mardi 10 octobre 2017

"La Compagnie des glaces" tomes 11 et 12 de G. J. Arnaud

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L’histoire : Voilà des siècles que la Terre subit une nouvelle glaciation. L’humanité, transie, s’est résignée à vivre sous des dômes, oubliant peu à peu son passé. Pourquoi, de toute façon, se souvenir de l’ancien monde ? Il n’est pas près de revenir...

Mais lorsqu’un groupe de scientifiques se met en tête de faire réapparaître le soleil, Lien Rag, le Kid, Jdrien et tous les autres personnages de la Compagnie des Glaces commencent à comprendre que bientôt, très bientôt, les glaces se mettront à fondre... et provoqueront un bouleversement sans précédent !

La critique de Mr K : Retour dans la fabuleuse saga SF de La Compagnie des glaces de GJ Arnaud avec ce volume réunissant les tomes 11 et 12, tout justes réédités par French Pulp édition début septembre dans le cadre de la rentrée littéraire. Les volumes passent et le plaisir reste, ce n’est pas cette nouvelle lecture qui va me fait mentir entre aventure, ambiance de fin du monde et critique acerbe à travers une métaphore filée certes glacée mais non dénuée d'ardeur.

Nous retrouvons nos héros là où nous les avions laissés. La guerre fait toujours rage entre les compagnies sibériennes et européennes, chacune ne sachant plus vraiment pourquoi le conflit a été déclaré. La trans-américaine elle, continue de prospérer et d’étendre son influence. Jdrien s’est enfui et l’enfant-roux, messie annoncé, commence à développer ses pouvoirs ce qui n’est pas sans attiser les convoitises. Lien Rag a rejoint le Kid et ils travaillent désormais main dans la main. Un événement va bouleverser la donne. En effet, les rénovateurs du soleil, un obscure groupuscule de scientifiques chassés de toute part (la censure est bien en vogue dans ce monde futuriste) ont décidé de faire réapparaître l’astre caché par les poussières de la Lune disparue. L’expérience va fonctionner de manière partielle et provoquer une mini apocalypse. C’est le début de la panique, les compagnies doivent s’unir si elles veulent survivre (du moins certaines) et chacun essaie de sauver ce qu’il peut l'être.

Le tome 11 est l’occasion pour l’auteur de détruire un petit peu tout ce qu’il a élaboré et conçu dans les volumes précédents. En effet, le pire arrive et les compagnies des glaces se retrouvent démunies face à ce changement brusque de climat. Les glaces commencent à fondre, la chaleur monte (chose impensable pour ces millions d’humains enfermés dans des dômes et des trains climatisés), l’ordre établi vacille car tout lui échappe et le chaos s’installe. Cela donne lieu à de belles scènes de chaos, de fuites éperdues de populations terrifiées et le rapprochement étonnant entre puissants qui naguère se méprisaient. Les forces se rééquilibrent et la possibilité que le Soleil rebrille constamment dans le ciel est une éventualité plus que sérieuse.

Au delà des hommes, ce sont surtout les hommes roux qui sont à la peine. Ne supportant pas la chaleur, ils risquent de tous périr. Au même moment que l’astre du jour refait son apparition, répondant à un mystérieux appel, ils s’élancent sur la banquise vers l’Amérique lointaine en emportant le corps conservé dans la glace de leur déesse, la maman de Jdrien. Ce dernier, pressenti comme une sorte de messie se dirige lui-aussi vers ce point de réunion. Véritable récit de l’exode que l’on peut comparer à celui des hébreux dans l’ancien testament (certaines scènes font irrémédiablement penser au récit biblique d’origine), on entre encore plus dans l’intimité et la pensée de ces hommes-bêtes déconsidérés et même asservis par les humains. On sent bien que quelque chose de puissant va se produire, la suite nous le dira sans doute.

J’avais fait part dans ma chronique précédente d’une légère déception concernant le héros principal (Lien Rag) que je trouvais uniquement préoccupé par les joies de la bagatelle, la série glissant malheureusement vers le mauvais roman érotique de gare. Il n’en est rien dans ces deux romans réunis ici, Lien Rag reprend la stature qu’il possédait au début : celui d’un scientifique dégoûté par le pouvoir en place, qui continue ses recherches sur les origines des hommes roux et cherche à améliorer le quotidien de l’humanité. Il est très bien secondé par sa nouvelle compagne Leouan, dont les charmes n’ont d’égal que sa sagacité et sa ruse. Les deux forment un duo détonnant, plongé notamment dans une mission secrète en plein territoire ennemi. Ce fut aussi un réel plaisir de retrouver le Kid qui n’est pas loin de tout perdre et qui d’une épreuve terrible va devoir se relever pour continuer son chemin. On a beau se dire que l’auteur a déjà beaucoup développé ses personnages, il trouve encore le moyen de nous surprendre et d’innover de chapitre en chapitre. C’est en cela qu’on reconnaît les grands feuilletonistes.

L’aventure avec un grand A reprend donc ses droits, les péripéties sont nombreuses et l’on ne s’ennuie pas une seule seconde. Lire le premier chapitre, c’est l’engagement certain d'entrer dans une lecture addictive et plaisante qui procure sensations et réflexions. Du grand art qui n’est pas près de s’arrêter vue l’étendue de la saga originelle. Quitte à me répéter, vivement la suite !

Déjà lus et chroniqués au Capharnaüm éclairé de la saga "La Compagnie des glaces" de G.J Arnaud :
La Compagnie des glaces tomes 1 et 2
La Compagnie des glaces tomes 3 et 4
La Compagnie des glaces tomes 5 et 6
La Compagnie des glaces tomes 7 et 8
- La Compagnie des glaces tomes 9 et 10


dimanche 8 octobre 2017

"Mother !" de Darren Aronofsky

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L'histoire : Un couple voit sa relation remise en question par l'arrivée d'invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

La critique de Mr K : 6/6. Sans doute MA grosse claque annuelle cinématographique. En même temps, il est très rare que ce réalisateur se plante, il fait partie de mes chouchous depuis Pi, Requiem for a dream et The Fountain. De ce métrage, je n’avais pas vraiment entendu parler avant de voir la bande annonce sur Allociné, il y a quelques temps. Synopsis mystérieux et premières images au diapason, j’y suis allé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’ai pas été déçu, le voyage fut éprouvant et assez jouissif dans son genre.

Je n’en dirai pas beaucoup plus que le résumé officiel sur ce film tant il faut se garder la surprise, tout spoiler pourrait vous gâcher la surprise. Sachez simplement que derrière ses apparences de drame domestique doublé de home invasion se cache une histoire universelle à la mystique développée de manière extrême. Il faut d’ailleurs posséder un certain bagage culturel pour pouvoir apprécier pleinement ce film car sinon vous risquez de vous agacer assez vite et de sortir outré de la séance comme ce fut le cas d’une spectatrice à notre séance qui a trouvé l’ensemble choquant et sans queue ni tête. C’est loin d‘être le cas, le film étant extrêmement bien construit et maîtrisé au niveau de la narration. Il faut aussi se laisser porter par les actes et les images, accepter de ne pas tout comprendre tout de suite même si l’ensemble paraît bancal, ici tout a une explication et croyez moi ça vaut son pesant d’or.

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Film sur le couple, la maternité, la dépendance de l’un envers l’autre, l’humanité et ses travers, les affres de la Création entre autre, on touche ici à la métaphysique pure et au mysticisme profond. En cela, il dérange car il touche au Sacré et aux convictions les plus intimes de chacun, attendez-vous à être sévèrement secoué et à réfléchir longtemps après le visionnage. Personnellement, j’ai été émerveillé par le propos distillé par le métrage, trouvant beaucoup de points communs entre la pensée du réalisateur et la mienne, comme si les images et l’histoire faisaient écho à mes convictions intimes. C’est une impression vraiment bluffante et confondante.

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Les acteurs sont tout bonnement merveilleux avec un Javier Bardem toujours aussi magnétique, dégageant un charme animal puissant (Nelfe du calme !) et une Jennifer Lawrence au talent d’actrice épatant (je ne l’avais vu pour le moment que dans la très bonne tétralogie Hunger games). Ces deux là se répondent à merveille, jouant sur toutes les nuances d’émotions, transmettant des charges émotives incroyables. Quand la révélation se fait jour sur leur nature profonde, leur jeu en devient tout bonnement lumineux. Les seconds couteaux ne sont pas en reste avec un Ed Harris impeccable et une Michelle Pfeifer vénéneuse à souhait. 

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Et puis, il y a la forme globale. Aronofsky est un des cinéastes les plus doués de sa génération, c’est beau, puissant, très bien rythmé, l’accélération est progressive jusqu’à devenir étouffante. Il magnifie le quotidien du couple avant de s’élever devant les enjeux cachés pour asséner violemment ses vérités avec une maestria de tous les plans : ce film se révèle inventif, délirant et assez unique en son genre. Je vous le dis, c’est un film qui scotche les rétines et fait profondément réfléchir. Passez votre chemin si vous n’aimez pas le space et les objets filmiques non identifiés. Si par contre, vous aimez vous faire mal, voir quelque chose que vous n’avez jamais vu auparavant, foncez. Ce film est une bombe !

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samedi 7 octobre 2017

"Les Carnassières" de Catherine Fradier

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L’histoire : Vera Volkoff, fliquette un brin trop dynamique, a quitté la police à la suite d'une bavure. Depuis elle donne des cours de pilotage à l'aéro-club de Valence et se consacre à Nina, sa petite fille. De retour d'un vol, elle déplane. Son passé l'attend en bout de piste : Léo et Alexandra, deux flics très spéciaux, ont déterré son dossier et la contraignent à retravailler pour la police.

Suite à l'assassinat de notables ou d'hommes politiques tous tués d'une flèche en plein cœur sur le Costa del Sol, Vera est parachutée sur une couverture de pilote dans une compagnie d’aviation privée.

Chargée de "renifler" la colonie russe des Baléares, elle va devoir naviguer à vue dans cette sanglante nébuleuse : mafia sibérienne, anciens du KGB, rouges-bruns à tendance vert-dollar.

La critique de Mr K : Petite lecture détente entre deux SP, c’est mon premier ouvrage de cette auteure et de la collection Canaille / Revolver des éditions Baleine que je pratique régulièrement quand je parcours les aventures du Poulpe, mon détective gaucho préféré ! J’ai ici passé un bon moment de lecture, avec un ouvrage détente-neurone efficace mais loin d’être original au final.

En exécutant de sang froid un tueur d’enfant, Vera a brisé sa carrière de flic. Devenue pilote instructeur, elle vit en mère célibataire une vie épanouie avec sa fille. Mais le passé va la rattraper quand un ancien collègue travaillant pour une agence gouvernementale l’appelle pour une infiltration à haut risque : russophone et pilote, elle a tous les atouts pour s’approcher de gros bonnets de la mafia russe. Comme en plus son affaire a été enterrée pour éviter d’éclabousser la Police Nationale, il a un moyen de pression certain pour la forcer à réaliser cette tâche compliquée et très dangereuse. Très vite, les choses vont se corser pour Vera qui va tomber de Charybde en Sylla lors des révélations successives qui vont s’enchaîner dans un rythme endiablé ne lui laissant aucun repos...

Ce qui sauve littéralement le livre, c’est le personnage de Vera. Écorchée vive qui n’a pas sa langue dans sa poche, son caractère volcanique emporte tout sur son passage, y compris l’adhésion du lecteur. Séduisante, forte mais aussi butée et maladroite à l’occasion, elle encaisse les coups comme personne. Là où souvent on nous sert souvent des héros mâles abîmés par la vie, Vera assume le rôle parfaitement et en voit de toutes les couleurs (superbe séance de captivité à un moment où on la sent perdue pour toujours). Très vite, elle sera confrontée à une menace insidieuse, multiforme et seul le souvenir de sa fille qui l’attend va lui permettre de surpasser son appréhension (elle est loin d’être parfaite) et ses capacités physiques. La deuxième partie virant au road movie débridé, le rythme s’accélère vers une ultime révélation qui pour ma part ne pas réellement surpris. Dommage...

Les Carnassières est aussi une belle plongée dans le monde interlope des trafics en tout genre et des organisations secrètes. Car derrière les meurtres indiqués en quatrième de couverture se cache un mouvement qui ne recule devant rien pour affirmer ses positions et essayer de rendre le monde meilleur. Je n’en dirai pas beaucoup plus pour éviter de lever le voile mais c’est bien pensé malgré un aspect un peu caricatural par moment. Mais bon, on pardonne aisément quand c’est pour la bonne cause, surtout celle des femmes. Alors certes, certains événements sont téléphonés, des coïncidence sont trop heureuses et des fois, on a carrément affaire à des séances WTF (What the fuck !) peu réalistes mais on se prend au jeu et l’on se demande jusqu’où ira l’héroïne pour découvrir la vérité et au final sauver sa peau. On est clairement dans la série B bien hargneuse comme je les aime, ce n’est pas transcendent cependant mais on passe un très agréable moment pour une lecture rapide.

153 pages composent ce roman qui se caractérise par une écriture nerveuse qui va à l’essentiel, le rythme est trépidant et on en prend plein la tronche. Le pire c’est qu’on en redemande entre action shootée à l’adrénaline et une héroïne en roue libre totale. Un plaisir simple et sans chichis qui ravira les amateurs pour son côté fun et efficace même s’il ne révolutionne pas le genre. Tentés ?

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jeudi 5 octobre 2017

"Le Grand dieu Pan" d'Arthur Machen

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L’histoire : Belle mais démoniaque ! Entourée d'un halo d'étrangeté et de mystère... Telle est la femme qui hante les rues de Londres, mais aussi l'esprit dérangé de ceux qui l'ont rencontrée, des hommes en général fortunés. Tous ont fini leurs jours dans des circonstances ténébreuses, le visage déformé par l'épouvante et l'effroi.

Par quelle fatalité cette créature superbe sème-t-elle la mort autour d'elle ? Serait-elle maudite ? Aurait-elle pactisé avec une puissance maléfique ?

Il semble bien qu'elle ou sa mère, victime d'une expérience diabolique menée par un savant fou, ait aperçu ce qu'aucun œil humain ne peut contempler... Le dieu de l'abîme, le grand Pan, dont la vue cause une peur "panique" !

La critique de Mr K : Lors d’un craquage à la recyclerie de Lorient, j’avais jeté mon dévolu sur cet ouvrage ainsi que toute une série d’ouvrage Librio. J’aime beaucoup cette maison d’édition qui propose souvent des titres classiques à pas cher. C’est un auteur reconnu que je m’apprêtai à découvrir en ouvrant cet ouvrage, il m’avait jusque là échappé, aucun de ses livres n’ayant croisé ma route lors de nos chinages compulsifs à Nelfe et moi. Le hasard aidant, me voici maintenant en mesure de vous donner mes impressions sur ce britannique maître de l’horreur qui a officié à cheval sur le XIXème et XXème siècle.

Londres à l’époque victorienne est décidément une ville dangereuse, surtout si l’on est un riche bourgeois en goguette. Les morts étranges se succèdent chez les célibataires nantis de la capitale londonienne, les cadavres retrouvés sont marqués de l’effroi le plus profond et à chaque fois des témoignages convergent en notifiant la présence d’une jeune femme séduisante mais aux traits dérangeants. Le narrateur commence alors son enquête auprès de la bonne société, se rendant sur les lieux des drames et en interrogeant toutes les personnes qui pourraient le renseigner sur les victimes et sur cette mystérieuse femme insaisissable. Peu à peu, la lumière se fait sur le problème d’identification de la dite prédatrice mais aussi sur les origines du mal qui pourraient remonter au dieu Pan de l’Antiquité, seigneur de la fête et des abysses...

On est très vite pris par l’histoire qui est construite de manière labyrinthique : on commence par une expérience étrange puis on navigue de témoignage en témoignage sans que l’ensemble paraisse cohérent. Les faits inexpliqués s’accumulent et l’on croise nombre d’âmes égarées. Pourtant, le narrateur poursuit ses investigations avec abnégation même si ceux qui l’ont précédé ont sombré dans la folie ou ont passé l’arme à gauche. C’est l’occasion pour le lecteur de nager en plein XIXème siècle, de frayer avec la bourgeoisie et de côtoyer l’étrange. L’ésotérisme était en vogue à l’époque et ce court récit s’en fait le bel étendard.

Expérience interdite, femme-succube à la beauté fatale, divinité païenne qui rend fou sont les ingrédients surnaturels distillés au fil du récit qui par ses tours et détours se plaît à perdre le lecteur pour mieux le recapter par la suite. On retrouve à ce niveau les techniques classiques du genre qui quand elles sont bien employées frappent juste et fort. Le mélange réalité et surréel fonctionne à plein et il est si plaisant de voir la gente masculine subir les foudres d’une certaine féminité qui finalement prend sa revanche sur les sociétés patriarcales de l’époque. Mon côté sadique a été grandement satisfait dans ce domaine.

Loin de basculer dans l’horreur ou la surenchère, tout se joue sur la montée de l’angoisse, le non-dit et l’imagination du lecteur qui bat la campagne face à tant d’événements bizarres et souvent parcellaires. Nébuleuse mais pas sans fond, cette nouvelle au charme vénéneux et très anglaise dans son traitement hypnotise et captive. La langue est d’une beauté de tous les instants, jamais désuète malgré le temps qui a passé depuis l’écriture. Très facile d’accès, c’est le genre de texte qu’on peut aisément faire lire à un jeune lecteur pour lui faire découvrir le genre fantastique en parallèle d’un bon Maupassant.

Étant un grand fan du genre, Le Grand dieu Pan m’a comblé tant au niveau émotion qu’en terme de qualité littéraire. Se suçotant comme une douce sucrerie, on en redemande et m’est avis que je n’hésiterai pas une seconde si mes pas venaient à croiser à nouveau un ouvrage de cet auteur. Avis aux amateurs !

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mercredi 4 octobre 2017

Odeur nauséabonde...

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Dessin de Foolz trouvé sur le site du Strips Journal

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mardi 3 octobre 2017

"Les Enlisés" d'André Lay

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L’histoire : Regagner l’amour de sa femme ? Rien de plus facile : il suffit de l’empoisonner.

Et ensuite, de s’occuper tendrement de sa convalescence, en bon mari aimant.

Mais à trop vouloir s’attacher sa compagne, Claude n’avait pas prévu qu’il susciterait chez elle des sentiments fanatiques... qui se révéleront bien plus tragiques qu’un divorce !

La critique de Mr K : Initialement sorti en librairie en 1973 (je n’étais pas né -sic-), ce polar bien tordu d’André Lay a été réédité par la maison d'édition French pulp à l’occasion de la rentrée littéraire de septembre. La couverture évocatrice et le pitch bien barré m’ont convaincu instinctivement de tenter l’expérience qui s’est avérée réussie et plaisante à souhait.

Claude a une vie de rêve : il est scénariste et dialoguiste au cinéma, il possède une belle propriété sur les bords de Marne et vit une histoire d’amour solide avec sa douce femme Maud. L’horizon s’obscurcit quand il commence à soupçonner que sa moitié le trompe avec un autre homme, un de ses partenaires de tennis (d’où la couverture de l’ouvrage). Claude commence à sérieusement psychoter et envisage les possibilités qui s’offrent à lui pour récupérer sa femme : le scandale, le meurtre, l’ignorance... C’est après moult tergiversations qu'il va essayer l’invraisemblable, l’empoisonner pour se rendre indispensable et réanimer la flamme d’un amour qu’il croit perdu. Mais à jouer avec le feu, on finit toujours par se brûler...

En effet, une fois le mécanisme infernal lancé, il faut tenir ses positions. Éviter de concentrer sur soi les soupçons et la curiosité, notamment l'attention soutenue de la domesticité tenante d’une morale stricte et la bienveillance du vieux médecin de famille qui ne comprend pas ce qui arrive à la jeune femme qui dépérit alors que tous ses signes vitaux sont au vert. Quand à Maud elle-même, elle semble peu à peu rentrer en dépression, devient incohérente. Face à cette multitude d’obstacles qui se dressent devant lui, Claude aura bien du mal à en sortir indemne, de même que son couple.

Ce pulp bien troussé atteint sa cible sans bavure : le suspens tient de bout en bout. Après une brève description de la vie parfaite de ce couple aisé (soirée de gala autour de la sortie du nouveau film auquel a collaboré Claude), on rentre dans le vif du sujet avec les premiers écueils et un narrateur-héros obnubilé par le comportement de sa femme et sa "soit-disante" très grande faute. Ses synapses ne s’arrêtent plus, le moindre acte, geste ou parole de Maud se voit interpréter et gagne en importance. L’obsession de Claude est très bien retranscrite, prend à la gorge, surtout qu’elle se confronte à la réalité que vivent les autres personnages. Tous sont très bien caractérisés et plantent le décor d’une machination que l’on peut qualifier assez rapidement d‘infernale tant elle va brouiller les pistes et détruire le joli échafaudage précédemment décrit.

Petit à petit, l’étau semble se refermer bien que le plan sur le papier soit parfait. Mais les détails sont souvent à la source de la chute du meilleur des criminels et cette histoire en est une fois de plus le miroir le plus fidèle. On se plaît à deviner la suite, à trembler pour la jeune femme qui semble complètement sous la coupe de son mari jaloux et en même temps, on se prend à croire qu’il ne se fera pas pincer notamment lors des échanges verbaux qu'il tient avec le docteur dépassé par les événements mais qui ne veut pas s’avouer vaincu. Puis, la machine s’emballe avec l’arrivée d'un autre personnage qui va faire définitivement basculer l’histoire et diriger le lecteur vers l’irréparable.

J’ai lu Les Enlisés en quelques heures seulement. Même s’il ne révolutionne pas le polar en lui-même à cause de sa facture très classique (dans l’écriture notamment), on se prend au jeu et on est emporté malgré nous. L’addiction est très vite là et il est tout bonnement impossible de relâcher le volume avant le mot fin. Un petit plaisir coupable, bien agréable, qui remplit son office sans prétention et avec efficacité. À tenter, si le cœur vous en dit.

dimanche 1 octobre 2017

"Ne fais confiance à personne" de Paul Cleave

ne_fais_confianceL'histoire : Il y a pire que de tuer quelqu'un : ne pas savoir si on l'a tué.

Les auteurs de thrillers ne sont pas des personnes très fréquentables. Ils jouent du plaisir que nous avons à lire des histoires abominables, de notre appétit pour des énigmes qui le plus souvent baignent dans le sang. Il peuvent parfois donner des idées. Eux-mêmes, à force d'élaborer des crimes presque parfaits, ne sont pas à l'abri d'aller tester leurs fictions dans la réalité.

Prenez par exemple Jerry Grey, ce célèbre romancier qui ne sait plus très bien où il en est. A force d'inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n'aurait-il pas fini pas succomber à la tentation de passer à l'acte ? Dans cette institution où on le traite pour un alzheimer précoce, Jerry réalise que la trame de son existence comporte quelques inquiétants trous noirs. Est-ce dans ses moments de lucidité ou dans ses moments de démence qu'il est persuadé d'avoir commis des crimes ? Quand la police commence à soupçonner les histoires de Jerry d'être inspirées de faits réels, l'étau se resserre. Mais, comme à son habitude, la vérité se révélera bien différente et bien plus effroyable que ce que tous ont pu imaginer !

La critique Nelfesque : Paul Cleave est un auteur que j'ai beaucoup lu il y a 3 / 4 ans mais que j'ai laissé de côté par la suite. Vous connaissez l'adage : "Tant de romans à lire et si peu de temps"... En cette Rentrée Littéraire, j'ai tout de même décidé de revenir à lui avec "Ne fais confiance à personne" qui m'avait l'air bien tordu et dont la quatrième de couverture n'était pas sans me rappeler sous certains aspects "La Part de ténèbres" de Stephen King.

En effet ici aussi il est question de l'écrivain et de son double possible. Qui de l'homme ou de l'auteur écrit les histoires, les invente, les vit peut-être ? D'où vient l'inspiration et comment s'appréhende-t-elle ? Quelle est la frontière entre le génie et la folie ? Jerry à la ville est plus connu du grand public sous le nom de Henry Cutter, auteur de thrillers prolifique et talentueux. Jusqu'au jour où on lui diagnostique un elzheimer précoce alors qu'il n'a pas encore 50 ans et que son inspiration s'envole peu à peu avec sa mémoire, laissant place à des doutes troublants...

Souvenirs réels ou fantasmés, Jerry et Henry se confondent et chaque jour l'un doit mener un combat face à l'autre qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Alors Jerry continue d'écrire, dans un carnet, pour son futur lui-même qu'il sait voué à la perte totale de mémoire, pour qu'il puisse se raccrocher à quelque chose, savoir qui il était vraiment quand il n'aura plus aucune résurgence de son passé.

Le lecteur est pris dans un tourbillon de questions, à l'image de Jerry qui patauge complètement dans une existence angoissante, ne sachant plus démêler le vrai du faux, persuadé qu'il est parfois d'avoir commis des crimes que tout le monde lui attribue seulement sur papier. Ses trous noirs et ses impressions sont-ils réellement dûs au processus d'écriture ou ne s'était-il pas à l'époque déjà inspiré de son expérience ? Sa maladie ne serait-elle pas là uniquement pour révéler au monde entier sa vraie nature ? Pourquoi sa fille est-elle si distante alors qu'il a besoin d'elle ? Lui en veut-elle pour quelque chose qu'il aurait oublié ?

Paul Cleave est un auteur très agréable à lire. Le récit est une fois encore fluide, l'histoire prenante et les pages défilent sans que l'on s'en rende compte. L'envie de connaître le fin mot de l'histoire est là et l'intérêt ne faiblit pas. Il y a ici une excellente gestion du suspens et le personnage est vraiment très bien construit. Seul bémol, si il en faut un : une fin un brin too much. A trop vouloir épater le lecteur, les derniers paragraphes perdent en crédibilité. Un thriller psychologique à découvrir toutefois tant le rythme est maîtrisé et la curiosité du lecteur éveillée !

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé:
- Nécrologie
- Un Employé modèle
- Un père idéal

samedi 30 septembre 2017

"Conan" de Robert E. Howard

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L’histoire : "C’est alors que vint Conan le Cimmérien – cheveux noirs, regard sombre, épée au poing, un voleur, un pillard, un tueur aux accès de mélancolie tout aussi démesurés que ses joies – pour fouler de ses sandales les trônes constellés de joyaux de la Terre." Les chroniques némédiennes

La critique de Mr K : C’est à l’occasion du Motocultor festival que je me décidai à me relancer dans un re-reading d’un ouvrage culte de fantasy : Conan de Robert E. Howard. Ça me semblait être le lieu idéal pour retourner en Aquilonie et suivre les aventures de ce barbare ultra-célèbre qui fit mon bonheur plus jeune entre lecture de l’ouvrage, BD pleines d’action et un film mémorable avec un futur gouverneur de Californie dans le rôle titre. Presque trente ans après, le bonheur de lecture est intact et j’ai redécouvert au passage la richesse de la langue de l’auteur qui est considéré à raison comme un pilier du genre.

Avant même la lecture des nouvelles en elles-mêmes (7 courts textes composent ce recueil), une judicieuse préface nous présente l’auteur et son apport à la littérature. C’est ainsi que j’ai appris que Howard fut au départ un enfant doué intellectuellement, timide et du coup (comme c’est encore trop souvent le cas) régulièrement malmené par les autres. En réaction, il devint un fanatique de sport et de culture physique, devenant même un temps boxeur. La peur changea de camp ! C’est après qu’il commença à entreprendre une carrière liée à l’écriture avec Conan mais aussi Solomon Kane. Malgré une réussite qui lui tend les bras, il finira par se donner la mort à l’annonce du décès prochain de sa mère dont il était très proche. Bien qu’indépendante de l’œuvre elle-même, je trouve que sa vie a été passionnante et éclaire quelque peu la teneur de ses ouvrages et notamment la raison d’être de ce cimmérien à la force brute et au cœur chaud.

Dans ces sept nouvelles, nous suivons donc Conan, un jeune barbare cimmérien qui trace sa route et son destin à travers les différents empires et royaumes de l’âge hyperboréen. Le jeune fuyard de la première nouvelle aux prises avec une horde de loup et une momie ressuscitée se transformera au fil des récits en voleur expérimenté puis en mercenaire / guerrier que l’on recherche ardemment en ces temps troublés. Les différentes nouvelles le mettent aux prises avec de vils magiciens, des créatures venues d’autres plans d’existence et du tréfonds des ténèbres. Chaque récit est l’occasion d’un voyage en terre étrangère avec la rencontre d’autres peuples et souvent le déclenchement d’une quête ardue qui mettra à rude épreuve notre barbare de héros.

Le personnage principal n’a rien perdu de son charisme malgré les années et le temps qui passe. On retrouve ce charme animal et sauvage qui font littéralement décoller le lecteur durant sa lecture. Impressionnant de force, les actes herculéens sont légions durant ces pages, le monde décrit est rude et Conan peut compter sur son physique hors norme pour se tirer des situations délicates où l’emmène un auteur assez sadique à son endroit. Loin d’être seulement un monolithe de force brute, Conan est plus malin qu’il n'en a l’air et se révèle parfois même faillible. Il n’est pas rare en effet que la peur l’envahisse lorsqu’il se retrouve face au surnaturel ou la magie, phénomènes que les cimmériens abhorrent. Bon, il reste malgré tout un bon gros barbare bourrin mais cette faiblesse ajoutée à son empathie envers certains personnages et les jeunes filles en détresse rajoute un caractère plus humain à ce géant qui s’apparente à une machine de guerre impitoyable.

Très branché action, le tempo est mené tambour battant. C’est la marque de fabrique de Howard dans sa façon de narrer et décrire les histoires qu’il propose. Le genre de la nouvelle est d’ailleurs exigeant dans le genre, il faut savoir planter rapidement et efficacement un lieu, un temps et une intrigue. Les textes présentés ici sont des modèles du genre avec à chaque fois des récits bien ficelés, jamais redondants ni bâclés. Malgré le peu de descriptions (je suis un aficionados du style de Tolkien d’où cette légère frustration), on est immergé immédiatement en ces temps sombres et on s’émerveille devant les lieux où se déroulent les histoires : des villes luxuriantes aux tripots les plus malfamés, des cryptes les plus darks aux forêts les plus mystérieuses, on voyage beaucoup et l’on côtoie divers dangers bien flippants. Et puis, les scènes d’action pures sont d’une rare efficacité et donnent à voir un spectacle total, sans fioritures où la crudité se mêle à la virtuosité. Un pur bonheur de lecture qui passe très vite sans que l’on s’en rende compte.

Force est de constater que depuis les années 30, Conan reste la pièce maîtresse du genre Sword and sorcery et qu’il est indéboulonnable en terme de référence ultime. Sous ces apparences de simple roman d’aventure et d‘action se cache une expérience littéraire toujours aussi délectable qui fait la part belle aux exploits et au dépaysement. Un classique parmi les classiques !

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mercredi 27 septembre 2017

"Opium" de Maxence Fermine

opium

L’histoire : Le goût du thé s’acquiert au fil du temps. Le poison de l’opium, lui, ne s’oublie jamais.

C’est une route aux mille parfums, aux mille périls aussi : celle qui, partant de Londres, suit la voie des Indes pour se perdre, irrémédiablement dans l’Empire de la Chine. Un périple que l’on nomme la route du thé.

Pour la première fois, en 1838, un homme va s’y aventurer, décidé à percer le secret des thés vert, bleu et blanc, inconnus en Angleterre.

La critique de Mr K : Quel joie j’ai ressenti quand je suis tombé sur cet ouvrage de Maxence Fermine lors d’un chinage de plus. C’est un auteur dont j’ai adoré les deux précédentes lectures, présentant à chaque fois un récit court, incisif, poétique et finalement remarquable d’humanité et de talent. Il s’aventure ici dans la Chine mystérieuse du XIXème siècle dans un roman d’aventure qui s’apparente aussi au roman d’initiation, le genre de récit dont un héros ne ressort jamais vraiment indemne. La lecture fut extrêmement rapide et savoureuse une fois de plus.

Charles Stowe a baigné très tôt dans l’exotisme et le rêve oriental. Son père Robert a ouvert une épicerie fine de produits orientaux sans jamais quitter la capitale britannique. Le démon de l’aventure ne tarde pas à titiller le jeune homme qui ne peut réaliser son rêve de partir qu’à la trentaine. Lui qui désire plus que tout découvrir le secret du thé et notamment les variétés qui pour l’époque sont encore méconnues en Angleterre (notamment le thé impérial blanc qu’aucun occidental n’a pu consommer jusque là), va débarquer en Chine et commencer son périple. Il y rencontrera un commerçant irlandais bavard qui deviendra très vite son associé. Il lui racontera alors d’étranges histoire d’empereur du thé caché en un lieu secret et dont nul n’a pu voir le visage... En s'enfonçant dans les rizières, Charles poursuivra ses recherches en rencontrant un riche commerçant de thé chinois et une mystérieuse jeune femme aux charmes vénéneux et imparables...

Comme à chaque fois avec Fermine, l’addiction est immédiate. La faute à un style d’une grande fluidité, d’une apparente simplicité qui cache en fait une grande profondeur avec des personnages caractérisés au cordeau, sans fioriture mais dont la substantifique moelle régale le palais et l’intellect. Bien que plutôt classiques, les âmes qui errent dans ce roman hantent longtemps après la lecture le lecteur possédé par un récit virevoltant, sans temps morts et qui nourrit la réflexion. Le héros tient une grande place dans cet intérêt tant son parcours relève de la mystique et de l’universalité de la condition humaine. Peuplé d’espoir, de déception, de fascination et même de possession, ce récit voit Charles vivre entièrement pour sa passion bientôt remplacée par une autre. L’attrait du thé cède à l’attrait du mystère, de la féminité (et au-delà le grand amour ici) pour finalement retomber vers la réalité et la nécessaire prise de recul face à l’expérience éprouvée.

Ce livre est aussi une remarquable fenêtre sur un monde désormais disparu : celui du XIXème siècle, période de colonisation et de fortes tensions dans cette région du monde. L’Empire brittannique et l’Empire chinois redoublent de stratagèmes pour étendre leur influence, la lutte se révélant parfois féroce avec notamment la première guerre de l’opium ici évoquée. C’est l’occasion pour l’auteur de confronter un étranger à un monde qui le dépasse et d’évoquer une réalité difficile dans le domaine des relations entre civilisations, échanges teintés de méfiances et parfois même de pactes. Rajoutez dessus, l’ombre du mystère qui plane sur ce fameux Lu Chen qui semble régner sur toute une partie des campagnes et régit à la fois les récoltes de thé et le trafic d’opium, et vous avez une vague idée de l’ambiance si particulière et prenante de ce roman qui se lit d’une traite.

Récit ultra-épuré, au parfum d’authenticité et au charisme redoutable, ce livre est une fois de plus un petit bijou qui alimentera vos désirs d’aventure et d’ailleurs. Un chef d’œuvre en puissance que je vous invite à découvrir au plus vite !

Également lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Neige
- Le Violon noir

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lundi 25 septembre 2017

"Courir au clair de lune avec un chien volé" de Callan Wink

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Le contenu : Toutes les nouvelles réunies dans ce recueil se passent dans le Montana ou le Wyoming. Plus qu'un décor, l'Ouest américain, la Nature et les grands espaces prennent vie dans ces récits, et les hommes que Callan Wink met en scène dans son univers si riche et singulier sont seuls de bien des façons ; pourtant, ça ne les empêche pas d'être drôles, courageux ou insoumis.

On rencontre ainsi un ouvrier du bâtiment poursuivi par deux types un peu louches qu'on appelle Charlie Chaplin et Montana Bob, à qui il a volé leur chien ; un homme marié qui entretient une liaison avec une Indienne alors que sa femme se bat contre un cancer du sein ; ou encore un jeune homme amoureux d'une femme bien plus âgée que lui.

La critique de Mr K : La collection Terres d'Amérique de chez Albin Michel frappe un grand coup avec la parution pour la rentrée littéraire de ce recueil de nouvelles d'un jeune auteur US plus que prometteur, Courir au clair de lune avec un chien volé. Cette lecture s'est révélée extraordinaire dans son genre tant on touche à l’émotion à l’état pure et une forme de naturalisme moderne à la sauce américaine qui prend aux tripes et fait réfléchir longtemps après la lecture.

Liberté et/ou responsabilité sont les deux termes annoncés en quatrième de couverture et qui résument assez bien les morceaux d’existences qui nous sont livrées à travers neuf nouvelles. Collant au plus près de ses personnages, Callan Wink nous invite à partager des vies bien différentes mais qui finalement se rejoignent autour de l’idée de construire sa vie, mais aussi de ces moments d’échappée que l’on décide ou non de prendre par rapport à la réalité ou à sa situation.

On croise ainsi un adolescent exterminateur de chats (mon Dieu moi qui adore ces petites bêtes…) partagé entre ses deux parents qui se déchirent et qui essaie de se faire sa place, un couple illégitime à la différence d’âge importante, un homme courant nu dans la nuit poursuivi par les propriétaires du chien qu’il a embarqué, un homme marié qui trompe sa femme cancéreuse durant ses périodes de travail loin de chez lui, un professeur un peu paumé qui décide de partir à la campagne pour faire un break avec son existence qui ne l’épanouit plus, un homme rongé par le remord suite à la mort d’ouvriers travaillant pour lui, la vie d’une famille pendant que le fils aîné purge deux ans de prison pour homicide involontaire lors d’une altercation alcoolisée, les souvenirs filés d’un père et son fils et enfin, la dernière nouvelle (la plus bouleversante, la plus belle à mes yeux) qui suit Lauren une veuve qui se débat avec sa vie et ses souvenirs.

Seulement 33 ans et déjà l’auteur, Callan Wink, fait montre d’un talent d’orfèvre pour capter les cœurs et les esprits. Ses nouvelles dissèquent avec douceur, franchise et vérité l’âme humaine. Magnifiant le quotidien et ses personnages, il donne à voir une humanité versatile, riche et complexe. C’est aussi des personnages qui évoluent énormément, réfléchissent beaucoup à leur vie, leur destin. Sans chichis, sans pédanterie mais avec une simplicité et une poésie des mots, ces hommes, ces femmes se découvrent, souffrent, rebondissent, tombent, se relèvent et prennent conscience à leur manière de la condition qui est la nôtre. Loin des strass et des paillettes, on gagne beaucoup à rencontrer et explorer ses existences à l’apparence simple et sans reliefs mais qui au final dégagent une humanité brute et pure.

On passe donc par nombre de sentiments lors de cette lecture. L’auteur aime éprouver ses personnages et par là même ses lecteurs. Chaque récit se lit, se dénoue et s’ingère avec une facilité déconcertante. On passe constamment de la routine à la surprise, laissant parfois en suspens des situations que le lecteur essaiera à son tour de démêler par son imagination. C’est une des marques de fabrique des nouvelles US contemporaines, le style volontiers contemplatif par moment peut s’accélérer et fournir des émotions fortes sans pour autant partir dans les effets de manche. La vie en elle-même est parfois un miracle ou une épreuve, ces nouvelles en sont les meilleurs exemples. Vous y croiserez des victimes et des bourreaux, des abîmés de la vie, d’autres que la vie semble avoir comblés : bonheur, malheur, cruauté, altruisme et pléthore de sentiments et réactions humaines se mêlent pour habiter longtemps un lecteur prisonnier d’une œuvre magistralement maîtrisée. C’est aussi de très beaux passages sur les rapports humains dont la filiation, l’amour marital et le rapport difficile à l’autre avec les dysfonctionnements qui peuvent apparaître au fil d’une vie. Vraiment tripant dans son genre, la cible est atteinte à chaque fois.

Et puis, il y a les décors, l’espace américain : l’auteur aime le Montana où il réside désormais (il est aussi guide de pêche à la mouche et a partagé plusieurs parties de pêche avec un certain Jim Harrisson, excusez du peu !) et il le lui rend bien à travers des tableaux magnifiques où le moindre bruissement de vent, le murmure de l’eau ou la faune en effervescence prennent une part importante dans le récit. Sans compter aussi au détour de certaines nouvelles, l'imposition d'un regard sensible sur les sociétés humaines avec notamment de très belles évocations des traditions indiennes ou de scènes familiales loin des clichés véhiculés dans les séries et films américain standardisés. Poésie et sensibilité accompagnent tous les éléments constitutifs de ces nouvelles qui touchent au coeur de manière mesurée, juste et intemporelle.

D’approche aisée et plaisante, l’écriture est ici en apparence simple et directe mais elle cache une générosité et une justesse de tous les instants. Une nouvelle terminée, on est immédiatement conquis par la suivante et l’ensemble dégage une cohérence, une force peu commune et au final ces historiettes peuplent notre esprit bien des jours après avoir refermé cet ouvrage. Une lecture formidable et émouvante qui me hérisse encore les poils du dos au moment où j’écris ces lignes. Un must dans le genre, incontournable pour les amateurs mais aussi pour les autres.