dimanche 14 mai 2017

Quand Nelfe rend visite à l'abbé !

Je vous en parlais hier sur notre Instagram, j'ai fait une petite virée chez Emmaüs. L'air de rien, histoire de voir si il y avait de nouvelles choses à se mettre sous la dent côté littérature... Mr K étant malade depuis vendredi, je n'avais pas envie de rester traîner à la maison en compagnie de ses virus. Comme cela faisait un moment que je n'avais pas été fouiner dans le coin, l'occasion était donc toute trouvée.

La moisson fut sympathique :

Acquisitions nelfesques ensemble

Comme vous pouvez le voir, je suis restée raisonnable. D'autant plus que je n'ai pas pensé uniquement à moi et que quelques titres sont réservés à Mr K (notez comme je suis un amour d'épouse...).

Se retrouvent donc dans ma PAL :

Acquisitions nelfesques 1

- "Désolations" de David Vann parce que j'aime beaucoup cet auteur (tout simplement). J'ai déjà lu quelques uns de ses titres et à chaque fois ce fut une claque. Mr K m'a offert "Dernier jour sur terre" pour mon anniversaire et je compte bien le lire en premier mais je dois avouer que l'on n'a jamais assez d'ouvrages de cet auteur dans sa bibliothèque ! Une île, un couple, une nature hostile, des difficultés à communiquer. Tout cela me donne furieusement envie d'en savoir plus !

- "Il est de retour" de Timur Vermes parce que je viens de terminer un ouvrage traitant de la seconde guerre mondiale et qu'il fallait forcément que j'en rentre un nouveau ! Ici, on est dans la satire et je pense que je vais bien m'amuser tout en me faisant froid dans le dos (oui j'ai conscience que s'amuser avec un tel sujet parait étrange mais quand un éditeur place cet ouvrage entre Chaplin et Borat, normalement on ne doit pas faire que pleurer en le lisant). Sorte d'uchronie hitlérienne, la montée des extrémismes et la critique de la société et des politiques est au coeur de l'ouvrage. Ça promet !

Et pour Mr K alors ?

Acquisitions nelfesques 2

- "Ortog et les ténèbres" de Kurt Steiner parce que l'histoire m'a tout de suite accrochée et que j'ai su en lisant la 4ème de couv' que ça lui plairait aussi. Une héroïque mission dans l'espace, une quête de l'être aimé au XXXème siècle et une épopée au royaume des morts à travers les cercles infernaux du feu, du poison et de la démence : c'est pour lui !

- "Temps glaciaires" de Fred Vargas. Avant de partir j'ai cru entendre "Hey si tu trouves le Vargas où il y a "glaciaire" dans le titre, tu prends ! Je l'ai pas !". Ah ben ça tombe bien dis donc ! Et dire que de mon côté je n'en ai jamais lu un seul...

- "Procédure d'évacuation immédiate des musées fantômes" de Serge Brussolo parce que rien que le titre intrigue. On a quelques ouvrages de cet auteur à la maison et encore une fois de mon côté je n'ai jamais mis le nez dedans mais force est de constater qu'ici la 4ème de couverture donne furieusement envie ! Voyez plutôt :
"Dans un Paris en partie vitrifié par un récent conflit nucléaire, la crise énergétique fait rage. Pour remédier à la pénurie, un groupe de savants a imaginé de convertir l'âme des morts en électricité. Désormais, les kilowatts sortent tout droit des cimetières ! L'énergie-fantôme, c'est la mort mise au service de l'électroménager, c'est l'au-delà commandé par un interrupteur, le fleuve des morts qui court sur le filament d'une ampoule électrique, le carburant d'outre-tombe grâce auquel vous pourrez, demain, mettre un fantôme dans votre moteur ! Mais comme l'apprendra Georges, le médium-dépanneur qui guérit les téléviseurs par simple imposition des mains, l'énergie-fantôme, c'est aussi... l'enfer !"
C'est pas dit que je ne lui pique pas celui-ci !

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Et enfin, petit bonus pour moi côté couture avec l'achat de 4 patrons vintage qui font leur entrée dans mon atelier :

Acquisitions nelfesques 3

Des pantalons esprit sarouel parfaits pour l'été, des blouses col Mao et deux robes ambiance Mad Men en vacances. J'adore ! En actualisant les tissus, ça peut donner des choses bien sympa. Allez hop, je m'y mets ! Je ne parle pas vraiment de couture ici mais si ça vous intéresse, sur IG, vous verrez que la lecture n'est pas ma seule passion. Bon, là j'ai conscience qu'il y a du challenge (les pantalons sont "super-easy" selon Burda alors je veux bien les croire) mais j'ai bien envie de tenter. Et puis rien que pour les patrons, mes yeux forment des coeurs infinis ! Merci l'abbé !


vendredi 20 mars 2015

"L'Armée furieuse" de Fred Vargas

arméefurieusevargasfred

L'histoire: Avec sa petite blouse à fleurs et son air timide, Valentine Vendermot et son histoire de fantômes ne sont pas de taille à mobiliser une brigade parisienne. Pourtant, le commissaire Adamsberg a très envie de s'intéresser à cette chevauchée nocturne dans le bocage normand. Il délègue l'enquête en cours et se rend sur les lieux: Ordebec, son église, son bistrot, son chemin de Bonneval, ses crimes atroces.

La critique de Mr K: L'Armée furieuse est l'avant dernier roman en date de Fred Vargas dans les aventures du commissaire Adamsberg. Je l'ai dégoté déjà depuis un certain temps et il me faisait de l'œil dans ma PAL de romans policiers. Je cédai donc à la tentation et plongeai avec délice dans l'univers si particulier de cette auteure que j'affectionne tout particulièrement.

Une fois de plus Adamsberg et son fidèle second Danglard (ainsi que toute la fine équipe) se retrouvent confrontés à une série de meurtres sanglants, cette fois-ci dans la campagne normande profonde. Il décide de se mettre plus ou moins au vert suite à l'escapade d'un suspect depuis les geôles de son commissariat (une histoire de riche personnalité assassinée et de bouc-émissaire banlieusard). Dans les brumes de Normandie, une compagnie fantastique erre dans les chemins de traverse en quête d'âmes à emporter en Enfer. Les cadavres s'accumulent, les indices moins... L'enquête progresse très lentement au rythme des éclairs de génie d'un Adamsberg toujours aussi nébuleux dans ses raisonnements et ses rapports aux autres.

Ce qu'il y a de bien chez Vargas, c'est l'impression de se retrouver chez soi avec des familiers dès le premier chapitre. Adamsberg reste égal à lui même, son charme reste toujours aussi prégnant avec en plus dans ce volume la découverte de son fils oublié qu'il avait retrouvé lors du roman précédent. Zerk et lui se ressemblent beaucoup et ils commencent à s'apprivoiser l'un l'autre, vu leur natures taciturnes, ce n'est pas évident au départ. On retrouve aussi Danglard à l'érudition digne d'une encyclopédie et au goût immodéré pour le vin blanc (mais comment fait-il pour tenir autant!) qui aura fort affaire avec Veyrenc dont il jalouse la relation étrange avec Adamsberg. C'est aussi au détour de certaines pages les apparitions remarquables et remarquées de Rettancourt, ogresse de la police nationale aussi efficace que forte en gueule et tous les autres membres de la brigade ainsi que le gros chat qui paresse à longueur de journée sur la photocopieuse (elles savent ce qui est bon ces bestioles-là!).

Vargas n'a pas son pareil pour planter un décor et des personnages de la ruralité. La Normandie des campagnes est très bien décrite dans ce roman depuis les descriptions du village d'Ordebec au caractère quelques peu renfermé des habitants. Nous nous promenons en compagnie du commissaire dans les bois et les chemins de d'exploitation à la recherche de lord Hellequin, seigneur mort-vivant venu sur Terre chercher les pêcheurs ne méritant pas une vie meilleure. Naturalisme, expressionnisme et même une pointe de fantastique à l'occasion, curieux mélange que ses errances champêtres où Adamsberg cherche une vérité enfouie dans le passé commun de cette commune où amitiés et haines perdurent entre les familles et les personnes. Les dialogues sont aussi succulents entre les parisiens tout frais débarqués et les personnes du crû aussi familières que pleines de bon sens. Au fil des rencontres, des expériences, les fausses pistes abondent et tour à tour le lecteur se prend à envisager toutes sortes de pistes sans vraiment pouvoir affirmer qu'elles soient bonnes pendant plus de dix pages tant l'auteur se complaît à nous surprendre de chapitre en chapitre.

Écriture une fois de plus simple et efficace, un sens du suspens vraiment incroyable, des personnages très attachants, une révélation finale qui se tient et difficile à deviner... autant de bons points qui font de cet opus une très belle réussite de plus à mettre à l'actif de Fred Vargas. À lire!

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
L'Homme à l'envers 
Sous les vents de Neptune
Dans les bois éternels
Un lieu incertain
L'homme aux cercles bleus
Coule la Seine
Sans feu ni lieu
- Ceux qui vont mourir te saluent

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mercredi 30 avril 2014

"Ceux qui vont mourir te saluent" de Fred Vargas

ceuxquivontmourirL'histoire: À priori, tous les dessins de Michel-Ange ont été répertoriés. Et lorsque l'un d'eux fait une apparition discrète sur le marché, il y a tout lieu de supposer qu'il a été volé. Le plus incroyable, c'est que celui qui est proposé à Henri Valhubert, célèbre expert parisien, provient probablement de la bibliothèque vaticane!
Qui se risquerait à subtiliser les trésors des archives papales? L'affaire se complique lorsque Valhubert est assassiné, un soir de fête, devant le palais farnèse.
Instantanément, les soupçons se portent sur le fils de la victime. Ce dernier fait partie d'un curieux triumvirat d'étudiants, aux surnoms d'empereurs: Claude, Néron et Tibère. En résidence à Rome depuis plusieurs années, tous trois entretiennent des liens singuliers avec la veuve de Valhubert. Une femme au charme envoûtant et dont le passé comporte quelques zones d'obscurité...

La critique de Mr K: Un petit plaisir policier aujourd'hui avec ce volume de Fred Vargas qui patientait déjà depuis un petit bout de temps dans ma PAL. Ce titre n'est pas à classer dans la série des Adamsberg et propose une enquête haletante dans le milieu de l'art, de la diplomatie inter-étatique et des secrets de famille. Derrière le meurtre principal se cache tout un réseau de relations plus étranges et nébuleuses que la normale que Vargas avec son grand talent d'écrivaine va tâcher de dénouer pour nous dans un volume aussi court (190 pages) qu'efficace.

Pour ce qui est de l'intrigue, on reste dans du classique pur jus. L'auteure commence par nous faire côtoyer les trois membres d'une confrérie pas tout à fait comme les autres. Claude, Tibère et Néron sont trois passionnés d'histoire antique et plus particulièrement de l'époque romaine. Ils mènent leurs études, courent la gueuse et participent à des soirées estudiantines endiablées. Leurs rapports relèvent quasiment de la fratrie et ils partagent tout. Tout bascule quand le père de Claude meurt au cours d'une soirée et que les soupçons s'orientent vers ce petit groupe d'ami. L'agent spécial Valence, envoyé pour étouffer l'affaire qui pourrait faire grand bruit et porter préjudice à certains membres du gouvernement, va très vite s'apercevoir qu'on lui cache bien des choses et que la vérité va être difficile à découvrir entre fausses pistes et faux-semblants. Pour démêler cet imbroglio, Il va pouvoir compter sur l'aide précieuse de l'inspecteur italien Ruggieri qui tient pas dessus tout à résoudre cette affaire sans épargner personne.

Vargas une fois de plus nous livre toute une galerie de personnages plus réussis les uns que les autres. Valence tout d'abord, bloc de la quarantaine implacable (il y a un peu d'Adamsberg chez lui) mène son enquête à un rythme aussi lent que mesuré. Doué d'un sens de la déduction fort développé, il rencontre et interroge des personnes de tout milieu sans rencontrer de grosses difficultés. Forçant le respect parfois jusqu'à l'inquiétude, il va se heurter à une jeune veuve au passé sombre et aux rapports ambigus avec le triumvirat précédemment évoqué. Simple affection, amour, attirance purement charnelle, réseau mafieux? Autant d'hypothèses tour à tour abordées, mises à l'épreuve et parfois écartées. Le chemin vers la révélation finale est ici sinueux entre manipulations affectives, manœuvres d'intimidation, confessions dangereuses et autres confidences fallacieuses. On en perd son latin, les rebondissements sont nombreux et la fin cueille le lecteur entre logique et stupéfaction.

On retrouve le caractère profondément humaniste et finaud de Vargas dans le traitement de ses personnages et des relations qu'ils entretiennent. La description est réaliste et complexe comme le sont les rapports humains. Pas de superficialité ici, plutôt une analyse au scalpel des désirs et motivations profondes de chacun. Chacun a sa part d'ombre, sa somme d'expérience et quand les destins individuels se chevauchent, la théorie des dominos s'applique et donne lieu à des circonvolutions scénaristiques de haute volée. Bien que petit par la taille, ce récit est d'une rare densité émotionnelle et factuelle. On ressort de cette lecture ravi et conforté dans l'idée d'avoir lu un excellent policier.

Vous l'avez compris, si vous êtes amateurs du genre et que vous ne connaissez pas encore ce roman, il serait vraiment temps de vous pencher sur la question car cette lecture est un plaisir de chaque instant qui vous réservera de nombreuses surprises et vous rendra addict dès les premières pages.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus
- Coule la Seine
- Sans feu ni lieu

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lundi 2 décembre 2013

"Sans feu ni lieu" de Fred Vargas

SansFeuNiLieuL'histoire: - C'est un crétin ou quoi, ce type? Louis Kehlweiler s'énerve. Cette histoire ne tient pas debout! Il ne fait de doute pour personne que Clément Vauquer est bel et bien coupable de deux meurtres dont on l'accuse. En outre, la police possède son signalement, il ne restera pas longtemps en cavale.
Oui, mais Clément, l'accordéoniste demeuré, est un protégé de la vieille Marthe... Cela suffit pour que Kehlweiler demande à Marc, Lucien et Mathias de cacher le fugitif quelques jours. Personne n'ira le chercher dans la baraque pourrie qu'ils habitent, au fin fond du 18ème arrondissement.
Le temps d'aller à Nevers, là où tout a commencé...

La critique de Mr K: C'est mon premier Vargas sans Adamsberg. Cet ouvrage trainait dans ma PAL depuis trop longtemps pour être ignoré davantage. Je n'ai jamais été déçu par un Vargas et j'étais curieux de voir ce que donnerait un livre de cette auteure sans son personnage fétiche. Après cette lecture me voilà conforté dans ma belle opinion que j'ai de cette écrivaine.

Le héros est ici un certain Louis Kehlweiler que l'on surnomme "l'allemand" à cause de ses origines. Viré des services de l'Intérieur, il traine sa défroque dans Paris et participe à l'occasion à des enquêtes qui le touchent de près. Comme il a gardé un réseau fort développé depuis sa mise à pied, cela lui permet d'avancer très vite. Ici il est contacté par une vieille connaissance. Marthe, prostituée de son état est une personne que tout le monde respecte énormément et son petit protégé est en grand péril. Impossible de remettre sa parole en doute, si la vieille Marthe dit que le petit est innocent, c'est qu'il est! Et pourtant... tout l'accable! Il était présent sur tous les lieux du crime et il a laissé ses empreintes partout. D'abord septique, Kehlweiler va vite se rendre compte que quelqu'un a manipulé le simple d'esprit, la police et la presse. Commence alors une course contre le temps pour retrouver le ou les responsables.

On retrouve dans ce roman toutes les qualités d'un Vargas. Ainsi, les personnages sont fouillés et d'une densité telle que l'on ne peut que s'attacher à eux. Et comme à son habitude, Vargas soigne tout particulièrement les dialogues où l'on retrouve son sens du rythme et de la truculence. On fréquente ici les gens simples des quartiers déshérités et on y croit, tant l'atmosphère et les lieux sont remarquablement décrits. Par petites touches précautionneusement dispensées par l'auteur, l'intrigue avance et je dois avouer que je me suis fait complètement balader. Lorsque la révélation finale est enfin livrée, je ne m'y attendais pas notamment en terme de mobile. Pourtant tous les éléments du puzzle étaient là mais je me suis fait avoir! Belle fin en tout cas pour une enquête tortueuse où le héros devra constamment dénouer les contre-vérités et les omissions des personnes qu'il rencontre. Par moment, on retombe aussi sur des passages humoristiques caractéristiques du style de l'auteur, j'ai particulièrement apprécié les retrouvailles entre Kehlweiler et un policier de Nevers.

J'ai dévoré ce volume comme pour tous les autres de Vargas. Ce nouvel héros, même s'il n'est pas des plus original, est très vite attachant et sa méthode intuitive est très agréable à suivre. Les relations entre personnages sont d'un réalisme extrême et nous livre des tranches de vie inoubliables entre émotion et tension. Une lecture rapide et distrayante à souhait que tout amateur du genre peut tenter sans risque d'être déçu.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus
- Coule la Seine

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jeudi 8 novembre 2012

"Coule la Seine" de Fred Vargas

97822914L’histoire: "Ton collègue blond est assez emmerdant mais je l’aime bien, et puis il est généreux. Il se pose des questions sans fond, il s’inquiète et ça fait le bruit des vagues. Toi en revanche, tu fais le bruit le vent. Ca se voit à ta manière de marcher, tu suis ton souffle. Ton ami blond voit une flaque. Il s’arrête, examine la chose et il la contourne, il prépare bien son affaire. Toi, tu ne vois même pas cette flaque mais tu passes à côté sans le savoir, au flair. Tu piges? T’es comme un magicien..."

Il a raison ce clochard, le commissaire Adamsberg est un véritable magicien. Trois nouvelles pour le prouver, trois enquêtes du commissaire, à Paris, là où coule la seine.

La critique de Mr K: Retour dans l’univers de Vargas et de son personnage clef, Jean Baptiste Adamsberg, commissaire le plus nébuleux de la planète policière qui nous revient ici dans trois nouvelles réunies dans ce volume. Trois enquêtes où ses capacités de déduction et sa finesse d’esprit seront mis en exergue par le rythme de la Seine.

Les trois récits sont centrés sur Paris ce qui détonne un peu des autres ouvrages que j’ai pu lire de Vargas. Pas de voyages ici mais des déambulations au gré du macadam de paname avec des rencontres inoubliables et des dialogues qui touchent toujours autant par leur naturel et leur caractère évocatoire. J’ai particulièrement apprécié les passages où Adamsberg discute avec un étrange SDF qui est au centre d’une affaire plus complexe. Le face à face est haletant et lourd de secrets qui ne demandent qu’à être libérés.

On retrouve le style bien particulier de l’auteur qui s’adapte parfaitement au genre de la nouvelle. Il ressort de cette lecture une impression d‘immédiateté et de réalisme qui immerge littéralement le lecteur avec douceur et une ambiance jazzy unique. L’humanité profonde qui se dégage du commissaire rayonne et la lecture se fait douceur, friandise trop courte mais tellement succulente.

Un bon plaisir de simplicité que je vous convie à découvrir au plus vite tant ce livre est un petit bonheur de tous les instants.

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain
- L'homme aux cercles bleus

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mercredi 18 juillet 2012

"L'homme aux cercles bleus" de Fred Vargas

homme aux cercles bleusL'histoire: "Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?" depuis quatre mois, cette phrase accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un déchet, un objet perdu: trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon...

Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent: un maniaque, un joueur.

Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvais augure. Il le sait, il le sent: bientôt, de l'anodin saugrenu on passera au tragique.

La critique de Mr K: Retour aujourd'hui dans l'univers si particulier de Fred Vargas avec cet ouvrage qui est le premier où apparaît le commissaire Adamsberg, figure tutélaire de l'oeuvre de cette écrivain qui n'a pas son pareil pour planter un décor et distiller une ambiance. Dans cette première enquête, l'accent est mis sur la figure de ce policier pas comme les autres, sur son second Danglard et sur les rapports qui vont s'instaurer entre eux deux. Finalement l'enquête passe au second plan donc si vous cherchez une histoire haletante, passez votre tour... L'intérêt ici est tout autre.

Pour autant, l'enquête est là. Elle est loin d'être inintéressante, on se demande bien qui a cette idée saugrenue de tracer des cercles à la craie bleue pour cerner des objets et des débris sans importance. On pense tout d'abord à un artiste amateur de happening ou avide de faire le buzz comme on dit désormais. Mais voilà, le sang finit par couler et on se doute qu'un esprit dérangé se cache derrière cet individu à la manie étrange. La révélation est réussie même si le cheminement de la réflexion d'Adamsberg est ici tortueux et elliptique. Clairement, Vargas s'intéressait à autre chose qu'à ces cadavres égorgés...

L'intérêt principal de l'auteur se porte sur ses personnages comme d'ailleurs dans l'ensemble de son oeuvre. Comme ce volume est plutôt court (220 pages), il a fallu qu'elle fasse des choix et au centre de ceux ci on retrouve Adamsberg. Première apparition pour lui, comme je le disais plus haut, on le retrouve toujours aussi brumeux et perché, semant la confusion dans l'esprit de ses subordonnés, en premier lieu dans la tête de Danglard son fidèle lieutenant amateur forcené de vin blanc et de savoir livresque. On retrouve cette étrange alchimie qui fera la gloire de ce duo atypique dont les liens sont aussi étroits que difficiles à cerner: attirance / répulsion, admiration / consternation... Toujours est-il qu'on ne s'ennuie jamais en leur compagnie et qu'il est difficile de lâcher le livre avant sa dernière page. Rajoutez à cela un bel aveugle ronchon, une chercheuse en faune sous-marine retorse et une ex-fantôme d'Adamsberg (la fameuse Camille) et vous avez une bien belle galerie de personnages hauts en couleur.

J'ai donc passé un excellent moment en compagnie de ces êtres de papier, pas de réelle originalité dans l'histoire mais toujours le même talent de conteuse pour Vargas avec son écriture si particulière entre simplicité et humour fin. On sourit donc, on s'interroge, on cherche avec les héros... bref, on est immergé, le piège se referme sur le pauvre lecteur qui ne peut que constater impuissant son addiction! Que demander de plus?

Déjà lus, appréciés et chroniqués du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels
- Un lieu incertain

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jeudi 12 avril 2012

"Un lieu incertain" de Fred Vargas

9782878582857L'histoire:

- Bien, dit Clyde-Fox en se rechaussant. Sale histoire. Faites votre job, Radstock, allez voir ça. C'est un tas de vieilles chaussures posées sur le trottoir. Préparez votre âme. Il y en a une vingtaine peut-être, vous ne pouvez pas les manquer.
- Ce n'est pas mon job, Clyde-Fox.
- Bien sûr que si. Elles sont alignées avec soin, les pointes dirigées vers le cimetière. Je vous parle évidemment de la vieille grille principale.
- Le vieux cimetière est surveillé la nuit. Fermé pour les hommes et pour les chaussures des hommes.
- Eh bien elles veulent entrer tout de même, et toute leur attitude est très déplaisante. Allez les regarder, faites votre job.
- Clyde-Fox, je me fous de vos vieilles chaussures veuillent entrer là-dedans.
- Vous avez tort, Radstock. Parce qu'il y a les pieds dedans.

Il y eut un silence, une onde de choc désagréable. Une petite plainte sortit de la gorge d'Estalère, Danglard serra les bras. Adamsberg arrêta sa marche et leva la tête.

La critique de Mr K: Encore un très bon moment passé en compagnie d'Adamsberg! Des pieds coupés et chaussés sont retrouvés devant l'entrée du cimetière gothique d'Highgate à Londres lors d'un passage dans la capitale anglaise d'Adamsberg et de son fidèle lieutenant Danglard. L'affaire n'étant pas dans leur zone de juridiction, ils rentrent sur Paris après la fin du colloque auquel ils assistent. Mais à peine rentrés, les voilà confrontés à un crime particulièrement atroce dans une banlieue pavillonnaire de Paname. Un meurtrier particulièrement sadique aime à concasser le corps de sa victime en petits morceaux et à les étaler dans une pièce tel un maître de l'art abstrait sur sa toile. L'enquête débute et va emmener Adamsberg et son équipe loin en Europe mais aussi dans les tréfonds d'un passé jusque là occulté.

On retrouve dans cette aventure toutes les qualités habituelles de la romancière-archéologue. Les personnages attachants tout d'abord avec le commissaire Adamsberg toujours aussi borderline navigant entre réalité et résurgences personnelles. Il patine toujours autour avant de finalement avoir ses fameux éclairs de génie. Dans ce volume, tout un pan de son passé sera révélé et vous surprendra tout autant qu'il a pu le faire chez moi. On retrouve aussi l'inénarrable Danglard au savoir encyclopédique, meilleur allié de son commissaire même s'il le réprouve à de nombreuses reprises. Les rapports entre ces deux là s'épaississent encore plus et oscillent entre méfiance et confiance à la plus grande joie du lecteur. Rajoutez là dessus une louche de Retancourt (égérie platonique d'Adamsberg), Estalère l'idiot aux intuitions géniales et toute une batterie de personnages secondaires de la brigade (y compris un chat de 6,2 kg adepte des photocopieuses) et c'est avec un plaisir sans borne que j'ai dégusté cet opus.

L'enquête en elle même démarre plutôt lentement mais prend un rythme débridé à partir de la deuxième partie du roman. Mélange de récit policier et de légendes urbaines et rurales (il est ici question de Vampire...), on navigue en eaux troubles et une fois de plus Vargas s'amuse à nous perdre en chemin pour mieux nous rattraper et nous égarer encore! Le Bad guy est machiavélique à souhait, son plan est d'une extrême finesse dans son sadisme et il en faut peu pour qu'il parvienne à ses fins. On voyage aussi entre Londres, la banlieue parisienne et l'est de l'Europe avec tout un passage savoureux d'Adamsberg enquêtant en Serbie, lui déjà incapable de maîtriser deux / trois mots en anglais! Le ton du texte reste toujours partagé en suspens et passages plus tendres notamment la naissance des chatons dans la cours d'Adamsberg ou des passages-confession de ce dernier.

Un très bon policier qui m'a littéralement emporté et dont le talent premier est de rendre addictif tant on est heureux de retrouver certains personnages et tant le style Vargas fait mouche! Un de ces petits plaisirs qu'il serait dommage de louper!

Déjà lus et appréciés du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune
- Dans les bois éternels

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mardi 18 octobre 2011

"Dans les bois éternels" de Fred Vargas

vargasL'histoire:
- Danglard, la voyez-vous? demanda Adamsberg. L'Ombre?
Le commandant revint sur ses pas, tournant les yeux vers la fenêtre et vers la pluie qui assombrissait la pièce. Mais il était trop fin connaisseur d'Adamsberg pour se figurer que le commissaire lui parlait du temps.
- Elle est là, Danglard. Elle voile le jour: Vous la sentez? Elle nous drape, elle nous regarde.
- Humeur sombre? suggéra le commandant.
- Quelque chose comme cela. Autour de nous.
Danglard passa la main sur sa nuque, se donnant le temps de la réflexion. Quelle ombre? Quand, où, comment?
- Depuis quand? demanda-t-il.
- Peu de jours après que je suis revenu. Elle guettait peut-être avant, rôdant dans nos parages.

La critique de Mr K: Je vous propose aujourd'hui, un petit séjour livresque en compagnie d'un personnage que j'affectionne tout particulièrement: Jean Baptiste Adamsberg, commissaire aux méthodes et aux manières peu orthodoxes, héros emblématique de la romancière Fred Vargas. Dans ce dixième polar de l'auteur, il est aux prises avec le fantôme d'une religieuse assassinée qui hante son nouveau logement, deux cadavres de fossoyeurs amateurs retrouvés dans le quartier des puces de Saint Ouen, une infirmière serial-killeuse (ça se dit?) et des cerfs au cœur arraché découverts au petit matin par des promeneurs horrifiés dans la campagne normande. Bien malin qui pourrait y voir un lien, Adamsberg va s'y atteler avec toute son équipe que l'on commence à bien connaître à force de les fréquenter roman après roman.

Vargas chez moi, c'est comme les bons chocolats: ça fond dans la bouche. C'est un petit plaisir que je m'offre à l'instar d'un Michael Connelly. Ça ne révolutionne pas la littérature mais on est quasiment sûr de passer un bon moment en compagnie de personnages que l'on apprécie et dont on suit à la fois la vie privée et les méandres de leur enquête. Au fil des lectures, Adamsberg flic rêveur, poète à ses heures, assez sombre, n'arrive pas à stabiliser sa relation avec Camille. La nouveauté dans ce roman, c'est qu'elle a donné naissance à leur fils mais pour au moins la dixième fois, ils se sont à nouveau séparés. Cela donne des moments assez pathétiques où le commissaire ressasse son aigreur et ses remords. Touchant est le mot qui revient souvent quand je pense à ce personnage ombrageux aux intuitions géniales quand il s'agit de traquer les criminels.

C'est aussi avec un plaisir certain que l'on retrouve Danglard, son second. Véritable puits de science (il sait tout sur tout), rigide, limite alcoolique, mais toujours un appui sans faille pour son patron. On découvre dans ce roman sa sainte horreur des cadavres en décomposition et son attachement particulier au commissaire. On retrouve aussi toute une foule de personnages secondaires dont la plupart appartiennent à la brigade que commande Adamsberg. Véritable petite famille, ça jase, ça doute mais ça se sert les coudes! Même le chat de la brigade a un rôle important dans ce livre alors qu'il se contente en général de dormir sur la photocopieuse encore chaude. Certes le passage est peu réaliste (j'ai vu pas mal d'avis négatif sur ce pistage félin) moi ça m'a plutôt fait rire! Et puis quand il s'agit de chat, je pardonne tout!

Autres motifs de satisfaction, l'écriture! Vargas n'a pas son pareil pour nous plonger dans les discussions de bistrot, dans la ruralité dans ce qu'elle a de plus truculente et d'authentique sans pour autant s'en gausser. Querelles de clochers, figures locales prennent vie sous un souffle parfois épique. J'ai adoré les passages où Adamsberg se rend en Normandie pour enquêter sur les morts suspectes de cervidés et où il doit se faire une place à une table autour de laquelle sont assis des vieux de la vieille dignes des tontons flingueurs avec l'ancêtre à la langue franche et fleurie. J'ai beaucoup ri entre réflexions acerbes, pensées internes et analyses du commissaire.

Malheureusement tout a une fin, surtout les grands plaisirs. Ce fut une lecture rapide et très agréable comme quand on retrouve des copains qu'on n'a pas vu depuis longtemps, à la différence qu'ici je me suis bien fait cueillir par le dénouement alors qu'avec les potes on sait comment ça finit. Un excellent Vargas!

Déjà lus et appréciés du même auteur:
- L'Homme à l'envers
- Sous les vents de Neptune

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lundi 27 décembre 2010

"Sous les vents de Neptune" de Fred Vargas

Sous_les_vents_de_NeptuneL'histoire: Une jeune fille assassinée par trois coups de poinçon, un ivrogne qui ne se souvient de rien mais que tout accuse... Pour le commissaire Adamsberg, il n'y a aucun doute: le passé refet surface. Le tueur au trident est de retour. Celui-là même qui avait poignardé la fiancée de Raphaël, le frère du commissaire, des années plus tôt dans leur contrée natale des Pyrénées. Seul hic: l'homme est mort depuis vingt ans...

Se pourrait-il qu'Adamsberg, cet homme rêveur et sensible, coure après un fantôme et perde la raison?

La critique de Mr K: Cette lecture constitue ma deuxième incursion dans l'univers de cet auteur. J'avais particulièrement apprécié cette première expérience entre suspens et humour. Je n'avais qu'entraperçu le héros récurrent de Vargas, le commissaire Adamsberg et vu ce qu'on en dit dans la blogosphère, il me tardait d'être confronté à nouveau à ce personnage pour pouvoir mieux le jauger et le découvrir davantage.

L'histoire fait la part belle au commissaire Adamsberg qui voit ressurgir du passé le monstre qu'il avait poursuivi pendant plus de dix ans lors de ses débuts. C'est l'occasion d'en savoir un peu plus sur ce héros hors du commun et notamment sur ce frère qu'il a perdu: mort, disparu, en fuite? La réponse est dans ce livre. Adamsberg est vraiment unique en son genre: flegmatique parfois jusqu'à l'extrême, doté d'un sens de l'observation aigü, il a des intuitions qui lui permettent d'avoir toujours un coup d'avance. J'ai éprouvé une grande sympathie à son endroit, derrière le commissaire à la carrière exemplaire (quoiqu'ici légèrement menacée!), on découvre au détour de certains paragraphes quelques éléments de fragilité, de faiblesse: sa rupture non digérée avec Camille, ses rapports ambigus avec Danglard son adjoint précieux et ultra-cultivé (cette relation m'a régalé pendant toute ma lecture, confiance ou méfiance?), ses regrets vis-à-vis de son frère... Profondément humain, Adamsberg m'a touché et épaté vu qu'il réussit des prouesses.

La majeure partie du récit se déroule au Canada. En effet, Adamsberg et une partie de ses agents doivent y effectuer un stage sur les nouvelles techniques d'investigation (relevés et traitement de l'ADN, nouvelles technologies de recherches...). J'ai bien aimé ce petit voyage qui m'a rappelé celui que j'avais fait en 2005 quand j'étais allé à Montréal et Québec voir des amis. On retrouve l'ambiance et la beauté des paysages (passage de la visite d'Adamsberg près d'un lac). Dépaysement donc pour le lecteur mais aussi pour le héros qui va vaciller en plein milieu de l'histoire. Parmi les stagiaires, j'ai particulièrement apprécié Retancourt, femme imposante et grassouillette qui semble ne pas apprécier des masses son commissaire. Elle a un rôle clef dans cette histoire et se révèle aussi inventive que vive (le contraire d'Adamsberg). Les seconds rôles sont tout aussi intéressants comme Danglard dont j'ai déjà parlé et les membres formateurs canadiens qui encadrent les français fraîchement débarqués du vieux monde (rancunes contre les français, incompréhensions, amitiés naissantes, soupçons...).

Un livre que j'ai personnellement dévoré. Le style de l'auteur fait merveille une fois de plus. Le parlé québecois est très bien retranscrit et l'on sourit beaucoup à la lecture de cet opus. Vargas ne nous épargne pas pour autant avec une deuxième partie particulièrement haletante dont la conclusion laisse à penser que tout n'est pas encore réglé. Un bon pollar et un personnage principal qui donne envie de creuser davantage dans la bibliographie de Vargas. À lire!

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lundi 6 septembre 2010

"L'homme à l'envers" de Fred Vargas

untitledL'histoire: Laisser les loups vivre en liberté dans le Mercantour, c'était une bonne idée, dans l'air du temps. Ce n'était pas celle des bergers et, quelques mois plus tard, la révolte gronde.

Mais est-ce bien un loup qui tue les brebis autour du village de Saint-Victor? Les superstitions resurgissent, un bruit se propage: ce n'est pas une bête, c'est un loup-garou... Lorsqu'une éleveuse est retrouvée égorgée dans sa bergerie, la rumeur tourne à la psychose. À Paris, le commissaire Adamsberg guette les nouvelles de la Bête du Marcantour: "Comme des tisons, mon gars, comme des tisons ça fait, les yeux du loup, la nuit".

La critique de Mr K: Ca faisait un petit bout de temps que cet auteur m'intéressait et me faisait de l'oeil. Les 40 premières lignes du chapitre 2 ont été le sujet du DNB technologique il y a déjà quelques années et je l'utilise souvent lors de DNB blanc pour mes loupiots, régulièrement à la Fnac je tombe sur les oeuvres de cette archéologue-écrivain et je remets à plus tard l'achat d'un volume, enfin mes parents m'en avait déjà parlé au détour d'une conversation à propos de nos lectures respectives... Tout ça pour dire que c'est mon premier Vargas! Et franchement, si j'avais su, j'aurai fréquenté cet auteur bien plus tôt.

Ce livre s'apparente à un road-movie campagnard (roman picaresque comme disait mon vieux prof de français de Lycée, Mr B) oscillant constamment entre suspens et moments de franche rigolade. Il est surtout prétexte à la présentation et à la mise en action de personnages hauts en couleur. Il y a Adamsberg, pas très présent d'ailleurs au début, personnage étrange, au charisme puissant et aux manières délicates mais fermes (nombre de blogueurs vantent ses mérites, il a ses fans!). Camille, une ex, qui s'est éxilée en pleine cambrousse et dont le plus grand plaisir est de se plonger dans les catalogues d'outillage professionnel pour "s'évader" et parfois se ressourcer. Lawrence, son amant canadien au phrasé minimaliste, amoureux de la nature, spécialiste des grizzlis, expatrié en France pour étudier les loups du Mercantour. Soliman, fils adoptif d'une éleveuse sauvagement assassinée, d'origine africaine, amateur des définitons du dictionnaire et conteur hors-pair de petites sagesses africaines de son crû! Exemple:

- Avant, commença Soliman, aux commencements du monde, les hommes ne faisaient pas la cuisine.
- Ah merde, dit le Veilleux.
- Et c'était comme ça pour toutes les bêtes de la terre.
- Oui, coupa le Veilleux en versant le vin. Adam et Eve ont couché ensemble, et ensuite ils ont dû trimer et se faire à manger toute la vie.
- Pas du tout, dit Soliman. Ce n'est pas ça l'histoire.[...] Partout, la nourriture était à portée de leur main, continuait Soliman. Mais l'homme prenait tout pour lui et les crocodiles se plaignaient de sa voracité égoïste. Pour en avoir le coeur net, le dieu du marais puant pris la forme d'un crocodile et s'en alla contrôler la situation par lui-même. Après avoir souffert la faim pendant trois jours, le dieu du marais convoqua l'homme et lui dit: "Dorénavant, l'Homme, tu seras partageux". "Que dalle", lui répondit l'Homme. "J'en ai rien à branler des autres". Alors le dieu du marais entra dans une terrible colère et ôta à l'homme le goût du sang, de la chair fraîche et de la viande crue. À dater de ce jour, l'homme dut faire la cuire tout ce qu'il portait à sa bouche. Ca lui prit beaucoup de temps et les crocodiles eurent la paix dans leur royaume de la viande crue.
- Pourquoi pas, dit Camille.
- Alors l'homme humilié d'être devenu la seule créature à manger cuit, repassa tout le boulot à la femme. Sauf moi, Soliman Melchior, parce que je suis resté bon, parce que je suis resté noir, et ensuite parce que je n'ai pas de femme.

Mais mon personnage préféré reste sans conteste et de loin: le Veilleux! Berger d'un âge certain et collaborateur fidèle de la première victime, il décide avec Soliman et Camille de "coller au cul" du meutrier pour retrouver le responsable de la mort de sa patronne. Ce personnage est dantesque: stoïque, inquiétant, gâteux mais curieux, tolérant mais aussi plein de principes (il faut lire le passage où il dérouille à l'aide de sa vieille pétoire trois motards lepénistes s'en prenant à Soliman et Camille!)... Il inspire le respect et en même temps le rire, tellement il est décalé par rapport aux autres personnages et représente la vieille France paisible et traditionnelle mais à la fois accueillante.

On passe vraiment un excellent moment en compagnie de tous ces énergumènes, c'est mon premier road-movie en bétaillère mené tambour battant! Loin de se moquer du monde paysan et de la ruralité, on est plus dans une immersion picaresque à vocation humoristique et naturaliste. Ca se dévore, ca se déguste et ca se digère très bien! un bon livre que je vous conseille chaudement!

Posté par Mr K à 18:03 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
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