mercredi 16 décembre 2015

"T'ien Keou" de Laurent Genefort et Jean-Michel Ponzio

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L'histoire : Un futur très lointain, où la Terre n'est plus qu'un souvenir... Dans le Guo, un astéroïde habité et taillé en un cube parfait, une colonie chinoise prospère depuis des siècles. Po Yung est un garçon de 16 ans qui rêve d'entrer dans le clan le plus puissant du Guo. Pour cela, il doit accomplir une épreuve: aller dans le territoire qui sépare le Guo du Palais des Immortels, le centre tabou de l'astéroïde. Mais Po Yung a acquis une arme redoutable. Avec elle, il pourra peut-être réaliser son désir de puissance: défier les Immortels eux-mêmes et leurs fabuleux dragons mortels, pour revenir en conquérant. A condition de leur survivre...

La critique de Mr K : Ne vous fiez pas à l'hideuse couverture proposée par les éditions Soleil pour ce one shot de haute voltige, peu ou pas de gore mais plutôt ici une réflexion futuriste doublée d'un récit initiatique.

Bien loin de la Terre (qui apparemment n'existe plus), sur l'astéroïde Guo où vit tant bien que mal une communauté asiatique, la lutte des classes bat son plein. Pendant qu'une minorité privilégiée vit dans le luxe et le plaisir, les basses classes tentent de survivre dans des conditions épouvantables. Un jeune homme (Po Yung) va tenter de rejoindre ce paradis inaccessible en tentant l'épreuve ultime qui permet à une poignée de paria de rejoindre l'autre côté. Il n'est pas au bout de ses surprises!

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On retrouve nombre de figures classiques dans cette BD. Le jeune héros tout d'abord en quête de lui-même qui a travers l'épreuve qu'il va devoir traverser va avant tout chercher ses limites et tenter d'améliorer son existence. La liberté a un prix et dans l'ultime vignette de l'ouvrage, il l'apprendra à ses dépens! Durant, toute son aventure, il va être confronté à des choix parfois difficiles, relevant parfois de la morale, mettant à mal ses certitudes et tout ce qu'il considérait comme acquis. Rien de neuf me direz-vous, je vous le concède, mais ça produit son petit effet et il a fonctionné sur moi. A ces côtés, on retrouve un ami proche et sa petite amie, leur rôle n'est que secondaire jusqu'au moment où ils seront justement au centre des choix qui seront proposés à Po Yung. J'ai aussi apprécié la figure du maître à penser qui oriente et conseille le héros, il est le reflet futuriste du vieux maître asiatique tel qu'on se l'imagine. Étrange transposition version SF qui fait elle aussi mouche même si on se doute qu'il n'est pas tout à fait innocent dans le drame qui est en train de se jouer.

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Là où l'ouvrage frappe vraiment fort, c'est au niveau de la caractérisation des lieux et de l'époque. En quelques cases et commentaires de l'auteur (Il s'agit de Laurent Genefort tout de même), on se représente très bien ce monde en vase clos, à la dérive inégalitaire voir totalitaire. Décors cyclopéens, puits sans fond anti-gravité, jardins hydroponiques cachés dans les hauteurs, mystérieux dragons gardiens de l'ordre et de l'autorité, technologie de pointe… tous ces éléments constituent un background assez dense malgré la brièveté de ce one-shot d'une soixantaine de pages. La SF se fait ici sombre et sournoise, l'ultime revirement bien qu'attendu est un choc qui renvoie directement à la nature profonde de l'être humain… Rien de vraiment reluisant, vous pouvez me croire!

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Je suis plus partagé sur l'esthétique pure et dure de cette BD. Ponzio nous sert des dessins entre images de synthèse, manga et dessin plus traditionnel. Ce mélange original dépote notamment dans les scènes d'action ou les cases d'exposition des décors, je le trouve moins efficace dans les parties plus intimistes. J'ai trouvé même certains passages laids (2 à 3 dans tout l'ouvrage seulement mais ça compte!). Malgré cette réserve et le manque d'originalité du déroulé, on passe un bon moment d'évasion et parfois de réflexion. Cette BD est donc à découvrir pour son côté fun et court. Avis aux amateurs!

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mercredi 27 mai 2015

"Notre Dame de Paris" de Victor Hugo, illustré par Benjamin Lacombe

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L'histoire : Dans le Paris du XVe siècle, une jeune et superbe gitane appelée Esméralda danse sur le parvis de Notre Dame. Sa beauté bouleverse l’archidiacre de Notre-Dame, Claude Frollo, qui tente de l'enlever avec l'aide de son sonneur de cloches, le malformé Quasimodo. Esmeralda est sauvée par une escouade d’archers, commandée par le capitaine de la garde Phoebus de Châteaupers...

La critique Nelfesque : Mr K m'avait offert cette superbe édition de "Notre Dame de Paris" de Victor Hugo illustrée par Benjamin Lacombe à sa sortie en librairie. Autant dire que ce roman est resté longtemps dans ma PAL tant j'avais peur de m'attaquer à ce monument de la littérature. Seul le talent de Benjamin pouvait me faire passer le cap et je peux annoncer fièrement que ça y est, moi aussi, j'ai lu "Notre Dame de Paris" (et je n'ai pas fait que regarder la comédie musicale (ceci dit très fidèle à l'oeuvre originelle) !).

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Tout le monde connaît les grandes lignes de ce classique. Quasimodo et Esméralda font partie de notre culture française. Tant que l'on n'a pas lu le livre, on connaît moins les tenants et les aboutissants de l'intrigue. Esméralda est une orpheline élevée par les "étrangers" pauvres et parias qui inondent les rues de Paris au XVème siècle. Belle, jeune et insouciante, elle est au centre des regards et objet de désir pour Quasimodo, sonneurs de cloches de Notre Dame, Frollo, archidiacre, et Phoebus, capitaine de la garde. Ces personnages ci sont les principaux de l'histoire mais ils sont loin d'être les seuls. Il y a le petit frère de Frollo, Jehan, un gamin décérébré que j'ai détesté tout du long, la mère d'Esméralda au destin brisé qui rajoute une couche dramatique à l'ensemble déjà bien chargé, Gringoire, homme de lettres, qui est un peu le fil rouge du roman et est présent dans bon nombre de scènes importantes. Autour d'eux, encore moults hommes importants et une profusion de nobles de l'époque avec lesquels je me suis perdue. Certains passages fastidieux à base "d'untel fils d'untel, cousin de trucmuche, grand homme du quartier machin, lequel avait été sauvé par la loyauté de bidule, fils de ... (sur 3 pages)" ont failli avoir raison de moi. J'avais l'impression de lire des passages de la Bible et j'avoue avoir sauté une brassée de lignes à ce moment là. C'est précisément cela qui me faisait peur avant ma lecture, un roman écrit en 1831 comportant forcément des passages assommants pour un lecteur du XXIème siècle.

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Et oui, j'ose dire que "Notre Dame de Paris" ne m'a pas complètement séduite, au risque de me faire lyncher par des hordes de littéraires sanguinaires (bisous les copains !). Pas complètement séduite donc mais grandement tout de même. Après avoir commencé mon avis par ce qui m'a déplu, place maintenant aux louanges.

"Notre Dame de Paris" est un roman passionnant avec des personnages à la psychologie fouillée et au passé tragique. Tragédie qui va se poursuivre jusqu'à une issue fatale où les larmes ont du mal à être retenues. On a beau connaître l'histoire, la plume de Victor Hugo et la force des mots employés feraient ployer le plus bourru des lecteurs. J'ai particulièrement aimé cet aspect ci du roman qui m'en a appris beaucoup sur l'enfance de chacun et sur leurs cheminements de pensée.

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Les descriptions sont nombreuses et précises. Certains diront trop et sauteront aussi ici quelques paragraphes. Des chapitres entiers sont consacrés à la description de la Cathédrale et à celle de Paris. Par le menu, vous saurez bientôt tout de la génèse de chaque quartier parisien. Pour avoir fait des études d'Architecture à Paris, ceci ne m'a pas déplu, au contraire, mais ce ne sera pas le cas de tout le monde je pense. De mon côté, j'ai trouvé ces moments de descriptions très instructifs et j'irai même jusqu'à dire qu'il contribue à la compréhension de l'ensemble. Ainsi, le lecteur appréhende mieux le Paris du XVème siècle, s'en fait une image plus claire aussi bien d'un point de vue architectural et urbanistique que d'un point de vue sociétal.

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Les illustrations de Benjamin Lacombe soulignent parfaitement le texte. Par petites touches, il accompagne le lecteur et nous offre sa vision du classique de Victor Hugo. Cet illustrateur a un style qui colle parfaitement à l'histoire de "Notre Dame de Paris" et découvrir ses illustrations au fil des pages nous aide à poursuivre notre lecture dans les moments difficiles et nous laisse songeurs dans les moments douloureux. Une certaine mélancolie se dégage de son trait et du choix de ses couleurs. Ce n'est pas très joyeux mais les illustrations sont tout à fait en accord avec les mots de ce grand classique.

Vous l'aurez compris, malgré des passages un peu rudes, j'ai été happée par ce roman que j'ai lu avec beaucoup de plaisir. Une histoire forte, des personnages complexes et une fin funeste : "Notre Dame de Paris" est effectivement un roman à lire au moins une fois dans sa vie. Je vous encourage à sauter le pas si vous ne l'avez pas encore lu. Vous n'en ressortirez que grandis !

classiqueJ'ai lu ce livre dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix.

mardi 28 février 2012

"Les Druides, vol 4 et 5" de Lamontagne, Jigourel et Istin

4L'histoire: Gwenc'hlan... 

Mon maître, celui vers qui se tournent toutes mes pensées maintenant, à l'heure où il me tarde de le rejoindre dans l'autre monde, là-bas, par-delà les brumes... Nous, druides, pensions à raison que l'écriture ne devait pas figer nos sciences, que nous devions les enseigner par la parole et non par l'encre.

Mais vint le crépuscule des druides, et maintenant que nombre d'entre nous se sont convertis à la religion du dieu unique et que les autres ont disparu, il nous faut consigner par écrit ce qui sera perdu faute de bouche pour initier... Il apparaît fort louable que ceux qui restent, et dont je fais partie, transcrivent notre mémoire sur ce papier, si éphémère, mais qui demeure en ce jour notre seule possibilité de perdurer au travers des époques à venir... Mes souvenirs épreignent mon coeur, se changent en larmes et mes larmes se mêlent à l'encre...

Gwenc'hlan... Mon maître...

La critique de Mr K: Retour chez les Druides aujourd'hui avec les volumes 4 et 5 de la série éponyme que j'avais débuté grâce à l'aide de notre cher voisin. Ayant grandement apprécié les trois précédents volumes, c'est avec beaucoup d'attente et d'appétit que j'ai entamé ma lecture. Impossible de décrocher jusqu'à la fin du volume 5, je suis retombé dans le piège!5

On avait laissé nos héros en position critique et le moins que l'on puisse dire c'est qu'ils les accumulent! Toujours à la recherche des meurtriers de membres du clergé et d'anciennes reliques druidiques, Gwenc'hlan et Taran multiplient les rencontres dans ces deux volumes car le voyage est long et loin d'être terminé. C'est ainsi qu'ils explorent un peu plus le Nord et rencontrent des "hommes peints" (les Celtes) et finiront même jusqu'à rencontrer des vikings. C'est l'occasion de se voir confrontées des cultures très différentes les unes les autres et le tout, toujours dans un souci d'exactitude assez bluffant de la part des auteurs.

J'ai retrouvé avec plaisir les deux personnages principaux, figures intemporelles du maître et de son padawan... euh... je voulais dire apprenti! Et des personnages jusque là plutôt secondaires prennent de l'épaisseur, notamment Gwenolé qui commence à livrer un aspect très intéressant de sa personnalité loin de l'image rugueuse et intransigeante qu'il laissait transparaître jusque là. Cerise sur le gâteau, à la fin du volume 5, les auteurs consentent enfin à mettre un visage clair et connu sur l'un des décideurs de cette fameuse compagnie de moines encapuchonnés (on dirait presque des Nazghuls!). Je dois avouer qu'ils m'ont cueilli et du coup, j'attends encore avec plus d'impatience le volume suivant.

Les dessins sont toujours aussi réussis, le rythme narratif est à la fois haletant dans le déroulement du récit mais il se révèle aussi parfois plus contemplatif pour s'arrêter sur telle ou telle curiosité ou élément de civilisation (voir le passage sur Stonehenge). On se divertit donc mais on s'instruit sans s'en rendre compte. Décidément, il y a des série qui méritent d'être découvertes et celle-ci en fait partie! Courez-y!

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samedi 4 février 2012

"Les Druides, vol 1, 2 et 3" de Lamontagne, Jigourel et Istin

d1L'histoire: Gwenc'hlan... 

Mon maître, celui vers qui se tournent toutes mes pensées maintenant, à l'heure où il me tarde de le rejoindre dans l'autre monde, là-bas, par-delà les brumes... Nous, druides, pensions à raison que l'écriture ne devait pas figer nos sciences, que nous devions les enseigner par la parole et non par l'encre. 

Mais vint le crépuscule des druides, et maintenant que nombre d'entre nous se sont convertis à la religion du dieu unique et que les autres ont disparu, il nous faut consigner par écrit ce qui sera perdu faute de bouche pour initier... Il apparaît fort louable que ceux qui restent, et dont je fais partie, transcrivent notre mémoire sur ce papier, si éphémère, mais qui demeure en ce jour notre seule possibilité de perdurer au travers des époques à venir... Mes souvenirs étreignent mon coeur, se changent en larmes et mes larmes se mêlent à l'encre... 

Gwenc'hlan... Mon maître... 

d2La critique de Mr K: On ne le dira jamais assez mais avoir de bons voisins c'est bien! Tinmar (le voisin donc) et sa douce m'ont offert pour mon anniversaire le volume 3 de la série des Druides. C'est donc l'occasion pour moi de vous en parler aujourd'hui en revenant sur les volumes 1 et 2 non chroniqués jusqu'alors (Hou la honte!). 

Avec cette série, on replonge dans la Bretagne des origines, dans les temps troubles où l'ancienne religion druidique est menacée par l'évangélisation chrétienne quasi forcée des populations. Tout débute par une série de meurtres rituels perpétrés sur des hommes d'Église. Tout porte à croire que les auteurs de ces méfaits sont des druides... mais les indices sont laissés bien en évidence et bien trop voyants pour être fortuits. Un ecclésiastique va donc décider de confier l'enquête à Gwenc'hlan, druide à la renommée fameuse et à la sagesse reconnue. Il est accompagné par son jeune apprenti qui sert durant la série de narrateur à ces événements aussi lointains que nébuleux. Au cours de ces trois premiers volumes, ils vont peu à peu découvrir qu'une machination impitoyable est en marche... 

J'ai adoré ce début de cycle. Pour commencer, elle est extrêmement bien documentée. On n'est pas dans la pseudo BD historique de base mais dans une œuvre qui a l'ambition de coller au plus près de la réalité historique aussi mystérieuse puisse-t-elle être. Le d3traitement de la religion animiste des druides est non caricaturale (voir le pitoyable film Brocéliande) et permet aux non-initiés de se faire une idée assez précise des anciens rites qui étaient pratiqués dans notre si belle région. Vous y rajoutez la touche de fantastique inhérente au monde des croyances occultes et cela vous donne un mélange détonnant. On retrouve aussi d'autres éléments de la culture druidique, notamment les fameux Oghams (signes religieux proches des runes nordiques) et des éléments de croyance dispensés par le maître à son apprenti (le respect de la nature, des autres être vivants, le panthéon des dieux anciens etc...). Un vrai régal pour tout amateur! 

Pour autant, cette BD a aussi pour but de divertir et de provoquer l'évasion intérieure de son lecteur. Loin d'être confronté à un pensum-repoussoir, le lecteur suit des faits relatés qui rejoignent la légende. Ainsi, à plusieurs reprise l'île d'Avalon est évoquée, à partir du volume 2, on se retrouve dans la ville d'Is, cadeau du légendaire roi de Quimper Gradlon à sa fille Dahut (Quel charme! Je m'en suis toujours pas remis!). Enfin, à travers le parcours de Taran, l'apprenti de Gwenc'hlan, on assiste à une belle aventure, un beau parcours d'apprentissage avec ses expériences diverses entre leçons de vie et mauvais moments à passer. 

Cette BD est très bien illustrée et l'on se surprend en la relisant à remarquer des détails qui nous ont échappé à la première lecture. La langue est admirable entre traditions ancestrales et modernité nécessaire pour rendre la BD plus accessible aux jeunes lecteurs. Les pages se tournent toutes seules et c'est tout dépité que j'ai refermé le tome 3. Heureusement, le voisin n'est pas loin et possède les tomes 4 et 5!

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