dimanche 14 janvier 2018

"Prière pour ceux qui ne sont rien" de Jerry Wilson

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L’histoire : Un ex-taulard qui se planque sous un sapin, une maritorne qui vit dans ses déjections, un décati chaleureux qui agonise dans un mobil-home, un alcoolique qui se pisse dessus en secouant un pénis imaginaire, tels sont les âmes errantes des parcs publics de boise, Idaho.

Swiveller les connaît tous. Éboueur et philosophe, il arpente chaque jour les parcs et réserves de la ville pour nettoyer les traces les plus improbables d’une humanité composée de buveurs de bières, de vin ou d’effroyables distillations personnelles. Il témoigne entre drôlerie et tendresse du génie éternel des clochards célestes de l’Idaho.

La critique de Mr K : Attention chef d’œuvre ! Ce petit ouvrage de 170 pages et un vrai petit bijou : brut de décoffrage et à la fois poétique. La quatrième de couverture de Prière pour ceux qui ne sont rien m’avait pourtant prévenu, avec Jerry Wilson, on se retrouve au carrefour de Steinbeck et Bukowski, deux auteurs que j’affectionne beaucoup. Force est de constater que les références ne sont pas mensongères et qu’il est impossible de relâcher ce livre avant de l’avoir terminé, happé que nous sommes par ces récits hauts en couleur qui provoquent des émotions multiples et contradictoires.

L’auteur nous invite a suivre quelques tranches de vie partagées par son double Swiveller, garde municipal de parcs publics dans l’Idaho, à Boise plus exactement. Jour après jour, il est chargé de nettoyer les lieux des déjections et détritus les plus divers, allant de canettes de bières vides aux étrons les plus ragoûtants, en passant par des mégots et l'exécution de menues réparations nécessaires à l’entretien des structures dispatchées dans le parc (toilettes, espaces barbecue, jeux pour enfants...). Il est amené à côtoyer la lie de l’humanité, toute une horde de laissés pour compte-SDF qui survivent bon gré mal gré dans ces espaces verts. Des liens se créent et l’employé municipal ne se contente pas d’exercer ses fonctions, il écoute, apprécie et aide ces homeless qui ne le laisse pas indifférent, lui que la vie n’a pas épargné non plus.

Ce livre est d‘abord une plongée sans fards dans l’envers du décor du rêve américain. Derrière le modèle de réussite et l’idée que chaque homme peut se faire lui-même et accéder à la réussite, se cache une pauvreté parfois extrême, l’exclusion de tout un pan de la population qui ne rentre plus (ou n’est jamais rentré) dans les bonnes cases. À la manière d’un Steinbeck, ce livre est un témoignage, un cri d’engagement pour dénoncer les inégalités criantes du système US qui peut générer des cercles vicieux implacables où chacun peut glisser lors d’un moment de faiblesse. Perte d’emploi, divorce et ses complications, alcoolisme peuvent entraîner une lente et irrémédiable descente en enfer avec pour terminus le parc public de Boise en ce qui nous concerne aujourd’hui.

Et nous en croisons des destins et des vies brisées dans ce court ouvrage qui condense à merveille pour mieux exposer les difficultés rencontrées par une marge non négligeable d’américains. Ces damnés de la terre sont frustres, parfois repoussants, forts en gueule, désespérés mais ils vivent comme ils peuvent avec l’énergie du désespoir. C’est l’aspect Bukowski de ce livre qui nous donne à voir sans tabou et avec une langue bien rêche parfois les délires d’alcooliques, les engueulades débridées, les éléments de la survie du quotidien avec son lot d’embrouilles et de système D, les détails scabreux de la vie intimes de ces clochards asservis par la vie. On passe vraiment par une palette large d’émotions allant du rire au drame le plus atroce car ici rien n’est exagéré ou artificiel, on respire le parfum de la vie, sa puanteur, son angoisse sourde et sa difficulté. On relativise pas mal sur sa propre condition face à tant de malheurs.

Le héros n’est ni plus ni moins qu’une projection de l’auteur qui a eu une vie bien remplie avec notamment un nombre incalculable d’activités menées dont concierge, ouvrier dans une usine de traitement des eaux usées, routier, ouvrier en bâtiment jusqu’au poste de garde forestier pour les parcs municipaux de Boise, où il a rencontré les futurs protagonistes de son roman. Ce parcours atypique explique le réalisme crû et bouleversant de cette Prière pour ceux qui ne sont rien, une ode à la liberté mais aussi une charge sans concession contre l’Amérique pronée par Trump, entre révolte et ton pathétique.

D’une lecture aisée, très agréablement découpé en chapitres courts se concentrant sur des tranches de vie brutes, ce roman fait passer un moment déroutant et enrichissant au sein de cette faune interlope, miroir négatif de cette Amérique qui s’est rêvée grande à nouveau mais se ridiculise et s’affaiblit dans le monde depuis plus d’un an. Un ouvrage essentiel dans son genre, rude et poétique, une expérience assez bluffante que je vous invite à découvrir au plus vite !

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vendredi 12 janvier 2018

"Comme le cristal" de Cypora Petitjean-Cerf

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L’histoire : Lisette et Ada sont deux cousines. Lisette aime lire et Ada a tout le temps mal quelque part. Lisette rédige des notices fleuries, pimpantes, pour des brochures commerciales, Ada travaille pour une grande surface et est amoureuse du pharmacien. Elles s’entendent comme chien et chat, comme le chaud et le froid ; et entre elles, il y a Franz.

En août 1988, alors qu’ils écoutaient Powerslave d'Iron Maiden, Franz a embrassé sa cousine Ada sur la bouche. Si elle ne s’en souvient plus, lui ne l’a jamais oublié et l’aime encore de cet unique baiser partagé.

Et puis il y a le canapé de leur enfance. Un matin il est posé devant chez Franz, quinze ans après sa disparition dans un camion-benne. Après quelques jours il disparaît à nouveau. Avant de réapparaître. Et encore.

La critique de Mr K : Comme le cristal est le premier ouvrage que je lis de Cyphora Petitjean-Cerf qui a le vent en poupe et a reçu pas mal de critiques élogieuses de divers horizons. Parfois comparée à Anna Gavalda que j’aime beaucoup, je me laissais tenter par cette sortie littéraire du Serpent à plumes, une maison d’édition qui ne m’a jamais déçu. Malgré un démarrage difficile, ce fut encore une fois une belle lecture avec son lot d’émotions variées et un plaisir de lecture optimum.

Je vous parlais d’un début de lecture compliqué car les personnages sont d’un premier abord assez détestables, pénibles et irritants dans leur genre. On a tout d’abord du mal à s’accrocher à eux, à les apprécier et vouloir poursuivre un petit bout de chemin avec eux. Handicapés des sentiments, ressentant une solitude profonde, ils semblent passer à côté de leur vie amoureuse pour diverses raisons. Franz est un ours mal léché qui vit reclus dans sa tanière tout à sa passion d’apiculteur et de métalleux (un intégriste fan d’Iron Maiden). Ada, sa cousine, est une hypocondriaque obsessionnelle dernier degré qui travaille comme responsable du rayon lingerie de l’hypermarché du coin et voue une fascination sans borne à son pharmacien attitré. Enfin, Lisette est une crème, la bonté incarnée d’une niaiserie sans borne, toujours prête à aider les autres sans jamais vraiment s’occuper d’elle. D’autres personnages gravitent autour du trio : une boulangère à bout de souffle qui ne supporte plus son jeune fils (des passages bien thrash et fun), une jardinière haute en couleur, un pharmacien et un chef d’agence immobilière qui semblent inaccessibles aux deux cousines.

Peu à peu, la mayonnaise prend et l’on va comprendre les rapports parfois étranges qui les unissent et l’évolution radicale prise par certains personnages. Il est question de frustration par exemple, d’un souvenir vivace qu’on ne peut effacer et qui refait sortir des émotions perdues depuis longtemps et des questions commençant par la si pratique formule Et si, j’avais... Le poids de l’éducation, des habitudes de famille qui construisent l’individu, le façonnent et peuvent parfois le faire dévier vers des comportements outranciers (Ada en est un très bel exemple). C’est aussi avec Lisette un beau focus sur la peur de l’autre, de ce qu’il pense, l’angoisse de mal faire avec un stress qui peut nous tétaniser lorsque l’on se met trop la pression. Nos personnages principaux ont tous du mal à gérer leur vie à leur manière, ils ont des soucis en terme de sociabilisation et d’estime de soi. Ce qui au départ peut s’avérer troublant voir irritant en devient touchant quand on apprend à mieux les connaître. Un beau tour de force que ce roman à ce niveau là qui fait la part belle à la réflexion sur soi, l’introspection mais aussi aux blocages qui nous empêchent par moment d’avancer.

Comme élément déclencheur, un apport fantastique étonnant avec un canapé qui apparaît et disparaît. Il a fait partie de la vie des cousins pendant leur jeunesse et son retour impromptu (Comment ? Pourquoi ?) va réveiller des choses, remuer le passé et peu à peu agir sur la vie si millimétrée des personnages engoncés dans leurs certitudes et leurs habitudes de vie. D’abord fugace l’effet va prendre de l’ampleur et emporter très loin Franz, Ada et Lisette ainsi que le lecteur totalement pris par cette histoire en apparence simpliste mais qui s’avère profonde et émouvante à souhait. Délire hallucinatoire ? Farce ? Coup monté ? Quoiqu’il en soit, ce canapé a un rôle de catalyseur et va permettre aux principaux personnages de progresser et de tendre vers un avenir meilleur.

D’une lecture aisée, très rapide, la langue épurée de prime abord gagne en densité comme les multiples couches d’un mille-feuilles que l’on se prend à déguster lentement. Le ton est juste, plein d’humanité dans sa complexité. Les rapports humains sont ici purs et simples dans leur grande variété et nous renvoient bien souvent à des situations que l’on a pu connaître. Tristesse, humour, cynisme se mêlent pour donner une lecture unique et assez bluffante dans son genre. L’année 2018 commence décidément très bien !

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mercredi 10 janvier 2018

"Le Pêcheur" de Clifford D. Simak

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L’histoire : Finalement les fusées étaient trop lentes. Mieux valait confier l'exploration spatiale à des hommes aux pouvoirs télékinésiques prononcés. Leurs facultés psy leur permettaient, sans se déplacer, de projeter leur esprit jusqu'aux étoiles. Leur centre, surnommé l'Hameçon, commercialisait ensuite les idées et les techniques que les explorateurs avaient rapportées des planètes lointaines.

Lorsque Shepherd Blaine ramène une entité extraterrestre qui a pénétré dans son esprit, il sait que l'Hameçon, ne prendra pas de risques : dans ce cas-là, on supprime l'explorateur. Il doit fuir. Mais, hors de l'Hameçon, les hommes doués de facultés psy sont massacrés par la foule qui a peur d'eux. Blaine est donc perdu. Toutefois, il n'est plus seul désormais, une entité aux pouvoirs inconnus l'habite...

La critique de Mr K : Ça fait déjà un petit bout de temps que j’étais tombé sur cet ouvrage de Simak, un auteur de l’âge d’or de la SF US que j’aime pratiquer à l’occasion. Il faut dire que je ne me suis jamais vraiment remis du choc de ma lecture de Demain les chiens, un classique de la SF prospective et inventive. Le Pêcheur ne navigue clairement pas dans les mêmes eaux, l’auteur produisant ici un ouvrage de série B type, qui a pour but principal de divertir. Cependant, on peut compter sur Simak pour y introduire quelques éléments de réflexion sur le genre humain. Au final, cette lecture fut une belle expérience.

Sheperd Blaine est un explorateur des temps futurs. La science ayant échoué à réussir à envoyer des hommes loin et très longtemps, elle s’est rabattue sur les possibilités qu’offrait l’esprit avec le développement des voyages psychiques. Chaque "voyageur" explore donc des mondes lointains et essaie d’en ramener des souvenirs et des données qui sont ensuite exploités pour faire progresser l’humanité. Sheperd n’en est pas à son premier voyage quand il revient dans la base en compagnie d’une présence incongrue au fond de son cerveau, une entité extra-terrestre intelligente et curieuse. Ni une ni deux, il s’enfuit le plus loin possible de ses collaborateurs car il se sait condamné car tout contact direct est interdit avec des êtres venus d’ailleurs. Commence alors une fuite en avant qui le verra combattre ses anciens alliés et essayer d’échapper à un monde replongé dans l’obscurantisme chassant toutes les manifestations scientifiques qui sont sources de mal pour eux, les vieilles superstitions étant revenues au goût du jour. Autant vous dire que ce n’est pas gagné pour lui !

Le roman commence dare-dare avec le retour sur terre de Sheperd qui doit prendre immédiatement la décision qui va faire basculer sa vie dans une course sans fin. Le rythme ne se relâche plus jamais, laissant libre cours à une course poursuite dantesque qui voit le héros s’engluer dans un monde transformé en gigantesque toile d’araignée pour un être comme lui. Traître aux yeux de ses anciens compagnons, il représente une sérieuse menace aux yeux des humains dits normaux c’est-à-dire sans pouvoirs psy. Il trouvera donc nombre d’obstacles sur sa route, devra démêler faux-semblants et situations inextricables (sur qui peut-il compter ? Comment échapper à une foule en colère ? Comment apprivoiser l’entité qui lui parle dans ses pensées ?). La tension semble ne jamais devoir retomber et Sheperd est soumis à rude épreuve et devra faire preuve de la plus grande prudence et d’une adaptabilité sans faille.

La télékinésie au centre récit est très bien rendue car Sheperd peut en effet lire dans les pensées des uns, envoyer des images dans l'esprit des autres et communique avec son passager intérieur. Ces passages efficaces rajoutent une touche bien délirante à l’ensemble. De plus, comme dans beaucoup d’ouvrage de Simak le livre sent bon la nature, la bonne terre avec des passages descriptifs très poétiques lorsque le héros remonte une rivière en canoë ou grimpe un chemin escarpé à travers les collines ou les montagnes. Rappelons que Simak était un amoureux de la nature qu’il aimait introduire dans ses ouvrages de SF, comme une sorte de mythe du Paradis perdu que les héros essaient de retrouver à travers leurs pérégrinations. Ces passages ici, même s’ils n’effacent pas les tensions sous-jacentes, introduisent une certaine forme de douceur, d’accalmie devant les problèmes soulevés par la situation précaire du héros. Encore un bon point !

On retrouve ici tout le talent de conteur de Simak avec sa langue souple et efficace qui alterne moments de bravoure et apports contextuels finement entremêlés, brossant un monde futuriste inquiétant car redevenu rétrograde et méfiant. L’humain est véritablement un loup pour l’humain dans ce récit impitoyable et sans réel espoir apparent pour ces humains aux capacités psy pourchassés sans vergogne par les apôtres d’un ordre moral rigide et intolérant. Bien que moins présentes que dans d’autres ouvrages du maître, ses thématiques bien qu’effleurées restent prégnantes et apportent une densité intéressante à une histoire plutôt classique où toute surprise semble absente quand on est un vieux briscard de la lecture SF tel que moi. Rien de rédhibitoire en terme de plaisir de lecture pour autant, on passe un bon moment et aucun regret ne pointe à l’horizon lorsque l’on referme définitivement le volume. Avis aux amateurs !

Autres lectures de Clifford D. Simak chroniquées au Capharnaüm Éclairé:
Demain les chiens
L'empire des esprits
Mastodonia
Carrefour des étoiles
- Les Visiteurs

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lundi 8 janvier 2018

"Héros secondaires" de S. G. Browne

heros secondairesL'histoire : Convulsions. Nausées. Migraines. Gain de poids soudain. Pour les fantassins de l'industrie pharmaceutique présents sur la ligne de front de la science médicale – un petit groupe de volontaires qui testent des molécules expérimentales contre rémunération – ces effets secondaires courants sont un petit prix à payer pour défendre leur droit à la vie, à la liberté et à la recherche des antidépresseurs.

Lloyd Prescott, trente ans, gentil loser qui gagne sa vie en enchaînant les essais cliniques quand il ne pratique pas une forme de mendicité créative, est le premier du groupe à remarquer les conséquences très étranges (voire paranormales...) de l'exposition pendant des années à des molécules pas tout à fait certifiées. Ses lèvres s'engourdissent, il est balayé par une vague d'épuisement, et à l'instant même, un inconnu s'écroule devant lui dans la rue, victime d'une narcolepsie foudroyante...

Ses potes cobayes et lui se découvrent ainsi de drôles de superpouvoirs, soudain capables de projeter sur autrui toute une panoplie d'effets secondaires handicapants !

Au cœur de la nuit, un nouveau comité de justiciers fait régner la terreur chez les pseudos caïds – ceux qui visent toujours les plus faibles – à coup de convulsions, de vomissements, d'eczéma fulgurant... Les mendiants de New York ont trouvé leurs défenseurs. Mais les superpouvoirs (et les capes colorées) suffisent-ils à faire des superhéros ? Et quand la menace devient sérieuse, Lloyd et ses amis héros malgré eux seront-ils à la hauteur ?

La critique Nelfesque : "Héros secondaires" signe le retour de S. G. Browne dans nos librairies pour notre plus grand plaisir ! Cet auteur est une perle pour nous narrer des histoires ancrées dans notre époque, soulevant des questionnements actuels mais sans lourdeurs, sans fatalisme et avec beaucoup d'humour. Le fond n'est pas drôle très souvent mais la forme est savoureuse.

Ici, nous suivons Lloyd et sa bande de copains, tous cobayes professionnels. Les labos n'ont plus de secret pour eux tant ils ont écumé leurs locaux pendant de nombreuses heures. Un peu paumés, ils forment une bande de gentils losers qui se rassemblent régulièrement pour partager leurs dernières expériences de testeurs de produits pharmaceutiques. Qui a mal où ? Qui supporte quoi ? Qui a un bon plan à partager pour gagner un max de tune sans trop de contraintes ? Car pour eux, ingurgiter 3 fois plus de médicaments à 30 ans qu'une personne âgée de 90 ans est de l'argent facilement gagné. Mais à quel prix ?

Le jour où ils vont découvrir que les expériences auxquelles ils s'exposent depuis des années ont développé chez eux des pouvoirs étranges, la question de savoir ce qu'ils vont faire de leur vie va se poser. Entre critique de notre société, de la course à l'argent, des difficultés de trouver un emploi décent, de la solitude de notre XXIème siècle, "Héros secondaires" tire le portrait de mecs lambda dont le destin va être chamboulé par quelques molécules chimiques. On nage en plein WTF par moments et on en redemande. Super-héros des temps modernes, ils vont apprendre à connaître et à maîtriser leurs nouveaux pouvoirs. Qui n'a jamais rêvé de voler, de respirer sous l'eau ou encore de se rendre invisible !? Eux sans doute ! Mais ce n'est pas cela qui les attend. Leurs pouvoirs sont bien moins spectaculaires. Pendant que l'un provoque des geysers de vomissements sur ses victimes, un autre l'endort, lui fout la gaule ou encore le couvre instantanément de plaques d'urticaires. En effet, ça fait moins rêver...

Et pourtant, en y réfléchissant bien, ces super-pouvoirs peuvent être utiles à un bien commun. Ils vont alors unir leurs forces afin de débarrasser le monde (ou du moins leur ville, commençons petit) de l'injustice et l'incivilité. Au secours des laissés-pour-compte, ils vont mettre en place un plan d'action et patrouiller sans relâche. De l'apprentissage à la maîtrise de leur art, ces héros secondaires sont savoureux et l'ensemble est jubilatoire. Avec eux, les machos prétentieux, les petits caïds et les voleurs en prennent pour leur grade !

S. G. Browne nous livre ici, une fois de plus, un roman très drôle qui sous ses aspects "gros sabots" n'est pas dénué de finesse. Pour qui veut bien voir en dessous de la coquille faite de vomi, de sperme, de rougeur (toute une carapace répugnante et loin du glamour) et de l'humour potache, ce roman est criant de réalisme. Malin et intelligent, avec une petite dose de fantastique et une écriture unique, l'auteur pointe du doigt ce qui ne tourne pas rond dans notre monde. Sa marque de fabrique. A lire !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm Eclairé :
- "La Destiné, la Mort et moi, comment j'ai conjuré le sort"
- "Le Jour où les zombies ont dévoré le Père Noël"
- "Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour"

samedi 6 janvier 2018

"Ariane" de Myriam Leroy

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L’histoire :  Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout.

Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.

La critique de Mr K : Voyage en terres littéraires belges aujourd’hui avec ce roman tout juste sorti en librairie et qui frappe un grand coup. Ariane de Myriam Leroy est le genre d’ouvrage dont on ne sort pas indemne, court mais fulgurant, c’est un voyage profond et sans fard au centre d’une amitié adolescente qui va finir par déraper et laisser des traces indélébiles. Suivez le guide !

La jeune narratrice débute son histoire par son entrée dans un nouveau collège, elle rentre dans le cercle des "huppés" avec cette institution privée plus stricte qui doit lui ouvrir les portes de la réussite. Elle va y rencontrer Ariane, une jeune fille d’origine indienne au charisme magnétique qui va très vite devenir sa meilleure amie. En pleine adolescence toutes les deux, c’est le temps des changements et notamment de la poussée d’intérêt pour le sexe opposé. Très différentes l’une de l’autre, la fusion opère tout d’abord parfaitement, ne pouvant plus se passer l’une de l’autre c’est le début d’une belle histoire, d’expérimentations diverses et la découverte de l’amitié avec un grand A. Malheureusement, toute passion est destructrice et lorsque le charme n’opérera plus, ce sera le début d’une lente et longue descente en enfer.

L’immersion est quasiment immédiate avec cette narratrice qui revient sur ses jeunes années et qui semble diminuée. On fait tout d’abord connaissance avec elle, jeune fille d’extraction modeste, aux parents ascètes et rigoristes, qui a appris à se contenter de peu. En mal de reconnaissance car possédant une piètre estime d'elle-même, elle va suite à sa rencontre avec Ariane essayer de se calquer sur elle, d’imiter ce modèle d’assurance et de charme. Ariane en effet est son alter ego-négatif, très enjouée, jouant volontiers de son charisme, sûre d’elle. Elle vit dans un environnement complètement différent dans une belle maison et avec une famille vraiment branque, très permissive et même carrément malsaine par moment. Très vite, on se rend compte que la nouvelle amie de l’héroïne est dérangée, décalée et va l’entraîner très loin. Ces deux caractères différents se renvoient constamment la balle durant tout l’ouvrage et donnent une consistance savoureuse (bien que souvent thrash) à cet épisode de vie éprouvant.

C’est peu de dire qu’elles font les 400 coups, Ariane entraînant son amie dans des coups foireux et avilissants. La spirale infernale est en place et l’on sent bien que tout cela va finir en drame. Les repères se floutent, les adultes semblent bien loin de comprendre ce qui se passe vraiment et les deux adolescentes décrochent de la réalité pour vivre dans leur monde, avec leurs propres règles même si à l’occasion l’héroïne peut montrer quelques réticences. La confusion des sentiments est très bien rendues, un mélange unique d’attraction / répulsion relaté avec finesse mais sans chichi, les affres de l’adolescence révélant les doutes et les zones d’ombre propres à cet âge transitoire. Eros et Thanatos sont conviés dans ces pages avec un talent certain pour la narration et la mise en suspens de situations qui de prime abord pourraient paraître caricaturales mais qui par leur développement donnent à voir des destins cruels mais tellement humains...

La lecture bien qu’aisée procure une drôle de sensation. On se plaît à suivre les parcours brisés de ces deux jeunes filles mais un malaise s’installe peu à peu, de plus en plus sourd et très dérangeant. Certaines pages sont ainsi très dures par ce qu’elles impliquent et quand les rapports de force s’inversent tout semble s’écrouler autour de l’héroïne mais aussi du lecteur. C’est assez bluffant et désarçonnant dans son genre. Très bien écrit (quoique parfois un peu trop relevé en niveau de langage pour être crédible à 100%), c’est sur les genoux qu’on finit cette lecture à la fois cruelle et lumineuse par ce qu’elle donne à voir sur nos jeunes et leurs pulsions. Une lecture à recommander fortement pour tous les lecteurs avides d’histoires brutes de décoffrage ayant trait à l’adolescence.

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jeudi 4 janvier 2018

"Taqawan" d'Éric Plamondon

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L'histoire :  Ici, on a tous du sang indien et quand ce n'est pas dans les veines, c'est sur les mains.

Cette histoire commence en Gaspésie, le 11 juin 1981. Cette histoire commence il y a des millénaires, avant les Vikings, avant les Basques, avant Cartier. Cette histoire commence avec les Mi’gmaq. Pour eux, c’est la fin des terres, Gespeg. Pour d’autres, c’est le début d’un nouveau monde.

Alors que trois cents policiers de la Sûreté du Québec débarquent sur la réserve de Restigouche pour saisir les filets des pêcheurs mi’gmaq, un agent de la faune change de camp, une adolescente affronte ceux qui ont humilié son père, un vieil ermite sort du bois, une jeune enseignante s’apprête à retourner dans son pays – pendant que le saumon devenu taqawan, au retour de son long périple en mer, remonte la rivière jusqu’au lieu de sa naissance.

La critique Mr K : L'année 2018 commence très bien avec ce petit choc littéraire salutaire et maîtrisé de bout en bout. Véritable coup de cœur lors de sa lecture, ce roman mâtiné de faits réels m'a séduit, interloqué et choqué. Rendez-vous est pris entre l'Histoire et les destins offerts par l'auteur à un lecteur très vite addict et totalement sous l'emprise d'une lecture qui fera date. Je vous livre ci-après ma rencontre avec un auteur doué et une terre lointaine, théâtre de l'injustice et de la dureté de l'existence humaine.

Cet ouvrage est un roman choral, comprendre que les points de vue et la forme divergent d'un chapitre à l'autre. Tour à tour, nous suivons la partie romanesque pure et dure à travers les principaux protagonistes : une jeune fille blessée dans sa chair qui doit faire face à l'humiliation faite à son géniteur et à tout son peuple, un agent de l'État qui a démissionné qui doit affronter l'incurie des blancs qui considèrent bien trop souvent les amérindiens locaux comme des sous-hommes, un vieil indien rentré en ermitage suite à un drame familial indicible, une jeune enseignante d'origine française sur le départ pour rentrer en France et qui va malgré elle mettre le doigt dans un engrenage terrifiant. Cet aspect fictionnel fonctionne à plein avec les figures tutélaires du genre où l'on côtoie l'esprit de résistance, la morale humaniste qui se heurte aux intérêts de quelques uns et les manipulations politiques, les traditions qui s'effacent au profit de la civilisation consumériste et financière, mais aussi la négation de l'autre parce qu'il est différent avec son lot de crimes crapuleux, de répression policière et d'accointances gerbantes.

Un aspect sociologique certain accompagne les personnages à travers souvent de courts chapitres apportant des points historiques très révélateurs notamment la découverte, l'exploration et l'exploitation des territoires quasiment vierges du Canada, plus précisément ici de la province québécoise. On trouve aussi des passages sur la culture mig'maq, son rapport à la nature, son mode de vie en voie d'extinction avec leur casernement dans des réserves étroites et loin de leurs us et coutumes (42km² seulement leur sont réservés par exemple) et l'interdiction de pratiques ancestrales (la pêche au filet du saumon, fleuron de leur culture que les autorités accusent de risque majeur pour la perpétuation de l'espèce alors qu'ils laissent pratiquer la pêche intensive de grandes firmes dont la préservation de l'espèce constitue la dernière des préoccupations). Par moment aussi, l'auteur relate des faits réels qui se sont déroulés avec leur cortège d'injustices et de répression face à un peuple fier de sa culture et qui ne souhaite pas l'abandonner. Comme cadre, le Québec avec ses paysages immaculés, son climat rigoureux et le cycle de la vie qui continue malgré tout avec de très belles pages sur les salmonidés qui à travers le rite de retour à leur lieu de naissance pour se reproduire constituent une magnifique parabole sur l'existence humaine.

Lu en un après-midi tant le livre m'a happé, l'on côtoie nombre de sensations et d'expériences émotives. L'amour brut et sans arrière pensée, le respect de la nature et l'individu autre alterne avec la haine féroce, la méfiance voir la non-reconnaissance d'autrui au non de la sacro-sainte culture émergente de l'individualisme forcené et l'exploitation sans limite de la nature et des hommes. Profondément triste, ce livre relate un constat épouvantable et pourtant connu : la disparition des plus faibles, des minorités qui essaient de survivre et de résister par le partage, l'échange et les rencontres. Le cycle de la vie renaît sans cesse mais peu à peu c'est toute une histoire qui s'efface peu à peu, laissant un goût amer dans la bouche du lecteur révolté par les faits racontés. Yeux humides, révolte intérieure et volonté d'agir pour conserver les valeurs essentielles envahissent le lecteur qui ressort tout chamboulé de cette lecture dense, prégnante et totalement sans issue.

Une lecture éprouvante certes mais aussi magnifiée par un style épuré, accessible et varié. On passe d'un chapitre à l'autre sans savoir vraiment où l'auteur veut nous mener. Le récit cédant la place aux éléments anthropologiques et sociologiques donne à lire un texte vraiment puissant, remarquablement construit et agitateur d'idées et de concepts. C'est pour ce genre d'expérience que je lis énormément et cet ouvrage a d'ors et déjà une place à part dans mon cœur de lecteur et d'humain. Un grand coup de cœur que je vous invite à découvrir au plus vite pour son caractère essentiel et universel. Vous ne pourrez pas dire que je ne vous ai pas prévenu !

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mercredi 20 décembre 2017

"Revanche" de Dan Simmons

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L’histoire : Joe Kurtz, tout juste sorti de douze années de prison pour s'être fait justice, croyait bien avoir vengé la mort de sa femme en défenestrant le coupable. La vérité, même froide, est parfois plus subtile. Traqué par un chef de la mafia qui lui envoie les pires bouchers, sollicité par un père désireux d'élucider la mort d'une fillette et harcelé par des flics véreux, Kurtz, véritable surdoué de la guerre urbaine, va devoir éviter les coups. Alors que rôde sur la ville un psychopathe aux identités multiples et qu'une femme, deux fois veuve à moins de trente ans, tente de le manipuler, Kurtz n'a qu'une priorité : protéger sa fille de douze ans.

La critique de Mr K : Cela fait un bon bout de temps que je n’ai plus pratiqué Dan Simmons, un auteur que j’aime beaucoup notamment pour ses grands cycles de SF (liens vers les chroniques en bas de celle-ci). J’ai rarement eu affaire à lui dans d’autres genres même si à chaque fois que l’occasion s’est présentée, la lecture fut toujours un plaisir. Revanche trônait dans ma PAL depuis trop longtemps, je décidai donc de lui faire un sort et je débutai ma lecture avec enthousiasme.

Joe Kurtz a passé douze ans derrière les barreaux pour s’être fait justice lui-même. Ex détective privé, il est désormais en liberté conditionnelle et n’est plus totalement libre de ses mouvements. Il continue néanmoins ses activités en sous main avec sa fidèle secrétaire. Cependant très vite, le passé le rattrape. Il est surveillé de près par des flics ripoux qui veulent venger à leur manière un collègue que Kurtz aurait exécuté, des tueurs à gage ne faisant pas dans la dentelle sont aussi sur ses traces et un père désespéré veut faire appel à ses services pour retrouver le meurtrier de sa fille. Rajoutez là-dessus l’ombre terrifiante d’un serial killer qui plane au dessus de l’ouvrage, une veuve noire appartenant à la mafia et vous obtenez un roman policier déjanté qui fait fi des codes et peut s’avérer tout à fait imprévisible.

Dans cet ouvrage, on nage en plein polar hardboiled, comprendre par là que tout est violence et hargne. Pas beaucoup de personnages peuvent se vanter d’être irréprochables, on côtoie la misère crasse, la haine féroce et les manipulations les plus iniques. Kurtz qui au départ peut rebuter le lecteur n’est finalement pas le plus pourri de tous, j’ai trouvé que l’ambiance crépusculaire proposée faisait diablement pensé au Sin City de Miller. Peu d’espoir dans ces pages si ce n’est celui de se venger, de reprendre la main et de mettre fin à une spirale infernale entre crimes, poursuites, alliances changeantes, rédemption et recherche d’une certaine paix intérieure. Clairement ces 356 pages sentent la poudre et ça défouraille sec entre deux dialogues bien sentis et des révélations en cascade.

L’addiction prend de suite grâce à un scénario à tiroir qui ménage bien ses effets. On retrouve certes des figures obligées du genre (le lien indéfectible entre Kurtz et sa collaboratrice, le serial killer malin comme un singe qui semble insaisissable, la figure innocente d’une enfant en danger, la corruption qui ruine la moralité de la Police…) mais l’ensemble s’enchevêtre parfaitement, se complète et livre une trame sans pitié et sans temps morts. On ne s’ennuie pas un instant et l’on peut compter sur l’art de la narration de Dan Simmons pour tenir le lecteur en haleine, l’empêchant même à l’occasion de se coucher suffisamment tôt. Il faut dire que le héros en prend vraiment plein la tronche et qu’il est au bord du précipice plus d‘une fois pour le plus grand plaisir sadique du lecteur complètement accroché par un récit haut en couleur.

L’écriture reste toujours aussi limpide et exigeante. Loin des polars conventionnels (parfois certains sont à la limite de la soupe littéraire), ce roman s’apparente clairement aux montagnes russes avec des émotions contradictoires qui s’enchaînent et un plaisir de lire renouvelé à chaque fin et début des courts chapitres qui le composent. Nerveux, foisonnant mais aussi parfois très intimiste, il ne donne pas à voir le meilleur de l’humanité mais procure une sacrée expérience de lecture. Les âmes sensibles s’abstiendront, les autres - si vous êtes amateurs - peuvent y aller sans souci, vous ne le regretterez pas !

Lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Ilium
Olympos
Terreur
L'Homme nu
Les Chiens de l'hiver
- L'épée de Darwin

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mercredi 13 décembre 2017

"Une Saleté" de Frédérique Clémençon

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L’histoire : Dans l'isolement d'une vieille maison perdue dans les collines, deux femmes, une mère et sa fille, règlent leurs comptes, convoquent leurs fantômes, s’épanchent une fois encore. Elles ne se parlent plus depuis longtemps. Leurs voix ne feront donc que se croiser. Une troisième voix se mêle à la leur, qui ordonne avec ironie leurs récits fragmentés. Mais elle s’éteint bientôt, parasitée par d’autres voix, celles des disparus - le père et l’époux, le grand-père et le beau-père.

La critique de Mr K : Il fallait bien que ça arrive en 2017, Une Saleté de Frédérique Clémençon ne m’a pas, mais alors pas du tout, convaincu. Malgré un thème intéressant et un choix de point de vue narratif original, je n’ai pas accroché et baillé plus d’une fois d’ennui. À suivre, les raisons du pourquoi...

Sur le papier, le pitch est très attirant. On rentre dans l’intimité d’une famille à travers les monologues intérieurs de deux femmes. Elles se répondent sans le savoir et se mêlent à leurs voix les souvenirs des disparus et par là même des flashback sur des moments forts de cette famille lambda (mariage, anniversaire, décès). Au fil de la lecture, on ressent les tensions accumulées qui s’exacerbent et montrent le vrai visage de cette cellule familiale plus que fragile. C’est par bonds successifs que le lecteur va explorer les passions humaines et essayer d’appréhender au mieux ce groupe humain si proche et si lointain à la fois : la famille.

Dès les premières pages, je me suis dit que ça allait être dur : une seule phrase sur les dix premières pages. Clairement le style est alambiqué et complexe à saisir. Ce n’est pas pour autant que je relâche le volume car j’ai déjà lu des auteurs au style étrange et obscur (deuxième période de la carrière de Maurice G. Dantec par exemple) et je suis assez perfectionniste dans mon genre, quand je débute une œuvre, je veux lui laisser toutes ses chances et pouvoir juger au final l’œuvre dans son intégralité. Je maintenais donc le cap et poursuivais ma lecture.

Au delà du style qui ne s’arrange pas en terme de forme, je n’ai pas réussi à accrocher aux personnages qui ne m’ont ni inspiré d’attirance ou de répulsion. Je n’ai curieusement ressenti aucune réelle émotion durant ma lecture si ce n’est quelques frémissements à l’occasion de scènes abominables entre la belle-mère et sa belle-fille. Rien de transcendant vraiment et un ennui qui s’installe durablement. Le changement anonyme de narrateur en cours de route n’aide pas vraiment, pas de réels indices de changement de point de vue et l’on s'y perd. On pourrait se dire alors que ce n’est pas grave, se concentrer sur l’ambiance, les sensations, les émotions dégagées. Mais rien ne s’est passé non plus à ce niveau là pour moi, encéphalogramme plat pour un livre de 187 pages, heureusement écrit gros et qui ne m’a pas trop pris de temps.

Difficile d’en dire plus sur ce livre qui ne m’a vraiment pas plu, pas inspiré ni engagé dans un quelconque processus de réflexion ou d'introspection. Étrange sensation vraiment pour moi qui ai l’habitude de choisir avec soin et réussite mes ouvrages lors de mes chinages. Pour le coup, c’est un beau flop...

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samedi 9 décembre 2017

"Crains le pire" de Linwood Barclay

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L’histoire : Que peut-on imaginer de pire pour un père que de réaliser, impuissant, que sa fille a disparu ? Tim Blake, père de famille divorcé, mène une vie paisible. Sydney, sa fille de 17 ans, a trouvé un petit boulot d’été dans un hôtel. Ce matin-là, elle s’en va et lui promet d’être de retour pour dîner. Mais le soir, elle ne rentre pas et ne laisse pas de message ; les autres soirs non plus. Tim mettra tout en œuvre pour retrouver Sydney...

La critique de Mr K : Petite lecture détente avec un thriller bien mené et addictif à souhait aujourd’hui avec Crains le pire de Linwood Barclay. Lu en deux jours, je n’ai jamais vraiment réussi à le lâcher tant j’ai été pris par cette histoire simple en apparence mais source d’un suspens intenable pendant plus de 490 pages.

Tim Blake n’a rien d’un mec extraordinaire. Il n’a pas la fibre entreprenante ce qui lui a coûté son entreprise de vente automobile et son mariage, sa femme se barrant avec un concurrent. Papa d’une jeune adolescente, il vit une vie tranquille, sans relief ni aspérités. Recevant sa fille à la maison pour l’été, elle disparaît sans crié gare un beau jour. De suite, il se précipite à l’hôtel où elle travaille pour un job estival et là... personne ne la connaît ! C’est le début de l’enfer pour Tim qui se rend compte qu’il ne connaissait peut-être pas aussi bien sa fille que cela. Un mois plus tard, l’état des recherches de la Police est au point mort, une gamine fugueuse n’intéresse personne. Bousculant sa nature, Tim va décider de partir à sa recherche. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas au bout de sa peine !

Pas de temps mort avec ce roman qui commence tambour battant. Ce récit nous plaçant dans la situation du père, notre champ de connaissance de la situation est aussi peu étendu que le sien, ce qui développe une empathie particulièrement forte envers ce personnage qui peu à peu sombre dans l’angoisse. Ce gars lambda va littéralement se transformer au fil de l’épreuve qu’il traverse. Prenant les choses en main, il tâtonne tout d’abord, se plante plus d’une fois mais va finir par mettre le doigt sur certains détails troublants ouvrant la porte à des hypothèses de plus en plus inquiétantes. À ce niveau là, l’auteur est redoutable, la gestion du personnage principal est un modèle du genre, conjuguant poncifs et passages connus pour nous livrer une véritable course contre le temps et parfois la folie.

Bien construit, le récit avance masqué. On se prend à inventer toutes sortes d’hypothèses, l’auteur nous livrant un certain nombre de fausses pistes et de révélations confondantes. On a beau être habitué à ce genre de manœuvres littéraires quand c’est bien fait, les vieilles recettes sont souvent les meilleures et c’est justement le cas ici. Dans ces conditions, vous comprenez l’aspect fortement addictif de ce roman qui se lit quasiment d’une traite. Identités secrètes, trahisons, faux semblants, courses poursuites, fusillades, surveillances étroites, on retrouve ici tous les bons éléments d’un roman à suspens réussi.

Sympathique aussi le tissage des liens entre les différents personnages. J’ai aimé ainsi les liens changeants entre Tim et Bob (le nouveau mec de son ex femme) qui évoluent énormément et donnent lieu à des passages vraiment bien gérés et touchants, le lien entre Tim et Patty la meilleure amie de sa fille disparue qui vit dans des conditions précaires avec sa mère alcoolique est aussi très touchant. Ces passages sont justes, donnent un réalisme de bon aloi à une histoire qui vire au bout d’un moment au thriller haletant qui ne donne aucun répit au lecteur pris au piège. Certains passages peuvent au départ désarçonner, voir paraître délirants mais le déroulé donne des éléments de réponse assez clairs très vite et l’on se rend compte que Linwood Barclay est décidément très doué pour balader ses lecteurs.

L’écriture est banale pour le genre mais redoutablement efficace. C’est bien simple, les pages se tournent toutes seules et il est extrêmement difficile de s’en dépêtrer. Alors certes, on ne peut pas vraiment crier au génie mais franchement, si vous êtes amateur, vous auriez bien tort de bouder votre plaisir !

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mercredi 6 décembre 2017

"Les Solariens" de Norman Spinrad

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L’histoire : Disséminés sur des centaines de mondes, les hommes mènent une guerre désespérée contre les cruels Doglaaris. La lutte est inégale. Mais la riposte semble imminente : pour construire la plus terrifiante des armes, une partie de l'humanité a trouvé refuge durant trois cents ans sur Sol, la légendaire planète des origines. Les Solariens sont de retour. Et avec eux l'espoir d'une victoire définitive. Mais à quel prix ?

La critique de Mr K : Les Solariens est le tout premier roman que Norman Spinrad a fait paraître. Autant dire qu’on touche au Sacré ici, surtout si comme moi, vous êtes amateur de ce grand nom de la SF qui m’a séduit lecture après lecture, puis rencontre après rencontre lors de passages aux Utopiales de Nantes. Ce titre diverge pas mal de mes précédentes lectures du maître, ce premier récit narrant une guerre intergalactique impitoyable, mais à travers les développement de la trame, l’auteur annonce déjà la couleur sur ses interrogations et ses préoccupations futures.

La guerre est donc totale entre les Doglaaris et les humains désormais répartis en diaspora à travers l’espace. L’humanité est en train de perdre bataille après bataille, la supériorité du nombre et de la technologie de leurs adversaires font que l’inéluctable semble proche. L’art de la guerre est désormais entièrement informatisé et aux mains d’une intelligence artificielle qui ne laisse guère de chance à l’élaboration de stratégies novatrices qui pourraient faire la différence. Suite à un combat spatial perdu de plus, le héros Jay Palmer, capitaine de vaisseau va se voir confier une mission toute particulière : accompagner de mystérieux solariens (habitants restés sur la planète d’origine de l’humanité) qui viennent de refaire surface pour une mission à l’apparence suicidaire au cœur de l’empire doglaarien. C’est le début d’un voyage hors norme, aux marges de l’initiation et de la découverte pour Jay qui va peu à peu entr'apercevoir la nature du plan et les capacités insoupçonnées des solariens.

On rentre très facilement dans cette œuvre de jeunesse qui propose un mix fort intéressant entre récit de guerre, échanges entre êtres très différents et réflexion légère sur une évolution possible de l’humanité. Pour mieux faire levier et explorer ces trois axes, l’auteur nous livre un héros brut de pomme, sans trop de finesse au départ et totalement dévoué à la cause humaine qui voit son avenir s’assombrir. Respectueux de l’ordre établi mais parfois agacé par la faible marge de manœuvre dont il dispose pour gérer sa flotte, sa rencontre avec les solariens va changer sa vie. Ces derniers cultivent énormément le mystère qui les entourent et c’est par petite touche que la vérité se fait jour avec de nombreuses surprises. Le héros changera à leur contact, ne reniera jamais sa personne mais prendra conscience des vérités cachées par ses supérieurs et la société dans laquelle il évolue. C’est drôlement bien mis en lumière par un auteur ici accessible et redoutablement efficace.

L'oeuvre se concentre sur la rencontre entre des êtres totalement différents qui ont chacun évolué dans un sens différent. Les frictions et incompréhensions sont d’abord légion puis vient le temps de l’écoute et ensuite celui des échanges. Le processus est très bien retransmis à travers le voyage entrepris qui dure et laisse le temps à l’auteur de tisser sa toile et d'emberlificoter le lecteur dans ses attentes (ce qui est une excellente chose, vous en conviendrez) et un récit équilibré où chaque amateur de SF pourra y trouver son compte. Space opera, SF plus classique et moments intimistes forts peuplent ses pages hypnotisantes qui font la part belle à l’action, la réflexion sur soi et finalement un panorama de l’espèce humaine comme elle pourrait être dans quelques siècles. Bien que la formule soit éprouvée, quand on pense qu’on a affaire à un premier roman, on ne peut qu’être admiratif du talent en germe avant les cultissimes Rêve de fer et autre Chaos final.

Plus aisé d’approche que d’autre œuvres de Spinrad, on ne tombe ici jamais dans la simplicité et le pathos. Bien que brassant des thématiques et des personnages déjà lus et vus, on prend un plaisir certain à suivre les aventures de Jay et sa découverte de la face cachée des connaissances humaines. Le rythme soutenu donne une impulsion et un plaisir de lire immédiat, et c’est tout étonné et ravi que l’on arrive à la fin sans s’en rendre compte. Sans doute pas le meilleur titre de l’auteur mais une bonne mise en bouche pour toute personne qui souhaiterait le découvrir.

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