ilatuepersonnemonpapaL'histoire: Il était docteur, le papa de Jean-Louis Fournier. Un drôle de docteur qui s'habillait comme un clochard, faisant ses visites en pantoufles et bien souvent ne demandait pas d'argent. Ses patients lui offraient un verre.
Il n'était pas méchant, seulement un peu fou quand il avait trop bu ; il disait alors qu'il allait tuer sa femme. Un jour il est mort : il avait quarante-trois ans.
Longtemps après, son fils se souvient. A petites touches, en instantané, il trace le portrait de ce personnage étonnant, tragique et drôle à la fois. Il a appris, en devenant grand, l'indulgence. Et qu'il ne faut pas trop en vouloir à ceux qui, plus fragiles, choisissent de " mauvais " moyens pour supporter l'insupportable.

La critique de Mr K: J'aime beaucoup Jean-Louis Fournier, j'utilise régulièrement en cours sa "Grammaire française et impertinente" et j'avais particulièrement apprécié son roman sur la vieillesse "Mon dernier cheveu noir". L'abbé aidant, je suis tombé sur ce livre fortement autobiographique où Fournier nous parle de son père médecin alcoolique et de la vie quotidienne de la petite famille.

"Il a jamais tué personne, mon papa" se présente sous la forme d'une succession de cours chapitres d'une page présentant une facette du père: La claque à papa, Papa et moi, Mon papa était docteur etc... C'est le jeune Jean-Louis qui nous parle avec un vocabulaire enfantin, des ellipses aussi d'enfant qui ne comprend pas tout au monde des adultes et surtout au comportement de son père. Ce livre très court, je l'ai lu en une heure à tout casser tant on est pris par cette vie décrite simplement. Les émotions sont multiples, on passe très rapidement du rire au nœud à l'estomac. Impossible de ne pas sourire face aux réparties improbables du père bourré rentrant le soir à la maison, surtout quand ces répliques sont retranscrites par un enfant. Impossible de ne pas être saisi par la mélancolie ambiante dans cette famille où les enfants et parfois la mère ont peur du mari qui rentre à la maison, mari qui dépense la plupart de l'argent du foyer dans les troquets du coin. En voici un petit chapitre:

ON A PERDU PAPA (page 63)

Un jour, papa a disparu. Maman était sûre qu'il n'était pas sorti de la maison, mais impossible de le trouver.

On a cherché partout, on a fouillé toute la maison, on inspecté toutes les pièces, on a regardé sous les lits, on a ouvert les placards, les grandes armoires, rien, pas de papa.

Quelqu'un a eu l'idée d'aller revoir dans son cabinet. Dans son cabinet, il y avait un piano, le piano était dans un angle de la pièce. Et derrière le piano, allongé, une cigarette au bec, il y avait papa, avec un drôle de sourire. Il avait l'air de dire «Je vous ai bien eus».

Il aimait bien jouer à cache-cache, mon papa.

Plus on avance, plus le malaise s'installe car on le sait dès le départ, l'histoire va mal finir, cet homme médecin reconnu et apprécié va mourir, sa maladie le ronge lui et sa famille. L'enfant n'en veut pas vraiment à son père mais les regrets sont nombreux. Les chapitres défilent à une vitesse folle et la fin nous cueille sans coup férir nous laissant pantelant. C'est du réel, rien que du réel, sans artifice aucun. Une lecture touchante dont je me rappellerai longtemps.