dimanche 4 septembre 2016

"Star trek : sans limites" de Justin Lin

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L'histoire : Une aventure toujours plus épique de l’USS Enterprise et de son audacieux équipage. L’équipe explore les confins inexplorés de l'espace, faisant face chacun, comme la Fédération toute entière, à une nouvelle menace.

La critique de Mr K : 4/6. C'est avec l'ami Yann que je suis allé la semaine dernière voir le dernier opus de la licence à succès Star Trek. Nelfe ne goûtant guère au space opera, elle n'est pas venue avec nous et ne chroniquera pas ce film. Pour ma part, j'ai passé un bon moment devant un film certes pas très original mais qui ne se prend pas trop au sérieux ce qui fait toute la différence avec les grosses machineries habituelles du style Independance day (que je n'ai pas vu et que je ne verrai pas d'ailleurs).

On retrouve donc l'équipage de l'Entreprise dans son exploration de l'espace. Après plus de quatre ans de vol ininterrompu, les voilà qui se posent sur une station spatiale de Starfleet du tout dernier cri. Mais ils n'ont pas le temps de se reposer qu'ils sont appelés à aller secourir un vaisseau perdu dans une mystérieuse constellation suite à la captation d'un signal de détresse. Très vite, ils se font attaquer par de mystérieux engins spatiaux et ils se retrouvent séparés les uns des autres sur une planète inhospitalière...

Je vous l'accorde le scénario est léger et ultra-classique. Ce n'est pas du Kubrick, du Tarkowski ou du Nolan, clairement Simon Pegg (acteur dans le film et surtout Shaun de l'énormissime Shaun of the dead) s'inspire de ce qu'il a pu aimer en SF pour écrire le troisième opus des nouvelles aventures de l'Entreprise. Malgré tout, on se prend au jeu grâce notamment aux personnages qui se renvoient la balle de manière jouissive. L'humour est omniprésent, dédramatise les péripéties et donne un bon bol d'air frais dans les productions SF qui ont tendance souvent à jouer la carte de la froideur et à militariser à outrance. Il détend largement l'atmosphère dans une salle conquise par le spectacle servi.

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Et quel spectacle ! Un déluge d'effets spéciaux vraiment bluffants (c'est de moins en moins surprenant, mais ça fait toujours son petit effet), des créatures diverses et variées, des paysages vraiment splendides et des technologies futuristes (notamment les vaisseaux spatiaux) que l'on explore et ré-explore à l'envie. Les amateurs adoreront notamment les séances de course-poursuite nombreuses et inventives en terme de mise en scène. On est vraiment plongé dans l'action (et dieu sait qu'il y en a dans le métrage) et on se prend à s'accrocher à son siège par moment. Musique efficace quoique commune sauf au moment clef de l'intrigue avec le super morceau Sabotage des Beastie Boy qui a fait se dresser les poils du dos du fan que je suis. Un pur moment de bonheur !

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On n'échappe pas par contre aux passages niaiseux obligés de ce genre de production avec des dialogues WTF par moment, le déroulé de bons sentiments à l'américaine (malgré une production en grande partie chinoise) mais le tout est bien emballé et le message humaniste général passe admirablement notamment l'acceptation des différences et le vivre ensemble que prône Starfleet. Pas de cynisme du tout, mais une naïveté générale touchante qui fait oublier le temps de deux heures notre monde de brutes qui part à vau-l'eau. Petit caméo au passage aussi pour Léonard Nimoy disparu l'année dernière et le jeune acteur d'origine russe présent au générique malgré sa tragique disparition au début de l'été. Les acteurs servent la soupe à la perfection avec une préférence marquée pour ma part pour Pegg, Urban et Pinto dont les personnages sont drôles et charismatiques.

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Star trek sans limites est un bon film de SF au final. Il n'invente rien mais recycle parfaitement les attentes du spectateur et offre un spectacle virevoltant, touchant et vraiment magnifique. Idéal pour se détendre et rêver quelque peu. C'est déjà beaucoup, non ?

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jeudi 18 août 2016

"Le Caillou rouge et autres contes" de Caza et Bazzoli

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Le contenu : Recueil d'oeuvres de jeunesse de Caza, rééditées en 1985.

La critique de Mr K : C'est béni des dieux que nous sommes revenus d'une expédition chinage à Périgueux cet été, rappelez-vous mon poste enthousiaste en retour de vacances. Parmi ces très belles trouvailles, il y avait cette BD de Caza et Bazzoli proposée à un prix défiant toute concurrence et dans un état de conservation plus qu'honorable. Il ne m'a pas fallu bien longtemps pour me plonger dedans et le moins que l'on puisse dire, c'est que j'ai été bien inspiré de me porter acquéreur de ce Caillou rouge et autres contes. Bon, je ne partais pas vraiment dans l'inconnu vu mon admiration pour Caza et son travail... Cet ouvrage propose une compilation de micro-récits parus dans Pilote ou totalement inédits. Pour l'inspiration, Caza a demandé à un ami de lui fournir des idées mais aussi quelques phrases en adéquation avec ses dessins. C'est François Bazzoli qui s'y colle avec un rare bonheur comme je vais vous l'expliquer.

On retrouve tout d'abord une série de cinq histoires numérotées portant le titre loufoque de Quand les costumes avaient des dents. Si vous ne le saviez pas, longtemps avant l'apparition des êtres humains, les costumes vivaient en paix et se retrouvaient confrontés à de sacrés problèmes comme des ceintures venimeuses, la nécessaire survie en milieu hostile, l'apparition d'une mystérieuse main constituée d'ombre, des concours de jeux de mots idiots (un de mes récits préférés) et même le pêché originel revisité par un Caza totalement branque pour le coup (superbe variation autour de la fable Les animaux malades de la peste de La Fontaine). Ces historiettes se rapprochent esthétiquement du film Yellow Submarine des Beatles (cultissime et à voir absolument !) et des animations de Terry Gilliams pour les Monty Python. On vire donc dans le psychédélisme le plus pur avec une beauté de toutes les cases et de toutes les pages qui nous font basculer définitivement dans une autre dimension. J'ai adoré les références et l'humour qui pullulent dans les dessins et mots composant cette hagiographie des costumes. Un pur délire qui fait mouche !

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S'ensuivent trois contes hystériques comme les auteurs se plaisent à les appeler. Tour à tour, on suit l'histoire d'une princesse très laide à la recherche de la beauté, d'une autre fille de roi enfermée car menacée par une funeste prédiction et un roi qui possède une poule pondant des romans à succès. On retrouve des éléments de contes bien connus que les auteurs s'amusent à détourner sans vergogne. N'escomptez pas de happy-end mais plutôt un sadisme hors pair pour maltraiter des personnages en mal de reconnaissance que le malheur et le destin rattrapent assez tôt. Le trait est ici plus léger (plus propre au Caza que je connais déjà) pour des récits aussi brefs que drôles pour tout amateur de bons pastiches mêlant références cultes et petites blagues bien senties. On passe là encore un bon moment !

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Vient ensuite un aparté littéraire avec une courte nouvelle de Bazzoli illustrée par Caza. Une dame âgée trouve une étrange créature qu'elle va adopter et ramener à son logis. Le temps va passer et le protégé ne fait que grandir. Les illustrations sont tops et la nouvelle bien menée quoique plutôt classique dans son déroulé. Une belle incartade qui n'est pas pour autant mémorable. On retrouve ensuite la BD pure avec l'histoire éponyme du recueil mettant en scène Caza lui-même trouvant un jour sur son chemin lors d'une ballade une étrange pierre rouge. Les jours s'enchainent et il faut se rendre à l'évidence, tout se teinte en rouge autour de lui. Mais quel est ce mystère ? La révélation finale est assez bluffante et drolatique. Les textes sont toujours aussi incisifs et évocateurs et les dessins très réussis. Une des meilleures historiettes du volume. Pour finir, deux pages d'un projet avorté par Caza autour d'un robot amoureux. Sa présence est plutôt anecdotique et ne ravira que les grands amateurs du maître...

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Au final, on passe un très bon moment quoiqu'un peu cours devant ce recueil d'oeuvres oubliées de Caza qui avec son compère propose des récits amusants, parfois philosophiques et d'une grande beauté formelle. Un incontournable pour tous les amateurs du dessinateur, de l'époque et de l'art psyché qu'elle a diffusé. Un petit bijou !

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mardi 19 juillet 2016

"Le Chaos final" de Norman Spinrad

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L'histoire : Beurk ! Voici Sangre la planète rouge : tortures - terreur – cannibalisme. Ouais ! Voilà Bart Fraden le libérateur : embuscades – rapines – victoire. La révolution est en marche. C'est ça le Chaos Final !

La critique de Mr K : Troisième roman dans l'ordre chronologique d'écriture de Norman Spinrad, ce Chaos final s'apparente beaucoup à Rêve de fer, un ouvrage qui m'avait fait forte impression à la confluence de la fascination et du dégoût. Je vous préviens de suite (mais je crois que la couverture de cette édition parle pour elle-même...), si vous entamez cette lecture c'est la promesse de massacres, tueries, étripailles, tortures, bains de sang par m3, hurlements, MEURS MEURS MEURS, stratégies, traîtrises, hyper-défonces, retours-sur-soi, amour, mort, carnages, pillages, cannibalisme, fanatisme, égocentrisme, cynisme... Un sacré programme donc entre SF, récit de guerre et théorisation de la Révolution.

Chassé du système solaire par une révolte globalisée, Bart Fraden, accompagné de ses deux fidèles compagnons, est à la recherche d'une nouvelle planète à conquérir. Le plan est simple : trouver une planète habitable, mener une révolution pour renverser le pouvoir en place et se dorer la pilule. Programme séduisant s'il en est et en plus la planète Sangre paraît parfaitement convenir : une société féodale basée sur la loi du plus fort qui écrase sans vergogne ses administrés qui acceptent une loi naturelle qui implique torture, séquestration et cannibalisme ! Tablant sur la volonté des plus humbles de se réveiller et de prendre le pouvoir, Bart va s'immiscer dans les arcanes du pouvoir pour tenter de comprendre la logique régnant sur Sangre et la faire basculer. Il n'est pas au bout de ses peines et il ne ressortira pas indemne de cette aventure.

En effet, la caste dirigeante de la planète, la Confrérie de la Souffrance, est composée d'un ramassis de sadiques ayant à leur botte une armée de bêtes à massacre (on se croirait dans Mad Max avec des tueurs aux dents limées et obsédés par le meurtre) et dont l'unique raison d'être est infliger un maximum de souffrance pour en retirer un maximum de plaisir. Leur régime alimentaire est basé exclusivement sur l'anthropophagie ! Des fermes élèvent les hommanimaux qui constituent les cheptels des puissants et la population ne vit que sous le fouet des seigneurs et la soumission totale au sacro-saint ordre mis en place. Cela donne lieu, vous l'imaginez, à des scènes d'une extrême cruauté, gore à souhait (j'avoue je suis amateur) mais aussi à de belles pages plus théoriques sur les notions d'asservissement et d’avilissement consenti. Franchement fascinant et effrayant.

341 pages compose cette édition et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on les sent passer ! Un peu à la manière d'Orange Mécanique, l'auteur fait appel à tout ce que l'homme peut faire et penser d'abject pour dénoncer nos travers. C'est d'ailleurs ce qui transforme ce qui ressemble au premier abord à une série B littéraire en expérience terrifiante entre spectacle dantesque (au sens propre cette fois-ci) et raisonnement sur les mécanismes du pouvoir. Il est question notamment de raison d'État, de propagation de rumeurs et l'utilisation de la propagande pour manipuler les esprits (y compris via des drogues puissantes et addictives), les amener à penser comme le héros pour mieux les utiliser par la suite. En cela, le héros est fort intéressant car clairement ambivalent. Il a un petit côté gentil vaurien à la Han Solo dans la première trilogie Star Wars qui m'a séduit avec un langage argotique fleuri et délirant. Et puis, il y a le côté sombre, calculateur et cynique de Bart Warden qui ressurgit à l’occasion lors des grandes prises de décision et notamment le passage terrifiant de son initiation en tant que membre à part entière de la confrérie de la souffrance. Il est le symbole à lui tout seul de notre égocentrisme et de notre propension à vouloir plus sans questionnement moral. Il ressort du livre totalement éprouvé, ébranlé sur ses bases et changé à jamais.

Pas grand chose en terme d'espoir à se mettre sous la dent, l'écriture virevoltante de Spinrad n'en laisse que quelques miettes au détour de passages plus intimes notamment entre Bart et Sophia, ersatz de Sonia La Rousse qui va lui faire connaître des joies insoupçonnées mais qui ne suffiront pas à lui faire fuir la réalité. A vouloir changer la planète Sangre, c'est peut-être elle qui l'a changé... La lecture bien qu'éprouvante est diablement prenante et propose un savant mélange entre aventure dans un monde apocalyptique et exploration des mécanismes régissant un régime totalitaire. Clairement, je ne lirais pas un ouvrage comme celui-ci tous les jours, mais c'est le genre de lecture que l'on peut qualifier à la fois de déviante et de constructive. Une pure expérience que les plus courageux d'entre vous tenteront peut-être...

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jeudi 14 juillet 2016

"Fournaise" de James Patrick Kelly

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L'histoire : La petite planète du Pois de Morobe a été vendue et son nouveau propriétaire a des idées particulières. Il l'a renommée Walden et la "simplicité volontaire" y est désormais la règle. Pour tous les colons embrassant la philosophie du retour à la terre selon Thoreau, cette planète a les moyens de devenir une véritable utopie. Mais les occupants précédents ne sont pas de cette opinion et, contre l'idéologie du dépouillement rurale, ils entendent défendre leur mode de vie - allant pour cela jusqu'à se transformer en torches suicides. Aux quatre coins de Walden, les nouvelles forêts se transforment en fournaises.

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui traînait dans ma PAL depuis plusieurs années et que Nelfe a exhumé lors d'un choix de livre SF. En effet, nos livres à lire étant assez nombreux (sic), il arrive que l'on demande à l'autre de choisir nos lectures à venir parmi une pré-sélection de trois livres du même genre. Nelfe a jeté son dévolu sur Fournaise de James Patrick Kelly... Mon bilan comme vous allez pouvoir le lire est assez mitigé et cette lecture ne restera pas dans les annales du Capharnaüm Éclairé.

Prosper Grégoire Leung (aka Spur) producteur de pommes et de cidre (est-il d'origine bretonne ?) est chargé avec sa brigade de combattre les feux allumés par les indigènes mécontents de la transformation de leur monde par des colonisateurs invasifs. On retrouve très vite notre héros à l'hôpital où il se remet d'une intervention compliquée où il a failli mourir. À l'occasion de cette période d'inactivité, il va remettre en cause nombre de choses dans sa vie. Tout d'abord son mariage qui n'est qu'un succédané et ne donne satisfaction à aucun des deux partis. Et puis, il y a cette impression récurrente que certains éléments sont cachés à la population, notamment la possibilité de communiquer avec les autres humains dispersés un peu partout dans l'espace. À la faveur d'une faille dans le système de communication, il va prendre contact avec des êtres étrangers au monde de Walden. Il va aller de révélations en révélations et sa vie va s'en voir changée.

Bien que rapide cette lecture s'est révélée plutôt décevante. La faute en priorité à une quatrième de couverture qui ne correspond pas vraiment au contenu. Là où je m'attendais à une variation autour de la notion d'utopie et de conquête de territoire (à la mode Avatar), l'auteur nous propose le parcours initiatique d'un jeune homme qui va découvrir la face cachée de la société qui l'a vu naître. On voit donc que très peu les mystérieux incendiaires et leur culture n'est qu'à peine ébauchée. On suit les atermoiements de Spur qui une fois sorti de l’hôpital va rencontrer d'autres humains puis rentrer chez lui retrouver son père et sa future ex-femme. Je n'ai pas trouvé le personnage principal plus attachant que cela et le rythme est lent, il ne se passe pas grand chose et honnêtement le livre se termine en eau de boudin !

Dommage car James Patrick Kelly a une écriture souple et abordable, caractérise bien ses personnages malgré un côté parfois ampoulé de certaines situations ou dialogues. L'univers était intéressant et nombre d'idées pertinentes, favorisant réflexion et immersion dans une belle utopie futuriste. Mais hélas, les ingrédients ne font pas tout, ici la mayonnaise ne prend jamais réellement et au final, j'ai plus eu l'impression de perdre mon temps qu'autre chose. Mauvaise pioche...

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mercredi 29 juin 2016

"Marionnettes humaines" de Robert Heinlein

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L'histoire : L'invasion a commencé en 2007 - sans que personne ne le sache. Les extraterrestres ont atterri en divers points stratégiques de l'Amérique du Nord, puis ils ont pris la tête des services de communications, du Gouvernement, de l'industrie. Personne n'a été capable d'endiguer cette invasion. Car les extraterrestres ont le pouvoir de contrôler les esprits. Seul Sam Cavanaugh, agent surentraîné œuvrant pour un des services secrets les plus puissants des Etats-Unis, peut encore stopper les envahisseurs. A condition d'accepter d'en payer le prix...

La critique de Mr K : Retour à l'âge d'or SF aujourd'hui avec un roman de Robert Heinlein, auteur culte chez les afficionados du genre mais qui m'avait quelque peu déçu avec son Étoiles, garde à vous que j'avais trouvé creux et décevant au regard de la virevoltante et thrash adaptation cinématographique de Verhoeven. Ayant apprécié son Histoire du futur dans mon adolescence, je ne pouvais rester sur ce goût de déception et à la faveur d'un chinage fructueux, je tombai sur cette histoire d'invasion extra-terrestre lorgnant clairement vers le cultissime b-movie L'Invasion des profanateurs. Au final, du rythme, une lecture rapide mais un sous-texte parfois nauséabond et vieillissant. Y a comme un malaise...

Écrit en 1951, Marionnettes humaines décrit l'année 2007 comme celle du grand remplacement. Pas celui, imaginé par quelques esprits complotistes dérangés à la mode sur le web mais une invasion de parasites extra-terrestres prenant possession des corps et des esprits. Ils transforment ainsi les humains en marionnettes entièrement téléguidées. Dotés d'une intelligence collectiviste (gare au communisme les gars !) et d'une capacité de reproduction par mitose très rapide, l'heure est grave. Heureusement la Section (organisme de renseignement US extrêmement secret) veille et Sam, leur meilleur agent va tout faire pour contrer le plan des aliens belliqueux. Y'a du coup pied au cul qui se perd, moi j'vous le dis !

Amusant de lire une histoire qui est censée s'être déroulée il y a 9 ans à travers le prisme d'une époque révolue : la Guerre froide ! Le rideau de fer n'est pas tombé et nombreux sont les clichés débités par les protagoniste américains du livre : les rouges sont encore l'objet de tous les fantasmes et peurs cristallisés par la bipolarisation du monde et cela donne de bons moments de comique involontaire. Malgré des avancées technologiques certaines et éparpillées discrètement au fil des pages (notamment en terme de médecine et de moyens de transport), il se dégage un charme désuet et une peinture plutôt rétro du monde. Ça agacera certains sans doute, perso j'ai adhéré. Sans doute la nostalgie a joué, je repensais durant ma lecture à la découverte de vieux illustrés de SF des années 60 que j'avais découvert par hasard dans une malle étant gamin...

J'ai aussi aimé tout ce qui appartient au domaine du background lié à l'invasion elle-même. Les phases de découverte et de réactions sont très bien menées, Heinlein excelle à décrire le sentiment de persécution, de paranoïa dans les foules face à un événement qu'on ne peut expliquer et qui semble inarrêtable. Prises de position du président, lois d'exceptions adoptées par nécessité et complètement ubuesques quand on pense au puritanisme ambiant aux USA à l'époque de l'écriture (l'injonction Tous à poil n'a jamais été aussi sérieuse que dans ce récit !) émaillent des péripéties nombreuses sous un rythme qui ne se ralentit jamais, accroche le lecteur et l'invite à suivre le combat à mener. Franchement, ça se lit vite, le style épuré et direct rend l'angle action / réaction très réussi. Mais cela ne suffit pas à faire un bon livre...

La déception apparaît assez rapidement. En effet, malgré des atours séduisants, les personnages ne restent que de vulgaires caricatures et s'avèrent peu ou pas du tout attachants. Je ferai une exception pour le chef de la Section qui aime souffler le chaud et le froid, manipule son petit monde et m'a électrisé par son sang froid et son cynisme. Par contre, que dire du héros qui s'avère être un ersatz de James Bond le charme en moins : misogyne, mélange improbable de bourrin de base et de romantique qui s'ignore (ces passages précis sont d'un ridicule sans nom). Il m'a littéralement ulcéré et ses réflexions sur la gente féminine sont vraiment abjectes. Pas de retournement de situation dans ce domaine ni de second degré à attendre. Heinlein, pour lui donner un pendant, lui adjoint Mary qui apparaît tout d'abord comme une super espionne, sexy et sûre d'elle. Mais laissez le charme opérer et elle ne devient qu'un faire-valoir tout bon qu'à pondre des marmots. A gerber ! Vous l'avez compris, on se croirait dans la série Mad men... mais après tout le livre date du début des années 50. Rajoutez à cela, un éloge final à la pugnacité et la violence du genre humain pour se faire respecter dans toute la galaxie et vous obtenez une morale douteuse et à mon sens fortement dérangeante. J'ai du mal à y voir encore une fois l'excuse du cynisme pensé et réfléchi pour dénoncer le va t'en guerre et l'impérialisme.

Je dois avouer que ce parti pris passéiste m'a agacé assez vite et même si j'ai lu Marionnettes humaines rapidement (2 jours et demi), il me reste un goût amer dans la bouche, celui de la déception. Finalement Heinlein n'est pas si incontournable que cela. Je lui donnerai une ultime chance avec un autre titre se trouvant dans ma PAL mais il va falloir qu'il assure car en deux lectures récentes (à un an intervalle tout de même), il est redescendu dans mon estime. Mais que voulez-vous, il y a des œuvres intemporelles et d'autres que les outrages du temps et l'évolution des mœurs égratignent...

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mercredi 1 juin 2016

"Le Temple du passé" de Stefan Wul

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L'histoire : Se trouver en perdition dans l'espace, c'est assez inquiétant. Atteindre un monde proche et sombrer dans un océan sans fond, c'est plus grave. Se perdre enfin dans un dédale incompréhensible et vivant, c'est catastrophique. Massir aura-t-il assez d'ingéniosité et de volonté pour s'en tirer ? Ou bien ses os pourriront-ils dans le temple du passé ?

La critique de Mr K : Retour à de la bonne SF des familles avec un ouvrage clairement à classer dans de la série B mais attention, de bonne qualité ! Roman polymorphe, Stefan Wul alterne ici huis clos, hard science et évocations poétiques à travers le destin de Massir, capitaine perdu dans l'espace qui cherche à tout prix à s'en sortir pour finir ses jours sur Terre.

L'action débute directement sans grande explication. La fusée de Massir et de ces deux compagnons survivants est égarée, échouée dans l'espace dans un endroit indéfinissable: vapeurs de chlore, parois organiques… très vite la piste d'un monstre gigantesque fait son chemin. Jonas des temps moderne, Massir va devoir tout mettre en œuvre pour réussir à sortir de cette prison de chair et tenter de s'échapper pour rentrer à la maison.

La première partie du roman s'apparente à un huis clos étouffant et fort bien mené. On découvre à travers quelques phrases bien tranchées le capitaine Massir, héros remarquable de sang froid, au caractère bien trempé et aux connaissances diverses semblant inépuisables. Enfermé dans le cercueil vivant qu'est devenu sa fusée, il va très vite retrouver Jolt, jeune médecin stagiaire qui va s'avérer très utile par la suite. Ils finiront aussi par découvrir Roan, un homme d'arme lui aussi prisonnier du vaisseau disloqué. Début d'exploration, interrogations, crises de désespoir, reprises en main rythment un roman qui démarre sur les chapeau de roue, faisant la part belle au survival et à l'introspection.

Puis, la révélation de la nature profonde de leur prison va faire basculer le récit tantôt dans la hard science (genre que je réprouve d'habitude car souvent lourd-dingue et sans âme) tantôt dans des passages plus oniriques mettant en scène les pensées intimes des humains ou de la créature cyclopéenne. L'aspect technique des développement du jeune Volt pour tenter de percer les mystères qui les entourent et repartir restent limités ce qui évite l'overdose de termes abscons et les flashback vers des épisodes douloureux comme mes cours de chimie en 5ème / 4ème. Les passages rêvés m'ont davantage plu et convaincu avec une sensibilité à fleur de peau et des descriptions d'une grande légèreté et beauté qui nous emportent loin de chez nous sur une planète bien inhospitalière, peuplée de créatures étranges.

Les relations tissées par le trio sont bien construites bien que la caractérisation soit courte. Très vite d'ailleurs, un personnage meurt et le duo survivant va devoir apprendre à se supporter pour ne pas tomber dans la folie qui guette à chaque espoir déçu. La tension devient sourde et épaisse, le dernier tiers du roman livrant un dernier axe de narration étonnant, parfois grand-guignolesque (bien que réussi, l'épisode avec les lézards rouges est haut en couleur) et un ultime chapitre glaçant bien que peu surprenant si l'on pratique régulièrement le genre. On ressort heureux de cette odyssée d'un genre nouveau, incertaine, à l'issue logique et porteuse de sens.

Le Temple du passé a été écrit en 1970. Clairement cela se sent, on n'écrit plus vraiment ainsi aujourd'hui. Écriture datée certes (certains vocables sont totalement inusités de nos jours) mais jamais rébarbative, le rythme soutenu de l'action pare aux désagrément de certains passages parfois too much. Cela n'enlève en rien aux qualités énumérées plus haut, ce livre n'étant finalement avant tout qu'un bon roman d'aventure SF à la lecture rapide et aux influences mêlées œuvrant pour le plaisir du spectateur. Ce n'est déjà pas mal, non ?

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samedi 14 mai 2016

"Métaquine" de François Rouiller

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L'histoire : Régis, dernier de la classe ne veut pas prendre de Métaquine® le médicament qui transforme les cancres en écoliers modèles. Des millions d’enfants inadaptés bénéficient pourtant du traitement, au grand soulagements des profs et des parents. Mais Régis craint que la chimie dissolve le Duché, la contrée fabuleuse d’où son imagination tire châteaux, dinosaures et compagnons de jeu invisibles.
La mère du gamin s’est enfermée sous un casque de cybertox, son beau-père rumine des fantasme de tueur en feuilletant d’abjects magazines. Il n’y a guère qu’une voisine, neuropsy à la retraite, pour l’aider à défendre ses rêves. Ou peut-être, en ville,cette politicienne remuante qui milite contre la distribution de psychotropes à l’école.
Mais que peuvent deux idéalistes face à un géant pharmaceutique et aux milliards de son budget marketing, alors qu’on découvre à la Métaquine® des vertus toujours plus prometteuses et que la planète entière a déjà gobé la pilule ?

La critique de Mr K : Chronique d'un livre hors-norme aujourd'hui avec les deux volumes de Métaquine, premier roman de François Rouiller qui rentre d'entrée de jeu dans la cours des grands auteurs de SF en activité. Pharmacien de formation, grand amateur de SF, illustrateur, critique et désormais écrivain, il propose avec ce diptyque une plongée sans concession dans un futur proche inquiétant, reflet de nos propres errances contemporaines en matière de politique, d'économie et de rationalisation à tout crin. On ne ressort pas indemne d'une telle lecture et Métaquine marque un jalon essentiel de plus dans mes lectures SF. Quelle expérience!

Nous suivons essentiellement six personnages principaux. Un jeune garçon (Régis) qui refuse de prendre le fameux médicament miracle qui modifie le comportement et les capacités du patient. Pour l'aider il peut compter sur la vieille voisine (Sophie) ancienne neuropsychologue à la retraite qui suite aux révélations du garçon va réveiller son esprit critique. La mère de régis (Aurelia) est quant elle une cybertox totalement dépendante de son addiction au Simdom (réalité virtuelle à la Second life), elle cherche son nouveau moi dans cet univers virtuel qui l'a libérée de sa condition d'humaine. Son compagnon Henri veille sur son corps durant ses immersions de plus en plus prolongées, subvient au besoin de Régis aussi. Il commence depuis peu à psychoter de la cafetière, ses fantasmes étant peuplés de fusillades de masse, de meurtres à l'encontre des employés de la boîte où il travaille et de rêves de destruction. Nous suivons aussi une enseignante militante (Clotilde) candidate aux élections locales pour un parti marginal qui combat l'influence de la société Globantis sur les politiques d'éducation, pourvoyeuse de la Métaquine et qui en Curtis a trouvé le commercial idéal, charme et cynisme compris dans le paquetage. Chaque chapitre est l'occasion de changer de point de vue, faisant évoluer l'histoire à un rythme lent et implacable, accumulant indices, fausses pistes, divergences et convergences.

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Intercalés entre certains chapitres, un mystérieux lanceur d'alerte Ferdinand A. Glapier intervient sous forme de cours textes tirés de son blog. Il livre alors des éléments de réponse sur les forces en jeu, sur la notion de mass-média, de mensonge, de manipulation, de répartition des pouvoirs. Flirtant avec le conspirationnisme (tendance Mulder dans X-Files, on est loin de Soral je vous rassure!), il révèle les rouages du monde, comment il a évolué et les mécanismes qui l'animent: collusion du pouvoir avec les grands groupes industriels, manipulation des masses par la publicité et les grands médias qui servent la messe en continue, la dictature de l'égalitarisme et même l'asservissement à un psychotrope puissant de nos chères têtes blondes. Dire que nous sommes à l'aulne de ce type de monde n'est pas exagéré pour tout spectateur attentif à la société du spectacle qui s'étale devant mes yeux écœurés ces derniers temps (en vrac: Hanouna, l'enterrement de la gauche par le grand tout mou, l'émergence des réactionnaires de tout bord et la dérision de mise pour parler de mouvement alternatifs citoyens -Nuit debout en première ligne-, la démission des parents face à l'éducation de leurs mômes qui poussent n'importe comment, le virtuel et la technologie à tout va qui remplace l'humain et l'écoute…). Oui, Guy Debord avait vu juste et même plus encore. Ce livre est un peu à sa manière un bel hommage à son titre majeur, La société du spectacle, un des meilleurs livres que j'ai jamais lu. Attendez vous à de la réflexion sans concession, en toute vérité, sans vernis ni adoucissant mais aussi sans exagération ni compromission. Homme, tu n'es qu'un homme et franchement ici, ce n'est pas rassurant!

L'aspect récit est lui aussi très réussi. L'histoire bien qu'avançant très lentement comme dit plus haut est d'une densité stupéfiante. Autour des six personnages principaux gravitent un certain nombre de personnages clefs qui provoquent des péripéties en pagaille et ne ménagent pas le lecteur. Le premier volume, Indications, prépare le terrain, installe la caractérisation des personnages et perce à jours des relations naissantes et anciennes. On s'attache directement à tous les protagonistes qui possède chacun leur part d'ombre et de mystère. Il faut savoir être patient car au départ, la dispersion des éléments peut se révéler troublante. J'ai pour ma part rajouté quelques micro-signets sur des passages clefs pour pouvoir y revenir plus tard. Surtout que l'on change vraiment d'optique dans la seconde partie (volume 2), Contre-indications, dans laquelle l'auteur opère un virage quasi mystique avec un monde en plein bouleversement, où les réalités se chevauchent et vont changer le monde connu à jamais. Bien barrée, cette partie flirte avec le mystique et le cyberpunk, ouvrant une fenêtre sur l'esprit humain, la communion des âmes et la règle inéluctable du changement. Je suis resté scotché par ce final totalement délirant mais néanmoins logique quand on remet en place les pistes ouvertes depuis plus de 800 pages.

Livre dense, livre somme, Métaquine est un bonheur renouvelé de lecture à chaque chapitre. L'écriture ambitieuse et exigeante n'en n'oublie pas le plaisir de lire car il reste accessible malgré tout, le lecteur navigue à vue, manipulé qu'il est par un auteur novateur d'une intelligence impressionnante dans la livraison des trames du récit et dans la profondeur des réflexions apportées (et que l'on peut poursuivre ensuite en compulsant le blog affilié à l'ouvrage).

Quelle claque mes amis! Ce ne sera que la deuxième de chez Atalante après le génialissime Futu.re! Pas de choix possible, pauvre lecteur! Tu aimes la SF? Tu trouves que quelque chose cloche dans l'évolution du monde actuel? Cours, va chercher bonheur dans ta meilleure librairie, lis Métaquine! Je vous garantis que vous me remercierez tant cette expérience est à la fois unique entre sensibilité et peinture visionnaire. Un must!

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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

jeudi 28 avril 2016

"En remorquant Jéhovah" de James Morrow

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L'histoire : L'annonce en fut faite au capitaine Anthony Van Horne le jour de son cinquantième anniversaire. L'archange Gabriel se tenait devant lui, ailes lumineuses, auréole clignotante : "Dieu est mort. Il est mort et Il est tombé dans la mer".

Mission du capitaine : aux commandes du supertanker Valparaiso, remorquer le divin Corps (trois kilomètres de long) des eaux équatoriales jusqu'aux glaces de l'Arctique, pour Le préserver des requins et de la décomposition. Là-bas, sur la banquise, les anges Lui ont construit un tombeau…

Oui, mais ça n'arrange personne, cette histoire. Écologistes et féministes s'en mêlent. Le Vatican aimerait éviter toute publicité – on le comprend ! Bref, ils sont plus d'un à vouloir enterrer l'affaire, c'est-à-dire couler le Valparaiso… et sa précieuse cargaison!

La critique de Mr K : C'est le hasard d'un chinage (une fois de plus) qui a mis sur ma route un livre pas tout à fait comme les autres. Je connaissais l'auteur, James Morrow, de nom grâce à une vieille amie qui en son temps n'avait pas tari d'éloges sur Notre mère qui êtes aux cieux du même auteur narrant l'histoire d'une petite fille, progéniture de Dieu livrée à la vindicte des humains (je l'ai dans ma PAL, il ne fera pas de vieux os je pense!). On retrouve ici dans En remorquant Jéhovah le goût de l'auteur pour le savant mélange de SF et de religion avec cette histoire incroyable aux lourdes répercussions et interrogations sur le genre humain. Vous allez voir, ça dépote!

Rien que le thème déjà interpelle: la mort de Dieu! Pour plus de la moitié de la planète, ce serait une catastrophe épouvantable si ça venait à se savoir. Il n'en est rien dans ce livre car un petit groupe d'humains triés sur le volet sont au courant de cette vérité inouïe. La révélation leur en est faite par le biais des archanges qui se meurent à la suite du Créateur. Ils confient à un ex capitaine de supertanker une mission sacrée: celle de convoyer dans le grand Nord le Corpus Deo dans sa sépulture de glace. Il sera accompagné dans sa tâche par un prêtre jésuite cosmologue et un équipage au complet. Le voyage va être celui de tous les dangers: extérieurs car bien des lobbys et intérêts particuliers s'intéressent à la mystérieuse cargaison mais aussi intérieurs avec les doutes et questionnements qui assaillent les protagonistes cohabitant avec le cadavre du Démiurge…

Ce livre est d'abord un très bon roman d'aventure maritime. Je suis amateur du genre et James Morrow est un talentueux conteur pour narrer la vie à bord d'un navire. Rien ne nous est épargné des atermoiements de l'équipage, des fortunes de mer et des rebondissements techniques. On pourrait se dire que le cadre d'un pétrolier gigantesque a moins de charme qu'un trois mâts ou un paquebot, loin de là! Le voyage en est plus exotique, original et la nature même du bateau prend toute son importance au moment clef de l'intrigue. On ne s'ennuie pas une seconde et la tension devient vraiment palpable et saisissante aux deux tiers du récit quand les éléments contraires se déchaînent contre l'expédition, on s'accroche aux pages comme à la barre d'un navire en pleine tempête, sensations fortes garanties!

Les personnages quoiqu'un peu caricaturaux (pas de réelle surprise dans leur développement personnel, leurs fêlures et les éléments de résolution) sont attachants, en premier lieu desquels le capitaine Anthony Van Horne hanté par un manquement qui a changé à jamais sa carrière et ses rapports avec un père autant admiré que craint. Figure tragique par excellence, c'est un chemin de croix pour lui que ce voyage aux frontières avec le fantastique et ses limites personnelles. Gravite autour de lui une galerie de personnages aux destins contrariés et aux aspirations biens différentes que l'auteur traite avec détail et finesse pour nourrir un récit qui très vite décolle et atteint des sommets insoupçonnés. Il y a Cassie, naufragés involontaire, féministe acharnée fascinée par Anthony Von Horne, Oliver son athée intégriste de fiancé qui la recherche partout grâce à la fortune accumulée de son industriel de père, les cardinaux du Vatican obnubilés par le Pouvoir en place et les conséquences de la révélation au monde de la mort de Dieu, deux associés amateurs de reconstitutions de batailles de la Seconde Guerre mondiale grandeur-nature obsédés par la menace japonaise et tout une pléthore d'autres personnages que je vous laisse découvrir par vous-même lors de cette lecture.

Là où le livre frappe vraiment fort, c'est dans sa dimension spirituelle. Loin d'être un ouvrage évangélisateur ou moralisateur, il nous interroge clairement sur la nature de la divinité, sur la notion de croyance et d'espoir. On peut apprécier ce livre que l'on soit croyant ou non, il donne à réfléchir sur la nécessité pour l'homme d'imaginer ce qu'il y a ou non après la mort (cause principale à mes yeux de la création des religions). Sur la nature humaine, cet ouvrage est assez éclairant notamment sur la notion d'engagement mais aussi d'hybris qui peut conduire à l'extrémisme (et Dieu sait qu'en ce moment, cette notion est au centre de l'actualité mondiale). Une fois quelques termes techniques déminés, fiction et éléments de science des religions (mon dada lors de mes études d'Histoire) se mêlent pour apporter au lecteur plaisir et enrichissement dans un mélange digeste et vraiment humaniste.

J'ai adoré cette lecture que je ne peux que conseiller aux amateurs du genre tant elle procure évasion et réflexion. Sachez qu'il s'agit du premier tome d'une trilogie mais que ce roman peut se lire en one-shot, vous n'avez donc aucune raison de ne pas vous laisser tenter!

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mercredi 20 avril 2016

"Hôpital nord" de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin

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L'histoire : Cette fois, ça y est ! Vous ne pouvez plus y échapper : il vous faut y aller. À L'HÔPITAL. L'hôpital ! Cet endroit lourd de terreurs secrètes et glacées, où l'on sait quand on entre, mais jamais quand on sort. Si on en sort. Que de bruits ne colporte-t-on pas, sur l'hôpital... Au sujet de Gabriel Chadenas, que l'on aurait opéré, et opéré encore, jusqu'à ce qu'il ne reste de lui que... Et de Mme Duprèze, la femme du patron de la morgue, qu'on n'aurait jamais revue. Et de la petite Frédérique, qui y aurait traversé un cauchemar de nuit et de brouillard. Et du mystérieux Debronkaert, malade introuvable qui serait bloqué dans un bloc opératoire entièrement automatisé... Sait-on vraiment ce qui se passe, à l'intérieur de l'énorme bloc cubique de L'HÔPITAL NORD ?

La critique de Mr K : C'est la couverture bien glauque et la quatrième de couverture nébuleuse qui m'ont de suite attiré. En effet, qui n'a pas passé un séjour horrible à l'hôpital? Étant quelque peu maso, j'achetai en seconde main le présent volume dans la double optique de retrouver un auteur apprécié (Andrevon qui s'entoure d'un comparse pour l'occasion) et l'envie d'être dérouté par un univers à priori complètement branque. Le moins que l'on puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu!

Hôpital nord s'apparente à un recueil de nouvelles indépendantes toutes reliées cependant par un fil rouge: un mystérieux hôpital où il s'en passe de belles! Des patients disparaissent, d'autres sont traités alors qu'ils sont en parfaite santé, des portes ouvrent sur d'autres monde, des robots peuvent faire office de garde chiourme, les bébés peuvent être livrés à domicile et ceci par erreur (!), autant de petites histoires (11 en tout) décalées et dérangeantes qui conduisent le lecteur vers des territoires insoupçonnés et neufs d'un lieu que nous connaissons tous: l'hôpital!

En effet, on navigue constamment dans l'étrange à la manière des personnages principaux qui sont ballottés comme des fétus de paille, leur destin semblant leur échapper totalement. Les deux auteurs se plaisent à explorer ce lieux hanté par un fantastique moderne lorgnant vers la SF la plus pure sur certains récits. Nos fantasmes inavoués sur ce lieu clos médical explosent en plein jour entre peur, appréhension et parfois nécessité absolue de guérison. Les frissons sont au RDV ainsi qu'un humour noir saignant à souhait et saisissant. Certaines nouvelles retournent vraiment le cœur tant un fatum funeste plane au dessus de la tête de personnages profondément humains et vulnérables.

Puis, peu à peu l'ensemble gagne en cohérence, les textes se répondant les uns aux autres avec notamment l'évocation d'un certain Debronkaert que tout le monde cherche, la solution étant donné dans l'ultime texte. L'effet est confondant et fait passer cet ouvrage dans une autre dimension, celle des textes totalement maîtrisés, remarquablement construits qui amènent à réfléchir sur nombre de thématiques passées, actuelles ou à venir, le tout dans une langue abordable mais néanmoins précise, faisant la part belle à l'introspection et à la sidération face à des événements parfois vraiment délirants.

Une sacré bonne lecture à la fois rafraîchissante et étonnante bien que pessimiste dans le fond. Avis à tous les amateurs!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
Cauchemar... cauchemars !
- Gandahar

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