jeudi 14 juillet 2016

"Fournaise" de James Patrick Kelly

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L'histoire : La petite planète du Pois de Morobe a été vendue et son nouveau propriétaire a des idées particulières. Il l'a renommée Walden et la "simplicité volontaire" y est désormais la règle. Pour tous les colons embrassant la philosophie du retour à la terre selon Thoreau, cette planète a les moyens de devenir une véritable utopie. Mais les occupants précédents ne sont pas de cette opinion et, contre l'idéologie du dépouillement rurale, ils entendent défendre leur mode de vie - allant pour cela jusqu'à se transformer en torches suicides. Aux quatre coins de Walden, les nouvelles forêts se transforment en fournaises.

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui traînait dans ma PAL depuis plusieurs années et que Nelfe a exhumé lors d'un choix de livre SF. En effet, nos livres à lire étant assez nombreux (sic), il arrive que l'on demande à l'autre de choisir nos lectures à venir parmi une pré-sélection de trois livres du même genre. Nelfe a jeté son dévolu sur Fournaise de James Patrick Kelly... Mon bilan comme vous allez pouvoir le lire est assez mitigé et cette lecture ne restera pas dans les annales du Capharnaüm Éclairé.

Prosper Grégoire Leung (aka Spur) producteur de pommes et de cidre (est-il d'origine bretonne ?) est chargé avec sa brigade de combattre les feux allumés par les indigènes mécontents de la transformation de leur monde par des colonisateurs invasifs. On retrouve très vite notre héros à l'hôpital où il se remet d'une intervention compliquée où il a failli mourir. À l'occasion de cette période d'inactivité, il va remettre en cause nombre de choses dans sa vie. Tout d'abord son mariage qui n'est qu'un succédané et ne donne satisfaction à aucun des deux partis. Et puis, il y a cette impression récurrente que certains éléments sont cachés à la population, notamment la possibilité de communiquer avec les autres humains dispersés un peu partout dans l'espace. À la faveur d'une faille dans le système de communication, il va prendre contact avec des êtres étrangers au monde de Walden. Il va aller de révélations en révélations et sa vie va s'en voir changée.

Bien que rapide cette lecture s'est révélée plutôt décevante. La faute en priorité à une quatrième de couverture qui ne correspond pas vraiment au contenu. Là où je m'attendais à une variation autour de la notion d'utopie et de conquête de territoire (à la mode Avatar), l'auteur nous propose le parcours initiatique d'un jeune homme qui va découvrir la face cachée de la société qui l'a vu naître. On voit donc que très peu les mystérieux incendiaires et leur culture n'est qu'à peine ébauchée. On suit les atermoiements de Spur qui une fois sorti de l’hôpital va rencontrer d'autres humains puis rentrer chez lui retrouver son père et sa future ex-femme. Je n'ai pas trouvé le personnage principal plus attachant que cela et le rythme est lent, il ne se passe pas grand chose et honnêtement le livre se termine en eau de boudin !

Dommage car James Patrick Kelly a une écriture souple et abordable, caractérise bien ses personnages malgré un côté parfois ampoulé de certaines situations ou dialogues. L'univers était intéressant et nombre d'idées pertinentes, favorisant réflexion et immersion dans une belle utopie futuriste. Mais hélas, les ingrédients ne font pas tout, ici la mayonnaise ne prend jamais réellement et au final, j'ai plus eu l'impression de perdre mon temps qu'autre chose. Mauvaise pioche...

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mercredi 29 juin 2016

"Marionnettes humaines" de Robert Heinlein

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L'histoire : L'invasion a commencé en 2007 - sans que personne ne le sache. Les extraterrestres ont atterri en divers points stratégiques de l'Amérique du Nord, puis ils ont pris la tête des services de communications, du Gouvernement, de l'industrie. Personne n'a été capable d'endiguer cette invasion. Car les extraterrestres ont le pouvoir de contrôler les esprits. Seul Sam Cavanaugh, agent surentraîné œuvrant pour un des services secrets les plus puissants des Etats-Unis, peut encore stopper les envahisseurs. A condition d'accepter d'en payer le prix...

La critique de Mr K : Retour à l'âge d'or SF aujourd'hui avec un roman de Robert Heinlein, auteur culte chez les afficionados du genre mais qui m'avait quelque peu déçu avec son Étoiles, garde à vous que j'avais trouvé creux et décevant au regard de la virevoltante et thrash adaptation cinématographique de Verhoeven. Ayant apprécié son Histoire du futur dans mon adolescence, je ne pouvais rester sur ce goût de déception et à la faveur d'un chinage fructueux, je tombai sur cette histoire d'invasion extra-terrestre lorgnant clairement vers le cultissime b-movie L'Invasion des profanateurs. Au final, du rythme, une lecture rapide mais un sous-texte parfois nauséabond et vieillissant. Y a comme un malaise...

Écrit en 1951, Marionnettes humaines décrit l'année 2007 comme celle du grand remplacement. Pas celui, imaginé par quelques esprits complotistes dérangés à la mode sur le web mais une invasion de parasites extra-terrestres prenant possession des corps et des esprits. Ils transforment ainsi les humains en marionnettes entièrement téléguidées. Dotés d'une intelligence collectiviste (gare au communisme les gars !) et d'une capacité de reproduction par mitose très rapide, l'heure est grave. Heureusement la Section (organisme de renseignement US extrêmement secret) veille et Sam, leur meilleur agent va tout faire pour contrer le plan des aliens belliqueux. Y'a du coup pied au cul qui se perd, moi j'vous le dis !

Amusant de lire une histoire qui est censée s'être déroulée il y a 9 ans à travers le prisme d'une époque révolue : la Guerre froide ! Le rideau de fer n'est pas tombé et nombreux sont les clichés débités par les protagoniste américains du livre : les rouges sont encore l'objet de tous les fantasmes et peurs cristallisés par la bipolarisation du monde et cela donne de bons moments de comique involontaire. Malgré des avancées technologiques certaines et éparpillées discrètement au fil des pages (notamment en terme de médecine et de moyens de transport), il se dégage un charme désuet et une peinture plutôt rétro du monde. Ça agacera certains sans doute, perso j'ai adhéré. Sans doute la nostalgie a joué, je repensais durant ma lecture à la découverte de vieux illustrés de SF des années 60 que j'avais découvert par hasard dans une malle étant gamin...

J'ai aussi aimé tout ce qui appartient au domaine du background lié à l'invasion elle-même. Les phases de découverte et de réactions sont très bien menées, Heinlein excelle à décrire le sentiment de persécution, de paranoïa dans les foules face à un événement qu'on ne peut expliquer et qui semble inarrêtable. Prises de position du président, lois d'exceptions adoptées par nécessité et complètement ubuesques quand on pense au puritanisme ambiant aux USA à l'époque de l'écriture (l'injonction Tous à poil n'a jamais été aussi sérieuse que dans ce récit !) émaillent des péripéties nombreuses sous un rythme qui ne se ralentit jamais, accroche le lecteur et l'invite à suivre le combat à mener. Franchement, ça se lit vite, le style épuré et direct rend l'angle action / réaction très réussi. Mais cela ne suffit pas à faire un bon livre...

La déception apparaît assez rapidement. En effet, malgré des atours séduisants, les personnages ne restent que de vulgaires caricatures et s'avèrent peu ou pas du tout attachants. Je ferai une exception pour le chef de la Section qui aime souffler le chaud et le froid, manipule son petit monde et m'a électrisé par son sang froid et son cynisme. Par contre, que dire du héros qui s'avère être un ersatz de James Bond le charme en moins : misogyne, mélange improbable de bourrin de base et de romantique qui s'ignore (ces passages précis sont d'un ridicule sans nom). Il m'a littéralement ulcéré et ses réflexions sur la gente féminine sont vraiment abjectes. Pas de retournement de situation dans ce domaine ni de second degré à attendre. Heinlein, pour lui donner un pendant, lui adjoint Mary qui apparaît tout d'abord comme une super espionne, sexy et sûre d'elle. Mais laissez le charme opérer et elle ne devient qu'un faire-valoir tout bon qu'à pondre des marmots. A gerber ! Vous l'avez compris, on se croirait dans la série Mad men... mais après tout le livre date du début des années 50. Rajoutez à cela, un éloge final à la pugnacité et la violence du genre humain pour se faire respecter dans toute la galaxie et vous obtenez une morale douteuse et à mon sens fortement dérangeante. J'ai du mal à y voir encore une fois l'excuse du cynisme pensé et réfléchi pour dénoncer le va t'en guerre et l'impérialisme.

Je dois avouer que ce parti pris passéiste m'a agacé assez vite et même si j'ai lu Marionnettes humaines rapidement (2 jours et demi), il me reste un goût amer dans la bouche, celui de la déception. Finalement Heinlein n'est pas si incontournable que cela. Je lui donnerai une ultime chance avec un autre titre se trouvant dans ma PAL mais il va falloir qu'il assure car en deux lectures récentes (à un an intervalle tout de même), il est redescendu dans mon estime. Mais que voulez-vous, il y a des œuvres intemporelles et d'autres que les outrages du temps et l'évolution des mœurs égratignent...

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mercredi 1 juin 2016

"Le Temple du passé" de Stefan Wul

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L'histoire : Se trouver en perdition dans l'espace, c'est assez inquiétant. Atteindre un monde proche et sombrer dans un océan sans fond, c'est plus grave. Se perdre enfin dans un dédale incompréhensible et vivant, c'est catastrophique. Massir aura-t-il assez d'ingéniosité et de volonté pour s'en tirer ? Ou bien ses os pourriront-ils dans le temple du passé ?

La critique de Mr K : Retour à de la bonne SF des familles avec un ouvrage clairement à classer dans de la série B mais attention, de bonne qualité ! Roman polymorphe, Stefan Wul alterne ici huis clos, hard science et évocations poétiques à travers le destin de Massir, capitaine perdu dans l'espace qui cherche à tout prix à s'en sortir pour finir ses jours sur Terre.

L'action débute directement sans grande explication. La fusée de Massir et de ces deux compagnons survivants est égarée, échouée dans l'espace dans un endroit indéfinissable: vapeurs de chlore, parois organiques… très vite la piste d'un monstre gigantesque fait son chemin. Jonas des temps moderne, Massir va devoir tout mettre en œuvre pour réussir à sortir de cette prison de chair et tenter de s'échapper pour rentrer à la maison.

La première partie du roman s'apparente à un huis clos étouffant et fort bien mené. On découvre à travers quelques phrases bien tranchées le capitaine Massir, héros remarquable de sang froid, au caractère bien trempé et aux connaissances diverses semblant inépuisables. Enfermé dans le cercueil vivant qu'est devenu sa fusée, il va très vite retrouver Jolt, jeune médecin stagiaire qui va s'avérer très utile par la suite. Ils finiront aussi par découvrir Roan, un homme d'arme lui aussi prisonnier du vaisseau disloqué. Début d'exploration, interrogations, crises de désespoir, reprises en main rythment un roman qui démarre sur les chapeau de roue, faisant la part belle au survival et à l'introspection.

Puis, la révélation de la nature profonde de leur prison va faire basculer le récit tantôt dans la hard science (genre que je réprouve d'habitude car souvent lourd-dingue et sans âme) tantôt dans des passages plus oniriques mettant en scène les pensées intimes des humains ou de la créature cyclopéenne. L'aspect technique des développement du jeune Volt pour tenter de percer les mystères qui les entourent et repartir restent limités ce qui évite l'overdose de termes abscons et les flashback vers des épisodes douloureux comme mes cours de chimie en 5ème / 4ème. Les passages rêvés m'ont davantage plu et convaincu avec une sensibilité à fleur de peau et des descriptions d'une grande légèreté et beauté qui nous emportent loin de chez nous sur une planète bien inhospitalière, peuplée de créatures étranges.

Les relations tissées par le trio sont bien construites bien que la caractérisation soit courte. Très vite d'ailleurs, un personnage meurt et le duo survivant va devoir apprendre à se supporter pour ne pas tomber dans la folie qui guette à chaque espoir déçu. La tension devient sourde et épaisse, le dernier tiers du roman livrant un dernier axe de narration étonnant, parfois grand-guignolesque (bien que réussi, l'épisode avec les lézards rouges est haut en couleur) et un ultime chapitre glaçant bien que peu surprenant si l'on pratique régulièrement le genre. On ressort heureux de cette odyssée d'un genre nouveau, incertaine, à l'issue logique et porteuse de sens.

Le Temple du passé a été écrit en 1970. Clairement cela se sent, on n'écrit plus vraiment ainsi aujourd'hui. Écriture datée certes (certains vocables sont totalement inusités de nos jours) mais jamais rébarbative, le rythme soutenu de l'action pare aux désagrément de certains passages parfois too much. Cela n'enlève en rien aux qualités énumérées plus haut, ce livre n'étant finalement avant tout qu'un bon roman d'aventure SF à la lecture rapide et aux influences mêlées œuvrant pour le plaisir du spectateur. Ce n'est déjà pas mal, non ?

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samedi 14 mai 2016

"Métaquine" de François Rouiller

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L'histoire : Régis, dernier de la classe ne veut pas prendre de Métaquine® le médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Des millions d’enfants inadaptés bénéficient pourtant du traitement, au grand soulagements des profs et des parents. Mais Régis craint que la chimie dissolve le Duché, la contrée fabuleuse d’où son imagination tire châteaux, dinosaures et compagnons de jeu invisibles.
La mère du gamin s’est enfermée sous un casque de cybertox, son beau-père rumine des fantasme de tueur en feuilletant d’abjects magazines. Il n’y a guère qu’une voisine, neuropsy à la retraite, pour l’aider à défendre ses rêves. Ou peut-être, en ville,cette politicienne remuante qui milite contre la distribution de psychotropes à l’école.
Mais que peuvent deux idéalistes face à un géant pharmaceutique et aux milliards de son budget marketing, alors qu’on découvre à la Métaquine® des vertus toujours plus prometteuses et que la planète entière a déjà gobé la pilule ?

La critique de Mr K : Chronique d'un livre hors-norme aujourd'hui avec les deux volumes de Métaquine, premier roman de François Rouiller qui rentre d'entrée de jeu dans la cours des grands auteurs de SF en activité. Pharmacien de formation, grand amateur de SF, illustrateur, critique et désormais écrivain, il propose avec ce diptyque une plongée sans concession dans un futur proche inquiétant, reflet de nos propres errances contemporaines en matière de politique, d'économie et de rationalisation à tout crin. On ne ressort pas indemne d'une telle lecture et Métaquine marque un jalon essentiel de plus dans mes lectures SF. Quelle expérience!

Nous suivons essentiellement six personnages principaux. Un jeune garçon (Régis) qui refuse de prendre le fameux médicament miracle qui modifie le comportement et les capacités du patient. Pour l'aider il peut compter sur la vieille voisine (Sophie) ancienne neuropsychologue à la retraite qui suite aux révélations du garçon va réveiller son esprit critique. La mère de régis (Aurelia) est quant elle une cybertox totalement dépendante de son addiction au Simdom (réalité virtuelle à la Second life), elle cherche son nouveau moi dans cet univers virtuel qui l'a libérée de sa condition d'humaine. Son compagnon Henri veille sur son corps durant ses immersions de plus en plus prolongées, subvient au besoin de Régis aussi. Il commence depuis peu à psychoter de la cafetière, ses fantasmes étant peuplés de fusillades de masse, de meurtres à l'encontre des employés de la boîte où il travaille et de rêves de destruction. Nous suivons aussi une enseignante militante (Clotilde) candidate aux élections locales pour un parti marginal qui combat l'influence de la société Globantis sur les politiques d'éducation, pourvoyeuse de la Métaquine et qui en Curtis a trouvé le commercial idéal, charme et cynisme compris dans le paquetage. Chaque chapitre est l'occasion de changer de point de vue, faisant évoluer l'histoire à un rythme lent et implacable, accumulant indices, fausses pistes, divergences et convergences.

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Intercalés entre certains chapitres, un mystérieux lanceur d'alerte Ferdinand A. Glapier intervient sous forme de cours textes tirés de son blog. Il livre alors des éléments de réponse sur les forces en jeu, sur la notion de mass-média, de mensonge, de manipulation, de répartition des pouvoirs. Flirtant avec le conspirationnisme (tendance Mulder dans X-Files, on est loin de Soral je vous rassure!), il révèle les rouages du monde, comment il a évolué et les mécanismes qui l'animent: collusion du pouvoir avec les grands groupes industriels, manipulation des masses par la publicité et les grands médias qui servent la messe en continue, la dictature de l'égalitarisme et même l'asservissement à un psychotrope puissant de nos chères têtes blondes. Dire que nous sommes à l'aulne de ce type de monde n'est pas exagéré pour tout spectateur attentif à la société du spectacle qui s'étale devant mes yeux écœurés ces derniers temps (en vrac: Hanouna, l'enterrement de la gauche par le grand tout mou, l'émergence des réactionnaires de tout bord et la dérision de mise pour parler de mouvement alternatifs citoyens -Nuit debout en première ligne-, la démission des parents face à l'éducation de leurs mômes qui poussent n'importe comment, le virtuel et la technologie à tout va qui remplace l'humain et l'écoute…). Oui, Guy Debord avait vu juste et même plus encore. Ce livre est un peu à sa manière un bel hommage à son titre majeur, La société du spectacle, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Attendez vous à de la réflexion sans concession, en toute vérité, sans vernis ni adoucissant mais aussi sans exagération ni compromission. Homme, tu n'es qu'un homme et franchement ici, ce n'est pas rassurant!

L'aspect récit est lui aussi très réussi. L'histoire bien qu'avançant très lentement comme dit plus haut est d'une densité stupéfiante. Autour des six personnages principaux gravitent un certain nombre de personnages clefs qui provoquent des péripéties en pagaille et ne ménagent pas le lecteur. Le premier volume, Indications, prépare le terrain, installe la caractérisation des personnages et perce à jours des relations naissantes et anciennes. On s'attache directement à tous les protagonistes qui possède chacun leur part d'ombre et de mystère. Il faut savoir être patient car au départ, la dispersion des éléments peut se révéler troublante. J'ai pour ma part rajouté quelques micro-signets sur des passages clefs pour pouvoir y revenir plus tard. Surtout que l'on change vraiment d'optique dans la seconde partie (volume 2), Contre-indications, dans laquelle l'auteur opère un virage quasi mystique avec un monde en plein bouleversement, où les réalités se chevauchent et vont changer le monde connu à jamais. Bien barrée, cette partie flirte avec le mystique et le cyberpunk, ouvrant une fenêtre sur l'esprit humain, la communion des âmes et la règle inéluctable du changement. Je suis resté scotché par ce final totalement délirant mais néanmoins logique quand on remet en place les pistes ouvertes depuis plus de 800 pages.

Livre dense, livre somme, Métaquine est un bonheur renouvelé de lecture à chaque chapitre. L'écriture ambitieuse et exigeante n'en n'oublie pas le plaisir de lire car il reste accessible malgré tout, le lecteur navigue à vue, manipulé qu'il est par un auteur novateur d'une intelligence impressionnante dans la livraison des trames du récit et dans la profondeur des réflexions apportées (et que l'on peut poursuivre ensuite en compulsant le blog affilié à l'ouvrage).

Quelle claque mes amis! Ce ne sera que la deuxième de chez Atalante après le génialissime Futu.re! Pas de choix possible, pauvre lecteur! Tu aimes la SF? Tu trouves que quelque chose cloche dans l'évolution du monde actuel? Cours, va chercher bonheur dans ta meilleure librairie, lis Métaquine! Je vous garantis que vous me remercierez tant cette expérience est à la fois unique entre sensibilité et peinture visionnaire. Un must!

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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!


jeudi 28 avril 2016

"En remorquant Jéhovah" de James Morrow

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L'histoire : L'annonce en fut faite au capitaine Anthony Van Horne le jour de son cinquantième anniversaire. L'archange Gabriel se tenait devant lui, ailes lumineuses, auréole clignotante : "Dieu est mort. Il est mort et Il est tombé dans la mer".

Mission du capitaine : aux commandes du supertanker Valparaiso, remorquer le divin Corps (trois kilomètres de long) des eaux équatoriales jusqu'aux glaces de l'Arctique, pour Le préserver des requins et de la décomposition. Là-bas, sur la banquise, les anges Lui ont construit un tombeau…

Oui, mais ça n'arrange personne, cette histoire. Écologistes et féministes s'en mêlent. Le Vatican aimerait éviter toute publicité – on le comprend ! Bref, ils sont plus d'un à vouloir enterrer l'affaire, c'est-à-dire couler le Valparaiso… et sa précieuse cargaison!

La critique de Mr K : C'est le hasard d'un chinage (une fois de plus) qui a mis sur ma route un livre pas tout à fait comme les autres. Je connaissais l'auteur, James Morrow, de nom grâce à une vieille amie qui en son temps n'avait pas tari d'éloges sur Notre mère qui êtes aux cieux du même auteur narrant l'histoire d'une petite fille, progéniture de Dieu livrée à la vindicte des humains (je l'ai dans ma PAL, il ne fera pas de vieux os je pense!). On retrouve ici dans En remorquant Jéhovah le goût de l'auteur pour le savant mélange de SF et de religion avec cette histoire incroyable aux lourdes répercussions et interrogations sur le genre humain. Vous allez voir, ça dépote!

Rien que le thème déjà interpelle: la mort de Dieu! Pour plus de la moitié de la planète, ce serait une catastrophe épouvantable si ça venait à se savoir. Il n'en est rien dans ce livre car un petit groupe d'humains triés sur le volet sont au courant de cette vérité inouïe. La révélation leur en est faite par le biais des archanges qui se meurent à la suite du Créateur. Ils confient à un ex capitaine de supertanker une mission sacrée: celle de convoyer dans le grand Nord le Corpus Deo dans sa sépulture de glace. Il sera accompagné dans sa tâche par un prêtre jésuite cosmologue et un équipage au complet. Le voyage va être celui de tous les dangers: extérieurs car bien des lobbys et intérêts particuliers s'intéressent à la mystérieuse cargaison mais aussi intérieurs avec les doutes et questionnements qui assaillent les protagonistes cohabitant avec le cadavre du Démiurge…

Ce livre est d'abord un très bon roman d'aventure maritime. Je suis amateur du genre et James Morrow est un talentueux conteur pour narrer la vie à bord d'un navire. Rien ne nous est épargné des atermoiements de l'équipage, des fortunes de mer et des rebondissements techniques. On pourrait se dire que le cadre d'un pétrolier gigantesque a moins de charme qu'un trois mâts ou un paquebot, loin de là! Le voyage en est plus exotique, original et la nature même du bateau prend toute son importance au moment clef de l'intrigue. On ne s'ennuie pas une seconde et la tension devient vraiment palpable et saisissante aux deux tiers du récit quand les éléments contraires se déchaînent contre l'expédition, on s'accroche aux pages comme à la barre d'un navire en pleine tempête, sensations fortes garanties!

Les personnages quoiqu'un peu caricaturaux (pas de réelle surprise dans leur développement personnel, leurs fêlures et les éléments de résolution) sont attachants, en premier lieu desquels le capitaine Anthony Van Horne hanté par un manquement qui a changé à jamais sa carrière et ses rapports avec un père autant admiré que craint. Figure tragique par excellence, c'est un chemin de croix pour lui que ce voyage aux frontières avec le fantastique et ses limites personnelles. Gravite autour de lui une galerie de personnages aux destins contrariés et aux aspirations biens différentes que l'auteur traite avec détail et finesse pour nourrir un récit qui très vite décolle et atteint des sommets insoupçonnés. Il y a Cassie, naufragés involontaire, féministe acharnée fascinée par Anthony Von Horne, Oliver son athée intégriste de fiancé qui la recherche partout grâce à la fortune accumulée de son industriel de père, les cardinaux du Vatican obnubilés par le Pouvoir en place et les conséquences de la révélation au monde de la mort de Dieu, deux associés amateurs de reconstitutions de batailles de la Seconde Guerre mondiale grandeur-nature obsédés par la menace japonaise et tout une pléthore d'autres personnages que je vous laisse découvrir par vous-même lors de cette lecture.

Là où le livre frappe vraiment fort, c'est dans sa dimension spirituelle. Loin d'être un ouvrage évangélisateur ou moralisateur, il nous interroge clairement sur la nature de la divinité, sur la notion de croyance et d'espoir. On peut apprécier ce livre que l'on soit croyant ou non, il donne à réfléchir sur la nécessité pour l'homme d'imaginer ce qu'il y a ou non après la mort (cause principale à mes yeux de la création des religions). Sur la nature humaine, cet ouvrage est assez éclairant notamment sur la notion d'engagement mais aussi d'hybris qui peut conduire à l'extrémisme (et Dieu sait qu'en ce moment, cette notion est au centre de l'actualité mondiale). Une fois quelques termes techniques déminés, fiction et éléments de science des religions (mon dada lors de mes études d'Histoire) se mêlent pour apporter au lecteur plaisir et enrichissement dans un mélange digeste et vraiment humaniste.

J'ai adoré cette lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs du genre tant elle procure évasion et réflexion. Sachez qu'il s'agit du premier tome d'une trilogie mais que ce roman peut se lire en one-shot, vous n'avez donc aucune raison de ne pas vous laisser tenter!

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mercredi 20 avril 2016

"Hôpital nord" de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin

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L'histoire : Cette fois, ça y est ! Vous ne pouvez plus y échapper : il vous faut y aller. À L'HÔPITAL. L'hôpital ! Cet endroit lourd de terreurs secrètes et glacées, où l'on sait quand on entre, mais jamais quand on sort. Si on en sort. Que de bruits ne colporte-t-on pas, sur l'hôpital... Au sujet de Gabriel Chadenas, que l'on aurait opéré, et opéré encore, jusqu'à ce qu'il ne reste de lui que... Et de Mme Duprèze, la femme du patron de la morgue, qu'on n'aurait jamais revue. Et de la petite Frédérique, qui y aurait traversé un cauchemar de nuit et de brouillard. Et du mystérieux Debronkaert, malade introuvable qui serait bloqué dans un bloc opératoire entièrement automatisé... Sait-on vraiment ce qui se passe, à l'intérieur de l'énorme bloc cubique de L'HÔPITAL NORD ?

La critique de Mr K : C'est la couverture bien glauque et la quatrième de couverture nébuleuse qui m'ont de suite attiré. En effet, qui n'a pas passé un séjour horrible à l'hôpital? Étant quelque peu maso, j'achetai en seconde main le présent volume dans la double optique de retrouver un auteur apprécié (Andrevon qui s'entoure d'un comparse pour l'occasion) et l'envie d'être dérouté par un univers à priori complètement branque. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu!

Hôpital nord s'apparente à un recueil de nouvelles indépendantes toutes reliées cependant par un fil rouge: un mystérieux hôpital où il s'en passe de belles! Des patients disparaissent, d'autres sont traités alors qu'ils sont en parfaite santé, des portes ouvrent sur d'autres monde, des robots peuvent faire office de garde chiourme, les bébés peuvent être livrés à domicile et ceci par erreur (!), autant de petites histoires (11 en tout) décalées et dérangeantes qui conduisent le lecteur vers des territoires insoupçonnés et neufs d'un lieu que nous connaissons tous: l'hôpital!

En effet, on navigue constamment dans l'étrange à la manière des personnages principaux qui sont ballottés comme des fétus de paille, leur destin semblant leur échapper totalement. Les deux auteurs se plaisent à explorer ce lieux hanté par un fantastique moderne lorgnant vers la SF la plus pure sur certains récits. Nos fantasmes inavoués sur ce lieu clos médical explosent en plein jour entre peur, appréhension et parfois nécessité absolue de guérison. Les frissons sont au RDV ainsi qu'un humour noir saignant à souhait et saisissant. Certaines nouvelles retournent vraiment le cœur tant un fatum funeste plane au dessus de la tête de personnages profondément humains et vulnérables.

Puis, peu à peu l'ensemble gagne en cohérence, les textes se répondant les uns aux autres avec notamment l'évocation d'un certain Debronkaert que tout le monde cherche, la solution étant donné dans l'ultime texte. L'effet est confondant et fait passer cet ouvrage dans une autre dimension, celle des textes totalement maîtrisés, remarquablement construits qui amènent à réfléchir sur nombre de thématiques passées, actuelles ou à venir, le tout dans une langue abordable mais néanmoins précise, faisant la part belle à l'introspection et à la sidération face à des événements parfois vraiment délirants.

Une sacré bonne lecture à la fois rafraîchissante et étonnante bien que pessimiste dans le fond. Avis à tous les amateurs!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
Cauchemar... cauchemars !
- Gandahar

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lundi 4 avril 2016

"10 Cloverfield Lane" de Dan Trachtenberg

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L'histoire : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d'envergure. En l'absence de certitude, elle décide de s'échapper...

La critique Nelfesque : "10 Cloverfield Lane" est un film que nous sommes allés voir un peu à l'aveugle. La bande-annonce visionnée quelques jours avant donne envie, John Goodman (Walter forever) est au générique, l'affiche est top, c'est le Printemps du Cinéma ? Allez hop, on saute dans la voiture et on va se faire une toile. Moui, bon, heureusement que c'était 4€ la séance...

C'est dans un climat de huit-clos qui se veut angoissant que se déroulent les 1h45 de film. Michelle vient de quitter son copain et, la larme à l'oeil, a un accident de la route. Elle se réveille quelques temps plus tard dans une chambre spartiate, à même le sol et une perfusion dans le bras. Soit l'hôpital dans lequel elle se trouve a vu ses subventions coupées, soit elle a du mouron à se faire. Un rapide coup d'oeil vers sa jambe. Une chaîne la retient au mur de sa cellule. La seconde solution est sans doute la bonne !

Son "ravisseur-sauveur", John Goodman, est un homme étrange. Froid et paranoïaque, il prétend qu'une attaque chimique a eu lieu pendant sa convalescence. Que croire ? Ce qui semble évident ou un étranger solitaire et survivaliste ? Selon lui, il faudrait rester enfermer dans ce bunker pendant au moins 4 ans en attendant que les effets se dissipent à la surface. Peu à peu la tension monte chez Michelle et avec Emmett, également présent dans ce refuge souterrain, elle va monter un plan pour rejoindre la surface.

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Voici une histoire qui augurait du bon. Un thriller psychologique, huit clos oppressant où le spectateur doit démêler le vrai du faux n'est pas pour me déplaire. Malheureusement, la sauce ne prend pas et je n'ai pas vraiment ressenti quoi que ce soit pour les personnages du début à la fin du film. Qu'ils s'en sortent ou qu'ils crèvent dans d'atroces souffrances ne me faisait ni chaud ni froid. Zéro empathie pour Michelle, Emmett ou même Howard (aka Walter). Le temps passe, je ne trouve pas le film véritablement mauvais mais il manque la petite étincelle qui allume le coeur de la cinéphile que je suis.

Quand arrive la fin (oui déjà), mes yeux s'écarquillent, les bras m'en tombent et je me demande quelle drogue a pris le réalisateur... On tombe dans le grand n'importe nawak ! Le What The Fuck à l'état brut ! Michelle se transforme, c'est une putain de badass ! Pourquoi n'avons-nous pas pensé à elle plus tôt pour sauver la planète ou éradiquer la faim dans le monde !? Mais oui c'est ELLE notre sauveuse ! Un final qui frôle le ridicule (non en fait il s'y vautre tout à fait) et qui fait perdre toute crédibilité, déjà difficilement acquise, à l'ensemble.

"10 Cloverfield Lane" a une belle affiche (c'est déjà ça), une belle scénographie (un bunker aussi bien décoré moi je dis, ça se tente !) et un John Goodman inquiétant... Et c'est tout... Passez votre chemin, vous ne regretterez rien !

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La critique de Mr K : 2,5/6. Grosse déception avec un métrage qui ne tient vraiment pas ses promesses malgré une bande annonce plutôt prometteuse et la perspective de retrouver John Goodman (inoubliable Walter dans le cultissime The Big Lebowski des frères Coën) dans un rôle bien branque. Pour ma part la mayonnaise n'a jamais pris, le film étant cloué au sol par les clichés qui s'accumulent, un climax foireux et une fin what the fuck même pas surprenante et surtout moralisatrice! Seul iceberg surmontant cette demi bouse, Big John qui assure le service.

Pourtant, l'idée de départ est plutôt sympa, un survivaliste kidnappe une jeune femme et l'enferme dans un bunker en compagnie d'un autre gus. Il est persuadé que la fin du monde a été déclenché et qu'il leur a sauvé la peau. Goodman est assez impressionnant dans ce rôle tout en nuance qui ménage la chèvre et le chou, entre attirance et répulsion, clairvoyance et folie douce. Il sauve le film du naufrage définitif par son jeu fin qui égare à loisir le spectateur fasciné par ce colosse pas si solide que cela.

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Malheureusement, l'ambiance de claustration est très mal rendue. La faute à deux jeunes acteurs pas top top, une musique envahissante qui pourrit l'atmosphère avec des notes grandiloquentes qui court-circuitent l'ambiance glauque que le réalisateur souhaitait. Rajouter là dessus des clichés qu'on enfile comme des perles et vous obtenez un film sans surprise et finalement assez plat. Dommage car le décor quasi unique (les 3/4 du film se déroulent dans le bunker) est saisissant de réalisme, on y passerait presque un week-end entre potes (sans John Goodman quand même!). Mais voila, perso je me fichais complètement de ce qui pouvait arriver à Michelle, interchangeable avec nombre de figures héroïques féminines bien ricaines. Jolie, sensible mais à qui il ne faut pas la raconter et qui va finalement prendre les choses en main. À ce propos, la scène finale est assez risible tant on a l'impression qu'elle devient une Rambo des temps modernes.

La fin... Je m'y attendais comme je savais que ce film reprend l'univers abordé dans le film Cloverfield de 2008, found footage plutôt malin que j'avais apprécié sans pour autant crier au génie. Ici, la semi surprise vire rapidement au n'importe quoi avec des effets vus mille fois et ici inefficaces, on en montre un peu sans trop pousser pour accorder à l'ensemble une profondeur qui n'existe pas. La machine tourne à vide pour déboucher vers une fin absolument ringarde où un choix crucial s'offre à une Michelle épuisée mais guerrière et fière. J'ai failli en arracher mon siège tant on versait dans la morale à la Independance Day (Mon Dieu, la suite est pour cet été!).

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Vous l'avez compris, ce film est totalement dispensable sauf si vous êtes un(e) fan inconditionnel(le) de mister Goodman. Ça sent le ressucé et la bonne vieille propagande, la recette est éculée et on s'ennuie même par moment. Heureusement que c'était le Printemps du Cinéma et que nous avons payé nos places à un prix raisonnable...

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samedi 2 avril 2016

"L'Agence secrète" de Alper Canigüz

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L'histoire : Bien sûr, les clowns m'amusent toujours beaucoup. Même les clowns assassins qui débarquent d'une autre planète.

Musa, jeune rédacteur publicitaire désœuvré, se fait recruter par un bien curieux employeur: l'Agence Secrète. Au même moment, une certaine École du Bonheur Intergalactique ouvre ses portes dans l'immeuble où vit Musa avec Saban, son colocataire dévot féru de magazines érotiques. Cette École se révèle l'unique client de l'Agence secrète. Puis un des responsables de l'agence disparaît. Une odeur de bizarre qui va enflammer les fanatsmes conspirationnistes de Musa. Commence alors une sorte d'OSS 117 à Istanbul...

La critique de Mr K : Attention, petit chef d’œuvre littéraire délirant en vue avec cet ouvrage de l'auteur turc Alper Canigüz dont Nelfe vous avait déjà parlé lors de sa chronique de L'assassinat d'Hicabi Bey, un roman drôle et caustique qui l'invitait à voyager loin, très loin dans l'imaginaire d'un auteur qui l'avait fortement séduite. C'est avec son dernier né que je me laissai embarquer à mon tour grâce notamment à une quatrième de couverture bien barrée comme je les aime. Je n'ai vraiment pas été déçu!

Musa est depuis peu sans travail, il traîne sa langueur et son dépit quand une rencontre impromptue va lui ouvrir les portes d'une mystérieuse agence où il retrouve un poste de rédacteur. Mais voila… le travail qu'il occupe est bien nébuleux, peu de choses lui ont été dites sur la nature de son activité et ce que l'on attend de lui. Rajoutez là dessus une séduisante collègue qui lui fait du rentre dedans, un chat aux capacités télépathiques, une voisines parano obnubilée par sa tranquillité et ses chouchous de chiens, le goût immodéré du héros pour l'alcool, le prince Charles, Superman, un collègue bigot et amateur de belles filles, vous mélangez le tout et obtenez un ovni littéraire virevoltant, frappadingue et qui touche juste et fort!

On rit beaucoup durant toute la lecture de ce court roman de 245 pages. On enchaîne les situations cocasses ou absurdes, l'auteur nous confrontant vraiment à une matière neuve et inventive entre toute. Si vous aimez être surpris, vous allez êtes servis. Loin de se contenter de rester dans le même type comique, on alterne ici détails triviaux, cas ubuesques et personnages truculents. Les révélations sont nombreuses, souvent abracadabrantesques mais une fois que l'on a accepté de se laisser porter par le souffle tragi-comique de l'ensemble (oui des passages sont plus tristes aussi!), c'est le gage de passer des moments inoubliables et vraiment rafraîchissants. Personnellement, dès les 10 premières pages, j'étais conquis.

Il faut dire que cet auteur est très doué pour caractériser un personnage en quelques paragraphes et décrire une situation complexe en un nombre de pages record. Musa est de suite attachant ainsi que son ami Saban, ils forment un duo atypique que rien ne semblait prédisposer à réunir. Les personnages secondaires ne sont pas en reste et en très peu de temps, un microcosme plus qu'intriguant navigue devant nos yeux, finesse et détournements nombreux sont au RDV donnant à l'ensemble un parfum et un charme très particulier au goût d'inédit savoureux. Plus on avance dans le récit, plus l'absurde devient prégnant mais loin de décrédibiliser l'ensemble, il met encore plus en valeur personnages et écriture ciselée d'un auteur vraiment incroyable.

Mais ce livre n'est pas seulement qu'une énorme farce, ce serait bien trop réducteur de le cantonner dans cette dimension. L'Agence secrète provoque aussi de beaux moments d'émotions et de réflexions qui nous renvoient à nous-mêmes et à nos existences plus conventionnelles. J'ai été par exemple très touché par les description d'un amour naissant avec notamment une scène de coup de foudre d'une rare intensité entre grandiloquence et émoi intérieur profond, un passage sur l'amitié indéfectible qui lie les deux jeunes hommes ou encore le deuil d'une personne qui nous est chère. Ce livre est la garantie d'un voyage dans le grand train des émotions d'une vie humaine, beaucoup de rires donc mais aussi des larmes et des regrets. J'en suis ressorti tout retourné je dois bien l'avouer. Félicitons au passage la traductrice qui a fait un travail remarquable pour pouvoir rendre accessible ce livre unique et jubilatoire.

J'ai lu cet ouvrage en un temps record, impossible de relâcher le roman de Alper Canigüz tant il a une force narrative et immersive impressionnante. Très drôle, extrêmement fin dans son écriture et dans l'approche de ses personnages, ce livre est déjà un petit classique dans son genre, une friandise à déguster et re-déguster sans modération. Vous savez ce qu'il vous reste à faire!

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samedi 26 mars 2016

"Le Cycle de Tschaï" de Jack Vance

Jack Vance Tschaï

L'histoire : En découvrant la planète Tschaï, le vaisseau terrien Explorator IV est aussitôt détruit par un missile. Unique survivant de la catastrophe, Adam Reith va devoir affronter un monde baroque, violent et d'une beauté envoûtante. Un monde peuplé de quatre races extraterrestres: les belliqueux Chasch, les impénétrables Wankh, les farouches Dirdir et les mystérieux Pnume. Déjouer les traquenards, explorer les secrets des cités géantes, percer le mystère des hommes hybrides: autant d'étapes pour une extraordinaire odyssée, qui permettra peut-être à Reith de rentrer chez lui...

La critique de Mr K : Dépoussiérage de PAL avec cette tétralogie du Cycle de Tschaï de Jack Vance exhumée de mon stock perso où elle traînait sa peine depuis trop longtemps. Du même auteur, j'avais dévoré La Planète géante, bon roman de Space opéra où Vance faisait preuve d'une grande maîtrise en terme de création d'un univers et présentait un super récit d'aventure à l'ancienne. Je n'ai pas été dépaysé avec ce cycle qui présente les mêmes qualités et m'a fait passer un très bon moment de lecture.

Naufragé de l'espace, Adam Reith se retrouve plongé dans un monde très étrange. La planète Tschaï est bien différente de la Terre et il va devoir faire appel à toutes ses capacités d'adaptation pour pouvoir survivre et peut-être rentrer chez lui. Complètement démuni à son arrivée, confronté très tôt à l'adversité (sa navette d'exploration est détruite peu après son crash, son compagnon d'infortune exécuté devant ses yeux sans qu'il puisse intervenir). À travers les quatre tomes ici réunis, il va devoir explorer Tschaï, il sera aidé dans sa quête par deux êtres mis au ban de leurs sociétés respectives. Le récit se partage alors entre voyage exploratoire, quêtes insensées, projets d'évasion, entre-aide et traîtrises diverses. Impossible de s'ennuyer durant les 860 pages de ce volume.

On a affaire à un pur récit classique dans le Cycle de Tschaï de Vance. Si vous cherchez de la surprise, de l'originalité, passez votre chemin, vous risquez d'être déçu. C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on peut faire à cette entreprise. Notre héros est très bien sous tout rapport, il conjugue aptitudes physiques hors norme, intelligence pratique et diplomatique, morale à toute épreuve même sous la menace et esprit d'ouverture. Dit comme cela, on pourrait être rebuté. Mais il n'en est rien tant ce personnage 100% terrien (américain diront les mauvaises langues), sort du lot dans ce monde inconnu. Il déteint singulièrement par rapport aux us et coutumes en vigueur sur Tschaï, et ce qui paraît surfait et caricatural dans un livre de littérature plus classique permet ici de donner un point d'ancrage au lecteur se retrouvant à des millions d'années de ses certitudes et de ses références culturelles.

Dans sa tâche, Adam Reith est aidé par Anacho, un sous-homme Dirdir, et Traz, un exilé des steppes. Adam Reith partage avec eux un statut de paria, de marginal. L'incompréhension première va vite céder la place à la curiosité puis peu à peu à l'amitié. C'est un peu le syncrétisme de toute relation naissante entre des êtres différents que nous voyons se dérouler devant nous: dogmes et pensées aux références distinctes donnent lieu à des moments savoureux entre déconcertation et rapprochement. C'est assez finement mené par Jack Vance qui se révèle très psychologue et construit une relation vraiment spéciale et attachante entre ces trois larrons. Loin d'être un long fleuve tranquille, cette odyssée va mettre à l'épreuve leur nouvelle amitié, la fortifier à travers les épreuves. Cet aspect du roman est très réussi et accroche le lecteur.

Le gros point fort de cette saga réside dans le background, Jack Vance excelle dans la création d'une planète entière entre naturalisme, sociologie et géopolitique. Il fournit un ensemble cohérent, impressionnant de densité, immersif à souhait. On tremble vraiment à l'évocation des terribles dirdirs et leurs mœurs sauvage, on est fasciné par les mystérieux Wankh qui vivent reculés en dehors du monde, on est troublé et désorienté par la race troglodyte des Pnumes... On voyage donc énormément entre cités cosmopolites grouillantes et inquiétantes, vastes espaces vides où le danger est omniprésent, les forêts sacrées impénétrables, les mers oubliées peuplées de pirates, les zones de fouilles archéologiques aux mirages mirifiques... autant de lieux décrits avec précision qui assurent variété, intérêt et fascination au lecteur. On ne peut s'empêcher d'ailleurs de penser par moment à un roman de fantasy tant de lieux commun à ce genre sont présents dans cette tétralogie: les incontournables passages à l'auberge, les phases de marchandages, les scènes d'action et la technologie peu présente dans les pages sauf à des moments clefs. Il en résulte une impression étrange, une originalité de bon aloi qui encourage le lecteur à poursuivre sa découverte.

Ce fut donc une lecture très agréable malgré un côté fléché pour le lecteur vétéran du genre. Pas de souci pour autant en terme d'accroche tant l'auteur se plaît à explorer de multiples pistes et sait nourrir les attentes suscitées par sa trame principale. Quel talent déployé dans ce domaine et dans celui de la stylistique: la langue est très abordable mais d'une finesse bienvenue qui sort un récit classique de ses limites, les personnages sont choyés par leur créateur et les visions proposées saisissantes de réalisme. Une très bonne tétralogie qui ravira les amateurs de voyage et de SF à l'ancienne.

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