques années plus tard. C'est une immersion dans le Berlin de cette époque que nous propose l'auteur, cotoyant les berlinois, les bourgeois, les membres de la Gestapo, les familles de soldats mais aussi les oubliés, les pauvres, les fous bientôt exterminés... Les descriptions sont nombreuses, on prend vraiment le temps de comprendre le fonctionnement, on s'installe dans une ambiance et on admire le talent de Grangé pour étendre sa toile et nous y piéger.

Le danger est palpable à chaque page. L'auteur joue avec nos nerfs grâce à des personnages que l'on peut détester viscéralement tout en louant leur travail d'enquête. Il n'y a pas ici véritablement de "gentils" qui aident et de "méchants" à abattre, contexte mis à part, chacun faisant avancer l'enquête avec ses propres techiques. Cela installe un certain malaise, ce n'est pas non plus sans passages gores mais c'est tellement bien vu qu'on ne peut que se lever et applaudir ! De mémoire, je n'ai jamais ressenti autant d'ambivalence à l'égard de personnages de roman ces 10 dernières années. Le contexte historique y est sans doute pour beaucoup. Les 3 personnages principaux de ce roman sont tous différents, avec des métiers, des valeurs, des façons de vivre diamétralement opposés. Le lecteur apprend à les connaître petit à petit et à aller au delà des apparences. C'est un des points forts ici. Simon Krauss est psychanaliste, spécialisé dans le suivi (plus ou moins rapproché) de Dames du Reich. Mina von Hassel est psychiatre dans un hôpital en décrépitude. Franz Beewen est à la Gestapo et enquête directement sur les disparitions. Vous entrevoyez un peu le topo quand je parlais d'ambivalence ? Rien n'est tout noir ou tout blanc, Grangé joue sur les nuances et l'empathie pour ses personnages, quel qu'ils soient et quoi qu'ils fassent. Chacun d'eux nous émeut autant qu'il nous révulse.

Quant à la fin, elle est magistrale. Autant je déplore parfois des fins de romans trop rapides chez cet auteur, autant là on en a pour son argent. De bout en bout, "Les Promises" est un grand Grangé ! A lire si vous êtes fan du mec mais aussi si vous aimez les romans historiques. Vous m'en direz des nouvelles !

Déjà lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Dernière chasse"
- "La Terre des morts"
- "Congo Requiem"
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"