vendredi 25 juillet 2014

"Légende et réalité de Casque d'or" d'Annie Goetzinger

Couv_3515

L'histoire: Biopic littéraire et dessiné autour de la figure populaire d'Amélie Élie.

La critique de Mr K: Ceux qui suivent régulièrement notre blog savent que je voue une admiration sans borne à Annie Goetzinger qui aborde avec talent et finesse chaque sujet qu'elle touche. Elle n'a pas son pareil pour allier destin intimiste et évocation réaliste et rigoureuse d'une période historique, dans La Diva et le Kriegspiel il s'agissait de la seconde guerre mondiale et dans La Demoiselle de la Légion d'honneur l'auteur revenait sur la décolonisation. Ici, dans Légende et réalité de Casque d'Or, elle nous convie dans le Paris populaire de la Belle Époque du début du siècle dernier.

Il est ici question d'amour, de crime organisé et de luttes d'influence dans le milieu criminel de l'époque. Casque d'or est le surnom d'une jeune prostituée de l'époque, Amélie Élie, qui va quasiment provoquer une lutte entre deux bandes rivales dont les chefs respectifs sont fortement épris de la belle. Passion et déraison se conjuguent donc de manière fatale dans ce récit tiré de l'histoire vraie d'Amélie Élie avec quelques éléments romanesques rajoutés pour optimiser le rythme du récit.

P7250003

Cette BD est une vraie réussite. Tout d'abord, elle est d'un réalisme assez bluffant. Goetzinger retranscrit à merveille l'univers des malfrats de l'époque avec leurs tenues, leurs schémas de pensée (on est loin des gangs d'aujourd'hui), leur manière de parler est très bien retranscrite et l'on se retrouve plonger en apnée dans cette univers de misère et de violence. Des passages sont assez corsés, l'auteur ne nous épargnant pas, voulant par là même respecter le point de vue naturaliste qu'elle a voulu adopter. Au milieu de tous ces événements et influences malsaines, l'héroïne tente de surnager et de s'extraire de sa condition sans réelle réussite tant la société est sclérosée sur ses principes de l'époque et qu'il est difficile d'échapper à sa classe sociale (si sa vie vous intéresse de nombreux articles forts intéressants lui sont consacrés sur le net). À travers diverses péripéties, il nous est aussi permis d'appréhender le fonctionnement et le comportement de la police et de la justice de l'époque, des institutions religieuses et de manière générale la vie du petit peuple de Paris.

P7250001

Bon voyage que cette lecture même si le sujet n'est pas des plus gais. Les dessins et les planches se suivent avec bonheur entre réalisme et quelques passages plus poétiques. On retrouve les traits vifs et fins d'Annie Goetzinger qui en plus, signe les textes et le scénario. Rien à redire, bien au contraire, cette découverte fut intense et addictive à souhait, je l'ai parcouru d'une seule traite entre intérêt et surprises successives réservées par la trame. Le récit est puissant, évocateur et l'on comprend mieux pourquoi cette affaire Amélie Élie a marqué les consciences de l'époque et fait les choux gras de la presse de l'époque. La vie de certaines personnes s'apparentent vraiment parfois à un roman et Casque d'or en fait partie.

Je ne peux donc que vous recommander cette BD et de mon côté il ne me reste plus qu'à voir le film homonyme de Jacques Becker avec Simone Signoret, métrage qui paraît-il, est une œuvre maîtresse du cinéma français. Wait and see!

P7250004

Posté par Mr K à 21:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

samedi 1 mars 2014

Pétage de plombs littéraire de début de vacances

Depuis hier soir, Mr K est en vacances. Remarquant que nous n'avions pas assez de choses à lire à la maison (hum...), il a eu la bonne idée d'aller chez Emmaüs aujourd'hui. Je suis faible, j'ai suivi... Et là, c'est le drame... pour notre PAL!

Roooo bon, ça va, c'est pas comme si c'était tout le temps!!! Je pars me cacher et je vous laisse découvrir le craquage du jour.

Côté BD:

Emmaus

- Les Passagers du vent (Tomes 1 à 5) de François Bourgeon, auteur hautement apprécié de Mr depuis sa lecture de "Les Compagnons du crépuscule". Depuis le temps que cette série lui faisait de l'oeil, il n'allait pas s'en priver vu le prix affiché.
- Monsieur Jean - Les Nuits les plus blanches de Dupuy et Berberian. Un Monsieur Jean ne se refuse pas pour Mr K!
- Légende et réalité de Casque d'or d'Annie Goetzinger. Une dessinatrice déjà dans la bdthèque et très apprécié ici.
- Je m'appelle Jean Cyriaque de Jean-Pierre Dionnet et Jean Solé. Une BD bien barrée datant d'une époque dorée.

Acquisitions Nelfesques:

Emmaus1

- "Bernard" de David Foenkinos parce que j'ai été intrigué par ce roman/nouvelle qui reprend les personnages et la trame de "La Tête de l'emploi" que j'ai lu il y a peu tout en ayant l'air différent. Etrange!
- "La Couleur des sentiments" de Kathryn Stockett que Mr K m'a déniché et que nous voulions lire tous les 2. Future chronique à 4 mains!
- "L'Abandon" de Peter Rock. Là encore, future chronique à 4 mains. Ca m'a l'air bien malsain et éprouvant comme roman...
- "Itinéraire d'un salaud ordinaire" de Didier Daeninckx. Premier Daeninckx pour moi et ici il est question de la seconde guerre mondiale. Je n'ai pas pu résister.
- "Les Vacances d'un sérial killer" de Nadine Monfils. Aaaaah! Depuis le temps que je veux le lire!
- "Le Petit monde du Golem" de Joann Sfar. Parce que j'adore cet homme autant en auteur de BD qu'en roman ou en réalisateur.

Acquisitions de Mr K:

Emmaus3

- "Une Dernière chance pour Rebus" et "Du fond des ténèbres" de Ian Rankin. C'est toujours un plaisir de suivre les enquêtes de Rebus l'écossais. Ces deux là me tendaient leurs petites menottes.
- "L'Armée furieuse" de Fred Vargas. Enfin en poche et d'occas'! Trop la classe!
- "Un Blues de coyote" de Christopher Moore. L'occasion m'est enfin donné de lire un autre ouvrage de l'auteur du cultissime "L'Agneau".
- "Le Premier cavalier de l'Apocalypse" de John Case. Epidémie virale, complot, sciences, sectes, prophétie, Apocalypse... Il ne m'en fallait pas plus pour acquérir ce volume.

Emmaus2

- "Les Conseils de Tonton DSK" de Plantu parce qu'un Plantu, ça ne se refuse pas!
- "Le Complot contre l'Amérique" de Philip Roth. Cet auteur m'avait ému aux larmes avec "Un Homme", gageons qu'il me fasse frissonner avec cette uchronie bien sombre.

Emmaus4

- "Les Déferlantes" de Claudie Gallay. Sujet du DNB 2013, auréolé du Grand Prix des Lectrices Elle, de multiples critiques positives m'ont encouragé à tenter l'aventure.
- "Concerto à la mémoire d'un ange" d'Eric-Emmanuel Schmitt. Un ouvrage de l'auteur que je n'avais pas encore lu et comme on l'adore au Capharnaüm, pas question de ne pas lui ouvrir notre bibliothèque.
- "Le Magasin des Suicides" de Jean Teulé. Parce que je ne l'ai toujours pas lu et c'est une honte quand on sait que j'adore Teulé!
- "La Mort du roi Tsongor" et "La Porte des Enfers" de Laurent Gaudé. Car l'écriture de Gaudé, c'est comme le chocolat, ça fond dans la bouche et c'est un bonheur renouvelé à chaque lecture.
- "Baise moi" de Virginie Despentes. Pour le relire, le réapprécier et puis comme tous nos lecteurs fidèles le savent, je suis profondément amoureux de la dame et de son style.
- "J'irai cracher sur vos tombes" de Boris Vian. Depuis des années, on m'en a parlé, je l'ai cherché, je l'ai enfin trouvé! Je vais bientôt avoir mon avis fixé.
- "La Joueuse de go" de Shan Sa. J'aime les jeux, j'aime l'Histoire, à priori ce roman devrait me plaire surtout qu'il a bonne presse.
- "Les Charmes discrets de la vie conjugale" de Douglas Kennedy. Une histoire de passé qui ressurgit, entre les mains de Douglas Kennedy, ça promet de faire des étincelles.

Conclusion: Mr K a explosé sa PAL qui était déjà fort bien remplie. Quant à la mienne, son sort n'est pas enviable.
Bon ben je crois que vous avez là les principales occupations de nos prochains mois!!!
Et encore... On s'est retenu...

lundi 12 août 2013

"La Demoiselle de la Légion d'Honneur" de Annie Goetzinger et Pierre Christin

demoisellelegiondhonneurL'histoire: Parce que ma vie, même si j'avais tout fait pour oublier que je la vivais, je la sentais quand même qui s'écoulait hors de moi, absurde ruisselet aux rives imprécises...

La critique de Mr K: Une nouvelle BD du scénariste Pierre Christin à mon actif aujourd'hui! On le retrouve ici avec la dessinatrice Annie Goetzinger pour une deuxième collaboration après ma lecture enthousiaste du volume "La Diva et le Kriegspiel". "La Demoiselle de la légion d'honneur" appartient lui aussi à la collection Portraits souvenirs de la maison d'édition Dargaud et ce volume n'a fait que renforcer tout le bien que je pouvais penser d'eux. Une fois de plus, c'est au travers le destin d'une femme lambda que les auteurs nous invitent à traverser tout un pan de siècle pour mieux explorer les périodes obscures de notre Histoire commune.

Aline Erckmann est pupille de la nation. Orpheline suite à la défaite française en Indochine, elle est placée là où vont les filles de soldats morts pour la patrie française avec les honneurs et devient une demoiselle de la légion d'honneur. Dans cette institution très rigoriste pour jeunes filles, elle va passer toute son adolescence et va être en quelques sorte "façonnée". Garants de sa bonne "éducation" , l'inspectrice générale (genre de Folcoche fonctionnaire) et les éducatrices vont s'efforcer d'en faire une femme soumise, n'obéissant qu'aux devoirs incombant à son sexe, réfrénant ses désirs et aspirations. Très vite, elle sera présentée à l'héritier d'une grande famille de la nomenklatura française de l'époque et se mariera comme dans un rêve sans réellement s'en rendre compte. Mais derrière la façade féérique se cache des réactionnaires extrémistes et une vie qui s'envole.

planche_demoiselle_legion_honneur(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

La grande force de Christin réside dans son talent pour caractériser ses personnages et nous proposer une histoire ancrée dans le réel. Le personnage d'Aline est un modèle du genre que l'on retrouve souvent dans les grands fresques littéraires historiques. Rien ne la distingue vraiment mais à travers son destin contrarié, les auteurs abordent des sujets sensibles comme la place de la femme française dans l'après Seconde Guerre mondiale et les choix qui pouvaient s'offrir à elle. Témoin de son temps et de sa vie, le personnage principal pendant une bonne partie de la BD semble absente de son existence et suit les courants sans réellement s'impliquer. Sa belle famille l'utilise comme un bel objet de décoration pour leurs réceptions et les prises de contact de son mari qu'elle se contente de suivre sans vraiment poser de questions. Pour cela, elle se révèle bien énervante même si les planches qui se suivent ne font qu'évoquer les normes sociales d'une époque rétrograde. Le déclic finit bien par venir et elle doit alors prendre son courage à demain pour réunir ce qui lui reste de dignité et d'amour maternel pour retrouver son enfant et se construire enfin une vie où elle décidera seule de son avenir. La fin du récit se termine sur une note optimiste malgré un récit tortueux et vertigineux à la fois.

En suivant Aline, on explore aussi les phases cachées et peu avouables de notre histoire avec notamment une plongée sans concession dans la guerre d'Algérie et le ressentiment nourri par les pro Algérie française mais aussi dans le monde colonial français en pleine déliquescence. Au détour des planches, il est question de complot visant à déstabiliser le pouvoir gaullien accusé de traitrise envers la patrie, des coutumes ancestrales de certaines tribus africaines, de la prise du pouvoir à Cuba par Castro, de scandales politiques, de mai 68, de la lutte des classes et plus particulièrement des mœurs nauséabonds régnant au cœur des grandes familles aristocratiques... Le tout est remarquablement traité avec un souci du détail et un traitement historique sans faille. Belle manière en tout cas de réviser cette période clef que fut la Guerre Froide pour la planète entière car vous l'avez compris, le lecteur voyage beaucoup en compagnie de l'héroïne.

planche demoiselle legion honneur

(cliquez sur l'image pour voir en plus grand)

L'aspect technique est lui aussi très réussi. Les dessins de Goetzinger sont simples mais toujours justes et évocateurs à souhait. On est vraiment plongé dans une époque et son talent complète à merveille celui de Christin. Les pages se tournent rapidement, sans effort et le suspens est maintenu jusqu'au bout. Les allers-retour constant entre la grande Histoire et la vie d'Annie se font naturellement et on ressort à la fois plus instruit mais aussi transporté par cet récit très bien mené.

Une belle expérience de lecture pour un ouvrage que je vous invite à découvrir au plus vite.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse
- La diva et le kriegspiel

Posté par Mr K à 17:33 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
vendredi 22 juin 2012

"La diva et le kriegspiel" de Pierre Christin et Annie Goetzinger

00149f70L'histoire: A la Libération de la France, une célèbre cantatrice est arrêtée interrogée par des maquisards. Elle refuse de parler, les résistants reconstituent à sa place son histoire, son parcours.

La critique de Mr K: Dans cet ouvrage, on suit la vie et la carrière de Camille Provost, grande chanteuse lyrique française, depuis sa naissance dans une famille modeste et sa déchéance lors de la libération. Derrière ce récit de vie se cache une réflexion plus générale sur la période de l'occupation et le rôle que chacun a pu y jouer du collaborationniste zélé au résistant le plus farouche.

Tout commence au début du 20ème siècle avec la jeunesse de Camille. Les fêlures familiales sont déjà là, son père chômeur longue durée va peu à peu glisser dans l'alcoolisme et se laisser séduire par les idées de l'extrême droite véhiculées par les ligues de patriotes (beau passage sur les émeutes du 6 février 34 qui ont vu s'affronter les deux extrêmes face au palais Bourbon) et sa mère qui fait vivre la maisonnée par de menus travaux de couture qu'elle réalise à droite et à gauche.. Camille va se découvrir un réel talent de chanteuse et ne vit que pour son art. Grâce à une rencontre providentielle, elle va pouvoir l'exercer et sublimer toutes les œuvres qu'elle interprète. Elle va au cours de ses tournées rencontrer un germanophile passionné qui va se révéler par la suite être un fervent amateur de l'État Français de Pétain qu'il jugera par la suite pas assez déterminé dans l'aide à apporter à l'Allemagne vis à vis du péril juif.

Jusqu'à cette période trouble, le personnage de Camille est attachant. Elle se contente de vivre l'instant présent sans se préoccuper de la montée des périls durant les années 30 et mène une vie mondaine et insouciante. Son père devenu collabo, son mari propagandiste vichyssois, elle détournera la tête sans pour autant agir durant l'occupation malgré ses relations privilégiée avec des personnes de confession juive. Étrange personnage animé par le désir de vivre pleinement son art (voir l'intro avec sa maison en carton de petite fille) qui va se faire emporter par ses démons: l'indifférence et l'égocentrisme.

Le récit se présente comme la prise d'une déposition. Tout commence dans une ferme, où Camille est interrogée par un duo de résistants qui doit trier le bon grain de l'ivraie. Nous sommes donc situé au moment de l'épuration et il ne plane pas un seul doute sur le verdict qui sera prononcé envers Camille: la mort. Pour autant, au fil du déroulement, on se rend compte que les choses ne sont pas si simples, que les apparences sont parfois trompeuses et la fin vient nous cueillir comme si de rien n'était. On retrouve ici tout le talent de scénariste de Pierre Christin qui reconstitue de manière impeccable cette période historique complexe et le destin de Camille embrasse crédiblement l'Histoire avec un grand H. Ce fut une très bonne lecture qui conjugue à la fois ton épique et drame intimiste. Une belle expérience que je vous invite à partager!

9782205054040-page2-I400x523

(Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même scénariste:
- La maison du temps qui passe
- La croisière des oubliés
- Partie de chasse

Posté par Mr K à 14:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,