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L’histoire : Pour avoir naïvement cru aux promesses d’amour de son employeur, Evangeline, jeune gouvernante anglaise, a été accusée de vol et condamnée à la déportation. Sur le navire qui l’emmène en terre australe, elle pense à ce que sera sa vie dans le "pays au-delà des mers", qu’on dit si inhospitalier, peuplé d’indigènes et de renégats. Elle pense aussi à l’enfant qu’elle porte : saura-t-elle le protéger ? Pourra-t-elle s’appuyer sur la débrouillarde Hazel avec qui elle a noué une forte amitié lors de la traversée ?

Au même moment, sur l’île Flinders, au large de l’Australie, Mathinna, une orpheline aborigène, est elle aussi retenue prisonnière. Arrachée à sa tribu, la petite a été adoptée par le gouverneur et son épouse, qui entendent bien la civiliser à tout prix.

Ces trois femmes l’ignorent encore, mais leur sort est inextricablement lié. Sur ces terres soumises à la folie des hommes, elles auront besoin de toutes leurs forces, de tout leur courage pour survivre et se frayer un chemin vers la liberté.

La critique de Mr K : Très belle lecture que Le Pays au-delà des mers de Christina Baker Kline. Fresque intime et historique, on se prend immédiatement au jeu, on s’attache aux différents personnages et l’on passe vraiment un très bon moment.

Evangeline est une jeune gouvernante toute fraîchement émoulue de sa campagne anglaise. Fille de pasteur, elle a reçu une éducation classique et exerce son rôle de préceptrice dans une famille aisée de Londres. Candide face aux promesses du fils de la maison, elle se retrouve ensuite victime d’une machination qui la voit condamnée à la "transportation" pour un vol supposé. Cette déportation vers les terres australes de la couronne anglaise était monnaie courante à l’époque, on exilait ainsi les indésirables que l’on ne voulait plus voir sur le territoire métropolitain.

Après des semaines très éprouvantes dans les prisons du royaume, la voila embarquée sur un navire rempli de convicts (nom donné aux prisonnières de droits communs que l’on envoyait à l’autre bout du monde), elle y rencontrera Hazel avec qui elle va créer un lien très spécial (je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler l’intrigue qui prend un virage surprenant en milieu de lecture). En parallèle, on suit aussi le destin aussi peu enviable de Mathinna, une jeune aborigène qu’un riche couple d’anglais a pour lubie de "civiliser" et qui se retrouve déracinée loin des siens. Comme bien souvent, tous ces personnages ne semblent avoir de liens mais l’histoire dénouée va remédier à cela et proposer trois destins forts et inextricablement liés.

Ce roman dégage d’abord une force romanesque peu commune. On se fait embarquer dès le premier chapitre par ces destins pour le moins contrariés. Que les temps sont durs pour les parias et surtout pour les femmes ! Ainsi Mathinna, Evangeline et Hazel connaissent une véritable descente aux enfers. Rien ne nous est épargné pour les deux premières avec des scènes bouleversantes qui prennent à la gorge. Je me souviendrais longtemps de la mise en accusation d’Evangeline puis de son séjour en prison entre promiscuité, violence, incurie des gardes et l’attente insoutenable du jugement qui sera d’ailleurs lapidaire. Tout aussi violents sont l’extraction de Mathinna de sa tribu et sa "rééducation". Le racisme rejoint le machisme, l’absence d’empathie et d’humanité de nombres hommes et femmes détenteurs d’un pouvoir inique qui écrase et opprime.

La critique est ici féroce de la colonisation tout d’abord et du mépris du genre humain sur lequel elle est bâtie. L’acculturation mais aussi la répression sont fort justement décrits au détour des destins que l’on croise, la veulerie des uns et la connerie raciste des autres se vivent au quotidien par des victimes enfermées dans des clichés et des carcans idéologiques partagés par le plus grand nombre. Nos héroïnes sont bien peu de choses et on le leur rappelle bien souvent mais elles tiennent, elles se raccrochent à quelqu’un, à quelque chose, un idéal, une lueur d’espoir même si c’est extrêmement difficile vu les situations qu’elles doivent traverser. Un événement bouleverse la donne à mi-récit et m’a littéralement bluffé en terme de risque narratif. J’adore être surpris, je dois avouer que je suis resté scotché à mon canapé.

L’époque est donc très bien rendue, les personnages sont complexes. L’ensemble est cohérent, crédible et provoque une addiction terrible. Impossible de lâcher ce roman tant on est happé par l’histoire et que l’on veut absolument en connaître le dénouement. L’écriture accompagne le récit à merveille, simple, concise et enveloppante, la lecture se fait toute seule et avec un plaisir qui ne se dément jamais. Le Pays au-delà des mers est vraiment un bel ouvrage que je vous invite à découvrir au plus vite.