du vide plein les yeuxL'histoire : "J'offre à ces gens-là une solution de facilité, je comprends leurs besoins, je parle leur langue et leur garantis que les choses n'iront pas trop loin. Je fixe aussi des limites : j'ai déjà refusé plusieurs contrats de meurtre. Moi, je fais un boulot simple. Je suis des femmes et parfois des maîtresses pour des hommes soupçonneux. Je surveille des gosses pour des parents inquiets. A la rigueur, je menace certaines personnes à l'occasion, mais basta. Je ne suis pas un voyou et je n'en serai jamais un. Tout est une question d'échelle. Pour la rue, je suis une grosse baltringue mais pour ces gens-là je suis le putain de grand méchant loup. Je règne sur une niche commerciale et jusq'ici je suis sans concurrent, personne n'ayant eu la mauvaise idée de se positionner sur le même créneau que moi pour venir gratter quelques milliers d'euros par an."

A 30 ans passés, Idir s'est improvisé détective privé après un malencontreux séjour en prison. Sa clientèle : des gros bonnets du CAC 40, qui lui confient leur linge sale. Son terrain d'enquêtes : les beaux quartiers de Paris et ses grands appartements sur plusieurs étages. Perdu dans le ghetto du gotha, où il doit retrouver le fils d'un patron de presse, Idir va risquer sa vie pour faire éclater la vérité.

La critique Nelfesque : J'avais lu, il y a quelques années, "Balancé dans les cordes" de Jérémie Guez que j'avais particulièrement aimé. J'ai été tentée par "Du vide plein les yeux" lors d'un chinage chez Emmaüs. Je trouve le nom de ce roman superbe (oui je peux lire un roman juste parce que son nom me plaît) et, entre nous, je ne prenais pas beaucoup de risque connaissant déjà l'écriture de l'auteur et son univers. Alors convaincue ? Un grand oui !

Un roman qui commence par l'épigraphe suivant ne peut pas être mauvais :
"- Mais qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?
- Oh ta gueule... J'essaye de réfléchir."
(James Belleck, Red Clay Visions)

Ici, le lecteur fait la connaissance de Idir. Jeune homme bien sous tous rapports, ayant fait des grandes études et fréquentant le milieu bourgeois de la capitale, il va un jour être confronté à une histoire douteuse et se retrouve en prison. Il a 24 ans.

Nous le retrouvons quelques années plus tard, jeune trentenaire et maintenant à la tête d'un petit business lucratif. Le contrat est simple : il propose ses services à des hommes d'affaires et résout leurs problèmes. Il leur rends des petits services sans grandes conséquences mais qui ne peuvent être fait que par lui. Idir, le caïd chez les riches. Mais un jour, celui qui l'a mené droit en cellule, lui demande de l'aider à retrouver son frère disparu. Il va finir par accepter cette mission et va se retrouver au coeur d'une histoire trouble qui mettra sa vie et celle de ses proches en danger.

Nous sommes ici dans du roman noir pur jus. La nuit suinte le vice, la bourgeoisie se drogue, les hommes de main arborent des mitraillettes et les belles voitures sont de sortie. L'écriture de Jérémie Guez colle parfaitement à cet univers noir très parisien. Avec des phrases courtes, un vocabulaire sec et cru, le lecteur est complètement immergé dans cette histoire douteuse et pleine de zones d'ombres. Certains trouveront ce roman vulgaire parfois mais personnellement, j'aime quand l'ambiance d'un ouvrage transparaît dans l'écriture de son auteur et ici c'est 100% convaincant. Lecteurs un peu prudes, passez votre chemin. Adeptes des romans qui poissent, jetez-vous dessus.

En un peu plus de 200 pages, l'auteur nous propose un florilège de bobos de riches. Un frère gay qui semble avoir eu besoin de prendre du recul avec sa famille, une voiture hors de prix qui disparaît, une jeunesse cockée jusqu'aux yeux parce qu'il faut bien s'amuser, des couples qui ne s'aiment plus, le culte des apparences... Idir, détective privé peu ordinaire, va mener l'enquête et démêler le vrai du faux. C'est une histoire ordinaire que nous propose l'auteur mais avec sa plume et son style incisif, le lecteur est littéralement porté par l'histoire et ne peut décrocher les yeux de ses pages. Du vide plein les yeux...