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L’histoire : La Frontera, une zone de non-droit séparant le Mexique des États-Unis. C'est là que sévit le Coyote. Personne ne connaît son nom, mais à quoi bon ? Il est le Coyote, tout simplement. Celui dont la mission divine est de sauver des enfants mexicains en leur faisant passer clandestinement la frontière vers la terre promise. La Virgencita veille sur eux - et sur lui, son guerrier sacré, son exécuteur des basses œuvres. Autour de lui, d'autres habitants de la zone, confrontés eux aussi à la violence, au deuil, au désespoir. Tous résolus à se soulever contre un monde qui fait d'eux des indésirables. Cavales, fusillades, cartels, sacrifices sanglants, fantômes et divinités vengeresses... L'heure de la revanche latina a sonné.

La critique de Mr K : Une lecture qui dépote au programme aujourd’hui avec Les lamentations du coyote de Gabino Iglesias, un écrivain d’origine portoricaine que je découvrais avec ce titre. Précédé d’une réputation flatteuse pour Santa Muerte (que je vais m’empresser de dégoter dans les mois à venir), j’avais vraiment envie de découvrir son univers et son style volcanique. Je n’ai pas été déçu !

Se déroulant à la frontera, zone sous tension entre les États-Unis et le Mexique, on ne peut pas vraiment résumer ce roman tant il s’apparente à un patchwork, un assemblage de destins qui ne sont pas forcément liés mais qui sont unis par la souffrance et la colère. La folie guette bien souvent dans cet univers sombre qui baigne dans une époque contemporaine sombre entre toute. Trump et sa politique nationaliste, la pauvreté, mère de tous les vices, les gangs et la mafia, le trafic d’enfants, la femme objet livrée à des hommes sans scrupules sont au cœur de ce récit endiablé dont personne ne sortira indemne. Les personnages se débattent donc avec leurs pulsions, leurs missions et l’envie de se révéler à eux-même dans une morale somme toute très personnelle.

Dans un style très cinématographique, frontal et enragé, simple mais non dénué de poésie, l’auteur propose un voyage à nul autre pareil au cœur d’une société gangrenée par le mal et le désespoir. J’ai rarement lu un ouvrage aussi noir et des images restent en mémoire longtemps après la lecture : un père tué sous les yeux de son fils, des migrants qui meurent dans le camion qui doit les emmener vers le rêve américain, un spectacle d’art vivant qui vire au massacre engagé, une installation spécialisée dans la disparition de corps humains gênants... Le tout est enrobé de dialogues saignants et de fusillades bien hard-boiled. Pas de doute, on est dans le viscéral, le poignant.

Mais ce roman ne peut se résumer à cela. En mêlant réalisme mais aussi ésotérisme et légendes latinos, Gabino Iglesias amène l'ouvrage vers des sommets insoupçonnés avec une ouverture vers l’identité latino, une porte ouverte aussi sur la foi qui soulève les montagnes et justifie parfois les actes les plus innommables, la course à la consommation et les cadavres vivants (ou non) qu’elle laisse sur le bord de la route. Le mal est partout, des deux côtés de la frontière, et il éclabousse le visage du lecteur qui en reste tout étourdi devant ce maelstrom chaotique et sans solution si ce n’est les actes désespérés de quelques uns ou la vengeance froide et brutale, libératrice autant que destructrice.

Bon roman donc auquel il manque cependant je trouve un peu d’épaisseur dans les personnages qui peuvent à l’occasion sonner creux ou se révéler caricaturaux. La puissance déployée est intéressante mais aurait gagné encore en impact en développant davantage les fêlures de chacun, en contextualisant plus dans l’intime, dans les tripes. Les Lamentations du coyote aurait gagné un supplément d’âme et une portée encore plus importante en allongeant un peu la sauce d’une cinquantaine de pages. Le rythme effréné en aurait été affecté c’est sûr mais certains personnages dont le héros éponyme auraient gagné en profondeur et en consistance.

On passe tout de même un excellent moment ! Cet ouvrage se situe dans le haut du panier avec un ton jubilatoire et un récit qui porte littéralement le lecteur. Ça se dévore tout seul, la langue provoque un plaisir de lecture incroyable et il est impossible de passer à côté si le noir est votre couleur préférée.