dimanche 22 janvier 2017

Premier craquage de PAL 2017 !

Il fallait bien que ça arrive un jour... voici le traditionnel premier post d'acquisition du Capharnaüm éclairé de l'année 2017! Vous connaissez notre amour des livres de seconde main, ces occasions en or que l'on trouve au détour d'un étal ou d'un bac. Comme vous allez pouvoir le constater, l'année débute pas mal du tout avec 14 ouvrages collectés qui vont rejoindre nos PAL respectives.

Acquisitions ensemble 2

Leurs origines sont diverses certains venant de notre abbé préféré, d'autres de boîtes à livres du secteur ou encore de magasins de revente. Il y en a pour tous les goûts mais ce qui ne change pas par contre, c'est qu'une fois de plus je bats Nelfe à plat de couture en terme de plombage de PAL. Mais à ce jeu là, vous savez que je suis redoutable... Voici par le menu, les nouveaux livres adoptés !

Acquisition 1

On commence avec quelques auteurs "classiques" que j'affectionne tout particulièrement entre retrouvailles et relecture.

- Premier de cordée de Roger Frison-Roche. Il s'agira pour moi d'une relecture car c'est un livre que j'avais découvert et dévoré en 6ème lors d'un atelier lecture avec ma prof de français. J'ai hâte de retrouver les grands espaces, la nature magnifiée et les destins contrariés d'une famille attachée à la montagne. Madeleine de Proust quand tu nous tiens !

- L'Arrache coeur de Boris Vian. Voici un livre dont j'ai beaucoup entendu parler et que je n'ai toujours pas lu. Vian étant un auteur que j'apprécie (surtout L'Automne à Pékin et le génialissime L'Écume des jours), je vais tenter l'aventure de cette lecture qui s'annonce sombre dans une étude sans concession de nos travers.

- La Symphonie pastorale d'André Gide. Aaaah Gide ! Comment oublier Les Nourritures terrestres, un livre qui m'avait laissé pantois. Avec ce titre, il explore le mythe de l'enfant sauvage en le doublant d'amour contrarié. J'espère retrouver la sensibilité à fleur de mot de l'auteur et son écriture si envoûtante.

Acquisition 2

Ma PAL côté policier / polar / suspens baissait dangereusement (comprendre plus que 30 unités livresques -sic-), nos errances de janvier m'ont permis d'attraper ces trois titres :

- La Nuit est sale de Dan Kavanagh. Un volume "série noire" de plus dans ma PAL avec une sombre histoire de flic mis au placard qui va s'attaquer à du gros gibier en plein quartier de Soho à l'ombre. Nulle place pour l'espoir à priori avec ce roman d'un auteur que je ne connais pas mais dont la quatrième de couverture m'a attiré de suite. Wait and read...

- L'Ile des morts de P.D. James. Un riche excentrique invite dans son château victorien isolé sur une île des amis à lui. Les réjouissances ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu, la mort s'étant invitée aussi. Là encore, c'est un coup de poker que cette acquisition dont le résumé m'a fait beaucoup penser au livre de Guillaume Chérel paru chez Mirobole en septembre dernier mais à priori en bien moins drôle... Qui lira, verra !

- La Princesse noire de Serge Brussolo. Impossible pour moi de dire non à cet auteur qui m'a procuré tant de plaisir de lecture. Ce Brussolo ci est un thriller médiéval faisant la part belle au mystère et aux croyances de l'époque dans un vieux château cachant bien des secrets dans ses entrailles... Hâte de voir de quoi il en retourne !

Acquisition 3

Pour continuer, un peu de SF histoire de bien exploser ma PAL de ce côté ci !

- L'Agonie des ténèbres de George R.R. Martin. Il s'agit d'un ouvrage de jeunesse de l'auteur devenu culte avec sa saga du Trône de fer. À classer dans le space opéra mâtiné d'aventure, un homme va se rendre sur une planète inconnue pour délivrer son ex-amante aux prises avec des ravisseurs aux codes tribaux inflexibles. Une expérience SF satisfaisante avec cet auteur (Chanson pour Lya) me donne bonne espoir pour cette future lecture.

- L'Oreille interne de Robert Silverberg. Un de mes auteurs SF favori a de nouveau croisé ma route avec ce roman considéré comme un de ses meilleurs. Un homme télépathe affronte ses démons intérieurs dans un récit mélancolique non dénué d'humour et j'imagine un soin tout particulier apporté à la psychologie des personnages, le point fort de Silverberg avec son écriture hors norme. Ce titre ne fera pas de vieux os dans ma PAL !

- La Mort blanche de Frank Herbert. Un roman terrible selon les avis que j'ai pu lire, un livre traitant de souffrance totale ou comment un homme ayant tout perdu va devenir irrémédiablement fou et possédé par la vengeance en fabricant un virus biologique exterminateur. On ne présente plus l'auteur (Dune, ça vous dit quelque chose ?) et ce livre sur le terrorisme absolu promet beaucoup. Là encore, je ne traînerai pas pour le lire.

Acquisition 4

Deux brochés pour terminer ma sélection avant de passer la main à ma chère Nelfe:

- Les Mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Théodore Roszak. Décidément, je ne sors plus du mythe de Frankenstein en ce moment ! Mais je ne pouvais décemment pas résister, adorant cet auteur atypique, conteur hors pair maniant le suspens avec maestria. L'héroïne qui donne son titre au livre est recueilli par la célèbre famille et va être initiée à l'alchimie, l'occultisme et la science. On nous promet une folle histoire romanesque, gothique et féministe. Je trépigne d'impatience !

- Anansi boys de Neil Gaiman. Encore un auteur que j'adore, on retrouve ici l'univers d'American Gods dans un livre que l'auteur décrit comme une épopée magico-horrifico-thrillo-fantastico-romantico-comico familiale. Je ne sais pas pour vous mais moi ça me suffit pour foncer dessus ! La chronique viendra assez vite je pense...

Acquisition 5

Place aux trois ouvrages dégotés par Nelfe !

- Fatales, ouvrage collectif. Pour une raison très simple : Actes noirs ! J'ai fait tant de belles lectures dans cette collection que ce petit recueil ne pouvait qu'atterrir dans ma PAL. D'autant plus que l'on compte ici Camilla Läckberg parmi les auteurs ici présents !

- Quelqu'un d'autre de Tonino Benacquista. Parce que Benacquista est quand même un putain d'auteur ! Entre Malavita et Saga, mon coeur ne balance pas, j'aime tout !

- Africa Trek 1 de Sonia et Alexandre Poussin. Parce qu'en ce moment j'aime beaucoup lire des récits de voyages / d'expériences (à défaut de pouvoir les faire moi-même). Mon dernier en date, Dans les forêts de Sibérie (dont il faut que je vous parle dans un prochain article). Ici on change complètement de paysage et de météo mais l'expérience reste incroyable. Traverser l'Afrique à pied !

Voili voilou ! Un bon butin, non ? On commence l'année 2017 sur les chapeaux de roue, reste à trouver le temps de lire tout cela et d'essayer de faire baisser nos PAL. Je vous l'accorde, il y a pire comme obligations...


jeudi 14 juillet 2016

"Fournaise" de James Patrick Kelly

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L'histoire : La petite planète du Pois de Morobe a été vendue et son nouveau propriétaire a des idées particulières. Il l'a renommée Walden et la "simplicité volontaire" y est désormais la règle. Pour tous les colons embrassant la philosophie du retour à la terre selon Thoreau, cette planète a les moyens de devenir une véritable utopie. Mais les occupants précédents ne sont pas de cette opinion et, contre l'idéologie du dépouillement rurale, ils entendent défendre leur mode de vie - allant pour cela jusqu'à se transformer en torches suicides. Aux quatre coins de Walden, les nouvelles forêts se transforment en fournaises.

La critique de Mr K : Voilà un ouvrage qui traînait dans ma PAL depuis plusieurs années et que Nelfe a exhumé lors d'un choix de livre SF. En effet, nos livres à lire étant assez nombreux (sic), il arrive que l'on demande à l'autre de choisir nos lectures à venir parmi une pré-sélection de trois livres du même genre. Nelfe a jeté son dévolu sur Fournaise de James Patrick Kelly... Mon bilan comme vous allez pouvoir le lire est assez mitigé et cette lecture ne restera pas dans les annales du Capharnaüm Éclairé.

Prosper Grégoire Leung (aka Spur) producteur de pommes et de cidre (est-il d'origine bretonne ?) est chargé avec sa brigade de combattre les feux allumés par les indigènes mécontents de la transformation de leur monde par des colonisateurs invasifs. On retrouve très vite notre héros à l'hôpital où il se remet d'une intervention compliquée où il a failli mourir. À l'occasion de cette période d'inactivité, il va remettre en cause nombre de choses dans sa vie. Tout d'abord son mariage qui n'est qu'un succédané et ne donne satisfaction à aucun des deux partis. Et puis, il y a cette impression récurrente que certains éléments sont cachés à la population, notamment la possibilité de communiquer avec les autres humains dispersés un peu partout dans l'espace. À la faveur d'une faille dans le système de communication, il va prendre contact avec des êtres étrangers au monde de Walden. Il va aller de révélations en révélations et sa vie va s'en voir changée.

Bien que rapide cette lecture s'est révélée plutôt décevante. La faute en priorité à une quatrième de couverture qui ne correspond pas vraiment au contenu. Là où je m'attendais à une variation autour de la notion d'utopie et de conquête de territoire (à la mode Avatar), l'auteur nous propose le parcours initiatique d'un jeune homme qui va découvrir la face cachée de la société qui l'a vu naître. On voit donc que très peu les mystérieux incendiaires et leur culture n'est qu'à peine ébauchée. On suit les atermoiements de Spur qui une fois sorti de l’hôpital va rencontrer d'autres humains puis rentrer chez lui retrouver son père et sa future ex-femme. Je n'ai pas trouvé le personnage principal plus attachant que cela et le rythme est lent, il ne se passe pas grand chose et honnêtement le livre se termine en eau de boudin !

Dommage car James Patrick Kelly a une écriture souple et abordable, caractérise bien ses personnages malgré un côté parfois ampoulé de certaines situations ou dialogues. L'univers était intéressant et nombre d'idées pertinentes, favorisant réflexion et immersion dans une belle utopie futuriste. Mais hélas, les ingrédients ne font pas tout, ici la mayonnaise ne prend jamais réellement et au final, j'ai plus eu l'impression de perdre mon temps qu'autre chose. Mauvaise pioche...

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mercredi 29 juin 2016

"Marionnettes humaines" de Robert Heinlein

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L'histoire : L'invasion a commencé en 2007 - sans que personne ne le sache. Les extraterrestres ont atterri en divers points stratégiques de l'Amérique du Nord, puis ils ont pris la tête des services de communications, du Gouvernement, de l'industrie. Personne n'a été capable d'endiguer cette invasion. Car les extraterrestres ont le pouvoir de contrôler les esprits. Seul Sam Cavanaugh, agent surentraîné œuvrant pour un des services secrets les plus puissants des Etats-Unis, peut encore stopper les envahisseurs. A condition d'accepter d'en payer le prix...

La critique de Mr K : Retour à l'âge d'or SF aujourd'hui avec un roman de Robert Heinlein, auteur culte chez les afficionados du genre mais qui m'avait quelque peu déçu avec son Étoiles, garde à vous que j'avais trouvé creux et décevant au regard de la virevoltante et thrash adaptation cinématographique de Verhoeven. Ayant apprécié son Histoire du futur dans mon adolescence, je ne pouvais rester sur ce goût de déception et à la faveur d'un chinage fructueux, je tombai sur cette histoire d'invasion extra-terrestre lorgnant clairement vers le cultissime b-movie L'Invasion des profanateurs. Au final, du rythme, une lecture rapide mais un sous-texte parfois nauséabond et vieillissant. Y a comme un malaise...

Écrit en 1951, Marionnettes humaines décrit l'année 2007 comme celle du grand remplacement. Pas celui, imaginé par quelques esprits complotistes dérangés à la mode sur le web mais une invasion de parasites extra-terrestres prenant possession des corps et des esprits. Ils transforment ainsi les humains en marionnettes entièrement téléguidées. Dotés d'une intelligence collectiviste (gare au communisme les gars !) et d'une capacité de reproduction par mitose très rapide, l'heure est grave. Heureusement la Section (organisme de renseignement US extrêmement secret) veille et Sam, leur meilleur agent va tout faire pour contrer le plan des aliens belliqueux. Y'a du coup pied au cul qui se perd, moi j'vous le dis !

Amusant de lire une histoire qui est censée s'être déroulée il y a 9 ans à travers le prisme d'une époque révolue : la Guerre froide ! Le rideau de fer n'est pas tombé et nombreux sont les clichés débités par les protagoniste américains du livre : les rouges sont encore l'objet de tous les fantasmes et peurs cristallisés par la bipolarisation du monde et cela donne de bons moments de comique involontaire. Malgré des avancées technologiques certaines et éparpillées discrètement au fil des pages (notamment en terme de médecine et de moyens de transport), il se dégage un charme désuet et une peinture plutôt rétro du monde. Ça agacera certains sans doute, perso j'ai adhéré. Sans doute la nostalgie a joué, je repensais durant ma lecture à la découverte de vieux illustrés de SF des années 60 que j'avais découvert par hasard dans une malle étant gamin...

J'ai aussi aimé tout ce qui appartient au domaine du background lié à l'invasion elle-même. Les phases de découverte et de réactions sont très bien menées, Heinlein excelle à décrire le sentiment de persécution, de paranoïa dans les foules face à un événement qu'on ne peut expliquer et qui semble inarrêtable. Prises de position du président, lois d'exceptions adoptées par nécessité et complètement ubuesques quand on pense au puritanisme ambiant aux USA à l'époque de l'écriture (l'injonction Tous à poil n'a jamais été aussi sérieuse que dans ce récit !) émaillent des péripéties nombreuses sous un rythme qui ne se ralentit jamais, accroche le lecteur et l'invite à suivre le combat à mener. Franchement, ça se lit vite, le style épuré et direct rend l'angle action / réaction très réussi. Mais cela ne suffit pas à faire un bon livre...

La déception apparaît assez rapidement. En effet, malgré des atours séduisants, les personnages ne restent que de vulgaires caricatures et s'avèrent peu ou pas du tout attachants. Je ferai une exception pour le chef de la Section qui aime souffler le chaud et le froid, manipule son petit monde et m'a électrisé par son sang froid et son cynisme. Par contre, que dire du héros qui s'avère être un ersatz de James Bond le charme en moins : misogyne, mélange improbable de bourrin de base et de romantique qui s'ignore (ces passages précis sont d'un ridicule sans nom). Il m'a littéralement ulcéré et ses réflexions sur la gente féminine sont vraiment abjectes. Pas de retournement de situation dans ce domaine ni de second degré à attendre. Heinlein, pour lui donner un pendant, lui adjoint Mary qui apparaît tout d'abord comme une super espionne, sexy et sûre d'elle. Mais laissez le charme opérer et elle ne devient qu'un faire-valoir tout bon qu'à pondre des marmots. A gerber ! Vous l'avez compris, on se croirait dans la série Mad men... mais après tout le livre date du début des années 50. Rajoutez à cela, un éloge final à la pugnacité et la violence du genre humain pour se faire respecter dans toute la galaxie et vous obtenez une morale douteuse et à mon sens fortement dérangeante. J'ai du mal à y voir encore une fois l'excuse du cynisme pensé et réfléchi pour dénoncer le va t'en guerre et l'impérialisme.

Je dois avouer que ce parti pris passéiste m'a agacé assez vite et même si j'ai lu Marionnettes humaines rapidement (2 jours et demi), il me reste un goût amer dans la bouche, celui de la déception. Finalement Heinlein n'est pas si incontournable que cela. Je lui donnerai une ultime chance avec un autre titre se trouvant dans ma PAL mais il va falloir qu'il assure car en deux lectures récentes (à un an intervalle tout de même), il est redescendu dans mon estime. Mais que voulez-vous, il y a des œuvres intemporelles et d'autres que les outrages du temps et l'évolution des mœurs égratignent...

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lundi 14 décembre 2015

"Gandahar" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire : Au royaume de Gandahar, sur la planète Tridan jadis colonisée par des êtres humains, une vie sereine et pacifique s'est établie, loin de la technologie et de ses instruments de mort. Mais voici que les oiseaux-miroirs, qui veillent aux limites de Gandahar, annoncent qu'une armée de robots destructeurs est en marche, menaçant l'existence même du royaume. Ces hommes-machines invincibles viennent-ils de Tridan, de l'espace, ou bien d'une autre époque ? La Reine Ambisextra confie à un jeune servant, Sylvin Lanvère, la mission de le découvrir pour tenter de sauver Gandahar de ce péril mortel.

La critique de Mr K : Aujourd'hui un sacré trip revival avec Gandahar de Jean-Pierre Andrevon paru en 1969 (bien avant ma naissance), un auteur que j'apprécie tout particulièrement. Plus jeune, j'ai regardé à de multiples reprises le film d'animation éponyme de René Laloux qui exerçait sur moi un fort pouvoir de fascination. Gandahar m'a en quelque sorte initié à la SF dès mon plus jeune âge (vu pour la première fois à 9 ans si je ne m'abuse) et la découverte impromptue de cet ouvrage dans un bac à chinage m'a empli de nostalgie. C'est avec une impatience non feinte que j'entamai ma lecture.

Gandahar est un monde pacifique où la guerre n'a plus le droit de cité. L'ensemble des habitants vivent en bonne intelligence y compris avec la faune et la flore. Monde harmonieux où règne respect et osmose inter-espèces, le temps coule tranquillement. Une menace pourtant va fragiliser ce monde utopique: de mystérieux hommes-machines font leur apparition aux confins du royaume et avancent vers la capitale Jasper en ravageant tout sur leur passage, tuant tout être vivant s'opposant à eux. Complètement désarmée face à une situation si inhabituelle, la reine Ambisextra fait appel à Sylvin Lanvère chevalier du royaume pour enquêter et tenter de trouver une parade à cette invasion venue d'ailleurs...

J'adore le film et j'ai beaucoup aimé ce livre qui s'apparente avant tout à un conte SF, un texte lourd de sens et de sous-entendus dont la lecture conviendra à tout âge tant les grilles de lectures sont nombreuses, chacun pouvant en retirer quelque chose.

Les plus jeunes se verront conter une quête héroïque, une lutte pour la survie d'un monde déclinant avec le personnage central Sylvin, chevalier new age (il est bien perché le bonhomme tout de même!) auquel on s'attache immédiatement. Les rencontres et rebondissements sont nombreux donnant un dynamisme fort au livre qui se lit très vite. Certes, le héros est un peu mièvre et pétri de bons sentiments, rappelons-nous qu'au moment de l'écriture de ce livre, nous sommes à l'aube des 70', la vague beatnik est déjà là et par certains aspects, on pense un peu à Kerouac quand on suit les pérégrinations de Sylvin.

Au delà de la quête en elle-même, les plus grands auront matière à s'interroger sur nombre de sujets qui nous touchent au quotidien et qui, à Gandahar, bouleversent complètement l'ordre du monde: la différence entre besoin et désir (ce dernier accouchant notamment du matérialisme et la dégradation de notre écosystème planétaire), l'immédiateté et la perdurance (culture et nature pour les fans de philo), la querelle des anciens et des modernes… La symbolique est forte dans cet ouvrage, elle est source d'émotion et de réflexion. Comment ne pas faire le parallèle entre la disparition programmée de Gandahar et les propres maux que nous connaissons actuellement entre réchauffement climatique et course en avant sans âme en matière technologique? Pas de réponses dans ce livre mais des pistes de raisonnement fort intéressantes, mâtinées d'évasion et d'aventure.

Pas le temps de s’appesantir dans ce livre, Andrevon va à l'essentiel. À travers de courtes mais remarquables descriptions, il plante le décor de son roman. Malgré cette avarice de mot en la matière, le background est très poussé et évocateur comme jamais: paysages, us et coutumes des gandahariens, les envahisseurs et leurs outils / transports… On est plongé ici dans un univers mêlant habilement fantasy et science-fiction, ce qui donne à ce livre un charme bien particulier. En tous les cas, si vous tentez l'aventure, vous serez dépaysés et parfois étonnés par la logique qui gouverne ce monde imaginaire à nul autre pareil. La lecture est aisée et très agréable, les pages se tournent toutes seules et on est très vite addict.

Au final, on peut dire que Gandahar est un classique du genre, inhabituellement enrichi par des références multiples et habilement mêlées de notre propre monde ce qui lui donne un aspect prophétique indéniable. Une grande et belle expérience littéraire que je vous conseille d'entreprendre à votre tour au plus vite.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
La Fée et le géomètre
Le Travail du furet
- Cauchemar... cauchemars !

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mercredi 28 octobre 2015

"Sept jours pour expier" de Walter Jon Williams

7jours

L'histoire: Perdue au fond du Nouveau-Mexique, la petite ville minière d'Atocha se meurt doucement, oubliée à l'orée du XXIème siècle, à peine troublée par le Centre de recherches en physique quantique récemment installé à ses portes.

Jusqu'au jour où cet univers provincial va se détraquer pour Loren Hawn, le chef de la police locale : fermeture de la mine de cuivre, troubles en ville, alerte au Laboratoire de technologie avancée.

Mais ce n'est rien à côté de cet homme qui vient de mourir un soir dans ses bras, criblé de balles. Loren Hawn le connaît bien, comme il connaît tout le monde dans le pays : il est déjà mort dans un accident de voiture vingt ans plus tôt...

La critique de Mr K: Imaginez une petite ville américaine typique de la bordure sud en contact avec le Mexique. Rien d’extraordinaire ne s'y passe et tout est réglé comme du papier à musique. La vie suit son cours entre les déplacements pendulaires des habitants (beaucoup de mineurs), les coups payés au bar, les infidélités des maris désœuvrés et le temps qui passe doucement comme dans un roman de Steinbeck. Les ennuis commencent d'abord quand la mine ferme: la violence fait son apparition dans la ville de Loren Hawn, chef de la police locale. Les nuits se suivent et la violence monte crescendo parallèlement à la tension liée aux licenciements massifs et au désœuvrement qui en découle. Et puis, un événement étrange va tout faire basculer: l'irruption d'un mort qui ne semble ne plus l'être pour re-mourir à nouveau! Loren l'a bien vu lui! Miracle? Manipulation? À lui de trouver la réponse mais il n'est pas forcément très bon de remuer certaines choses... il va l'apprendre à ses dépens.

Première mise au point, Sept jours pour expier est inclassable. Bien que présentant quelques éléments de pure science fiction, il lorgne davantage sur la chronique provinciale, le roman noir et le polar bien couillu (et parfois sans grande finesse il faut bien l'avouer). Loren Hawn est l'archétype du héros à l'américaine type Schwarzenegger. Ancien boxeur clandestin épris de sa ville au point de se l'attribuer, devenu chef de la police, il n'hésite pas à rajouter une bonne touche de violence policière lors de ses arrestations. Fasciste sur les bords, borderline, il ne trouve refuge qu'au sein de sa famille (marié, deux enfants) et la foi qui le réconforte lors de ses périodes de moins bien. Malgré tous ces aspects qui sur le papier me déplaisent, l'alchimie prend et même si le personnage dérange et dégoûte, on s'attache à cet homme lié à un passé qu'il ne veut pas lâcher, prisonnier de schémas mentaux dont il ne peut se défaire.

Et pourtant, le monde évolue, même son pasteur lui dit. Ainsi, depuis quelques années, un laboratoire de haute technologie s'est installé dans le voisinage et le secret plane sur ses réelles activités. Une milice privée est chargée de sa sécurité et les fuites d'information ne sont pas pour rassurer notre policier vieux-jeu. La mort de son ami d'enfance déjà décédé (sic) coïncide pile poil avec le début de la semaine d'expiation, 7 jours où chacun va à l'Église suivre les sermons des révérends passant en revue les sept pêchés capitaux. Peu à peu, on fait le lien entre les événements qui se précipitent et cette période spirituelle très particulière.

En creusant, Loren Hawn va se confronter à un monde peu reluisant où corruption et intérêts privés se confondent au détriment des simples citoyens. Des pressions lui sont imposées, la tension s'accentue sur lui et ses proches. Flirtant avec le danger, il ne veut pas dévier de sa route. Les dégâts collatéraux sont nombreux et il flotte une odeur de souffre et de sang sur son passage. Le chef de la police va se battre seul contre tous: la hiérarchie stupide et intéressée, la naïveté des gens d'église, la cruauté et le sadisme des attachés de pouvoir… C'est littéralement Sin City transposée dans une ville du désert du sud qui nous est proposé ici! Les âmes sensibles feraient bien de s'abstenir tant on est parfois bousculé par des propos et des actes type hardboiled à vous faire décrocher la mâchoire (à mettre en parallèle avec les tabassages type Marv que l'on retrouve dans ce livre).

Walter Jon Williams a un sens du rythme narratif remarquable. Le début est certes un peu lent mais à la centième page (sur 520 en tout), l'intrigue décolle pour ne plus atterrir avant une fin tout bonnement apocalyptique, où à l'instar de l'inspecteur Mills dans Seven, le héros va déchaîner sa fureur. La lecture est aisée, plaisante, parfois très drôle (il y a des répliques vraiment tordantes, flirtant avec les punchlines ringardes de film d'action de seconde zone) mais aussi touchante à l'occasion (les scènes dans l'intimité familiale du héros) et tripante lors de scènes d'actions vraiment dantesques!

Un chouette moment de lecture en somme qui ne révolutionne pas le genre mais au caractère addictif et immersif certain. Une expérience que vous ne regretterez pas si vous êtes amateur du genre.

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samedi 26 septembre 2015

Acquisitions automnales de Mr K

Il a bien fallu que ça arrive... J'avais pourtant réussi à rester sage quelques mois, ma PAL avait bien diminué et j'étais dans la bonne dynamique pour la réduire de manière conséquente. Interdit d'Emaüs depuis maintenant presque 4 mois, je résistais tant bien que mal à la tentation. Et puis ce matin, après une nuit difficile suite à une angine persistante dûe à mon troupeau de gamins renaclants (merci les gars!), Nelfe la perfide m'a proposé de son air candide qui lui sied si bien d'aller faire un tour chez l'abbé. Mon esprit affaibli n'a pu résister à ce chant des sirènes et c'est le coeur emballé que nous montions en voiture, direction ce lieu de perdition qui régulièrement fait le bonheur de nos PAL respectives.

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Vous voyez le résultat?! Et encore, il ne s'agit ici que de mes acquisitions décrochées pour la modique somme de 32 euros. Celles de Nelfe suivront dans un post à venir car elle aussi a craqué largement cette fois-ci. Mais ceci est une autre histoire, en attendant (et avec l'aide de Tesfa!), je vais vous présenter mes nouveaux bébés dont vous découvrirez les chroniques dans les jours, mois et années à venir. Ca commence à se bousculer sérieusement au portillon là!

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Une fois n'est pas coutume, mes acquisitions SF ne sont pas très nombreuses mais la qualité est au rendez-vous et riche de promesses en devenir!

- L'île des morts de Roger Zelazny. Voila un livre que j'ai croisé nombre de fois dans des bacs d'occaz divers et variés et à travers toute la France. Précédé d'une réputation flatteuse, c'est l'occasion pour moi de plonger dans une histoire bien perchée et de découvrir un auteur reconnu dans le milieu.

- Cité de la mort lente de Daniel Walther. Ici une dystopie des plus sombres est au menu dans cette nouvelle faisant partie d'une collection que j'ai découvert à travers un ouvrage de Xavier Mauméjean (un de mes chouchous!) qui m'avait bien plu. Réfléchir au présent à travers des récits d'anticipation bien sentis et courts, telle est la mission que ce sont données les éditions du Rocher avec cette collection Novella SF. Nous verrons ce que cela donne avec cet ouvrage!

- L'Homme qui a perdu la mer de Théodore Sturgeon. Véritable trouvaille que ce roman de cet auteur au talent incroyable dont le poétique et prophétique Cristal qui songe m'a marqué au fer rouge lors de sa lecture. J'ai bien hâte de le retrouver dans cette étrange histoire de jeune garçon jouant près du rivage rencontrant un homme venu d'aillleurs... 

- Gandahar de Jean-Pierre Andrevon. Un auteur que j'aime pour un dessin animé que j'ai regardé bien des fois et qui lui aussi m'a construit et ouvert l'esprit. Je suis bien curieux de découvrir le récit originel, j'espère y retrouver l'humanisme et l'onirisme du long métrage de René Laloux.

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Par contre, cette fois-ci, je me suis plus lâché sur la littérature plus contemporaine et classique. Il faut dire que la Providence était avec moi, abbé oblige...

Les Années cerises de Claudie Gallay. La lecture des Déferlantes au printemps m'avait ravi, c'est donc avec une joie non dissimulée que je mettais la main sur ce petit roman faisant la part belle à la mélancolie sous forme de chronique familiale. Il fera partie de mes toutes prochaines lectures! Avant de rejoindre la PAL de Nelfe (copieuse!)...

Après le tremblement de terre et Le Passage de la nuit d'Haruki Murakami. A chaque fois que je vais chez l'abbé, il me propose toujours de nouveaux livres d'Haruki Murakami que je n'ai toujours pas lu. Peu importe la trame, le genre, je suis preneur! Jamais déçu par le maître orfèvre de l'écriture, il explore ici les traumatismes post-séïsme et la vie de deux soeurs. Bien hâte d'y être là encore!

Le Zéro et l'infini d'Arthur Koestler. Un livre culte que je n'ai toujours pas lu, honte à moi! L'occasion était trop belle d'explorer les rouages du totalitarisme à travers ce procès fictif inspiré des fameux procès de Moscou sous Staline. Je m'attends à une grande claque!

Le Cas de Sneijder de Jean-Paul Dubois. Voici un autre auteur auquel je ne sais pas dire non. Il a toujours été synonyme de plaisir littéraire quelque soit le genre qu'il aborde. Il est question dans ce roman de deuil et de la manière d'essayer de le surmonter. Pas la grand joie donc mais la promesse d'une oeuvre intimiste et touchante. 

- Les Autres d'Alice Ferney. Un pitch assez fou avec ce roman qui nous conte une soirée d'anniversaire peu commune où un jeune homme se voit offrir un jeu de société qui va semer la zizanie. Décalé, étrange sont les qualificatifs qui me sont venus à l'esprit lors de ma lecture de la quatrième de couverture. Inutile de vous dire qu'il me presse de tirer cela au clair!

- Les Agneaux du seigneur de Yasmina Khadra. Là encore un auteur phare dans ma bibliothèque que je respecte énormément par son engagement et ses talents d'écrivain. Ce roman nous plonge dans une Algérie partagée entre modernité et tradition. On peut compter sur l'auteur pour nous éprouver une fois de plus à la lueur des fanatismes sommeillant en chacun de nous. Grosse expérience littéraire à venir certainement! 

- Dans la nuit Mozambique de Laurent Gaudé. Recueil réunissant quatre nouvelles qui explorent la culpabilité, la violence et les souvenirs; en arrière plan, une ombre, une idée: l'Afrique. Tout un programme! Et quand on a Gaudé en maître d'orchestre, ce serait un crime de passer à côté!

- L'Écoulement de la Baliverna de Dino Buzzati. Un auteur que j'affectionne beaucoup depuis mon ébahissement devant Le Désert des Tartares, lu pendant mon adolescence. Il s'agit ici d'un recueil de contes pour adultes qui procure plaisir et angoisse selon certains. Tout pour plaire donc et une lecture à venir bien tentante! 

- Des Amis de Baek Nam-Ryong. Petite immersion en Corée du nord avec cet ouvrage sur lequel souffle le vent de l'interdit et de la censure. Cette enquête autour de la vie d'un couple bizarrement assorti (une cantatrice et un ouvrier) est surtout prétexte à la découverte d'un pays fermé et très secret. Il s'agit ici d'un achat "coup de poker", nous verrons bien si c'est une réussite ou non.

- Une ordure d'Irvine Welsh. J'aime les histoires mettant en scène des antihéros particulièrement retors. Je crois que je vais être servi avec ce brigadier écossais amateur de cul et de stupéfiant. Je ne pense pas que je serai déçu par l'auteur notamment du cultissime Trainspotting.

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Aaaah! Enfin! Tesfa vient à la rescousse! Mais bon, je ne sais pas vraiment si elle va être d'un grand secours... Voici mes acquisitions dans le domaine policier au sens large.

- Revanche de Dan Simmons. À priori le copain de Tesfa et, même si je préfère Simmons en auteur de SF, son style efficace et bien hardboil a toujours été source de plaisir de lecteur. Nous verrons si cette histoire de vengeance et de destruction massive (la quatrième de couverture est très éloquante sur le sujet!) remplira son office.

- Vomito Negro de Jean-Gérard Imbar. Extrême droite et vendetta semblent être au programme de cet ouvrage bien noir. Perso, je ne loupe pas une occasion de taper sur du facho en matière littéraire. Un bon plaisir en perspective!

- L'Ange et le réservoir de liquide de frein d'Alix de Saint-André. Anges et serial-killer se croisent dans une trame bien hallucinée où meurtre et religion semblent faire bon ménage. Belle promesse de lecture en tout cas! Noir c'est noir...

- Causes mortelles de Ian Rankin. Un des seuls Rebus qu'il me manquait à ma collection et le voila à portée de main! Impossible de résister là encore à ce Rankin! Il est ici question de règlements de comptes dans les milieux nationalistes avec en toile de fond un festival théâtral dans cette bonne vieille Edimbourg. Hâte hâte, hâte!

- La Baleine scandaleuse de John Trinian. Un tueur en cavale, une baleine échouée, un flic à cheval... c'est tout ce que je sais de cet ouvrage qui semble promettre une trame bien noire et sans fioriture. Là encore, c'est le hasard qui a décidé et qui procurera plaisir ou déception. Wait and see!

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Pour finir, ma sélection étiquetée fantastique / terreur avec quatre ouvrages qui m'ont aimantés et me procureront (je l'espère) frissons et angoisses quand la nuit tombera! 

Carmilla de Sheridan Le Fanu. Pionnier du roman de mystère anglais, contemporain de Bram Stocker, Le Fanu nous conte dans ce court roman une histoire d'amour entre passion et interdit. Étant fan du genre, je ne pouvais décemment passer à côté!

Ossements de Sheri S. Tepper. Un petit plaisir coupable que ce roman d'épouvante où il est question de maison possédée et d'une mère célibataire qui va devoir sauver sa petite famille. Rien de bien original mais à priori c'est gore et il y a une pièce cachée dans la dite maison... Alors franchement, il fallait bien que je le prenne... non?

Gare au garou! anthologie présentée par Barbara Sadoul. J'ai adoré les deux premiers volumes de l'anthologie de Barbara Sadoul consacrée à la nouvelle fantastique (le troisième me reste à lire). Elle s'attaque aux loulous bien poilus dans cet unique recueil qui fera la part belle je l'espère à la sauvagerie et aux instincts primaux. 

Récits de terreur Weird Tales de Robert Bloch. Maître de l'horreur, entre 1935 et 1945, Rober Bloch a beaucoup publié dans la revue Weird Tales. Ce recueil nous présente 9 nouvelles qui font la part belle à l'étrange et l'horreur la plus pure. Ca s'annonce très bien cette affaire!

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Au final, deux conclusions s'imposent:

- Tesfa est tout de même une belle glandeuse, mono-maniaque de Dan Simmons et adepte forcenée du farniente sur la terrasse! On ne peut vraiment pas compter sur elle notamment en terme de lecture. Quelle béotienne!

- Ma PAL explose littéralement et mes efforts déployés depuis juin se sont avérés vains. Mon côté optimiste me fait dire qu'elle n'a pas pour autant augmenté par rapport au mois de mai... On se console comme on peut!

mardi 25 août 2015

Acquisitions estivales multiples

Ensemble

Le début de l'été est une période propice aux destockages en tout genre, ce fut le cas notamment dans deux bibliothèques municipales de par chez nous. En apprenant ces événements à venir, Nelfe s'est vue investie d'une mission quasi sacrée chez nous: compléter nos PAL avec d'éventuelles affaires à ne pas manquer! Pour info, je n'étais pas là lors de ses petits craquages ce qui explique pourquoi ils sont restés plutôt relatifs! Voici un petit tour d'horizon des acquisitions qui vont venir rejoindre nos réserves à lire!

Poulpe

C'est ainsi que ma douce a pensé à moi en me ramenant trois volumes de la série du Poulpe que je n'ai toujours pas lu. Ceux qui nous suivent depuis un certain temps savent que j'affectionne tout particulièrement les aventures de Gabriel Lecouvreur et de sa coiffeuse de copine. On peut dire que je suis gâté avec ici tour à tour une enquête sur des militaires français ayant sévi au Rwanda, le meurtre épouvantable d'un immigré dans les beaux quartiers de la capitale et l'assassinat d'une jeune femme naviguant dans les sphères de l'aéronautique à Toulouse. Beau programme en perspective!

autre

- 1275 âmes de Jim Thompson: Petite trouvaille nelfesque qui s'apparente à un roman bien noir, mâtiné de policier. La quatrième de couverture sent le souffre et le pétage de plomb d'un shérif au bout du rouleau. Ça promet de dépoter et Nelfe m'a confié qu'elle avait bien hâte de le lire!

- L'École d'impiété d'Alexandre Tisma: Petit recueil de nouvelles sur la seconde Guerre mondiale qui m'attire beaucoup étant friand de récits courts à l'occasion (Nelfe ne pratique pas trop, préférant les romans). Intimisme et monstruosité de la guerre semblent se mêler dans ce livre dont j'ai eu des échos très positifs! Qui lira, verra!

- L'Homme aux yeux de napalm de Serge Brussolo: Nelfe n'a pu s'empêcher de me prendre un Brussolo tant elle connait mon goût pour cet auteur prolifique à l'oeuvre très variée. Il s'agit de SF ici avec une rencontre du troisième type qui se déroule très mal. Traque impitoyable, mutations inquiétantes, imagerie et mythes de Noël revus par l'auteur... Je suis bien curieux de lire ça!

- Anthologie officielle des Utopiales 2010: Chaque année, nous allons aux Utopiales de Nantes et à chaque fois j'hésite à prendre le recueil de nouvelles SF qui sort pour l'occasion. Nelfe m'a dégoté celle-ci avec notamment comme auteurs conviés pour l'occasion Vincent Gessler, Peter Watts ou encore Thomas Day et Iain McDonald. La thématique retenue est la notion de frontière, je pense que l'aventure sera au RDV. Affaire à suivre!

Lire

Enfin, la mistinguette s'est trouvé quelques vieux exemplaire du magazine Lire (ici janvier, mars et mai 2013) auquel elle s'est d'ailleurs abonnée très récemment. En plein rush de la Rentrée littéraire, il est parfois bon de revenir en arrière et trouver des idées de lecture dans des romans déjà sortis il y a quelques temps. Il n'y a pas que les nouveautés, les petites pépites sont partout, ce n'est pas une course! M'est avis que l'état de sa PAL ne va pas s'améliorer!

Bon ben, vous pouvez vous rendre compte que malgré mon absence c'est encore ma PAL qui va le plus grandir! Au choix Nelfe remplit à merveille ses devoirs conjugaux ou alors elle cherche à me torpiller! La réflexion reste ouverte...

lundi 10 août 2015

"Le Déchronologue" de Stéphane Beauverger

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L'histoire: Au XVIIe siècle, sur la mer des Caraïbes, le capitaine Henri Villon et son équipage de pirates luttent pour préserver leur liberté dans un monde déchiré par d'impitoyables perturbations temporelles. Leur arme: le Déchronologue, un navire dont les canons tirent du temps. Qu'espérait Villon en quittant Port-Margot pour donner la chasse à un galion espagnol? Mettre la main, peut-être, sur une maravilla, une des merveilles secrètes, si rares, qui apparaissent quelquefois aux abords du Nouveau Monde. Assurément pas croiser l'impensable: un Léviathan de fer glissant dans l'orage, capable de cracher la foudre et d'abattre la mort! Lorsque des personnages hauts en couleur, au verbe fleuri ou au rugueux parler des îles, croisent objets et intrus venus du futur, un souffle picaresque et original confronte le récit d'aventures maritimes à la science-fiction. De quoi être précipité sur ces rivages lointains où l'Histoire éventrée fait continûment naufrage, où les marins affrontent tous les temps. Car avec eux, on sait: qu'importe de vaincre ou de sombrer, puisque l'important est de se battre!

La critique de Mr K: Cela faisait au moins trois ans que Le Déchronologue me faisait de l'oeil dans ma PAL sans que j'y prête plus attention que cela. Et pourtant, à l'heure du bilan… Quel plaisir de lecture! Quelle évasion! Les quatre prix littéraires qu'il a recueilli auraient du pourtant me mettre la puce à l'oreille! Préparez-vous à embarquer dans un très grand roman d'aventure et de SF!

Sur les 554 pages que comptent l'édition de poche, nous suivons la destinée peu commune d'Henri Villon, flibustier en mer des Caraïbes au XVIIème siècle. Nous nous retrouvons en pleine guerre d'influence entre les grands Empires de l'époque qui veulent dominer la région, zone incontournable de passage et point clef des échanges entre la vieille Europe et le nouveau continent à exploiter. Au milieu des tractations et du tumulte des batailles, des êtres étranges observent ce monde sous tension et d'étranges objets semblant venir du futur échouent aux mains de certains qui voudraient semble-t-il modifier l'Histoire! Bien malin celui qui saura démêler les écheveaux d'une intrigue dense et multiforme qui se plaît avant tout à nous perdre pour mieux nous cueillir après!

Déroutant a été l'impression que j'ai pu ressentir de prime abord lors des 100 premières pages. Je me suis rendu compte de suite que les chapitres étaient agencés de manière bien particulière. En effet, un peu à la manière du film Pulp Fiction de Quentin Tarantino, l'histoire est présentée dans le désordre, nécessitant par là même de constants retours en arrière ou vers la table des matières pour se repérer et retrouver ses esprits. Ainsi on alterne le chapitre 1, 16, 17, 6, 2, 7 etc. C'est désarçonnant car il faut se faire violence face aux incompréhensions multiples que le procédé suscite: l'auteur aborde des événements que nous ne connaissons pas encore, nous rencontrons des personnages clefs après leurs faits et gestes importants et la chronologie s'emmèle. Il faut attendre la moitié du volume pour que les pièces du puzzle s'accordent entre elles et révèlent toute la richesse de la trame d'un roman d'aventure forcément différent des autres.

On accroche très vite aux personnages de ce Déchronologue qui en compte beaucoup. Bien évidemment au premier d'entre eux, je retiendrai Villon, breton de naissance, flibustier humaniste au courage et à la culture très étendus. Suivant sa morale et ses sentiments, il navigue avec son fidèle équipage dans des eaux troubles. Fasciné par ses étranges outils venus d'ailleurs (radio, armes, mystérieux navire d'acier…), il ne tarde pas à trouver leurs origines et se retrouve contacté par de mystérieux humains semblant venir de temps lointain. Je l'ai trouvé à la fois humain et philosophe, ses actes et ses réflexions faisant écho bien souvent à ma manière de voir les choses. Il peut tout autant se montrer fort et implacable face à l'adversité que démuni et désemparé face à Sévère, une femme qu'il a recueilli à son bord. Touchant, juste et remarquablement construit, ce héros rentre dans mon panthéon personnel en la matière. Voici un extrait d'une de ses pensées: Avez-vous jamais torturé une bête? Je ne parle pas d'écraser un rat trop curieux ou de trancher d'un coup de sabre un de ces chiens sauvages des Antilles, non… Je dis bien la torturer. Avec Calme, ou excitation, mais gratuitement. Cruellement. Non? Dans ce cas, essayez d'imaginer la terreur de l'animal quand vient la douleur, son incompréhension muette, mais surtout l'affirmation de votre volonté souveraine, en sus de votre sentiment de fascination et de honte mélangées. Une honte pétrie d'impunité et d'avilissement en observant l'animal se tordre et succomber sans comprendre aux blessures que vous lui infligez. Pour ma part, de toute ma carrière de flibustier, jamais je n'ai pu envoyer un navire par le fond sans ressentir une émotion similaire. L'impression d'irrémédiable souillure, en pilonnant vies et navires. Même quand l'adversaire s'était défendu. Même quand il y allait de ma survie, de celle de mon navire et de mes hommes. Pages 284-285

Tout autour gravitent des personnages charismatiques qui rendent bien le change au capitaine Villon: j'ai adoré Féfé de Dieppe, un contrebandier métisse au jargon inimitable et quasiment incompréhensible, le gouverneur Le Vasseur tyran de l'île de Tortuga alternativement allié ou ennemi de Villon, les figures du Baptiste et de Gobe-mouche (second et artilleur en chef du Déchronologue) aides précieux lors des multiples aventures du navire et toute une myriade de personnages secondaires tout aussi ciselés par un auteur amoureux de son sujet et des êtres qui s'y débattent. L'immersion est totale et spectaculaire de réalisme dans les villes portuaires, dans les entreponts de navires voguant au large, dans les prisons les plus sordides, les îles les plus mystérieuses qui soient, les batailles dantesques se livrant sous fond d'orage menaçant. On vit l'aventure avec un grand A et l'amateur du genre que je suis en est encore tout retourné!

Il faut dire que l'écriture de Stéphane Beauverger est un plaisir rare et d'une intensité sans faille. Le style est à la fois contemplatif pour de très beaux passages de description et des phases d'action virevoltantes collant au plus près des protagonistes. L’ajout de l'élément SF donne une ampleur encore plus grande à l'ensemble avec en arrière-plan des réflexions sur les notions de progrès, d'acculturation et de domination que le lecteur aborde sereinement à travers les péripéties contées. Le plaisir est donc totale, durable et me rappelle fortement une autre lecture qui m'avait aussi laissé KO: le fabuleux Vaisseau ardent de Jean-Claude Marguerite.

Expérience unique, voyage extraordinaire aux confins du monde et du temps, ce livre est un chef d'oeuvre, un livre-somme, un titre unique. À lire absolument, prescription de Mr K!

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samedi 4 juillet 2015

"Le Travail du Furet" de Jean-Pierre Andrevon

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L'histoire: Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes du XXIe siècle. La santé de la population ne cesse de s'améliorer ; toutes les statistiques le prouvent. Le problème, c'est de maintenir les grands équilibres. Pour y parvenir, il faut supprimer 400 000 citoyens par an dans l'Hexagone. Choisis avec art et méthode par le Grand Ordi, qui chaque matin procède à un tirage au sort morbide. Le travail des Furets consiste à liquider, pas forcément en douceur, tous ceux dont la vie doit prendre fin au bénéfice de la communauté. Un boulot comme un autre, en somme. Avec des avantages. Jusqu'au jour où un certain Furet, grand amateur de films noirs du XXe siècle, découvre sur sa liste le nom de Jos. L'amour de sa vie.

La critique de Mr K: Retour vers de la SF française avec ce volume faisant la part belle au roman noir transposé dans un futur pas des plus rassurants. Vous prenez des codes bien établis que vous accompagnez à la sauce futuriste et vous obtenez un ouvrage assez étonnant qui se démarque nettement des productions lambda.

Le héros est un furet, comprendre un tueur à la solde de l'État chargé d'éliminer des personnes tirées au sort par un gigantesque ordinateur. L'objectif? Garantir la survie de l'espèce humaine, équilibrer la balance dans un monde où la maladie et la mort reculent inexorablement grâce à une technologie médicale à la pointe du progrès. Froid et distant, l'anti-héros est tourner sur lui-même et fait son travail sans se poser de questions sur les tenants et les aboutissants de ses missions. Il n'a pour seul compagnon que son poisson rouge (Moby Dick sic!) et accumule les exécutions sans état d'âme. Seule faille dans son personnage de dur à cuire, la mystérieuse Jos, belle comme le jour et belle de nuit de profession qui illumine sa vie dès qu'il passe des moments avec elle. Un jour, la menace pèse sur elle et cela va tout changer. Un grain de sable dans une machinerie complexe peut mettre à mal tout le système, l'équilibre n'existe plus et c'est la fuite en avant…

Dès les premières pages, l'ambiance est plantée. Pas beaucoup d'espoir dans cette ville futuriste où le tueur erre de quartier en quartier pour sa besogne. C'est l'occasion pour l'auteur de nous décrire un monde bien segmenté entre pauvres, riches, intellectuels et société du spectacle. On passe donc de ruelles insalubres et empuanties à de grandes zones de loisir où l'insouciance est de mise entre frivolité et appât du gain. Les classes sociales s'ignorent royalement, cohabitent dans une même cité sans jamais se rencontrer, un grand classique dans la SF prospective. Seule gageure d'égalité, l'ange de la mort incarné par le héros qui ne fait pas dans le détail et la ségrégation sociale. Il reçoit sa liste (entre 5 et 10 noms) et il a la journée pour les exécuter.

Avec lui, on suit ces différentes mises à mort où son sens moral est totalement effacé devant sa mission. Il ne fait que son métier finalement… Froid et clinique, ses descriptions et analyses cinglent le lecteur tel un bon coup de fouet au rythme des formules chocs, mélange savoureux de formules à la Audiard et de néo-argot (beaucoup de néologisme bien typés SF dans ce livre). C'est aussi des passages de repos forcé, d'auto-réflexion qui nous sont livrées. Le personnage principal est seul, il se vide l'esprit en assouvissant sa passion pour le vieux cinéma Hollywoodien (que de références égrenées tout au long des 253 pages de l'ouvrage!), il y dépense beaucoup d'argent et s'en inspire pour ses tenues de bourreau (un coup privé froid, un coup cowboy sur le retour). Il noue une relation spéciale avec la belle Jos qui vient le voir régulièrement pour discuter, boire un coup ou encore aller au zoo. Rien de vraiment sexuel à proprement parler (même si une certaine tension à ce niveau là est perceptible) mais plutôt une attraction réciproque et un sentiment de bien être lors de leurs rencontres. Cela permet à l'écrivain de nous offrir de très belles pages qui contrastent avec le quotidien plutôt rugueux du furet.

Au détour des pérégrination de celui-ci, par petites touches, Andrevon nous immerge dans un futur pas si éloigné où la technologie futuriste est totalement intégrée à la société (mention spéciale aux "pous" qui s'avèrent être des sortes de balises GPS que l'on implantent dans le cou de tous les nouveaux nés et qui permettent de repérer quiconque en moins de deux!), une société devenue liberticide à force de rechercher le bien commun. C'est d'ailleurs dans ces questions quasi métaphysiques que réside le cœur de l'intrigue qui tire son épingle du jeu par son caractère profondément noir. Ne vous attendez donc pas à une fin heureuse…

La lecture est aisée et rapide, Andrevon excelle dans sa description du quotidien du furet et par sa lente prise de conscience de la nature réelle de son travail. On devine quelques ficelles à l'avance (surtout si on est habitué au genre) mais c'est avec un plaisir sadique (qui convient bien au ton cynique du texte) que l'on continue sa lecture qui nous emmène loin dans les realpolitik du futur entre paranoïa et hybris sanitaire. "Le Travail du Furet" est un bon roman de SF comme je les aime que je ne peux que vous conseiller.

Egalement lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé:
Un horizon de cendres
Tout à la main
Le monde enfin
- La Fée et le géomètre

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vendredi 17 avril 2015

"La Voie du Sabre" de Thomas Day

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L'histoire: Pour parfaire l'éducation de son fils Mikédi, le chef de guerre Nakamura Ito le confie à un rônin du nom de Miyamoto Musashi. Un samouraï de légende, le plus grand maître de sabre qu'ait connu l'Empire des quatre Poissons-Chats. Ensemble, pendant six longues années, le maître et l'apprenti vont arpenter la route qui mène jusqu'à la capitale Edo, où l'Impératrice-Dragon attend Mikédi pour en faire son époux. Mais la Voie du Sabre est loin de trancher l'archipel en ligne droite : de la forteresse Nakamura aux cités flottantes de Kido, du Palais des Saveurs à la Pagode des Plaisirs, Mikédi apprendra les délices de la jouissance, les souffrances du combat et la douceur perverse de la trahison.

La critique de Mr K: Suite à une belle déception avec la lecture de Stairway to hell l'année dernière, je me devais de donner une deuxième chance à Thomas Day, auteur assez reconnu dans le milieu français de la littérature de genre. Le hasard d'un chinage a voulu que je tombe sur La Voie du Sabre qui semblait mêler culture japonaise et fantasy, deux aspects qui m'ont intéressés de suite tant ce pays me fascine et tant la fantasy m'a réveillé à la lecture à mon plus jeune âge.

Il s'agit d'un roman initiatique contant les aventures d'un jeune héritier de bonne famille (fils aîné d'un seigneur de guerre) confié au soin d'un Ronin, Miyamoto Musashi, considéré comme le plus grand combattant de son époque. Le vieux maître (il aurait plus de cent ans) est assez étrange. Il étonne par son apparence négligée (il est sale, dépeigné, très souvent hirsute...) et son comportement (il est limite alcoolique et aime la compagnie des filles de joie). Il s'est écarté du Bushido (règlement sévère dirigeant l'existence des samouraïs) pour suivre la Voie du Sabre sensée représenter la vertu et l'abnégation. Il va tenter de l'inculquer à son jeune élève empli de lourds préjugés dus à son vécu et son éducation. Il se révèle aussi impulsif et ambitieux ce qui déplaît fortement à son Ronin de maître et qui va finir par causer sa perte.

Ce livre est raconté à la première personne, c'est le jeune apprenti qui en trois rouleaux (le livre est divisé en trois "périodes") raconte les différentes étapes de son cheminement intérieur. C'est donc à travers son regard que l'on voit les actions et les pensées en marche dans ce roman qui mêle à la fois intimisme des relations entre le tuteur et son protégé et actes de bravoure ou non. Longue et sinueuse est la route vers la connaissance dit-on, vous verrez qu'elle se fait ici en plus tortueuse et déviante. J'ai retrouvé en effet dans cette histoire quelques éléments de la relation étrange qui se noue entre un certain Obiwan Kenobi et son jeune Padawan Anakin Skywalker. Le jeune est tout aussi doué qu'impétueux et l'on sent bien que malgré les efforts et les limites posées par son maître, il ne peut que s'écarter de la voie tracée. Le malaise, l'impatience et le déni montent en puissance chez le jeune narrateur qui loin de se conformer aux exigences de son apprentissage semble s'en écarter de part ses pensées puis par ses actes. Déformation professionnelle oblige, plus ma lecture avançait plus le jeune apprenti m'a irrité, énervé et finalement dégoûté tant il sombre dans la suffisance et la tyrannie envers son prochain. Quand il touche enfin ses rêves de puissance, on sait que cela ne peut que mal finir.

Par contre, j'ai adoré le personnage du vieux sage. Complètement décalé, cela le rend humain. Il faut le voir faire la leçon à quelques malandrins suite à une soirée bien arrosée, on oscille entre humour mais aussi admiration devant une force mental intacte et un sens de la justice épidermique. Car on comprend bien vite que cet homme là s'est mis au ban de la société japonaise pour des raisons morales, son code d'honneur a changé et il doit pour cela aller à l'encontre des normes communes (notamment la place des Samouraïs et le respect qui leur est dû). On rentre immédiatement dans cet univers grâce aux multiples références à la culture traditionnelle japonaise, un lexique approprié est d'ailleurs présent en fin de lecture pour éclairer les zones d'ombre qui pourraient apparaître au fil de la lecture. On assiste donc à un beau voyage, passant d'une île de l'archipel japonais à une autre (4 îles principales le composent je vous le rappelle) de villages paysans en palais princiers en passant par des pagodes-écoles à des temples de sectes bouddhiques et des lupanars exubérants. Cela donne lieu à de belles descriptions maîtrisées, concises et efficaces et à des rebondissements très nombreux qui gardent le suspens intact jusqu'à la dernière page. La langue est ici moins outrancière que dans le précédent livre que j'ai pu lire de lui et cet apaisement se fait au profit d'un récit court en terme de pages (300 environ) mais dense en contenu et en émotions.

Me voilà rabiboché avec Thomas Day, je ne crie pour autant pas au génie car on retrouve nombre d'éléments narratifs et créatifs entraperçus ici et là mais l'ensemble est cohérent et immersif à souhait. Le plaisir de lecture est constant et je l'ai lu quasiment d'une traite ce qui est gage de qualité. Avis aux amateurs, ce livre est pour vous.

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