mercredi 13 janvier 2016

"Le Zoo de Mengele" de Gert Nygardshaug

Le-zoo-de-MengeleL'histoire : La vie du jeune Mino Aquiles Portoguesa, chasseur de papillons, changera à jamais le jour où il verra son village et sa forêt réduits à néant par les grandes compagnies pétrolières américaines, et tous ceux qu'il aime tués ou envoyés dans les bidonvilles des mégapoles surpeuplées.
Alors il deviendra le bras armé de cette Amazonie que l'homme blanc foule au pied, de tous ces pauvres gens sacrifiés au nom du progrès.
Alors il les tuera à son tour.
Tous. Un par un.

La critique Nelfesque : Je ne connaissais pas cet ouvrage et pourtant "Le Zoo de Mengele" est le livre de plus célèbre de Nygardshaug et il a eu beaucoup de succès en Norvège. Traduit pour la première fois à l'étranger, c'est le moment de découvrir cette oeuvre initialement écrite dans les années 80 et malheureusement toujours d'actualité.

Dans "Le Zoo de Mengele", on navigue constamment entre thriller, essai et roman contemporain. Mino est un jeune garçon de 10 ans au début du roman. Il vit avec ses parents, ses frères et soeurs et toute une communauté, dans un village d'Amérique du Sud. Les lieux ne sont pas explicitement cités mais l'histoire est transposable à de nombreux pays de ce continent. Dans son village, les gens sont pauvres et se contentent de peu mais arrivent à vivre grâce à leurs productions, à l'échange et à l'entraide. Une petite vie de village, proche de la nature, où Mino s'épanouit à chasser des papillons tous plus fascinants les uns que les autres que son père prépare ensuite pour les revendre à des lépidoptérophiles.

Mais une menace pèse sur le village de Mino, une entreprise s'installe à proximité, détruit la jungle, rase les terrains de production des villageois avec l'aval des autorités locales qui bénéficient des largesses des entrepreneurs. Mino sent que peu à peu son village se transforme, les habitants peinent à se nourrir, ils sont sans cesse expropriés et du haut de ses 10 ans il décide d'agir pour le bien de la communauté. Les déforestations ralentissent, les habitants respirent de nouveaux... Mais un jour où il rentre de sa chasse aux papillons quotidiennes, il découvre un théâtre d'horreur. Son village est détruit, les habitants ont tous été exterminés, les maisons brûlées et le sang coule dans les ruelles. Mino, orphelin, prend la fuite et commence alors une épopée à travers l'Amérique du Sud où il va grandir, évoluer et rencontrer des personnes qui vont changer sa vie.

"Le Zoo de Mengele" est un roman d'une incroyable force. Sur fond d'écoterrorisme, l'auteur nous donne à voir l'enfer que vit toute une population poussée à la famine et écrasée par la mondialisation. Sur sa route, Mino va apprendre la magie pour survivre, rentrer à l'université et développer une haine des américains et de tout ceux qui à l'échelle mondiale détruisent la planète en plaçant le profit au dessus du respect de la nature.

Là où souvent dans les ouvrages de ce type, l'auteur focalise son histoire du côté des puissants, Nygardshaug centre son roman sur Mino, sur son ressenti, sur ses aspirations. Le lecteur est alors plongé dans la vie d'un gamin qui a vécu l'horreur et qui peu à peu développe des idées écoterroristes. Comment s'organiser lorsque l'on se bat contre un pot de fer ? Comment agir lorsqu'on est un simple enfant de la jungle et que l'on veut sauver la planète ?

Vengeance, injustice et meurtres peuplent ce roman mais aussi amitié, espoir et action. Les personnages sont fouillés à l'extrême, tous plus attachants les uns que les autres, les phrases sont concises, les mots crus, les actes abjectes. Le lecteur ne ressort pas indemne de ce roman et souvent les larmes perlent aux bords de ses yeux. Loin d'être une apologie du terrorisme, il nous permet d'en comprendre le fonctionnement et les racines. De quel droit détruire notre terre nourricière ? En quoi l'argent peut-il être placé au dessus des valeurs humaines et de la vie des gens ?

C'est déprimé et pourtant plein d'espoir que l'on termine la lecture de ce "Zoo de Mengele". Conscient d'avoir lu ici un grand roman, de ceux qui vous retournent les tripes et vous font réfléchir. Prendre les armes est une solution extrême pour contrer les puissances de l'argent mais c'est la seule qu'a trouvé Mino pour que le monde soit moins moche et que la Terre ne soit plus bradée pour quelques billets de banque. Une idée discutable mais une vie riche en action où sa propre personne passe au second plan. Un crève coeur mais un coup de coeur que je vous encourage tous à lire !

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samedi 12 décembre 2015

"Le Passager" de Jean-Christophe Grangé - ADD-ON de Mr K

Le-passager-de-Jean-Christophe-GrangeJ'ai déjà lu et chroniqué ce roman le 19/09/11. C'est maintenant au tour de Mr K.

Afin que vous puissiez prendre connaissance de son avis, je vous mets dans ce présent billet le lien vers l'article originel où vous trouverez la critique de Mr K à la suite de la mienne.

Nous procédons ainsi pour les ouvrages déjà chroniqués au Capharnaüm Eclairé mais lus à nouveau par l'un de nous.

Pour "Le Passager", ça se passe par là.

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mercredi 2 décembre 2015

"Deux" de Penny Hancock

DeuxL'histoire : Au Maroc, la vie de Mona est devenu un calvaire. Elle s’occupe de sa fille, Leila, et de sa mère malade. Al, son mari, a disparu depuis plusieurs mois, peut-être parti en Angleterre pour finir ses études de médecine. Aussi quand l'opportunité d'aller travailler à Londres s'offre à elle, Mona la saisit.
A Londres, Theodora a besoin d'aide. Entre son père qui souffre de la maladie d'Alzheimer, son fils qui passe sa journée devant la télé et son émission de radio, elle ne s'en sort plus. L'arrivée de Mona dans sa vie va tout changer. Enfin elle va pouvoir s'occuper d'elle et des siens en sachant qu'elle peut se reposer sur quelqu'un. Sa maison sera impeccable, sa vie sociale à nouveau trépidante et elle va gagner, avec l'arrivée de la discrète Marocaine, plus qu'une employée de maison, une véritable confidente.
Chacune dépend de l'autre mais, très vite, va s'instaurer entre elles un rapport étrange, insidieux et violent. Une lutte feutrée, tout en retenue et en non-dits, qui ne peut que les mener au pire.

La critique Nelfesque : Amateurs de thrillers psychologiques, ouvrez grand vos yeux, "Deux" de Penny Hancock, roman de la Rentrée Littéraire chez Sonatine est fait pour vous !

Je suis en général assez sceptique concernant ce genre de thrillers et il faut bien avouer que dans cette catégorie, il y a pas mal de romans assez moyens. Oui mais voilà, depuis quelques temps, je commence à m'y intéresser de plus près et bien que n'étant toujours pas mon genre préféré, je dois bien avouer que le thriller psy bien ficelé est tout de même très efficace. C'est le cas ici avec un roman bien retors où paranoïa et angoisse vont crescendo.

Mona, tout droit arrivée du Maroc, s'apprête à travailler pour Theodora à Londres. Cette dernière a beaucoup de mal à concilier sa vie professionnelle avec sa vie de famille. Journaliste radio en pleine ascension, elle ne doit rien laisser au hasard et élever seule son fils ado et devoir gérer son père atteint d'Alzheimer se révèle être une tâche trop lourde pour elle. Heureusement Mona a le sens du sacrifice et ne semble pas avoir de mal à tenir une maison propre et bien rangée, cuisiner des mets délicieux et se faire aimer de Léo et Charles.

Il faut dire que Mona est du genre dévouée et courageuse. Elle a laissé sa mère malade et sa fille en bas âge dans son village natal pour tenter de gagner plus d'argent en Europe et ainsi payer le traitement de sa mère et les futures études de sa fille. Voilà une lourde charge qui pèse sur ses frêles épaules, elle dont le fiancé a mystérieusement disparu il y a plusieurs mois et qui ne peut dorénavant que compter sur elle-même pour faire vivre les siens.

"Deux" est une plongée dans deux façons de vivre différentes. Presque deux mondes et deux visions de la vie qui s'affrontent. D'un côté Mona, maghrébine entièrement dévouée à sa famille, prête à tout endurer quitte à s'oublier elle-même. Et de l'autre Théodora, occidentale moderne et libérée pour qui la vie professionnelle est au moins aussi importante que la vie privée et qui essaye de tout concilier en cherchant l'excellence dans tous les domaines.

Ces deux femmes vont apprendre à se connaître, s'apprécier, ne pas se comprendre, être complémentaire, se détester... Les frontières entre travail et vie privée se brouillent. Qui est vraiment Mona ? Veut-elle vraiment le bien de la famille de Théodora ? Quant à elle, n'est-elle pas finalement une esclavagiste moderne, égoïste et sans coeur ?

Avec une écriture sobre et efficace, Penny Hancock joue avec les nerfs du lecteur. Loin d'être manichéens, les personnages sont fait de nuances et il est bien difficile de déceler les "méchants" des "gentils". On adore l'un, on déteste l'autre... Puis quelques pages plus loin, on comprend certaines réactions... On ajuste notre jugement... On change d'avis... On retombe sur ses pieds... On court à droite puis à gauche... Loin de se douter de l'issue de l'histoire, le lecteur passe par tous les sentiments et la paranoïa qui gagne peu à peu les deux personnages féminins va s'emparer de celui qui tient ce roman entre ses mains. Diabolique !

Penny Hancock ne nous laisse pas une minute de répit entre les 4 murs de cette jolie maison londonienne où les apparences sont on ne peut plus trompeuses et complexes. Qui profite de qui ? Qui cache son jeu ? Quel est le véritable enjeu de cette cohabitation ? Gare aux nuits blanches, "Deux" vous emmènera au plus près de la folie et jusqu'aux plus petites heures du matin...

dimanche 1 novembre 2015

"Wilt 1 : Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" de Tom Sharpe

tom sharpeL'histoire : Henry Wilt est à bout. La quarantaine passée, chaque jour lui rappelle sa médiocrité. Une carrière au point mort, des étudiants dégénérés, et Eva, sa femme, qui ne rate jamais une occasion de le rabaisser. Certain que le monde lui refuse depuis longtemps une gloire bien méritée, Henry décide d'agir et de supprimer celle qui a fait de sa vie un véritable enfer.

La critique Nelfesque : "Wilt 1" est un roman qui traînait depuis trop longtemps dans ma PAL et qu'il fallait que je lise tant les fans de Tom Sharpe me donnaient envie de découvrir son humour déjanté. Je me suis donc lancée dans ce roman pleine d'entrain et je dois dire que je n'ai pas été déçue. Etant assez friande de romans à l'humour timbré (comme par exemple "Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire" de Jonas Jonasson, "Les Vacances d'un serial killer" de Nadine Monfils ou plus récemment "Camp de gitans" de Vladimir Lortchenkov dans des styles bien différents), ce "Wilt" de Tom Sharpe n'a pas à rougir face aux romans précités.

Henry Wilt est au bord de la rupture. Rien ne va dans sa vie, son boulot l'ennuie, sa femme l'énerve, ses élèves sont des abrutis. Pour que sa vie prenne le tournant qu'elle aurait dû prendre depuis longtemps et afin de remettre les compteurs à zéro et lui permettre de mener enfin la vie qu'il mérite, Wilt décide de prendre les problèmes les uns après les autres. Première chose à faire : se débarrasser de sa femme ! Seul hic, c'est une décision qui implique pas mal de risques et avant de passer à l'acte, Wilt commence à rêver de ce moment et échafaude des plans. Après y avoir pensé longuement chaque soir lors de balades avec son chien, il va se mettre en situation et répéter son acte avant de peut-être passer le pas. Commence alors une valse de quiproquos qui va mener Wilt dans une situation très inconfortable. Mais le "confort" était-il vraiment présent dans sa vie auparavant ?

Voici une lecture fort plaisante et parfaite pour passer un bon moment quand le besoin s'en fait sentir. On est ici loin de la vie quotidienne, l'histoire est complètement loufoque et dans le genre "je pose mon cerveau avec une lecture pas trop conne", "Wilt 1" se pose là.

Dans ce premier tome d'une série de 5 romans (tous pouvant se lire indépendamment les uns des autres), le lecteur fait la connaissance de Tom. Professeur de culture générale dans un lycée technique anglais, très intelligent et ayant une grande (trop ?) propension à l'abstraction, Tom n'est pas apprécié à sa juste valeur. Autant à la maison qu'à son travail, il passe au second rang et met entre parenthèse ses rêves d'évolution. Entre sa femme castratrice et son supérieur qui ne le prend pas au sérieux et ne lui a accordé aucune promotion en 10 ans de carrière, Tom est un homme qui stagne, frustré de ne pouvoir montrer à ses semblables toutes l'étendue de ses qualités. Et des qualités, il en a ! A commencer par son sens de l'analyse et sa capacité à se détacher des évènements pour mieux amener son interlocuteur à aller dans son sens. Cela va lui jouer bien des tours face à la police lorsqu'il sera inculper pour le meurtre de sa femme qu'il n'a pas commis. Autant de détachement et une telle froideur, ne serait-ce pas là une des caractéristiques d'un parfait psychopathe ?

Avec "Wilt", le plaisir est au rendez-vous. Tom Sharpe accorde de l'importance à chacun de ses personnages et tout le monde va en prendre pour son grade sur presque 300 pages. Les nouveaux amis de sa femme, sa femme, ses collègues, ses élèves, la police... Nous avons là un beau tableau de la société actuelle et bien que faisant dans la caricature ici, chacun y reconnaîtra aisément au moins l'une de ses connaissances. La vengeance de Wilt devient alors jubilatoire et la peur change de camp.

Peu à peu Wilt prend de l'épaisseur. Il n'est plus le gentil Wilt, toujours en retrait, celui qui ne dit jamais non et supporte toutes les humiliations. Au fil des pages, sous la plume de Sharpe, il va se révéler malin, manipulateur et très intelligent. Une satisfaction pour le lecteur quand on sait qu'il s'agit d'une saga. Tom est sorti de sa coquille et semble pouvoir modifier durablement son destin.

"Comment se sortir d'une poupée gonflable et de beaucoup d'autres ennuis encore" est un roman typiquement anglais qui ravira les lecteurs friands d'humour british. Ca part dans tous les sens, les scènes sont jusqu'auboutistes, les personnages au caractère bien trempé nous donnent matière à rire et tout cela est empaqueté dans un chouette papier cadeau qu'est la plume de Tom Sharpe. Si vous cherchez un roman qui se dévore, au style fluide et à l'histoire rondement menée, penchez-vous sur cette curiosité !

Livra'deux pour pal'Addict

J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge "Livra'deux pour pal'Addict".

mercredi 21 octobre 2015

"The Visit" de M. Night Shyamalan

the-visit-affiche-franceL'histoire : Deux enfants sont envoyés passer une semaine en Pennsylvanie, dans la ferme de leurs grands-parents. Mais lorsque l'un d'eux découvre qu'ils sont impliqués dans quelque chose de profondément dérangeant, leurs chances de retour s'amenuisent de jour en jour.

La critique Nelfesque : Ah ! On peut dire que je l'attends depuis longtemps ce nouveau Shyamalan ! Dès la diffusion de la bande annonce américaine de "The Visit", il y a plusieurs mois, je me languissais de découvrir ce long métrage au cinéma. Et autant le dire tout de suite, je me suis régalée.

Chaque sortie au cinéma de ce réalisateur est un évènement. Et pour cause ! Même si je n'ai pas adhéré à tous ces films, force est de constater que Shyamalan a un don unique pour prendre ses spectateurs par surprise. Le roi de la révélation de dernière minute a donc fait son retour le 7 octobre dans nos salles françaises pour une nouvelle fois nous faire frissonner et nous étonner...

Becca et Tyler ne connaissaient pas leurs grand-parents maternels et vont pour la première fois les rencontrer et passer une semaine de vacances chez eux. Leur mère s'est fâchée avec eux avant la naissance de son premier enfant et a depuis coupé les ponts. Becca et Tyler ont grandi et souhaitent maintenant les connaître et découvrir où leur mère a grandi. Becca, férue de cinéma, va immortaliser ce moment avec sa caméra et monter un reportage de cet évènement familial.

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Dans ce huit clos glaçant et inquiétant, Shyamalan a pris le parti du found footage. Procédé en vogue ces dernières années, ce n'est pas ici une volonté de surfer sur la mode qui prédomine mais une manière de narrer son histoire d'une façon différente et originale. Point de tremblement incessant de caméra ici, point non plus de course poursuite sans fin où on ne voit rien d'autre que le sol. Chaque plan est calculé, maîtrisé et sert à merveille l'ensemble. Par cette façon de faire, Shyamalan nous propose un cinéma dépoussiéré et fun où l'humour est aussi bien présent.

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Dans cette propriété isolée pendant 1h30, dans un paysage enneigé, le spectateur se sent coupé du monde et l'angoisse montante des enfants est palpable. Ces papis et mamies gâteaux tout d'abord très gentils, aimants et serviables, vont s'avérer être de plus en plus étranges... Deanna Dunagan, qui joue le rôle de la grand-mère, est vraiment flippante ! Shyamalan joue avec nos nerfs et fait monter la pression tout le long de son oeuvre jusqu'à un final tout simplement hallucinant où ma mâchoire s'est décrochée pendant plusieurs secondes lors d'une scène effroyable dans les dernières minutes du film. La gestion de la tension est parfaitement maîtrisée et l'angoisse est là. Malgré quelques scènes "sursautantes", c'est bel et bien le sentiment de malaise qui domine dans "The Visit". Ou comment un environnement serein va peu à peu dévoiler des scories malsaines et finir dans une ambiance de film d'horreur...

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Un film d'horreur certes mais un film d'horreur drôle aussi ! Dès le visionnage de la bande annonce, j'ai su que j'allais passer un excellent moment avec ce film et que j'allais bien me marrer (la scène de la grand-mère à poil dans le couloir, je peux dire que j'avais hâte de la voir sur grand écran !). Si de votre côté, cette dernière ne vous fait pas rire, vous ne prendrez peut être pas le film de la même façon que moi. J'ai pour ma part un côté très étrange à pleurer de rire dans les manèges à sensation et à m'égosiller devant des scènes de films de genre là où d'autres sont horrifiés ou courent vomir dans les toilettes. Voilà, vous êtes prévenus ! Mais en dehors de cela, de par le fait que le film est tourné par des enfants, des petites bouffées d'humour salvatrices au milieu de toute cette tension sont les bienvenues.

Vous l'aurez compris, pour ma part, je vous encourage grandement à aller voir "The Visit" qui n'est pas loin d'être pour moi le meilleur film de Shyamalan. Vous m'en direz des nouvelles !
"YAHTZEE !!!"

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La critique de Mr K : 6/6. Shyamalan frappe un grand coup avec son dernier film dont la bande annonce nous tenait bien en haleine depuis déjà un bon bout de temps. On peut dire qu'on l'a attendu et à sa sortie effective, il ne nous a pas fallu bien longtemps pour nous retrouver à 11h un bon matin dans une salle obscure du secteur qui pour l'occasion était vide! La salle pour nous tout seul, elle est pas belle la vie!

Une jeune fille amatrice de technique de cinéma et son jeune frère, rappeur blanc du pauvre vont pour la première fois de leur vie rencontrer leurs grands-parents maternels. La maman a quitté la maison en fin d'adolescence, irrémédiablement brouillée avec ses parents. Depuis, plus de contact jusqu'au jour où les petits enfants (15 et 12 ans environ) partent les voir. Mémé gâteuse amatrice de cuisine, grand-père vieillissant mais solide les attendent et tout semble parti sur de bonnes bases. Malheureusement la nuit venue, il s'en passe de belles. Mamie chavire la bouillotte et pépé semble cacher bien des choses. Comme à son habitude, Shyamalan connaît la partition: indices et faux semblants, révélations, contre-révélations, un suspens mené de main de maître pour une révélation efficace et glaçante.

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Première grosse qualité: on y croit. Ados normaux, environnement réaliste au possible et une première rencontre vraiment traitée avec pudeur et délicatesse. Le cinéaste soigne les détails comme à son habitude et assoit le film dans un rythme lancinant voir rassurant. Puis vient, la première nuit avec les premières visions étranges et décalées. On flippe bien, on s'accroche un peu à son siège et on se demande bien où on met les pieds. Plus question de ralentir, plus on avance dans le film plus les pistes et hypothèses se multiplient. Surtout qu'on en apprend plus sur ce qui s’est passé en amont dans la vie des enfants et le voile se lève petit à petit entre explications crédibles et conséquences vraiment vertigineuses en terme de psychologie des personnages. Les relations familiales, les moments de détente (géniale séquence du cache cache sous la terrasse), les plans fixes de lever et coucher de soleil, tout contribue à distiller une ambiance entre nostalgie du temps passé et angoisse qui suinte de chaque couloir et pièce de la demeure des grands-parents qui au fil du métrage font pencher le film dans une direction sombre et lourde de menace. Les acteurs sont au diapason, leur jeu est juste et sert remarquablement cette intrigue hypnotique autour du thème de l'identité et du souvenir.

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Filmé en found footage avec grand talent (et je ne le dis pas souvent), ce film est un petit bijou de construction narrative mais aussi de technique: rappelons que l'héroïne est passionnée de cinéma et surtout de technique de narration et de cadrage, cela donne un rythme rapide et cependant dense à l’œuvre. Il s'agit pour elle de monter un documentaire sur sa première rencontre avec son frère de leurs grands-parents et par là même une sorte d’élixir qui pourrait guérir leur mère incapable de reprendre contact avec ses propres parents. Suspens rime donc aussi ici avec secret de famille et fêlures intimes que portent chacun des personnages. Point de vue très bien exploité, le temps défile à grande vitesse et quand la lumière s'allume, on est conscient d'avoir vu un grand film de Shyamalan que je mettrais juste après La jeune fille de l'eau dans mes films préférés de ce réalisateur. À voir absolument au cinéma!

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mardi 20 octobre 2015

"Ring" De Koji Suzuki

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L'histoire: Kazayuki Asakawa déglutit, les yeux rivés sur l'écran de télévision. Au fond de lui-même, il sait que c'est vrai, que ce n'est ni une plaisanterie, ni une menace en l'air. Il sait que les quatre adolescents, dont sa propre nièce, qui ont regardé ensemble la cassette vidéo avant lui sont morts. Juste au même moment. S'il veut survivre, il lui faut comprendre d'où vient cette cassette, le sens de ces images énigmatiques et inquiétantes, de cette malédiction absurde. Et il ne lui reste plus que sept jours. Même moins de sept jours ! Et pas la moindre piste...

La critique de Mr K: Les films qui m'ont vraiment effrayé lors d'une séance cinoche se comptent sur les doigts d'une main. Ring de Hideo Nakata fait partie de ceux là avec une séance à haute tension vécue à sa sortie au MK2 Hautefeuille lors de ma période parisienne. Un grand grand flip, une peur viscérale et persistante durant deux semaines. J'ai appris par la suite qu'il était le premier tome d'une trilogie littéraire nippone qui a connu un succès monstre (hé hé!) au pays du soleil levant. Puis le temps a passé, seules restent les pensées (et de très mauvais remakes US) et dans ma PAL toujours rien! Jusqu'au jour pas si lointain où le présent volume s'offrait à ma vue! Vision sublime, réflexe pavlovien et hop! Acquisition directe!

Pour les amateurs du film, attendez vous à être légèrement surpris. Autant Nakata en avait fait une œuvre très intimiste et féministe par moment, autant ici, dans l'ouvrage de Koji Suzuki, c'est l'oncle d'une des victimes de la K7 maudite qui enquête. Journaliste en disgrâce suite à un reportage manqué, il fait le rapprochement par hasard entre la mort de sa nièce et celle mystérieuse d'un jeune couple dans une voiture abandonnée au bord de la route. Véritable thriller à la mode page-turner, on suit son enquête qui le mène dans un chalet de vacances où il va visionner un étrange film aux vertus quelques peu mortifères! Eh oui, on meurt de peur littéralement, une semaine pile poil après son visionnage! Le compte à rebours s'amorce et impitoyablement les jours se suivent vers le jour fatidique. Le rythme s'accélère, les révélations fourmillent et la fin… hé hé, la fin…

Je ne suis pas forcément amateur de lectures faisant suite à un visionnage cinématographique mais je dois avouer qu'avec ce récit je vais réviser mon jugement. On appréhende bien le processus d'adaptation et bien que la trame principale soit respectée (la K7, la malédiction, le personnage de Sadako), on est surpris par certains aspects de l'histoire et la vision masculine apporte un angle différent et non dénué d'intérêt. L'amitié qui lie le héros et son professeur de fac décalé est touchante, anime le récit et lui donne une vigueur supérieure au film au détriment peut-être d'une sensibilité plus exacerbée dans le métrage et par là poignante. Les morts, quelques lieux, divergent aussi et l'on tourne beaucoup en rond avant d'approcher la vérité qui s'écarte quelque peu aussi du film. Le personnage de Sadako reste aussi effrayant que dans le métrage mais en plus humain ce qui la rend encore plus tragique et cruelle en même temps.

En filigrane, c'est une vision du Japon contemporain et agité, mêlée d'influences plus traditionnelles qui s'offre à nous. Les âmes esseulées se croisent, la technologie est présente au moindre recoin (la première piste est d'ailleurs assez ambiguë et joue sur cet aspect de la société japonaise). Mais il y a aussi le poids des traditions, le machisme ambiant, la rancune accumulée, les esprits non morts et leur errance, le don surnaturel et la sorcellerie qui rentrent en jeu. Un ouvrage très complet et multiforme qui trouve son unité dans son sens aigu du récit et du rythme.

Comme dit lors de ma critique du recueil de nouvelles Dark water du même auteur, ne cherchez pas ici un ouvrage typiquement japonais. On nage dans le style thriller à l'américaine avec un savant dosage de suspens et de révélations mais une écriture plus commune et finalement proche d'auteurs occidentaux. Point de fantaisie, de digressions trop intimistes ou d'images filées mais un roman efficace et diablement mené qui procure attentes et espérances bien mesurées. Pas de peur mais une certaine appréhension, notamment un crescendo bien prenant dans les 20 derniers pages où malédiction et résolution se mêlent pour un final vraiment tendu. Lu dans le noir avec une lampe frontale, le livre procure son petit effet tout de même. Un gage de réussite et d'accomplissement que je vous conseille d'appréhender à votre tour si vous en avez le courage!

lundi 5 octobre 2015

"Une autre vie" de S. J. Watson

WatsonL'histoire : Femme au foyer, Julia mène une vie bien rangée à Londres avec son mari et son fils. Lorsqu’elle apprend la mort de sa jeune sœur, Kate, victime d’une agression à Paris, près du canal de l’Ourcq, elle est sous le choc. Les deux sœurs, dont les relations n’ont jamais été faciles, s’étaient perdues de vue.
Ne parvenant pas à faire son deuil, Julia décide d’aller à Paris afin d’en savoir plus sur la vie que menait Kate. Là, elle apprend que cette dernière fréquentait assidûment les sites de rencontre en ligne. Le doute s’insinue alors dans son esprit : et si la mort de sa sœur n’était pas due à une simple agression mais à une mauvaise rencontre ? Ne pouvant se débarrasser de cette idée obsédante, Julia décide de se faire passer pour Kate sur le site Internet d’escorts que celle-ci utilisait.
Mais, à l’âge des bilans, des remises en question, des ambitions laissées derrière elle, Julia ne réalise pas qu’elle est en train de jouer un jeu dangereux à double titre. Si elle a en effet raison sur les circonstances de la mort de sa sœur, elle prend tous les risques. Et en goûtant à une autre vie, plus excitante, que va-t-il rester de la sienne ?

La critique Nelfesque : J'ai découvert S. J. Watson lors de la sortie en librairie de son précédent roman chez Sonatine, "Avant d'aller dormir". Ce dernier a suscité un réel engouement chez les lecteurs et sa popularité fut telle qu'il a été adapté au cinéma l'an dernier. Pour ma part, je n'avais pas été emballée par ce roman que j'ai eu la chance de lire dès sa sortie et malheureusement, l'histoire se répète ici avec "Une autre vie"...

"Mais pourquoi lire un nouveau roman d'un auteur qui ne t'a pas convaincue ?" me direz-vous. En premier lieu parce qu'on peut ne pas aimer une oeuvre dans la bibliographie d'un auteur et pour autant se laisser séduire par d'autres de ses écrits. Aussi parce que j'ai lu "Avant d'aller dormir" il y a plus de 4 ans et qu'avec le temps on peut changer, autant moi en tant que lectrice que l'auteur par son écriture. Et puis tout simplement parce que je suis adepte de la seconde chance. Après cette lecture ci, je vous le dis tout de suite, il n'y en aura pas d'autre !

L'histoire d'"Une autre vie" est intrigante. Une femme bien sous tout rapport, avec une vie satisfaisante, mariée à un homme parfait et ayant un jeune garçon bien élevé (la vie rêvée de toute femme non !? (euh... non !)) va, à la mort de sa petite soeur, s'inventer une nouvelle vie pour tenter de répondre aux nombreuses questions que sa disparition laisse en suspens. J'avoue avoir été fortement intéressée par la quatrième de couverture, au point de me lancer dans la lecture de ce roman et voir retomber mon enthousiasme comme un soufflé. Exactement le même schéma qu'avec son précédent ouvrage...

Je suis passée par tous les états pendant ma lecture. Intérêt, répulsion, curiosité, dégoût... Accordons tout de même à ce roman une bonne gestion du suspens et de la tension qui va crescendo tout le long de l'histoire. S. J. Watson dose à la perfection cette montée en puissance et sur ce point, les amateurs de thrillers psychologiques seront ravis. C'est d'ailleurs ce qui m'a tenue en haleine au fil des pages. Ça et mon désir ardent de voir crever le personnage principal dans d'atroces souffrances ! J'y reviendrai...

J'en resterai là pour les points positifs car hormis ceux ci, ma lecture a été des plus éprouvantes. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui j'emploie beaucoup le pronom personnel "je", chose que j'évite de faire d'ordinaire dans mes chroniques, mais ici il m'est impossible de donner un avis objectif pour un roman que j'ai eu envie maintes fois de jeter à travers la pièce tant mon aversion était grande. Et oui, rien que ça ! Je suis ressortie de cette lecture en colère.

Julia est une femme "banale". Elle a des amis, des projets, un passé lourd à porter parfois, des ambitions, des peurs et des doutes. C'est un peu vous et moi, lectrices. Et puis, du jour au lendemain, elle va se retrouver sur des sites de rencontre. En premier lieu pour éclaircir les zones d'ombre concernant le décès de sa soeur puis peu à peu pour son propre plaisir. Et c'est là, à cet instant précis, que j'ai commencé à me demander si je lisais un ouvrage qui me convenait, si on n'entrait pas ici dans du voyeurisme pur, si l'auteur ne surfait pas sur une mode et un type de littérature que je n'aime pas du tout. La littérature dite "féminine" qui émoustille les ménagères de moins de 50 ans et remporte depuis "50 nuances de Grey" un franc succès.

Je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'aurait donner "Une autre vie" si celui ci avait été écrit par une femme. On sent clairement ici une vision masculine des fantasmes féminins et, comme pour "La Forêt des Mânes" de Grangé dans un autre style, j'ai commencé à ressentir une aversion pour le personnage principal. Ce personnage principal féminin écrit par un homme. Un personnage plein de clichés qui dégoulinent par tous les pores et font de Julia une femme facile, indécise et faible. Le genre de nana qui ne sait pas choisir par elle-même, qui ne vit qu'à travers les yeux d'un homme, qui malgré les feux rouges fluos clignotants sur toutes les pages et les gros sens interdits au néon, va dans une direction qui ne lui convient pas. Le profil parfait de la petite femme battue qui en redemande. La victime que l'on flaire à 12 kilomètres. Gerbant ! Et le choix narratif de l'auteur fonctionne à plein tube puisque peu à peu on ressent du dégoût pour cette femme, on la voit être de plus en plus malheureuse et de façon perverse on souhaite qu'elle s'enfonce encore plus, qu'elle souffre, qu'elle paye pour ses erreurs et qu'elle ne s'en sorte pas. Au point où on en est, autant qu'elle se détruise... Et à la dernière page, à la dernière phrase, on se délecte d'une fin des plus jouissives ! Qui est alors à blâmer, l'auteur ou le lecteur ?

Et en parlant de jouir, que dire des centaines de pages consacrées aux prouesses sexuelles de Julia et à ses fantasmes qui se retourneront contre elle ? Quel est l'intérêt si ce n'est tenter d'exciter son lectorat (et peut être y arriver avec certains lecteurs) ? A mon sens, le parti-pris est ici putassier, vulgaire et racoleur. Perso, je ne suis pas émoustillée à la lecture d'une bite qui durcit le long de la jambe de l'héroïne, d'une Julia qui se fait prendre de force dans les toilettes publiques, de mises en scène de viols collectifs ou de baises à tous les étages. "Holala Nelfe, tu es grossière !" Non, je ne fais que reprendre les mots employés dans ce roman (coucou les pervers que Google feront atterrir sur notre blog avec ces mots clés).

Le premier et le dernier tiers d'"Une autre vie" sont vraiment de bonne qualité. Le premier parce qu'il met en place une histoire trouble et suscite l'intérêt du lecteur, le dernier parce qu'il met un point final à toute une machination diabolique et prend un tournant saisissant. Mais quelle souffrance en ce qui me concerne pour en arriver jusque là ! Chacun décidera si ce roman correspond à ses attentes ou non. Vous l'aurez compris, pour ma part, malgré des points positifs indéniables, l'aversion viscérale que j'ai ressentie lors de cette lecture m'obligera à passer mon tour lors des prochaines sorties en librairie de cet auteur. Contrairement à Julia, je fais des choix et je m'y tiens.

mercredi 30 septembre 2015

"Shutter Island" de Dennis Lehane

shutter-islandL'histoire : Nous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l'allure sinistre. C'est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l'une des patientes, Rachel Solando, manque à l'appel. Comment a-t-elle pu sortir d'une cellule fermée à clé de l'extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d'une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s'enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu'au choc final de la vérité.

La critique Nelfesque : J'avais lu il y a quelques années, la BD adaptée du roman de Dennis Lehane, sans savoir à l'époque qu'il s'agissait à l'origine d'une roman. Mr K avait, quant à lui, vu le film dans l'avion qui nous menait pour la première fois en Thaïlande. Mais "Shutter Island" version roman, l'original, le vrai, personne chez nous ne l'avait lu !

C'est de l'histoire ancienne maintenant puisque j'ai profité d'une lecture commune et d'un Book Club avec d'autres blogueurs ce soir pour découvrir enfin ce roman si adoré et encensé partout.

Nous suivons l'histoire du Marshal Teddy Daniels et de son coéquipier Chuck dans une enquête au sein d'un hôpital psychiatrique construit sur une île. Sentiment d'enfermement une fois sur place, la seule façon d'arriver dans l'établissement et de le quitter est de prendre le ferry. Teddy est là avec son nouveau collègue pour résoudre une enquête : retrouver une patiente récemment disparue. Le Mystère de la chambre jaune version Boston puisque tout est mis en oeuvre ici pour qu'aucun patient ne puisse quitter les lieux de son propre chef.

C'est l'occasion aussi pour Teddy et Chuck de faire plus amples connaissances et ainsi partager des petits morceaux de leurs vies. Teddy est veuf et ne s'est jamais complètement remis de la mort de sa femme. Les souvenirs heureux lui reviennent souvent à l'esprit et partager cela avec Chuck l'aide à faire son deuil. L'enquête policière sur l'île est alors doublée d'une épreuve personnelle dont Teddy devra ressortir grandi.

Je connaissais déjà l'histoire avant de lire ce roman et c'est bien dommage puisque vierge de toutes infos, je serai littéralement tombée sur le cul à la fin de l'ouvrage. Toutefois, j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir l'écriture de Dennis Lehane. Une écriture très simple, une enquête classique mais tout de même une intrigue au goût étrange jusqu'à la révélation finale. Tout le monde ou presque à lu ce roman ou vu son adaptation cinématographique de Martin Scorsese mais je ne tiens pas à rentrer dans les détails ici pour ne pas spoiler de futurs lecteurs. Toujours est-il que le lecteur se laisse prendre dans l'histoire et les pages défilent à toute allure.

Véritable plongée dans le milieu psychiatrique où démence et désespoir se côtoient, le lecteur est tour à tour intrigué, ému et angoissé. Ce sentiment d'angoisse est décuplé par la situation géographique de l'hôpital qui tout le long du roman donne une impression de claustrophobie au lecteur, impression encore plus nourrie par la tempête maritime qui fait rage dans ces pages. L'atmosphère est pluvieuse, venteuse, électrique et moite. L'auteur n'a pas son pareil ici pour créer une ambiance propice à des bouffées de panique. Le climax est fort et le final de ce roman fait froid dans le dos. Le puzzle s'assemble petit à petit au fil des pages, l'image apparaît de plus en plus nette plus on avance dans le récit mais les dernières pages, les dernières lignes sont un véritable crève coeur...

logo-epubJe vous conseille fortement la lecture de "Shutter Island", dans l'idéal sans connaître l'aboutissement de l'enquête. Dans le cas contraire, si vous avez déjà vu le film et que vous vous dites que le roman ne vaut plus la peine d'être lu maintenant que vous connaissez la fin, détrompez-vous. On tourne la dernière page de cet ouvrage le coeur serré et la larme à l'oeil.

lundi 28 septembre 2015

"Lontano" de Jean-Christophe Grangé

Lontano-JCGrangeL'histoire : Le père est le premier flic de France. Le fils aîné bosse à la Crime. Le cadet règne sur les marchés financiers. La petite soeur tapine dans les palaces. Chez les Morvan, la haine fait office de ciment familial. Pourtant, quand l'Homme-Clou, le tueur mythique des années 70, ressurgit des limbes africaines, le clan doit se tenir les coudes.
Sur fond d'intrigues financières , de trafics miniers, de magie yombé et de barbouzeries sinistres, les Morvan vont affronter un assassin hors norme, qui défie les lois du temps et de l'espace. Ils vont surtout faire face à bien pire : leurs propres démons.
Les Atrides réglaient leurs comptes dans un bain de sang. Les Morvan enfouissent leurs morts sous les ors de la République.

La chronique Nelfesque : Aaaaaaaah ! Un nouveau Grangé en librairie !!! Aaaaaah ! Après 3 ans de silence livresque, le voici de retour, ENFIN, mon Jean-Christophe chouchou ! J'ai eu l'occasion de parler de ses bouquins de nombreuses fois sur le blog (liens en fin d'article) mais je le redis encore : en page-turner, Grangé tu fais pas mieux !

Pendant plus de 700 pages (il fallait au moins ça pour un retour en force), le lecteur suit l'histoire des Morvan, une famille qui a pris l'habitude de toujours se protéger quoi qu'il arrive et quel qu'en soit le prix. Loin d'être la famille idéale par la liste longue comme le bras de secrets et de non-dits, ils ne se rendent pas moins service dès qu'ils le peuvent. Une mafia à l'échelle familiale...

Entre Paris, le Congo et la région de Brest, l'histoire nous fait parcourir des milliers de kilomètres. Erwan, un des fils Morvan, est appelé dans une école militaire de Brest pour élucider une affaire. Un bleu vient d'être retrouvé pulvérisé par une frappe aérienne sur une île d'entrainement. Accident ou mise en scène pour cacher un meurtre horrible perpétré lors d'un week-end d'intégration ? L'histoire commence ainsi mais trouvera de multiples ramifications lorsque les cadavres commenceront à s'accumuler dans la capitale...

Dès les premières pages, on retrouve le bonheur de lire un ouvrage de Grangé. Les chapitres courts, allant à l'essentiel, s'enchaînent. Les phrases chocs qui donnent envie de poursuivre sa lecture se multiplient et les 700 pages sont avalées en moins de temps que l'on a de dire "ouf". Grangé n'a pas perdu son talent pour faire monter la tension, créer l'urgence d'en savoir plus chez ses lecteurs et l'"effet page-turner" marche ici encore à plein régime. On ne change pas une formule qui marche, Grangé maîtrise !

L'autre ingrédient définissant les romans de Grangé, c'est le côté gore et malsain. Les scènes de crimes atroces où l'esprit tordu du meurtrier suinte, la façon dont l'auteur les décrit, les images qui défilent devant les yeux du lecteur et qui l'empêcheront de dormir ou le régaleront de détails tordus qui donnent corps à une ambiance des plus glaçantes... C'est cela qu'un lecteur de Grangé attend et aime dans ses romans. Sur ce point, dans le premier tiers du roman j'ai été assez déçue. La jeune victime retrouvée à Brest n'est "que" "éparpillé façon puzzle" sur les murs de l'abris dans lequel il se trouvait lors de la frappe et il est bien difficile d'avoir des détails sur l'état d'un corps avant sa mort lorsqu'il est découvert ainsi. J'en vois déjà certains tordre du nez... "Non mais Nelfe t'es malade ou quoi !? Une purée de jeune bleu-bite ça te suffit pas niveau détails crados ?" Eh bien non lecteurs, vous le savez maintenant parce que vous me lisez depuis longtemps mais, à l'image des films de genre dont je raffole, j'aime les détails sordides, les litres d'hémoglobine poisseuse, les scènes de meurtres pensées à l'extrême et qui laissent à voir aux lecteurs la chasse d'un tueur des plus retors et difficiles à cerner. Je suis une psychopathe !

Bah alors ? Il est décevant ce "Lontano" ? Etonnant dans un premier temps par ce manque d'éléments et ce parti-pris "façon bouchère", le lecteur retrouve quelques pages plus loin la patte Grangé avec la découverte de premier choix d'un second corps n'ayant pas subit les assauts de l'armée. On y voit tout de suite plus clair ! Pas de spoilers ici mais attendez-vous à ce que l'ombre de l'Homme-Clou, tueur en série africain, arrêté dans les années 70 par Morvan père, plane sur ces pages.

"Lontano" est donc un retour aux sources pour Grangé qui signe là un roman bien noir et tordu entraînant son lecteur au plus profond de l'âme humaine, au dernier sous-sol, celui où les pires instincts et les pires croyances se côtoient. La fin laisse le lecteur sur sa faim mais il s'agit d'un diptyque... Alors, je ne vois qu'une chose à ajouter : VITE, LA SUITE !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé :
- "Kaïken"
- "Le Passager"
- "La Forêt des Mânes"
- "Le Serment des limbes"
- "Miserere"

samedi 26 septembre 2015

Acquisitions automnales de Mr K

Il a bien fallu que ça arrive... J'avais pourtant réussi à rester sage quelques mois, ma PAL avait bien diminué et j'étais dans la bonne dynamique pour la réduire de manière conséquente. Interdit d'Emaüs depuis maintenant presque 4 mois, je résistais tant bien que mal à la tentation. Et puis ce matin, après une nuit difficile suite à une angine persistante dûe à mon troupeau de gamins renaclants (merci les gars!), Nelfe la perfide m'a proposé de son air candide qui lui sied si bien d'aller faire un tour chez l'abbé. Mon esprit affaibli n'a pu résister à ce chant des sirènes et c'est le coeur emballé que nous montions en voiture, direction ce lieu de perdition qui régulièrement fait le bonheur de nos PAL respectives.

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Vous voyez le résultat?! Et encore, il ne s'agit ici que de mes acquisitions décrochées pour la modique somme de 32 euros. Celles de Nelfe suivront dans un post à venir car elle aussi a craqué largement cette fois-ci. Mais ceci est une autre histoire, en attendant (et avec l'aide de Tesfa!), je vais vous présenter mes nouveaux bébés dont vous découvrirez les chroniques dans les jours, mois et années à venir. Ca commence à se bousculer sérieusement au portillon là!

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Une fois n'est pas coutume, mes acquisitions SF ne sont pas très nombreuses mais la qualité est au rendez-vous et riche de promesses en devenir!

- L'île des morts de Roger Zelazny. Voila un livre que j'ai croisé nombre de fois dans des bacs d'occaz divers et variés et à travers toute la France. Précédé d'une réputation flatteuse, c'est l'occasion pour moi de plonger dans une histoire bien perchée et de découvrir un auteur reconnu dans le milieu.

- Cité de la mort lente de Daniel Walther. Ici une dystopie des plus sombres est au menu dans cette nouvelle faisant partie d'une collection que j'ai découvert à travers un ouvrage de Xavier Mauméjean (un de mes chouchous!) qui m'avait bien plu. Réfléchir au présent à travers des récits d'anticipation bien sentis et courts, telle est la mission que ce sont données les éditions du Rocher avec cette collection Novella SF. Nous verrons ce que cela donne avec cet ouvrage!

- L'Homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon. Véritable trouvaille que ce roman de cet auteur au talent incroyable dont le poétique et prophétique Cristal qui songe m'a marqué au fer rouge lors de sa lecture. J'ai bien hâte de le retrouver dans cette étrange histoire de jeune garçon jouant près du rivage rencontrant un homme venu d'aillleurs... 

- Gandahar de Jean-Pierre Andrevon. Un auteur que j'aime pour un dessin animé que j'ai regardé bien des fois et qui lui aussi m'a construit et ouvert l'esprit. Je suis bien curieux de découvrir le récit originel, j'espère y retrouver l'humanisme et l'onirisme du long métrage de René Laloux.

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Par contre, cette fois-ci, je me suis plus lâché sur la littérature plus contemporaine et classique. Il faut dire que la Providence était avec moi, abbé oblige...

Les Années cerises de Claudie Gallay. La lecture des Déferlantes au printemps m'avait ravi, c'est donc avec une joie non dissimulée que je mettais la main sur ce petit roman faisant la part belle à la mélancolie sous forme de chronique familiale. Il fera partie de mes toutes prochaines lectures! Avant de rejoindre la PAL de Nelfe (copieuse!)...

Après le tremblement de terre et Le Passage de la nuit d'Haruki Murakami. A chaque fois que je vais chez l'abbé, il me propose toujours de nouveaux livres d'Haruki Murakami que je n'ai toujours pas lu. Peu importe la trame, le genre, je suis preneur! Jamais déçu par le maître orfèvre de l'écriture, il explore ici les traumatismes post-séïsme et la vie de deux soeurs. Bien hâte d'y être là encore!

Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler. Un livre culte que je n'ai toujours pas lu, honte à moi! L'occasion était trop belle d'explorer les rouages du totalitarisme à travers ce procès fictif inspiré des fameux procès de Moscou sous Staline. Je m'attends à une grande claque!

Le Cas de Sneijder de Jean-Paul Dubois. Voici un autre auteur auquel je ne sais pas dire non. Il a toujours été synonyme de plaisir littéraire quelque soit le genre qu'il aborde. Il est question dans ce roman de deuil et de la manière d'essayer de le surmonter. Pas la grand joie donc mais la promesse d'une oeuvre intimiste et touchante. 

- Les Autres d'Alice Ferney. Un pitch assez fou avec ce roman qui nous conte une soirée d'anniversaire peu commune où un jeune homme se voit offrir un jeu de société qui va semer la zizanie. Décalé, étrange sont les qualificatifs qui me sont venus à l'esprit lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Inutile de vous dire qu'il me presse de tirer cela au clair!

- Les Agneaux du seigneur de Yasmina Khadra. Là encore un auteur phare dans ma bibliothèque que je respecte énormément par son engagement et ses talents d'écrivain. Ce roman nous plonge dans une Algérie partagée entre modernité et tradition. On peut compter sur l'auteur pour nous éprouver une fois de plus à la lueur des fanatismes sommeillant en chacun de nous. Grosse expérience littéraire à venir certainement! 

- Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé. Recueil réunissant quatre nouvelles qui explorent la culpabilité, la violence et les souvenirs; en arrière plan, une ombre, une idée: l'Afrique. Tout un programme! Et quand on a Gaudé en maître d'orchestre, ce serait un crime de passer à côté!

- L'Écoulement de la Baliverna de Dino Buzzati. Un auteur que j'affectionne beaucoup depuis mon ébahissement devant Le Désert des Tartares, lu pendant mon adolescence. Il s'agit ici d'un recueil de contes pour adultes qui procure plaisir et angoisse selon certains. Tout pour plaire donc et une lecture à venir bien tentante! 

- Des Amis de Baek Nam-Ryong. Petite immersion en Corée du nord avec cet ouvrage sur lequel souffle le vent de l'interdit et de la censure. Cette enquête autour de la vie d'un couple bizarrement assorti (une cantatrice et un ouvrier) est surtout prétexte à la découverte d'un pays fermé et très secret. Il s'agit ici d'un achat "coup de poker", nous verrons bien si c'est une réussite ou non.

- Une ordure d'Irvine Welsh. J'aime les histoires mettant en scène des antihéros particulièrement retors. Je crois que je vais être servi avec ce brigadier écossais amateur de cul et de stupéfiant. Je ne pense pas que je serai déçu par l'auteur notamment du cultissime Trainspotting.

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Aaaah! Enfin! Tesfa vient à la rescousse! Mais bon, je ne sais pas vraiment si elle va être d'un grand secours... Voici mes acquisitions dans le domaine policier au sens large.

- Revanche de Dan Simmons. À priori le copain de Tesfa et, même si je préfère Simmons en auteur de SF, son style efficace et bien hardboil a toujours été source de plaisir de lecteur. Nous verrons si cette histoire de vengeance et de destruction massive (la quatrième de couverture est très éloquante sur le sujet!) remplira son office.

- Vomito Negro de Jean-Gérard Imbar. Extrême droite et vendetta semblent être au programme de cet ouvrage bien noir. Perso, je ne loupe pas une occasion de taper sur du facho en matière littéraire. Un bon plaisir en perspective!

- L'Ange et le réservoir de liquide de frein d'Alix de Saint-André. Anges et serial-killer se croisent dans une trame bien hallucinée où meurtre et religion semblent faire bon ménage. Belle promesse de lecture en tout cas! Noir c'est noir...

- Causes mortelles de Ian Rankin. Un des seuls Rebus qu'il me manquait à ma collection et le voila à portée de main! Impossible de résister là encore à ce Rankin! Il est ici question de règlements de comptes dans les milieux nationalistes avec en toile de fond un festival théâtral dans cette bonne vieille Edimbourg. Hâte hâte, hâte!

- La Baleine scandaleuse de John Trinian. Un tueur en cavale, une baleine échouée, un flic à cheval... c'est tout ce que je sais de cet ouvrage qui semble promettre une trame bien noire et sans fioriture. Là encore, c'est le hasard qui a décidé et qui procurera plaisir ou déception. Wait and see!

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Pour finir, ma sélection étiquetée fantastique / terreur avec quatre ouvrages qui m'ont aimantés et me procureront (je l'espère) frissons et angoisses quand la nuit tombera! 

Carmilla de Sheridan Le Fanu. Pionnier du roman de mystère anglais, contemporain de Bram Stocker, Le Fanu nous conte dans ce court roman une histoire d'amour entre passion et interdit. Étant fan du genre, je ne pouvais décemment passer à côté!

Ossements de Sheri S. Tepper. Un petit plaisir coupable que ce roman d'épouvante où il est question de maison possédée et d'une mère célibataire qui va devoir sauver sa petite famille. Rien de bien original mais à priori c'est gore et il y a une pièce cachée dans la dite maison... Alors franchement, il fallait bien que je le prenne... non?

Gare au garou! anthologie présentée par Barbara Sadoul. J'ai adoré les deux premiers volumes de l'anthologie de Barbara Sadoul consacrée à la nouvelle fantastique (le troisième me reste à lire). Elle s'attaque aux loulous bien poilus dans cet unique recueil qui fera la part belle je l'espère à la sauvagerie et aux instincts primaux. 

Récits de terreur Weird Tales de Robert Bloch. Maître de l'horreur, entre 1935 et 1945, Rober Bloch a beaucoup publié dans la revue Weird Tales. Ce recueil nous présente 9 nouvelles qui font la part belle à l'étrange et l'horreur la plus pure. Ca s'annonce très bien cette affaire!

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Au final, deux conclusions s'imposent:

- Tesfa est tout de même une belle glandeuse, mono-maniaque de Dan Simmons et adepte forcenée du farniente sur la terrasse! On ne peut vraiment pas compter sur elle notamment en terme de lecture. Quelle béotienne!

- Ma PAL explose littéralement et mes efforts déployés depuis juin se sont avérés vains. Mon côté optimiste me fait dire qu'elle n'a pas pour autant augmenté par rapport au mois de mai... On se console comme on peut!