mardi 31 mai 2016

"Congo Requiem" de Jean-Christophe Grangé

Congo RequiemL'histoire : On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.
Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité jusqu'à Lontano, au coeur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.
Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi. L'Homme-Clou.
Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

La critique Nelfesque : "Congo Requiem" est la suite de "Lontano" paru en septembre dernier chez Albin Michel. Ne vous aventurez pas dans la lecture de ce roman sans avoir lu le premier volet de ce diptyque.

Nous retrouvons ici la famille Morvan, ce clan aux liens ambivalents fait d'amour et de répulsion où le passé n'est que mensonge et les sentiments complexes. Dès les premières pages, le ton est donné. Jean-Christophe Grangé reprend l'histoire là où elle s'est arrêtée dans son ouvrage précédent et ne diminue pas son rythme. Le lecteur est tout de suite replongé dans l'intrigue. Il n'y a pas de temps morts, impossible de reprendre son souffle, les aventures de Morvan père et fils en Afrique vont nous mener tout droit au coeur de contrées suffocantes et denses.

Bien que l'enquête a été résolue dans "Lontano", Erwan sent que tout n'est pas bien clair dans le passé de son père et compte bien démêler l'affaire en se rendant lui-même au Congo, là où Grégoire a passé une partie de ses jeunes années. Un voile opaque règne sur cette période de sa vie et il est temps de déterrer les vieux démons. Erwan n'est pas au bout de ses surprises...

Dans ce volet, Grangé nous fait vivre l'Afrique de l'intérieur. Avec force détails, il entraîne son lecteur au coeur de l'Afrique noire, dans une zone où Tutsis et Hutus s'affrontent, où les conditions météorologiques font perdre la raison, où des armes puissantes se retrouvent aux mains de novices et où les pratiques n'ont rien de communes avec celles de l'Europe. C'est dans ce milieu inhospitalier et au climat hostile qu'Erwan va mettre toute son énergie, parfois avec inconscience, pour suivre les traces de la jeunesse de son père jusqu'à la ville de Lontano aujourd'hui abandonnée.

Dans le même temps, nous suivons les frères et soeurs d'Erwan qui, bien que n'étant pas de la police, ont aussi la fibre enquêtrice. Loïc est en pleine désintox sur les routes d'Italie et nage en eaux troubles chez sa belle-famille. Gaëlle, quant à elle, est toujours aussi intrépide et, se questionnant sur son psy, mène l'enquête avec l'aide d'Audrey. Ce joli petit monde va lever des lièvres qui vont constituer au final un gigantesque puzzle malsain. Autant vous le dire tout de suite, ne vous attachez pas trop aux personnages. Grangé n'hésite pas à les malmener, les faire souffrir et au besoin en dézingue quelques uns pour le bien de l'histoire. Avec lui, on ne fait pas dans la dentelle mais dans l'efficacité !

Plus politique que Lontano, Grangé densifie son histoire avec Congo Requiem et apporte ici une lecture différente de son précédent ouvrage. Tout est remis en cause, plus rien n'est certain, le doute s'installe. Cet auteur est un virtuose du retournement de situation, de la révélation qui tue. Dans ce roman de plus de 700 pages, il retourne littéralement le cerveau de ses lecteurs et donne envie de relire Lontano à la lumière des révélations faites ici. Une incroyable prouesse et une intégrale de 1400 pages au total où l'ennui ne pointe jamais, où l'intérêt ne fait que s'accroître, où l'arrivée du dénouement entraîne un sprint final terrifiant et où le lecteur ne peut que louer l'auteur pour son machiavélisme génial !

De mon côté, j'applaudis des deux mains. Je crie au génie. Grangé fait ici très fort et renoue avec ses meilleurs romans. On retrouve dans Lontano et Congo Requiem (qu'il faut absolument lire à la suite et dans l'ordre) tout ce qui fait le talent de Grangé : un gigantesque tableau fait de suspense et de rebondissements sur fond de dépaysement géographique et culturel avec des personnages couillus et singuliers. Un ouvrage rondement ficelé et un must pour tout amateur de thriller !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
- "Lontano"
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

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dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!

mercredi 4 mai 2016

"La Cinquième sorcière" de Graham Masterton

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L'histoire : Los Angeles est plongé dans une vague de terreur. Une alliance de criminels s'est emparée de la ville. Tous ceux qui s'y opposent connaissent un destin épouvantable dont les causes ne sont pas humaines : accidents étranges, maladies soudaines, morts inexplicables et horribles... Dans ces conditions, nul ne tient tête aux barons du crime, qu'accompagnent quatre femmes mystérieuses, des figures fantomatiques aux pouvoirs démentiels. Seul à s'opposer au cartel maudit, le détective Dan Fisher a rendez-vous, au cœur du cauchemar, avec la cinquième sorcière!

La critique de Mr K : Retour vers un auteur que j'affectionne beaucoup dans le genre récit horrifique: Graham Masterton. Je vous l'accorde c'est rarement de la grande littérature, ça flirte souvent avec le grand guignol mais ça a l'avantage de se lire vite, de procurer un plaisir coupable immédiat et durable et finalement ça remplit pleinement son office en matière de frisson et d'évasion. Cette Cinquième sorcière n'échappe pas à la règle, je l'ai lu en deux jours sans réellement avoir eu envie de relâcher l'ouvrage avant d'avoir eu le fin mot de l'histoire.

Dan Fisher est détective à la criminelle de Los Angeles. Endeuillé par la mort accidentelle de Gayle, sa douce fiancée dont la responsabilité du trépas lui incombe pleinement, il noie son chagrin dans le boulot. Et il va en avoir, les trois principaux caïd de la ville se sont adjoints les services de quatre sorcières aux pouvoirs démentiels. Ils sèment la mort et la désolation dans les rangs de la police et les autorités ne savent plus quoi faire si ce n'est céder aux caprices des nouveaux maîtres de la ville. C'est plus que ne peut en supporter notre fringant héros, qui avec l'aide de son fidèle coéquipier Ernie et de sa charmante voisine adepte d'ésotérisme, va partir en croisade pour remettre de l'ordre dans tout ce chaos ambiant. Problème: il est seul contre tous et ne peut même plus se fier à ses sens. Ça promet d'être coton!

Disons-le tout de go, le récit se lit d'une traite et sans réelle difficulté. La trame est fléchée du début à la fin, d'ailleurs aucune réelle grande surprise ne vient émailler les faits décrits, surtout si vous êtes un vieux briscard du genre. Les méchants sont ici très très méchants (et même plus encore!) et les preux le sont aussi vraiment. Manichéisme quand tu nous tiens! En même temps, je vous avais prévenu dès le début, on est dans de la pure série B des familles. Certes, on ne nage pas dans l'originalité mais l'ensemble est efficace et assez dense en terme de contenu. Il s'en passe des vertes et des pas mûres et croyez-moi, il faut avoir le cœur bien accroché par moment tant les passages gores pullulent et sont très réussis.

Les sorcières sont ici bien éloignées des guérisseuses montrées du doigt dans notre bon vieux Moyen-âge obscurantiste. Les diablesses communiquent avec les Démons, Lucifer lui-même et aiment par dessus tout le pouvoir. Elles ne lésinent donc pas sur les moyens pour asseoir leur domination en compagnie de leurs compagnons malfrats. Vous assisterez à de furieuses scènes de massacre (la Police de Los Angelès recrute si ça vous intéresse!), à l'extraction d'animaux parasites de personnes totalement hagardes (crapauds, asticots, mouches i tutti quanti), la convocation de démons furieux se livrant à des orgies de sacrifices, au contrôle des esprits et des corps… le tout dans une furia de cruauté et de violence dont Masterton a le secret. On flirte souvent avec la limite du crédible mais personnellement j'adhère comme quand je regarde un bon film sanguinolent à la Peter Jackson ou le Sam Raimi des débuts.

Les personnages se débrouillent comme ils peuvent et pendant les 2/3 du livre, on se demande bien comment ils vont s'en sortir face à une adversité implacable qui ne semble posséder aucune faiblesse réelle. Une éclaircie se fera jour cependant et dans un dénouement assez rapide (trop, diront les mauvaises langues), le monde finira pas être sauvé… mais de quelle manière! Malgré le côté caricatural qui ressort du trio de forces positives, il se dégage une belle énergie (celle du désespoir) de ces personnages vifs qui tentent bon gré mal gré de renverser la vapeur. J'ai tout particulièrement apprécié Annie et son chat, voisins étranges d'un Dan Fisher profondément rationnaliste qui par la force des choses va devoir remettre en question ce en quoi il croit depuis toujours. Le récit avance sereinement vers une fin attendue mais cependant salutaire. J'ai refermé le livre le sourire aux lèvres avec la sensation d'avoir passé un bon moment, sans prise de tête et en total décrochage avec la réalité. C'est déjà pas mal, non?

Egalement lus et chroniqués de Masterton au Capharnaüm éclairé :
Le Portrait du mal
Magie des neiges
- Apparition

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lundi 25 avril 2016

"Fabrika" de Cyril Gely

fabrikaL'histoire : lls sont condamnés. Vous aussi. Mais vous ne le savez pas...
Blessé au cours d'une fusillade entre Russes et séparatistes, Charles Kaplan, photographe de guerre, se retrouve dans un hôpital de Kiev. L'homme qui l'accompagnait est mort et son cadavre s'est mystérieusement volatilisé. Tout comme sept autres...
Kaplan se lance sans une enquête effarante hantée par l'ombre d'un homme : Terek Smalko, chirurgien auréolé d'une légende noire. Et par deux mots sibyllins : Fabrika böbrekler, "l'usine à reins".
Un thriller remarquablement orchestré et documenté qui nous plonge, de Prague à Bucarest, de Shangai à Ankara, au coeur d'une réalité aussi terrifiante que vraisemblable.

La critique Nelfesque : Découvrir "Fabrika" de Cyril Gely s'est décidé sur un coup de tête. Je ne connaissais pas cet auteur mais la couverture m'a attirée et l'histoire me tentait beaucoup. J'ai donc abordé cette lecture comme l'occasion de découvrir une nouvelle plume dans un genre que j'affectionne et de peut-être être séduite. Pari gagné puisque j'ai dévoré ce roman (ce qui dans le thriller est gage de qualité).

Charles Kaplan est reporter de guerre, un photographe qui a couvert divers conflits majeurs de ces 30 dernières années. Son quotidien est fait d'adrénaline, de stress mais aussi d'une volonté profonde de témoigner de la réalité des guerres contemporaines. Cette particularité professionnelle du personnage principal n'est pas chose courante dans le thriller où le lecteur suit plus habituellement un flic ou un groupe d'enquêteurs. Il faut alors que l'ouvrage soit très bon pour qu'un lecteur assidu du genre soit surpris et conquis. Ici, découvrir l'histoire par le prisme d'un photographe apporte à la fois de la fraîcheur et de la nouveauté mais soulève également des problématiques différentes. N'étant pas agent de police, Charles n'est pas armé, n'a pas d'insigne ni de passe droit lui permettant d'agir à sa guise (la carte de presse a ses limites (d'ordre légal pour commencer)). Ses découvertes au fil des pages ne sont donc pas officielles, il navigue en eaux troubles dans un contexte violent et dangereux et aucune organisation d'état ne peut lui venir en aide en cas de besoin.

"Fabrika" est un page turner qui se lit très rapidement tant le lecteur est pris dans l'histoire et souhaite connaître le fin mot de l'histoire. Les rebondissements sont nombreux, on ne sait pas où l'auteur veut en venir et il nous mène du début à la fin par le bout du nez. En grande amatrice de thriller, j'ai adoré ne pas deviner à l'avance le point final de l'histoire et j'ai voyagé avec plaisir et tension aux quatre coins du monde. Cyril Gely débute son roman à Kiev où Charles Kaplan couvre le conflit ukrainien (pour rappel la Crise de Crimée a eu lieu en 2014). Accompagné d'un civil séparatiste qu'il rencontre au détour d'un reportage photo dans les rues de la capitale, il va très vite se retrouver face à des chars russes et par la suite sur un lit d'hôpital. C'est là qu'il apprend que son camarade est décédé et qu'un sombre trafic de cadavres a vu le jour au sein de l'institution. Dans l'agitation due à la guerre et avec un personnel débordé par l'arrivée massive de blessés, plusieurs dizaines de corps de personnes décédées ont mystérieusement disparus. Charles va alors se mettre en route, au péril de sa vie, pour découvrir la vérité.

L'écriture est simple et efficace. Les phrases sont courtes, le rythme est donné. Nous ne sommes pas ici en présence d'un ouvrage verbeux, Cyril Gely ayant très clairement une vision cinématographique des scènes qu'il nous donne à lire. On ne peut pas ne pas évoquer ici Grangé qui en la matière est un spécialiste du genre. Cyril Gely n'a pas à rougir de la comparaison tant le lecteur prend autant de plaisir à découvrir son roman.

Entre misère et pauvreté, pays en guerre, catastrophes naturelles, ONG frauduleuses et trafic d'organes, le lecteur est pris à la gorge. Que révèlent ces disparitions ? A qui profitent-elles ? Quelle organisation nécessitent-elles et qui la met en place ? Autant de questions qui vont hantées Charles et le lecteur qui le suit à la trace. Kiev, Prague, Bucarest, Shangai, Ankara, c'est pour un long voyage en terme de kilomètres parcourus que l'auteur nous embarque, sur un laps de temps court qui laisse peu de place à l'erreur et à l'égarement. Charles doit alors se révéler méthodique, instinctif et efficace tout en évitant de mettre ses jours en danger, toujours sur le fil du rasoir.

Amateurs de thrillers allant à 100 à l'heure où rebondissements et révélations sont légion, "Fabrika" est pour vous. Cyril Gely ne ménage pas ses lecteurs et nous donne à lire un ouvrage efficace et prenant qui ne nous laisse pas une minute de répit. Suspens haletant, contexte singulier, intrigue poisseuse et dévorante, on en redemande !

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lundi 4 avril 2016

"10 Cloverfield Lane" de Dan Trachtenberg

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L'histoire : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d'abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d'envergure. En l'absence de certitude, elle décide de s'échapper...

La critique Nelfesque : "10 Cloverfield Lane" est un film que nous sommes allés voir un peu à l'aveugle. La bande-annonce visionnée quelques jours avant donne envie, John Goodman (Walter forever) est au générique, l'affiche est top, c'est le Printemps du Cinéma ? Allez hop, on saute dans la voiture et on va se faire une toile. Moui, bon, heureusement que c'était 4€ la séance...

C'est dans un climat de huit-clos qui se veut angoissant que se déroulent les 1h45 de film. Michelle vient de quitter son copain et, la larme à l'oeil, a un accident de la route. Elle se réveille quelques temps plus tard dans une chambre spartiate, à même le sol et une perfusion dans le bras. Soit l'hôpital dans lequel elle se trouve a vu ses subventions coupées, soit elle a du mouron à se faire. Un rapide coup d'oeil vers sa jambe. Une chaîne la retient au mur de sa cellule. La seconde solution est sans doute la bonne !

Son "ravisseur-sauveur", John Goodman, est un homme étrange. Froid et paranoïaque, il prétend qu'une attaque chimique a eu lieu pendant sa convalescence. Que croire ? Ce qui semble évident ou un étranger solitaire et survivaliste ? Selon lui, il faudrait rester enfermer dans ce bunker pendant au moins 4 ans en attendant que les effets se dissipent à la surface. Peu à peu la tension monte chez Michelle et avec Emmett, également présent dans ce refuge souterrain, elle va monter un plan pour rejoindre la surface.

10 cloverfield lane

Voici une histoire qui augurait du bon. Un thriller psychologique, huit clos oppressant où le spectateur doit démêler le vrai du faux n'est pas pour me déplaire. Malheureusement, la sauce ne prend pas et je n'ai pas vraiment ressenti quoi que ce soit pour les personnages du début à la fin du film. Qu'ils s'en sortent ou qu'ils crèvent dans d'atroces souffrances ne me faisait ni chaud ni froid. Zéro empathie pour Michelle, Emmett ou même Howard (aka Walter). Le temps passe, je ne trouve pas le film véritablement mauvais mais il manque la petite étincelle qui allume le coeur de la cinéphile que je suis.

Quand arrive la fin (oui déjà), mes yeux s'écarquillent, les bras m'en tombent et je me demande quelle drogue a pris le réalisateur... On tombe dans le grand n'importe nawak ! Le What The Fuck à l'état brut ! Michelle se transforme, c'est une putain de badass ! Pourquoi n'avons-nous pas pensé à elle plus tôt pour sauver la planète ou éradiquer la faim dans le monde !? Mais oui c'est ELLE notre sauveuse ! Un final qui frôle le ridicule (non en fait il s'y vautre tout à fait) et qui fait perdre toute crédibilité, déjà difficilement acquise, à l'ensemble.

"10 Cloverfield Lane" a une belle affiche (c'est déjà ça), une belle scénographie (un bunker aussi bien décoré moi je dis, ça se tente !) et un John Goodman inquiétant... Et c'est tout... Passez votre chemin, vous ne regretterez rien !

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La critique de Mr K : 2,5/6. Grosse déception avec un métrage qui ne tient vraiment pas ses promesses malgré une bande annonce plutôt prometteuse et la perspective de retrouver John Goodman (inoubliable Walter dans le cultissime The Big Lebowski des frères Coën) dans un rôle bien branque. Pour ma part la mayonnaise n'a jamais pris, le film étant cloué au sol par les clichés qui s'accumulent, un climax foireux et une fin what the fuck même pas surprenante et surtout moralisatrice! Seul iceberg surmontant cette demi bouse, Big John qui assure le service.

Pourtant, l'idée de départ est plutôt sympa, un survivaliste kidnappe une jeune femme et l'enferme dans un bunker en compagnie d'un autre gus. Il est persuadé que la fin du monde a été déclenché et qu'il leur a sauvé la peau. Goodman est assez impressionnant dans ce rôle tout en nuance qui ménage la chèvre et le chou, entre attirance et répulsion, clairvoyance et folie douce. Il sauve le film du naufrage définitif par son jeu fin qui égare à loisir le spectateur fasciné par ce colosse pas si solide que cela.

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Malheureusement, l'ambiance de claustration est très mal rendue. La faute à deux jeunes acteurs pas top top, une musique envahissante qui pourrit l'atmosphère avec des notes grandiloquentes qui court-circuitent l'ambiance glauque que le réalisateur souhaitait. Rajouter là dessus des clichés qu'on enfile comme des perles et vous obtenez un film sans surprise et finalement assez plat. Dommage car le décor quasi unique (les 3/4 du film se déroulent dans le bunker) est saisissant de réalisme, on y passerait presque un week-end entre potes (sans John Goodman quand même!). Mais voila, perso je me fichais complètement de ce qui pouvait arriver à Michelle, interchangeable avec nombre de figures héroïques féminines bien ricaines. Jolie, sensible mais à qui il ne faut pas la raconter et qui va finalement prendre les choses en main. À ce propos, la scène finale est assez risible tant on a l'impression qu'elle devient une Rambo des temps modernes.

La fin... Je m'y attendais comme je savais que ce film reprend l'univers abordé dans le film Cloverfield de 2008, found footage plutôt malin que j'avais apprécié sans pour autant crier au génie. Ici, la semi surprise vire rapidement au n'importe quoi avec des effets vus mille fois et ici inefficaces, on en montre un peu sans trop pousser pour accorder à l'ensemble une profondeur qui n'existe pas. La machine tourne à vide pour déboucher vers une fin absolument ringarde où un choix crucial s'offre à une Michelle épuisée mais guerrière et fière. J'ai failli en arracher mon siège tant on versait dans la morale à la Independance Day (Mon Dieu, la suite est pour cet été!).

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Vous l'avez compris, ce film est totalement dispensable sauf si vous êtes un(e) fan inconditionnel(le) de mister Goodman. Ça sent le ressucé et la bonne vieille propagande, la recette est éculée et on s'ennuie même par moment. Heureusement que c'était le Printemps du Cinéma et que nous avons payé nos places à un prix raisonnable...

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dimanche 13 mars 2016

"Ce cher Dexter" de Jeff Lindsay

Ce cher DexterL'histoire : Il est lui-même serial-killer quand il ne s'emploie pas à les traquer. Lui, c'est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Un jour, il est appelé sur les lieux d'un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui... ? Impossible...

La critique Nelfesque : C'est lors d'un chinage chez Gibert il y a quelques années (et oui années...) que je suis tombée sur "Ce cher Dexter" de Jeff Lindsay. Je connaissais bien sûr la série mais je ne savais pas qu'elle était une adaptation d'un roman. A dire vrai, je crois que je l'avais tout juste commencé à l'époque.

Depuis, j'ai vu la série télévisée dans sa totalité, j'ai adoré comme beaucoup (même si j'y mets quelques bémols (notamment sur la fin) mais ce n'est pas le sujet ici) et j'ai décidé de lire l'oeuvre originelle. Pour retrouver Dexter tout d'abord, ce psychopathe froid et organisé mais pourtant si charmant, pour peut-être en apprendre plus sur son personnage et son entourage et puis, disons le clairement, pour remettre le nez dans des histoires bien sordides et tordues.

Dans ce roman ci, qui débute une saga de 8 ouvrages distincts, le lecteur fait donc la connaissance de Dexter. Expert en traces de sang au service médico-légal de Miami, il va ici apporter son aide dans une enquête peu commune et loin de ses compétences. En effet, une scène de crime vient d'être découverte et celle ci a la particularité d'être dépourvue d'hémoglobine. Le cadavre, découpé en morceau, semble avoir été vidé de son sang. Une scène qui va fasciner Dexter qui compare alors le tueur à un véritable artiste.

Car oui, ce qui fait triper Dexter, ce sont les meurtres, en série de préférence. Et plus spécialement ceux qui sont au bout des armes des crimes. Il ne cesse alors de les traquer pour les tuer à son tour. Il assouvit ainsi ses instincts, lâche la bride de son Passager Noir, ce Dexter double assoiffé de sang.

Cette enquête, il doit la mener pour lui-même mais aussi pour sa soeur, agent aux moeurs, qui lui demande sans cesse de l'aide pour enfin entrer à la Crim' comme son père Harry. C'est lui qui l'a adopté lorsqu'il était tout petit, a vu en lui sa noirceur et l'a aidé toute sa vie à la canaliser et l'user à bon escient. Sans cesse tiraillé entre son besoin de tuer, sa fascination pour le meurtrier et son attachement (relatif) à sa soeur, cette enquête va le mener hors de ses limites, à la frontière de la folie où il doutera de tout, y compris de lui-même.

Voilà un premier contact avec la série littéraire fort prometteur ! Je n'ai jamais pu me départir des images de la série TV mais j'ai adoré retrouver l'ambiance qui vraiment a été très bien conservée en changeant de support. Dexter est méticuleux, attentif à chaque détails, calculateur, déshumanisé. Dépourvu de sentiments, il calque ses réactions sur ce qu'il a appris au fil des ans. Une froideur qui peut le rendre attirant (LaGuerta en fait ici les frais), touchant (pour Deb ou Rita) ou carrément étrange (attention à Doakes).

Il y a eu cependant des changements dans le scénario TV en comparaison au roman. Des petits détails sont assez rigolos à remarquer pour qui aime la série (les chemises de Dexter notamment ou le physique de sa soeur) mais dans les grandes lignes, l'histoire a été respectée dans la première saison qui est l'adaptation de "Ce cher Dexter". Sur la fin, tout va beaucoup plus vite cependant et la série se détache du roman, laissant Deb et Dexter dans une position inconfortable... Deb qui est d'ailleurs tout aussi incompétente ici et à qui je donnerai encore bien deux ou trois claques.

Pour ceux qui ont vu les épisodes de "Dexter", vous passerez un bon moment avec "Ce cher Dexter". Vous retrouverez tout ce qui a fait le charme de la série, les pensées de Dexter dans les moindres détails en plus, et la plume de Jeff Lindsay sobre et incisive va à merveille avec l'ambiance voulue. Pour ceux qui n'ont pas vu la série, ne partez pas ! Même si vous y êtes allergique et que la tronche de Michael C. Hall ne vous revient pas ! Si vous avez lu cette chronique jusqu'au bout c'est que vous êtes sans doute un adepte de thriller et ce roman ci est vraiment un chouette moment de lecture pour les amoureux du genre. Efficace, avec une gestion du suspens maîtrisé et des personnages bien distincts avec leurs psychologies propres et développées, le temps passe très vite avec ce roman ci. Alors, qu'est ce que vous attendez ?

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mardi 8 mars 2016

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" de Celeste Ng

Celeste-NG-Tout-Jamais-DitL'histoire : Lydia est morte.
Lydia Lee, seize ans, est morte. Mais sa famille l’ignore encore... Sa mère, Marylin, femme au foyer, rêve que sa fille fasse les études de médecine qu’elle n’a pas pu accomplir. Son père, James, professeur d’université d’origine chinoise, a tant souffert de sa différence qu’il a hâte de la retrouver parfaitement intégrée sur le campus. Mais le corps de Lydia gît au fond d’un lac.
Accident, meurtre ou suicide ? Lorsque l’adolescente est retrouvée, la famille Lee, en apparence si soudée, va devoir affronter ses secrets les mieux gardés.

La critique Nelfesque : Gros gros coup de coeur pour ce roman de Celeste Ng, "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", son premier et qui annonce la naissance d'une grande auteure.

Le lecteur entre dans la vie de la famille Lee. D'origine asiatique par le père, américaine par la mère, elle est le mélange de plusieurs cultures et plusieurs rêves mais elle a aussi ses appréhensions, ses peurs et ses hontes. Comme celles de James, qui enseigne l'Histoire des Etats-Unis à l'université, lui l'asiatique dont tout le monde se moque dans cette Amérique des 60's et 70's et qui rêvait d'Harvard. Comme celles de Marylin, son épouse, qui a toujours voulu être médecin à une époque où les femmes n'avaient pour vocation que de trouver un bon époux, vivre dans leur ombre et avoir des enfants.

De cette union sont nés Lydia, Nath et Hannah. Chacun singulier mais traînant derrière lui le poids de ses origines. Les yeux bridés tel un fardeau, la peau un peu jaune dont on se moque. On les appelle "les chinois", on se demande ce qu'ils mangent, comment ils vivent, on les regarde de travers.

Ce matin du 3 mai 1977, Lydia est en retard pour prendre son petit déjeuner. L'adolescente ponctuelle, studieuse et ambitieuse, gît dans le lac de la ville mais tout le monde l'ignore encore.

"Tout ce qu'on ne s'est jamais dit" est un roman qui fait la part belle à ses personnages. Chacun des 5 membres de la famille Lee est important, chacun voit ses pensées et ses souvenirs disséqués et leur psychologie travaillée à l'extrême. Lydia est-elle partie ? A-t-elle été enlevée ? Pour le découvrir, l'auteure revient sur la genèse du couple, sur leurs aspirations de jeunes étudiants, sur leur éducation. Se tisse alors peu à peu la toile de fond d'un tableau à plus grande échelle, celle qui façonne l'histoire d'une famille, des détails qui mis bout à bout forment l'inconscient collectif familial.

J'ai été littéralement bouleversée par cette lecture. Connaître le fin mot de l'histoire, savoir si Lydia a été tuée et par qui ou si elle s'est donnée la mort importe peu ici. Ce roman de Celeste Ng n'est pas un thriller habituel, un page turner jonché de rebondissements et de scènes sensationnelles. Non, nous sommes ici dans le domaine de l'intime, dans le non-dit, dans ce qui touche l'homme au plus profond. Comment se forge une identité, comment la pression familiale peut être un poids malgré toutes les bonnes intentions, comment les membres d'une fratrie vivent l'existence et le succès de ses frères et soeurs, comment les parents peuvent faire rejaillir sur leurs enfants toute la violence de leurs échecs et revivre leurs rêves à travers eux. Autant de sujets qui sont ici appréhendés et livrés au lecteur avec toute la beauté et la grâce que peuvent avoir parfois la violence ordinaire et la souffrance.

Pour envelopper cette histoire malheureusement banale d'un enfant qui disparaît et pourtant si distincte tant la famille Lee nous dévoile ses plus intimes secrets, Celeste Ng use d'une plume remarquable. Il y a de la nostalgie dans ses mots, de la poésie dans ses formulations, de la justesse et beaucoup d'amour dans la description des liens qui unissent une famille. On ne peut s'empêcher de réfléchir à la sienne en lisant "Tout ce qu'on ne s'est jamais dit", aux mécanismes conscients ou inconscients qui rythment notre quotidien et à la nécessité de briser la répétition des scénarios de vie parfois intergénérationels. Sans s'en rendre compte, les larmes commencent à couler au fil des pages et cette lecture vient se nicher au plus profond de nous-même.

J'ai retrouvé ici toute la puissance et l'émotion que j'ai éprouvé à la lecture de "Seul le silence" de R. J. Ellory. Des premières lectures d'auteurs jusqu'alors inconnus qui vous prennent aux tripes, qui vous parlent plus que nulle autre. Du Laura Kasischke et du Joyce Carol Oates également dans l'approche du roman par son auteur, dans la sensibilité, la finesse et la violence des sentiments.

Que dire d'autre, à part de vous précipiter en librairie pour acheter ce livre qui est sorti le 3 mars dernier. Des bouquins comme celui-ci, il ne faut pas les laisser passer, il faut les faire vivre, les conseiller et en parler partout autour de soi. Je tiens là sans doute ma plus belle lecture de 2016, la barre est haute et je suivrai de très près les prochaines traductions d'ouvrages de Celeste Ng. C'est pour cela que j'aime lire, pour ces moments de grâce et de perfection, pour ces coups de foudre qui vous laissent pantois à la fin d'une lecture. Des moments qui n'arrivent que très peu dans la vie d'un lecteur et qui font, par leur rareté, des rencontres d'une puissance et d'une intensité fulgurantes.

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mercredi 24 février 2016

"Old School" de John Niven

old schoolL'histoire : Susan Frobisher et Julie Wickham approchent de la soixantaine. Amies depuis l’enfance, elles habitent une petite ville du Dorset, en Angleterre. Susan a tout pour être heureuse : une jolie maison et un mariage solide avec Barry, comptable. Pour Julie, la vie n’a pas toujours été aussi tendre : elle a traversé plusieurs échecs professionnels et amoureux. Mais aujourd’hui, elle a trouvé un peu de stabilité. Les deux amies vivent donc paisiblement jusqu’au jour où on retrouve Barry mort dans un appartement inconnu aux airs de repaire porno… Susan découvre alors que son époux menait une double vie et avait accumulé de nombreuses dettes. Sa maison est sur le point d’être saisie, elle va tout perdre.
Sous l’influence d’un gangster octogénaire, les deux femmes décident de jouer le tout pour le tout et de cambrioler une banque. Avec l’aide d’une poignée d’amis déjantés, elles mettent leur plan à exécution. Mais comment s’enfuir avec leur butin ? L’improbable petite bande met les voiles pour une équipée à travers l’Europe où elle croisera un jeune auto-stoppeur, Interpol et la mafia russe. Et si, au lieu de décliner, leurs vies ne faisaient que commencer ?

La critique Nelfesque : "Old School" est sorti récemment en librairie chez Sonatine et autant vous le dire tout de suite, il fait un bien fou ! Et je ne dis pas cela parce qu'il s'agit d'une de mes maisons d'édition préférées mais parce qu'il y a dans le ton de John Niven un côté loufoque et décalé qui égaye une journée.

Susan, Julie, Jill et Ethel ont toute un point commun : elles ne sont plus de la prime jeunesse. Susan et Julie sont amies d'enfance. Elles ont connu des hauts et des bas dans leurs vies mais elles ont toujours été là l'une pour l'autre. Alors quoi de plus normal que de s'associer le jour où l'une d'elle décide de voler une grosse somme d'argent pour payer ses récentes dettes ?

Bientôt à la rue suite au décès de son mari qui lui avait caché bien des choses de son vivant, Susan change du tout au tout une fois veuve et monte, avec l'aide du Clouté, ancien petit ami malfrat de Julie, le casse du siècle. Pour cela ils leur faut trouver des bras, mettre en place un plan d'action, être méthodique et devenir en quelques jours des professionnelles du crime.

Des petites mamies bien sous tous rapports, membres d'un club de théâtre avec une petite vie bien rangée vont alors devenir un gang de braqueuses et ennemies publiques numéro 1 de deux agents de Scotland Yard, l'inspecteur-chef Boscombe et l'inspecteur Wesley. Il faut dire que Boscombe a un compte à régler avec Ethel et fait de l'arrestation de cette bande de bras cassés une affaire personnelle. Et pour cela, il va loin... Très loin !

Purement dans l'humour anglais, John Niven nous propose un roman hilarant aux scènes abracadabrantesques flirtant avec le what the fuck souvent mais entraînant le lecteur dans une histoire palpitante où bonne humeur et franche rigolade sont au rendez-vous. Les personnages sont savoureux. Ces mamies à la fois attendrissantes et uniques n'ont rien à perdre et retrouvent une seconde jeunesse sur les routes de la clandestinité. De petits hôtels de province en grands relais châteaux à plusieurs étoiles, cette bande de joyeux drilles en cavale va parcourir l'Angleterre et la France avec la police aux trousses et quelques 4.000.000 de livres !

"Old School" est un roman drôle et surprenant qui ravira les adeptes d'ouvrages décalés et sortant des sentiers battus. Avec ce roman ci, le rire est assuré et l'imagination de l'auteur part tellement loin que l'on se demande sans cesse jusqu'où celui ci va nous mener. Pour notre plus grand bonheur !

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samedi 30 janvier 2016

"Retour à Rédemption" de Patrick Graham

retour à rédemptionL'histoire : Vingt ans après avoir purgé sa peine à Rédemption, camp de redressement pour mineurs, Peter Shepard renoue avec son passé comme on reçoit un coup de couteau en plein coeur. Le brillant avocat d'affaires de San Francisco pensait avoir tiré un trait définitif sur ce sinistre établissement où régnaient brimades, humiliations et sévices. Le meurtre de sa famille lui fait douloureusement retrouver la mémoire. Quelqu'un cherche à lui faire goûter une nouvelle fois à l'enfer de Rédemption...

La critique Nelfesque : "Retour à Rédemption" est un roman étonnant. Percutant, sensible et violent à la fois. Un mélange de roman noir et de thriller qui touche en plein coeur et n'est pas sans rappeler des oeuvres comme "Mystic River", "Sleepers" et plus récemment "Coldwater" de Vincent Grashaw côté cinéma et "Retour à Little Wing" de Nickolas Butler en littérature pour les liens qui unissent les personnages entre eux.

Dès les premières pages, le lecteur est happé par l'écriture de Patrick Graham qui entre sans détours dans le vif du sujet. La femme et les filles de son héros, Peter Shapard, vont être enlevées en pleine Vallée de la Mort par un homme qui, se faisant passer pour un agent de police, va les entraîner loin de la route principale. Lors de cette agression, Peter est au téléphone avec sa femme et va assister avec horreur à l'exécution de celle-ci. S'en suit une course contre la montre pour retrouver la voiture et ses jumelles en bas âge qui se trouvent dans le véhicule sous un soleil de plomb. Un moment de lecture haletant et horrifique.

Le ton est donné, "Retour à Rédemption" est violent... Très violent. Violent par les actes mais aussi par les idées qui seront véhiculées sur plus de 400 pages. Une violence qui n'est pas à mettre entre toutes les mains et qui pourra choquer certains lecteurs mais une violence qui est loin d'être gratuite.

Par flashback, l'auteur nous entraîne dans l'enfance de Peter et dans un moment charnière de sa vie, celui de son incarcération au camp de Rédemption. C'est là qu'adolescent, il fera la connaissance d'un groupe de jeunes qui deviendront des personnes essentielles dans sa vie et avec qui il va affronter les pires cauchemars. Un groupe d'amis, qui bien que n'étant pas des anges au départ, vont devoir faire face à la folie des adultes, à la cruauté de leurs semblables et à une machination qui va au delà de l'entendement.

C'est mon avis que vous venez chercher en lisant cette chronique. Le voici : "Retour à Rédemption" est une bombe ! L'histoire est effroyable et passionnante, l'auteur a une écriture fluide et accrocheuse et surtout les personnages sont saisissants de réalisme et provoquent une empathie chez le lecteur qui ne se départit jamais. J'ai été bouleversée de bout en bout par cette lecture et encore aujourd'hui, en rédigeant ce billet, je retrouve des sensations de colère et d'émotion.

Car oui, comme je l'ai dit précédemment, "Retour à Rédemption" est un roman dur et violent mais c'est aussi un formidable récit d'amitié, un élan d'espoir et une galerie de personnages en souffrance et aux destins brisés. Gamins, ils se sont fait une promesse, adultes, ils vont devoir la respecter. Et ce, quel qu'en soit le prix. Petit clin d'oeil à "Ça" de Stephen King au passage et le même désarroi lorsqu'au bout du fil une voix ressurgit du passé et rappelle à tous leur serment.

Là est la force de ce roman. Les personnages prennent aux tripes, l'auteur a travaillé à l'extrême la psychologie de chacun d'entre eux et leur a donné des destinées singulières et liées les unes aux autres. L'un est devenu avocat, a construit une famille et semble avoir su se séparer de son passé douloureux, l'autre a une situation semblable mais dépourvue d'amour, l'un est resté "coincé" dans la roue judiciaire, un autre encore s'est coupé du monde... Autant de personnages attachants, et ce depuis la plus tendre enfance, et pour lesquels le lecteur voit son coeur bondir au détour de chaque page.

Avec "Retour à Rédemption", on passe du rire aux larmes, de l'amusement à l'effroi, de l'attendrissement à la colère. Avec un dosage parfait, Patrick Graham signe ici un superbe roman qui restera longtemps dans mon coeur. Thriller, roman noir, enfance brisée, amitié... si ce cocktail vous séduit d'ordinaire, n'hésitez plus un instant et jetez-vous sur ce roman. Vous ne le regretterez pas !

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mercredi 13 janvier 2016

"Le Zoo de Mengele" de Gert Nygardshaug

Le-zoo-de-MengeleL'histoire : La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillons, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu'il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles surpeuplées.
Alors il deviendra le bras armé de cette Amazonie que l'homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

La critique Nelfesque : Je ne connaissais pas cet ouvrage et pourtant "Le Zoo de Mengele" est le livre de plus célèbre de Nygardshaug et il a eu beaucoup de succès en Norvège. Traduit pour la première fois à l'étranger, c'est le moment de découvrir cette oeuvre initialement écrite dans les années 80 et malheureusement toujours d'actualité.

Dans "Le Zoo de Mengele", on navigue constamment entre thriller, essai et roman contemporain. Mino est un jeune garçon de 10 ans au début du roman. Il vit avec ses parents, ses frères et soeurs et toute une communauté, dans un village d'Amérique du Sud. Les lieux ne sont pas explicitement cités mais l'histoire est transposable à de nombreux pays de ce continent. Dans son village, les gens sont pauvres et se contentent de peu mais arrivent à vivre grâce à leurs productions, à l'échange et à l'entraide. Une petite vie de village, proche de la nature, où Mino s'épanouit à chasser des papillons tous plus fascinants les uns que les autres que son père prépare ensuite pour les revendre à des lépidoptérophiles.

Mais une menace pèse sur le village de Mino, une entreprise s'installe à proximité, détruit la jungle, rase les terrains de production des villageois avec l'aval des autorités locales qui bénéficient des largesses des entrepreneurs. Mino sent que peu à peu son village se transforme, les habitants peinent à se nourrir, ils sont sans cesse expropriés et du haut de ses 10 ans il décide d'agir pour le bien de la communauté. Les déforestations ralentissent, les habitants respirent de nouveaux... Mais un jour où il rentre de sa chasse aux papillons quotidiennes, il découvre un théâtre d'horreur. Son village est détruit, les habitants ont tous été exterminés, les maisons brûlées et le sang coule dans les ruelles. Mino, orphelin, prend la fuite et commence alors une épopée à travers l'Amérique du Sud où il va grandir, évoluer et rencontrer des personnes qui vont changer sa vie.

"Le Zoo de Mengele" est un roman d'une incroyable force. Sur fond d'écoterrorisme, l'auteur nous donne à voir l'enfer que vit toute une population poussée à la famine et écrasée par la mondialisation. Sur sa route, Mino va apprendre la magie pour survivre, rentrer à l'université et développer une haine des américains et de tout ceux qui à l'échelle mondiale détruisent la planète en plaçant le profit au dessus du respect de la nature.

Là où souvent dans les ouvrages de ce type, l'auteur focalise son histoire du côté des puissants, Nygardshaug centre son roman sur Mino, sur son ressenti, sur ses aspirations. Le lecteur est alors plongé dans la vie d'un gamin qui a vécu l'horreur et qui peu à peu développe des idées écoterroristes. Comment s'organiser lorsque l'on se bat contre un pot de fer ? Comment agir lorsqu'on est un simple enfant de la jungle et que l'on veut sauver la planète ?

Vengeance, injustice et meurtres peuplent ce roman mais aussi amitié, espoir et action. Les personnages sont fouillés à l'extrême, tous plus attachants les uns que les autres, les phrases sont concises, les mots crus, les actes abjectes. Le lecteur ne ressort pas indemne de ce roman et souvent les larmes perlent aux bords de ses yeux. Loin d'être une apologie du terrorisme, il nous permet d'en comprendre le fonctionnement et les racines. De quel droit détruire notre terre nourricière ? En quoi l'argent peut-il être placé au dessus des valeurs humaines et de la vie des gens ?

C'est déprimé et pourtant plein d'espoir que l'on termine la lecture de ce "Zoo de Mengele". Conscient d'avoir lu ici un grand roman, de ceux qui vous retournent les tripes et vous font réfléchir. Prendre les armes est une solution extrême pour contrer les puissances de l'argent mais c'est la seule qu'a trouvé Mino pour que le monde soit moins moche et que la Terre ne soit plus bradée pour quelques billets de banque. Une idée discutable mais une vie riche en action où sa propre personne passe au second plan. Un crève coeur mais un coup de coeur que je vous encourage tous à lire !

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