mardi 11 juillet 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 9 et 10 de G. J. Arnaud

979-10-251-0254-1-CDG9-10-uai-720x1178

L’histoire : Lien Rag était un aventurier, un rebelle qui s’était dressé maintes fois contre la tyrannie des grandes compagnies ferroviaires. Aujourd’hui, il n’est plus qu’un ingénieur bien rémunéré, choyé par la plus puissante des compagnies, la panaméricaine.

Mais quand les projets de son impitoyable dirigeante, Mrs Diana, mettent en danger la vie de millions de personne, Lien Rag sait qu’il n’a plus le choix : il lui faut, de nouveau, entrer en résistance...

La chronique de Mr K : C'est avec un grand plaisir que je me suis replongé dans la lecture de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud. On en arrive aux volumes 9 et 10 compilés ici dans un ouvrage de 400 pages faisant une fois de plus la part belle à l'anticipation dans un monde apocalyptique gelé et contrôlé d'une main de fer par des compagnies ferroviaires toutes puissantes qui ont remplacé les anciens États. Encore une fois le voyage fut exquis et immersif à souhait malgré quelques scories qui commencent à apparaître, certaines obsessions de l'auteur qui à mon sens en fait un peu trop.

On retrouve donc nos personnages principaux, Lien Rag, Le Kid, Yeuse et Jdrien qui chacun a fort à faire. L'un doit désormais s'affranchir de la tutelle dominatrice de lady Diana qui pour les intérêts de la Panamérica n'hésite pas à planifier un véritable génocide au nom de l'agrandissement et l'enrichissement de sa compagnie au détriment du droit et de la morale. Ne pouvant plus soutenir cette politique et échappant de peu à un attentat contre la commission de vérification, il tente de s’enfuir vers l’est. Le Kid lui, continue d’étendre sa compagnie ferroviaire en essayant de conserver ses idéaux démocratiques, il doit cependant faire face à des esprits séditieux et le regroupement des Hommes Roux aux abords de la cité. Ces derniers attendent une sorte de messie qui devrait les libérer du joug des humains, ce ne serait nul autre que le fils de Lien Rag, mais Jdrien a disparu...

À travers sa saga, G-J Arnaud en profite pour critiquer en filigrane notre propre monde. Cette fois ci, c’est clairement l’ONU et ses organismes apparentés qui sont visés. On ne peut que rester sceptique face à leur impuissance à agir contre l’incurie de certains pays ou entreprises multinationales. C’est aussi le cas dans ces volumes où finalement Mrs Diana va tout faire pour contourner les lois internationales pour mener à bien ses projets d’hégémonie, toute ressemblance avec les crises ukrainienne et syrienne est fortuite vu la date d’écriture du roman mais ça m’y a diablement fait penser. C’est donc le cœur déchiré qu’on suit les développements de l’histoire qui conjugue les notions de complot, de trahison et d'extermination en masse d’innocents au nom du sacro-saint pouvoir. C’est puissant, bien vu et bien mené.

On continue aussi à suivre des personnages qu’on a appris à aimer. J’ai une tendresse toute particulière pour le Kid et Yeuse qui ayant tout perdu (la compagnie de cirque/théâtre qui les employait a disparu) doivent se refaire entièrement malgré leur disgrâce et leur condition (un nain et une femme). Ils se caractérisent par une intelligence et une capacité d’adaptation hors du commun. Même s’il est moins présent dans cet ouvrage, Jdrien est toujours aussi attachant, il grandit et commence à avoir des velléités d’indépendance car ses pouvoirs se développent et il est irrémédiablement attiré par son peuple qui semble se réunir pour lui. Lien Rag lui m’indiffère de plus en plus, il semble bien trop souvent obnubilé par son appareil génital, l’auteur se complaît à nous livrer ses pseudos états d’âme et désirs, quitte à virer dans le roman érotique à deux balles où les femmes ne sont là que pour satisfaire les désirs du mâle alpha. Ce qui était marrant en début de saga devient un peu lourd-dingue à la longue et a freiné quelque peu mon enthousiasme lors de certains passages mettant en jeu ce perso. J’en viendrais presque à souhaiter qu’il disparaisse pour alléger l’ensemble mais bon, gageons que la suite me donnera tort.

Au delà de cette déception ponctuelle, c’est toujours un bonheur de replonger dans cette terre gelée où le danger peut venir de partout et de n’importe qui, on ne peut que s’incliner devant le talent déployé pour décrire ce monde rude où chacun survit à sa manière malgré des obstacles de plus en plus importants. L’écriture aérienne la plupart du temps immerge immédiatement le lecteur et les 400 pages se lisent quasiment d’une traite quitte à s’endormir très tard. Un bon volume donc qui fait avancer la trame principale et incite à poursuivre sa lecture. Vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
- La Compagnie des glaces tomes 7 et 8


lundi 19 juin 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 7 et 8 de G. J. Arnaud

Le-gnome-hallucine-La-compagnie-de-la-banquise

L’histoire : On l’a surnommé le gnome, car il mesure à peine plus d’un 1m10. Nain dans un monde recouvert de glace, où tout est étroitement contrôlé par de grandes compagnies ferroviaires, il est devenu le père adoptif de Jdrien, l’enfant hybride de Lien Rag...

Son rêve ? Fonder sa propre compagnie ferroviaire ! Et en faire la compagnie la plus puissante du globe ! Mais entre le envieux qui préparent un coup d’état, la puissante panaméricaine qui complote pour lui voler ses ressources, et Lien Rag qui souhaite toujours, plus que tout, lui récupérer son fils, le Kid arrivera-t-il un jour à réaliser son rêve ?

La critique de Mr K : Retour dans l’univers de la saga de La Compagnie des glaces de G. J. Arnaud dont les tomes 7 et 8 sont réunis dans cette réédition tout juste sortie chez French Pulp éditions. La plus grande saga de SF jamais écrite, revient ici en laissant quelque peu de côté le héros principal Lien Rag pour s’attarder davantage sur son métis de rejeton aux prises avec la cupidité et le racisme des hommes et sur l’aventure commerciale menée par l’ancien aboyeur du théâtre Miki devenu entrepreneur de compagnie ferroviaire. Loin de ralentir la progression de l’intrigue principale, ces deux volumes complètent la caractérisation principale de ce monde futuriste inquiétant et procure un plaisir de lecture inchangé depuis les débuts de la saga.

Lien Rag exilé loin de lui et Yeuse déportée dans un train goulag pour l’assassinat d’un officier, Jdrien (le fils de Lien, fruit de son union contre-nature avec une femelle des hommes-roux) se retrouve confié au gnome et à sa compagne. Aimé et choyé, il va attirer bien des convoitises, notamment celle d’un général dictateur en fin de vie dont les souffrances sont apaisées par la présence de cet enfant différent. Car la jeune pousse a un don qui pourrait se transformer en malédiction si l’on découvrait sa vraie nature... Le gnome pour sauver cet enfant va devoir entreprendre un périple aux confins du monde et cette expérience va l’amener à s’interroger sur ses rêves et aspirations. Commence alors la longue construction d’un empire ferroviaire avec ses moments de gloire et ses difficultés. En parallèle, aux cours de quelques chapitres, nous retrouvons tout de même Lien Rag aux prises avec Mrs Diana, chef de la puissante compagnie panaméricaine qui souhaite mener à bien un projet qui risquerait bien de provoquer une apocalypse...

Loin de spoiler, ce résumé bref laisse entrevoir les nombreuses péripéties qui peuplent ses pages. On ne change pas une technique qui gagne et en bon feuilletoniste qui se respecte, l’auteur accumule les circonvolutions scénaristiques, les coups de théâtre et les visions hallucinées d’un avenir très sombre. Tractations et complots, trahisons et nouvelles alliances, amours et haines, espoirs et déchéances s’alignent à un rythme enlevé sans jamais perdre le lecteur. On reste en cela dans la droite lignée des opus précédents et même si la surprise est rarement de mise, le flot continue englobe le lecteur dans une douce euphorie et dans des tableaux évocateurs à souhait. Cette terre privée de soleil, plongée dans un froid polaire est décidément bien inhospitalière entre le climat rigoureux et les machinations inhumaines ourdies par les puissants. L’espoir a donc peu de place malgré quelques fulgurances joyeuses et de beaux moments de solidarité qui permettent aux personnages principaux de sortir pour un temps la tête de l’eau.

Derrière l’œuvre d’anticipation se cache aussi toujours de belles paraboles et réflexions sur le genre humain et notamment ici sur la conduite du pouvoir. Qu’il soit autoritaire ou démocratique, la puissance grise et donne à voir le pire de l’être humain. Luttes intestines, répression, propagande, domination des faibles et des minorités, autant d’éléments abordés avec finesse et frontalement par un auteur épris d’humanisme. Cela donne donc des passages parfois bien rudes où l’on se prend à s’agacer face à l’incurie de certains acteurs du roman voir leur passivité coupable. Bien vu aussi dans ce recueil, le focus sur la création d’une compagnie ferroviaire (rappelons qu’elles dominent le monde dans cette saga) depuis l’idée jusqu’à son exploitation. Tous ces passages enrichissent le background déjà exceptionnellement développé de cette saga qui n’en finit pas d’étonner et de bluffer par sa densité et sa qualité littéraire.

En effet, on ne peut que reconnaître le talent déployé en tant que conteur et faiseur d’histoire. La langue reste toujours aussi gouleyante, simple et efficace avec de magnifiques passages descriptifs, des moments plus techniques sur les technologies développées et des dialogues au cordeau, sans ajouts inutiles. Certes certains personnages peuvent se révéler à l’occasion un peu trop caricaturaux mais ils se prêtent finalement très bien au genre du feuilleton SF et l’ensemble dégage une force peu commune. Quand on sait qu’il reste plus de 80 romans de base à rééditer, on n'est pas près de voir se tarir une source de plaisir littéraire sans cesse renouvelée. Merci à French Pulp editions pour cette exhumation fort à propos dans un monde contemporain de plus en plus inquiétant.

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
- La Compagnie des glaces tomes 5 et 6

lundi 12 juin 2017

"Une Femme de ménage" de Jérémy Bouquin

979-10-251-0244-2-uai-258x387

L'histoire : Sandra n’est pas une femme de ménage comme les autres. Avec elle, plus de problème : elle vous nettoie une scène de crime en quelques heures. Au lendemain d’un meurtre, d’une vengeance personnelle, pour quelques milliers d’euros, elle vous débarrasse ! Indispensable ? Peut-être un peu trop. En enchaînant les carnages, son meilleur client ne serait-il pas en train de la transformer en complice ? Et pourquoi vide-t-il ses victimes de leur sang ?

La critique de Mr K : La couverture de cet ouvrage m'a frappé dès la première fois que je l'ai aperçue. Pensez-donc une technicienne de surface aux gants tâchés de sang ! C'est le genre de personnage que l'on croise rarement dans un roman ou alors de manière plus conventionnelle. C'est pourtant, le sujet central d'Une Femme de ménage, roman fraîchement débarqué en librairie et qui met en scène une femme de ménage d'un genre un peu particulier... Jugez-plutôt !

Sandra règle tout genre de problèmes, son credo : nettoyer une scène de crime avant que la police n'intervienne. Comme le dit l'adage : pas de corps, pas de crime ! Vous assassinez votre moitié un soir de colère, vous voulez régler discrètement son compte à un rival entreprenant, vous ne maîtrisez pas forcément toutes vos pulsions, qu'à cela ne tienne, Greg un avocat spécialisé dans la dissimulation de crimes vous orientera vers elle, une femme ultra-professionnelle qui fera disparaître en un temps record toute trace de votre forfait avec une efficacité jamais éprouvée. Mais voila, alors que la routine s'installe et que les nettoyages s’enchaînent sans accrocs, un client d'un genre tout particulier va modifier la donne et l'orienter vers des horizons insoupçonnés.

Autant vous le dire de suite, j'ai beaucoup apprécié cet ouvrage mais il ne plaira pas à tout le monde. Ce roman est très crû, enchaînant les détails sordides et les scènes bien gores entre découpes subtiles, travail de boucherie pure et dissolution des corps (et plus si affinités). C'est du frontal, du violent et l'auteur, Jérémy Bouquin, se plaît à nous détailler tous les process qu'utilisent son héroïne dans l'exercice de son métier bien particulier. La barbaque est ici étalée en pleine page, sans sentiments et dans une ambiance d'une froideur clinique. Il y a le repérage, la protection des lieux à la Dexter (la bâche en plastique, y'a rien de mieux !), le travail de séparation nécessaire à la préparation du bain d'acide qui vient clôturer les macabres faits et gestes de Sandra, une adepte du travail bien fait qui semble avoir perdu toute empathie envers le monde qui l'entoure.

Bien sûr, en cours de lecture, on en apprend davantage sur cet être à l'apparence désincarnée. Un premier métier qui l'a dégoûté, des aspirations artistiques qui n'ont pas survécu au principe de réalité (il faut voir ses œuvres aussi !) et une vie personnelle morne et sans relief. Et pourtant, peu à peu, on se rend compte que derrière cette machine inhumaine se cache un être sensible qui tente de surnager malgré une obsession méthodique pour son travail. C'est d'ailleurs à cause d'une liaison extra-professionnelle que le masque va tomber et la forcer à changer définitivement de vie. Le revirement est pour le coup assez facile à deviner, personnellement je l'envisageai déjà à la moitié de ma lecture.

Ce qui rebutera encore plus certains lecteur sera sans aucun doute l'écriture en elle-même. Très sèche, constituée essentiellement de phrases courtes, l'auteur a fait le choix de la juxtaposition à outrance. Point de coordination et autres connexions logiques ici mais l'accumulation de ressentis et d'actions qui s'entrechoquent sans lien apparent. Le processus est bien maîtrisé mais désarçonne, loin des canons d'écriture classique, la langue est ici dépouillée et contribue à distiller le malaise ambiant et l'aspect glauque des personnages et de l'histoire. Très accessible (trop certainement pour certain), le roman dégage une force émotionnelle assez impressionnante malgré tout et atteint son objectif premier : divertir et fournir un univers vraiment déviant.

Les âmes sensibles risquent de ne pas survivre à un tel voyage qui navigue entre le polar classique, le guide du boucher et une touche de fantastique bon teint qui fait basculer l'ouvrage en des terres encore inexplorées. Une Femme de ménage étant finalement assez court, on n'a pas le temps de se lasser et même si la fin est quelques peu expédiée, on se souviendra longtemps de ce petit roman bien malin et bien thrash. À conseiller à tous les amateurs de sensations fortes !

Posté par Mr K à 17:07 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mercredi 7 juin 2017

"Évolution crash" de G.-M. Dumoulin

b88fd2c9ab8152c67af26986f710183183973109

L’histoire : Pour la génération Clash, l’heure est venue d’accéder au pouvoir. Ou du moins, pour son charismatique chef, le jeune Chris Boyd.

Mais en acceptant la main tendue par Cornell Hughes, le machiavélique chef du gouvernement, Chris ne vient-il pas de tomber dans un piège bien plus dangereux que la lutte armée, celui de la politique ?

La critique de Mr K : L’heure est à la conclusion de la saga avec le troisième et ultime volume de la trilogie de Chris le Prez de G.M. Dumoulin. Après le réveil des consciences dans Génération clash et la lutte armée dans Intervention flash, est venu le temps des responsabilités pour Chris dans ce Évolution crash qui fait la part belle à la politique, ses rouages et les défections morales qui en découlent.

Nous avions laissé notre jeune héros dans une situation bancale en fin de volume précédent. Suite à sa prise d’otage de la famille du président honni, ce dernier lui a proposé de travailler avec lui pour établir un monde meilleur. Mais peut-on croire en les bonnes intentions affichées par Cornell Hughes ? Avec les nouvelles responsabilités et tâches qui lui incombent, Chris va vite se rendre compte qu’avec la fin de la lutte sur le terrain, apparaissent de nouvelles difficultés, plus larvées, moins frontales mais tout aussi redoutables. Avec le pouvoir, viennent aussi des ennuis comme les complots ourdis par les factions adverses, le principe de réalité et la mise à mal des idéaux que l’on défend, l’éloignement de la base et le risque de décrocher de la réalité du peuple.

Cette troisième partie s’apparente encore plus que les autres à un roman d’apprentissage, pour celui ici du passage à l’âge adulte. Le jeune révolutionnaire se retrouve plongé dans les arcanes du pouvoir avec ses amis, la naïveté doit désormais se confronter à la realpolitik et Chris ne sera pas non plus épargné par le sort. Il accusera de nombreux coups, perdra des êtres chers et devra s’endurcir encore davantage pour pouvoir mener à bien les réformes et nouvelles impulsions qu’il veut donner à la société. Ainsi au cours des 210 pages de ce court roman, il va devoir présider, intervenir lors de crises aiguës (le passage de médiation dans l’usine est très réussi), survivre à un attentat sur sa personne et s’appuyer encore davantage sur ses amis tant l’adversité semble se renforcer au fil des évolutions qu’il veut imposer. Les forces conservatrices n’ont pas dit leur dernier mot, le combat se déroule maintenant en coulisse à fleurets mouchetés.

Au delà des jeux de pouvoir, ce volume nous offre une vision de la solitude de l’homme de pouvoir. Quelque peu dépassé par sa nouvelle situation, Chris réfléchit énormément sur ses idéaux mais aussi sur sa vie. C’est l’heure des regrets mais aussi des aspirations, il représente bien en cela toute la complexité de l’esprit humain, jamais vraiment satisfait de ce qu’il a accompli et qui tend régulièrement vers la remise en question et la mélancolie du temps qui passe. Le jeune homme reste pour autant fidèle à lui-même et côtoie désormais le gratin de la société, une oligarchie de riches personnages imbus d’eux-mêmes et férocement attachés à leurs privilèges. Le contraste est fort entre le jeune révolutionnaire surdoué et ses barbons rajeunis génétiquement qui s’accrochent à un passé désormais révolu. Ce sont deux visions du monde qui s’affrontent et nombre de ponts peuvent être faits par rapport à ce que nos démocraties occidentales vivent depuis maintenant plusieurs dizaines d’années dans l’évolution des mœurs et la poursuite du bonheur consumériste.

Toujours d’une lecture aisée, l’auteur capte encore avec efficacité l’esprit du lecteur entre scènes d’action très bien rendues et réflexions intérieures de Chris. On se replonge sans souci dans l'histoire et la fin logique vient nous cueillir, nous laissant pantelant et un peu désabusé. Une très bonne trilogie qui ravira tous les amateurs du genre entre aventure, politique-fiction et réflexion sur le pouvoir.

Posté par Mr K à 18:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mercredi 17 mai 2017

"Frankenstein" de Benoit Becker : T5 "Frankenstein rôde" & T6 "La Cave de Frankenstein"

franky

L’histoire : Quand on est camelot, rien de plus simple que d'avoir un remède à tous les maux : écorce de saule pour la migraine, deux doses d'assurance pour la grippe et trois rations de mensonge pour les rhumatismes. Pourtant, à force de traîner de villages en villages, Wou-Ling va tomber sur le plus impitoyable des clients : le monstre de Frankenstein !

Mais peut-on guérir un être immortel en échappant à la malédiction qui frappe tous ceux qui l'approchent ? Faire appel à un chirurgien pour changer de visage ? Très utile quand on est en cavale... ou qu'on s'appelle Frankenstein ! Mais comment trouver un chirurgien... dont les doigts ne tremblent pas de peur en le voyant ?

La critique de Mr K : Avec ce volume, se termine la réédition des six romans que Benoit Becker consacra au mythe de Frankenstein dans les années 50. Dans la droite lignée des deux opus précédents, on oscille ici entre hommage respectueux et histoires fantastiques classiques très bien servies par l’écriture à la fois alerte et envoûtante d’un auteur décidément inspiré par le classique culte de Mary Shelley.

Dans Frankenstein rôde, nous suivons les pas d’un vendeur ambulant chinois et sa jeune protégée aveugle (clin d’œil à l’histoire originelle) qui se retrouvent pris en plein orage en rase campagne autrichienne. Ils finissent par trouver refuge dans un vieux château en décrépitude. Très vite, ils vont se rendre compte que ce havre de paix pourrait se transformer en tombeau. De facture très très classique, ce premier récit est ultra-balisé et ne réserve quasiment aucune surprise avec des séquences quasi imposées dans ce genre de littérature : la nature impénétrable, le déchaînement des éléments, les personnages mystérieux qui cachent un lourd secret, une menace diffuse et pénétrante qui grandit au fil des péripéties et les passages obligés d’introspection des héros face à une menace inconnue mais bien réelle. Très gothique dans sa manière de représenter les lieux, le temps et les protagonistes, il se dégage de cette première partie de recueil un charme désuet qui pour autant possède un pouvoir d’attraction indéniable et capte l’attention du lecteur de bout en bout. Une bonne distraction qui se termine de façon bien macabre et logique.

La Cave de Frankenstein se déroule lui dans la ville d’Anvers dans un quartier nécessiteux. Samuel un brocanteur juif proche de la retraite va se retrouver confronté à la créature qui veut plus que jamais que les hommes ne le fuit plus. Il va devoir faire appel à un ami ancien chirurgien désormais clochard alcoolique. Malheureusement pour eux, à vouloir pactiser avec un monstre sans âme, on finit toujours par le regretter... Plus original, ce récit réserve quelques surprises avec notamment des personnages qui sortent quelque peu des sentiers battus (pas trop quand même, on n'est pas face à un récit ultra-original non plus) et notamment un ancien docteur déchu qui va devoir essayer de renouer avec sa passion première. Pour autant, la tâche s’avère très difficile surtout lorsqu’on est proche de la démence lors de crises de manque terrifiantes et très bien rendues par l’auteur. La trame plus "urbaine" inscrit la créature dans un cadre novateur mais pas pour autant plus rassurant, la présence lourde et menaçante est ici une fois de plus inquiétante à souhait avec le renfort de quelques familiers qui feront frémir un certain nombre d’entre vous dans le dernier acte haut en couleur.

Au delà des deux récits, c’est avec une certaine émotion qu’on retrouve le monstre artificiel de Frankenstein toujours aussi mystérieux, inspirant une peur viscérale à tous ceux qui croisent sa route. Muet, imposant, implacable, ses apparitions sont rares mais font toujours leur petit effet. Le contre-point de la peur exprimée par les personnages, perdus face à cette menace insidieuse, partageant leurs appréhensions les plus intimes (avec notamment en commun dans ces deux récits la relation père/enfant en sous-texte), rallonge la sauce angoissante et mène à des scènes fortes qui restent ancrées dans la mémoire du lecteur longtemps après sa lecture (la jeune aveugle dans le salon en flamme, l’opération chirurgicale sur le monstre, la découverte d’une vieille tombe abandonnée dans la forêt, les angoisses des personnages...). L’ensemble est efficace, bien mené. Seul petit bémol, quelques lourdeurs dans le rythme et certains passages s’apparentant à du délayage intempestif avec par exemple un personnage tellement flippé qu’il met trois pages à descendre trois marches, paralysé par des sentiments contradictoires. Une fois ça va, mais quand l’opération s’opère deux / trois fois dans le même roman, on frise le sentiment de déjà lu...

Reste une lecture assez jubilatoire dans le genre si on aime et voue un culte au mythique Franky, de belles pages d’horreur pure et une lecture prenante. Le genre de lecture-récréation qu’on ne peut que conseiller !

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T1 "La Tour de Frankenstein'' & T2 "Le Pas de Frankenstein"
- "Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"


vendredi 28 avril 2017

"Intervention flash" de G.-M. Dumoulin

1507-1

L’histoire : La Génération Clash rêvait de changer le monde.
Enfants surdoués élevés par des machines, ils se sont faits manipuler par des adultes qui leur ont ravi le pouvoir.
Désormais réfugiés à l’extérieur des grandes villes, ils errent en bandes rivales dans les campagnes désertées... en attendant la prochaine attaque du pouvoir en place.
Qui sera capable, parmi eux, de se dresser et d’affronter la menace ?
Chris Boyd, encore une fois ! 

La critique de Mr K : Il y a quelques semaines, je vous parlais ici même du premier tome de la trilogie de Chris Le Prez, œuvre d’anticipation où les jeunes se rebellaient face aux adultes. Mon avis était mitigé car malgré un talent de conteur remarquable, l’ensemble manquait d’originalité. Comme je suis un lecteur persévérant, je me lançai tout de même dans le deuxième tome afin d’affermir mon positionnement et je dois avouer que cette lecture fut plus plaisante notamment grâce à une accélération des événements et un héros qui se densifie dans le bon sens. Suivez le guide ! 

Suite au premier tome, Chris se retrouve à la tête d’un clan qui lutte pour sa survie face à la mégalopole tenue de main de maître par les adultes. C’est le temps des luttes fratricides entre groupes qui n’arrivent pas à se souder les uns les autres pour faire front commun. C’est sans compter une offensive terrible (la fameuse intervention flash) qui décime les rangs des jeunes et qui est approuvée par la population hypnotisée par la propagande mise en œuvre par les autorités. Chris va devoir faire évoluer les positions, rallier à sa cause d’autres groupuscules et tenter de porter un coup fatal aux relais du pouvoir. Cela ne se fera pas sans difficultés...

On retrouve dans ce volume tous les points de force du précédent ouvrage, à savoir en premier lieu le sens du rythme d’un auteur décidément doué pour raconter une histoire. La narration est très fluide, segmentée sur des temps forts. Il faut comprendre par là qu’entre les chapitres, il peut y avoir de sacrées ellipses pour éviter d’embourber l’ensemble car l’auteur souhaite avant tout aller à l’essentiel et se concentrer sur les éléments clef de son intrigue. Loin de couper l’herbe sous le pied du lecteur, cela lui permet d’insérer ici ou là quelques passages pseudo-argumentatifs faisant référence à des philosophies politiques ou de la vie, sur les notions d’engagement ou encore de résistance à l’oppression. 

Le mélange est assez détonnant et fonctionne bien. Là où le premier volume paraissait un peu plat, on se retrouve ici dans un récit virevoltant pendant lequel le héros évolue encore beaucoup. Ce changement est progressif et va l’amener à un dernier acte assez brillant et une réaction de sa part assez incroyable, nuancée et apportant un souffle neuf sur ce genre de récit. C’est malin et loin des sentiers battus, j’adhère. Mais avant d’y arriver, quel chemin parcouru par les personnages entre opérations à haut risque, rébellions internes et tentations de diverses sortes ! Long et tortueux est le chemin vers la libération et après ce volume, c’est encore loin d’être gagné...

J’attends donc avec impatience la suite des aventures de Chris et consorts, en espérant que le dernier volume clôturera en beauté cette saga qui prend belle tournure avec ce tome ci. Vivement la suite !

Posté par Mr K à 19:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
mercredi 19 avril 2017

"Le Gang des honnêtes gens" de Pierre Nemours

 legangdeshonnetesgenspierrenemours

L’histoire : Dans ce braquage, ils ont tous une bonne raison d’agir.
Il y a Francis, et sa petite fille malade, qui a besoin de soins dispendieux. Il y a Norbert, qui a épousé une femme qui le prend pour un minable, et ne se prive pas pour le lui dire tous les soirs. Il y a Raphaël, qui rêve d’un nouveau départ, loin de la France et de ses boulots minables.
Et surtout, il y a Paul, ses cinquante ans, sa carrière brisée et son besoin de revanche sur la vie. Oui, décidément, dans ce braquage, il n’y a que des honnêtes gens. Alors pourquoi devraient-ils échouer ?

La critique de Mr K : Nouvelle découverte enthousiasmante dans le domaine du polar populaire avec ce volume paru chez French Pulp Edition depuis peu. Populaire ne veut pas dire pour autant accessible dans le genre simpliste ou encore populiste et populeux. Ici, j’ai eu la joie de découvrir un artiste des mots, un façonneur d’intrigue efficace et un roman qui laisse pantelant son lecteur lorsque l’ouvrage se referme. Bref, que du bonheur !

Quatre hommes bien sous tous rapports, mais que la vie n’a pas gâtés, décident d’un casse dans un crédit régional du secteur. On les suit lors des préparatifs, de l’exécution du plan principal et durant l’après braquage dans une mécanique scénaristique certes huilée mais diablement bien menée. Ces honnêtes gens vont essayer de conjurer le sort de leurs existences balbutiantes ou frustrantes à travers un "coup" original, enlevé dans l’action et en théorie très bien payé. Mais comme toutes les mécaniques, il suffit d’un grain de sable pour dérégler l’ensemble...

La grande force de ce "Gang des honnêtes gens" tient dans ses personnages. Entre le flic cassé par sa hiérarchie qui végète dans un obscur commissariat de quartier, l’immigré déçu qui souhaite partir en Amérique du sud, le père de famille qui veut tout faire pour pouvoir offrir des soins décents à sa fille malade et le patron dépossédé de son entreprise et en pleine errance morale, on est servi. Tous ces êtres sont décrits avec sensibilité, ne laissant rien au hasard et ancrant le récit dans une réalité brute et sans fioriture. Le sous-texte est plutôt pessimiste tant l’auteur insiste sur la difficulté de vivre et de pourvoir aux besoins de sa famille. Et puis, il y a les fêlures exposées à vif et qui auront pour certaines un rôle important à jouer au cours de ce roman. L’ensemble est très séduisant, les personnages accrochant le lecteur par leur charisme, leur courage mais aussi leurs faiblesses bien humaines. Dans le domaine, on se régale et on souffre, tant l’empathie fonctionne à plein régime.

Bien que plutôt classique dans son déroulé (on est rarement surpris, il faut bien l’avouer), l’auteur excelle pour maintenir le suspens notamment à travers des phases descriptives très réussies qui donne une patine bien particulière aux lieux et une ambiance bien pesante sur l’ouvrage. Ainsi, la description liminaire du port est une merveille du genre qui en même temps de nous présenter Paul (l’initiateur du projet) permet de lancer un climax qui ne fera que s’alourdir en cours de lecture. Malgré cela, on se prend à y croire tant le plan exposé est ingénieux et novateur. On suit avec intérêt les différentes phases, on admire l’ingéniosité déployée et on se dit que si tout se passe bien ce serait tant mieux, tant parfois on a tendance à applaudir des deux mains certains exploits criminels bernant la police sans pour autant faire de victime.

Dans ces conditions, vous imaginez bien qu’il est impossible de relâcher ce volume. C’est bien simple, je l’ai quasiment terminé d’une traite, pris par la science narrative de Pierre Nemours et sa langue à la fois efficace, nuancée et terriblement immersive. On se prend complètement au jeu, on en redemande même tant l’ouvrage est court (232 pages seulement) et le final laisse complètement pantois. Une belle réussite pour un polar venu de 1970 mais qui n’a pas à rougir du temps qui passe. Les amateurs se doivent de tenter l’aventure !

Posté par Mr K à 18:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
mardi 21 mars 2017

"Génération Clash" de G.-M. Dumoulin

image

L’histoire : Donner la meilleure éducation possible à ses enfants : voilà ce dont rêve chaque parent. Alors, dans ce futur pas si lointain, les professeurs ont été remplacés par des machines ultra-perfectionnées, faisant de chaque enfant un génie en puissance. Et c’est bien là le problème : puisqu’ils sont plus intelligents que les adultes, pourquoi devraient-ils leur obéir ? Pourquoi ne prendraient-ils pas le pouvoir ? Évidemment, ils n’ont que 12 ans...

La critique de Mr K : Retour sur une lecture SF aujourd’hui avec ce premier tome d’une trilogie tout juste rééditée chez French Pulp Editions. C’est ma première visite dans la bibliographie de G.-M. Dumoulin, auteur très prolifique (plus de 200 ouvrages !) et même si je n’ai pas été convaincu à 100% par ce volume, il est indéniable que l’auteur a du talent et du mordant.

Génération Clash est un roman d’anticipation se déroulant quelques décennies après les temps présents. La technologie a bien évolué et s’est développée dans tous les secteurs de la vie humaine mais va-t-elle dans le sens du progrès pour l’humanité ? C’est la question principale qui se pose quand on se rend compte que ce sont les machines qui désormais enseignent et éduquent les enfants. Ceux-ci voient leurs connaissances, compétences et capacités bondir, les résultats suivent et l’on peut se dire que le pari éducatif est gagné. Pour autant, quelque chose a disparu, une naïveté, une innocence qui va transformer ces jeunes pousses en esprits retorses avec comme objectif d'éradiquer les adultes du pouvoir tant ils sont perçus comme des freins et des obstacles à leur existence.

Cet ouvrage n’est finalement qu’une mise en bouche, l’auteur y lance ses personnages et son intrigue d’où le sentiment qu’il ne s’y passe pas grand-chose mais il faut bien débuter un jour. Du coup Dumoulin s’attelle à nous présenter ses personnages par petites touches et c’est seulement à la moitié du livre que l’on commence à se faire une idée précise des forces en présence et du background général. Au menu, des jeunes déboussolés qui tentent de sauver leur peau , des gangs qui se font la guerre, une oligarchie d’adultes avachis dans leur vanité qui contrôle la société et ne sent pas qu’un mouvement est en marche et qu’il pourrait tout remettre en question. Peu à peu, les tenants et aboutissants apparaissent et l’on ne peut que s’extasier à l’idée que ce livre a déjà plus de trente ans !

La langue inventive, imagée et rythmée de l’auteur permet une lecture rapide et enthousiasmante. Dumoulin nous plante un décor et un monde crédible, propose des personnages plutôt fouillés aux relations complexes et ménage des ficelles scénaristiques riches en promesses. Le bât blesse tout de même au niveau de l’originalité que je n’ai pas vraiment trouvé dans cet ouvrage faisant bien le boulot mais sans réelle étincelle qui vous laisse scotché dans votre meilleur fauteuil. Bon, c’est vrai que je suis un vieux briscard dans ce genre de littérature, il en faut pas mal pour me surprendre... Et puis, ce n’est que le premier volume d’une trilogie, j’espère que la suite portera le matériel de base à des niveaux insoupçonnés, plus thrash et porteur de sens.

Pour conclure, on peut dire que Génération Clash est une sympathique récréation littéraire qui comblera les amateurs d’anticipation intelligente qui n’ont pas encore un gros bagage de lecteur derrière eux. Pour les autres, je préfère attendre la suite pour donner un avis plein et entier sur une œuvre qui en tout cas ne peut laisser indifférent et possède un charisme certain par les thématiques qu’elle aborde et l’écriture virevoltante et feuilletonnesque de l’auteur. Wait and read...

Posté par Mr K à 17:15 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
lundi 6 mars 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 5 et 6 de G. J. Arnaud

cdgtomes5et6

L'histoire : La lune a explosé et la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire. L'humanité est complètement dépendante des grandes compagnies ferroviaires, qui ne se privent pas d'exercer un pouvoir tyrannique. Un homme, Lien Rag, a déjà tenté de se soulever contre leur joug. Désormais réfugié chez les hommes-roux, ces étranges humanoïdes résistants au froid, il n'a plus qu'un seul souhait : cacher le fils hybride qu'il a eu avec une femme-roux, ce qui est formellement interdit...

La critique de Mr K : Retour en terres glaciaires, dans la gigantesque saga d'anticipation de G-J Arnaud qui reparaît depuis quelques temps chez la jeune maison d'édition French Pulp. Ce volume réunit les volumes 5 et 6 de la saga, intitulés respectivement L'Enfant des glaces et Les Otages des glaces, et fait une nouvelle fois la part belle à l'aventure, la prospective et la dénonciation du genre humain à exploiter les autres au mépris de la compassion et du partage. 

On retrouve Lien Rag, le héros principal de la série en bien mauvaise posture. Il se cache des autorités car il a commis l'irréparable : aimer et frayer avec une femelle des hommes roux. De leur union est né Jdrien, enfant métisse des deux races qui représente une abomination aux yeux des compagnies qui luttent contre les échanges inter-raciaux et pourchasse sans pitié celles et ceux qui transgressent ce qui s'apparente à un tabou. Les volumes précédents mettaient en lumière les politiques de déportation et d'asservissements dont étaient victimes les hommes roux, ici les propos se veulent plus intimistes même si l'on retrouve par moment quelques éléments de réflexion plus généraux avec l'évolution du conflit en cours. 

Car les colonies dans ces deux romans sont plus que jamais en guerre les unes contre les autres, les équilibres sont fragiles et on explore un peu plus la planète avec notamment un séjour dans la lointaine Sibérie où les règles tribales ont repris le dessus et l'inatteignable Amérique, terre d'invention, de renouvellement idéologique mais aussi d'apartheid, clin d’œil aux états esclavagistes du sud. Une fois de plus, on ne peut s'empêcher de faire de nombreux parallèles avec ce que nous avons connu et/ou connaissons encore. G-J Arnaud s'y entend comme personne pour proposer un récit vivant mais aussi intelligent. Ainsi, rien ne nous est épargné des dérives liées à la guerre, notamment le traitement réservé aux prisonniers mais aussi aux civils qui se voient convoyés d'un point à un autre sans autre choix que d’obéir. Bel éclairage en tout cas sur l’état de guerre permanent entretenu par un pouvoir oligarchique prônant des mesures liberticides pour mieux contrôler les masses et par là-même le monde. 

L'aventure est une fois de plus prenante, plus particulièrement dans L'Enfant des glaces qui voit notre héros en perpétuelle fuite, le récit s'apparentant à un road movie SF bien maîtrisé et sans temps morts. Les Otages des glaces m'a paru plus lent, parfois répétitif et même quelque peu frustrant. Gageons que la suite reprendra des couleurs et perpétuera l'aspect feuilletonnesque tellement prenant des tomes précédents. Reste des personnages attachants, des passages mêlant évasion, passion et actes de bravoure du quotidien. Je me souviendrais ainsi longtemps de la nourrice lapone qui se sacrifie pour que le fils de Rag puisse vivre, figure christique et innocente confrontée à la haine et au fanatisme. De manière générale, on passe un très bon moment malgré quelques redites et des passages érotiques qui tournent un peu au ridicule, comme si une majorité de personnages pensaient tout le temps à la chose malgré les températures polaires qui règnent sur terre. Mais bon, on ne se refait pas, l’auteur est un coquin, il aime à décrire éveil des sens et autres parties de scrabble sous la couette...

Malgré quelques scories, l'écriture de C. J. Arnaud reste toujours aussi foisonnante et simple d'accès, les amateurs de sensations fortes et d'imaginaires bien trempés seront comblés. Nombre d’éléments de fond sont en suspens et de nouveaux groupes / personnages font leur apparition, garantissant une source inépuisable de développements futurs. Affaire à suivre ici même dans les semaines à venir !

Déjà lus et chroniqués de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
- La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
- La Compagnie des glaces tomes 3 et 4

lundi 27 février 2017

"Frankenstein" de Benoît Becker : T3 "La Nuit de Frankenstein'' & T4 "Le Sceau de Frankenstein"

FrankensteinT3et4L’histoire : Que fait un pasteur à demi-fou, adepte illuminé de Nietzsche quand il rencontre le monstre de Frankenstein ?
Il y voit un surhomme, l’avenir de l’humanité.
À condition de permettre au monstre de se reproduire... quitte à déclencher, dans les Alpes suisses, un véritable carnage !

La critique de Mr K : Suite de mes pérégrinations en terres hantées avec les tomes 3 et 4 de la réédition des romans que Benoît Becker (aka Jean Claude Carrière) a consacré à la mythique créature du docteur Frankenstein dans les années 50. French pulp éditions a décidément bon goût dans l’exhumation de vieux ouvrages toujours aussi plaisants à lire malgré le temps qui passe (je vous renvoie notamment à mes chroniques concernant la gigantesque saga de La Compagnie des glaces).

On retrouve dans le présent volume deux romans distincts : La Nuit de Frankenstein et Le Sceau de Frankenstein. Ils se déroulent chronologiquement après les deux premiers qui m’avaient bien enthousiasmés, procurant plaisir de lire immédiat, évasion et une belle expérience à partir du superbe matériaux de base de Shelley. On retrouve ici tous les ingrédients qui m’avaient bien plu dans les précédents tomes et même un petit peu plus avec deux ambiances bien différentes mais bien plantées pour mieux mettre en avant la créature qui a un peu évoluée depuis les deux premiers romans.

Dans La Nuit de Frankenstein, nous voila propulsé dans les années 1920 dans les Alpes autrichiennes. La servante du pasteur a mystérieusement disparue et un braconnier chevronné retrouve le corps par inadvertance lors d’une vérification de ses pièges. La population sous tension commence à flipper surtout que l’on entrevoit d’étranges lumières émanant de vieilles ruines hantées et que le pasteur a un comportement de plus en plus suspect. Une nouvelle disparition va précipiter les événements et l’horreur s’abattre sur ce village au départ sans histoires. Se lisant d’une traite, ce premier récit mélange allégrement le mythe du surhomme et le récit de chasse naturaliste. On a le droit à de très beaux passages sur le rapport de l’homme à la nature sauvage avec un héros mis au ban du village qui va retrouver une certaine légitimité à travers ses actes de bravoure pour combattre le mystérieux mal qui sévit dans les parages. Très bon personnage aussi que celui du pasteur, littéralement possédé par une obsession déviante qui va causer sa perte et faire beaucoup de dégâts collatéraux, les scènes de folie sont remarquablement rendues avec un personnage borderline au possible qui fait froid dans le dos. Mission réussie !

Le Sceau de Frankenstein se déroule peu après les événements du récit précédent et essentiellement dans le cadre restreint d’un hôpital psychiatrique. Un gardien de nuit est retrouvé égorgé et une patiente mutique semble reliée à ce meurtre épouvantable malgré son impossibilité de bouger de sa cellule. Très vite, un des psychiatres va se rendre compte qu’une ombre massive et menaçante rôde dans les alentours, les festivités du carnaval approchant à grands pas, la créature va se déchaîner et la folie meurtrière sera une fois de plus libérée. Moi qui adore les histoires (livres, séries, films) se déroulant dans des centres pour aliénés, j’ai été servi avec une caractérisation des lieux impeccable et une angoisse diffuse très bien installée. C’est l’occasion aussi de voir les premières applications des théories de Freud qui pour l’époque sont révolutionnaires et ont du mal à faire leur chemin chez les praticiens. Le suspens est là aussi efficace, bien mené jusqu’à une fin terrifiante où les victimes seront nombreuses.

Les deux romans ici regroupés ici sont de vraies réussites, on gagne même en épaisseur concernant le monstre qui développe une certaine intelligence avec des buts à poursuivre qui le pousse à agir de façon plus constructive et parfois même avec l’aide de comparses manipulables à souhait. Bien que toujours monolithique et extrêmement effrayant, ce sont ses lueurs d’intelligence qui rendent la créature plus terrifiante que jamais. D’ailleurs, les personnages humains ne s’y trompent pas et peu d’entre eux échapperont à ses griffes. Et dire qu’il reste encore deux textes à lire...

Comme dit plus haut, avec Frankenstein, le plaisir est immédiat et durable. La langue de Becker reste toujours aussi accessible, fluide, fourmillante de détails immersifs sur les lieux, favorisant le sentiment d’étouffement et de menace. Les personnages sont aussi très poussés avec de très belles descriptions de personnages hantés, possédés par leurs missions ou idéaux. Certes, on reste dans de la narration classique avec des effets déjà éprouvés mais à aucun moment on ne relâche son attention tant on est pris par l’histoire, hypnotisé par les actes de la créature et la trace de peur qu’elle laisse derrière elle. Si vous êtes amateur du genre, ce serait vraiment dommage de passer à côté !