jeudi 15 juillet 2021

"Insectes" de Minhye Zang

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L’histoire : Qui jette ses reflets émeraude sous le soleil quand l’inspecteur le sort intact du conduit auditif de la petite fille. La petite fille dont le cadavre desséché vient d’être retrouvé dans la broussaille d’un jardin peu entretenu au milieu des immeubles.

Trois ans que la police la recherchait.

Un suspect est vite appréhendé, Da-in, un adolescent, livreur de journaux qui élève des milliers d’insectes dans le taudis où il vivote avec un copain, lui aussi enfant des rues, abandonné. Da-in serait un récidiviste, il aurait tué sa mère et sa sœur et aurait déjà utilisé les corps pour y élever ses petits compagnons nécrophages.

Alors, ce scarabée, est-ce la signature macabre d’un gamin psychopathe ? Si tous semblent le penser, une personne ne peut y croire : la mère de la petite fille assassinée. Qui va suivre le chemin des insectes vers la vérité.

La critique de Mr K : Je vais vous parler aujourd’hui d’une lecture coup de poing, de celles qui marquent de leur empreinte l’esprit du lecteur et ceci même si vous pensez avoir fait le tour d’un genre, ici le thriller. Les éditions Matins calme avec Insectes de Minhye Zang proposent un ouvrage qui touche fort et juste au plus profond de nous avec cette histoire de meurtre qui va révéler une réalité affreuse au cœur de laquelle nous retrouvons des gamins des rues livrés à eux-mêmes dans une société qui finalement n’en a pas grand-chose à faire. Suspens haletant et constat terrible se conjuguent dans cet ouvrage pour livrer une œuvre inoubliable à la lecture addictive.

Tout débute par la découverte du cadavre desséché d’une très jeune fille près de logements populaires. Hyeon-Ji, la maman, était sans nouvelles depuis trois ans et cette annonce est bien évidemment un choc pour elle. L’enquête est menée tambour battant par des flics pressés de trouver le responsable de ce crime épouvantable et le jeune Da-In, un garçon des rues mutique et étrange, semble correspondre au profil recherché. Le procureur l’accable malgré des preuves incomplètes. Cependant quelques détails semblent prouver que ce coupable idéal est innocent et Hyeon-Ji va continuer ses recherches en parallèle d’un jeune policier surdoué qui se doute bien que l’enquête a été bâclée. Par le biais de différents points de vue, on pénètre dans une autre dimension de la Corée du sud, une Corée interlope et malsaine que je n’avais pas encore vraiment lue ou vue.

Par sa construction erratique, multipliant les voix, l’auteure construit savamment et avec une science de la narration millimétrée une intrigue tortueuse et malsaine qui met en lumière les vicissitudes de la nature humaine. Plus on avance, plus on a l’impression de s’enfoncer en Enfer. Les révélations se succédant, on prend la mesure des atrocités et manipulations en jeu car derrière le "simple" meurtre d’une jeune fille lambda se cache un "système", une organisation souterraine terrifiante. Ce thriller met en avant de jeunes laissés pour compte qui sont approchés par un certain Jo, un homme charismatique manipulateur qui poursuit des objectifs bien sombres...

Le pire, c’est qu’on se rend compte que la société et ses différents acteurs couvrent indirectement ses agissements parce que ces mômes ne comptent plus. Disparus, fugueurs, loosers, en marge du système, ils sont totalement déboussolés et représentent des cibles idéales. La perversion des hommes étant sans limite, le sort qui leur est réservé ici est ignoble et le lecteur a l’œil bien humide à de nombreuses reprises, assaillis que nous sommes par des considérations et des pratiques que la morale réprouve. Face au drame, les autorités semblent donc passives, plus intéressées par la rentabilité et les chiffres de résolution d’enquête. Heureusement, il reste certains policiers consciencieux, habités par leur mission qui vont continuer à enquêter malgré les certitudes établies. Au passage, l’auteure nous livre aussi des scènes sidérantes où la foule fanatisée, la vindicte populaire, s’exprime à partir de on-dit et de pseudos certitudes, réactions intransigeantes qui m’ont fortement ébranlé.

Au milieu de cette rage, de ces injustices et de cette tristesse émerge la figure de la mère éplorée qui va poursuivre son chemin de croix et tout faire pour faire surgir la vérité. Symbole de la tolérance, de la résilience et de la compréhension, Hyeon-Ji incarne avec le jeune flic idéaliste ce qu’il y a de plus beau et noble chez l’homme. Face au machisme ambiant (l’auteure n’y va pas avec le dos de la cuillère là aussi), malgré son chagrin et sa peine, elle va contribuer à lever le voile sur des secrets bien enfouis. Bien marquant également se révèle être aussi le parcours de Da-In, figure exutoire de l’opinion publique populaire, victime qui inspire une commisération sans bornes et envoie en pleine face du lecteur toute la misère et l’injustice du monde. Il faut du temps pour s’en remettre.

Insectes est une perle. Personnages fouillés, trame complexe à la construction labyrinthique, engagement social fort se mêlent avec une langue frontale et nuancée à la fois qui ne ménage pas le lecteur et l’immerge dans un milieu désaxé. Dérangeant, troublant et révoltant à la fois, cet ouvrage est d’une rare puissance évocatrice et se révèle être aussi un thriller très efficace qui provoque une addiction immédiate. À mes yeux, ce titre est un des meilleurs du catalogue des éditions Matins calme et les amateurs du genre seraient bien inspirés de se le procurer au plus vite. À bon entendeur...

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mardi 27 avril 2021

"Le Placard" de Kim Un-Su

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L’histoire : Un trentenaire, après des années de formation et de tentatives, trouve enfin un emploi auprès d'un laboratoire public. L'unique tâche qui lui est confiée étant de vérifier le matériel livré chaque matin...

Ses journées se passent ainsi, entre l'ennui et la contemplation du vide. Il s’aperçoit vite qu’il n’est pas le seul à ne rien faire : ses collègues, ses supérieurs, passent leur temps à bricoler des maquettes de navires dissimulées sous le bureau, à feuilleter des encyclopédies...

Pour tromper l’ennui, il déambule dans le bâtiment et découvre le placard n°13. Là, il trouve des dossiers stupéfiants sur des "symptomatiques" : un homme au doigt duquel pousse un ginkgo, un autre qui veut devenir chat, des sauteurs du temps, des narcoleptiques insensés, des mosaïqueurs de mémoires, des extraterrestres exilés sur Terre, etc. : un catalogue de l'inimaginable réalisé. Surpris par Dr Kwon, maître du placard, il se voit contraint de devenir son assistant pour suivre ces dossiers et répondre aux appels des symptomatiques.

La critique de Mr K : Direction la Corée du Sud aujourd’hui avec un ouvrage inclassable se situant aux lisières de plusieurs genres. Le Placard de Kim Un-Su (auteur hautement remarqué à raison par son excellent Sang chaud) est entre le roman noir et le fantastique, chose qui détone dans le catalogue de la maison d’édition Matin Calme qui nous a habitué jusqu’ici plutôt aux genres thriller et polar. La qualité littéraire reste la même avec ici un récit à tiroir redoutable d’efficacité et des personnages tous plus barrés les uns que les autres. Il ne m’a pas fallu longtemps pour lire cet ouvrage à la fois frais et diablement addictif malgré une orientation sombre et sans réelle issue.

Le héros-narrateur s’apparente à un individu lambda, rien ne le fait vraiment sortir du lot. Physiquement passe-partout, solitaire à qui l’on ne reconnaît pas de réelle relation sociale (qu’elle soit amoureuse, amicale ou même familiale), il vit en vase clôt, sans se presser, contemplant avec langueur sa vie depuis la fin de ses études. Clairement, il ne brille pas par son ambition et son dynamisme, élément surprenant dans un pays comme la Corée du Sud qui prône le dépassement de soi, la notion de productivité et la connectivité. Son quotidien morne le mène nul part mais ça n’a pas l’air de le déranger.

Et puis, le destin comme souvent va se jouer de lui. Il décroche un travail dans un laboratoire dont les recherches lui échappent au départ. Il se retrouve dans un bureau avec quasiment rien à faire si ce n’est réceptionner des colis et apposer sa signature pour vérifier leur contenu. Interloqué par cet état de fait (être payé correctement en ne faisant rien), au bout de quelques mois, il se rend compte que finalement personne ne fait rien dans l’immeuble, qu’il n’est pas le seul dans ce cas là et quelque soit le service concerné. En voulant faire passer le temps, il ouvre un placard à combinaison qui lui faisait de l’œil depuis trop longtemps et met à jour des dossiers de patients pour le moins surprenants. Un mystérieux Dr Kwon officiant dans l’entreprise reçoit des personnes souffrant de troubles et maladies très particulières qui auraient piqué au vif Fox Mulder des affaires non classées ! Très vite démasqué par le fameux médecin, le narrateur se retrouve embauché par lui pour faire le ménage, s’occuper de la paperasse et même recevoir ou appeler certains cas. Le voila devenu assistant sans vraiment le vouloir... Mais attention, plus de responsabilités peuvent parfois vous mener à votre perte...

Le roman est divisé en trois parties qui ne sont pas forcément chronologiques. Ainsi, on débute avec quelques cas venus au laboratoire. On croise nombre de personnalités étranges dans cet ouvrage avec notamment un homme qui voit un arbre lui pousser au bout d’un doigt, d’autres font des bonds dans le temps, certains dorment des semaines entières, et quelques spécimens dans le monde se nourrissent de verre ou de pétrole... Vous l’avez compris, c’est complètement délirant et l’on tombe littéralement de Charybde et Scylla en lisant cet ouvrage. Les chapitres s’enchaînent avec un plaisir certain mais le lien est tout d’abord ténu... Vers quoi nous dirige l’auteur en accumulant les cas pathologiques et / ou psychologique ? Puis certains personnages reviennent dont une femme travaillant au même endroit que le héros, le Dr Kwon se fait plus présent et puis viennent dans l’intrigue des hommes en noir redoutables qui voudraient bien mettre la main sur les dits dossiers et certaines caractéristiques de patients. On passe alors du récit de découverte sidérante à une trame bien noire mettant en avant des enjeux secrets et des velléités de pouvoir qui ne s’embarrassent pas de considérations morales. Le dernier acte est tranchant à plus d’un titre et verra la vie du héros changer considérablement.

En plus de cette dimension marrante, désarçonnante, ce roman (qui est le premier de l’auteur dans sa bibliographie) est une critique à peine voilée de la Corée du Sud. Quand on lit les éléments biographiques concernant Kim Un-Su, il est dit qu’il s’est retiré de la vie trépidante des grandes villes pour s’isoler. Ce livre met le doigt sur ses préoccupations et sonne, à travers le personnage principal, ses préoccupations mais aussi celles des autres protagonistes, une charge sans faux semblants sur l’individualisme forcené, la course à la performance, les apparences et les jeux de pouvoir et de domination. C’est brillamment fait car à la fois insidieux et puissant. Le fantastique et le roman noir mêlés donnent une puissance incroyable à ce pamphlet qui n’en est pas vraiment un mais profite des circonvolutions de la narration pour lâcher les chevaux. C’est tout bonnement jubilatoire !

Et puis l’écriture de l’auteur est une petite merveille. Comme dans son précédent roman, il y a un art de la caractérisation, un amour pour les personnages qui confine au génie et donne à l’ensemble une certaine volupté, une profondeur confondante qui nous capture et ne nous relâche jamais pendant toute la lecture. Un excellent roman qui ne ressemble à rien d'autre, un OLNI. Entre fantastique, roman noir avec ses personnages complètement branques et une mélancolie diffuse qui nous renvoie à nos errances d'homme soi-disant moderne, on prend une belle claque avec une conclusion sans appel. Courez-y, si vous êtes amateurs !

jeudi 25 mars 2021

"L'Ile des chamanes" de Kim Jay

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L’histoire : Kim Seong-ho est un profileur réputé de Séoul chargé d'une enquête sur un cyber-harcèlement. Très vite, les suspects se retournent contre lui, piratent ses comptes et exposent publiquement sa vie.

Pour le sortir de ce piège, son chef lui confie une nouvelle enquête loin de Séoul, sur l'île de Sambo. Dans ce haut lieu du chamanisme, trois femmes ont disparu, probablement victimes d'un serial killer. Kim Seong-ho est accompagné par Yeo Do-yun, conservateur de musée, spécialiste du folklore et des rites chamaniques, notamment du ssitgim-gut de Sambo.

Le ssitgim-gut est littéralement : " le rituel pour laver les sentiments d'amertume et de rancune éprouvés par le défunt ou la défunte au moment de son trépas ". Mais sur l'île, en ce mois de janvier, dans l'air glacial fouetté par la pluie et les vagues, les victimes ne sont pas encore prêtes au pardon.

De mystérieux conciliabules nocturnes ont lieu entre deux silhouettes, des chiots sont tués, une atmosphère de plus en plus lourde s'abat sur les épaules de Kim Song-ho qui commence à ressentir d'étranges maux de têtes à mesure que des souvenirs personnels viennent se mêler à son enquête...

La critique de Mr K : Retour en Corée du sud avec L’Ile des chamanes de Kim Jay, un thriller bien troussé en provenance du pays du matin calme. Trois femmes disparues, des mutilations d’animaux et une ambiance plombée attendent le héros profileur de ce roman sur une île isolée au sud du territoire continental coréen. Suspens et révélations sont au rendez-vous d’une lecture très plaisante et addictive à souhait.

Kim Seong-Ho est un jeune profileur très doué. Après de brillantes études en psychologie, le voila interrogeant les criminels de la pire espèce pour établir leur profil psychologique et parfois les confondre lors d’interrogatoires rudement menés. Très tôt, il rencontre le succès et est apprécié pour cela. Animal à sang froid, détaché et rigoureux, rien ne semble pouvoir l’atteindre, il présente une solidité à toute épreuve... du moins en apparence. Lors d’une enquête sur un crime lié à une vendetta sur les réseaux sociaux, il montre quelques signes de fragilité quand certaines informations confidentielles le concernant sont répandues sur la toile. Déchargé de l’affaire suite à un suspect qu’il aurait "malmené", le voici envoyé à Sambo.

Accompagné d’un professeur spécialiste en cultes anciens et croyances chamaniques, il débarque dans un univers qui vit en vase clos et où une enquête est en cours. Trois femmes ont disparues sans laisser de traces, pas de messages, pas de cadavres, les rumeurs les plus folles courent sur elles. Départ volontaire vers un avenir meilleur ? Fugue ? Mauvaise rencontre nocturne ? Meurtre sordide ? La police locale est dépassée pour ne pas dire totalement à la rue ! Il suffit d’ailleurs de lire la façon dont ils accueillent le héros avec force coups à boire et repas gargantuesques. Ici on aime la bonne chair, les filles faciles et il y a de la collusion entre les différents milieux sociaux, en fait tout le monde se connaît. L’irruption du profileur va donc mettre un coup de pied dans la fourmilière et révéler les failles de l’enquête débutée auparavant. Nouveaux faisceaux de présomptions, indices et révélations vont bientôt apparaître et remettre bien des choses en question.

En parallèle, des souvenirs ressurgissent du passé du héros, ce dernier passe de très mauvaises nuits et cette affaire pourrait bien le toucher davantage que les précédentes. Une curieuse impression se fait jour dans l’esprit du lecteur qui au fil de sa lecture touche du doigt une vérité qui prendra une ampleur considérable dans les ultimes chapitres. L’auteure se plaît à nous manipuler ainsi que ses personnages. On devine assez rapidement certaines choses, je me suis même dit que c’était trop évident. Mais c’est pour mieux nous piéger par la suite avec des ressorts jusque là invisibles qui vous scotchent littéralement. Avec peu de mots, Kim Jay caractérise ses personnages avec délicatesse et profondeur à la fois, elle nous embarque dans une valse étrange dans un rythme languissant qui peut s’accélérer à tout moment, notamment dans un dernier acte de toute beauté.

Au passage, on se promène dans des paysages magnifiques, la ville bondée de Séoul conserve toujours son charme exotique, on croise nombre de personnages très crûs à partir du moment où l’on se retrouve sur Sambo. On a aussi le droit à quelques moments intéressants en terme sociologiques et culturels avec des scènes de repas dantesques, des cérémonies ésotériques fascinantes ou tout simplement des scènes de la vie quotidienne dans les campagnes coréennes, le tout sans artifice, simplement et de manière très naturaliste. Cela donne du corps à cette enquête haletante qui repose sur un lieu unique où la culture traditionnelle reste prégnante malgré l’hyper connectivité de la Corée du sud.

L'Ile des chamanes se lit facilement avec une langue accessible, incisive et qui sert à merveille le suspens. La traditionnelle liste des personnages mise à disposition par la maison d'édition en fin d‘ouvrage aide beaucoup pour ne pas se perdre avec les patronymes coréens qui peuvent se ressembler. Au bout de vingt pages, on est déjà accro et il est impossible de se détacher de ces pages qui font remarquablement leur office. Une très bonne lecture qui ravira les amateurs de romans policiers asiatiques.

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dimanche 21 février 2021

"Été, quelque part, des cadavres" de Park Yeon-Seon

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L’histoire : L'ado qui se levait tard, sa Mémé et Apollon : Trio d'enquête pour quatre disparitions.

Ce matin-là, Musun – la narratrice – a été réveillée par le réfrigérateur. Parce qu'il n'y avait pas d'autres bruits dans la maison. À 11 heures ? Étrange. Elle s'est levée et a trouvé ce petit mot dans la cuisine, avec quelques billets : "Ma chérie, nous te laissons dormir. Occupe-toi bien de Mémé. On revient dans un mois. Ton Papa qui t'aime."

Toute la famille était rentrée à Séoul en l'abandonnant avec Mémé ! L'horreur ! Dans ce trou perdu où les smartphones ignoraient internet ! Avec cette grand-mère qui sarclait son champ dès cinq heures du matin... Un cauchemar...

La cohabitation avec Mémé débute mal. Jusqu'au troisième jour, quand Musun retrouve un dessin qu'elle a fait 15 ans plus tôt, quand elle avait cinq ans : une carte au trésor ! Et quand elle montre le dessin à Mémé, la vieille marmonne... "Ah... ça... Tu te souviens pas ?... C'était l'été... le jour où les quatre jeunes femmes ont disparu..."

C'est alors que l'enquête commence vraiment, avec dès le lendemain le renfort de l'héritier des Yu, quatorze ans, dont la fabuleuse beauté a immédiatement inspiré à Musun son surnom : Apollon.

La critique de Mr K : Retour en Corée du Sud aujourd’hui avec Été, quelque part, des cadavres de Park Yeon-Seon paru en janvier de cette année aux éditions Matin Calme. Il s’agit d’un premier roman fort réussi d’une scénariste écrivaine qui nous invite à suivre une enquête policière particulière à plus d’un titre sous le soleil plombant d’un petit coin de campagne où bien des secrets sont enfouis depuis quinze ans, depuis un jour dramatique qui a vu la disparition de quatre jeunes filles. C’est en compagnie d’un trio improbable de détectives amateurs qu’on va lever le voile sur cet événement tragique, libérer la parole et se faire surprendre à bien des reprises.

Tout débute par l’arrivée au village de Musun, la jeune narratrice de 20 ans que ses parents ont déposé chez sa grand-mère suite à son échec lors des examens d’entrée en fac. Cette paresseuse à la langue bien pendue et à l’inconséquence parfois agaçante doit donc cohabiter avec sa mémé, Mme Hong Gannan 80 ans, qui ne cesse de faire des reproches à sa petite-fille sur sa manière de vivre, elle, la campagnarde qui travaille durement aux champs depuis des décennies sans jamais se plaindre. Vous vous doutez bien que cette relation fait des étincelles durant tout l’ouvrage et l’on rit beaucoup des échanges vifs qui s’ensuivent mais aussi des réflexions intérieures de la jeune fille qui en bonne adolescente râleuse de la ville est d’une mauvaise foi parfois confondante face à l’aigreur de sa grand-mère qui, après tout, a son âge. Au fil de l’histoire, on se doute bien que leur relation est plus complexe que cela, le rire et les tensions accumulées se muent peu à peu en autre chose que chacune ne peut exprimer à cause de leur pudeur naturelle et de leur fierté. Ces deux là se ressemblent bien plus qu’elles ne veulent se l’avouer.

Après un ou deux chapitres de mise en place, la trame va un peu plus se densifier avec la découverte par la narratrice d’une time-capsule (boîte enfouie avec des objets qui doit être déterrée des années plus tard) dans laquelle se trouve une carte aux trésors qu’elle aurait dessiné à l’époque de la disparition des quatre jeunes filles. De fil en aiguille, elle va se retrouver à enquêter sur les faits Il faut dire que pour elle, il n’y a pas grand-chose à faire dans ce trou perdu qui la répugne ! Pensez-donc, il n’y a pas de WIFI... l’horreur ! Elle va rencontrer Apollon, le petit frère d’une des disparues, un jeune collégien beau comme un dieu (d’où le surnom qu’elle lui donne), au caractère bien trempé lui aussi et qui va se joindre à sa quête de vérité pour notamment essayer de savoir ce qui est arrivé à cette sœur qu’il n’a jamais connue et dont ses parents ne lui parlent jamais. Avec l’aide de Mémé et de sa connaissance encyclopédique des lieux et des habitants, ils vont aller de découvertes en découvertes avec des rebondissements bien sentis qui m’ont régulièrement désarçonné tant on ne s’attend pas à ces résolutions là.

Comme dit précédemment, les personnages sont remarquablement croqués. En plus de la relation assez unique qui lie la narratrice et sa mémé, c’est tout le microcosme du village qui est très bien rendu. Sans pour autant en faire trop, alourdir le récit, l’auteure réussit à créer une entité démographique avec ses codes, ses liens et ses secrets. Il y a une ambiance pesante par moment, surtout quand on évoque les disparues. Des gens se taisent, d’autres masquent la réalité derrière des faux-semblants. On navigue au rythme des travaux des champs, des journées qui s’écoulent lentement, des souvenirs et faits égrainés par Mémé entre deux reproches, des investigations des deux jeunes chez les familles concernées. On fait connaissance avec des personnages profondément meurtris par un passé qu’ils n’arrivent pas à accepter (je me souviendrais longtemps des cris poussés par une renarde inconsolable en haut de la montagne toutes les nuits) et l’émotion nous transperce parfois. Ils sont forts ces coréens ! On retrouve les qualités propres à beaucoup de leurs œuvres littéraires et cinématographiques avec une sensibilité poétique et une violence propre à l’homme qui peut exploser sans prévenir (ici on est plus confronté à la violence des aléas de la vie ou la violence sociale des conventions).

L’enquête en elle-même est tortueuse comme dans tout bon roman policier. On enchaîne pressentiments, indices et fausses pistes avec jubilation. Le fait qu’on ait affaire à des amateurs rajoute un charme indéniable à l’ensemble, un sentiment de décalage qui procure un plaisir de lire bien sympathique. En elle-même, l’écriture de Park Yeon-Seon n’est pas phénoménale mais l’important réside surtout dans l’agencement des éléments et la caractérisation des personnages. A ce petit jeu l’auteure fait carton plein. Été, quelque part, des cadavres est un roman très agréable qui conviendra aux fans de littérature asiatique et de romans policier bien troussés. Avis aux amateurs !

lundi 30 novembre 2020

"Seoul Copycat" de Lee Jong-Kwan

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L’histoire : Un inspecteur se réveille à l'hôpital, sous les yeux d'une collègue et de son chef. Il a réchappé de justesse à un incendie alors qu'il poursuivait un dangereux copycat. Ce dernier a déjà tué trois personnes, trois personnes suspectées d'avoir commis des crimes, trois personnes qui ont été assassinées comme elles avaient probablement elles-mêmes assassiné leurs victimes. Trois personnes qui étaient parvenues à échapper à la justice.

Quel est ce copycat qui pense pouvoir pallier les imperfections de la justice, pourrait-il lui-même appartenir au système judiciaire, ou à la police ?

Le copycat est un assassin qui tue en imitant d'autres criminels dont il a connu les modes d'action dans les médias. Généralement il est lui-même un tueur en série. Ce mimétisme peut aller jusqu'à copier des crimes fictifs décrits dans des livres, films ou séries.

La critique de Mr K : Chronique d’une sacrée claque aujourd’hui avec Seoul Copycat de Lee Jong-Kwan paru chez la jeune maison d’édition Matin Calme qui m’avait déjà diablement séduit avec le très bon Sang chaud de Kim Un-Su. À la confluence de plusieurs genre, entre thriller, policier et polar pour la caractérisation de certains personnages, ce récit enlevé de 250 pages propose une enquête resserrée assez jubilatoire dans son genre autour de quelques personnages charismatiques et une ambiance à couper au couteau.

Lee Suyin se réveille aveugle et amnésique sur un lit d’hôpital. Ce policier suivait la trace d’un copycat s’amusant à tuer ses victimes de la même dernière que ces dernières se sont débarrassées de leur propre victime. Suite à un incendie, le voila diminué et obligé de survivre comme enfermé dans son propre monde. Impossible pour lui de se rappeler de son nom et de sa vie. Seule certitude : il connaît le copycat et il est le seul à pouvoir révéler son identité. Han Jisu est à son chevet. Cette jeune femme solitaire et peu sûre d’elle est profileuse et dans son métier peu lui arrivent à la cheville. Entre les deux commence une drôle d’enquête entre entrevues dans la salle d’hôpital, retours sur les affaires copiées par le tueur et des révélations qui vont finir par pleuvoir et dérouter tout le monde, à commencer par le lecteur lui-même.

Tout commence de manière très classique. Le rythme est plutôt lent, on alterne le point de vue du héros en pleine convalescence qui ne doit se fier qu’à son ouïe et sa manière de penser. Malgré le fait qu’il soit très diminué, il a de la cervelle à revendre, beaucoup de questions aussi et avec l’aide de sa visiteuse, on essaie de retrouver la trace d’un imitateur pour le moins discret et insaisissable. Beaucoup de doutes habitent donc les deux collègues de circonstance, on revient sur les lieux des crimes originels, on ré-observe les données récoltées, on émet des hypothèses et surtout on essaie de comprendre les agissements de ce tueur peu commun. Pourtant, on sent bien que quelque chose cloche, on ne sait pas quoi mais le feeling ne trompe pas. Il manquait juste une pièce du puzzle...

Arrivé à la moitié de l’ouvrage, l’impact a lieu. Au détour d’une fin de chapitre, toutes les certitudes s’effondrent et l’emballement se produit. On se rend compte que manipulations et mensonges nous ont conduits sur des fausses pistes et les apparences s’avèrent trompeuses. Le jeu de dupe ne fait en fait que commencer, les nouvelles pistes elles aussi se révèlent fausses et c’est un véritable récit à tiroirs qui s’ouvre à nous. Moi qui suis habitué à ce genre de littérature et les effets qui y ont cours, je me suis fait avoir comme un bleu. C’est dire la fraîcheur et l’originalité de l’œuvre qui ménage parfaitement le suspens. On ne voit vraiment rien venir et on sort de cette lecture bluffé par la maestria narrative déployée.

Le traitement psychologique des personnages est un modèle du genre, tout en subtilité et méandres emberlificotés. Il faut aussi faire le tri de ce qui est de l’ordre du ressenti ou du fait, tout peut être entièrement relu quelque pages plus tard par un autre point de vue. C’est réjouissant d’intelligence et la structure du récit s’apparente à une architecture complexe mais aux fondations solides. Tout trouve finalement sa place et le climat instauré tout du long est électrisant. Rajoutez par dessus, une écriture accessible et trompeuse dans son apparente simplicité, et vous obtenez Seoul Copycat, un livre fascinant et déroutant à la fois. Les amateurs y trouveront plus que leur compte et ne doivent surtout pas passer à côté !

vendredi 30 octobre 2020

"Carnets d'enquête d'un beau gosse nécromant" de Jung Jae-Han

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L'histoire : Bienvenue au cabinet secret de Nam Hanjun, alias Beau Gosse, pseudo-chaman et authentique escroc. Avec ses deux complices, Hyejun, sa petite-sœur hackeuse de génie et Sucheol, dit Mammouth, détective privé, ils offrent à leur riche clientèle des "divinations" sur mesure qui font leur succès.

Un soir, une cliente les appelle après avoir cru apercevoir un fantôme dans sa cuisine. Quand ils arrivent leur présence attire l'attention d'un voisin qui prévient la police. Une jeune inspectrice se rend sur place, Ye-eun, experte en arts martiaux, que ses collègues surnomment justement le fantôme tant elle est rapide et discrète. Dans la cave de la maison, elle découvre le cadavre d'une adolescente recherchée depuis un mois.

La critique de Mr K : Petite incartade bien piquante au pays du matin calme avec cette comédie policière coréenne pas piquée des vers. Carnets d’enquête d’un beau gosse nécromant de Jung Jae-Han m’a bien convaincu malgré un démarrage un peu poussif... mais en persévérant personnages et intrigue générale prennent une belle ampleur, l’addiction arrive et l’ouvrage se termine en apothéose.

On suit donc tout particulièrement trois personnages dont un frère et une sœur hauts en couleur. Il y a tout d'abord Han Jun, le frère, qui s’est autoproclamé chamane et qui s’avère très vite être un bel escroc ! Il vit de prévisions et d’actes d’exorcisme qu’il facture très cher. Amateur de luxe, poseur devant l’éternel, il mène ses affaires tambour battant et ne fait que peu cas de la morale. Dans son sanctuaire, il travaille notamment avec sa frangine, Hye-Jun, génie de l’informatique embauchée puis virée par le FBI qui fait des miracles derrière ses écrans. Elle est très utile pour mieux enquêter sur les clients et dégoter des informations précieuses. Enfin, il y a aussi Su-Cheol, détective privé attaché aux deux Jan aussi costaud que dévoué au sanctuaire. En parallèle, sur certaines enquêtes, on croise un quatrième larron, une enquêtrice de police jeune, motivée et virevoltante qui ne lâche rien mais alors vraiment rien ! Ces quatre là, au fil des cas sur lesquels ils enquêtent, se croisent, s’affrontent même parfois, la police n’aimant pas que l’on marche sur ses plates bandes.

Les débuts comme dit précédemment sont déconcertants. La langue et la construction ne m’ont pas du tout touché. Je trouvais les affaires expédiées, sans réelle saveur ni épaisseur. Les récits me semblaient plutôt légers, faciles à écrire en tout cas quand on pratique le genre depuis un certain temps. Les personnages principaux très caricaturaux s’avéraient surfaits mais aussi parfois agaçants. C’est peu de dire qu’au départ, je n’ai pas été emballé. Beaucoup peut-être auraient abandonné cette lecture au bout de cinquante pages mais c’est sans compter mon opiniâtreté et mon goût pour la littérature asiatique en générale. Et puis, cette maison d’édition m’avait épaté avec Sang chaud de Kim Un-Su, les mêmes éditeurs ne pouvaient avoir choisi d’éditer un récit si plat.

En fait, tout décolle vraiment au premier tiers quand l’affaire de la jeune fille morte aux escarpins blancs prend de l’ampleur. On se rend compte que toutes les circonvolutions et détails précédents prennent leur importance. Au final, les personnages ne sont pas si lisses que cela, à commencer par le chaman qui cache un sacré secret qui remet totalement en perspective tout ce qu’on peut se faire comme idée sur lui, en tout les cas, il est bien plus profond que l’image superficielle et suffisante qu’il donne à voir. Les relations avec ses deux acolytes gagnent en substance, une certaine sensibilité se dégage et les rapports avec la policière prennent le même chemin. C’est diablement bien mené cette affaire et on se fait agréablement surprendre par une alchimie séduisante et durable.

De plus, l’enquête en elle-même se révèle bien tortueuse. Là où au départ, on se trouve devant une histoire fun à la Tarantino parfois (dans les punchlines, les scènes d’action parfois délirantes), les indices mènent les protagonistes dans les rouages d’une entreprise peu scrupuleuse où l’on explore des univers interlopes peu ragoûtants : promesses de carrières, prostitution, drogue et manipulation, carriérisme politique, lobbying en tout genre. Autant dire qu’on plonge littéralement du côté sombre de cette société policée qui cache des vices bien épouvantables. Les bad guy sont très réussis, retors à souhait, baragouineurs, parfois avec des passés terribles qui expliquent la déliquescence de leurs âmes. On déguste avec un plaisir renouvelé cette immersion totale dans un pays aussi fascinant qu’étrange.

Je ne vous cacherai pas que la langue n’est pas la plus subtile que j’ai lu en provenance de ce pays littéraire entre tous. C’est efficace, les changements de narration bien trouvés mais on reste dans un niveau fun sans plus. J’ai par contre particulièrement apprécié les notes de bas de page qui sont assez rigolotes, les traducteurs s’en sont donnés à cœur joie et ont à priori respecté ce que l’auteure elle-même distille dans la version originale. Franchement, on passe donc un bon moment avec Carnets d'enquête d'un beau gosse nécromant. La lecture est aisée et quand on rentre dans le cœur du sujet, on ne peut que poursuivre jusqu’au mot fin. C’est déjà gage d’une bonne lecture, non ?

lundi 27 janvier 2020

"Sang chaud" de Kim Un-Su

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L’histoire : Huisu, homme de main pour la mafia de Busan, atteint la quarantaine avec pas mal de questions. Jusque-là, il n'a vécu que pour les coups tordus, la prison, les exécutions, tout ça pour se retrouver dans une chambre minable, seul, avec pour horizon des nuits passées à dilapider son argent au casino. il est temps de prendre certaines résolutions... avec un solide couteau de cuisine dans son poing serré.

La critique de Mr K : Vous aimez les polar bien noirs, servis bien frappés ? Ce roman est fait pour vous ! Sang chaud de Kim Un-Su est le premier ouvrage édité par la toute nouvelle maison d’édition Matin Calme, une équipe passionnée par l’Asie et tout particulièrement par la Corée du sud, un pays qui depuis quelques temps marque de son empreinte le paysage culturel (je pense notamment à la Palme d’or 2019 Parasite et surtout à Old Boy un de mes films culte). Les écrivains coréens percent encore peu en occident même si j’ai eu l’occasion d’en découvrir quelques-uns en lisant des ouvrages des éditions Picquier. Matin Calme propose, avec ce titre et ceux qui vont suivre dans le courant de l’année, d’explorer la face sombre entre polar et thriller d’un pays pas comme les autres et que je trouve pour ma part très attirant par le côté jusqu’au-boutiste des œuvres qu’il peut livrer. Ce n’est pas cet ouvrage qui me démentira...

On suit le parcours de Huisu, le bras droit d’un parrain de la mafia de la ville de Busan, la deuxième agglomération du pays. D’un naturel calme et pondéré, il gère l’hôtel de son patron, s'occupe des affaires de ce dernier, participe à quelques opérations à haut risque et se place en première ligne lors de négociations tendues. Depuis quelques temps, il se pose pas mal de questions existentielles. A quarante ans, sa vie ne lui convient plus vraiment. Sans réel domicile fixe, célibataire, il se sent non reconnu par son boss et songe clairement à mettre les voiles vers d’autres horizons avec en filigrane le rêve fou de se poser et peut-être de renouer avec son amour de jeunesse. Mais qu’il est dur de s’extirper du milieu surtout quand les événements se précipitent avec des tensions nouvelles qui apparaissent, une compétition de plus en plus rude entre caïds, une guerre de territoire qui n’en finit jamais et va faire voler en éclat les anciennes alliances et les amitiés.

Sang chaud propose une immersion totale dans le milieu du grand banditisme coréen. Véritable opéra en deux actes, ce récit nous conte une histoire certes classique mais qui surprendra tout de même les amateurs du genre par un ton et un univers géographique qui sort des sentiers battus. On retrouve la figure tutélaire des chefs que l’on doit respecter malgré leur intransigeance et leurs trahisons opportunistes, les seconds couteaux avides de pouvoir et d’argent, la main mise des criminels sur les populations et les institutions ainsi que la fulgurance de certaines opérations d’intimidation voir de conquête. On navigue constamment entre calme apparent, pas feutrés et explosions de violences intenses et brèves marquées du sceau coréen (l’arme blanche étant privilégiée, les meurtres se révèlent très graphiques et sanglants, miam !). Très cinématographique dans son écriture, ce roman emporte son lecteur par sa trame qui tantôt s’emballe et tantôt ralentit proposant de purs moments de plaisirs.

J’ai été totalement emballé dès les premiers chapitres. Kim Un-Su nous propose une brochette de personnages plus charismatiques les uns que les autres. Huisu est un modèle d’antihéros qui au fil du récit semble avoir un espace de liberté de plus en plus réduit malgré l’impression de force, de sérénité qu’il dégage et sur lequel de sourdes menaces s’accumulent. Bien malin sera celui qui réussira à deviner son sort final. Mais mon Dieu quelle tension accumulée ! La moindre scène devient dérangeante et pesante tant tout peut arriver à n’importe quel moment. À ce propos, ne vous attachez pas trop aux personnages, le casting a tendance à se faire trucider au fil des pages ! On croise nombre de personnalités étranges, déviantes et totalement perchées : un jeune malfrat totalement fou et capable du pire, un vieux tueur à gage amateur de barbecue (écrit pour moi celui là !), un ami d’enfance passé dans le camp ennemi dont il faut se méfier, des vieux de la vieille débonnaires dont l’apparence pourrait bien être trompeuse, une prostituée rangée des affaires qui tente de survivre dans la jungle phallocrate qui l’entoure... et une pléthore de seconds rôles qui donnent à voir un microcosme des plus inquiétants où parfois une étincelle d’espoir ou de bonheur scintille au milieu de la nuit. C’est toujours fugace mais cela permet de relâcher la pression un temps...

Remarquablement écrit dans un style direct, incisif avec de beaux passages contemplatifs mettant à nu le cœur et les aspirations humaines, on prend uppercuts sur uppercuts lors de la lecture avec une histoire peuplée d’âmes damnées en quête d’amour, de reconnaissance et de toujours plus de pouvoir. C’est puissant, bouleversant parfois et surtout totalement addictif. Les 480 pages de l’ouvrage se lisent d‘une traite avec un plaisir de tous les instants. Les amateurs ne doivent surtout pas passer à côté, dans le genre c’est brillant. On en redemande !