mercredi 7 octobre 2015

"Vers l'autre rive" de Kiyoshi Kurosawa

Vers l'autre rive afficheL'histoire : Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu'il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s'est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?

La critique Nelfesque : Les films asiatiques, c'est clairement LE truc de Mr K. Je l'ai suivi ici par curiosité et parce que "Vers l'autre rive" s'est vu décerner le Prix de la mise en scène Un Certain Regard au dernier Festival de Cannes. Depuis qu'il lit de la littérature japonaise entre autres, il aime l'ambiance qui se dégage des oeuvres nippones en général. Je le laisserai développer cela dans sa critique qui suit. C'est moins mon truc mais à l'occasion je veux bien me laisser tenter. Ensemble par contre, nous partageons la fascination pour les films de genre, et les productions asiatiques en particulier, pour la nourriture asiatique et les voyages sur ce beau continent.

Mais revenons-en au film... "Vers l'autre rive" est un film contemplatif avec tout ce que cela comporte comme qualités et comme défauts. De magnifiques plans emplis de poésie (la scène des fleurs découpées sur le mur de la chambre est vraiment superbe) et des silences lourds de sens (la scène de la jeune fille au piano) mais aussi des longueurs, des longueurs, des longueurs et des longueurs... En sortant de la salle, j'ai caustiquement signifié à Mr K qu'à ma prochaine insomnie je me materai un film japonais, ça sera plus efficace que Chasse et Pêche... Désolée pour les amoureux du genre mais j'ai baillé à m'en décrocher la mâchoire. D'un peu plus et je me serai endormie. Plus sopo, tu fais pas !

Cela aurait été dommage toutefois car l'histoire en elle-même est très belle. Mizuki est veuve depuis 3 ans et n'arrive pas à faire son deuil. Un soir, alors qu'elle prépare des mochis (quand je vous disais qu'on adorait la nourriture asiatique...), Yusuke fait son apparition dans la cuisine et lui propose de le suivre pour faire un étrange voyage. Ils vont alors sillonner le Japon et se rendre auprès de personnes que Yusuke a fréquenté durant ces 3 dernières années d'errance. Des vivants, des morts, des personnes en souffrance... J'ai particulièrement aimé l'histoire de ce vieux distributeur de journaux indépendant et la façon dont Kurosawa l'a porté à l'écran. Rien que pour cette partie du film, je suis tout de même contente de m'être déplacée en salle. C'est très beau, c'est touchant, c'est introspectif, c'est poétique, c'est japonais.

vers l'autre rive

Mais les réactions et façons d'appréhender les choses des nippons est tellement loin de nos codes occidentaux que j'ai personnellement beaucoup de mal à m'identifier aux personnages, à être profondément émue et finalement à être touchée. Je contemple alors le film, passivement, j'observe plus que je ne vois... C'est une sensation étrange. Je voudrais me téléporter dans l'écran et secouer les personnages, leur dire de crier, de pleurer, de s'exprimer, de sauter en l'air, de dire "merde" et d'arrêter de regarder le sol timidement quand on leur fait des compliments !

Pour conclure, avant de laisser la place à Mr K qui a été plus enjoué que moi, j'ai passé un moment agréable avec "Vers l'autre rive". Sans plus. Une petite parenthèse dont j'aurais pu me passer mais qui ne m'a pas totalement déplue. Un petit flottement donc... Et une irrépressible envie de manger asiat' en sortant !

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La critique de Mr K : 4,5/6. Prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard de l'édition 2015 du festival de Cannes, j'attendais avec impatience depuis quelques mois la sortie de ce métrage. Je suis de manière général fasciné par cette terre de contraste que se révèle être le Japon. J'aime beaucoup la littérature nippone et le cinéma venant de cet archipel avec une préférence pour les films de genre - je ne me suis toujours pas remis du choc de The Ring, bientôt la critique littéraire d'ailleurs sur ce blog ayant lu l’œuvre originel il y a peu - mais aussi les drames intimistes comme Still the water, mon gros coup de cœur de l'année dernière. J'avais raté en son temps le film Real du même réalisateur qu'il faut d'ailleurs que je regarde dans les semaines à venir. Qu'en est-il de cette histoire étrange de revenant?

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Une professeur particulier de piano vit seule dans la mégalopole japonaise. Sa vie est bien réglée et monotone depuis la disparition de son mari. Un jour, il n'est jamais revenu d'un séjour en mer et elle doit vivre avec ses souvenirs. Cependant, un soir il est là et bien là! Il lui annonce tout de go qu'il est mort et qu'il vient prendre de ses nouvelles. Très vite, il va l'entraîner dans un voyage quasi initiatique à la rencontre de personnes qu'il a autrefois connu et qui l'ont aidé. Il veut leur rendre la pareille et compte sur sa douce épouse pour réussir cette entreprise. Commence alors un parcours initiatique et hypnotique, métaphore du temps qui passe, des sentiments qui perdurent et de la nécessité de faire son deuil.

Passez votre chemin si la lenteur au cinéma vous rebute. Clairement, le rythme est langoureux de chez langoureux avec une action limitée, des personnages très calmes, à la limite de la neurasthénie dirait Nelfe. On avance lentement, très lentement et il ne se passe pas grand-chose avouons-le. L'intérêt porte surtout sur les personnages et notamment leur part d'ombre. Le personnage du mort est ainsi très complexe et le voile se lève sur une personnalité torturée de son vivant. D'ailleurs sa femme en découvre autant que nous sur son mari qu'elle croyait pourtant bien connaître et qu'elle continue d'aimer par dessus tout. Le couple crève l'écran je trouve grâce au charisme terrible qui se dégage des deux acteurs qui irradient la toile de leur présence. Le non-dit est ici très explicite et mène le récit!

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Étrange balade vraiment que ce film entre paysages urbains grisonnants, villes moyennes de la banlieue et campagne profonde. De manière générale, les paysages ne sont pas vraiment beaux mais certains plans et passages sont tout bonnement magnifiques. J'ai particulièrement apprécié le passages chez le vieil homme, un distributeur indépendant de journaux qui découpe des fleurs dans les publicités pour en couvrir les murs de sa chambre ou encore le passage au piano dans le restaurant. On a alors le cœur au bord des lèvres, le temps suspend son vol et on touche au sublime, surtout que la réalisation est tout bonnement parfaite.

Pour autant, je ne crierai pas au génie pour la simple et bonne raison que je pensais vraiment ressortir lessivé et touché en plein cœur par ce film. Bien que poignant par moment, j'ai trouvé qu'il ratait un peu sa cible, la faute sans doute à des zones d'ombres dans la caractérisation des personnages (notamment l'héroïne) qui empêche l'empathie d'envahir totalement le spectateur. Reste cependant une expérience nippone fort plaisante et qui plaira à tous les amateurs du genre.


lundi 31 août 2015

Freddy orphelin...

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Quel choc ce matin en apprenant la nouvelle! Wes Craven is dead! Franchement, je vais avoir du mal à m'en remettre...

C'est le premier réalisateur à m'avoir fait flipper avec un de ses films. Non, il ne s'agit pas de Scream mais bel et bien des Griffes de la nuit que j'ai vu (et vécu intensément) à mes 12 / 13 ans lors des fameuses séances des "Jeudis de l'angoisse" sur M6. Un film viscéral où le mot "peur" prend tout son sens et qui m'a littéralement terrorifié comme disent si bien mes élèves! 

De lui, je retiendrai donc surtout sa filmographie d'avant la saga Scream, cette époque bénie où les studios donnaient encore un peu de mou aux réalisateurs talentueux voir iconoclastes, avec notamment de belles pépites du maître comme Le sous-sol de la peur et Shocker. C'était un bel artisan du genre, décrié à l'époque et admiré aujourd'hui (un comble!), d'une gentillesse légendaire et très lucide sur son oeuvre et sa portée.

Adieu maestro, tu nous manques déjà! Heureusement, il nous reste Freddy et cette petite comptine qui a longtemps trotté dans ma tête lors de ma première vision de l'oeuvre.

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lundi 20 juillet 2015

"Shaun le mouton" de Richard Starzak

shaun afficheL'histoire : Lorsque qu’une blague de Shaun entraîne accidentellement le fermier jusqu’à la Grande Ville, Shaun, Bitzer et le reste du troupeau se retrouvent embarqués dans une aventure complêêêêtement inattendue en plein grande ville... Shaun arrivera-t-il à retrouver le Fermier dans cette ville étrangère et inconnue avant de s’y perdre pour toujours ?

La critique Nelfesque : Ah ! "Shaun le mouton" ! On l'avait remarqué lors de sa sortie en avril dernier mais on avait laissé passer le temps pour le voir et résultat, nous l'avions râté. Lors de la dernière Fête du Cinéma, alors que nous étions en train de regarder le programme ciné, quelle ne fut pas notre joie de le découvrir à la programmation de notre cinéma (il s'agissait en fait d'une "séance bambino" pour les tout petits mais même sans enfant ils nous ont laissé entrer) ! Youpi !

Nous avons donc 12 trains de retard pour vous parler de ce film mais nous l'avons tellement aimé que nous ne pouvions pas ne pas en laisser une trace ici.

L'histoire est toute simple : Shaun et ses copains moutons en ont marre du rythme harassant de la ferme et souhaitent un jour de congés. Ils mettent alors en place une stratégie qui va se retourner contre eux.

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La technique de réalisation, quant à elle, est extrêmement minutieuse et impressionnante. Film en stop-motion et personnages / décors en pâte à modeler, "Shaun le mouton" est dans la même veine que "Chicken run" ou "Wallace et Gromit" du même studio. Pendant 1h30, les spectateurs adultes que nous sommes sont complètement happés par le visuel. Le soucis du détail, les décors léchés, la perfection des attitudes des personnages, la masse de travail est impressionnante.

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Ce film est sans paroles, tout passe donc par les expressions et le comique de situation. Et ça fonctionne ! Bien sûr, ce long métrage est pour les enfants à partir de 3 ans mais convient également tout à fait aux adultes qui ont gardé la capacité de s'émerveiller. L'humour, parfois un peu pipi caca, sait aussi se montrer subtil et clairement les petits et les grands ne riront pas des mêmes scènes. En ce qui me concerne, la population de la fourrière m'a fait mourir de rire.

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Drôle et tendre à la fois, on s'amuse et on s'émeut tour à tour devant cet univers en pâte à modeler. Très fort pour nous faire rire avec un humour décalé et très british, je ne sais pas si c'est l'empathie que l'on développe peu à peu pour chaque personnage ou le côté enfantin de l'ensemble, mais on se surprend aussi à être touchés en plein coeur. Ils sont forts chez Aardman !

Vous l'aurez compris, que vous ayez 7 ou 77 ans, je vous conseille vivement de voir "Shaun le mouton". Pour le cinéma, c'est trop tard mais pour le DVD, c'est parfait ! Alors calez-vous dans votre canap', préparez vous à passer un excellent moment et savourez ! "Shaun le mouton" devrait être remboursé par la sécu...

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La critique de Mr K : 6/6, un superbe séance de cinéma de rattrapage avec ce film à prix réduit pour les séances "bambino" de notre cinéma qui accepte même les grands lors des projections! J'ai passé un moment exceptionnel en compagnie de Shaun et ses camarades, 1h30 de gags ininterrompus et de moments plein de tendresse et d'émotions.

La vie dans la ferme de Shaun est tout ce qui a de plus réglée et monotone: lever, déplacement au champ, nourriture et dodo. Notre jeune mouton s'ennuie et concocte un plan pour s'évader quelques heures et expérimenter le concept de liberté (qui lui vient à l'esprit suite à la vision d'une publicité placardée sur le bus s'arrêtant en face de la ferme). Rien ne se passe comme prévu, suite à un imbroglio pas possible, le fermier devient amnésique et la ferme est livrée à elle-même. Le chien et Shaun vont partir à la recherche du maître disparu séparément tout d'abord puis ensemble, accompagnés de tout un troupeau de moutons (agneau compris!). Ils ne sont pas au bout de leurs peines!

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Ce film est avant tout très drôle. Les animaux ne parlant pas (si vous les entendez, pensez à aller consulter vite, ce n'est pas Ryan Reynolds qui vous dira le contraire!), le film est donc quasiment muet mais cela n'empêche pas d'avoir en face de soi un des films les plus denses en terme de gags que j'ai jamais vu. Il y a du Chaplin dans l'esprit de dérision, du Tex Avery dans le côté absurde et frappadingue et un no-sense à l'anglaise vraiment épatant. Chutes, enchaînements, personnages décalés, réactions ubuesques, tous les aspects de la comédie sont présents dans un spectacle réjouissant et loin d'être bête. Ils ont de la chance nos lardons!

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On s'attache aussi beaucoup à ces personnages en pâte à modeler notamment Shaun et le chien qui se cherchent un peu des crosses, le fermier complètement à côté de ses pompes et affectueux avec ses bêtes, le bébé mouton est à croquer et sa maman à bigoudis bien délirante. En fait, tous les êtres croisés ont une petite individualité, un élément qui nous accroche. Mention spéciale aux prisonniers de la fourrière et notamment le caniche culturiste et la chienne très laide (genre Alf) mais trop adorable! Le film fourmille de détails dans les personnages mais aussi les décors, je suis sûr que des gags m'ont échappé et que lors d'un deuxième visionnage j'en trouverai d'autres comme dans des films comme Y'a-t-il un pilote dans l'avion? ou encore La Cité de la peur. On enchaîne les scènes et les rebondissements avec ravissement et c'est malheureusement trop vite que l'on arrive au générique de fin (attention, restez bien jusqu'au bout, il n'y a pas une mais DEUX surprises!).

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Ce film est enfin un petit bijou de technique qui dame le pion à bien des productions mirifiques en terme d'image mais creuses et abêtissantes. La stop-motion est impressionnante, l'action non-stop et immersive. La musique est tout bonnement géniale voir essentielle pour un film sans parole. Rock and roll comme jamais avec des titres et des mélodies qui restent en tête, vous vous surprendrez à siffloter la thème de Shaun le Mouton bien après son visionnage (proche d'un succès de Sheila mais en bien plus barré!). Un bijou que petits et grands savoureront encore et encore.

mercredi 15 juillet 2015

"Tale of tales" de Matteo Garrone

tale of tales afficheL'histoire : Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

La critique Nelfesque : Nous avions remarqué "Tale of tales" lors du dernier Festival de Cannes et attendions avec impatience sa sortie en salle (accessoirement nous priions très fort pour qu'il soit programmé chez nous). Nos voeux ont été exaucé puisque ce dernier est bien sorti chez nous et, cerise sur le gâteau, pendant la Fête du Cinéma !

"Tale of tales" est un film à part. Avec un rythme qui peut en perdre plus d'un, ce long métrage est d'une construction époustouflante. Chaque plan est léché, les couleurs sont omniprésentes, la bande son colle à la perfection à l'oeuvre, les acteurs sont bons, l'histoire est à tomber. Bref, "Tale of tales" est un petit bijou d'esthétisme et de poésie.

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Le spectateur navigue tour à tour dans trois histoires distinctes et suit les pas de trois rois. Le premier, le Roi de Selvascura, interprété par John C. Reilly, fait tout pour satisfaire sa femme, au désespoir d'avoir un jour un enfant, et met tout en oeuvre pour changer le cours du destin. Le Roi de Roccaforte, Vincent Cassel, est un roi obsédé par le sexe, forniquant partout et tout le temps. Enfin, le Roi d'Altomonte, Toby Jones, est pris de passion pour un insecte étrange qui a su captiver son regard et l'accompagne désormais dans son quotidien.

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La passion, l'obsession et le désir sont au coeur de ces trois contes médiévaux. Dans un monde fantastique où croyance et superstition sont omniprésentes, sorcières, monstres merveilleux, actions miraculeuses sont au rendez-vous pour le plus grand plaisir de nos yeux. Les avis sont très controversés concernant ce film mais je me range indubitablement dans le camp de ceux qui n'en pense que du bien et qui déplore le fait qu'il n'ait eu aucun prix à Cannes.

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"Tale of tales" ravira les amateurs de merveilleux et les spectateurs amateurs de contes mis en scène avec talent. Ne vous attendez pas à une histoire haletante, ici on prend le temps d'apprécier chaque instant. Chaque histoire étant passionnante, l'esthétique et la finesse de l'adaptation du "Pentamerone" de Giambattista Basile prend ici le pas sur le sensationnel. Une oeuvre à ne pas manquer sur grand écran.

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La critique de Mr K : 5,5/6. Encore une belle séance de cinéma avec ce dernier film vu dans le cadre de La Fête du cinéma. Place aujourd'hui au conte noir et cruel magnifiquement mis en image par le réalisateur de Gomorra. Rappelons que la matière première est un livre du XVIème siècle qui a inspiré plus tard les frères Grimm et Andersen, Le Conte des contes de Giambatista Basile étant composé de 50 contes que l'on pourrait qualifier de moraux et cruels. Il va falloir que je parte en quête de ce volume tant ce que j'ai pu en voir dans ce film m'a enthousiasmé.

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Trois contes sont ici étroitement emmêlés pendant les 2h10 de films, nous passons de l'un à l'autre alternativement. Une reine (Salma Hayek) ne pouvant pas avoir d'enfants va envoyer son époux à la mort pour recueillir le cœur encore palpitant d'un dragon des mers pour le consommer et ainsi tomber enceinte. Son fils Élias né (ainsi qu'un jumeau d'une mère différente!), elle devient possessive à l'extrême et ce dernier voudrait vivre de ses propres ailes. Un monarque libidineux (Vincent Cassel) entend une douce mélodie dans une ruelle donnant sur son château. La femme se dérobe à ses yeux et s'enferme dans sa maison. N'en pouvant plus de désir, il l'enjoint de lui ouvrir, ce qu'il ne sait pas c'est qu'il s'agit d'une vieillarde qui regrette sa jeunesse perdue vivant seule avec sa sœur. Commence une partie de cache cache mâtinée de magie qui finira bien mal. Dans le troisième volet, un roi égocentrique doit marier sa fille, il organise un concours qu'il croit impossible à gagner (je ne lèverai pas le mystère!) mais qui le sera tout de même par un ogre! La jeune fille doit alors partir avec son promis dans la montagne...

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On retrouve tous les éléments des contes dans ce film: des puissants pris dans les affres du désir et du nombrilisme, des créatures imaginaires patibulaires dont un dragon des mers très beau et un ogre des plus repoussants mais cependant touchant, de jeunes âmes en quête de liberté (Élias et Jonas, la princesse promise), de vieilles âmes torturées (les deux sœurs sont un modèle dans le genre), des châteaux plus extraordinaires les uns que les autres avec des intérieurs splendides, des paysages magnifiques entre plaines désertiques, forêts impénétrables constituées de roches pluri-millénaires et d'arbres impressionnants… Quel festin pour les yeux que ce métrage! La technique est parfaite, la beauté poussée à son paroxysme avec des contrastes de couleurs forts et un sens de l'image léché à l'extrême. Les costumes, les intérieurs sont aussi remarquables et complètent un tableau tout bonnement féerique. Le tout est accompagné par la superbe BO composée par Alexandre Desplat que je vais m'empresser d'acquérir tant elle m'a envoûté à l'image de ce film immersif à souhait.

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Les acteurs ne sont pas en reste avec une Salma Hayek rayonnante dans son rôle de mère aimante aux appétits dévorants, Vincent Cassel est lui impeccable dans son rôle de débauché en quête d'amour et Toby Jones apporte une belle légèreté dans son rôle de roi déconnecté de la réalité. Les autres membres du casting bien que moins reconnus sont parfaits et donnent une cohérence à cet ensemble baroque et gothique qui explore la facette noire de l'esprit humain. On côtoie ici l'horreur (n'amenez pas vos jeunes enfants!), le fantastique et la réalité la plus crûe. Le mélange est détonnant et efficace à souhait. Je me contente d'un 5,5/6 car j'ai trouvé juste que quelques scènes d'action manquait un peu de rythme (l’épisode du dragon des mers, celui de la chauve-souris notamment) mais honnêtement on passe un moment très agréable et rare. À voir absolument pour tous les amateurs du genre!

vendredi 3 juillet 2015

"Poltergeist" de Gil Kenan

Poltergeist afficheL'histoire : Lorsque les Bowen emménagent dans leur nouvelle maison, ils sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Une présence hante les lieux. Une nuit, leur plus jeune fille, Maddie, disparaît. Pour avoir une chance de la revoir, tous vont devoir mener un combat acharné contre un terrifiant poltergeist...

La critique Nelfesque : Si vous nous suivez depuis longtemps, vous savez que nous avons un petit faible (un gros !) pour les films de genre. "Poltergeist" est un film culte et je ne vous cache pas que nous avions très peur du résultat concernant ce remake. Comme vous le savez aussi, je n'aime pas les remakes et cette facilité de tout reprendre pour remettre au goût du jour, au lieu de s'arracher pour pondre des scénarios originaux de qualité, quitte à dénaturer complètement l'oeuvre originale pleine de charme, me fait hérisser le poil.

Pourquoi aller voir "Poltergeist" version 2015 dans ce cas là ? La Fête du Cinéma pardi ! Sans elle, nous ne nous serions pas déplacés en salle et nous serions peut être contentés d'un visionnage DVD. Et encore...

Bon et alors ? C'est pas tout ça mais le film, il vaut le coup d'oeil ou pas ? Oui et non... On passe un bon moment, il y a de chouettes trouvailles mais dans l'ensemble ce "Poltergeist" ne casse pas des briques (à défaut de détruire des murs (ahah très drôle (ok, j'arrête))).

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J'ai aimé la première partie du film, à l'ancienne, sans déballage d'effets spéciaux. Le spectateur fait connaissance avec la famille Bowen et je dois dire que personnellement elle m'a bien plu. Ici point de gros clichés, pas d'ado grosse rebelle, blonde décolorée et qui mâche des chewing-gums la bouche ouverte, point de papa trop fort qui roule des mécaniques, point de maman modèle hystéro... Non finalement cette famille Bowen est une famille normale à laquelle on s'attache et s'identifie très rapidement. Les acteurs y sont d'ailleurs pour beaucoup, tout est naturel et le jeu est juste. La gamine a une bonne bouille, le petit frère peureux est attachant, les parents sont cools juste ce qu'il faut et il règne dans cette tribu une bonne humeur communicative. On est bien loin des films américains très clichés, m'as-tu-vu et débilisant.

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Les premières manifestations paranormales se déclenchent par petites touches, faisant monter la pression. L'ambiance se fait plus lourde petit à petit. Perso, je n'ai pas eu peur mais cette façon d'amener les choses tout en douceur m'a séduite. Il n'y a pas d'idées novatrices ou de plans révolutionnaires, c'est assez classique mais ça fonctionne bien et c'est respectueux de l'oeuvre originelle.

La deuxième partie, en revanche, celle où les poltergeists déchaînent leur fureur, est plus bancale. Les effets spéciaux m'ont complètement laissé de marbre ayant plus l'impression d'être devant une animation de jeu vidéo que devant un long métrage. Les scènes "de l'autre côté" ne valent vraiment pas celles faites en 1982. Oui il y a plus de moyens, oui on peut aujourd'hui en mettre plein la vue au spectateur mais la première version, même si elle a vieilli et même si elle a des imperfections qui font son charme, n'est ici pas égalée.

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"Poltergeist" est donc un film d'épouvante qui se regarde sans grand intérêt. Ni génial, ni nul, il laisse le spectateur avec un sentiment neutre. Perso, ce n'est pas ce que j'attends lorsque je vais au cinéma mais pour un dimanche soir calée dans mon canap' pourquoi pas. Et puis, le film des 80's m'a tellement fait flipper en son temps que c'est presque un crime d'avoir voulu le remplacer dans ma mémoire. SVP monsieurs les réalisateurs, ne touchez plus à mes films cultes !

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La critique de Mr K : 3,5/6. Petite séance de cinéma sympatoche et sans prétention que ce remake d'un film culte de Tobe Hooper. Une petite famille s'installe dans une nouvelle maison qui a été construite sur un ancien cimetière dont les corps n'ont pas été déplacés. Ça fait désordre surtout que les âmes n'ont pu trouver le chemin de la rédemption et commencent à s'amuser à communiquer avec la benjamine de la portée! Le pas définitif est franchi quand ils réussissent à l'entraîner dans le plan astral. Les parents font alors appel à une équipe de chercheurs spécialisés dans le paranormal. Clairement, on est largement en dessous de l’œuvre originel et je ne reverrai pas ce métrage qui perdra beaucoup lors de son passage sur petit écran.

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Pourtant ça démarre plutôt bien. La caractérisation de la famille est sympa avec un père assez marrant car décalé et plus populo qu'à l'habitude (Sam Rockwell est impec!). La benjamine est craquante et je me suite attaché à son grand frère de 10 ans apeuré par tout et n'importe quoi et dont le physique m'a rappelé celui du jeune héros de Billy Elliot. On se plaît bien à suivre la découverte de la maison par des enfants déçus par les lieux et des parents qui ne peuvent faire autrement, la crise a frappé et le père au chômage refuse de laisser travailler sa femme écrivaine en devenir. Mais très vite, les enfants vont être confrontés à d'étranges phénomènes (lampes qui crépitent, déplacements d'objets, découverte d'une cachette secrète remplie de clowns-jouet). La tension monte peu à peu, dosée comme il faut par de petit effets classiques mais efficace (hors champ, vue subjective et objets détournés). J'ai bien dû tressauter deux / trois fois sans réellement avoir vraiment peur.

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C'est le principal défaut de ce remake, il ne fait pas peur. On reste dans du classique pur jus et on vire même dans le n'importe quoi avec la deuxième partie du film qui fait intervenir une équipe spécialiste en repérage et combat contre le surnaturel. Là où dans le film originel, on proposait un bon moment de délire mais aussi quelques morceaux de bravoure, on tombe ici dans le cliché et le convenu. Dommage car la matière était propice à fournir de belles choses mais ça ne décolle jamais vraiment avec des passages WTF délirants (l’aînée en pleine crise d'ado qui s'excuse auprès de son père de ses exigences de midinette alors que le danger rode encore, on a le droit à un exorcisme new age assez consternant aussi). Mais le temps passe vite et on ne s'ennuie pas à défaut d'être surpris.

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La réalisation est bien loin d'égaler l'original, n'est pas Tobe Hooper qui veut! L'ambiance est moins poisseuse, moins malsaine et les plans plutôt convenus. Reste un sens du rythme assez efficace et deux trois séances marquantes comme l'attaque dans le garage, la nuit d'orage et les passages dans le monde astral qui rendent bien l'angoisse vécue par les personnages. Un bon film pour la fête du cinéma, sans ados crétins qui foutent leur zone dans la salle et une place à 4 euros… aucun regret pour un remake passable pour éviter la canicule!

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lundi 29 juin 2015

"Jurassic World" de Colin Trevorrow

jurassic afficheL'histoire : L'Indominus Rex, un dinosaure génétiquement modifié, pure création de la scientifique Claire Dearing, sème la terreur dans le fameux parc d'attraction. Les espoirs de mettre fin à cette menace reptilienne se portent alors sur le dresseur de raptors Owen Grady et sa cool attitude.

La critique Nelfesque : Quel plaisir de retrouver les dinos dans nos salles obscures ! Fête du Cinéma oblige, vous allez voir fleurir, cette semaine sur le blog, pas mal de billets consacrés aux films. Nous sommes des grands amateurs de cinéma et cet évènement porte bien son nom pour nous chaque année. Nous commençons notre marathon visionnage avec "Jurassic World", sorti le 10 juin et que nous nous étions réservés pour débuter la Fête.

"Jurassic Park" est une franchise mythique. Un nouvel opus avait de quoi faire frémir. Allions-nous voir un film "à fric" ou vraiment retrouver l'essence de ce qui a fait le succès de la trilogie ? Une chose est sûre c'est que lorsque les premières notes du générique retentissent et que les premières images de ce Jurassic Park nouvelle génération apparaissent, la magie opère !

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Ici, le scénario est mince. Un nouveau parc, rebaptisé "Jurassic World", plus design, plus high-tech, plus grandiose et plus tout, s'est construit en lieu et place de l'ancien Jurassic Park. Dans ce nouveau complexe, on a vu les choses en grand et la logistique est une machine huilée. La sécurité est une priorité en ce lieu où la course au sensationnel fait rage. Voir de "simples dinosaures", c'est has-been ! Voir des dinos plus gros, effrayants et dangereux, c'est beaucoup plus vendeur !

C'est dans ce contexte que Zach et Gray visitent le parc. On suit en parallèle leurs découvertes et leurs frayeurs, occasion pour nous de visiter les installations et se prendre à rêver de les arpenter aussi. Que ne donnerai-je pas pour être visiteurs de ce Jurassic Word !? Les décors sont magnifiques, les paysages à couper le souffle et niveau effets spéciaux, on ne se moque pas de nous. Il faut dire aussi qu'avec 150 millions de budget, le contraire aurait été honteux.

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Avec ses gros sabots parfois mais toujours une petite touche d'humour, une auto dérision que j'ai vu comme une pastiche de film d'action / aventure (punchlines qui tuent), "Jurassic World" est un bon divertissement ciné. Ni plus, ni moins. Il envoie du bois et il remplit son contrat. Certains sursauteront, d'autres souriront aux clins d'oeil de la trilogie passée. La peur n'est pas vraiment au RDV en ce qui me concerne mais je n'y allais pas pour ça. Aussi c'est avec la pêche que je ressors de la salle après plus de 2h de film que je n'ai pas vu passer. Un bon moment de détente fun !

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La critique de Mr K: 4,5/6. La Fête du Cinéma arrivait à point nommé pour que Nelfe et moi allions voir le quatrième volet de Jurassic Park. La bande annonce était alléchante et avait le mérite d'être clair: louder and bigger, très con-con aussi. Mais niveau plaisir coupable et détente neurone, on fait rarement aussi bien et vu le prix de la place, on ne va pas se plaindre.

Les successeurs du vieil apprenti sorcier des épisodes précédents ont remis le couvert et ouvert un nouveau parc d'attractions autour du Jurassique et des charmantes bestioles qui y vivaient. L'affaire est bankable à souhait mais la soif de bénéfices étant inextinguible, les chercheurs ont mis au point une nouvelle espèce pour un effet wahou (dixit le film!) et continuer à surfer sur la vague du succès. Bien mal leur en a pris, à force de jouer à Dieu et à braver la Nature, on se brûle les doigts et accessoirement on se fait croquer! L'hybride s'échappe, il n'est pas content et compte bien le faire savoir. Et c'est parti pour 1h30 de tensions (comptez une bonne demi-heure pour poser les bases), de morceaux de bravoure, de séances what the fuck et de plaisir bien régressif!

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Ce film est avant tout une superbe prouesse technique. Pas que le réalisateur soit surdoué, on accumule les plans clichés mais la débauche d'effet spéciaux est impressionnante et efficace. Le parc est d'une beauté à couper le souffle, on se prend à l'idée d'y aller un jour entre des paysages magiques, des attractions assez bluffantes (celle permettant d'observer le gros dinosaure marin a ma préférence), les voitures-bulles dans la plaine des herbivores, la serre des créatures volantes, l'enclos du T-Rex (mon dinosaure préféré depuis petit). On en prend plein les yeux et notre âme d'enfant est comblée. Les animaux sont réalistes (malgré quelques erreurs par rapport à nos connaissances actuelles) et m'ont d'ailleurs plus touchés que les êtres humains qui n'ont finalement que ce qu'ils méritent. C'est mon côté misanthrope qui ressort!

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Niveau scénario, clairement on ne dépasse pas la feuille A5 recto. Pas de surprise à attendre, on est dans un pur produit d'entertainment bien lisse. Le héros est d'une perfection qui frise le ridicule (Chris Pratt est stupéfiant de superficialité), le soit disant meilleur ami est indigent (Omar Sy est inexistant ou si peu) et la nénette de service fait office de belle plante verte (j'adore pourtant cette actrice depuis son très beau rôle dans La jeune fille de l'eau). Ce sont plus les seconds rôles qui m'ont plu comme le plus jeunes des deux frères que j'ai trouvé juste et touchant, le geek fan de dinos qui travaille dans la salle de contrôle et Vincent D'Onofrio malgré un rôle bien caricatural de méchant garçon au service de l'armée qui veut récupérer les données scientifiques pour les appliquer dans un programme militaire. Le message reste simpliste: il ne faut pas déconner avec la science, ne pas se prendre pour dieu etc... En même temps, ça ne choquera personne, c'était déjà bien présent dès le premier opus… Fallait pas s'attendre à plus je pense vu le budget dépensé et la logique mercantile du produit (perso, je trouve que ça manque de saignant à défaut de mordant!).

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On passe un super moment de détente. Les scènes d'action sont légions et immersives comme jamais. Ce film est fait pour les salles obscures, il perdra énormément lors de son passage à la télévision. L'attaque des ptéranodons sur une foule affolée, l'élimination d'un commando par l'Indominus Rex (ça fait toujours du bien de voir dessouder des abrutis finis par une meute de dinos, ça défoule!), la chasse et le duel de fin assez dantesque dans le genre donnent lieu à de purs moment délirants. Bon, on cumule pas mal d'invraisemblances et autres incohérences (le mix inter-espèces, le dressage de vélociraptors, les gosses qui peuvent conduire un véhicule seuls, une nana qui court tout le film en talons…) mais l'intérêt du film est autre. On est là pour s'amuser, rêver, frissonner et sortir l'esprit léger et franchement dépaysés. Mission accomplie avec brio pour un film à voir absolument au cinéma.

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vendredi 19 juin 2015

"Maggie" de Henry Hobson

maggie afficheL'histoire : Alors qu'une terrible pandémie se propage à travers les États-Unis, le gouvernement impose de placer les malades infectés par le virus en quarantaine, où ils se transformeront en zombies, totalement retranchés du monde. Lorsque Maggie, 16 ans, apprend qu'elle a été contaminée, elle s'enfuit. Mais son père, Wade Vogel, est déterminé à la retrouver et à la protéger coûte que coûte, même s'il lui faut affronter les forces de police...

La critique Nelfesque : "Maggie" est le genre de film que nous aimons voir au cinéma. En bons adeptes de films de genre, nous ne disons jamais non à une histoire zombiesque ! A la vue de la bande-annonce de ce film de Henry Hobson, on semble s'éloigner des codes du genre et je suis assez curieuse de voir ça. Rajouter à cela Schwarzy dans son premier rôle sensible (ça fait très sketch des Inconnus cette formulation) et hop rendez-vous est pris avec ce long métrage qui semble allier ambiance et psychologie.

Belle surprise que ce film pour lequel la BA ne ment pas. Certains le qualifieront de longuet avec des scènes un peu molles mais en ce qui me concerne, j'aime les films qui prennent leur temps et savent installer un climax particulier. La psychologie des personnages est finement menée et vu le parti pris par le réalisateur et l'angle qu'il a donné à son film, ce point n'était pas à rater. Le spectateur s'attache beaucoup à Maggie, jeune ado tout juste infectée par un virus dont on connaît les méfaits mais dont le remède est toujours à l'étude.

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Lors d'une fugue, elle va se faire mordre et développer peu à peu les germes en elle. Nous suivons donc l'évolution de son état physique, des prémices de la maladie au point critique où tout infecté doit être mis en quarantaine pour éviter toute contamination et mise en danger d'autrui. "Maggie" est un huit clos et nous sommes ici au plus près de la cellule familliale dans laquelle elle vit. Nous ne savons pas ce qui se passe véritablement dans le reste du monde, même si quelques informations sont données par la radio. Rien ne détourne notre attention.

Ne vous attendez pas à un film de zombies classique en allant voir "Maggie". Il n'y a point ici de scènes véritablement gores, ni de courses poursuites effrénées. Maggie est une jeune fille lambda qui se voit dépérir, elle ne va pas se mettre à manger ses frères et soeurs ni à poursuivre ses amis la bave aux lèvres. Ce n'est pas ici le propos du film et si vous êtes plus amateurs de sensations fortes, passez votre chemin. En revanche, si vous souhaitez voir un film plus finaud sur une relation père / fille, sur les rapports humains, sur la notion de deuil et une réflexion sur la valeur de la vie, ce film peut vous plaire.

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La critique de Mr K : 4/6. Bonne séance de cinéma que ce film de zombie qui sort des sentiers battus en ne proposant pas pour la énième fois un métrage sur la survie d'un groupe d'humains-sains ou un film type course-poursuite. Ici, on rentre dans la sphère intime d'une famille recomposée frappée de plein fouet par l'épidémie, la grande fille a été mordu et ses jours sont comptés. Le papa (Gouvernator en personne!) qui s'est remarié depuis et a eu deux enfants de son nouveau mariage va devoir accompagner sa fille dans ses derniers jours, se confronter à sa disparition prochaine, chose impensable pour tout parent qui se respecte, un parent ne devant jamais à avoir à enterrer un de ses enfants. Si la fin du film est prévisible, le film tire son épingle du jeu par ses acteurs et sa mise en scène.

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On a beaucoup parlé de l'interprétation de Arnold Swarzenegger et de sa prestation très réussie pour son premier rôle "dit" sensible (je ne peux m'empêcher de faire le lien avec le sketch des Inconnus sur Jésus 2: le retour!). Sans crier pour autant au génie, il m'a surpris en campant ce colosse vieillissant touché en plein cœur par la disparition programmée de sa progéniture. Il est à lui tout seul le symbole de ce monde arrogant sûr de sa force mais qui est en train de s'écrouler. Sa douleur profonde est palpable à chaque plan, chaque attitude. Il faut dire que ce n'est pas un causeux dans le film (ce n'est pas plus mal diront les mauvaises langues...) mais il a cette capacité indéniable d'émouvoir et de toucher. Je dois avouer aussi que je suis un grand fan du bonhomme surtout depuis ma vision des géniaux Conan le Barbare, Predator et Terminator (le 1, on est bien d'accord!).

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Il est remarquablement aidé par la jeune mademoiselle Breslin qui a bien grandi depuis Little Miss Sunshine (courrez le voir si ce n'est déjà fait!). Touchante de naturelle, sa composition toute en nuance illumine l'écran et porte l'émotion à son comble. Son personnage d'ado lambda confrontée à l'indicible est crédible et poignant. J'ai aimé son rapport particulier à son père lors de leurs moments privilégiés (un échange à table, une discussion autour du pick-up), scènes quotidiennes magnifiées par les enjeux et le sous-texte du film. J'ai aussi adoré le passage où elle retrouve sa bande d'amis pour une ultime soirée, infectés et sains se côtoient, tout a changé dans les rapports, un regard suffit pour comprendre ce que chacun des protagonistes pense. Les autres acteurs que ce soit la belle mère, le shérif et son adjoint sont au diapason du couple star: justes et mesurés.

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Le film est tout en tension et celle-ci ne fait que monter. La réalisation est aux petits oignons avec de magnifiques plans notamment sur la nature et des couchers de soleil qui font écho à la situation de l'héroïne. La musique accompagne admirablement l'ensemble et l'on flotte dans une ambiance mi-cotonneuse mi-angoissante, étrange impression qui reste après que les lumières se soient rallumées dans la salle. La dimension humaine et proche du public y est pour beaucoup, pas d'effusions de sang et d'action pour ce film plus contemplatif et collé à la routine. Un film qui montre à voir les choses comme elles se passeraient réellement si une telle catastrophe venait à se produire: des familles endeuillées, des autorités dépassées et le chant du cygne pour l'humanité.

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Je ne vais pas au-delà du 4/6 car j'ai retrouvé ici ou là des éléments déjà traités dans d'autres films plus marquants. Impossible de ne pas penser à La Route pour le rapport père/ enfant qui m'avait plongé dans une profonde affliction les heures suivant sa projection (quelques larmes tout de même pour celui-ci) et la réalisation bien qu'honorable ne touche pas les étoiles. Reste un très beau moment de cinéma sur un sujet très galvaudé ces derniers temps (il y a tout de même overdose zombiesque dans tous les arts) et traité ici de façon originale et sensible.

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dimanche 14 juin 2015

"La Tête haute" de Emmanuelle Bercot

la tête haute afficheL'histoire : Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

La critique Nelfesque : Vous avez tous entendu parler de "La Tête haute", film d'ouverture du dernier Festival de Cannes. La critique n'a pas tari d'éloges à son sujet et on peut dire sans hésitation que ceux ci sont mérités.

Le film commence sur les chapeaux de roues. On entre tout de suite dans le vif du sujet avec Malony, du haut de ses 15 ans, au volant d'une voiture volée en plein rodéo entre les tours d'une cité. "Sound of da police" de KRS one se fait entendre dans la salle obscure. Le ton est donné. Ce long métrage va en mettre plein la tête !

Malony est un petit garçon lorsqu'il se retrouve pour la première fois dans le bureau du juge des enfants, interprété par Catherine Deneuve. A six ans, il accompagne sa mère, convoquée suite à son inaptitude à élever des enfants. Une scène très forte où les visages ne sont pas montrés, si ce n'est celui de Malony, incrédule, entre les jouets mis à la disposition des enfants dans le bureau du juge et les propos difficilement soutenables de sa mère.

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Toute sa vie sera à l'image de cette première scène. Malony pousse comme une herbe folle, sans morale, sinon celle de sa mère qui n'est pas des plus saines. De petites bêtises, en gros problèmes avec la justice, il va aller crescendo dans ses actes et son mal être. Incapable de discerner véritablement le bien du mal, avec beaucoup d'amour en lui mais enfermé dans une armure inviolable, il va falloir beaucoup de temps et de patience à la juge pour enfants et à son éducateur, Benoît Magimel bluffant dans ce rôle, pour faire émerger en lui l'envie d'être maître de sa vie.

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"La Tête haute" est un film dur, sur l'enfance et l'adolescence bafouées et sur la difficulté de grandir sans repères. La machine mise en place pour aider ces adolescents est louable mais semée d'embûche. Entre l'obstination des gamins, le poids social, l'éducation des parents, ce long métrage rend hommage à toute une catégorie de travailleurs sociaux dont le travail est souvent méprisé à défaut d'être connu dans son quotidien. Il en faut de l'énergie et de la volonté pour relever ces jeunes et en faire des hommes et des femmes respectables, ambitieux et optimistes.

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Le jeune Rod Paradot est impressionnant dans le rôle de Malony, un ado à fleur de peau dans une logique autodestructrice. Il tient ici la tête d'affiche et ce film ne serait pas ce qu'il est sans lui. Il s'agit là de son premier rôle au cinéma, lui l'étudiant en CAP menuiserie repéré par une directrice de casting. Rien ne le prédestinait à faire du cinéma et pourtant il joue son rôle d'ado rebelle et délinquant à la perfection. Sans jamais tomber dans l'excès et la caricature, son jeu est juste et le spectateur navigue entre répulsion et compréhension le concernant. Ce qui n'est pas le cas concernant sa mère, Sara Forestier... Le sentiment que j'éprouve à son égard est bien plus tranché.

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Flirtant parfois avec le documentaire au plus près des personnages, "La Tête haute" est un film social sans concession, à l'image de l'excellent "La Loi du marché" sorti sur les écrans quasiment au même moment. Le genre de real movies, loin de faire rêver le spectateur mais le mettant face à l'âpreté de la société actuelle. On ressort de la séance complètement assommé mais avec la certitude d'avoir vu un film essentiel.

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samedi 30 mai 2015

"La Loi du marché" de Stéphane Brizé

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L'histoire : À 51 ans, après 20 mois de chômage, Thierry commence un nouveau travail qui le met bientôt face à un dilemme moral. Pour garder son emploi, peut-il tout accepter ?

La critique Nelfesque : Comme vous le savez, je suis une grande fan du Festival de Cannes. Tous les ans, je suis avec beaucoup d'intérêt cette période 100% dédiée au cinéma. Montées des marches, photocall, conférences de presse : rien n'a de secret pour moi. "La Loi du marché" est un long métrage qui a fait beaucoup parler de lui dès les premiers jours du festival et très vite j'ai eu envie de le découvrir en salle.

Comment parler de "La Loi du marché" sans parler de Vincent Lindon ? Vincent Lindon fait partie de mes acteurs chouchous dans le cinéma français. J'aime aussi beaucoup l'homme et j'ai été très émue à l'annonce de son Prix d'Interprétation Masculine. Je ne doutais pas que cette distinction était méritée mais après avoir vu le film de Stéphane Brizé, je ne peux qu'applaudir des 2 mains et faire une ovation de plus de 9 minutes comme lors de la projection à Cannes. Quelle maîtrise ! Quel acteur !

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"La Loi du marché" sans Vincent Lindon ne serait pas ce qu'il est. Tout en intériorité, avec une humilité et une pudeur incroyable, il interprète le rôle de Thierry, un quinquagénaire à la poursuite de sa dignité. Beaucoup de critiques ont mis l'accent sur sa période de chômage. Ceci n'est qu'une partie du film et ce n'est pas au final ce que je retiendrai. Il s'agit plus ici du parcours d'un homme qui dans des moments difficiles de sa vie veut garder la tête haute.

Nous suivons donc Thierry dans sa recherche d'emploi, au quotidien, dans ses combats pour que son fils poursuive ses études, dans ses RDV chez Pôle Emploi et à la banque... Puis dans ses premiers pas de vigiles de supermarché et dans les directives qu'on lui donne. A chaque minute, chaque étape, la pression est palpable. Le spectateur souffre avec cet homme et personnellement, j'ai souvent détourné le regard pendant le visionnage tant certains passages sont durs.

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Sans jamais tomber dans le pathos (sauf peut être avec un élément du film que Mr K évoquera plus bas), Stéphane Brizé nous donne à voir le quotidien d'un homme d'aujourd'hui. Dans ses peines, dans ses joies simples, dans ses combats de tous les jours. Une belle leçon de vie, un focus sur le quotidien de milliers de personnes avec pudeur et respect. Les autres acteurs (d'un jour ou professionnels) sont aussi très justes. Le réalisateur ayant pris le parti de centrer son film et ses caméras sur Vincent Lindon, ces derniers passent au second plan mais restent tout de même indispensables. Vincent Lindon quant à lui crève l'écran.

"La Loi du marché" restera dans les mémoires comme un témoin de notre époque et je conseille vivement à tout le monde de le voir (particulièrement à ceux qui seraient enclin à critiquer les chômeurs en les traitant d'assistés). En espérant que ce long métrage ouvre certains esprits étroits et redonne à tous la foi en l'être humain... Bravo Vincent Lindon et merci Stéphane Brizé !

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La critique de Mr K : 5/6. C'est le lendemain même de la remise des Palmes que nous sommes allés voir La Loi du marché dans notre cinéma préféré. La séance était prévue depuis le mercredi précédent, jour où nous zieutons bien attentivement les programmes des cinémas de la région pour préparer nos plans sortie. Ce fut une belle expérience entre performance d'acteur et thématique sociale maîtrisée et réaliste.

La première partie du film nous montre la lente descente aux enfers de Thierry et de sa famille. Il a perdu son boulot et il vogue de stages inutiles à des entretiens d'embauche ratés. Le monde du travail est rude et il en est le parfait exemple. Peu à peu, le couple rogne dans ses économies et doit faire des choix drastiques surtout que leur fils handicapé doit poursuivre ses études dans un IUT avec l'accompagnement que l'on imagine. Dur dur donc tant le parcours de Thierry ressemble à celui d'un boxer qui encaisse coup après coup sans réel espoir de se relever. La caméra est très proche de ses personnages, rien n'échappe donc au spectateur de ce quotidien sombre et monotone. Et puis, il décroche un travail avec un contrat à la clef. Thierry devient vigile dans un supermarché dont la mission principale est de traquer les voleurs et fraudeurs dans les clients et dans le personnel lui-même. Des dilemmes moraux vont s'imposer à lui, il devra choisir entre sa source de revenu et ses idéaux.

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On a beaucoup parlé de la performance de Vincent Lindon, de sa Palme et de sa réaction suite à la remise de son prix et rien n'est usurpé. Le jeu est d'un naturel confondant, l'émotion palpable mais sans pathos et le relief du personnage de Thierry incroyable. L'acteur s'efface devant la banalité du personnage tout en crédibilité et en humanité. Un regard, un plissement de lèvre, un geste, une intention et c'est notre cœur qui chavire. Il porte littéralement le film et l'emporte vers des cimes insoupçonnées au détour de scènes pourtant quotidiennes, banales: un cours de danse, un repas de famille, une discussion entre anciens collègues, un entretien avec la banquière… C'est un monsieur tout-le-monde qui se débat dans une vie âpre avec une dignité inouïe. C'est d'ailleurs ce mot qui pour moi représente le mieux Thierry. Les autres acteurs ne sont pas en reste (y compris les non professionnels) renvoyant la balle à merveille au premier rôle et solidifiant ainsi l'ossature de l'ensemble.

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La technique est plutôt quelconque et au départ, je me suis dit qu'il n'y avait pas forcément grand intérêt à aller au cinéma voir ce métrage filmé caméra à l'épaule par moment et collée aux protagonistes. Et puis, les scènes s’enchaînant, s'imbriquant les unes aux autres, se répondant, on comprend la construction fort intelligente du film. Certains plans prennent alors de l'ampleur notamment les scènes où le héros est confronté à la réalité de sa nouvelle place. Lindon est alors systématiquement filmé de dos, le spectateur se transformant en voyeur que la gène assaille et se transforme en questionnement moral. Peut-on tout accepter? Jusqu'où peut-on aller à l'encontre de notre morale? On ressort profondément chamboulé par cette petite histoire à la dimension universelle et aux implications quasi métaphysiques tant elle questionne nos existences et notre façon de voir les choses.

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J'émettrai un petit bémol (d'où le 5/6) quant au personnage du fils handicapé que j'ai trouvé par ailleurs touchant et bien caractérisé (là encore pas de pathos). Je trouve que ça faisait un peu too much, que l'on lorgnait presque sur le misérabilisme façon Zola (Dieu sait que j'adore cet auteur!). Le réalisateur charge un peu la barque du couple ce qui pour le coup fait perdre un peu de finesse à l'ensemble qui reste tout de même de très très haut niveau.

Ce film est donc une grande et belle réussite entre drame social et humanité avec un grand H. A voir absolument avec pour les plus sensibles une boites de mouchoir pour esponger les éventuelles émanations lacrymales.

Le petit plus Nelfesque : Une fois n'est pas coutume et parce qu'au Capharnaüm éclairé on est plus que ravi de cette Palme (j'en ai encore la chair de poule), je veux laisser ici une trace de ce grand moment :

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jeudi 28 mai 2015

"Je suis un Lebowski, tu es un Lebowski" de Bill Green, Ben Peskoe, Will Russell et Scott Shuffitt

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Le contenu: Que peut-il bien y avoir dans The Big Lebowski qui suscite autant d’intérêt et d’affection ? Eh bien, Dude, on n’en sait strictement rien. Pour quelques uns, The Big Lebowski est juste un divertissant pastiche du film noir des années 50. Pour la plupart, il est LE FILM culte des années 90. Un phénomène quasi-religieux qui élève l’art de ne rien faire au rang de dogme fondamental, et dont les répliques loufoques servent aujourd’hui de nourriture spirituelle à des milliers de fans (Achievers).

La critique de Mr K: Chronique d'un beau cadeau d'anniversaire aujourd'hui avec ce mook (contraction de magazine et de livre) consacré à mon film culte, celui que j'ai déjà vu un nombre incalculable de fois, celui dont le héros est à mes yeux l'incarnation de l'attitude à conserver dans ce monde de cris et de larmes: The Big Lebowski des frères Coen. Écrit par des fans fous-furieux, cet ouvrage fait la part belle aux révélations, anecdotes et interviews sans parler des activités et événements que les auteurs ont crée autour de leur film fétiche.

Dès le départ, le fan que je suis est gâté avec une préface du Dude lui-même alias Jeff Bridges qui s'étonne encore que le film n'ait pas eu plus de succès lors de sa sortie. Il est vrai que la reconnaissance viendra surtout avec la vente en DVD qui explosera tous les scores. Il reste fier de son personnage et n'hésite pas à affirmer qu'il est l'un de ses rôles préférés (pour info, je le trouve aussi excellent dans Fisher King de Gilliam, film méconnu et pourtant éblouissant). Les auteurs prennent ensuite la parole pour confier au lecteur leurs objectifs et leur amour immodéré de Achievers (nom officiel des fans du film) envers le film.

Commence alors un premier chapitre consacré à l'interview de nombreux acteurs du film qui ont bien voulu répondre aux questions des auteurs. On retrouve à chaque fois les mêmes questions autour du succès du film, du véritable culte qu'il peut inspirer et au détour des réponses, les acteurs expriment leur joie d'avoir participé à cette aventure et nous livrent parfois des anecdotes de tournage (mention spécial à John Goodman démolissant une voiture de luxe en pleine nuit sans savoir que tout le quartier est au courant et qui flippe à l'idée de tourner la fameuse scène). Ils parlent aussi bowling, tapis, russe blanc et tous les éléments marquants du film comme le leurre de linge sale, de la copie du p'tit Larry (tiré d'une histoire vraie!), du furet dans la baignoire et tout un tas d'autres aspects. Quoi??? Vous ne comprenez rien, vous n'avez jamais vu ce film… Honte à vous!

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Le chapitre 2 fait alors très fort avec les sources d’inspiration du film. Là où on prend ce métrage comme un amoncellement de délires plus stranges les uns que les autres, on se trompe! Beaucoup de faits ont inspiré le film des frères Coen! Le Dude existe vraiment et est une connaissance des réalisateurs, idem pour Walter le meilleur ami monomaniaque du Vietnam, le petit Larry a vraiment égaré sa copie dans une voiture volée, le tapis de Peter Exline harmonisait vraiment bien sa pièce et j'en passe des vertes et des pas mûres. Le grand talent des deux frères est d'avoir réussi à constituer à partir d'un fatras d'idées un scénario original, bien conçu et dans lequel on découvre de nouveaux aspects à chaque visionnage. C'est un régal de voir comment le film a été écrit / pensé et ceci à travers les yeux non pas d'un attaché de presse ou un critique de cinéma classique mais par ceux de fans inconditionnels. Le ton est beaucoup plus léger mais non dénué de finesse et d'analyse.

Dans les troisième et quatrième partie, les auteurs nous livrent une réflexion sur le film, ses tenants et ses aboutissants. Il y a des choses plutôt convenues et d'autres plus farfelues et intéressantes. On rencontre ensuite à travers des portraits croisés sept achievers répartis dans le monde entier. C'est l'occasion de vérifier l'engouement suscité par le film et de constater qu'on a beau être d'origines différentes, on peut ressentir les mêmes émotions, aimer les mêmes situations et personnages. Ce qui cloue le bec aux sempiternels clichés des différences irréconciliables entre cultures et origines. C'est l'effet Dude! On enchaîne ensuite sur un chapitre consacré au Lebowski Fest (JE VEUX Y ALLER!) qui se tient chaque année aux states et où les achievers se retrouvent pour regarder le film sur écran géant, jouer au bowling, discuter, concourir avec des déguisements… L'ambiance a l'air vraiment sympa, un peu comme quand on va voir The Rocky Horror Picture Show au Studio Galande à Paris le premier samedi du mois. Un authentique plaisir intellectuel et récréatif à souhait. L'ouvrage se termine par un ensemble de quizz et autres jeux autour du Dude et de son entourage. C'est fun, bien réalisé et bien divertissant.

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De manière général, ce livre est une belle pièce mélangeant photos, citations décalées et textes rédigés avec amour et humour. Pour le fan que je suis, ce livre m'a comblé. On est loin de l'auto-promotion, les Coen sont d'ailleurs les grands absents de l'ouvrage, ils refusent catégoriquement de parler de leurs films après leur sortie au cinéma. Mais leur esprit est parmi les pages de ce livre décidément attachant, drôle et très pointu. Tout amateur du Dude se doit de l'avoir lu!

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