vendredi 27 février 2015

"Que ta volonté soit faite" de Maxime Chattam

que ta volonté soit faiteL'histoire : Bienvenue à Carson Mills, petite bourgade du Midwest avec ses champs de coquelicots, ses forêts, ses maisons pimpantes, ses habitants qui se connaissent tous. Un véritable petit coin de paradis... S'il n'y avait Jon Petersen.
Il est ce que l'humanité a fait de pire, même le Diable en a peur. Pourtant, un jour, vous croiserez son chemin.
Et là... Sans doute réveillera-t-il l'envie de tuer qui sommeille en vous.

La critique Nelfesque : En bonne amatrice de thrillers, je surveille de près les sorties des romans de Maxime Chattam en librairie. Son dernier, "Que ta volonté soit faite", est disponible depuis début janvier.

Jon Petersen est un gars du coin. Un habitant de Carson Mills pur jus. Un 100% Midwest version populaire et une case en moins. Dans les premières pages du roman le lecteur fait sa connaissance dans un moment clé de sa vie. Dès les premières minutes de lecture, on comprend que ce qui est en train de se dérouler sous nos yeux conditionnera toute sa vie. Ce petit gars là n'a pas de chance. Il n'est pas né dans la bonne famille et va grandir comme une mauvaise herbe, sans attention et dans l'indifférence totale. Pire même puisqu'il subira les violences physiques et morales de son père qui lui feront perdre tout repères et l'amèneront à des actes abjectes.

Comme une longue pente que l'on dévale lentement, nous suivons Jon dans sa jeunesse et son adolescence. Notre instinct de lecteur nous souffle très tôt que l'issue sera dramatique. Son père l'humilie quotidiennement, son entourage est glacial, ses camarades de classe sont cruels comme peuvent l'être les enfants face à ce qui ne leur ressemble pas... Toujours seul, à l'écart, Jon va commencer à avoir des comportements étranges et à l'adolescence ses agissements vont basculer dans l'horreur.

Avec "Que ta volonté soit faite", Maxime Chattam n'est pas dans son registre habituel. Nous sommes plus ici dans un roman noir que dans du thriller pur. J'ai été particulièrement surprise par ce changement de style, agréablement même car l'histoire dépeinte ici est de qualité et que la vie de Jon tient vraiment le lecteur en haleine. Avec des scènes chocs, comme Chattam sait si bien les écrire, le lecteur n'est pas ménagé. Tout commence par le viol de sa tante un soir d'été et c'est une descente aux enfers qui débute.

Efficace et sans concession, ce roman laisse le lecteur pantois entre dégoût de ce qu'il peut lire par moment et curiosité de découvrir la suite. Et sur ce point Chattam sait exactement où il veut nous mener. J'ai été prise dans l'histoire, j'ai voulu savoir quel sort serait réservé à Jon et découvrir qui était véritablement ce narrateur mystérieux extérieur à la scène (sur ce point, je n'ai pas été surprise, mais ce n'est pas bien grave). Si je notais mes lectures, j'aurais mis une très bonne note à ce roman. Si je notais mes lectures... Et si ce roman n'avait pas eu une fin qui a mon sens est complètement bâclée !

Car oui il y a un "mais" au milieu de toutes ces éloges : une justification à l'histoire qui pour moi ne vaut pas deux cacahuètes. Le soufflé retombe complètement avec le dernier chapitre du roman où le narrateur, et par là même l'auteur, nous fait une belle leçon de morale à deux balles et lance clairement à la tête du lecteur : "démerde toi avec ça!". Concrêtement, j'ai refermé mon bouquin avec un terrible sentiment de What The Fuck !? Non mais sans blague !? C'est CA la fin de ce roman !?

Déçue et avec l'impression d'avoir été bernée, je me suis demandée si l'auteur ne s'était pas foutu un peu de notre pomme ou si son éditeur ne lui avait pas suggéré de changer sa fin (forcément démentielle) pour une autre plus novatrice, carrément délirante et choc. Et puis dans ce moment de flottement, j'ai regardé, l'air hagard, la couverture de ce roman fraîchement refermé et en lisant son titre j'ai compris que non, Chattam a bien voulu nous amener là où il a clôt son roman. Depuis le début, il avait cette idée en tête et effectivement tout est logique. Je n'adhère pas à la fin, ses justifications sont fumeuses mais soit, l'idée est là. C'est un parti-pris. C'est couillu. Ca ne plaira pas à tout le monde (la preuve) mais pourquoi pas...

"Que ta volonté soit faite" m'a donc laissée mi-figue mi-raisin. Totalement emballée par ce roman durant toute ma lecture, les dernières pages m'ont fait l'effet d'une douche froide. Dommage... Ca aurait pu être un de mes romans de l'année...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- "L'Ame du mal"
- "In tenebris"
- "Maléfices" (ah mais mince, je ne l'ai jamais chroniqué celui là...)
- "Les Arcanes du chaos"
- "La Conjuration primitive"
- "La Patience du diable"

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mardi 24 février 2015

"La Fille de la nuit" de Serge Brussolo

brussolo

L'histoire: Elle a survécu par miracle à une balle dans la tête. Dans l'hôpital de Los Angeles où elle se rétablit, on l'appelle désormais Jane Doe. Mais plus personne ne pourra dire qui elle était avant... Peut-être une tueuse, une créature de l'ombre, froidement programmée pour le crime. C'est ce que lui font penser d'étranges réflexes d'auto-défense, des rêves nocturnes où se déroulent d'implacables scénarios de meurtres. À moins que ce ne soit sa blessure qui ait libéré en elle cette nouvelle personnalité? Une seule certitude: on veut toujours sa mort.

La critique de Mr K: Nouvelle incursion chez Brussolo aujourd'hui avec cette histoire plutôt classique dans son postulat de base: une jeune femme se réveille totalement amnésique à l'hôpital suite à un traumatisme violent (on l'appelle alors Jane Doe). Elle se rappelle donc de strictement rien et ne ressent que de vagues impressions. C'est du moins le point de départ car peu à peu ses nuits se peuplent de cauchemars sanglants et de rêves étranges où semble se dessiner une personnalité des plus vindicatives et déviantes. Elle hésite alors entre la recherche d'un passé perdu et la possibilité d'entamer une nouvelle vie vierge de tout souvenir, une incroyable possibilité de tout recommencer à zéro. On navigue constamment entre réalité étrangère et fantasmes ultra-réalistes, l'auteur se plaisant (comme à son habitude) à brouiller les pistes, on ne peut pas vraiment se raccrocher à des éléments précis et on avance très lentement, ce qui peut d'ailleurs agacer...

Vers le premier tiers s'opère alors un glissement narratif heureux, Brussolo mettant l'héroïne au prise avec Sarah, une ancienne militaire devenue experte en protection rapprochée. On se rend compte très vite qu'elle devient le personnage principal de part son omniprésence et le regard aiguisé qu'elle porte sur Jane. S'interrogeant de plus en plus sur cette cliente qui la touche au plus profond d'elle même, elle va mener l'enquête et lever le voile sur une existence effacée. J'ai été douché car je ne m'attendais pas à la révélation finale qui est bien moins flamboyante que prévue mais qui finalement se révèle bien crédible et originale. Bravo Brussolo!

Thriller réussi par son histoire mais aussi grâce à des personnages poussés, oscillant bien souvent entre les frontières du bien et du mal, La Fille de la nuit est une plongée passionnante dans les arcanes de l'esprit humain sur ses capacités de refoulement et d'explosivité parfois. Au détour de certains paragraphes, c'est aussi une certaine vision de la société américaine qui nous est livrée à réflexion avec notamment la ségrégation sociale et raciale toujours d'actualité et une tendance à l'ultra-surveillance au nom de la sacro-sainte sécurité (ici des plus riches des WASP). De l'action, du suspens et de la réflexion, voici un triptyque qui me plaît bien!

Rajoutez là-dessus une langue toujours aussi directe et agréable à lire, malgré une petite lassitude lors des cinquante premières pages, le récit tardant à démarrer au détriment de l'exploration des angoisses intimes de l'héroïne (j'ai trouvé que l'auteur se répétait mais rien d'irrémédiable), vous obtenez tout même ici un bon roman à la fois haletant et surprenant malgré une thématique déjà explorée. Une belle et bonne lecture que je vous conseille fortement si le genre vous plaît.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé du même auteur:
- "Le Syndrome du scaphandrier"
- "Bunker"
- "Les Emmurés"

- "Avis de tempête"
- "La Main froide"
- "Pélerin des ténèbres"

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jeudi 19 février 2015

"Séquestrée" de Chevy Stevens

séquestrée

L'histoire: Annie a été séquestrée.
Elle a passé douze mois en enfer dans une cabane perdue au fond de la forêt.
Annie est libre, enfin, mais les séances chez le psychologue lui font revivre chaque minute. Annie est sauve, le plus dur est derrière elle.
Du moins le croit-elle...

La critique de Mr K: Annie est une jeune agent immobilier à qui la vie semble sourire. Sa carrière professionnelle est lancée, elle s'est achetée la maison de ses rêves et elle file le parfait amour avec Luc. Tout bascule quand elle se fait enlever par un pseudo client venu visiter une maison. C'est le début d'un long calvaire pour la jeune femme qui ne réussira à s'échapper qu'un an plus tard. Le livre est divisé en chapitres correspondant chacun à une consultation chez le psy. Annie y revient sur le déroulé de sa séquestration mais aussi ce qu'elle ressent et vit depuis son retour à la liberté.

On se prend très vite d'affection pour cette jeune femme volontaire qui est loin d'avoir les deux pieds dans le même sabot et semble habitée d'une envie de résister hors du commun. Malheureusement pour elle, elle se retrouve confrontée à un psychopathe d'une rare perversité et obnubilé par sa volonté de créer une famille idéale. La séquestration est ici d'une rare intensité dans la violence (physique mais aussi moralement destructrice au plus haut point): négation de l'individu et son libre arbitre, violence et tension physique sous-jacentes, viol répété, inhumanité latente et effrayante. L'horreur ici ne se jette pas à la gueule du spectateur, elle est larvée et pénétrante au possible. Plus on avance dans le récit plus on assiste à la lente et méthodique descente aux enfers de l'héroïne qui dans un sursaut va réussir l'impossible. Cependant, le retour à la réalité n'est pas facile surtout qu'un secret effroyable lui sera révélé.

Ce livre est un excellent thriller. Je suis resté scotché du début à la fin à ce page-turner d'une redoutable efficacité. Le procédé des consultations est bien trouvé et permet de maintenir les attentes du lecteur entre curiosité et frustration. On alterne régulièrement entre les souvenirs de la détention forcée d'Annie et son ressenti actuel et ses expériences du présent. La révélation m'a cueilli je l'avoue et m'a fait froid dans le dos. Par contre, c'est vrai que l'on reste sur du classique sur le reste avec la relation spéciale qu'Annie entretient avec sa meilleure amie et Luc. Certains développement ne surprendront personne et rentre dans un moule déjà lu ou vu. Pour autant, il se dégage de ce livre une énergie folle et une profondeur psychologique de bon aloi. Les personnages vivent littéralement sous nos yeux et nous n'avons pas affaire à un énième avatar ou caricature de personnage que l'on peut parfois trouver dans ce type de production. La finesse est de mise pour le plus grand plaisir du lecteur happé par ce destin fauché qui tente de reprendre le contrôle de sa vie.

La lecture s'est donc révélée plaisante à souhait. L'écriture ne révolutionne pas le genre mais suffit à appuyer une histoire forte et prenante. On ressort ainsi assez éberlué de cette lecture à la conclusion terrible qui ne vous redonnera pas vraiment l'envie de croire au genre humain! Un petit bijou dans le genre que je vous conseille fortement.

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jeudi 5 février 2015

"Robe de marié" de Pierre Lemaitre

robe de mariéL'histoire : Nul n'est à l'abri de la folie. Sophie, une jeune femme qui mène une existence paisible, commence à sombrer lentement dans la démence : mille petits signes inquiétants s'accumulent puis tout s'accélère. Est-elle responsable de la mort de sa belle-mère, de celle de son mari infirme ? Peu à peu, elle se retrouve impliquée dans plusieurs meurtres dont, curieusement, elle n'a aucun souvenir. Alors, désespérée mais lucide, elle organise sa fuite; elle va changer de nom, de vie, se marier, mais son douloureux passé la rattrape... Les ombres de Hitchcock et de Brian de Palma planent sur ce thriller diabolique.

La critique Nelfesque : J'avais cette "Robe de marié" de Pierre Lemaitre dans ma PAL depuis quelques temps et j'en avais entendu beaucoup de bien. Le voici sorti de ma pile à lire sous l'impulsion d'un challenge que je compte bien reconduire dans les prochains mois.

Les critiques positives sur ce roman sont tout à fait fondées. Point de marketing viral injustifié pour ce thriller psychologique qui sort complètement des sentiers battus. Et ça fait du bien !

Sophie est atteinte d'un trouble bien étrange. Peu à peu, elle voit sa vie de jeune fille banale mariée à un homme ordinaire et menant une existence des plus conventionnelles sombrer dans la folie pure. Tout commence par des détails, des troubles de la mémoire, des oublis à droite à gauche, des "où ai-je mis ce papier, j'étais sûre qu'il était là!?". Ce qui peut nous arriver à tous lorsqu'on a eu une dure journée ou lorsqu'on est fatigué. Sauf que Sophie est de plus en plus encline à ses troubles de la mémoire, si bien que sa vie professionnelle et personnelle s'en retrouve gravement affectée.

Par certains aspects, "Robe de marié" m'a fait penser à "Avant d'aller dormir" de Steve Watson. La même urgence de percer sa mémoire, le même besoin de retrouver une identité, à défaut de la sienne, le même désir vital de comprendre ce qui se passe. La différence est qu'ici c'est efficace ! Je vous laisse découvrir ma chronique concernant le précédent ouvrage que j'avais lu à sa sortie et auquel je n'avais pas du tout accroché.

Pierre Lemaitre insuffle dans ses pages un rythme indéniable. Les évènements se succèdent, les actions de Sophie sont de plus en plus folles et ses absences de plus en plus dangereuses. Le lecteur se demande jusqu'où l'auteur va pousser la folie de son héroïne. Puis à mi roman, on bascule totalement dans un autre type d'ouvrage en faisant la connaissance d'un second personnage important dans le déroulement de l'histoire : Frantz. Les lumières s'allument dans nos cerveaux, tout devient limpide au fil de pages. Sophie quant à elle est toujours aussi perturbée jusqu'à un final où tout ce beau monde, les personnages principaux, l'auteur et le lecteur, vont se retrouver pour un feu d'artifice.

Excellent roman sur la folie, la survie et la vengeance, "Robe de marié" (sans e, n'est-ce pas troublant ?) tient le lecteur en haleine du début à la fin. Page turner efficace, il ne vous lâchera plus jusqu'à la révélation finale. Malin ce Pierre Lemaitre ! Avec une plume simple et juste, il va fouiller dans chacun de nous, dégoter nos peurs primales et les faire subir à sa pauvre héroïne Sophie, un personnage féminin fort bien dépeint, ni niaise ni hystéro, à laquelle on s'attache dès les premières pages. Quand la folie dépasse la fiction, jusqu'où peuvent aller les êtres humains pour survivre ? Lisez le et vous comprendrez...

destock

Livre lu dans le cadre du challenge "Destockage de PAL en duo" avec ma copinaute faurelix que je remercie grandement pour ce choix. Tu me connais bien, tu ne t'es pas trompée en me conseillant ce roman ci !

mardi 20 janvier 2015

"Le Sort en est jeté" de Dermot Bolger

lesortenestjetécouvL'histoire : Ce silence était surnaturel. C'était un faux silence, recouvrant un chaos de voix discordantes. Je dérangeais les spectres de cette maison. Ils attendaient et me soufflaient de m'enfuir dans la nuit.
Joey est un jeune homme que la vie a rendu fragile et influençable. Dans son nouveau lycée, il rencontre Shane qui, dès le début, a une emprise malsaine sur lui: trop de morts mystérieuses, des mensonges, une âme en perdition...
Joey saura-t-il s'en détacher avant de sombrer à son tour dans le jeu du Diable?

La critique de Mr K : Une très belle découverte aujourd'hui avec ce thriller flirtant avec le fantastique venant tout droit d'Irlande et sorti depuis peu chez nous aux éditions Flammarion. C'est ma première lecture de cet auteur connu et prolifique dans son pays, la thématique me plaisait bien et ça faisait un petit bout de temps que je ne m'étais pas plongé dans un ouvrage de littérature jeunesse. Grand bien m'en a pris, "Le Sort en est jeté" s'est révélé une belle expérience qui prend toute sa mesure dans un final haut en couleur.

On suit l'histoire de Joey, un lycéen qui change d'école en tout début de récit. Il a perdu son père tout petit et se faisait régulièrement harcelé dans son ancien établissement. Il part donc avec l'idée de reprendre tout à zéro pour une nouvelle vie. Très vite, il tombe sous le charme d'une de ses camarades de classe (Aisling) et se rapproche de Shane, un adolescent au charisme certain qui semble bien mystérieux. Très vite, on se rend compte que Shane n'est pas forcément ce qu'il semble être et qu'il entraîne Joey sur des chemins dangereux... La tension monte alors durant tout l'ouvrage jusqu'à la révélation finale.

Chaque chapitre nous permet de suivre l'action à travers les yeux d'un des personnages. Ce procédé est malin et multiplie les points de vue, enrichissant par la même occasion les perspectives du lecteur. On alterne donc la vision de Joey, de Shane, de Aisling mais aussi d'autres personnages. Cela n'exclut pas les flashback, ce qui induit des aller-retours parfois saisissants entre passé / présent, adultes / adolescents, vivants / morts... La compréhension reste facile, les mots sont simples ainsi que les formulations. Clairement, le public est ciblé et personnellement, je trouve que l'auteur loin de les prendre pour des imbéciles peut susciter des réflexions intéressantes chez nos jeunes pousses.

En effet, au travers d'une histoire plutôt basique, il aborde un certain nombre de thématiques qui sont au centre des problématiques des adolescents: la perte d'un être cher (les trois personnages principaux sont dans ce cas), la gestion de ses émotions (impulsivité, ingratitude, la question du respect), la découverte de soi (à travers l'amour, le questionnement sur ses origines). Tout est ici brassé intelligemment et finement à travers une espèce de quête personnelle mêlée d'accents policiers à travers la présence d'un étrange vieil homme dans une maison à priori abandonnée...

On retrouve donc dans ce livre tout le côté bancal de cet âge ingrat: les moments d'exaltation face à la découverte des premiers émois amoureux, l'amour inconditionnel et le rejet des parents, la peur et l'appréhension face à l'inconnu... toutes ces petites choses qui font qu'on aime ou déteste travailler / vivre avec des jeunes de cet âge là. J'ai pour ma part éprouvé beaucoup d'empathie pour Joey et Aisling dans lesquels j'ai pu me retrouver ou certains de mes amis de lycée. L'auteur est vraiment formidable de ce point de vue et il se dégage un réalisme de tous les instants dans les paroles et les actes de ces jeunes en recherche de réponses.

Comme dit précédemment, l'écriture est simple et agréable. Les mots glissent sans effort et même si l'on peut déplorer parfois quelques longueurs, on s'accroche et on se demande bien où tout cela va nous mener surtout que l'auteur joue sur plusieurs tableaux à la fois entre le drame intimiste déchirant ces êtres en devenir et un background sombre faisant appel à des figures du fantastique le plus pur. Étrange mélange qui fonctionne à plein et qui trouve sa conclusion sur 40 pages finales haletantes qui réservent bien des surprises (surtout chez les lecteurs les moins confirmés, j'avais pour ma part deviné une ou deux choses...). L'effet est cependant garanti et on referme ce livre avec un sentiment de satisfaction certain.

Belle lecture que cet ouvrage que je ne peux que vous conseiller notamment pour ceux et celles qui voudraient essayer de faire davantage lire leur rebelle de canapé d'ado!

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lundi 19 janvier 2015

"Les Fantômes d'Eden" de Patrick Bauwen

les fantômes d'edenL'histoire : Il était une fois, en Floride, cinq ados partis à l'aventure.
Ils vous feront rire. Pleurer. Frissonner.
Mais ce qu'ils affronteront les changera à jamais.
Et l'un d'eux sera assassiné.

C'est sur ce crime que j'enquête.
Parce que le mort, c'est moi.

La critique Nelfesque : Je n'avais jamais lu de roman de Patrick Bauwen jusqu'alors. Pourtant plébiscité par les critiques et les blogolecteurs notamment pour "L'Oeil de Caine" ou "Monster", bien m'en a pris de le découvrir avec ce présent ouvrage, "Les Fantômes d'Eden", pour lequel j'ai eu un véritable coup de coeur.

Celui ci reprend les personnages rencontrés dans "Monster", toutefois, il n'est pas utile d'avoir lu ce dernier car il s'agit d'une histoire complètement différente ou un focus est fait sur l'enfance des personnages.

Je suis friande de romans noirs ou thrillers ayant pour protagonistes des enfants. Entendons-nous bien, je ne parle pas des victimes (je ne suis pas une psychopathe, revenez !) mais de la genèse de folie meurtrière ou de justification de psychoses ayant pour source l'enfance. Avec "Les Fantômes d'Eden" j'ai été servi !

Nous suivons une bande de copains pré-ado dans une petite ville des Etats-Unis. Proche des Everglades, l'ambiance moite et mystérieuse est palpable au détour de chaque page. Cette petite bande vit des jours paisibles entre amourettes de mômes, aventures fantasmées, quiétude de l'enfance... jusqu'au jour où d'étranges rumeurs se répandent. Ils vont alors décidé de mener l'enquête et "Les Fantômes d'Eden" prend alors une délicieuse flagrance des "Goonies" ! Nous suivons ces 5 petits aventuriers en herbe avec beaucoup de plaisir et une certaine appréhension dans certaines situations. Retrouvant peu à peu nos propres souvenirs d'enfance, avancer avec ces nouveaux copains est un véritable plaisir de lecture.

Quelques dizaines d'année plus tard, l'un d'eux est retrouvé mort d'un infarctus au bord d'un lac. Commence un va et vient entre la période actuelle où tout ce petit monde est devenu adulte et les souvenirs d'enfance. Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils évolué ? Qui est prêt à aider qui ? Et surtout peut-on réellement se fier à ses amis d'hier ?

C'est Paul Becker, rencontré dans "Monster" pour ceux qui l'ont lu, qui est le personnage principal de l'histoire. Médecin à Eden, divorcé, profondément marqué par les évènements survenus dans le précédent roman et obèse, il décide de tout plaquer et de quitter sa ville natale sans laisser d'adresse. Croulant sous les dettes, cette fuite est pour lui sa seule façon de survivre et de reprendre sa vie en main. Oui mais voilà tout ne se passe pas comme il l'aurait voulu puisqu'un jour un mystérieux tueur se rend dans son chalet au bord du lac pour le liquider. Il reviendra alors à Eden sous une autre identité et métamorphosé pour assister à son enterrement et mener sa propre enquête.

Patrick Bauwen nous plonge ici dans l'Amérique des 70's. Pas celle des hippies et de la Guerre du Vietnam mais celle d'une petite ville de province, dans le bayou et par le prisme de l'enfance. Une ville lambda où vivent des enfants lambda mais pour autant une ville où les secrets de famille gangrènent les habitants. Dès les premières pages, on se prend d'affection pour le personnage de Paul et tout ce qui touche à son enfance est lu avec beaucoup d'intérêt. D'autant plus que la plume de Patrick Bauwen nous promène dans tous les sens du terme. Au fil de la lecture, les rues d'Eden n'ont plus de secrets pour le lecteur qui prend un réel plaisir à découvrir cette bourgade et s'imprègne de son atmosphère. Ce roman de plus de 600 pages est alors un vrai plaisir de lecture qui se savoure plus qu'il ne se dévore. Totalement dépaysant !

Chapitres courts, mise en perspective de la vie de Paul enfant et adulte, rythme indéniable, les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. "Les Fantômes d'Eden" est un page-turner certes mais bien différent de ce que l'on peut lire habituellement. Ici, l'enquête est haletante mais elle n'est pas seulement le but du roman (la fin est d'ailleurs un peu... trop !). Les pauses dans le récit pour retourner dans les années 70 sont autant attendues et il y a presque deux romans en un. A lire absolument ! Foi de dévoreuse de thrillers !

Egalement lu et chroniqué du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- L'Oeil de Caine

Posté par Nelfe à 18:06 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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mardi 6 janvier 2015

Premier craquage de 2015

Sous couvert d'accompagner Nelfe dans la découverte d'un magasin de tissu (le papa Noël lui a offert une machine à coudre dont elle vous parlera dans un futur post), j'avais en fait ourdi un plan lourd de conséquence pour ma PAL. Pourquoi ne pas profiter de la nouvelle année pour aller chiner quelque peu dans des brocantes de la région? Ce qui devait arriver arriva! J'ai une fois de plus cédé à la tentation, Nelfe dans une bien moindre mesure...

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- Étoiles, Garde à vous de Robert A. Heinlein. J'ai adoré le film de Verhoeren Starship Trooper qui est tiré de ce roman, je m'attends à une belle dénonciation de l'autoritarisme militaire. Je suis en plein dedans et je ne suis pas du tout déçu. Chronique à suivre dans le mois (j'en ai dix autres déjà prêtes à poster!).

- Le Survivant de James Herbert. Le pitch est vraiment intrigant avec cet ultime rescapé d'un crash aérien cherchant à savoir pourquoi lui s'en est sorti et pas les autres... J'avais aimé La Trilogie des Rats du même auteur, gageons que celui-ci soit aussi réussi en terme de suspens.

- L'armure de vengeance de Serge Brussolo. Mon amour pour Brussolo n'est plus à prouver, il retourne ici au Moyen-âge avec une étrange armure mue par une volonté propre! Polar, fantastique, le tout mâtiné d'un background médiéval, la recette semble bonne!

- Cette nuit-là de Linwood Barclay. Recommandé par Michaël Connelly lui-même, à priori il s'agit d'un thriller page-turner efficace où il est question de la disparition de la famille d'une jeune fille partie fait le mur pour une soirée. À voir!

- Le Rocher de Tanios d'Amin Maalouf, prix Goncourt 1993 de mémoire. À priori un excellent livre entre aventure et intimisme. J'ai hâte de le lire!

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- La Pentalogie de la Belgariade de David Eddings. À 50 centimes la pièce, difficile de résister surtout qu'il est précédé d'éloges très flatteurs chez tous les amateurs du genre fantasy peu représenté dans ma PAL (bon, on cherche les excuses qu'on peut!). Je pense les amener tous les cinq en Asie du sud-est d'ici peu, on aura une longue escale de 14h à Abu Dhabi sur le retour et des moments de farniente en prévision. À raison de 1kg au total, ça ne pèse pas trop lourd dans les bagages!

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- La Pentalogie de la Mallorée de David Eddings. Vous l'avez compris, il y a un ou une grande fan d'Eddings qui a lâché son stock dans la région. Ce deuxième cycle fait suite à celui précédemment évoqué, vu le prix je décidai de doubler la mise. On est des oufs et on n'a peur de rien!

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- Le DVD de Enter the Voïd de Gaspard Noë. Mon grand regret de 2010 en matière de cinéma: ne pas avoir pu aller le voir! Il parait qu'il est cultissime, j'aime le bonhomme, sa filmographie, sa technique et son esprit frondeur. Visionnage prévu ce vendredi avec Nelfe et mon plus vieil ami. Ca va dépoter!

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- Mémé de Philippe Torreton. Vous vous rappelez? Nelfe m'accompagnait et elle aussi a craqué... Ce livre lui a fait de l'oeil dès sa sortie en librairie, le hasard lui a permis de l'acquérir à prix modique! Elle s'attend à beaucoup pleurer, rassurez-vous je serai là pour la consoler!

Bonne pioche donc que cette expédition de début d'année qui s'est avérée fructueuse en terme d'acquisitions et riche en promesses d'évasion. Y'a plus qu'à!

dimanche 28 décembre 2014

"Inferno" de Dan Brown

inferno L'histoire: Robert Langdon, professeur de symbologie à Harvard, se réveille en pleine nuit à l'hôpital. Désorienté, blessé à la tête, il n'a aucun souvenir des dernières trente-six heures. Pourquoi se retrouve-t-il à Florence ? D'où vient cet objet macabre que les médecins ont découvert dans ses affaires ? Quand son monde vire brutalement au cauchemar, Langdon décide de s'enfuir avec une jeune femme, Sienna Brooks. Rapidement, Langdon comprend qu'il est en possession d'un message codé, créé par un éminent scientifique qui a consacré sa vie à éviter la fin du monde, une obsession qui n'a d'égale que sa passion pour "Inferno", le grand poème épique de Dante. Pris dans une course contre la montre, Langdon et Sienna font tout pour retrouver l'ultime création du scientifique, véritable bombe à retardement, dont personne ne sait si elle va améliorer la vie sur terre ou la détruire…

La critique de Mr K: Ce roman sera le dernier que je lirai de Dan Brown. J'ai été très déçu voir complètement ulcéré en toute fin de lecture. Jusqu'alors, j'avais plutôt aimé ce easy-reading d'auteur avec notamment Anges et démons et Da Vinci Code. Mon enthousiasme a commencé à être douché avec Le Symbole perdu et Deception point. Cet Inferno enterre définitivement toute velléité personnelle de lire cet auteur que je trouve plus compilateur et bateau qu'autre chose. On atteint à mes yeux ici le néant de la littérature, un récit alimentaire et sans surprise, une belle et grosse bouse comme je déteste avoir lu. Tant pis pour moi, je n'avais qu'à réfléchir avant de tomber dans le panneau!

Pourtant l'idée de départ était plutôt bonne, le héros amnésique ne se rappelle de rien et se réveille à l'hôpital. À défaut d'être original, ça a le mérite d'instaurer le suspens dès le départ. Le compte à rebours est désormais lancé avec une menace bio-terroriste à la clef, une mystérieuse organisation transnationale éprise du grand secret, l'OMS à l'affût, un grand méchant très très inquiétant et Dante en filigrane, grand auteur par excellence dont la Divine Comédie occupe une belle place dans mon panthéon personnel des lecture inoubliables. Bref, on mixe les genres, le road-movie peut commencer avec en prime du voyage, des énigmes et un page-turner à priori efficace.

Mais voilà, j'ai l'impression de relire sans cesse le même livre avec Brown. Langdon est plus agaçant qu'autre chose dans ce volume. On a le droit à un carnet de voyage tout droit tiré de Wikipedia qui concentre à lui seul la moitié des pages. Personnellement ça m'a lassé au bout de 100 pages surtout que je ne partage pas du tout cette vision du voyage qui consisterait à accumuler références historiques et artistiques les unes après les autres. C'est froid, impersonnel et on n'a aucune idée réelle des mœurs et de l'ambiance. Un tableau sans âme en quelques sorte. C'est quand même bien dommage quand on va à Florence, Venise et Istanbul!

Rajoutez là-dessus des personnages creux et sans saveur. Langdon est pénible, Sienna horripilante, le grand méchant parano à l'extrême et tutti quanti. C'est gros et caricatural à souhait, je suis plutôt bon public mais j'ai vraiment l'impression qu'on se fichait du lecteur ici. Ainsi, les personnages ne sont que des avatars d'autres personnes déjà lues dans d'autres volumes de Brown. Il change leur aspect et leur nom puis il déroule un destin déjà vécu, déjà lu auparavant. On s'ennuie ferme et on est rarement surpris. Bon, j'exagère un peu, il a réussi à me tromper sur deux / trois éléments mais honnêtement ça ne casse pas trois pattes à un canard. Le pire reste le médecin de l'OMS qui accepte l'inacceptable en toute fin d'ouvrage dans une fin flirtant avec des relents de fascisme larvé... Franchement, j'ai fini en colère. Dans le genre et dans les mêmes thématiques, vous feriez bien mieux de lire (si ce n'est déjà fait), Le Parfum d'Adam de Rufin qui est une merveille de construction et d'intelligence ce qu'Inferno n'est vraiment pas. Je ne parlerai même pas des allusions à Dante et la pseudo symbologie qui l'accompagne, on paraphrase beaucoup dans cet ouvrage et honnêtement il y a peu de rebondissements à ce niveau. Je vous jure, l'auteur ne fait qu'accumuler descriptions et courses poursuites... Vraiment rageant!

L'écriture reste plate peut-être même plus que d'habitude. Brown choisit la facilité, des rumeurs courent sur le fait qu'il n'écrive même pas ses livres. Je commence sérieusement à me poser des questions tant on frôle parfois l'indigence et le surfait. Beaucoup de répétitions pour allonger la sauce, des incohérences, des inexactitudes... Vous l'avez compris, j'ai détesté et je ne peux que vous conseiller de vous éloigner de ce livre vain et nauséabond dans sa conclusion.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Le Symbole perdu
- Deception point

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mercredi 10 décembre 2014

"Tout ce qui meurt" de John Connolly

Tt ce qui meurtL'histoire : Charlie Parker, un flic new-yorkais qu'on surnomme Bird, est parti se souler après une dispute avec sa femme, un soir de décembre. En rentrant chez lui, titubant, Bird ne sait pas encore qu'il vient de franchir pour longtemps la porte de l'enfer : dans la cuisine, maculée de sang, gisent les corps atrocement mutilés de sa femme Susan et de sa fille Jennifer. Rongé par la culpabilité, Bird démissionne de la police et part sur les traces du monstrueux assassin.
De New York à La Nouvelle-Orléans, il suit celui qu'on appelle le Voyageur, fin stratège et amateur de poésie macabre qui sème derrière lui des cadavres, comme autant d'appâts. La traque mène alors les deux hommes dans les bayous de Louisiane, qui digèrent lentement les victimes écorchées du Voyageur...

La critique Nelfesque : Je connaissais John Connolly (à ne pas confondre avec Michael Connelly) pour son excellent livre jeunesse "Le Livre des Choses Perdues". Pourtant adepte de littérature policière, je ne savais même pas que ce même auteur avaient écrit des dizaines de romans dans ce genre là. Honte à moi ! C'est lors d'une discussion avec Xavier Mauméjean à la dernière édition des Utopiales que je décidais de découvrir cette autre facette de l'auteur. Il m'a tellement vanté cette saga "Charlie Parker", dont "Tout ce qui meurt" est le premier d'une longue série, que je n'ai pas pu résister longtemps.

A la lecture de ce tout premier roman je me dis que j'aurai peut être dû... L'histoire a pourtant tout pour me plaire : une découverte traumatisante et gore à souhait, un serial killer affublé d'un petit nom qui sème la peur et la désolation partout où il passe, un héros ancien flic cassé, une enquête à la Nouvelle-Orléans qui fleure bon le vaudou. On est pile poil dans le stéréotype du thriller page turner que j'adore lire pour passer un bon moment. Je suis comme ça moi, je passe des bons moments avec des personnages littéraires peu recommandables! S'il vous plaît, n'appellez pas les urgences psychiatriques tout de suite...

"Tout ce qui meurt" commence plutôt bien. On rentre très vite dans le vif du sujet avec la découverte des corps de Susan et Jennifer dès les premières pages. Connolly ne s'encombre pas de détails et ne tourne pas autour du pot. C'est efficace et j'aime ça ! Malheureusement assez vite, je comprends que je vais compter les heures avec ce roman qui sera sans doute beaucoup plus fastidieux à lire que ce que j'avais pressenti au départ.

L'auteur nous présente un nouveau personnage, puis un autre, puis un autre, encore un autre, 3 ou 4 par ci, une bande de malfrats par là... Et peu à peu on se noie dans une kyrielle de personnages et on en oublie presque qui est qui. Mieux vaut être concentré lors de sa lecture car Connolly nous présente au détour des pages des policiers de plusieurs états mais aussi deux familles adeptes du grand banditisme. Perso, j'en ai perdu mon latin... Rajoutant à cela que peu enthousiaste avec ma lecture j'ai passé plusieurs jours dessus, j'ai sorti les rames et j'ai failli prendre l'eau.

Ce roman date de 1998 et peut-être qu'en son temps il a eu un bel accueil mais aujourd'hui tant de bons bouquins sont sortis dans ce genre de littérature et sur des thèmes similaires (je vous laisse piocher dans la rubrique thriller du blog), que si je notais mes lectures je ne mettrais à "Tout ce qui meurt" qu'une petite moyenne. De facture classique, je n'ai pas eu de réelles surprises à la lecture de ce roman. Les personnages sont caricaturaux, l'histoire est cousue de fil blanc et la fin bien que sympathique aurait pour le coup méritée d'être plus longue.

Loin de moi l'idée de dire que cet ouvrage est mauvais, il est "sympathique" mais dans le genre j'ai lu 1.000 fois mieux. Dommage... Je vais tout de même continuer cette saga à l'occasion. Non pas que je sois maso mais vu ce que m'en a dit Mauméjean, son enthousiasme pour cette série et le fil conducteur sous-jacent, j'ai fortement envie de voir où tout cela va mener le lecteur. Même si pour cela il faut passer par quelques déconvenues...

Posté par Nelfe à 18:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mardi 9 décembre 2014

"Une Enquête philosophique" de Philip Kerr

enquête philosophiqueL'histoire: Je tue, donc je suis.
L'inspecteur principal "Jake" Jacowicz mène l'enquête. Une dure à cuire drôlement futée, dont la particularité est de détester les hommes. Son adversaire est à la hauteur: un serial killer qui figure sur une liste ultra-secrète de criminels sexuels potentiels, tous affublés -sécurité oblige!- d'un nom de philosophe. Le méchant, baptisé Wittgenstein, ayant infiltré l'ordinateur central du ministère de l'intérieur, entreprend d'éliminer ses compères un à un. Le duel hautement philosophique et pervers qui se livre ici oscille entre le cynisme et une extrême drôlerie.

La critique de Mr K: Le problème avec une PAL trop fournie c'est que parfois on ne sait pas par quoi commencer! Dans ces moments d'égarements avec Nelfe nous avons une combine. On laisse l'autre dépoussiérer trois volumes qui le tenterait et l'autre doit choisir celui qu'il va lire. Vous l'avez deviné Une Enquête philosophique est de ceux-là! Bien en a pris, il n'avait que trop attendu (environ 4 ans!) et c'est une très belle réussite!

Une belle expérience qui pourtant n'était pas gagnée d'avance. En effet, j'ai eu du mal à rentrer dedans. Passé la description clinique d'un corps lors d'une autopsie, on passe directement à une conférence très technique que donne l'héroïne sur les techniques de mise en application de la loi et de méthodologie en matière d'enquête criminelle. C'est dense, parfois abscons quand on ne travaille pas dans le milieu mais à fortiori je me suis rendu compte que cela servait l'intérêt de cette enquête pas tout à fait comme les autres. Notre enquêtrice de choc a fort à faire avec ce mystérieux serial killer qui sévit rapidement et sans laisser de trace. À force de provocations, elle va pouvoir établir un lien avec lui, commence alors un petit jeu pervers digne de la relation trouble entre l'agent Sterling et Hannibal Lecter dans Le Silence des agneaux. Et non, je n'exagère pas, on est ici au même niveau de finesse.

L'intérêt du livre réside beaucoup dans les relations qu'entretient Jake avec les autres et notamment les hommes pour qui elle voue une haine féroce. Pas lesbienne pour autant (on évite ici l'évident cliché), un passé douloureux donne un début d'explication à ce comportement déviant qui lui joue des tours notamment avec ses supérieurs de New Scotland Yard. Travailleuse et fonceuse, on se prend vite de sympathie pour cette âme à la dérive dont la vie personnelle est inexistante et qui se raccroche à son travail. Un chapitre sur deux, Philip Kerr nous donne à lire le carnet de pensées personnelles du tueur qui lui aussi est une âme abîmée et esseulée. Bien que ténus, des ponts se forment au fil de la lecture pour livrer une fin d'une grande mélancolie et d'une portée qui va au delà du thriller moyen.

L'action se passe en 2013 mais ce livre a été écrit en 1992... Cela donne une mise en perspective intéressante de notre époque à travers l'esprit quasi visionnaire de Philip Kerr. Il avait anticipé les dérives policières et sécuritaires, la banalisation de la pensée raciste et le repli sur soi d'un grand nombre de personnes que l'on peut constater avec les avancées en matière de nouvelles technologies. La société britannique présentée dans cet ouvrage fait peur: mélange des différents pouvoirs politiques tendant vers l'autocratie (Sans séparation des pouvoirs point de liberté, Montesquieu), répression systématique et fin de la politique d'éducation et de prévention, invention du coma préventif pour les criminels les plus dangereux mettant à mal les principaux droits de l'homme et surtout la peur omniprésente et transmise par des médias adeptes du faits divers sanglant érigé à l'état d'exemple et de règle. On a froid dans le dos tout au long du roman surtout que l'héroïne fervente supportrice de la méthode musclée commence à se questionner fortement sur le bien fondé de cette orientation politique.

Malgré quelques lourdeurs stylistiques que je trouvais âpres en début de lecture, je me suis habitué au style de Philip Kerr pour finalement ne plus pouvoir lâcher le volume tant on est happé par l'histoire et son background. Le suspens est insoutenable et les répercussions réflectives nombreuses. On termine sa lecture heureux d'avoir pu lire une œuvre aussi intelligente que sensible au rythme de références philosophiques très bien choisies et éclairantes quant à la nature de l'homme et des sociétés qu'il a engendré. Le tout est abordable et très malin.

C'est donc une lecture que je qualifierai d'obligatoire pour tous les amateurs du genre tant elle détonne et fait réfléchir. Un petit bijou, je vous dis!

Posté par Mr K à 19:18 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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