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L’histoire : Jeune retraité à la vie bien rangée, malmené par une épouse exaspérée par le moindre de ses gestes, Harold Fry reçoit un matin une lettre de Queenie, une vieille amie perdue de vue qui lui annonce sa mort prochaine. Une lettre à laquelle Harold s’empresse de répondre mais qu'il ne postera jamais.

Mû par l'intuition qu’il doit remettre cette lettre en main propre à son amie et que, tant qu’il marchera, elle vivra, sans boussole ni carte, sans téléphone ni chaussures de marche, Harold entame une traversée de près de 1 000 km à travers l'Angleterre.

L’occasion pour lui de réfléchir sur sa vie : son enfance douloureuse entre un père alcoolique et une mère absente, sa relation avec sa femme, Maureen, et leur première rencontre, ses rendez-vous manqués avec son fils David, sa vie professionnelle ratée, l’alcool, Queenie... Le destin d’un homme ordinaire prêt à traverser à pied un pays tout entier sur la seule certitude qu’il peut par ce geste sauver son amie.

La critique de Mr K : Lecture coup de cœur aujourd’hui avec un roman qui m’a captivé du début à la fin procurant une addiction incroyable qui m’a laissé totalement sidéré en le refermant. Je ne m’attendais pas à être autant accroché par La Lettre qui allait changer le destin d’Harold Fry de Rachel Joyce et pourtant... Derrière une histoire qui a l’air toute simple (quoique étrange je vous l’accorde), ce roman est de ces œuvres que l’on dévore littéralement, l’engrenage est vraiment terrible et il est tout bonnement impossible d’y échapper.

Un sexagénaire tout ce qui a plus de commun mène une retraite plutôt sans histoires. Harold n’a pas eu une vie remarquable en soi, sa carrière professionnelle s’est révélée chaotique et anecdotique, il n’a jamais vraiment réussi à créer un lien fort avec son fils et son épouse semble ne plus le supporter. C’est donc la réception d’une lettre d’une amie qui va donner un coup de pied dans la fourmilière. Atteinte d’un cancer en phase terminale, elle est à l’agonie. Harold lui répond mais sur la route le menant à la boite aux lettres, il décide de partir à pied, de traverser le Royaume-Uni du Sud au Nord pour lui porter son pli en main propre, persuadé que le sachant sur la route pour la rejoindre, elle va gagner du temps dans sa lutte contre la Faucheuse. Un voyage initiatique démarre pour Harold qui au fil des miles, de ses observations et de ses rencontres fait le point sur son existence. Il en va de même pour Maureen sa femme restée à la maison et totalement dépassée par cette décision subite. Au fil des pages, de l’alternance des points de vue, le voile se lève sur ce couple, sur les motivations et réactions de chacun, livrant au final des vérités bien senties et une résolution qui m’a ému aux larmes.

Ce roman est une merveille de construction. Le rythme est plutôt lent au départ, le temps pour l’auteure d’installer les forces en présence. Sans livrer beaucoup de détails, on assiste au quotidien d’Harold en un premier chapitre qui plante bien le décor. On se dit alors que l’on a bien compris la logique de fonctionnement d'un couple à bout de souffle. C’est sans compter les omissions et ellipses invisibles qui sont en jeu et qui vont se révéler au fil de la lecture. Les apparences sont ici bien plus trompeuses qu’on ne le croit et au final, diablement malin est celle ou celui qui devinera les tenants et aboutissants de la relation entre Harold, Maureen et leur fils David. On se fait vraiment bien avoir dans cette affaire. Je me suis pris à juger très vite des personnages, à les percevoir sous un mauvais jour et toutes les pistes envisagées se sont avérées fausses ou du moins tronquées d’un élément essentiel que Rachel Joyce assène à un moment où on ne s’y attend pas.

Il faut dire qu’elle s’y entend en terme de caractérisation des personnages. Pas simplement le trio familial, le voisin Rex et même tous les inconnus qui vont croiser la route d’Harold apportent leur pierre à l’édifice et se révèlent tous très fouillés. Ce voyage est en fait le prétexte d’une grande remise en question, d’une introspection prolongée pour Harold. Par touches successives, au gré de rencontres clefs, d’observations de la nature, Harold change. Ce voyage éprouvant ne l’est pas seulement physiquement, psychologiquement il va subir des chocs violents, se révéler à lui-même et évoluer à sa manière. Il prend conscience de ses manquements, revient sur des passages clefs de son existence. Il réfléchit à son couple et sa relation avec Maureen, à son fils qu’il n’a jamais compris, à sa relation avec Queenie aussi (la fameuse collègue condamnée par la maladie). Ce cheminement mental est passionnant, mené de main de maître comme d’ailleurs le processus qui s’opère en parallèle chez sa femme. Ces deux-là souffrent et très vite le lecteur est submergé par des émotions contradictoires, durables qui le maintiennent captif de ces pages au charme impressionnant.

Les pages se tournent toutes seules grâce à la magie des mots et le sens aigu de la narration que possède l’auteure. Quand on sait que c’était un premier roman à sa sortie, ça a de quoi épater ! J’ai adoré ce roman, je trouve que dans son genre, il fait partie des meilleurs que j’ai pu lire. Je ne saurais donc trop vous le recommander.