Le-Syndrome-du-scaphandrierL'histoire: David est un chasseur de rêves.
Chaque nuit il s'enfonce au cœur du sommeil pour en ramener d'étranges objets que se disputent des collectionneurs avides.
Si, dans le monde réel, David est un modeste fonctionnaire au service d'une administration sans visage, en rêve il mène la vie exaltante et dangereuse d'un cambrioleur aux effractions chaque fois plus risquées.
Les psychologues lui affirment que cet univers parallèle n'existe pas, que ces complices, ces gangsters, ces femmes fatales des profondeurs sont un pur produit de son imagination.
Mais comment en être vraiment sûr?
Et si l'on pouvait émigrer, passer en fraude la frontière de la réalité pour se réfugier dans la zone libre des songes?

La critique de Mr K: Voilà un livre qui se cachait dans ma PAL depuis plus d'un an et qui aurait mérité un bien meilleur sort tant il s'apparente à une bonne claque littéraire des familles, une véritable révélation d'un talent d'écrivain hors norme et d'une histoire universelle. Je l'ai lu en non-stop quasiment, une journée pluvieuse du week-end dernier.

Avec ce roman, on nage constamment en eau trouble, entre rêve et réalité, un peu à la manière du premier et excellent film de la trilogie Matrix ou du surestimé Inception de Christopher Nolan. Le héros est un "artiste-rêveur" vivant dans un futur peu reluisant où l'existence de chacun est définie parce qu'il consomme notamment en terme d'œuvres d'art. Les scaphandriers de l'imaginaire sont des êtres qui plongent au plus profond de leur inconscient, y vivent des aventures hors normes et en ramènent des créations ectoplasmiques qui sont ensuite revendues en tant qu'œuvres. Derrière ce postulat étrange et déconcertant se cache une œuvre d'une intelligence et d'une accessibilité rare.

Dès le premier chapitre, le lecteur est immergé dans l'univers onirique du héros. Cela donne lieu à des scènes interlopes à la manière des rêves qui peuplent nos nuits: le temps s'étire ou s'écourte sans logique apparente, les objets changent de forme ou s'animent, des personnes apparaissent ou disparaissent sans raison... Et puis, c'est le réveil dans une réalité morne et désespérante. Peu à peu, par petites touches, l'auteur nous dépeint une terre ravagée par les méfaits de notre espèce et où les artistes se révèlent être des producteurs que l'on peut mettre au rebut quand ils commencent à montrer des signes de faiblesse, quand leur rentabilité chute.

Derrière tout cela, il y a une belle réflexion autour de l'art, de sa fonction et l'éternelle question du beau. On ne peut que flipper en lisant ce roman qui n'est que le prolongement des dérives actuelles notamment au niveau de l'art et des médias qui nous vantent que des produits prémachés et périmés à peine sortis. Certes nous sommes encore loin de l'univers présenté dans le livre de Brussolo mais les premiers jalons sont posés et la technologie se développant à vitesse grand V au bénéfice du "tout, tout de suite", la suite logique serait la mort de l'underground au profit de l'art officiel et soporifique. Dormez brave gens, on veille sur vous! Nombre d'idées et d'éléments du background de ce livre m'ont fait irrémédiablement penser à l'Angleterre fasciste dépeinte dans le "V pour Vendeta" de Moore et Lloyd que je chroniquerai prochainement.

Pas beaucoup d'espoir donc dans ce livre si ce n'est dans les rêves du héros et son échappée finale. Une belle oeuvre qui se dévore sans retenue, une histoire éternelle qui vous marquera pour longtemps.