Frankenstein - Benoit BeckerL’histoire : Et si la créature de Frankenstein avait survécu ?
Et si, monstre solitaire toujours en quête d’une compagne à sa mesure, il choisissait de revenir hanter les lieux de sa naissance, semant toujours plus de morts et d’horreur sur son passage ?

La critique de Mr K : Aujourd’hui, lecture sacrilège ! Benoît Becker (aka Jean-Claude Carrière) a écrit dans les années 50, une série d’ouvrages se déroulant après l'incontournable Frankenstein de Mary Shelley, œuvre culte entre toutes. Il n’était bien évidemment pas question pour lui de vouloir "dépasser" l’œuvre originelle mais plutôt de prolonger le plaisir avec un exercice de style décliné en six volumes. Ce premier jet, qui réunit les deux premiers ouvrages en un, sort ce mois de janvier dans la jeune et prometteuse maison d’édition French Pulp à qui l’on doit déjà la ressortie de la superbe saga de La Compagnie des glaces (j’en reparlerai d’ici peu). C’est donc sans complexe et l’envie de lire de bons récits d’angoisse que j’entamai ma lecture. Je n’ai pas été déçu.

Dans les deux récits ici proposés, on retrouve un endroit isolé en proie à la terreur et au doute. Des meurtres abominables sont commis, des gens disparaissent et les soupçons s’orientent vers l’étranger, l’être différent. Au centre de ces histoires, on retrouve aussi une femme au caractère indépendant, plutôt isolée qui va agir comme une catharsis sur la fameuse créature. Car elle existe bien, même si elle n’est pas forcément responsable de toutes les atrocités commises dans le secteur. Derrière les crimes se cachent bien souvent des êtres humains avides de pouvoir et de secrets interdits à la compréhension humaine. Le bal tragique peut alors commencer et peu de personnes seront épargnées...

On sent bien que Benoît Becker a pris un sacré plaisir à reproduire l’ambiance gothique du roman de Shelley et de ses compagnons écrivains de l’époque. C’est avec un plaisir renouvelé que l’on se laisse emporter par l’écriture fluide, précise et évocatrice de l’auteur. L’Irlande du premier récit et l’île écossaise du second n’auront plus de secret pour vous, surtout dans leur pendant sombre et brumeux. L’auteur arrive à poser une ambiance incroyable en quelques pages et la tension inhérente à la nature sauvage qui enveloppe les protagoniste est très bien rendue. Marais insalubres, brumes impénétrables, ruines mystérieuses, village isolé, mer déchaînée, hommes enfermés chez eux dès la nuit tombée, rien ne manque pour distiller l’angoisse et la défiance dans la tête du lecteur. Benoît Becker s’y entend dans le domaine et ne relâche rien jusqu’à la dernière page.

Les récits en eux mêmes sont plutôt classiques, le premier est même assez proche de l’original. Beaucoup de références sont faites à l’écrit de Shelley, mais très vite l’histoire devient autonome et poursuit son petit bonhomme de chemin. Je vous l’accorde la surprise est rarement au RDV mais c’est tout de même avec plaisir que l’on poursuit sa lecture attendant avec impatience la prochaine apparition du monstre, la description de la victime pétrifiée d’horreur face à l’indicible ou encore la réaction des habitants pour régler son compte au coupable. Du classique et encore du classique mais de l’efficace, avec une créature insaisissable et solitaire, un savant fou menant des expérience peu ragoûtantes, des jeunes filles en détresse, des humains dépassés et au final des frissons et de l’aventure.

Du classique et rien que du classique qui font de cette lecture une belle expérience qui a défaut d’être originale s’avère vivante (she’s ALIVE!), prenante et finalement très récréative. Une expérience à tenter si le cœur vous en dit, les amateurs apprécieront grandement.