dimanche 28 décembre 2014

"Inferno" de Dan Brown

inferno L'histoire: Robert Langdon, professeur de symbologie à Harvard, se réveille en pleine nuit à l'hôpital. Désorienté, blessé à la tête, il n'a aucun souvenir des dernières trente-six heures. Pourquoi se retrouve-t-il à Florence ? D'où vient cet objet macabre que les médecins ont découvert dans ses affaires ? Quand son monde vire brutalement au cauchemar, Langdon décide de s'enfuir avec une jeune femme, Sienna Brooks. Rapidement, Langdon comprend qu'il est en possession d'un message codé, créé par un éminent scientifique qui a consacré sa vie à éviter la fin du monde, une obsession qui n'a d'égale que sa passion pour "Inferno", le grand poème épique de Dante. Pris dans une course contre la montre, Langdon et Sienna font tout pour retrouver l'ultime création du scientifique, véritable bombe à retardement, dont personne ne sait si elle va améliorer la vie sur terre ou la détruire…

La critique de Mr K: Ce roman sera le dernier que je lirai de Dan Brown. J'ai été très déçu voir complètement ulcéré en toute fin de lecture. Jusqu'alors, j'avais plutôt aimé ce easy-reading d'auteur avec notamment Anges et démons et Da Vinci Code. Mon enthousiasme a commencé à être douché avec Le Symbole perdu et Deception point. Cet Inferno enterre définitivement toute velléité personnelle de lire cet auteur que je trouve plus compilateur et bateau qu'autre chose. On atteint à mes yeux ici le néant de la littérature, un récit alimentaire et sans surprise, une belle et grosse bouse comme je déteste avoir lu. Tant pis pour moi, je n'avais qu'à réfléchir avant de tomber dans le panneau!

Pourtant l'idée de départ était plutôt bonne, le héros amnésique ne se rappelle de rien et se réveille à l'hôpital. À défaut d'être original, ça a le mérite d'instaurer le suspens dès le départ. Le compte à rebours est désormais lancé avec une menace bio-terroriste à la clef, une mystérieuse organisation transnationale éprise du grand secret, l'OMS à l'affût, un grand méchant très très inquiétant et Dante en filigrane, grand auteur par excellence dont la Divine Comédie occupe une belle place dans mon panthéon personnel des lecture inoubliables. Bref, on mixe les genres, le road-movie peut commencer avec en prime du voyage, des énigmes et un page-turner à priori efficace.

Mais voilà, j'ai l'impression de relire sans cesse le même livre avec Brown. Langdon est plus agaçant qu'autre chose dans ce volume. On a le droit à un carnet de voyage tout droit tiré de Wikipedia qui concentre à lui seul la moitié des pages. Personnellement ça m'a lassé au bout de 100 pages surtout que je ne partage pas du tout cette vision du voyage qui consisterait à accumuler références historiques et artistiques les unes après les autres. C'est froid, impersonnel et on n'a aucune idée réelle des mœurs et de l'ambiance. Un tableau sans âme en quelques sorte. C'est quand même bien dommage quand on va à Florence, Venise et Istanbul!

Rajoutez là-dessus des personnages creux et sans saveur. Langdon est pénible, Sienna horripilante, le grand méchant parano à l'extrême et tutti quanti. C'est gros et caricatural à souhait, je suis plutôt bon public mais j'ai vraiment l'impression qu'on se fichait du lecteur ici. Ainsi, les personnages ne sont que des avatars d'autres personnes déjà lues dans d'autres volumes de Brown. Il change leur aspect et leur nom puis il déroule un destin déjà vécu, déjà lu auparavant. On s'ennuie ferme et on est rarement surpris. Bon, j'exagère un peu, il a réussi à me tromper sur deux / trois éléments mais honnêtement ça ne casse pas trois pattes à un canard. Le pire reste le médecin de l'OMS qui accepte l'inacceptable en toute fin d'ouvrage dans une fin flirtant avec des relents de fascisme larvé... Franchement, j'ai fini en colère. Dans le genre et dans les mêmes thématiques, vous feriez bien mieux de lire (si ce n'est déjà fait), Le Parfum d'Adam de Rufin qui est une merveille de construction et d'intelligence ce qu'Inferno n'est vraiment pas. Je ne parlerai même pas des allusions à Dante et la pseudo symbologie qui l'accompagne, on paraphrase beaucoup dans cet ouvrage et honnêtement il y a peu de rebondissements à ce niveau. Je vous jure, l'auteur ne fait qu'accumuler descriptions et courses poursuites... Vraiment rageant!

L'écriture reste plate peut-être même plus que d'habitude. Brown choisit la facilité, des rumeurs courent sur le fait qu'il n'écrive même pas ses livres. Je commence sérieusement à me poser des questions tant on frôle parfois l'indigence et le surfait. Beaucoup de répétitions pour allonger la sauce, des incohérences, des inexactitudes... Vous l'avez compris, j'ai détesté et je ne peux que vous conseiller de vous éloigner de ce livre vain et nauséabond dans sa conclusion.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Le Symbole perdu
- Deception point

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mercredi 10 décembre 2014

"Tout ce qui meurt" de John Connolly

Tt ce qui meurtL'histoire : Charlie Parker, un flic new-yorkais qu'on surnomme Bird, est parti se souler après une dispute avec sa femme, un soir de décembre. En rentrant chez lui, titubant, Bird ne sait pas encore qu'il vient de franchir pour longtemps la porte de l'enfer : dans la cuisine, maculée de sang, gisent les corps atrocement mutilés de sa femme Susan et de sa fille Jennifer. Rongé par la culpabilité, Bird démissionne de la police et part sur les traces du monstrueux assassin.
De New York à La Nouvelle-Orléans, il suit celui qu'on appelle le Voyageur, fin stratège et amateur de poésie macabre qui sème derrière lui des cadavres, comme autant d'appâts. La traque mène alors les deux hommes dans les bayous de Louisiane, qui digèrent lentement les victimes écorchées du Voyageur...

La critique Nelfesque : Je connaissais John Connolly (à ne pas confondre avec Michael Connelly) pour son excellent livre jeunesse "Le Livre des Choses Perdues". Pourtant adepte de littérature policière, je ne savais même pas que ce même auteur avaient écrit des dizaines de romans dans ce genre là. Honte à moi ! C'est lors d'une discussion avec Xavier Mauméjean à la dernière édition des Utopiales que je décidais de découvrir cette autre facette de l'auteur. Il m'a tellement vanté cette saga "Charlie Parker", dont "Tout ce qui meurt" est le premier d'une longue série, que je n'ai pas pu résister longtemps.

A la lecture de ce tout premier roman je me dis que j'aurai peut être dû... L'histoire a pourtant tout pour me plaire : une découverte traumatisante et gore à souhait, un serial killer affublé d'un petit nom qui sème la peur et la désolation partout où il passe, un héros ancien flic cassé, une enquête à la Nouvelle-Orléans qui fleure bon le vaudou. On est pile poil dans le stéréotype du thriller page turner que j'adore lire pour passer un bon moment. Je suis comme ça moi, je passe des bons moments avec des personnages littéraires peu recommandables! S'il vous plaît, n'appellez pas les urgences psychiatriques tout de suite...

"Tout ce qui meurt" commence plutôt bien. On rentre très vite dans le vif du sujet avec la découverte des corps de Susan et Jennifer dès les premières pages. Connolly ne s'encombre pas de détails et ne tourne pas autour du pot. C'est efficace et j'aime ça ! Malheureusement assez vite, je comprends que je vais compter les heures avec ce roman qui sera sans doute beaucoup plus fastidieux à lire que ce que j'avais pressenti au départ.

L'auteur nous présente un nouveau personnage, puis un autre, puis un autre, encore un autre, 3 ou 4 par ci, une bande de malfrats par là... Et peu à peu on se noie dans une kyrielle de personnages et on en oublie presque qui est qui. Mieux vaut être concentré lors de sa lecture car Connolly nous présente au détour des pages des policiers de plusieurs états mais aussi deux familles adeptes du grand banditisme. Perso, j'en ai perdu mon latin... Rajoutant à cela que peu enthousiaste avec ma lecture j'ai passé plusieurs jours dessus, j'ai sorti les rames et j'ai failli prendre l'eau.

Ce roman date de 1998 et peut-être qu'en son temps il a eu un bel accueil mais aujourd'hui tant de bons bouquins sont sortis dans ce genre de littérature et sur des thèmes similaires (je vous laisse piocher dans la rubrique thriller du blog), que si je notais mes lectures je ne mettrais à "Tout ce qui meurt" qu'une petite moyenne. De facture classique, je n'ai pas eu de réelles surprises à la lecture de ce roman. Les personnages sont caricaturaux, l'histoire est cousue de fil blanc et la fin bien que sympathique aurait pour le coup méritée d'être plus longue.

Loin de moi l'idée de dire que cet ouvrage est mauvais, il est "sympathique" mais dans le genre j'ai lu 1.000 fois mieux. Dommage... Je vais tout de même continuer cette saga à l'occasion. Non pas que je sois maso mais vu ce que m'en a dit Mauméjean, son enthousiasme pour cette série et le fil conducteur sous-jacent, j'ai fortement envie de voir où tout cela va mener le lecteur. Même si pour cela il faut passer par quelques déconvenues...

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mardi 9 décembre 2014

"Une Enquête philosophique" de Philip Kerr

enquête philosophiqueL'histoire: Je tue, donc je suis.
L'inspecteur principal "Jake" Jacowicz mène l'enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur: un serial killer qui figure sur une liste ultra-secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés -sécurité oblige!- d'un nom de philosophe. Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l'ordinateur central du ministère de l'intérieur, entreprend d'éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie.

La critique de Mr K: Le problème avec une PAL trop fournie c'est que parfois on ne sait pas par quoi commencer! Dans ces moments d'égarements avec Nelfe nous avons une combine. On laisse l'autre dépoussiérer trois volumes qui le tenterait et l'autre doit choisir celui qu'il va lire. Vous l'avez deviné Une Enquête philosophique est de ceux-là! Bien en a pris, il n'avait que trop attendu (environ 4 ans!) et c'est une très belle réussite!

Une belle expérience qui pourtant n'était pas gagnée d'avance. En effet, j'ai eu du mal à rentrer dedans. Passé la description clinique d'un corps lors d'une autopsie, on passe directement à une conférence très technique que donne l'héroïne sur les techniques de mise en application de la loi et de méthodologie en matière d'enquête criminelle. C'est dense, parfois abscons quand on ne travaille pas dans le milieu mais à fortiori je me suis rendu compte que cela servait l'intérêt de cette enquête pas tout à fait comme les autres. Notre enquêtrice de choc a fort à faire avec ce mystérieux serial killer qui sévit rapidement et sans laisser de trace. À force de provocations, elle va pouvoir établir un lien avec lui, commence alors un petit jeu pervers digne de la relation trouble entre l'agent Sterling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Et non, je n'exagère pas, on est ici au même niveau de finesse.

L'intérêt du livre réside beaucoup dans les relations qu'entretient Jake avec les autres et notamment les hommes pour qui elle voue une haine féroce. Pas lesbienne pour autant (on évite ici l'évident cliché), un passé douloureux donne un début d'explication à ce comportement déviant qui lui joue des tours notamment avec ses supérieurs de New Scotland Yard. Travailleuse et fonceuse, on se prend vite de sympathie pour cette âme à la dérive dont la vie personnelle est inexistante et qui se raccroche à son travail. Un chapitre sur deux, Philip Kerr nous donne à lire le carnet de pensées personnelles du tueur qui lui aussi est une âme abîmée et esseulée. Bien que ténus, des ponts se forment au fil de la lecture pour livrer une fin d'une grande mélancolie et d'une portée qui va au delà du thriller moyen.

L'action se passe en 2013 mais ce livre a été écrit en 1992... Cela donne une mise en perspective intéressante de notre époque à travers l'esprit quasi visionnaire de Philip Kerr. Il avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, la banalisation de la pensée raciste et le repli sur soi d'un grand nombre de personnes que l'on peut constater avec les avancées en matière de nouvelles technologies. La société britannique présentée dans cet ouvrage fait peur: mélange des différents pouvoirs politiques tendant vers l'autocratie (Sans séparation des pouvoirs point de liberté, Montesquieu), répression systématique et fin de la politique d'éducation et de prévention, invention du coma préventif pour les criminels les plus dangereux mettant à mal les principaux droits de l'homme et surtout la peur omniprésente et transmise par des médias adeptes du faits divers sanglant érigé à l'état d'exemple et de règle. On a froid dans le dos tout au long du roman surtout que l'héroïne fervente supportrice de la méthode musclée commence à se questionner fortement sur le bien fondé de cette orientation politique.

Malgré quelques lourdeurs stylistiques que je trouvais âpres en début de lecture, je me suis habitué au style de Philip Kerr pour finalement ne plus pouvoir lâcher le volume tant on est happé par l'histoire et son background. Le suspens est insoutenable et les répercussions réflectives nombreuses. On termine sa lecture heureux d'avoir pu lire une œuvre aussi intelligente que sensible au rythme de références philosophiques très bien choisies et éclairantes quant à la nature de l'homme et des sociétés qu'il a engendré. Le tout est abordable et très malin.

C'est donc une lecture que je qualifierai d'obligatoire pour tous les amateurs du genre tant elle détonne et fait réfléchir. Un petit bijou, je vous dis!

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mercredi 26 novembre 2014

"Personne n'en saura rien" de Sylvie Granotier

personne n'en saura rienL'histoire: Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n'est ressortie vivante de l'arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. L'assassin n'a jamais été inquiété. Isabelle a seize ans quand elle croise sa route. Elle est prête à tout pour survivre.
Aujourd'hui, elle est seule à savoir qui se cache derrière ce gros type solitaire jugé pour viol sur mineure. Pourtant elle se tait et c'est lui qui a peur. La victime est-elle bien celle que l'on croit?

La critique de Mr K: "Personne n'en saura rien" est une histoire de face à face. Isabelle est une rescapée, elle a réussi à échapper à l'ogre des temps modernes Jean Chardin. Le procès commence et étonnamment les rôles semblent s'inverser entre la victime et le bourreau. Il est sur ses gardes et pétrifié alors que la jeune fille a un comportement peu commun entre silence et instrumentalisation. Le récit alterne donc scènes de procès et flashbacks, la vérité est peu à peu levée au fil des révélations successives...

Je suis plus que mitigé sur cet ouvrage qui m'a laissé de marbre. Pourtant il se lit vite et avec un certain intérêt. Ce dernier réside essentiellement dans le jeu de l'auteur consistant à lier les souvenirs épars des uns et des autres et le jugement en cours. J'ai particulièrement aimé les passages concernant Jean Chardin dont l'enfance porte en germe le monstre en devenir qui croît peu à peu en lui. Bien mené à défaut d'être original, le parcours de ce personnage tour à tour émeut, effraie et révulse le lecteur. En parallèle, nous vivons les derniers instants de quelques unes de ses victimes et rentrons dans la tête d'Isabelle. Là, je dois avouer que je m'en suis complètement désintéressé! Terrible quand même! L'auteur enfile cliché sur cliché, on navigue dans le commun et finalement l'accroche n'est pas là. On en viendrait presque à regretter qu'elle ait survécu. Bon... j'avoue que j'exagère un peu mais vu le rôle que lui a attribué Sylvie Granotier, je m'attendais vraiment à une figure beaucoup plus puissante et plus soignée dans sa caractérisation.

Là où le bât blesse c'est surtout sur la promesse non tenue par la quatrième de couverture! Le suspens n'a rien de sombre et d'intense, tout retombe comme un soufflé. On se doute dès la première moitié de ce qui se trame. D'ailleurs en relisant le résumé au dos, je me rends compte que tout est dit implicitement... Vraiment ballot pour un roman de la série Special Suspense! Raté à ce niveau là, il ne reste pas grand chose pour sauver ce volume qui ne m'a pas donné spécialement envie de découvrir davantage cette auteure qui en plus n'écrit pas de manière marquante. Il y a des passages vraiment fulgurants (toujours autour de Jean Chardin) mais le reste m'a semblé plat et sans rythme. Dommage, dommage car le thème et l'histoire me séduisaient sur le papier...

Au final, je considère cette lecture comme purement alimentaire et je ne peux vraiment pas vous la conseiller tant il se fait beaucoup de choses bien mieux et plus haletantes dans le domaine. Les forcenés du genre en tout cas feraient mieux de passer leur chemin!

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samedi 15 novembre 2014

"Arrêtez-moi" de Lisa Gardner

arretez-moi

L'histoire: Que feriez-vous si vous connaissiez le jour et l'heure exacts de votre mort? Pour Charlie Grant, ce sera le 21 janvier à 8 heures précises, dans quatre jours. Comme ses deux meilleures amies.
Et elle souhaite que ce soit l'inspectrice D.D. Warren de la police de Boston qui se charge de l'enquête. Prise par la traque d'un tueur de pédophiles, D.D. Accepte à contrecœur. Mais dès qu'elle plonge dans le passé de la jeune femme, son instinct lui souffle que celle-ci ne lui a pas tout dit...
Un coupable peut en cacher un autre: avec Lisa Gardner, il faut toujours se méfier des apparences!

La critique de Mr K: Je dois avouer que ma dernière incursion chez Lisa Gardner m'avait quelques peu refroidi. Passé le bonheur de lecture procuré par deux / trois romans, j'avais trouvé Tu ne m'échapperas pas surfait et finalement anecdotique. L'adage populaire dit que l'occasion fait le larron et elle s'est présentée pour lire sa dernière production. Bien m'en a pris car à défaut d'inventer l'eau chaude, Lisa Gardner nous sert un page-turner efficace et rondement mené.

Alternativement, chapitre après chapitre, nous côtoyons une jeune fille (Charlie) persuadée qu'elle va être assassinée dans trois jours à la même date que ses deux meilleures amies aux deux années précédentes. Obsessionnelle, préparée à cette échéance (combat rapproché, tir, musculation), elle contacte D.D. Warren, l'enquêtrice de choc et de charme récurrente dans l'œuvre de Gardner. Cette dernière ne prête au premier abord qu'une oreille discrète aux élucubrations de cette jeune femme en détresse et visiblement borderline. En effet, elle a une enquête autrement plus importante à ses yeux à mener sur une série de meurtres où les victimes sont toutes des pédophiles repentis ou non. Maman depuis quatre semaines, Warren passe des nuits agitées et doit cependant se consacrer entièrement à cette enquête qui l'émeut profondément. Dernier point de vue développé, celui d'un gamin de huit ans (Jesse) qui fréquente un site de jeu en ligne pour enfants... malheureusement pour lui, on peut y faire de très mauvaises rencontres. De ces trois personnages, trois intrigues vont bien évidemment converger vers un final haletant dont Lisa Gardner a le secret. Belle petite claque que ce Arrêtez-moi.

Cette fois-ci Lisa Gardner ne se fourvoie pas dans la caricature et nous offre des personnages ciselés et évolutifs. J'ai particulièrement apprécié les personnages de Charlie et de Jesse. La jeune femme est une ancienne victime d'abus et de violences dans sa prime jeunesse, sa mère était folle à lier (atteinte du syndrome de Munchhausen). Elle en a gardé des fêlures et une tendance à se renfermer sur elle-même. Pas de vie sentimentale, pas vraiment de vie sociale, elle ne vit pas vraiment, elle s'adapte continuellement. La menace invisible qui pèse sur elle la mine et l'amène à explorer les zones d'ombre de sa mémoire. Gare aux révélations! Très bien menée, cette progression intime se fait naturellement avec une tension sous-jacente palpable et dérangeante. Où est la vérité? Où est le mensonge? Au lecteur de se dépatouiller entre fausses pistes et éclairs révélateurs. Bien que moins présent, Jesse est aussi touchant de naïveté et surtout, nous montre bien le côté influençable des enfants et leur fascination pour les amitiés virtuelles. Je ne suis pas encore père de famille, mais j'ai vraiment tremblé et stressé tant il paraît facile de pouvoir perdre son enfant face à de tels prédateurs connectés. Là encore, Gardner se montre virtuose pour poser une situation et la faire dégénérer. À glacer le sang littéralement!

Avec ce roman, j'appréhendais surtout de retrouver D.D. Warren qui m'a insupporté durant ma précédente lecture. Il faut croire que son statut de jeune mère l'a apaisée. Je l'ai trouvé beaucoup plus humaine et plus attachante dans cet opus. Comme toujours, elle fait quelques erreurs de jugement mais elle gagne en densité et se prend à réfléchir à ses défauts allant même jusqu'à se remettre en question. Grande nouveauté! 41 ans, l'âge de la maturité pour elle? Seul bémol, son obsession sur son enfant (il paraît que c'est courant...) et sa tendance à aborder le sujet avec tout le monde... y compris des inconnus! Étrange et peu crédible à mes yeux mais passons, cela ne gâche pas le plaisir pour autant. De manière générale, les personnages secondaires sont bien traités et apportent chacun une petite pierre à l'édifice final sans exagération ni superficialité.

Le suspens ne perd jamais en intensité et Lisa Gardner vous convie vraiment à un parcours digne de montagnes russes. On ne compte plus les fausses pistes, les masques qui tombent et les retournements de situation. La surprise n'est pas forcément au rendez-vous et j'ai deviné l'identité du meurtrier à la moitié du récit. Pour autant, c'est avec un grand plaisir qu'on se fait balader par l'auteur qui semble y prendre un malin plaisir. Rien à redire sur le style qui même s'il n'est pas de la grande littérature est efficace et rend compte sans cliché des méandres d'une enquête âpre. La lecture fut donc addictive à souhait et très rapide car il s'est révélé quasiment impossible de relâcher le volume avant la fin.

Belle lecture pour conclure, qui conviendra aux amoureux de suspens bien ficelé au rythme prenant et à l'histoire immersive. Gardner is back et franchement, ça fait du bien!

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Disparue
- Sauver sa peau
- La maison d'à côté
- Tu ne m'échapperas pas

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jeudi 6 novembre 2014

"Gone Girl" de David Fincher

gone girl afficheL'histoire: A l’occasion de son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne signale la disparition de sa femme, Amy. Sous la pression de la police et l’affolement des médias, l’image du couple modèle commence à s’effriter. Très vite, les mensonges de Nick et son étrange comportement amènent tout le monde à se poser la même question : a-t-il tué sa femme ?

La critique Nelfesque: Absolument fan de "Seven" et "Fight Club" et avec une filmographie loin d'être honteuse, quand un nouveau film de David Fincher sort au cinéma, même si je ne vais pas tous les voir, je m'y intéresse forcément. Et quand j'ai vu qu'il était aux commandes de l'adaptation de "Les Apparences", roman de Gillian Flynn aux éditions Sonatines (sans doute ma maison d'édition préférée en matière de polars / thrillers), que je n'ai pas lu mais dont j'ai entendu beaucoup de bien, je m'y suis intéressée doublement. Ni une ni deux, j'étais enfermée dans une salle obscure pour près de 3h de projection devant "Gone Girl".

Oui, vous avez bien lu... 3h ! A croire que dorénavant les réalisateurs ne sont plus en mesure de faire des films de moins de 2h. Entre les trilogies qui au final donnent des longs films de plus de 6h minimum et les "one shot" de 3h, mieux vaut avoir un long métrage qui tienne la route face à soi au risque de s'endormir sévère !

Je vous rassure, ici on a du "plutôt pas mal !". Je ne peux pas dire du génial car j'avais lu pas mal d'éloges dessus et pendant quelques temps je me suis demandée quelle mouche avait piqué mes amis et copinautes mais à partir d'un moment dans le film tout bascule et j'ai compris le pourquoi de ces bons échos.

gone girl 2

Alors oui, la première partie est classique. Nick rentre chez lui, retrouve une partie de son salon saccagé et aucune trace de sa femme. Inquiet, il appelle la police qui va très vite le soupçonner de ne pas être tout blanc dans cette disparition. Classique. Mortellement classique. Les flics sont caricaturaux, l'intrigue est sympa mais bon pas plus que celle d'un téléfilm du dimanche après-midi... Bref pas vraiment emballée à la base. Et puis SCHLING ! La lumière s'éclaire et le film prend un tournant nouveau à mi course.

Le film bascule dans une autre dimension et son traitement est à mon sens plus travaillé, comme si Fincher en avait gardé sous le pied (tu m'étonnes...) pour bluffer le public dans sa seconde partie. Une seconde partie qui va littéralement sauver le film à mes yeux. Bien que n'ayant pas été totalement surprise par l'ensemble j'ai tout de même ouvert de grands yeux par moment et ça c'est plutôt bon signe. Difficile de décortiquer ce film sans trop en dire et mieux vaut en savoir le moins possible en allant le voir... Aussi, faites moi confiance, ça vaut le coup. Débrouillez-vous avec ça !

gone girl 3

Le jeux des acteurs est bon, le climax tendu et la critique des médias qui font et défont une réputation est plutôt bien foutue. On s'en rend déjà compte dans la vie de tous les jours, ici c'est carrément flagrant. Et puis pour ceux qui sont fan de "How I met your mother", il y a Barney dans "Gone Girl" !

En résumé, une première partie "Bof" + une seconde "Ah ouais quand même !" = "Plutôt pas mal !" CQFD !
Il ne me reste plus qu'à lire le bouquin maintenant.

gone girl

La critique de Mr K: 4/6. Petite séance cinoche sympathique mais pas inoubliable aujourd'hui avec le dernier Fincher qui fait un carton actuellement. Légère déception pour moi car j'en attendais beaucoup plus du réalisateur des mythiques Seven et Fight Club. Je précise avant de développer que je n'ai pas lu l'œuvre originale dont est tiré ce métrage, je ne peux donc comparer au matériaux originel.

Tout commence plutôt classiquement (trop à mes yeux) avec cette histoire de femme disparue et d'une enquête qui piétine. Bien évidemment, dans pareil cas les soupçons se portent sur le mari qui sous ses abords d'homme inquiet et lisse cache des choses. Durant une heure, Fincher nous donne à voir un spectacle plutôt moyen je dois l'avouer, je me prends à penser que je vais regretter d'avoir payé ma place. Pas de surprises, une manière de filmer certes correcte mais pas transcendante. Reste un Ben Afflek que je n'aime pas et qui tire cependant son épingle du jeu de ce personnage d'homme ordinaire dépassé par les événements.

gone girl 4

Heureusement, la deuxième partie du film (que nous avions deviné avec Nelfe au bout de 20 minutes de film - on nous la fait plus à nous, vive la lecture!-) vient secouer sévèrement le spectateur qui pour le coup se retrouve brinqueballé dans un deuxième acte complètement fou et magistralement mis en image par un Fincher qui semble enfin se réveiller! Mention spéciale à l'actrice jouant le rôle de la disparue toute en finesse de jeu et beauté glacée. Les révélations pleuvent et on passe vraiment par tous les états. Par de réelles surprises pour autant mais un petit plaisir sadique bien sympa que j'aime éprouver dans une salle obscure... Rassurez-vous, je reste quelqu'un de très fréquentable.

gone girl 1

Ce qui sauve le film à mes yeux n'est pas son histoire en elle-même finalement (vraiment classique) mais plutôt les divers messages que Fincher essaie de faire passer. Au premier d'entre eux, la manipulation de la vérité par les médias et leur acharnement sur le quidam moyen. Ici la dénonciation m'a semblé quelque peu grossière mais elle est efficace et fait enrager le spectateur. J'ai surtout apprécié la figure du mari qui semble avoir de gros soucis dans son rapport aux femmes que ce soit celles qu'il a aimé ou aime mais aussi avec sa propre sœur jumelle (remarquable actrice). Le rôle est vraiment très bien écrit et Ben Affleck remonte vraiment dans mon estime avec ce mari déboussolé.

Bonne petite séance donc en deçà cependant de ce que j'attendais de Fincher, la technique est maîtrisée mais le fond reste caricatural et finalement très américain. Davantage de nuance aurait porté ce métrage aux cieux... Dommage.

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dimanche 19 octobre 2014

"Le Jeu du jugement" de Bernard Taylor

le jeu du jugement

L'histoire: Pourquoi maman et papa ne s'aiment-ils plus? Pourquoi faut-il qu'on vive avec papa? Il est super-gentil, mais vraiment on ne peut pas sentir Netta.
Et qu'est-ce qu'on s'ennuie à la campagne! Papa nous y a emmenés parce qu'il voudrait qu'on aime notre nouvelle maman, cette horreur de Netta.
Aujourd'hui papa est parti voir grand-mère et, dans la maison, il n'y a plus que Netta et nous quatre les enfants.
Netta va être tellement surprise quand on va lui parler du jeu qu'on a imaginé. Qu'est-ce qu'ils sont mignons, va-t-elle penser. Mais c'est pas du tout un jeu, c'est sérieux...

La critique de Mr K: Fruit d'un craquage récent, Le Jeu du jugement m'avait interpelé par sa quatrième de couverture intrigante, diffusant un malaise profond et lourd en promesses cauchemardesques. J'étais loin de la vérité tant on s'abime ici dans les tréfonds d'âmes torturés de personnages plus branques les uns que les autres et les méfaits de dysfonctionnements familiaux chroniques. Prenez votre respiration, on plonge en Enfer!

Robert vit désormais seul avec ses quatre enfants (Kester, Michaël, Ben et Daisy) dont il a obtenu la garde suite aux déficiences criantes de son ex épouse dans l'éducation de sa progéniture (la maman est vraiment barrée et a lâché sa famille du jour au lendemain pour partir s'éclater!). Pour autant, il ne veut pas les priver de leur mère et régulièrement, essentiellement les deux aînés, les enfants passent du temps avec elle. Il ne sait pas que cette dernière vit le rêve de pouvoir réunir la famille comme avant et manipule les esprits de Kester et Michaël. Le père de famille, prof d'anglais vit une nouvelle histoire d'amour avec Netta une collègue du lycée où il travaille. Il ne rêve que d'une chose: créer une nouvelle famille où sa nouvelle fiancée soit acceptée par ses mômes. Il est loin de se douter de la tournure que les événements vont prendre!

Tout commence par un premier chapitre où les deux aînés s'amusent à torturer une colonie de chenilles. Effet garanti, on se dit de suite qu'ils ne sont pas nets! Puis, la pression monte peu à peu, très lentement. L'auteur nous décrit le quotidien de Robert et de ses enfants. Rien de vraiment extraordinaire, simplement une nouvelle vie difficile à accepter pour Kester et Michaël. C'est lors de leur séjour chez leur mère que le lecteur commence à être secoué. Malsaine et manipulatrice, sa relation avec ses enfants m'a mis vraiment mal à l'aise, elle dérape quasiment constamment et beaucoup de tabous sont levés. L'horreur est profondément humaine dans ce livre, pas d'effets de manche mais simplement des codes sociaux complètement bouleversés et amoraux. La haine est de mise, les pulsions de morts sont exacerbées.

A la mi-livre, l'auteur passe à la vitesse supérieur. On s'attend désormais au pire tant ces deux gamins sont dérangés. Aveuglé par son nouvel amour et l'attention constante que lui réclame ses deux plus jeunes enfants, Robert ne voit rien et ceci malgré les remarques de plus en plus insistantes de sa nouvelle compagne. La colère et la frustration vont frapper lorsqu'il sera parti au chevet de sa mère malade. Kester et son bras droit Michaël vont perdre tout sens commun et exprimer leur haine. Préparez-vous à des moments de pure cruauté, savamment orchestrés, jamais dans la démesure plutôt dans l'analyse clinique et froide d'actes guidés par des pulsions irrépressibles. C'est bien pire que n'importe quel livre gore lambda! Franchement, rien que d'y penser me fait frémir!

Le côté remarquable de cet ouvrage réside dans le traitement des personnages. Bernard Taylor est un fin tacticien. Il ne révèle les éléments de psyché de chacun que par petites touches intelligentes et emboîtées les unes dans les autres. Cette famille qui peut paraître banale au premier abord est très bien décrite et les rapports qu'entretiennent les quatre gamins entre eux sont d'une rare finesse. Cela a une importance cruciale pour le dernier acte qui m'aura marqué comme rarement. Jalousie, envie, désir de reconnaissance, confiance en soi... autant de sentiments exacerbés par la puberté qui sont ici au cœur d'une trame dramatique. On ressort de cette lecture littéralement rincé mais assez épaté par cet opéra sanglant intimiste.

L'écriture en elle-même n'est pas phénoménale, pas de quoi sauter au plafond, c'est plutôt dans la structuration du récit que Bernard Taylor sort son épine du jeu. Rien n'est laissé au hasard et le dénouement est imparable. Les amateurs de terreur intimiste seront ici conquis et bien des fois j'ai pensé à l'excellent et dérangeant film Eden Lake. À vous de voir si vous voulez tenter l'expérience!

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vendredi 22 août 2014

"La Patience du diable" de Maxime Chattam

la patience du diableL'histoire: Le Mal peut-il contaminer ceux qui le traquent ? Un go-fast pris en flag qui transporte bien pire que de la drogue... Deux ados qui tirent sur les passagers d’un TGV lancé à pleine vitesse... Des gens ordinaires découverts morts... de terreur. Le Diable mène le bal, le monde est devenu fou. Lieutenant à la Section de Recherche de Paris, Ludivine Vancker comprend bientôt qu’un fil sanglant relie ces faits divers. Rien ne pourra l’empêcher de remonter la piste à sa source. Aux racines de la peur.

La critique Nelfesque: "La Patience du diable" est la suite de "La Conjuration primitive" sortie l'an dernier. Une suite sans en être vraiment une puisque ce sont bien 2 romans différents qui peuvent être lus indépendamment l'un de l'autre mais où l'on retrouve certains personnages dont Ludivine et Segnon que nous avions quitté au terme d'une enquête haletante dans un final éprouvant.

L'histoire commence avec une tuerie dans un train. Aux bouts des armes, 2 adolescents. Une scène d'une violence pure où les principaux acteurs sont des gamins que rien ne disposait à commettre de telles actes. Peu à peu la violence se propage comme une épidémie et des actes similaires, des actes de folie, des pétages de plombs, sont perpétrés aux 4 coins de la France.

Qu'est ce qui pousse des personnes lambda, des hommes et des femmes que l'on croise dans la vie de tous les jours, à de tels agissements? La violence engendre-t-elle la violence? Une même personne serait-elle à l'oeuvre pour tirer les fils de cette gigantesque machination? Le diable en personne? Ludivine, Seignon et la cellule de gendarmerie mise en place sur la première enquête va essayer de faire le lien, comprendre ce qui se passe et enrayer cette machine lancée à vive allure.

Ce nouveau Chattam est encore une fois très efficace. "La Patience du diable" est un bon page turner, Chattam a une écriture simple et efficace qui tient en haleine et les amateurs de thriller trouvent en lui une valeur sûre pour passer un bon moment d'horreur. Il faut aimer le sang, les tripes, les situations gores pour se lancer dans cette lecture. Si vous êtes sensibles, mieux vaut vous abstenir sous peine de faire quelques cauchemars.

Ce n'est pas le premier roman de cet auteur que je lis et dès les premières pages, il n'y a pas de doute, c'est bien du Chattam. La scène du TGV est une tuerie dans tous les sens du terme et "La Patience du diable" commence sur les chapeaux de roue. Je constate avec le temps que Chattam a tendance à répéter sa recette qui fonctionne bien mais qui peut aussi lasser. Les mêmes ficelles sont utilisées, l'horreur prend de l'ampleur plus on avance dans l'ouvrage et certaines scènes peuvent paraître "too much". Rien de nouveau sous le soleil dans le processus d'écriture mais après tout quand ça fonctionne on ne peut pas vraiment se plaindre. Chattam a suivi des études en criminologie et ça se sent. Il détaille beaucoup, utilise la psychologie des personnages pour construire ses récits et appuie sur des détails bien précis. Lors de ma première lecture, "L'Ame du mal", j'ai été conquise par cette construction de roman. Je dois avouer qu'au bout de 6 ouvrages, ça ne fonctionne plus autant qu'avant sur moi. Je savais où l'auteur voulait me mener, j'ai trouvé qu'il enfilait les clichés comme des perles et j'ai deviné l'identité du grand méchant très vite dans ma lecture. Dommage...

Vous l'aurez compris, je n'ai pas vraiment accroché à ce présent roman. Sans pour autant dire que c'est un mauvais roman, car ce n'est aucunement le cas, les assoiffés de thrillers dont je fais partie le trouveront "tout juste bon". L'histoire est bien trouvée, les scènes clés sont efficaces mais il manque le petit supplément d'âme, le détail d'écriture ou de construction du récit qui fait basculer le roman sympa en p***** de roman qui déchire. Si vous n'avez jamais lu de Chattam, si le thriller n'est pas l'un de vos genres préférés et donc que vous n'en avez pas lu des centaines comme moi, ça pourrait fonctionner. En ce qui me concerne, j'attends maintenant plus qu'un page turner sanglant pour être bluffée.

Un bon rythme, des scènes chocs et un fond intéressant qui consiste à dire que l'horreur est partout, en chacun de nous, et que le monde et nos rapports aux autres évoluent dans un terrain violent où sont mises en avant des situations affreuses et inimaginables. Les guerres, la crise, les agressions, les violences quotidiennes, les meurtres, les malversations ... sont autant de causes qui font monter la pression et élèvent notre seuil de tolérance à l'horreur. Chattam a su mélanger tout cela pour donner à penser que l'issue qu'il développe dans son roman est tout à fait envisageable dans le monde d'aujourd'hui. Malgré cela, c'est avec un sentiment mitigé que j'ai fermé ce livre et je crois que mon avis ici exprimé va dans ce sens. Un roman sympa... sans plus.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"

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mardi 5 août 2014

"L'Assassinat d'Hicabi Bey" de Alper Canigüz

l'assassinat d'Hicabi BeyL'histoire: Alper Kamu est un curieux petit garçon qui s’est promis de résoudre un meurtre commis dans son quartier à Istanbul. Il a trouvé Ertan le Timbré à côté du cadavre encore chaud d’Hicabi Bey, policier à la retraite, la télévision allumée à plein volume, mais le cinglé du voisinage était plutôt là pour regarder l’équipe du Besiktas perdre en Ligue des champions. Déjà tête à claques d’existentialiste, Alper le désormais détective va sécher la maternelle et balader son revolver en plastique Dallas Gold dans une mégapole bigarrée, pleine d’amantes fatales, d’épiciers lyriques et de directeurs sournois...

La critique Nelfesque: Après "Des 1001 façons de quitter la Moldavie" de Vladimir Lortchenkov aux Editions Mirobole, j'avais fortement envie de me replonger dans un roman drôle et caustique qui m'emmène au delà des frontières françaises. Avec "L'Assassinat d'Hicabi Bey", j'ai été servie et je ne peux en préambule que souligner la cohérence du catalogue Mirobole qui sait décidément bien choisir ses publications.

Alper Canigüz est un auteur turque dont "L'assassinat d'Hicabi Bey" est le second roman. Côté littérature turque, je dois admettre que je ne suis pas une spécialiste. En revanche, côté thriller et roman à l'humour décalé, en tout modestie, je commence à toucher ma bille... Néanmoins, cet auteur a su me cueillir par son originalité, son écriture singulière et surtout son petit héros Alper. Je vais suivre dorénavant son actualité avec beaucoup d'intérêt !

Car oui, le gros potentiel de ce roman tient dans son personnage principal. Haut comme 3 pommes, âgé de 5 ans, Alper est un petit gars bien différent des autres enfants de son âge. Il a l'esprit d'un homme de 50 ans dans un petit corps d'un mètre dix et cela provoque de drôles de réactions chez ses interlocuteurs. "A cinq ans, on est au coeur de l'âge mûr. Ensuite commence la chute." sont les premières phrases de ce roman. Ca a le mérite d'annoncer la couleur ! D'ailleurs, connaissez-vous beaucoup de gamins de 5 ans passant leurs journées à lire du Dostoïevski et du Nietzsche "pour la rigolade (je plaisante, il sait de quoi il parle le moustachu - c'est fou ce que la poltronnerie peut rendre créatif !)" ? Les pensées d'Alper et sa répartie sont savoureux et j'ai passé 250 pages à rire !

Bien que cultivé et ayant un vocabulaire évolué (bien plus que certains adultes), Alper n'en reste pas moins un enfant et sa fraicheur et ses envolées grossières parfois redonnent un peu de réalisme à une oeuvre farfelue. Ne lisez pas "L'Assassinat d'Hicabi Bey" si vous souhaitez une histoire plausible, vous n'arrêterez pas de pester. Mais si vous êtes à la recherche d'une lecture peu commune mêlant humour, esprit critique et dépaysement, celui ci est fait pour vous.

Canigüs pousse ses lecteurs à la réflexion par le biais de la dérision. A la fois, l'histoire au premier degré est drôle et décalée mais c'est aussi une véritable critique de la Turquie d'aujourd'hui que nous propose l'auteur. Sans rentrer dans les détails, nous sommes ici dans un quartier d'Istanbul, loin des secteurs riches, où petites frappes, violence, drogue et chômage rodent. Sans parler de la critique des relations humaines et de ses limites : trahisons, mensonges, manigances, douleurs ...

Comme quoi ce n'est pas parce qu'un enfant a 5 ans qu'il n'a pas d'autres préoccupations que la composition de son quatre heures ou le dernier dessin animé à la TV. Un chemin que bon nombre d'adulte ferait bien de prendre ! "L'Assassinat d'Hicabi Bey" est à lire, assurément ! Original, drôle, caustique, décalé ! Vous faut-il d'autres arguments pour courir chez votre libraire !?

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dimanche 3 août 2014

"Le Syndrome Copernic" d'Henri Loevenbruck

«Le syndrome Copernic» d'Henri Loevenbruck

L'histoire: Un matin d'été ordinaire, trois bombes explosent dans une haute tour du quartier de la Défense. Toutes les personnes qui étaient entrées dans le gratte-ciel périssent dans l'effondrement. Toutes, sauf une, Vigo Ravel, quelques minutes avant l'attentat, a entendu des voix dans sa tête qui lui ordonnaient de fuir. Et il a survécu.
Il comprend alors qu'il détient un secret qui pourrait changer la face du monde. Mais il ne suffit pas de connaître un secret si grand soit-il. Encore faut-il en comprendre l'origine. Qui sont ces hommes qui le traquent? Quelle énigme se cache derrière le Protocole 88? Que signifient les voix que lui seul semble pouvoir entendre?
Il est des mystères qui valent tous les sacrifices. Même celui de l'âme.

La critique de Mr K: Loevenbruck le retour au Capharnaüm Éclairé! J'avais grandement apprécié L'Apothicaire et Le mystère Fulcanelli, l'occasion faisant le larron, je tombai sur Le Syndrôme Copernic au cours d'un énième chinage et je sautai sur l'occasion pour l'acquérir. Depuis avril, le pauvre m'attendait impatiemment dans ma PAL...

Vigo est le seul rescapé d'un attentat terroriste sans précédent sur le sol français. Des voix lui ont parlé dans sa tête et il a pu s'échapper de l'Enfer à la dernière minute. Oui! Vigo est dérangé, plus que cela il est schizophrène! C'est du moins le diagnostic du docteur Guillaume. Mais voilà, ce dernier est mort dans l'effondrement de la tour et quand Vigo se renseigne sur les victimes, il ne trouve nulle trace du fameux docteur ni même de l'existence du cabinet médical où il se rendait une fois par semaine pour son injection hebdomadaire. Livré à lui même, sans repères ni personne à qui se raccrocher, Vigo va tenter de découvrir la vérité sur son identité, sa maladie et sur le fameux Protocole 88.

Clairement ce livre est loin d 'être le meilleur de l'auteur et même si je l'ai lu assez rapidement, l'ennui a pointé régulièrement le bout de son nez: 508 pages qui auraient pu être condensées en 300 facilement car Loevenbruck en voulant nous plonger dans l'esprit d'un pseudo schizophrène se répète beaucoup (préférez Les Racines du mal de Dantec, un bouquin culte et inégalé!), alourdit le récit à un tel point qu'on finit même par moment par se demander s'il ne faudrait pas achever le héros! J'exagère quelque peu mais les atermoiements de ce dernier deviennent vite saoulants au bout de 200 pages et il faut tout de même attendre la 300ème pour avoir un début de révélation. Ce premier indice m'a personnellement mis sur la voie de la vérité cachée et révélée dans les toutes dernières pages, peu ou pas de surprises de mon côté donc. La fin m'a aussi paru bâclée et envoyée en 20 pages comme si l'auteur en avait ras le bol et souhaitait en finir au plus vite. Dommage car le background était intéressant.

Pour autant, Le Syndrome Copernic n'est pas une bouse intersidérale. L'écriture de Loevenbruck reste toujours aussi accessible et je pense que des néo-lecteurs se laisseront entraînés sans peine dans cette aventure baignant dans une paranoïa bien de notre temps. Même si l'auteur en rajoute un maximum, les personnages sont plutôt bien caractérisés et évoluent bien, voir radicalement pour certains d'entre eux: je garderais en souvenir le personnage de la policière venant en aide à Hugo en début de roman et les membres de l'organisation Sphinx. Autre réussite de ce roman, le rendu très réaliste d'une capitale française subissant une menace terroriste et l'ambiance qui peut en résulter. Cela traduit une fois de plus tout le talent de l'auteur pour rendre compte d'une époque et d'un climax, il l'avait déjà bien montré dans mes deux précédentes lectures.

Cette lecture fut donc une semi déception pour ma part, l'auteur m'ayant habitué à bien mieux. Dispensable mais pour autant tout à fait fréquentable, cet ouvrage a le mérite de se lire facilement. À chacun de se décider s'il veut tenter l'aventure ou non.

Egalement lus et chroniqué au Capharnaüm éclairé:
- "Sérum - Saison 1, Episode 1"
- "Sérum - Saison 1, Episode 2"
- "Le Mystère Fulcanelli"
- "L'Apothicaire"

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