dimanche 24 septembre 2017

"1275 âmes" de Jim Thompson

1275-ames

L’histoire : Je m’appelle Nick Corey. Je suis shérif d’un patelin habité par des soûlauds, des fornicateurs, des incestueux, des feignasses et des salopiaux de tout acabit. Mon épouse me hait, ma maîtresse m’épuise et la seule femme que j’aime me snobe. Enfin, j’ai une vague idée que tous les coups de pied qui se distribuent dans ce bas monde, c’est mon postérieure qui les reçoit. Eh bien, les gars, ça va cesser. Je ne sais pas comment, mais cet enfer va cesser.

La critique de Mr K : Ce roman a une histoire personnelle au sein du Capharnaüm éclairé. C’est Nelfe qui la première a jeté son dévolu sur ce titre, 1275 âmes, dont la quatrième de couverture l’avait bougrement séduite de prime abord. Et puis, au moment de la lecture, le blocage, impossible pour elle de supporter le personnage principal. Vu que je lorgnais aussi sur l’ouvrage lors de son adoption, je le glissai dans ma PAL en attendant des jours meilleurs. Au final, j’ai fini par y revenir et comme vous allez pouvoir le lire, j’ai hautement apprécié l’expérience de ce roman noir sans concession.

Au centre de la mécanique infernale, un homme : Nick est le shérif d’une petite localité perdue au milieu de nulle part. Il ne fait pas grand-chose de ses journées tant sa fainéantise atteint des sommets. Mal marié et finalement très fataliste ; les jours s’écoulent sans saveur à un rythme désespérant. Puis vient le jour du déclic lors d’une visite qu’il effectue chez un collègue d’une ville voisine. Celui-ci met en exergue son apathie et surtout l’irrespect qu’il inspire à ses concitoyens. Cette goutte d’eau va déclencher chez Nick une réaction forte, enterrant l’ancien lui-même, il rentre alors dans une spirale de violence et de mensonges qui vont peu à peu se refermer sur lui et son entourage...

J’ai de suite été séduit par ce roman contrairement à ma moitié. Certes le perso principal est répulsif à souhait : feignasse comme pas deux, menteur, profiteur, impoli, irrespectueux... aucun qualificatif négatif ne peut lui être épargné à part peut-être celui de raciste, sur cela il se positionne dans le vent contraire des idées de l’époque (l’action se déroule aux USA dans la première partie du XXème siècle). Nick évolue pas mal durant l’ouvrage mais quelle chiffe molle en début de récit ! Engoncé dans un mariage insensé (il s’est plus ou moins fait piéger), il subit l’humeur massacrante de sa femme et la débilité sénile de son beau-frère. Il va se rassurer dans les jupes de Rose, sa maîtresse gourgandine victime d’un mari violent. Mais il ne peut au fond de son cœur oublier Amy, son premier amour qui ne lui a jamais pardonné de l’avoir lâché au dernier moment juste avant le mariage. Pour autant, il s‘en tire pas mal le Nick, la vie se déroule sans surprise et bien que dominé de manière général, il ne manque de rien.

Et puis, vient la révélation et le changement. Dans une ville aussi arriérée que celle-ci, peuplée de péquenots et de bouseux ça va dépoter ! Règlements de compte, manigances, manipulations et complots ne seront pas de trop pour vivre sa nouvelle vie. Mais le fatum veille et tout se complique très vite, la situation devient inextricable et franchement on se demande bien comment tout cela va finir. Derrière son apparente débilité, Nick est bien plus malin qu’il paraît. Jouant sur son apparente faiblesse, il mène bien sa barque et personne ne semble y voir du feu. Il est remarquablement caractérisé ainsi que toute la communauté qui l’entoure, l’ouvrage nous présente un monde en vase clos, angoissant à souhait où règne une chape de plomb insupportable. Tous les personnages qui peuplent l'ouvrage sont barrés à leur manière et la concomitance des actes et pensées donnent lieu à de sacrés échanges et télescopages !

C’est une certaine Amérique qui nous est ici présentée, une Amérique à la Trump où la femme se doit de fermer sa bouche en présence de son mari, où les noirs sont encore appelés nègres et considérés comme quantité négligeable. Âpre, réactionnaire ; l’Amérique profonde fait peur et doit vivre avec la pauvreté et la débrouille. L’ensemble est très bien ficelé et donne à voir des réalités désormais oubliées ou presque. Le portrait est sans concession mais d’une beauté brute et pure. Même si l’histoire est hantée par le meurtre, l’inceste, le mensonge et la tromperie ; il donne à voir un condensé de vies humaines livrées aux aléas du hasard et du désir. Forcément, l’histoire ne peut que finir très mal !

En terme d’écriture, je me suis régalé. Racontée à la première personne du singulier, l’auteur nous présente cette triste histoire à travers les yeux de son héros qui bien qu’éduqué, parle de manière très familière et même arriérée parfois. Cela permet une immersion totale et rapide (c’est d’ailleurs ce qui a déplu à Nelfe sur cet ouvrage) dans l’univers d’un demeuré presque total. Au fil de la lecture, l’addiction ne se dément pas et même progresse encore plus vers les sommets face aux imprévus et décisions que va prendre Nick. On tombe de Charybde en Sylla et la gorge se noue progressivement, soumise à une pression et une tension qui ne va que crescendo durant tout le récit.

Un très grand ouvrage qui invite fortement à poursuivre la découverte d’un auteur, Jim Thompson, très talentueux. Hâte d’y retourner dès que je retomberai sur lui lors d’un chinage de plus.

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lundi 7 août 2017

"Temps glaciaires" de Fred Vargas

Temps-glaciaires

L’histoire : Le printemps s’annonça par un triolet de suicides. Une même signature laissée près des victimes, un étrange symbole en forme de guillotine.

Pour le commissaire Adamsberg et ses adjoints Danglard et Retancourt, c’est le début d’une enquête débridée qui les conduira des arcanes d’une étrange société, férue des écrits de Robespierre, aux terres lointaines et embrumées d’Islande.

La critique de Mr K : Ça faisait bien deux ans que je n’étais pas retourné voir du côté de chez Fred Vargas et son si charismatique commissaire Adamsberg. Il faut dire aussi qu’elle n’en a pas écrit 36 et que j’ai bien avancé dans sa bibliographie (sic). Temps glaciaires est son avant dernier ouvrage paru à ce jour et c’est une fois de plus Nelfe qui m’a sauvé la mise en dégotant cet exemplaire poche lors d’un chinage solo ! Oh gloire, oh joie ! Je pouvais enfin suivre la suite des aventures d’Adamsberg et de tous ses collègues hauts en couleur !

Quoi de mieux que de déguiser un meurtre en suicide pour éviter les poursuites policières ? L’assassin l’a bien compris et multiplie les passages à l’acte pour poursuivre un obscur objectif. Manque de chance pour lui, l’affaire finit par atterrir sur le bureau d’Adamsberg et celui-ci, une fois de plus bien inspiré, ne croit pas à la thèse des suicides. Commence alors un long cheminement pour découvrir la vérité avec son lot de pistes sérieuses ou non, d’atermoiements face à des témoins parfois non fiables, une équipe qui laisse apparaître quelques fêlures en son sein et un Adamsberg toujours aussi nébuleux qui se complaît à rester mystérieux dans ses démarches ; pas de doute, on y est, c’est du Vargas !

Lire cette auteur, c’est tout d’abord retrouver une sacrée bande de personnages. C’est toujours un plaisir de retrouver Adamsberg, doux rêveur devenu commissaire qui mène ses enquêtes de main de maître tout en désarçonnant ses coéquipiers par un lâcher prise à toute épreuve et une apparente déconcentration. Rien de nouveau dans cet ouvrage sur sa vie personnelle (cet opus se base essentiellement sur l’enquête en elle-même contrairement à certains tomes précédents) mais de beaux moments de réflexion du fonctionnaire de police sur lui-même et surtout sur la nature humaine. Les ressorts de l’investigation vont en effet le confronter à ce qui peut être de pire en nous, il lui faudra toute son inspiration et l’appui de ses collègues pour dénouer cette boule d’algues séchées que représente cette affaire.

Mais il est bien aidé, il peut ainsi compter sur le savoir encyclopédique de Danglard, son adjoint amateur de bon vin blanc et d’étalage excessif de culture. Ce duo fonctionne toujours aussi bien, le contraste étant saisissant entre le commissaire planant à 10.000 lieues et le méticuleux / rigide Danglard. Rajouter dessus Violette Retancourt toujours aussi solide qu’un roc, Veyrenc et son esprit incisif, Mordent l’amateur de conte, Voisinet l’ichtyologue de l’équipe, Estalère le narcoleptique, un sanglier peu farouche et le fidèle chat du commissariat qui fait éternellement la sieste sur la photocopieuse. Chacun (y compris le félin) vont apporter leur pièce à l’édifice, les retrouver c’est un peu comme revenir en famille, retrouver des proches trop longtemps éloignés. La magie opère de suite, l’amateur est définitivement accroché au bout de quelques pages.

Le focus se fait très vite sur deux pistes que semble tout séparer : un cercle d’amateurs de Robespierre et la lointaine Islande. Ce fut l’occasion pour moi de réviser quelque peu la biographie de ce prince la vertu sanguinaire et de croiser des personnages interlopes que la passion peut aveugler et rendre complètement branque. À ce propos, les passages mettant en scène les reconstitutions de discours sont impressionnantes et certaines discussions valent leur pesant d’or. Et puis, d’un autre côté, il y a cette mystérieuse expédition en Islande qui s’est mal terminée et qui pourrait expliquer cette série de meurtres. Mais les informations sont lapidaires, faussées. Qui dit vrai ? Qui ment ? Véritable imbroglio, cette piste va forcer Adamsberg à s’écarter du droit chemin, à tenter un nouveau coup de poker. Les tensions vont s’accumuler au fil des pages pour mener vers un final aux révélations nombreuses et à la limite de la rupture au sein de l’équipe.

C’est un gros volume que cet opus mais il se lit d’une traite tant on est happé par l’ambiance et les personnages. On se plaît à pénétrer dans les couloirs et pièces du commissariat, à errer en plein no man’s land sur une île islandaise isolée où plane une mystérieuse malédiction et à assister à la vie quotidienne de l’équipe d’Adamsberg. C’est très fin, hypnotique dans la façon de tourner parfois en rond, poétique à l’occasion lorsque l’on partage les pensées d’Adamsberg et très efficace en terme de roman policier. La langue merveilleuse de l’auteur y est pour beaucoup, derrière l’aspect parfois frustre des dialogues se dégage une humanité de tous les instants, un digne reflet du monde de l’intime et un bonheur de lecture renouvelé à chaque page. Vous l’avez compris, ce roman est dans la lignée des précédents et sa lecture me paraît essentielle pour tout amateur de l’auteure et/ou du genre.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur :
L'Homme à l'envers 
Sous les vents de Neptune
Dans les bois éternels
Un lieu incertain
L'homme aux cercles bleus
Coule la Seine
Sans feu ni lieu
Ceux qui vont mourir te saluent
- L'Armée furieuse

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lundi 26 juin 2017

"L'Île des morts" de P. D. James

L-Ile-des-morts

L’histoire : Un château victorien bâti sur une île : c'est là qu'un riche excentrique a convié quelques amis pour le week-end. Au programme des réjouissances, une pièce de théâtre montée par une troupe d'amateurs.

Mais quelqu'un trouble la fête, se livrant à de macabres plaisanteries aux dépens des invités. La mort rôde autour de l'île. La terreur s'installe.

Cordélia Gray, la jeune détective de La Proie pour l'ombre, joue les gardes du corps et observe d'un œil attentif ces convives dont les bonnes manières dissimulent des vices inavouables. Energique, intuitive, elle dénoue un à un les fils de cette toile d'araignée criminelle.

La critique de Mr K : Ce livre est le fruit d’un coup de poker de ma part lors d’une session chinage. Je ne connaissais aucunement l’auteure, P. D. James, mais la quatrième de couverture de L'Ile des morts faisant la part belle au huis clos dans un vieux château isolé sur une île me faisait très envie. Et puis, il se dégageait un petit côté surannée au charme certain qui me faisait penser à du Conan Doyle ou du Christie, deux auteurs que j’affectionnais particulièrement dans mes années lycée pour me détendre après quelques lectures obligatoires.

Un riche lord fait appel à Cordelia Gray pour protéger sa femme qui reçoit des mots très menaçants de manière régulière. Actrice de théâtre à la renommée importante, elle est très exposée et doit se produire de manière exceptionnelle sur une île isolée. La détective privée qui pour sa couverture se fait passer par la nouvelle secrétaire particulière de sa cliente va se mêler aux invités de cet événement et se rendre compte qu’elle se retrouve plongée au milieu de tensions palpables et très anciennes. La mort va frapper et bousculer l’emploi du temps prévu. Commence alors une partie de chasse au coupable où il faudra lever les faux semblants et découvrir les secrets enfouis par chacun.

À priori, il s’agit de la deuxième aventures mettant en scène le personnage de cette jeune détective privée qui vit d’expédients et de recherches de chats perdus. Cette enquête va la faire rentrer dans la cours des grands même si j’ai trouvé que finalement elle ne faisait pas l’essentiel du travail, l’auteur faisant aussi intervenir la police en la personne d’un vieux commissaire grincheux et son jeune adjoint idéaliste. Cornelia est très vite dépassée car elle ne s’attendait pas à devoir intervenir dans une enquête criminelle mais ses réflexes de détective vont bien l’aider à dénouer le sac de nœuds dans lequel elle est empêtrée.

Il faut dire que les invités ne vont vraiment pas lui faciliter la tâche en lui dissimulant des choses parfois inavouables entre jalousie larvée, secrets de famille et vices profonds. Un critique littéraire aux portes de la mort, une cousine haineuse et intéressée, une actrice déconnectée de la réalité et manipulatrice, un seigneur du château égocentrique, un jeune collégien complètement paumé et des serviteurs interlopes forment le casting de cette enquête policière très classique qui se plaît à déjouer les pronostics en distillant très lentement les éléments de réponse et en s’amusant à nous orienter sur des fausses pistes. Les rapports âpres qui en résultent donnent une couleur bien cynique à l’ensemble et la pauvre héroïne (un peu neuneu d’ailleurs parfois, on la voudrait plus vindicative) a fort à faire entre les mensonges, les dissimulations et le manque de collaboration de certains.

Le caractère insulaire des lieux rajoute une dose de mystère et de fascination pour cette histoire nébuleuse. Le vieux château, ses souterrains, la côte découpée, les falaises, le jardin d’agrément sont autant de lieux clefs où vont se dérouler les actes principaux d’une affaire plus complexe qu’elle n’y paraît au départ. L’ambiance est remarquablement bien rendu à la manière d’un Rebecca de Daphné Du Maurier (quelques tons en dessous quand même) et on se laisse emporter par l’écriture habile et très détaillée de l’auteur qui va très en profondeur explorer ses personnages et leurs motivations intimes. Ce que l’on perd un peu en rythme, on le gagne en caractérisation et ceci pour tous les êtres déchirés qui hantent ces pages. Cela donne au final, une belle brochette d’individus aux destins qui s’entrechoquent et qui auraient pu tous être le coupable idéal. Finalement, c’est une gigantesque partie de Cluedo qui se joue de page en page et personnellement, je n’ai vu venir la vérité que vers le dernier quart de l’ouvrage et la conclusion m’a surpris.

Au final, ce fut une très agréable lecture, un livre qui se lit très facilement, daté certes dans sa manière d’aborder le genre et les personnages mais les effets marchent toujours et les amateurs de roman policier y trouveront leur compte. Je n’exclus donc pas de retourner dans l’œuvre de cette auteure qui mérite bien son surnom de Reine du crime.

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dimanche 14 mai 2017

Quand Nelfe rend visite à l'abbé !

Je vous en parlais hier sur notre Instagram, j'ai fait une petite virée chez Emmaüs. L'air de rien, histoire de voir si il y avait de nouvelles choses à se mettre sous la dent côté littérature... Mr K étant malade depuis vendredi, je n'avais pas envie de rester traîner à la maison en compagnie de ses virus. Comme cela faisait un moment que je n'avais pas été fouiner dans le coin, l'occasion était donc toute trouvée.

La moisson fut sympathique :

Acquisitions nelfesques ensemble

Comme vous pouvez le voir, je suis restée raisonnable. D'autant plus que je n'ai pas pensé uniquement à moi et que quelques titres sont réservés à Mr K (notez comme je suis un amour d'épouse...).

Se retrouvent donc dans ma PAL :

Acquisitions nelfesques 1

- "Désolations" de David Vann parce que j'aime beaucoup cet auteur (tout simplement). J'ai déjà lu quelques uns de ses titres et à chaque fois ce fut une claque. Mr K m'a offert "Dernier jour sur terre" pour mon anniversaire et je compte bien le lire en premier mais je dois avouer que l'on n'a jamais assez d'ouvrages de cet auteur dans sa bibliothèque ! Une île, un couple, une nature hostile, des difficultés à communiquer. Tout cela me donne furieusement envie d'en savoir plus !

- "Il est de retour" de Timur Vermes parce que je viens de terminer un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale et qu'il fallait forcément que j'en rentre un nouveau ! Ici, on est dans la satire et je pense que je vais bien m'amuser tout en me faisant froid dans le dos (oui j'ai conscience que s'amuser avec un tel sujet parait étrange mais quand un éditeur place cet ouvrage entre Chaplin et Borat, normalement on ne doit pas faire que pleurer en le lisant). Sorte d'uchronie hitlérienne, la montée des extrémismes et la critique de la société et des politiques est au coeur de l'ouvrage. Ça promet !

Et pour Mr K alors ?

Acquisitions nelfesques 2

- "Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner parce que l'histoire m'a tout de suite accrochée et que j'ai su en lisant la 4ème de couv' que ça lui plairait aussi. Une héroïque mission dans l'espace, une quête de l'être aimé au XXXème siècle et une épopée au royaume des morts à travers les cercles infernaux du feu, du poison et de la démence : c'est pour lui !

- "Temps glaciaires" de Fred Vargas. Avant de partir j'ai cru entendre "Hey si tu trouves le Vargas où il y a "glaciaire" dans le titre, tu prends ! Je l'ai pas !". Ah ben ça tombe bien dis donc ! Et dire que de mon côté je n'en ai jamais lu un seul...

- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo parce que rien que le titre intrigue. On a quelques ouvrages de cet auteur à la maison et encore une fois de mon côté je n'ai jamais mis le nez dedans mais force est de constater qu'ici la 4ème de couverture donne furieusement envie ! Voyez plutôt :
"Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !"
C'est pas dit que je ne lui pique pas celui-ci !

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Et enfin, petit bonus pour moi côté couture avec l'achat de 4 patrons vintage qui font leur entrée dans mon atelier :

Acquisitions nelfesques 3

Des pantalons esprit sarouel parfaits pour l'été, des blouses col Mao et deux robes ambiance Mad Men en vacances. J'adore ! En actualisant les tissus, ça peut donner des choses bien sympa. Allez hop, je m'y mets ! Je ne parle pas vraiment de couture ici mais si ça vous intéresse, sur IG, vous verrez que la lecture n'est pas ma seule passion. Bon, là j'ai conscience qu'il y a du challenge (les pantalons sont "super-easy" selon Burda alors je veux bien les croire) mais j'ai bien envie de tenter. Et puis rien que pour les patrons, mes yeux forment des coeurs infinis ! Merci l'abbé !

jeudi 11 mai 2017

"Choucroute maudite" de Rita Falk

Choucroute maudite

L’histoire : Bienvenue dans le village de Niederkaltenkirchen, Bavière, pour une comédie policière haute en couleur.

Le commissaire Franz Eberhofer, viré de Munich pour raisons disciplinaires, se la coulait douce dans sa bourgade natale : les patrouilles finissaient invariablement devant une bière chez Wolfi, en promenade avec Louis II – son chien –, dans la boucherie de son copain Simmerl ou à table avec sa mémé sourde comme un pot. Ça, c’était jusqu’à ce que les membres de la famille Neuhofer claquent l’un après l’autre, avec la mère retrouvée pendue dans les bois, le père électricien électrocuté, et le fils aîné aplati façon crêpe sous le poids d’un conteneur. Ne reste plus que Hans, le fils cadet.

L’enquête s’annonce déprimante. Mieux vaut prendre des forces et avaler consciencieusement les robustes charcuteries locales.

La critique de Mr K : Retour dans la galaxie Mirobole aujourd’hui avec Choucroute maudite, une comédie policière bien déjantée comme il faut et qui procure un sacré plaisir de lecture en compagnie de personnages vraiment branques et attachants. Attention, une fois que vous avez pénétré dans l’univers farfelue de Rita Falk, il est quasiment impossible de détacher ses yeux du livre avant la toute dernière page.

Franz a été mis au placard dans sa ville natale. Suite à une enquête qui a plus que mal tourné, le voila devenu policier municipal chargé de faire traverser les mômes sur le chemin de l’école, de régler les différents familiaux et vicinaux, ainsi que toute une série de tâches administratives purement déprimantes. Bref, on est bien loin de la carrière haletante qu’il souhaitait entreprendre en rentrant dans la police. Mais bon... il s‘occupe tout de même entre sa famille bien space, les tournées au bar avec les potes et les promenades avec son chien. Mais v’la-t-il pas qu’une série de meurtres étranges se produit dans la si riante et campagnarde ville de Niederkaltenkirchen. Pas n’importe quels crimes en plus, trois morts dans la même famille en un temps record. La coïncidence est bien trop grande et Franz soupçonne très vite les pseudos crimes maquillés en accidents d’être les éléments d’une seule et même machination. L’enquête promet d’être complexe, surtout quand soit même on est au bout du rouleau...

La grande force de cet ouvrage réside dans ses personnages. Honnêtement, on passe son temps à se gondoler entre le flic déprimé amateur de bonne chair et de bière, le papa allumé fumeur de joints qui ne sait comment montrer à son fils qu’il l’aime, les copains relous qui ne vous aident pas, la belle-sœur roumaine allumeuse et la mémé complètement sourde, obsédée par les promos de toutes sortes, amatrice de coups de kick-boxing dans les tibias des malheureux qui croisent sa route et auraient le mauvais goût de la contredire ou de lui déplaire. Il se dégage de l’ensemble une folie douce qui vous emmène loin dans le délire et le sourire ne se démarque jamais de votre visage.

Alors certes, l’intrigue policière en elle-même est plutôt mince et la solution apparaît très vite dans l’esprit d’un lecteur expérimenté dans le domaine des enquêtes policières mais on ne peut que succomber au charme de ce roman qui accumule les situations ubuesques sans retenue et avec un amour profond pour les personnages qui se débattent comme ils peuvent avec leurs existences. Et puis, si comme moi, vous êtes amateur de belles tablées, entre repas gargantuesques et bonnes descentes liquides, vous serez comblés car la mémé est un cordon bleu et le héros lève très bien le coude. Les instantanés de vie livrés ici sont à la fois réjouissants, crédibles et parfois très touchants (les rapports parents/enfant, la quête si compliquée de l’amour).

Le point de vue adopté y est aussi pour beaucoup, toute l’histoire nous est retranscrite à travers les yeux du héros, policier déchu, bouffi par l’alcool et la nourriture qui erre dans la campagne avec son chien telle une âme damnée. Pour autant, il n’est pas vraiment malheureux, il trouve l’occasion de draguer, flemmarde pas mal, s’occupe de sa grand-mère et essaie de faire son travail du mieux qu’il peut. On prend donc en pleine tête toutes ses réflexions, bien souvent familières et décalées qui font la part belle à l’humour et parfois au désenchantement. L'alchimie fonctionne, on prend fait et cause pour lui et l’accroche est durable et dense.

Au final, on arrive au dernier chapitre sans s’en rendre compte avec un plaisir qui ne se dément jamais et un final réussi. Et dire que ce tome n’est que le premier d’une série qui fait fureur outre-Rhin... Espérons qu’il en soit de même par chez nous pour que nous puissions suivre les aventures de ce commissaires hors du commun et surtout retrouver Mémé qui est sans conteste LA star de cet ouvrage !

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lundi 8 mai 2017

"De l'arsenic pour le goûter" de Robin Stevens

arsenicgoûter

L’histoire : "Je n'aimais pas du tout ce grossier Mr Curtis, et d'après les vibrations de colère que je percevais chez Daisy, j'ai compris qu'elle partageait mon opinion. Son rire contenu, comme s'il lançait des plaisanteries que les autres ne pouvaient pas comprendre... Les joues roses de Lady Hastings... Pas de doute, il se passait quelque chose."

Nouvelle affaire pour les détectives privées Daisy et Hazel !

Daisy fête son anniversaire avec la famille au grand complet dans sa maison de Fallingford. Mais l'ambiance est étrange : M. Curtis, un invité surprise que tout le monde déteste, ne semble vraiment pas digne de confiance.

Le thé est servi, M. Curtis tombe gravement malade, empoisonné. Que s'est-il passé ?

Difficile d'enquêter quand on imagine que tout le monde a une bonne raison d'être coupable...

La critique de Mr K : Voici le deuxième tome d’une série de livres policiers écrits à destination de la jeunesse par Robin Stevens, un écrivain qui m’avait séduit par la qualité de son écriture (entre classicisme et références détournées) et l’intrigue maligne qu’il avait su proposer à nos chères têtes blondes (voir chronique d'Un Coupable presque parfait). Ayant dévoré Conan Doyle en étant pré-ado, j’avais goûté avec plaisir à un ouvrage bien mené aux personnages attachants. C’est donc avec un à priori positif que j’entamai cette lecture.

On retrouve, dans De l'arsenic pour le goûter, Daisy et Hazel (respectivement présidente et vice-présidente du club des détectives) dans le manoir familial de la première. Ce sont les vacances de Pâques et Daisy va y fêter son treizième anniversaire lors d’un goûter organisé par Lady Hasting, sa bourgeoise de mère qui l’infantilise trop. Nombreux sont les invités et parmi eux, un certain Monsieur Curtis qui fait l’unanimité contre lui par son attitude et son comportement fortement déplacés dans le cadre strict de la société de l’époque (rappelons que l’action se déroule au début des années 30). Le premier acte met en place la situation, présente au détour de certains paragraphes les différents protagonistes et replacent les jeunes filles et leur caractère respectif dans l’esprit des lecteurs.

Arrive finalement le fameux goûter fatidique pendant lequel l’indélicat individu se retrouve empoisonné et succombe dans d’atroces souffrances. L’arsenic n’est pas forcément délicat dans son action qui ressemble à s’y méprendre à une bonne vieille dysenterie des familles. Ni une ni deux, les deux amies commencent à enquêter. Après tout, elles avaient bien aidé la police lors de la première affaire dans laquelle elles s'étaient retrouvées mêlées et, un orage terrifiant s’abattant sur la région, les forces de l’ordre ne pourront pas arriver avant deux jours ! C’est le début de l’investigation qui commence avec les constatations nécessaires, le dressage d’une liste de suspects et la recherche d’indices. Mais comment mener une enquête de manière sûre quand on soupçonne les propres membres de sa famille et que l’on a seulement treize ans ? Ce sera rude et les péripéties seront nombreuses avant l’ultime révélation qui fera son petit effet...

Une fois de plus, cet ouvrage de Robin Stevens aiguisera à merveille les appétits des futures amatrices de romans policiers en devenir. Il s’oriente clairement vers le public féminin à travers le point de vue adopté et notamment les rapports père-fille qui sont admirablement développés dans ce volume. Il n’y a rien de sexiste pour autant dans le contenu mais les plus jeunes pourront facilement s’identifier aux héroïnes : soit à la douce et posée Hazel ou alors à la fougueuse et déterminée Daisy (qui va tout de même en affronter de belles une fois de plus). Les deux jeunes filles sont toujours aussi charismatiques, le duo fonctionne à la perfection surtout qu’interviennent ici deux de leurs camarades invitées pour l’occasion qui détonent par leur crédulité et leur sottise. Cela renforce le charme du duo principal et les met en valeur.

Le jeu de piste est savamment orchestré dans la droite lignée d’auteurs comme Agatha Christie et Conan Doyle, il se dégage une fois de plus un charme désuet, so british alors que l’auteur est américain. L’addiction est quasi immédiate car on rentre vraiment dans une époque et ceci sans lourdeurs excessives et effets de manche gratuits. Formidablement reconstitués, l’ambiance, l’atmosphère et les codes en vigueur dans cette maisonnée bourgeoise donnent un charme fou à cette histoire de meurtre bien mystérieuse. Bien qu’habitué au genre, la révélation finale a réussi à me surprendre malgré mon âge, on se prend vraiment au jeu des déductions des deux gamines qui bien que jeunes ont un grand sens de l’orientation et de la réflexion. C’est à la fois fun et très sérieux, et l’on passe vraiment un bon moment.

L’écriture est très accessible mais pas simpliste, parfois légère et décalée, cela n’empêche pas certains passages d’être plus graves notamment par rapport aux questions liées au meurtre ou aux rapports conflictuels entre les deux parents de Daisy. La nuance est de mise ainsi que la profondeur derrière une aventure policière qui pourrait paraître banale au premier abord. Ce récit à la Cluedo a beaucoup de saveur, possède une efficacité redoutable et apportera suspens et émotions divers au jeune lecteur amateur d’enquêtes et de mystère. Une très bonne lecture à faire découvrir.

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samedi 25 mars 2017

"Les Damnés de l'artère" de Pascale Fonteneau

chéryl post

L’histoire : Ah ! Bruxelles, sa Grand-Place, ses trams, ses gaufres, son métro et ses fonctionnaires européens... Tout pour plaire. Et puis voilà, une bonne intention et tout part de travers. Alors, pendant que les Japonais admirent le Manneken Pis, Cheryl se farcit les squats, le Berlaymont soit disant désert, les communautés religieuses et même la basilique de Koekelberg ! Et tout ça sans connaître un seul grand principe révolutionnaire ! Dingue. Mais pas plus dure qu’une belle coupe au carré ou un chignon perlé.

La critique de Mr K : Ceux qui nous suivent depuis un certain temps connaissent mon amour immodéré pour les aventures du Poulpe et mon attachement tout particulier à Cheryl, la petite amie attitrée de Gabriel Lecouvreur, délicieuse et gouailleuse coiffeuse parisienne qui lui vient bien souvent en aide en lui fournissant réconfort et soutien. Les Damnés de l’artère de Pascale Fonteneau s’apparente à un spin-off car il la met en lumière et lui donne le rôle titre en laissant le poulpe au café Pied de Porc à la Sainte Scolasse à ruminer ses pensées en lisant le journal et en sirotant une bonne bière...

Et pourtant, au départ rien ne prédestinait Cheryl à vivre des aventures rocambolesques dans la capitale belge. Partie seulement pour assister à des conférences en rapport avec la coiffure et à des présentations de produits dernier cri, elle se retrouve embarquée dans une sombre histoire de meurtre maquillé en suicide (un homme a été brûlé vif à l’insu de son plein gré sur le quai de la gare bruxelloise). En compagnie d’une amie de circonstance (sacré binôme de coiffeuses délurées que Cheryl et Anastasia), elle va rencontrer une bande de gentils loubards, un vieil idéaliste de la Révolution et un prêtre bien atteint au niveau du ciboulot. Cependant au fil du récit, l’histoire prend une tournure plus grave, les ramifications de l’affaire prennent une tournure inattendue et notre jolie Cheryl n’est vraiment pas au bout de ses peines...

Disons-le tout de go, on n'est pas face à un grand crû. La faute tout d’abord à l’envie de donner du sens là où il n’y en a pas forcément en intercalant des citations du théoricien révolutionnaire Victor Serge (aka Viktor Lvovitch Kibaltchitch) en guise d’intermède entre deux scènes. Je trouve que c’est donner trop de profondeur à une suite d’événements qui tiennent bien plus du roman policier classique que du parcours initiatique de révolutionnaire en goguette. Certes Cheryl est une femme libérée (et c’est pas si facile...) mais elle ne croit pas au Grand Soir, sa vie étant vouée à ses clients, ses copines et son Gabriel. Le procédé m’a paru maladroit et sans objet, il aurait bien convenu par contre dans un récit du Poulpe classique tant on connaît le penchant libertaire du Poulpe. Un coup dans l’eau pour le coup !

Ensuite, j’ai trouvé l’histoire plutôt bateau, sans réels grands rebondissements malgré quelques saillies bien rigolotes et parfois même bien thrash (le meurtre originel est vraiment affreux et très bien rendu). Il ne se passe finalement pas grand-chose mais une ambiance bien branque se dégage de l’ensemble grâce notamment à des personnages hauts en couleur qui se débattent avec leurs existences dans un monde décidément pas tendre. Tant pis donc si l’ensemble tient plus du bric à brac foutraque, que certains artifices narratifs soient limites en terme de crédibilité, on passe malgré tout un bon moment en compagnie d’une équipe de bras cassés bien attachante dans l’ensemble.

Cheryl garde tout son charisme même si finalement je la trouve plutôt effacée par rapport à ce que j’avais pu entr'apercevoir dans mes lectures du Poulpe (elle a ici moins de franc-parlé et paraît moins engagée). On la suit cependant avec plaisir dans cette aventure belge qui la verra tour à tour se faire une super copine, venger la mort d’un ami et transmettre sa joie de vivre à toutes les heureuses personnes qui croiseront sa route. Le personnage est vraiment à suivre et il me semble d’ailleurs que d’autres volumes lui ont été consacrés, qui sait un jour peut-être mes pas me remettront sur le chemin de Cheryl en aventure solo !

Bien mené quoiqu’un peu creux, bien écrit mais sans génie réel, ce livre est à réserver avant tout aux fans de Cheryl (dont je fais partie vous l’aurez compris !) et du Poulpe. Les autres pourront passer leur chemin et se diriger vers la série d’origine avec d’authentiques chefs-d’œuvre d’humour et d’enquêtes déviantes.

Autres Poulpe chroniqués au Capharnaüm Éclairé :
Nazis dans le métro
J'irai faire Kafka sur vos tombes
Du hachis à Parmentier
Vomi soit qui malle y pense
La petit fille aux oubliettes
La bête au bois dormant
Arrêtez le carrelage
Légitime défonce
La Cerise sur le gâteux
L'Amour tarde à Dijon
- Chicagone

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samedi 7 janvier 2017

"Drone land" de Tom Hillenbrand

Drone-landL’histoire : Dans un futur proche où les citoyens européens sont constamment surveillés par les drones fédéraux, le meurtre d’un politicien à la veille du Brexit va bouleverser le système établi.

La critique de Mr K : Très belle lecture pour débuter 2017 que ce Drone land de Tom Hillenbrand tout juste sorti chez la très bonne maison d’édition Piranha qui nous régale à chaque lecture. Cet ouvrage (best-seller en Allemagne lors de sa sortie outre-Rhin) est un croisement très réussi entre roman policier à l’ancienne et dystopie cauchemardesque dans un futur probable. L’ensemble est saisissant et procure un plaisir de lecture hors norme. Suivez le guide !

Dans un futur aseptisé et ultra-surveillé survient l’impensable : la mort d’un élu du parlement européen ! Malgré la fin du droit à l’intimité au nom de la sacro-sainte Sécurité et une technologie poussée à l’extrême, la violence et le crime existent toujours et l’enquêteur Aart Westerhuizen va devoir enquêter sur une affaire beaucoup plus complexe qu’elle n’y paraît de prime abord. Au fil de ses découvertes, il va lever le voile sur des vérités dangereuses et mettre à mal ses certitudes. Constamment sur le fil du rasoir, il va devoir être malin et surtout discret pour mener à bien ses investigations sans éveiller les soupçons des autorités qui surveillent H24 l’ensemble de la société.

Dans son déroulé, on retrouve tous les éléments classiques d’un bon roman policier à l’ancienne. Ainsi, le héros est un super flic au passé douloureux. Il a perdu sa femme, vit reclus dans un minuscule appartement et se refuse à refaire sa vie. Il boit plus que de raison ce qui n’entame en rien son esprit d’analyse et sa vocation de membre des forces de l’ordre. Nostalgique de l’ancienne époque, celle d’avant le tout technologique, ce n’est pas un hasard si le héros a pour modèle Humphrey Bogart. Il est aidé par son analyste attitrée, Ava. Ces deux là sont faits pour s’entendre et vont pénétrer très loin dans les arcanes du pouvoir et mettre à jour des luttes d’influences qui les dépassent totalement. On retrouve aussi la figure du mystérieux indic' que les sociétés tentent à tout prix de bâillonner, les puissants entrepreneurs cul et chemise avec le pouvoir politique et la lente descente aux enfers pour des héros victimes de leur idéalisme qui ne colle pas avec le monde corrompu dans lequel ils vivent.

Peu à peu donc, ce meurtre en cache d’autres plus anciens et difficile de faire le lien tant les pistes sont brouillées par de mystérieuses forces en action dans l’ombre. La paranoïa guette dans ce cas là surtout quand la technologie en place semble ne plus être totalement neutre. Ainsi, les enquêteurs travaillent essentiellement avec des données recueillies par les innombrables drones qui circulent partout, surveillant et enregistrant toutes les interactions possibles entre les humains. C’est directement avec un réseau informatif très puissant (nommé Terry dans l'Europe futuriste décrite ici) que les policiers sont en lien et travaillent en analysant les données, recoupant les habitudes de chacun et déduisant des éléments clefs de l’enquête. Cette dernière avance donc bien jusqu’au moment où l’on sent qu’ils ont touché juste et que cela dérange en haut lieu. Commence alors une véritable course contre la montre, haletante à souhait et bien stressante pour le lecteur qui se demande bien comment tout cela va se terminer.

C’est assez désarçonnant de voir que finalement, les hommes sont devenus totalement dépendants de la technologie dans le futur envisagé dans ce livre. Voitures automatiques, lunettes connectées pour tout le monde, drones et insectes artificiels espions mais aussi drones livreurs, drones tueurs, voitures automatisées, reconnaissances rétiniennes à tous les étages... L’auteur nous immerge dans un monde profondément déshumanisé, livré à un individualisme forcené. Pas d’effet de style en surenchérissant sur les progrès de la science pour autant, simplement la création d’un background totalement bluffant et surtout crédible. C’est peut-être cela le pire... On se dit qu’à l’allure où va le monde, on pourrait très bien se retrouver dans cette Europe liberticide, libérale et aseptisée au point de bafouer les libertés fondamentales. Très très inquiétant mais assez libérateur dans le genre car on lit plus qu’un simple divertissement, on s’offre une belle réflexion sur le genre humain et sa propension à causer sa propre perte.

De surcroît, Drone land se dévore littéralement tant l’écriture se révèle un bonheur d’accessibilité et de simplicité. Le rythme fluide contribue beaucoup à la plongée enivrante du lecteur dans un univers à la fois fascinant et foisonnant. Il est donc très difficile de relâcher l’ouvrage dans ces conditions, l’addiction naissant immédiatement et c’est ravi que l’on achève cette lecture qui démarre plus que très bien l’année. À lire !

mardi 20 décembre 2016

"L'Enfant allemand" de Camilla Läckberg

L'Enfant allemandL'histoire : La jeune Erica Falck a déjà une longue expérience du crime. Quant à Patrik Hedström, l'inspecteur qu'elle vient d'épouser, il a échappé de peu à la mort, et tous deux savent que le mal peut surgir n'importe où, qu'il se tapit peut-être en chacun de nous, et que la duplicité humaine, loin de représenter l'exception, constitue sans doute la règle. Tandis qu'elle entreprend des recherches sur cette mère qu'elle regrette de ne pas avoir mieux connue et dont elle n'a jamais vraiment compris la froideur, Erica découvre, en fouillant son grenier, les carnets d'un journal intime et, enveloppée dans une petite brassière maculée de sang, une ancienne médaille ornée d'une croix gammée. Pourquoi sa mère, qui avait laissé si peu de choses, avait-elle conservé un tel objet ? Voulant en savoir plus, elle entre en contact avec un vieux professeur d'histoire à la retraite. L'homme a un comportement bizarre et se montre élusif. Deux jours plus tard, il est sauvagement assassiné...

La critique Nelfesque : Me voici arrivée au 5ème volet de la saga Erica Falck et Patrik Hedström. Pour ceux qui ne connaissent pas cette série de Camilla Läckberg, je vous encourage à commencer votre lecture par le premier volet "La Princesse des glaces". Chaque ouvrage contient une enquête avec sa résolution mais l'intérêt de lire l'intégralité réside dans la sphère privée des personnages principaux et secondaires. Ainsi de tome en tome, le lecteur s'attache à eux et retrouve presque des amis à chaque nouvelle lecture.

Mais attardons-nous un peu plus ici sur "L'Enfant allemand". Pour tout vous dire, c'est pour celui-ci que j'ai commencé à lire Camilla Läckberg. Je l'avais remarqué lors de sa sortie (et oui, la seconde guerre mondiale me fait découvrir bon nombre d'auteurs...) mais suivant le même conseil que je vous ai donné plus haut, il m'a fallu de la patience avant d'arriver au tome tant convoité. J'ai tellement aimé le chemin parcouru que tout ceci s'est fait sans traumatisme et le jour de la découverte de "L'Enfant allemand" était enfin là !

Ici, Erica va se pencher sur le passé de sa mère. Cette dernière ayant récemment disparue, notre célèbre journaliste va trouver dans ses affaires une mystérieuse layette couverte de sang et une médaille militaire allemande. Que font ses objets dans ses affaires ? Que représentent-ils ? Sa mère n'ayant jamais parlé de ses jeunes années, c'est dans une enquête concernant ses racines qu'Erica va se plonger corps et âme.

Étrangement, la personne à qui Erica a confié sa médaille pour expertise est retrouvée assassinée à son domicile, quelques mois après le meurtre, par deux adolescents, fascinés par les objets qu'il possédait et entrés par effraction dans sa maison. C'est ainsi qu'enquête policière et enquête personnelle vont se télescoper et les avancées des uns feront le bonheur des autres.

Nous alternons ici entre enquête actuelle sur le meurtre du professeur à la retraite et flash-back dans la vie d'Elsy. Par le biais de journaux intimes qu'Erica compulse, le lecteur plonge dans l'adolescence de sa mère à l'époque de la seconde guerre mondiale. Cette partie m'a, vous vous en doutez, passionnée. S'imprégner de l'ambiance en Suède et en Norvège à ce moment là était vraiment très intéressant et aborder l'Histoire sous cette forme m'a donné envie de creuser plus en profondeur ce volet ci de ce conflit mondial pour ma culture personnelle. Je ne savais que très peu de choses sur la façon dont les pays nordiques avaient vécu ce moment de l'Histoire et bien que nous retrouvions ici les mêmes résistants et collaborateurs qu'ailleurs, les choix politiques de ces deux pays sont intéressants à étudier.

Deux époques différentes donc, trois générations, mais toujours les mêmes problématiques. C'est ainsi que Camilla Läckberg évoque entre autres des thématiques fortes telles que le racisme, la tolérance ou l'homosexualité. En 1945 et en 2011, les mentalités ont globalement évoluées mais certains groupuscules extrémistes restent sur leurs idées de protectionnisme d'un autre âge et sur leurs convictions xénophobes nauséabondes. "L'Enfant allemand" est donc doublement captivant et émouvant car les deux histoires se déroulant en parallèle sont chacune à leur manière passionnante et cruelle. Le lecteur souhaitant autant savoir le fin mot de l'histoire pour Elsy que pour Erica et Patrik, l'auteure a su remarquablement équilibrer son récit et offrir autant de suspense et de tension à ces deux volets d'une histoire commune.

Le lecteur est une fois de plus pris au piège par la plume de Camilla Läckberg qui, en plus de nous servir un roman saisissant, nous charme toujours en douceur avec ses personnages que l'on continue de découvrir et d'aimer. A eux se rajoutent ici de nouvelles têtes qui viennent faire évoluer le destin de certains protagonistes et donnent à voir de futures évolutions possibles amusantes et douces. Le rythme est lent encore une fois, on s'attache aux personnages tout doucement, comme dans la vie. Camilla Läckberg n'est pas adepte du suspens effréné et du page turner. Ici, les choses prennent tout leur temps pour se mettre en place. On aime ou on déteste mais il faut tester pour en avoir le coeur net. Vous l'aurez compris, je vous encourage à le faire et, de mon côté, je poursuis tranquillement ma route sur les 9 tomes que comptent pour l'instant cette fresque sur l'île de Fjällbacka...

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- "La Princesse des glaces"
- "Le Prédicateur"
- "Le Tailleur de pierre"

- "L'Oiseau de mauvais augure"

dimanche 6 novembre 2016

Craquages du week-end de Mr K

C'est de façon tout à fait innocente que Nelfe et moi allions faire nos courses ce samedi. Par le plus grand des hasards, mes pas m'ont conduit sur un rayonnage déstockage de livres de la super maison d'édition Au Diable Vauvert à des prix riquiquis. Impossible de laisser passer cette occasion, vous me connaissez !

Voici le fruit de mes trouvailles :

Acquisitions novembre

- Hiroshima n'aura pas lieu de James Morrow. Un livre à priori complètement frappé où l'armée américaine décide durant 1945 de faire appel à un acteur spécialisé en monstres de tout genre pour éviter de recourir à l'arme atomique contre l'empire du soleil levant. L'idée ? Des iguanes géants cracheurs de feu prêts à dévaster les terres nippones. Dingue, vous avez dit dingue ? À priori, on nage dans le loufoque et l'auteur rend hommage au passage au cinéma de série Z. Tout bon pour moi !

- Le Jour où la guerre s'arrêta de Pierre Bordage. Un Bordage que je n'ai pas lu. Si si, c'est possible ! Dans ces conditions, je ne regarde même pas la quatrième de couverture et j'adopte directement l'opus. Sachez qu'il est ici question d'un mystérieux jeune homme qui fait cesser toute forme de conflit sur Terre pendant toute une semaine. Comment ? Pourquoi ? Pour le savoir, il ne me reste qu'à lire l'ouvrage. Hâte, hâte, hâte !

- Crime d'Irvine Welsh. Là encore difficile de résister à un auteur qu'on apprécie beaucoup et Irvine Welsh en fait partie notamment depuis la lecture enthousiaste du très space Une Ordure et du classique Trainspotting (lu avant l'ouverture du blog). Suite à une mauvaise passe, un inspecteur écossais se retrouve en Floride pour changer de vie, malheureusement pour lui on ne fuit sa nature qu'un temps et il va devoir à nouveau se mouiller pour protéger l'enfance en danger. Ça promet un polar captivant et sans doute inspiré. Wait and read !

- Transparences et Balade choreïale d'Ayerdhal. Disparu trop tôt selon beaucoup d'amateurs de SF, Ayerdhal m'est inconnu en terme d'oeuvre littéraire pour le moment. L'occasion était rêvée de le découvrir avec ces deux brochés à moindre prix, l'un étant un polar pur jus mettant en perspective notre histoire immédiate et l'autre versant plus dans la SF avec la thématique de la colonisation d'une nouvelle planète par l'espèce humaine. Je suis impatient de découvrir cet auteur, j'essaierai de m'y mettre avant la fin de l'année.

plage novembre

Aujourd'hui c'est dimanche, le temps le permettant, Nelfe et moi sommes allés nous promener sur le beau littoral de Guidel près de chez nous. Du beau temps, du vent et quelques nuages après nous rentrons chez nous et paf ! Nous croisons la boîte à livre de Guidel placée en face de l'église et patatra, je tombe sur trois volumes intéressants ! Qui a dit que j'étais irrécupérable ? Aaaaaarrrrrrrg !

Acquisitions novembre 2

- Niourk de Stefan Wul. Un roman de SF pour la jeunesse où dans un monde post-apocalyptique, un jeune enfant différent fuit l'incurie des adultes superstitieux. La quatrième de couverture est engageante et vu mon amour immodéré pour Stefan Wul, je ne pouvais décemment laisser ce livre dans le froid de ce mois de novembre commençant. 

- Une saga moscovite de Vassili Axionov. Deux volumes pour un roman, format traditionnel des grandes sagas russes à la Dostoïevski. L'auteur nous raconte la destinée des Gradov, famille de grands militaires et de fameux médecins pendant la période du règne stalinien de 1924 à 1953. C'est le genre de pitch qui me parle, il mêle à la fois l'Histoire et la vie des gens qui la font ou la défont, et ici plus particulièrement, l'auteur a l'occasion de peindre le portrait de la Russie au temps de la dictature. De grandes promesses que j'ai hâte de découvrir.

+ 8 dans ma PAL ! Aie aie aie ! C'est mal barré cette affaire ! On a beau dire, on a beau faire, on ne sait jamais quand l'addiction frappera. Je suis quand même bien content d'avoir croisé ces volumes qui tous autant qu'ils sont promettent de riches heures de lecture.

Si vous avez lu l'un ou l'autre, n'hésitez pas à laisser vos avis dans les commentaires. Je ne sais pas encore par lequel je vais commencer...