lundi 4 janvier 2016

"Du vide plein les yeux" de Jérémie Guez

du vide plein les yeuxL'histoire : "J'offre à ces gens-là une solution de facilité, je comprends leurs besoins, je parle leur langue et leur garantis que les choses n'iront pas trop loin. Je fixe aussi des limites : j'ai déjà refusé plusieurs contrats de meurtre. Moi, je fais un boulot simple. Je suis des femmes et parfois des maîtresses pour des hommes soupçonneux. Je surveille des gosses pour des parents inquiets. A la rigueur, je menace certaines personnes à l'occasion, mais basta. Je ne suis pas un voyou et je n'en serai jamais un. Tout est une question d'échelle. Pour la rue, je suis une grosse baltringue mais pour ces gens-là je suis le putain de grand méchant loup. Je règne sur une niche commerciale et jusq'ici je suis sans concurrent, personne n'ayant eu la mauvaise idée de se positionner sur le même créneau que moi pour venir gratter quelques milliers d'euros par an."

A 30 ans passés, Idir s'est improvisé détective privé après un malencontreux séjour en prison. Sa clientèle : des gros bonnets du CAC 40, qui lui confient leur linge sale. Son terrain d'enquêtes : les beaux quartiers de Paris et ses grands appartements sur plusieurs étages. Perdu dans le ghetto du gotha, où il doit retrouver le fils d'un patron de presse, Idir va risquer sa vie pour faire éclater la vérité.

La critique Nelfesque : J'avais lu, il y a quelques années, "Balancé dans les cordes" de Jérémie Guez que j'avais particulièrement aimé. J'ai été tentée par "Du vide plein les yeux" lors d'un chinage chez Emmaüs. Je trouve le nom de ce roman superbe (oui je peux lire un roman juste parce que son nom me plaît) et, entre nous, je ne prenais pas beaucoup de risque connaissant déjà l'écriture de l'auteur et son univers. Alors convaincue ? Un grand oui !

Un roman qui commence par l'épigraphe suivant ne peut pas être mauvais :
"- Mais qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?
- Oh ta gueule... J'essaye de réfléchir."
(James Belleck, Red Clay Visions)

Ici, le lecteur fait la connaissance de Idir. Jeune homme bien sous tous rapports, ayant fait des grandes études et fréquentant le milieu bourgeois de la capitale, il va un jour être confronté à une histoire douteuse et se retrouve en prison. Il a 24 ans.

Nous le retrouvons quelques années plus tard, jeune trentenaire et maintenant à la tête d'un petit business lucratif. Le contrat est simple : il propose ses services à des hommes d'affaires et résout leurs problèmes. Il leur rends des petits services sans grandes conséquences mais qui ne peuvent être fait que par lui. Idir, le caïd chez les riches. Mais un jour, celui qui l'a mené droit en cellule, lui demande de l'aider à retrouver son frère disparu. Il va finir par accepter cette mission et va se retrouver au coeur d'une histoire trouble qui mettra sa vie et celle de ses proches en danger.

Nous sommes ici dans du roman noir pur jus. La nuit suinte le vice, la bourgeoisie se drogue, les hommes de main arborent des mitraillettes et les belles voitures sont de sortie. L'écriture de Jérémie Guez colle parfaitement à cet univers noir très parisien. Avec des phrases courtes, un vocabulaire sec et cru, le lecteur est complètement immergé dans cette histoire douteuse et pleine de zones d'ombres. Certains trouveront ce roman vulgaire parfois mais personnellement, j'aime quand l'ambiance d'un ouvrage transparaît dans l'écriture de son auteur et ici c'est 100% convaincant. Lecteurs un peu prudes, passez votre chemin. Adeptes des romans qui poissent, jetez-vous dessus.

En un peu plus de 200 pages, l'auteur nous propose un florilège de bobos de riches. Un frère gay qui semble avoir eu besoin de prendre du recul avec sa famille, une voiture hors de prix qui disparaît, une jeunesse cockée jusqu'aux yeux parce qu'il faut bien s'amuser, des couples qui ne s'aiment plus, le culte des apparences... Idir, détective privé peu ordinaire, va mener l'enquête et démêler le vrai du faux. C'est une histoire ordinaire que nous propose l'auteur mais avec sa plume et son style incisif, le lecteur est littéralement porté par l'histoire et ne peut décrocher les yeux de ses pages. Du vide plein les yeux...

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jeudi 21 mars 2013

"Balancé dans les cordes" de Jérémie Guez

BalancedanslescordesL'histoire: Tony est un jeune boxeur. Garçon sans histoires, il consacre sa vie au sport, prépare son premier combat pro et se tient à l'écart des trafics qui rythment la vie de la cité. Mais il doit composer avec une mère à problèmes, qui se laisse entretenir par des voyous. Tout dérape lorsque l'un d'entre eux la bat et l'envoie à l'hôpital. Tony décide de faire appel à Miguel, le caïd de la ville, pour étancher sa soif de vengeance. Dans ce milieu, rien n'est jamais gratuit. La faveur demandée a un prix, celui du sang.

La critique Nelfesque: Jérémie Guez signe à 25 ans son second roman. Fasciné par les Paris et ses quartiers nord, il poursuit l'écriture de sa trilogie parisienne dont "Balancé dans les cordes" fait partie. A noter que l'on peut tout à fait lire ce roman sans avoir lu son premier, "Paris la nuit". Je n'ai d'ailleurs eu connaissance de son projet de trilogie qu'une fois ma lecture achevée.

J'aime l'univers de la boxe et j'aime les romans noirs. Ce roman ci mêle ces deux aspects nous narrant l'histoire de Tony, jeune banlieusard, ayant vécu à Paris mais migrant dans les quartiers nord suite aux problèmes financiers de sa mère, qui voit dans la boxe un échappatoire à la vie de la cité et dans la salle d'entraînement le seul lieu où il se sent bien.

Ce roman est très court mais ses 190 pages sont suffisantes pour nous dépeindre la vie d'un quartier et les aspirations d'un jeune boxeur plein d'ambition. Par quelques procédés de flash-back, Jérémie Guez nous donne des indications sur la prime jeunesse de Tony et ses début à la salle. Dès son arrivée à la cité, son oncle, pour l'éloigner des mauvaises fréquentations possibles, le mène à Patrick, entraîneur et directeur de salle, qui va faire de lui un futur grand boxeur. Son premier combat professionnel est d'ailleurs le pivot central du roman le faisant basculé du roman contemporain au roman noir.

Ressorti victorieux de ce combat, il est remarqué par Miguel qui voit en lui un futur homme de main. Sournoisement, il va se rapprocher de lui et de sa famille, le paterner et le faire basculer dans la délinquance. Mais de délinquant, Tony n'en a pas le CV et encore moins l'attitude. Il en voit tous les jours en bas de son immeuble et un de ses amis d'enfance, Moussa, est devenu un caïd de la cité mais il est fondamentalement honnête et se tient autant que faire se peut éloigné des magouilles du quartier.

Sa mère, en revanche, n'a pas les mêmes états d'âme. On ne sait pas clairement de quoi elle vit et les types louches se succèdent dans son appartement. Arrive ce qui devait arriver, elle se fait agressée chez elle par l'un d'eux. Tony voit rouge, décide de se venger et contacte Miguel. C'est le début d'une descente aux enfers. Oeil pour oeil, dent pour dent et service rendu pour service rendu. Il va devoir se plier aux quatre volontés de Miguel et faire des choses que sa morale réprouve. Mais jusqu'où Miguel peut-il aller pour s'allouer définitivement les services de Tony?

Les phrases sont courtes et le style de l'auteur percutant à l'image du sport mis ici en lumière. Je l'ai déjà dit, Jérémie Guez n'a que 25 ans et si il écrit ce genre de roman à son âge, c'est assurément un auteur à suivre à l'avenir. On est ici dans le même état d'esprit que dans "Un amour fraternel" de Pete Dexter (auteur plus mur et roman plus abouti que je vous conseille vivement!).

Amitié, respect et valeur sont autant de sujets abordés dans "Balancé dans les cordes" avec leurs pendants, violence, trahison, sang. Loin du manichéisme, l'auteur nous montre qu'un homme est rarement tout noir ou tout blanc. On se prend d'affection pour le personnage principal et on souffre avec lui dans les dernières pages du roman. Un roman noir se finissant rarement bien, on en prend plein la tête. Je vous le conseille!

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