BalancedanslescordesL'histoire: Tony est un jeune boxeur. Garçon sans histoires, il consacre sa vie au sport, prépare son premier combat pro et se tient à l'écart des trafics qui rythment la vie de la cité. Mais il doit composer avec une mère à problèmes, qui se laisse entretenir par des voyous. Tout dérape lorsque l'un d'entre eux la bat et l'envoie à l'hôpital. Tony décide de faire appel à Miguel, le caïd de la ville, pour étancher sa soif de vengeance. Dans ce milieu, rien n'est jamais gratuit. La faveur demandée a un prix, celui du sang.

La critique Nelfesque: Jérémie Guez signe à 25 ans son second roman. Fasciné par les Paris et ses quartiers nord, il poursuit l'écriture de sa trilogie parisienne dont "Balancé dans les cordes" fait partie. A noter que l'on peut tout à fait lire ce roman sans avoir lu son premier, "Paris la nuit". Je n'ai d'ailleurs eu connaissance de son projet de trilogie qu'une fois ma lecture achevée.

J'aime l'univers de la boxe et j'aime les romans noirs. Ce roman ci mêle ces deux aspects nous narrant l'histoire de Tony, jeune banlieusard, ayant vécu à Paris mais migrant dans les quartiers nord suite aux problèmes financiers de sa mère, qui voit dans la boxe un échappatoire à la vie de la cité et dans la salle d'entraînement le seul lieu où il se sent bien.

Ce roman est très court mais ses 190 pages sont suffisantes pour nous dépeindre la vie d'un quartier et les aspirations d'un jeune boxeur plein d'ambition. Par quelques procédés de flash-back, Jérémie Guez nous donne des indications sur la prime jeunesse de Tony et ses début à la salle. Dès son arrivée à la cité, son oncle, pour l'éloigner des mauvaises fréquentations possibles, le mène à Patrick, entraîneur et directeur de salle, qui va faire de lui un futur grand boxeur. Son premier combat professionnel est d'ailleurs le pivot central du roman le faisant basculé du roman contemporain au roman noir.

Ressorti victorieux de ce combat, il est remarqué par Miguel qui voit en lui un futur homme de main. Sournoisement, il va se rapprocher de lui et de sa famille, le paterner et le faire basculer dans la délinquance. Mais de délinquant, Tony n'en a pas le CV et encore moins l'attitude. Il en voit tous les jours en bas de son immeuble et un de ses amis d'enfance, Moussa, est devenu un caïd de la cité mais il est fondamentalement honnête et se tient autant que faire se peut éloigné des magouilles du quartier.

Sa mère, en revanche, n'a pas les mêmes états d'âme. On ne sait pas clairement de quoi elle vit et les types louches se succèdent dans son appartement. Arrive ce qui devait arriver, elle se fait agressée chez elle par l'un d'eux. Tony voit rouge, décide de se venger et contacte Miguel. C'est le début d'une descente aux enfers. Oeil pour oeil, dent pour dent et service rendu pour service rendu. Il va devoir se plier aux quatre volontés de Miguel et faire des choses que sa morale réprouve. Mais jusqu'où Miguel peut-il aller pour s'allouer définitivement les services de Tony?

Les phrases sont courtes et le style de l'auteur percutant à l'image du sport mis ici en lumière. Je l'ai déjà dit, Jérémie Guez n'a que 25 ans et si il écrit ce genre de roman à son âge, c'est assurément un auteur à suivre à l'avenir. On est ici dans le même état d'esprit que dans "Un amour fraternel" de Pete Dexter (auteur plus mur et roman plus abouti que je vous conseille vivement!).

Amitié, respect et valeur sont autant de sujets abordés dans "Balancé dans les cordes" avec leurs pendants, violence, trahison, sang. Loin du manichéisme, l'auteur nous montre qu'un homme est rarement tout noir ou tout blanc. On se prend d'affection pour le personnage principal et on souffre avec lui dans les dernières pages du roman. Un roman noir se finissant rarement bien, on en prend plein la tête. Je vous le conseille!