malzieuxL'histoire: Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi? Qu'est-ce qui se passe pour toi là? Du rien? Du vide? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort?

Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu? Giant Jack, 4,50m, "docteur en ombrologie", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir.

La critique de Mr K: C'est mon troisième ouvrage du chanteur de Dionysos et c'est un troisième délice qui s'est ouvert à moi. Un pur moment de bonheur de lecteur malgré un sujet grave et douloureux: le deuil d'un parent, ici la mère du héros. Le livre s'attache à suivre le parcours mental de ce fils endeuillé entre réalisme du ressenti et envolées lyriques et fantastiques à la Burton. Un sacré programme qui ne déçoit pas!

Tout un pan de cette œuvre suit une progression classique des étapes qui ponctuent la mort d'une personne dans une famille: le choc de l'annonce et l'incrédulité qui en résulte, les choix terribles que l'on doit faire en ce qui concerne la cérémonie et qui rappellent de façon cruelle la disparition de l'être aimé, la cérémonie en elle-même et les sentiments confus que l'on peut ressentir à cette occasion et enfin, la vie sans l'autre, difficile à appréhender et peuplée de souffrance au départ. Mathias Malzieu fait montre de beaucoup de pudeur et de sensibilité alors même qu'il est ici question de lui face à la disparition de sa mère. L'émotion est palpable à chaque mot, ligne ou phrase et c'est autant de fleurs littéraires que l'on cueille petit à petit.

Pour transcender son sujet et montrer l'évolution de ce jeune homme encore enfantin, l'auteur fait appel à un personnage fantastique: un bon gros géant (comme dirait Roald Dahl) qui va l'aider à traverser cette pénible épreuve de la vie à laquelle on sera tous un jour confronté. Malzieu décolle littéralement de la réalité pour nous emporter dans son univers si onirique et si attachant que l'on retrouve dans chacun de ses livres. Loin d'amoindrir l'intensité de la douleur, il la transforme, la "divinise", la rend universelle et poétique, un peu à la manière des thématiques sombres développées chez Burton. C'est ainsi qu'on accompagne le héros dans le pays des morts où les fantômes mange du brouillard, où l'on peut "capter" leurs cris dans une machine appelée le sanglophone et d'où peu de vivants ont pu repartir.

Difficile d'en dire plus sans trahir ou spoiler, sachez simplement que la langue de Mathias Malzieu est toujours aussi enchanteresse et nous emporte loin du quotidien. C'est un merveilleux voyage dans l'intime auquel nous sommes ici conviés, un périple certes douloureux mais ô combien instructif et décalé tant la forme ici proposée est étrange. Très court (150 pages) mais suffisant, voici une lecture qui ne se refuse pas! Avis aux amateurs!

Autres romans de Mathias Malzieu chroniqués sur le blog:
- La Mécanique du coeur
- Métamorphose en bord de ciel