mercredi 30 novembre 2016

"Virus L.I.V.3 ou la mort des livres" de Christian Grenier

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L’histoire : "Délivrez-nous des livres !". Face à la tyrannie des Lettrés qui ont interdit tous les ordinateurs au profit du livre, les Zappeurs ont trouvé un moyen radical de ramener l’image au cœur de la vie. Leur arme ? Un virus diabolique, qui efface les mots des livres à mesure qu’ils sont lus et transporte le lecteur à l’intérieur des pages. Allis, une jeune fille favorable aux technologies modernes, représente la dernière carte des Lettrés : elle seule est capable d’identifier l’inventeur du virus et de trouver un antidote.

La critique de Mr K : Je vous ai dit sur mon IG il y a quelques temps que j’avais eu la bonne surprise en début d’année scolaire de trouver dans mon casier de boulot deux ouvrages de SF tout droit sortis du fond du CDI. Virus L.I.V. 3 ou la mort des livres de Christian Grenier en faisait partie et le pitch de base m’a interpellé. Il est plutôt rare en effet que les lettrés tiennent la première place dans une autocratie ou une dictature. De plus, ça fait un petit bout de temps que je n’ai pas fait une incartade en littérature-jeunesse, le prochain sera le dernier Harry Potter que je lirai pendant la période de Noël (et que Nelfe a déjà lu).

Ici l’action se déroule en France à la fin du XXIème siècle. C’est une oligarchie de lettrés qui règne en maître sur la société. Tous les citoyens doivent absolument lire à certaines heures, la lecture est devenue un devoir et les écrans de toute sorte ont été bannis. Les adeptes des nouvelles technologies ont été marginalisés et refoulés en dehors de la capitale dans des zones de non-droit où ils survivent comme ils peuvent. Comme souvent, l’utopie de base a cédé la place à la tyrannie et l’injustice.

Allis, notre héroïne est une écrivaine en devenir qui vient tout juste d’être élue à l’académie des lettres qui dirige le pays. Dès son arrivée, ses confrères lui parlent d’un mystérieux virus (L.I.V.3) venu des confins de Paris et qui efface les mots que l’on est en train de lire. À plus ou moins longue échéance, c’est l’objet livre et le plaisir de lecture qui risquent de disparaître. L’ennemi est tout désigné, le mal a été créé chez les zappeurs, ces êtres qui n’ont jamais abandonné leur goût impie pour les écrans et ont créé cette monstruosité pour prendre leur revanche. Allis va se voir charger de la délicate mission de découvrir l’identité du créateur du virus et ses objectifs. Sa quête va mettre à mal ses certitudes et lever le voile sur des vérités cachées qui ne sont pas forcément agréables à entendre...

On est clairement ici dans la SF pour jeunes. Si vous êtes habitués au genre ou que votre enfant en a déjà dévoré pas mal, passez votre chemin car le récit proposé ici, bien qu’efficace et bien mené, est très balisé. Il faut comprendre par là qu’il n’y a pas de réelle surprise pour le connaisseur mais par contre, les aventures d’Allis raviront celles et ceux qui veulent s’essayer à la SF pour la première fois. L’auteur balaie beaucoup de thématiques du genre et propose une œuvre synthétique qui donnera sans doute l’envie de continuer l’exploration de la galaxie SF en littérature. On retrouve pêle-mêle la traditionnelle opposition entre les anciens et les modernes (ici autour de l’objet-livre), le modèle d’une société dictatoriale dépassée par des éléments incontrôlables qui vont frapper au cœur des idéaux prônés par l’autorité, la technologie fantasmée au travers de quelques passages (cybernétique appliquée à l’être humain, les réseaux virtuels...).

Pour un lecteur confirmé, il ne faut pas plus de deux heures pour en venir à bout. Malgré le balisage énoncé plus haut, on se prend au jeu et on accompagne le sourire aux lèvres cette jeune fille courageuse qui se révèle être la clef consensuelle qui pourrait résoudre tous les maux. Sa particularité physique lui ajoute une aura particulière (son handicap est important mais ne l’empêche pas de vivre) et le personnage est d’une fraîcheur revigorante. L’écriture est très accessible et souple, elle privilégie les dialogues et ne s’appesantit pas sur les descriptions de lieux et de personnes. Je trouve cela légèrement dommage tant mon imagination se serait encore plus nourrie de quelques détails supplémentaires. Pour autant, pas de réelle frustration, n’oublions pas que ce livre se destine avant tout aux plus jeunes.

Au final, un bon moment de lecture qui a le mérite de se lire très vite et accrochera sans aucun doute les marmots et les lecteurs occasionnels : c’est simple, finaud et bien mené sans temps morts. À tenter si le cœur vous en dit !

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mercredi 23 novembre 2016

"La Compagnie des glaces" tomes 1 et 2 de G.J. Arnaud

La Compagnie des glaces T1 et 2

L’histoire : Une nouvelle ère glaciaire s’est abattue sur la Terre. La planète toute entière est recouverte d’une épaisse couche de glace.
Heureusement, les Compagnies ferroviaires ont développé un immense réseau de voies ferrées, sur lesquelles se presse ce qu’il reste d’une humanité frigorifiée... et soumise.
Pour ne pas perdre leurs pouvoirs, les Compagnies interdisent tout progrès qui permettrait à l’humanité de se passer du rail.
Et malheur à ceux qui, comme Lien Rag, tentent de défier leur autorité !
Pourchassé par les Compagnies, encerclé par une nature hostile, il est pourtant bien décidé à libérer l’humanité de l’existence misérable dans laquelle elle est maintenue...

La critique de Mr K : Une sacrée découverte aujourd’hui avec cette réédition toute récente de la saga de La Compagnie des glaces de G.J Arnaud qui a l’origine compte 98 volumes ! Les deux premiers sont réunis en un seul ouvrage ici et la maison d’édition French Pulp compte en sortir deux autres courant 2017 dans leur toute nouvelle offre papier. Il y a du boulot car l’auteur a été prolifique sur cette série et rappelons qu’au total, il a écrit plus de 400 romans dans des genres tout à fait différents comme l’anticipation, le policier et même l’érotisme (avec une variation incroyable de pseudos !). Mais qu’en est-il de cette fameuse Compagnie des glaces ?

Une nouvelle ère glaciaire a débuté sur Terre, suite à l’explosion de la Lune et l’agglomération de ces débris autour de la surface de la planète. Les rayons du Soleil ne percent plus à la surface et un refroidissement terrible s’est installé durablement, la glace a recouvert les terres enterrant les civilisations et facilitant l’émergence de nouvelles puissances : les compagnies ferroviaires. Celles-ci dirigent le monde d’une main de fer dans un nouvel ordre mondial où une classe privilégiée fait ce qu’elle veut et entretient l’humanité dans la servilité et l’obéissance (toute ressemblance avec le monde actuel est purement fortuit -sic-). La menace du froid et de l’extinction de la race humaine a fait son œuvre et rien ne semble en mesure de chambouler l’ordre établi. C’est sans compter l’apparition d’un grain de sable en la personne de Lien Rag, un simple glaciologue qui va se rendre là où il ne faut pas. Il va y faire une terrible découverte qui remet en cause le système entier. Toute son équipe va être décimée et c’est un peu seul contre tous qu’il va devoir tout faire pour révéler la vérité au plus grand nombre et tenter de changer les choses…

Je vous l’accorde la trame est très classique mais le traitement est magique à commencer par un background vraiment puissant et très bien pensé. Comme nous sommes ici dans le genre feuilleton, ne vous attendez pas à de grands passages descriptifs, l’auteur préférant l’action, l’interaction entre les personnages et l’évolution de la narration. Pour autant, il n’en délaisse pas sa description de ce monde glacé et glaçant, c’est donc par petites touches qu’il opère tantôt par un flashback sur les origines de la glaciation, tantôt par un point sur l’organisation de cette société futuriste notamment celle des villes entières roulantes que l’on disperse au gré des desiderata des puissants, les étranges hommes roux qui vivent à l’air libre car supportant les températures extrêmes y régnant (entre -50 et -80 degrés tout de même !). Ainsi nous passons d'espaces luxueux réservés aux dirigeants aux wagons-taudis pour les plus pauvres qui survivent comme ils peuvent sous la menace permanente de l’organe de sécurité des compagnies et du froid, ennemi omniprésent de l’humanité. Peu à peu, on se fait une idée bien précise de cette Terre perdue qui n’a pas encore livré tous ses secrets, certains sont levés durant ces volumes d’autres apparaissent en filigrane et réservent pour la suite des surprises à foison je pense.

Clairement orienté vers l’aventure, le récit réserve de nombreuses surprises au lecteur et les personnages sont loin d’être épargnés. Le héros connaît ainsi de nombreuses désillusions tant en amour qu’en terme de combat contre l’oppresseur. Il n’est pas parfait et se trompe régulièrement. Handicapé par une vieille blessure de guerre à la jambe, on s’attache assez vite à lui et malgré au départ quelques lignes un peu forcées dans son caractère, la nuance fait son apparition par la suite lui donnant une épaisseur séduisante ouvrant sur des horizons insoupçonnés. J’attends de lire les tomes suivants pour me fixer définitivement sur lui. Comme dit précédemment, l’auteur a aussi écrit quelques écrits coquins et cela se ressent dans un certain nombre de passages croustillants qui ne sont pas pour me déplaire et qui ne se révèlent jamais vulgaires et plutôt teintés d’une poésie surannée qui touche toujours juste. Les femmes ont d’ailleurs un rôle primordial dans ce feuilleton à rebondissement, loin d’être de simples potiches ou objets érotiques, elles se révèlent tout à tour des auxiliaires de choix voir des traîtresse sans foi ni loi. L’ensemble est cohérente et répond parfaitement aux canons régissant narration, atmosphère romanesque, anticipation immersive et plaisir de lecture immédiat.

Car c’est là l’essentiel, ce livre vous happe littéralement quand vous en entamez la lecture. L’écriture est d’une limpidité, d’une simplicité et d’une efficacité confondante. Ne laissant jamais aucun lecteur derrière elle, elle procure des sensations multiples et variées au fil des pages qui s’égrainent avec un plaisir renouvelé à chaque chapitre. Certes, une certaine frustration peut apparaître en se disant qu’il y a au total 98 volumes mais il se passe tellement de choses en deux titres conjugués qu’on se dit que ce n’est pas bien grave et que cela rendra l’attente plus belle. Et puis, a contrario d’un G.R.R Martin qui écrit plus que lentement, l’avantage de cette saga c’est qu’elle déjà écrite !

Au final, un très bon livre pour cette nouvelle édition des débuts d’une saga déjà culte pour un certain nombre de lecteurs. J’ai été converti et j’invite chacune et chacun à tenter l’expérience, vous verrez c’est du plaisir à tous les étages et de chouettes moments d’évasion. À bon entendeur...

vendredi 18 novembre 2016

"Le Vivant" d'Anna Starobinets

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L’histoire : Dans un futur lointain, les humains sont connectés via des implants à un réseau commun. Ensemble, ils forment un organisme unique, le "Vivant". La mort n’y existe pas : dès qu’un individu est "mis sur pause", son code génétique renaît dans un nouveau corps. Le nombre d’humains est constant – trois milliards.

Le Vivant vacille sur ses bases lorsque l’impensable survient : un homme naît. Il est sans code, sans patrimoine, il n’est la réincarnation de personne. On l’appelle Zéro. Placé sous étroite surveillance, il devra trouver des réponses sur son identité dans un monde réputé parfait...

La critique de Mr K : Depuis ma lecture du génial Refuge 3/9 et ma rencontre avec l’auteure, Anna Starobinets, aux Utopiales cette année (un article dédié sera bientôt en ligne), je suis sous le charme de cette petite femme à l’imagination débordante et à l’univers si décalé.  C’est donc avec plaisir que j’ai appris la victoire du Vivant pour le Prix Utopiales Européen (malgré la présence dans la sélection des excellents FUTUR.ES et Métaquine) et que tout naturellement j’en entamai la lecture. Au final, une grosse claque de plus, je deviens de plus en plus russophile en terme de littérature de l’imaginaire !

Dans un futur glaçant, les humains pour régler les soucis inhérents à leur genre (crises, guerres et conflits en tout genre) sont tous inter-connectés sur une plate-forme appelée le "Vivant". Devenus immortels suite à l’établissement de règles immuables, ils vivent dans une réalité augmentée et paternaliste qui leur garantit bonheur et stabilité. Cependant, la naissance d’un être à part, non référencé dans le réseau global va mettre à mal la mécanique totalitaire bien huilée mise en place et remettre tout le système en cause.

C’est l’histoire classique du grain de sable qui fait dérailler tout un système et même si en soi le principe est relativement classique, la maestria narrative de l’auteure et sa manière d’amener les choses font passer directement ce roman au premier plan des oeuvres du genre. On pense beaucoup à Orwell dans cette lecture mais aussi au génial comic book V pour Vendetta et pourtant, Anna Starobinets s’en démarque par un style très personnel et une déstructuration du récit qui aime à perdre le lecteur par moment pour mieux le récupérer ensuite. Ne vous attendez donc pas à une trame purement chronologique mais plus à de mini allers-retours qui confinent au sublime tant ils se complètent admirablement et proposent une évolution différente de la narration. Il faut certes s’accrocher un petit peu mais ça vaut vraiment le coup de surpasser les quelques freins qui pourraient apparaître dans votre esprit en début de lecture.

Ce livre est très fort par l’univers qu’il propose. Pas loin du principe de Matrix, s’y ajoutent une critique féroce et cynique des réseaux sociaux et de la virtualisation des rapports humains. Tout rapport humain et activité s’apparente dans l’univers du Vivant à des choix binaires que l’on effectue ou non. Si le système trouve votre réponse inappropriée, il n’hésite pas à vous relancer sans cesse pour que vous décidiez finalement d’aller dans la direction qu’il souhaite vous voir prendre. Le fascisme larvé du procédé est très bien rendu avec des retranscriptions de discussions type chat, d’intervention du Socio (le réseau en question) et des rapports multiples d’activités. Gare à ceux qui transgressent les règles car ils sont voués alors à être mis en pause (passage de la vie actuelle à la suivante) et à être corrigés (oui, dans sa grande bonté le "Vivant" ne punit pas soit disant...). Tout est fait pour que rien ne vienne troubler la félicité de la population humain régulée au nombre précis de 3 000 000 000 du moins jusqu’à l’apparition de Zéro.

Ce garçon remet tout en cause car n’ayant pas été estampillé à sa naissance, il ne peut pas se connecter au réseau et il se pose très vite des questions. Malgré son envoi en maison de correction (là où l’on essaie de remettre sur le droit chemin tout ceux qui contredisent l’ordre naturel du "Vivant"), il va peu à peu s’approcher d’une vérité qui va bouleverser son existence et celle de toutes les autres composantes du "Vivant". À travers les révélations d’un hacker emprisonné, d’un ancien tueur en série emprisonné également depuis des siècles (vive la vie éternelle !) et l’amour redécouvert avec une femme ; il va provoquer nombre de changements et pénétrer dans le saint des saints, le mystérieux conseil des huit qui régit l’ensemble. Antidote ou nouveau virus, je vous laisse découvrir le rôle exact que va jouer Zéro dans cette fable accablante où Anna Starobinets dénonce la perte d’empathie du genre humain face au tout virtuel, la disparition des sentiments filiaux (institutionnalisés dans cet univers clos, la famille étant un concept à oublier selon le "Vivant") et l’isolement affectif qui peut en résulter. Il ressort une grande solitude, une froideur et une vacuité terrible des existences qui nous sont données à voir dans ce roman qui prend aux tripes, provoquant sentiments contradictoires et belles réflexions sur l’évolution récente des technologies et le rapport étroit qu’elles entretiennent avec le genre humain.

On ressort littéralement rincé d’une telle lecture où la profondeur du propos et les thématiques abordées s’alignent avec un style vraiment bluffant entre froideur informatique et envolées lyriques propres à une auteure à l’écriture magnifique, retranscrite à merveille dans cette traduction. Bien que pessimiste et très dur dans les aspects qu’il peut aborder, ce roman possède une aura magnétique, un pouvoir d’addiction fort qui oblige le lecteur à y retourner au plus vite pour savoir la suite et même à y repenser lors de pauses durant la lecture.

À fois puissant, inquiétant et bouleversant, Le Vivant est d’ores et déjà à mes yeux un classique à lire absolument quand on veut aborder la SF au regard du monde que nous connaissons aujourd’hui et qui évolue de plus en plus vite. Le Vivant est clairement une possibilité, un développement sociétal qui malheureusement pourrait se révéler plausible. Une véritable bombe littéraire à découvrir au plus vite !

mercredi 9 novembre 2016

"Stalker" d'Arkadi et Boris Strougatski

StalkerL'histoire : Des Visiteurs sont venus sur Terre. Sortis dont ne sait où, il sont repartis sans crier gare. Dans la Zone qu'ils ont occupée pendant des années sans jamais correspondre avec les hommes, ils ont abandonné des objets de toutes sortes. Objets-pièges. Objets-bombes. Objets-miracles. Objets que les stalkers viennent piller au risque de leur vie, comme une bande de fourmis coloniserait sans rien y comprends les détritus abandonnés par des pique-niqueurs au bord d'un chemin.

La critique Nelfesque : "Stalker" est un roman qui dormait dans ma PAL depuis déjà bien trop longtemps. Je l'avais acheté aux Utopiales en 2011 (5 ans non mais c'est pas possible, le temps passe trop vite !) complètement sous le charme de sa couverture et intriguée par son résumé.

Adapté au cinéma en 1979 par Andreï Tarkovski, "Stalker" ou "Pique-nique au bord du chemin" est présenté comme le chef-d'oeuvre des frères Strougatski. Un roman qui a eu un tel impact sur le XXème siècle que c'est sous le surnom de stalkers qu'on connaît désormais les hommes et les femmes qui ont étouffé le coeur d'un réacteur en fusion de Tchernobyl, entre avril et mai 1986.

Et bien si c'est leur chef-d'oeuvre, je vais peut-être arrêter là ma découverte des écrits des deux frères... Entendons-nous bien, de Mr K et moi, c'est Mr K qui lit le plus de science-fiction. De mon côté, je ne suis pas une habituée du genre littéraire mais j'aime, 2 ou 3 fois dans l'année, me plonger dans un bon roman de SF. J'ai eu quelques aventures science-fictionnesques prometteuses avec de nombreux auteurs (en tout bien tout honneur) comme par exemple avec Pierre Bordage, Vincent Gessler, ou encore Orwell et son cultissime "1984". J'ai aussi pour projet de piquer entre autres "Métaquine" à Mr K. Mais je ne sais pas, avec "Stalker" ça ne l'a pas fait et j'ai été même carrément déçue par cette lecture...

Les extra-terrestres ont foulé le sol de notre planète. A 6 endroits différents, ils y ont séjourné et sont repartis comme ils sont venus. Sans prévenir et sans explication. Pourquoi étaient-ils là ? Que voulaient-ils ? Personne ne le sait (et pas plus le lecteur à la fin de ce roman). Toujours est-il qu'ils ont laissé sur place (comme les crados qu'ils sont, incapables de remporter leurs déchets) quantité de bibelots hétéroclites qui font l'objet d'un commerce clandestin. C'est ainsi que des hommes et des femmes, les stalkers, pénètrent, au péril de leur vie, dans ces zones désormais interdites d'accès car dangereuses, pour récupérer qui une "creuse", qui une "zinzine" ou des "éclaboussures noires" évitant les "calvities de moustique" et autres "gelées de sorcière" (kézako tout ça ? Cherchez pas je vous dis, ça restera mystérieux !). Tous ces objets et toutes ces substances étranges sont ensuite revendues en sous-main au marché noir.

Nous suivons ici l'histoire de Redrick, la vingtaine au début du roman, qui pour faire vivre sa famille et élever sa fille qui a la particularité de ressembler à un singe (un des effets de la Visite sur une partie des nouveaux-nés), se rend régulièrement dans la Zone. Les parties du roman se déroulant dans ce lieu interdit sont intéressantes et auraient mérité à mon sens d'être plus développées car pour le reste, il n'y a pas vraiment d'action. De plus on en sait très peu sur les objets découverts et les chapitres étant inexistants, les 4 longues parties qui composent cet ouvrage sont indigestes au possible (oubliez le "encore un chapitre et j'éteinds la lumière", vous êtes parti pour minimum 50 pages où on saute du coq à l'âne sans prévenir). Du coup, on décroche, le lecteur n'est pas immergé dans une histoire prenante et survole l'ensemble sans réel intérêt. On en est même à se dire que peu importe ce qui peut arriver au héros, ça ne nous fera ni chaud ni froid. Manque d'empathie pour des personnages qui risquent leur vie, avouez que c'est ballot !

Très SF classique dans son approche, j'ai trouvé le roman trop poussiéreux et ennuyeux. J'en suis la première peinée car je me suis faite bernée par l'accroche visuelle et le résumé. Ce roman plaira sans doute beaucoup plus aux habitués du genre (et encore ! mais ça je vous laisse me le dire en commentaire si vous l'avez lu...) mais je conseille aux néophytes de passer leur chemin. Nous avons aujourd'hui pléthore de choix en matière de romans SF et il y a beaucoup plus fun à lire pour débuter ou plus intéressant en terme de contenus. Bref, je suis passée pratiquement complètement à côté et j'avais hâte de terminer ma lecture pour passer à autre chose.

Le fond du roman est tout de même intéressant et je tenterai à l'occasion de voir le film. Peut-être qu'une autre approche me sera plus profitable. D'autant plus que j'ai aimé la toute fin... Vous la sentez la frustration là !?

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dimanche 6 novembre 2016

Craquages du week-end de Mr K

C'est de façon tout à fait innocente que Nelfe et moi allions faire nos courses ce samedi. Par le plus grand des hasards, mes pas m'ont conduit sur un rayonnage déstockage de livres de la super maison d'édition Au Diable Vauvert à des prix riquiquis. Impossible de laisser passer cette occasion, vous me connaissez !

Voici le fruit de mes trouvailles :

Acquisitions novembre

- Hiroshima n'aura pas lieu de James Morrow. Un livre à priori complètement frappé où l'armée américaine décide durant 1945 de faire appel à un acteur spécialisé en monstres de tout genre pour éviter de recourir à l'arme atomique contre l'empire du soleil levant. L'idée ? Des iguanes géants cracheurs de feu prêts à dévaster les terres nippones. Dingue, vous avez dit dingue ? À priori, on nage dans le loufoque et l'auteur rend hommage au passage au cinéma de série Z. Tout bon pour moi !

- Le Jour où la guerre s'arrêta de Pierre Bordage. Un Bordage que je n'ai pas lu. Si si, c'est possible ! Dans ces conditions, je ne regarde même pas la quatrième de couverture et j'adopte directement l'opus. Sachez qu'il est ici question d'un mystérieux jeune homme qui fait cesser toute forme de conflit sur Terre pendant toute une semaine. Comment ? Pourquoi ? Pour le savoir, il ne me reste qu'à lire l'ouvrage. Hâte, hâte, hâte !

- Crime d'Irvine Welsh. Là encore difficile de résister à un auteur qu'on apprécie beaucoup et Irvine Welsh en fait partie notamment depuis la lecture enthousiaste du très space Une Ordure et du classique Trainspotting (lu avant l'ouverture du blog). Suite à une mauvaise passe, un inspecteur écossais se retrouve en Floride pour changer de vie, malheureusement pour lui on ne fuit sa nature qu'un temps et il va devoir à nouveau se mouiller pour protéger l'enfance en danger. Ça promet un polar captivant et sans doute inspiré. Wait and read !

- Transparences et Balade choreïale d'Ayerdhal. Disparu trop tôt selon beaucoup d'amateurs de SF, Ayerdhal m'est inconnu en terme d'oeuvre littéraire pour le moment. L'occasion était rêvée de le découvrir avec ces deux brochés à moindre prix, l'un étant un polar pur jus mettant en perspective notre histoire immédiate et l'autre versant plus dans la SF avec la thématique de la colonisation d'une nouvelle planète par l'espèce humaine. Je suis impatient de découvrir cet auteur, j'essaierai de m'y mettre avant la fin de l'année.

plage novembre

Aujourd'hui c'est dimanche, le temps le permettant, Nelfe et moi sommes allés nous promener sur le beau littoral de Guidel près de chez nous. Du beau temps, du vent et quelques nuages après nous rentrons chez nous et paf ! Nous croisons la boîte à livre de Guidel placée en face de l'église et patatra, je tombe sur trois volumes intéressants ! Qui a dit que j'étais irrécupérable ? Aaaaaarrrrrrrg !

Acquisitions novembre 2

- Niourk de Stefan Wul. Un roman de SF pour la jeunesse où dans un monde post-apocalyptique, un jeune enfant différent fuit l'incurie des adultes superstitieux. La quatrième de couverture est engageante et vu mon amour immodéré pour Stefan Wul, je ne pouvais décemment laisser ce livre dans le froid de ce mois de novembre commençant. 

- Une saga moscovite de Vassili Axionov. Deux volumes pour un roman, format traditionnel des grandes sagas russes à la Dostoïevski. L'auteur nous raconte la destinée des Gradov, famille de grands militaires et de fameux médecins pendant la période du règne stalinien de 1924 à 1953. C'est le genre de pitch qui me parle, il mêle à la fois l'Histoire et la vie des gens qui la font ou la défont, et ici plus particulièrement, l'auteur a l'occasion de peindre le portrait de la Russie au temps de la dictature. De grandes promesses que j'ai hâte de découvrir.

+ 8 dans ma PAL ! Aie aie aie ! C'est mal barré cette affaire ! On a beau dire, on a beau faire, on ne sait jamais quand l'addiction frappera. Je suis quand même bien content d'avoir croisé ces volumes qui tous autant qu'ils sont promettent de riches heures de lecture.

Si vous avez lu l'un ou l'autre, n'hésitez pas à laisser vos avis dans les commentaires. Je ne sais pas encore par lequel je vais commencer...


vendredi 28 octobre 2016

Direction les Utos !

Utos affiche

C'est l'heure ! Comme tous les ans, c'est le moment de se diriger vers Nantes pour quelques jours de folie aux Utopiales ! Le festival a choisi pour thème cette année "Machine(s)".

Il est encore temps pour vous de prendre vos billets et de vous diriger vers le Centre des Congrès. De notre côté, c'est un rendez-vous que nous ne raterions pour rien au monde et nous savons d'avance que nous allons passer un très chouette moment.

Le programme de cette année est dispo ici. Au plaisir de se croiser au détour d'une expo, pendant une dédicace, autour d'un verre au bar de Madame Spock ou de partager un moment lors d'une conférence ou d'une séance ciné ! Le Capharnaüm éclairé se met donc sur pause pour mieux revenir après le festival et vous raconter tout ça. Pour les curieux et impatients, n'oubliez pas que nous sommes sur Instagram et twitter. M'est avis qu'il y va y avoir du teaser et du live-report !

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vendredi 14 octobre 2016

"Hier je vous donnerai de mes nouvelles" de Pierre Bordage

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Le contenu : "J’inspecte les rayonnages de ma bibliothèque, je n’y trouve aucun livre d’Homère, pas la moindre trace du grand inspirateur. Qu’ai-je bien pu faire du vieux bouquin tant de fois corné qu’il avait fini par renoncer à sa forme livresque ? Comment ai-je pu le laisser s’exiler de chez moi ? Qui me l’a volé ?

Puis je souris. Quelle importance ? Ces œuvres qui m’ont vivifié, nourri, enchanté, ne sont-elles pas mieux dans des mains avides que sur des planches de bois grises de poussière ? Ne sont-elles pas mieux à voyager et à s’ouvrir à de nouvelles âmes ? Les livres (que dire des versions électroniques ?) se déplacent, se prêtent, jaunissent, se déchirent. Je les ai sans doute offerts de bon cœur, mû par le plaisir unique de partager un secret, un vertige… Les personnages que j’ai aimés, eux, ne meurent pas, à jamais admis dans l’olympe des archétypes.

Et moi, j’essaie de me faire une petite place, modeste laboureur des mots, dans le sillon éternel et fécond tracé par les grands faiseurs d’histoires."

Pierre Bordage pour ce troisième recueil nous offre quinze nouvelles et un préambule.

La critique de Mr K : Hier je vous donnerai de mes nouvelles est le dernier ouvrage paru à ce jour de Bordage. Il s'agit ici d'un recueil de nouvelles écrites entre le début du millénaire et l'année 2015, certains écrits étant restés inédits jusque là, d'autres ayant été insérés dans des ouvrages collectifs ou dans certains journaux dont Télérama ou le journal Libération. Après un prologue prenant où l'auteur nous explique son amour immodéré pour les œuvres imaginaires, le lecteur oscillera pendant quinze nouvelles entre anticipation, SF pure et fantasy. Beaucoup de variété donc pour une majorité de textes réussis, addictifs et sacrément bien menés. Mais qu'attendre d'autre d'un tel talent ? (je sais je me répète)

Tour à tour, l'auteur nous convie à remonter le temps en compagnie d'un voyageur recherchant ses origines et qui va rencontrer un certain nombre de ses aïeuls et constater malheureusement que l'Histoire se répète. On suit la révélation que va faire un grand-père à son petit-fils en sortant de leur confort habituel et en explorant le grand monde. Au détour d'un autre texte, on suit les pérégrinations existentielles d'un rescapé d'un crash spatial qui va se retrouver confronter à un choix cornélien puis juste après, l'auteur nous offre un petit "morceau" de son œuvre culte Les Guerriers du silence qu'il a ôté du substrat originel. L'occasion pour moi de renouer avec les terribles Scaythes d'Hyponéros ! Ceux qui n'ont pas lu cette trilogie doivent absolument se ruer dessus, je l'ai littéralement dévoré à l'époque et ceci bien avant le blog (d'où l'absence de chronique, je sens que je vais devoir le relire !).

Par la suite, on croise aussi un extra-terrestre qui observe l'humanité depuis très longtemps et en dresse un portrait peu flatteur, des migrants fuyant le réchauffement climatique se heurtant au protectionnisme nationaliste (ça ne vous rappelle rien ?) et d'autres fuyards luttant contre une invasion végétale des plus ragoûtantes ! Quelques pointes de fantasy font aussi leur apparition avec la quête d'une jeune reine à la recherche de son empathie perdue et un tueur à gage pris de remords quand il découvre la cible qui lui a été vendue... Et puis, du post-apocalyptique des familles avec une zone de quarantaine isolée du reste du monde, un barde en panne d’idées qui cherche l'inspiration auprès d'une sirène captive, le jugement d'un autocrate par d'anciennes victimes et pour finir un très beau texte faisant la part belle aux origines de toute vie à travers un voyage sans retour.

Sacré programme donc ! On retrouve les thématiques chères à Pierre Bordage notamment son goût pour l'humanisme à travers des luttes parfois vaines mais souvent portées par de magnifiques personnages allant du vieux sage au jeune en devenir. Rien n'est jamais gratuit ici, tout n'est que volupté de la langue, enrobé de messages sous-jacents. Mélange d'aventure, de scènes de partage et d'échange, de quêtes intérieures, on retrouve un souffle épique, universaliste qui fait que le récit le plus irréaliste peut nous parler et nous interroger sur nous et surtout sur le monde que nous construisons. C'est aussi une vision sans fard des destructions et exactions de l'homme sur ses congénères et sur son berceau, belle planète bleue sacrifiée au nom des raisons économiques et nationalistes. Certains passages font réellement froid dans le dos dans leur caractère prophétique mais les habitués de l'auteur ne seront pas surpris, les fans de SF encore moins...

On passe donc de bien bons moment avec des récits certes courts mais d'une densité de contenu important, des personnages charismatiques et un style d'écriture toujours aussi entraînant et facteur de rêve et d'évasion. Par forcément le meilleur Bordage (je lui préfère ses romans) mais de belles parenthèses enchantées (ou non) en attendant le prochain long récit du maître. À lire !

Autres ouvrages de Bordage chroniqués par mes soins au Capharnaüm éclairé :
- Chroniques des ombres
- Les Dames blanches
- Graine d'immortels
- Nouvelle vie et autres récits
- Dernières nouvelles de la Terre
- Griots célestes
- L'Evangile du Serpent
- Porteurs d'âmes
- Ceux qui sauront
- Les derniers hommes
- Orcheron
- Abzalon
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mardi 11 octobre 2016

"Fin de la parenthèse" de Joann Sfar

fin de la parenthèseL'histoire : Seabearstein met fin à son exil d’artiste maudit pour participer à une expérience artistique hors normes. L’art étant à ses yeux la seule issue possible pour une société en prise avec un obscurantisme croissant, le peintre est chargé de réveiller le seul prophète non-religieux possible, qui n’est autre que Salvador Dali, maintenu cryogénisé à Paris. Il devra pour cela invoquer son esprit grâce aux mises en scènes de quatre modèles de haute couture qui recomposent des tableaux de Dali. Coupés de toute communication avec le monde extérieur, ils embarquent pour un trip mystique et philosophique totalement inédit.
Sauront-ils faire renaître l’esprit du peintre surréaliste ? Et s’ils y parviennent, que pourront la culture, la connaissance et l’amour dans un monde chahuté ? Questions d’autant plus fondamentales que notre héros sera, à l’issue de cette parenthèse, confronté à une réalité violente.

La critique Nelfesque : Voici une BD singulière et bien particulière dont la rédaction de la chronique dédiée me donne du fil à retordre... "Fin de la parenthèse" ne ressemble à aucun autre ouvrage que j'ai pu lire par le passé. Avec un style très marqué "Joann Sfar" tant dans le trait de dessin que dans certains thèmes abordés, elle ne fait pas pour autant dans la facilité et Sfar n'hésite pas à bousculer le lecteur quitte à le perdre complètement par moment.

Fin de la parenthèse2

Résumer cet ouvrage est déjà en soi un exercice. Seaberstein, artiste déjà rencontré dans la précédente oeuvre de l'auteur, "Tu n'as rien à craindre de moi", décide de rentrer à Paris et se lance dans une performance artistique surprenante : s'enfermer pendant plusieurs jours dans un hôtel particulier avec 4 mannequins dans le plus simple appareil pour invoquer par ses dessins et par les expériences qu'ils vont partager l'âme de Salvador Dali. Entre trip mystique, voyage sous substances, menaces terroristes et résurrection, Sfar brouille les pistes et offre à ses lecteurs une expérience hors du commun où il fait bon lâcher prise.

Fin de la parenthèse1

Car il faut savoir s'abandonner pour lire "Fin de la parenthèse". L'histoire que je vous ai tout juste évoquée précédemment est bien plus complexe et distendue que ce qu'il n'y parait. Oubliez vos certitudes, laissez vos points de repère de côté, Joann Sfar vous propose une Expérience avec un grand E et un sacré challenge de lecteur.

Fin de la parenthèse3

Le voyage est tellement déroutant que ce soit graphiquement que dans les problématique qu'il soulève et les leviers qu'il utilise, que la lectrice que je suis est restée complètement pantelante à la fin de la lecture. On est à la fois séduit, heurté, décontenancé et, n'ayons pas peur des mots, complètement paumé !  Impossible de déterminer avec certitude si on a aimé cette lecture mais une chose est sûre c'est qu'elle provoque des émotions et remue en chacun de nous des choses insoupçonnées. N'est-ce pas là le propre de l'Art ? "Fin de la parenthèse" est une BD ovni qui se ressent plus qu'elle ne s'explique. A chacun de tenter l'expérience !

Posté par Nelfe à 17:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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vendredi 7 octobre 2016

"Mémo" d'André Ruellan

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L'histoire : 1962. Paul est chercheur en psychopharmacologie. Ayant mis au point une substance qui stimule la mémoire, il en fait l'essai sur lui-même. Dans son existence et celle des autres, c'est le début d'un bouleversement irréversible. Paul n'est pas un apprenti sorcier. C'est un vrai sorcier, comme tous les chercheurs qui trouvent. Car s'il est vrai qu'on ne fabrique jamais un outil qui ne puisse pas blesser, est-ce une raison pour cesser d'en fabriquer? C'est le progrès, et il n'y a pas de progrès sans retombées. Et puis, si Paul renonce, un autre prendra le relais, tant il est vrai qu'il n'est jamais qu'un des maillons d'une chaîne infinie et éternelle.

La critique de Mr K : Il s'agit de ma deuxième lecture d'André Ruellan après le très "Bis" Tunnel qui m'avait laissé un sentiment partagé entre plaisir immédiat de lecture et ficelles un peu trop voyantes. Mémo m'a fait de l’œil lors d'un chinage de plus avec sa quatrième de couverture alléchante et sa quatrième faisant la part belle aux promesses de récit bien barré et d'une réflexion sur la science et le progrès. Au final, vous verrez que l'auteur m'a encore fait la même impression et que mon avis est assez mitigé.

Paul est un chercheur surdoué, il a réussi à mettre au point une substance permettant de recouvrir la mémoire et de stimuler le cerveau (Mémo 1 aka Mémoryl dans le roman). Cette découverte incroyable lui a apporté succès et richesse. Pour autant, il ne s'en satisfait pas et le démon de la recherche l'encourage à toujours pousser ses expériences plus loin, quitte à franchir éhontément les frontières de la morale élémentaire et les protocoles médicaux. Il finit par s'injecter la mystérieuse découverte S24 qui va le faire basculer dans des univers, des souvenirs et des futurs possibles. Véritable descente en enfer, le lecteur halluciné suit les délire de Paul et explore avec lui sa psyché et les différentes possibilités de vie qui s'offrent à lui...

Autant le dire de suite, tout de monde n'aimera pas cet ouvrage qui par bien des aspects se mérite vraiment. Il faut avoir le cœur et l'esprit bien accroché pour suivre les méandres du récit qui s'avère complexe et tordu à souhait. Chaque paragraphe est une surprise et l'on ne sait jamais où l'auteur veut nous emmener. Loin des narrations classiques, on saute ici les époques et les dimensions, passant allégrement du rêve, au cauchemar en faisant parfois un détour vers la réalité. C'est très déstabilisant ce qui n'est pas pour me déplaire. L'effet est assez bluffant, on aime à se perdre avec Paul dans ces différentes identités et vies auxquelles il peut prétendre (lointaine filiation avec deux films géniaux que sont Mr Nobody et Predestination). On en perd son latin et on se demande qui fait quoi et pourquoi... C'est d'ailleurs tellement tripant qu'on en vient presque à l'overdose et cela a érodé quelque peu mon enthousiasme ne voyant pas forcément là où l'auteur veut nous mener. D'ailleurs la fin en elle-même ne m'a pas surpris ce qui est plutôt dommage quand durant 150 pages on ne sait pas sur quel pied danser...

Ce qui est appréciable par contre c'est  l'ambiance qui règne dans le laboratoire et les chercheurs qui le peuple. L'auteur cerne bien les contradictions qui guident la science entre bien-être de l'humanité et recherche de la gloire et des lauriers. C'est nuancé et assez juste dans la façon d'aborder ces vocations qui se trouvent ici confrontées aux limites qu'imposent l'éthique et la morale. Expériences, tests, mise au norme, fabrication industrielle et mise en vente sont tour à tour abordés de près ou de loin, éclairant les pratiques et principes en vogue encore aujourd'hui. Le contre-point est fascinant avec le personnage de Paul livré à ses psychoses et névroses, luttant pour retrouver la réalité et la raison par la même occasion. Bien vu d'ailleurs la relation qu'il dérègle avec sa chercheuse de femme (Isabelle) qui par sa "normalité" grossit le trait et révèle l'étrangeté de l'expérience que vit Paul.

L'écriture de Ruellan est accessible et jamais complexe à l'inverse des mécanismes de son récit qui ralentissent le rythme de lecture, ce qui personnellement m'a empêché d'être complètement emporté par une histoire pourtant singulière et séduisante au départ. Une série B d'anticipation à réserver aux fans du genre et aux amateurs des thématiques abordées.

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mardi 4 octobre 2016

"Demain les chats" de Bernard Werber

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L’histoire : Pour nous, une seule histoire existait : celle de l’humanité.
Mais il y a eu LA rencontre.
Et eux, les chats, ont changé à jamais notre destinée.

La critique de Mr K : Werber est un auteur que j’ai déjà pratiqué et que j’ai apprécié à différents niveaux. Autant sa trilogie des Fourmis m’avait bien plu mais sans plus, autant j’avais adoré Les Thanatonautes. A chaque fois je convenais de sa grande maîtrise du récit et son appétence pour la connaissance au sens large. Lire un Bernard Werber apporte toujours quelque chose au lecteur entre culture générale et récit bien ficelé. L’occasion s’est présentée de lire son petit dernier (sorti hier en librairie). J’ai découvert alors qu’il traitait du roi des animaux (oui, les chats ont tout compris à la vie !), et ni une ni deux, je plongeai dans ce volume de 305 pages que j’ai vite dévoré et qui au final me laisse un sentiment mitigé...

Bastet est une jeune chatte domestique qui vit tranquillement dans l’appartement de sa servante (ou sa maîtresse selon le point de vue qu’on adopte). Elle se croit immortelle, au sommet de l’évolution et dirige d’une patte de fer la maisonnée. Du moins le croit-elle... Sa rencontre avec Pythagore, le chat siamois de la voisine va bouleverser son existence. Ce dernier est étrangement savant, porte une curieuse calotte sur la tête et lui révèle nombre de secrets que les chats ne sont pas censés connaître. De révélation en révélation, la vie de Bastet va s’en trouver définitivement changée car en arrière plan, le monde des hommes semble s’écrouler entre terrorisme, guerre civile et épidémie mondiale.

Composé de chapitres très courts, ce roman se dévore quasiment d’une traite et même s’il est parsemé de défauts (voir plus tard dans la critique), le rythme haletant tient en haleine le lecteur pris par le destin contrarié de l’héroïne et de son foyer. On alterne scènes d’actions pures et discussions alambiquées apportant de l’eau au moulin de l’histoire. On prend plaisir à découvrir les réactions typiquement félines des principaux protagonistes, on voit d’ailleurs bien tout le travail de recherche qu’a dû effectuer l’auteur pour fournir un portrait fidèle de la race des seigneurs (sic). Le lecteur suit l’histoire à travers les yeux de Bastet, à sa hauteur et via sa compréhension de chat. Ce point de vue est rudement original et apporte beaucoup au récit qui verse dans l’étrange et parfois le délirant (dans le même style, La Promeneuse de Didier Fourmy était bien sympa aussi).

Le lecteur embarque donc facilement dans cette histoire abracadabrantesque grâce à ses personnages charismatique : la jeune héroïne à qui le monde se révèle, le vieux sage siamois adepte du Tao, certains passages sont tout bonnement géniaux lors de ses cours qui nous expliquent bien des choses sur nos amis félins à travers l’Histoire. Il y a aussi le coloc nonchalant obsédé de bouffe et d’échanges torrides (là encore un chat), un lion échappé d’un zoo combattant de l’extrême, des rats en pleine conquête mondiale, une maîtresse gâteuse mais infanticide, un président peureux, des jeunes humains luttant pour l’avenir de l’humanité et tout un tas de personnages bien trouvés, caractérisés comme il faut et qui donnent à l’ensemble une cohérence intéressantes. On vit nombre de péripéties entre humour, amour, drames et tristesse, et au travers des chats, c’est un peu l’homme qui est jugé et placé face à sa nature profonde. Le bilan n’est pas joli joli, pas très original non plus, mais il a le mérite d’être énoncé clairement.

Au rayon des déceptions, il y a tout d’abord le caractère archiconvenu de nombres de passages. On est très rarement surpris et c’est toujours dommage lors d’une lecture. Tout s’emboîte parfaitement (et heureusement) mais on sait très bien où l’auteur veut nous mener gâchant quelque peu l’addiction liée à l’écriture simple et accessible de l’auteur. Le principe d’évolution chez l’héroïne était bien trouvé mais je l’ai trouvé trop rapide pour être crédible. J’aime croire à l’incroyable en terme de lecture mais ici, les effets sont un peu trop grossiers pour moi et Bastet est bien trop humanisée dès le départ pour qu’on apprécie sa "transformation" et sa prise de conscience. Dommage car le terreau originel était vraiment ambitieux et aurait pu donner une petite bombe littéraire. Remarque au passage, le titre se veut une référence à un classique d’entre les classiques de Simak (j’insiste, il faut absolument lire Simak !) mais on est loin d’atteindre la maestria et la densité de Demain les chiens en terme d’écriture et de portée philosophique sur le genre humain.

Au final donc une lecture enthousiasmante dans sa forme, sa maîtrise des ressorts dramatiques mais sans surprise et assez plate. C’est vraiment rageant car le sujet me plaisait beaucoup et l’auteur possède une réelle aura. Espérons qu’il fasse mieux la prochaine fois côté déroulement du récit car niveau documentation il est bien présent !