dimanche 15 octobre 2017

"Bakhita" de Véronique Olmi

bakhitaL'histoire : Elle a été enlevée à sept ans dans son village du Darfour et a connu toutes les horreurs et les souffrances de l'esclavage. Rachetée à l'adolescence par le consul d'Italie, elle découvre un pays d'inégalités, de pauvreté et d'exclusion.
Affranchie à la suite d'un procès retentissant à Venise, elle entre dans les ordres et traverse le tumulte des deux guerres mondiales et du fascisme en vouant sa vie aux enfants pauvres.

La critique Nelfesque : J'ai décidé de lire "Bakhita" sans savoir grand chose de son contenu. Remarqué avant sa sortie en sachant juste qu'il traiterait de l'esclavage, je voulais aussi découvrir Véronique Olmi que Mr K aime beaucoup. Depuis, les critiques positives pleuvent et l'ouvrage est dans la sélection pour le Prix Goncourt. A croire que "Bakhita" est LE roman à lire absolument ? Oh que oui !

Quel roman que celui-ci ! Quel destin tragique et quelle femme lumineuse ! "Bakhita" narre l'histoire vraie de Sainte Giuseppina Bakhita de sa naissance à sa mort. Née au Soudan, dans un village tranquille et une famille aimante, elle va passer les premières années de son existence dans la douce insouciance de l'enfance. Les journées sont  rythmées par la nature et le chant des femmes. Bakhita aime son village, ses parents, ses soeurs, les animaux dont elle s'occupe. Mais à l'âge de 7 ans, sa vie bascule. Elle est enlevée, traitée comme une chose, vendue sur un marché aux esclaves. Avant cela, elle va parcourir des kilomètres à pied, voir les pires horreurs, perdre son innocence et découvrir ce que l'homme est capable de faire dans ses heures les plus sombres. 

Puis viendra le temps de l'esclavage, celui de l'humiliation, de la souffrance où tout sentiment est refoulé, où la personne humaine est annihilée. Bakhita n'existe plus, Bakhita obéit, Bakhita ne doit plus avoir de sentiments, ne doit plus s'attacher à personne, Bakhita ne sait plus qui elle est. Les années passent, les maîtres aussi ainsi que les bleus au corps et à l'âme. Même lorsqu'elle verra poindre à l'horizon un avenir meilleur, jamais elle n'aura droit à une vie normale, une vie paisible où elle pourra panser ses plaies. Bakhita est née pour souffrir et par sa souffrance elle trouvera son salut, en aidant les autres et en faisant don de tout ce qu'elle a de plus intime.

Avec cette histoire douloureuse et pleine d'espoir à la fois, je découvre la plume de Véronique Olmi et je tombe littéralement sous le charme. L'écriture est simple et fluide, les pages s'enchainent. L'auteure n'en rajoute jamais, l'histoire est déjà bien assez tragique et dure comme cela. Pas d'emphase, pas de pathos, des mots simples décrivent les horreurs vécues par cette enfant, cette jeune femme, cette adulte, cette dame âgée, cette religieuse. Cela suffit pour glacer le sang et faire monter les larmes aux yeux. Un sujet terrible servi dans un écrin précieux. Superbe !

"Bakhita" est un roman qui se vit plus qu'il ne se lit et je suis ravie d'avoir découvert le fil de son histoire au fur et à mesure de ma lecture (n'ayant même pas lu la quatrième de couverture). Allant de surprise en surprise, d'effroi en effroi, le lecteur est pris dans un tourbillon de sentiments. L'horreur est présente sur chaque page, aucun répit, le coeur doit être bien accroché et on le retrouve souvent au fond de sa gorge ou au bord des yeux. Mais quelle expérience de lecture nous vivons ici ! La littérature existe pour nous divertir parfois, nous faire grandir et ressentir des émotions aussi. Ici elle nous ouvre les yeux, nous va droit au coeur et nous change viscéralement. Dans la vie d'un lecteur il y a un avant et un après "Bakhita". Merci Madame Olmi !


mardi 4 juillet 2017

"Bord de mer" de Véronique Olmi

 

Bord de mer

L'histoire : Elle vit seule avec ses deux petits garçons et pour la première fois les emmène en vacances. Cette escapade doit être une fête, elle le veut, elle le dit, elle essaie de le dire.

Ensemble ils vont donc prendre le car, en pleine nuit, sous la pluie. Les enfants sont inquiets : partir en période scolaire, partir en pleine semaine, partir en hiver à la mer les dérange. Et se taire, et se taire, surtout ne pas pleurer, surtout ne pas se faire remarquer, emporter toute ses affaires pour se rassurer, juste pour se rassurer, pour ne plus avoir peur de la nuit. Car demain tout ira bien, demain ils seront heureux. Au soleil, ils iront voir la mer.

La critique de Mr K : Attention, sacré claque ! Je suis ressorti tout chamboulé de cette lecture. Derrière une histoire toute simple, se cache une redoutable autopsie d'une vie ratée, d'un destin contrarié et cette fuite en avant de quelques jours dans une ville de bord de mer ne vous laissera pas indemne, je vous le dis !

Une mère célibataire décide de tout plaquer et de partir avec ses deux fils (Kevin 5 ans et Stan 9 ans) pour la mer. Cette escapade hors de leur réalité quotidienne doit leur permettre de faire un break, de penser à autre chose et pour les enfants de découvrir la grande bleue. Mais le temps n'est pas de la partie, l'angoisse monte chez la mère et les enfants, et l'on sent bien que quelque chose cloche, qu'un espèce de fatum sombre plane au dessus de la petite famille...

Quelle montée en pression mes amis ! Racontée à travers le point de vue de la mère, l'immersion est immédiate et plutôt classique au départ. C'est plutôt fun de partir à l'aventure sans vraiment prévoir le lendemain, les enfants d'ailleurs bien que surpris suivent leur mère avec des rêves et des espérances plein la tête (surtout le plus jeune). Mais très vite, on sent une certaine distance entre l’aîné et la mère. Stan ne voit pas d'un bon œil cette décision précipitée et commence à se rebeller. La mère totalement dépassée par sa vie égrainée au compte goutte au fil de légers flashback et de ses impressions nage en eau trouble, perd pied et commence à sévèrement chavirer de la cafetière.

Très vite l'ambiance devient glaciale, la génitrice s'éloigne inexorablement de la réalité (les passages se déroulant au contact de tierces personnes sont très parlants), l'atmosphère lourde contribue à un climat angoissant qui provoque suées et appréhension chez le lecteur pris au piège et hypnotisé par ce texte qui lorgne vers le morbide et la désespérance. Rajoutez à cela un aîné de plus en plus déconcerté par l'attitude de sa mère, un plus jeune souffrant d'être loin de chez lui et vous obtenez une mécanique infernale qui voit trois personnages pourtant unis par des liens très forts qui ne se comprennent plus.

Tout cela ne peut qu'aboutir à une fin éprouvante et dans le domaine, on fait ici très fort d'autant plus qu'on pense forcément à ce qu'on peut malheureusement lire parfois dans les journaux. Cet ultra-réalisme de tous les instants contribue à faire de ce livre un authentique bijou et un reflet très fidèle de la souffrance que l'on peut éprouver quand la vie ne nous fait pas de cadeau. D'une pureté mortifère, le destin de cette mère est à la fois émouvant, effrayant et totalement humain. En cela, on termine le roman sur les genoux entre horreur, tristesse et incompréhension. J'aime être bousculé et pour le coup, j'ai été servi au delà de mes espérances.

L'écriture est une merveille, l'auteur retranscrivant parfaitement l'état d'esprit de la mère. C'est brut de décoffrage, délirant parfois et emprunt d'une grande mélancolie. Touché en plein cœur, on ne peut lâcher l'ouvrage avant la toute fin et sa fulgurance (120 pages environ) contribue à sa force et sa portée. Certes l'expérience est éprouvante mais quelle puissance et quelle maestria ! Bord de mer est une lecture difficile à oublier et que l'on ne peut que conseiller malgré un fond extrêmement sombre. Avis aux amateurs !

Posté par Mr K à 18:10 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,
vendredi 5 août 2016

Acquisitions estivales

À la faveur d'un séjour au sein de ma belle-famille du Périgord (Ouais, je sais... j'ai carrément de la chance !), j'ai de nouveau craqué... Nelfe nettement moins, mais vous connaissez bien désormais son côté raisonnable. Comme à chaque fois que nous séjournons à Périgueux, il y a des étapes incontournables par lesquelles nous devons passer. D'abord, la Démothèque de Bernard, caverne d'Ali Baba pour tous les amoureux de musique. J'ai pour ma part adopté le fabuleux CD Pet Sounds des Beach Boys (enfin surtout l'oeuvre de Brian Wilson, voir le très beau film Love and mercy qui nous a scotché récemment). Et puis, place à une brocante bien fournie en livres en général et parfois en titres de qualité... Voyez le résultat !

Acquisitions ensemble

11 livres de poche et une BD pour moi, et un livre pour Nelfe. Bonne pioche, non ? J'ai eu la joie de pouvoir trouver des titres d'auteurs hautement appréciés et compléter des séries en cours mais il y a aussi dans ces trouvailles de belles promesses de lecture avec des coups de coeur et des coups de poker. Suivez le guide pour la traditionnelle présentation des nouveaux adoptés !

Acquisitions 1

- L'Ombre du tueur et Exit music de Ian Rankin. Oh joie ! Deux Ian Rankin que je n'ai pas encore lus ! Mes précieux ! J'adore son héros John Rebus dont j'ai d'ailleurs lu une des enquêtes durant ce séjour dans le sud-ouest (chronique à venir dans les prochaines semaines). C'est la promesse de retrouver l'Écosse crépusculaire, la ville d'Edimbourg et des personnages aimés, appréciés à qui il arrive toujours un nombre incroyable de choses. Il ne doit plus me manquer beaucoup de titres de la série.

- Histoires à mourir debout, collectif d'auteurs de la Série noire de Gallimard. Belle initiative que ce recueil de nouvelles noires datant déjà de 1989... Peu importe, ce sera l'occasion de retrouver certains auteurs déjà lus et appréciés et découvrir de nouvelles plumes. Je suis adepte à mes heures perdues de nouvelles sanglantes et implacables. Je crois que je ne serai pas déçu !

Acquisitions 2

- Jusqu'à ce que la mort nous sépare de Lisa Gardner. Là encore, la chance m'a souri en mettant sur ma route ce titre de Lisa Gardner que je n'ai pas lu. Encore une auteure que j'aime tout particulièrement et qui ici va mettre à mal l'institution du mariage avec un mari en apparence sans défauts qui va se révéler être légèrement dérangé... Suspens et page-turner en vue !

- Kraken de China Miéville. C'est tout d'abord la couverture qui m'a attiré l'oeil, car oui, j'aime les tentacules ! Et puis, à la lecture de la quatrième de couverture, on nous promet un Londres interlope, des personnages totalement allumés et un auteur à l'imagination débordante dans la lignée d'un American Gods de Gaïman. Tout part de la disparition improbable d'un calmar géant de huit mètres du muséum d'histoire naturelle de Londres... Pas besoin de m'en dire plus pour me convaincre, j'ai hâte de m'y mettre !

- L'Enfant des cimetières de Sire Cédric. Je vais tenter d'appréhender le "phénomène" par ce premier titre. Entr'aperçu au Hellfest il y a quelques années derrière la horde de jeunes filles en fleur prenant d'assaut son stand pour obtenir une dedicace, l'auteur jouit d'une certaine réputation et je m'étais dit à plusieurs occasions que j'essaierai bien de le lire. L'occasion fait le larron et L'enfant des cimetières promet beaucoup entre vague de meurtres sordides et de suicides et une enquête aux confins du réel. Wait and read !

- La Maison interdite de Dean R. Koontz. Un homme se réveille tous les matins dans un lieu différent, couvert de sang et de dollars, totalement amnésique. Pourquoi et comment ? C'est à la découverte de ces vérités que Koontz nous convie avec pour ma part ma première lecture de cet auteur qui bizarrement n'a jamais retenu mon attention malgré une propension à susciter la peur selon divers avis d'amis. Il est plus que temps que je rattrape le temps perdu avec ce titre qui me donnera envie ou non de poursuivre l'exploration de l'oeuvre de cet auteur.

Acquisitions 3

- Le Ventre de l'Atlantique de Fatou Diome. Une lecture d'actualité avec cette histoire centrée sur les destins d'immigrés aux fortunes diverses et qui naviguent constamment entre espoirs et déceptions. Le sujet m'intéresse et je pense qu'on sera à 10000 lieues des clichés et réactions nationalistes dont on nous abreuve à longueur de temps jusqu'à la nausée. De plus l'auteur m'a été fortement recommandée par des collègues qui s'en servent régulièrement pour parler avec les jeunes dont ils ont la charge. Je crois que je peux plus reculer là... Sans doute, une de mes prochaines lectures.

- Les Nuits blanches et Le Sous-sol de Fiodor Dostoïevski. Que de plaisir partagé avec les lectures de cet immortel de la littérature russe, j'ai notamment adoré L'Idiot (un livre culte à mon avis !) et Crime et châtiment (même chose !) qui m'ont laissé un souvenir incroyable entre reflet sans concession de l'âme humaine et écriture incroyable. Ici, il s'agit de deux courts récits réunis en un seul volume avec une histoire d'amour qui finit mal et un maniaco-dépressif en proie à ses démons. Tout un programme !

- Bord de mer de Véronique Olmi. J'avais apprécié de la même auteur Un autre que moi sorti en début d'année. Le hasard me propose de revenir à Véronique Olmi par le biais de cette histoire âprement simple d'une femme qui emmène ses deux petits garçons en vacances pour la première fois et ceci en pleine nuit, sous la pluie et en dehors des périodes scolaires. Les petits sont inquiets, personnellement moi aussi ! Les éditeurs parlent d'un cri dérangeant, terrifiant et déchirant rien que ça ! Je suis bien curieux de lire ce qu'il en retourne !

- Pauline d'Alexandre Dumas. Impossible de dire non à cet ogre de la littérature qui m'a toujours enthousiasmé par son sens du récit et son érudition contagieuse. On flirte ici avec l'aventure, l'amour et le roman noir à l'anglaise avec la jeune Pauline mariée à un homme diabolique. Je sens que ça va valser sous la couette. Chouette !

Acquisitions 4

- Le Caillou rouge et autres contes de Bazzoli et Caza. Pour tout vous avouer, je n'ai même pas regardé l'intérieur avant de l'acheter, je ne savais pas à quoi ça ressemblait et ce que ça racontait. Mais que voulez-vous, on est fan de Caza ou on ne l'est pas. Les oeuvres du maître restent onéreuses avec le temps et quand une occasion comme celle-ci se présente, on ne passe pas son tour. On se précipite et on défend son acquisition corps et âme. Vous vous dîtes que j'exagère ? Vous vous trompez, je suis bien pire que cela ! 

Acquisitions 5

- Nulle et grande gueule de Joyce Carol Oates. Et voila, la seule et unique acquisition de Miss Nelfe qui pour l'occasion s'est laissée tentée par une de ses auteurs fétiches qui à priori est très douée pour explorer la noirceur de l'âme humaine. Ce roman est placé sous le sceau du soupçon et de la rumeur dans une société en butte au conformisme et à l'hypocrisie. Le genre d'histoire qui ravira j'en suis sûr Nelfe.

Bon ben voila, l'étendue des dégâts ! Et encore, sous les injonctions insistantes (et fondées) de ma chère et tendre, j'ai relâché deux / trois ouvrages qui me faisaient de l'oeil. Les PAL ne s'en voient pas trop augmentées malgré une stagnation inquiétante avant la Rentrée Littéraire qui s'annonce pour très bientôt. Aaaaah, la vie est dure parfois...

vendredi 29 janvier 2016

"Un Autre que moi" de Véronique Olmi

9782226323910g

L'histoire : Se retrouver face à un homme de quatre-vingts ans qui prétend être lui-même : c'est l'étrange expérience que fait Fred le soir de ses quarante ans. Peut-on modifier le cours du temps ? Qui y perdrait, et à quel prix ?

La critique de Mr K : Lecture d'un texte théâtral aujourd'hui avec cette pièce, Un Autre que moi, de Véronique Olmi, dramaturge appréciée et jouée dans plusieurs pays. Je ne suis pas forcément un aficionados du genre en mode lecture, préférant voir ces textes joués et interprétés. Force est de constater qu'il n'en a rien été ici avec une lecture rapide, divertissante, émouvante et source de réflexion sur notre vision de la vie et du temps qui passe.

Fred s'est isolé dans une chambre d’hôtel minable en proche banlieue le jour de ses quarante ans. Pourquoi? Parce qu'il a un coup de spleen bien évidemment! La légendaire crise de la quarantaine couve et l'idée de se réunir pour l'occasion en famille et avec les amis ne le motive pas, mais alors pas du tout! Il a donc décidé de rester seul dans sa chambre malgré les récriminations de sa femme Laura et du futur conseil de famille qui en découlerait et qu'il redoute encore plus. C'est dans cet état de confusion qu'il s'interroge sur lui et son avenir, notamment en terme de santé et de pouvoir de séduction…

C'est alors que rentre en scène Frédéric, c'est-à-dire lui même mais à 80 ans. L'étonnement cède vite la place à la méfiance puis la révélation. Tour à tour, Fred soupçonne Frédéric d'être un agent / espion à la solde de sa femme pour le forcer à rentrer à la maison pour fêter le dit anniversaire, un imposteur venu le tourmenter… Mais il doit assez vite se rendre à l’évidence, cet homme en sait beaucoup trop sur lui, s'ensuit une discussion à bâton rompu qui va permettre à chacun de dire ce qu'il pense de lui, évoquer le passé commun mais aussi le futur qu'il reste à vivre pour l'autre. Cela donne lieu à des dialogues enlevés où chacun n'hésite pas à lancer quelques scuds bien sentis à l'autre, je vous livre un court passage fort séduisant en la matière:

FRED: Il y en a qui voient surgir des strip-teaseuses de leur gâteau d'anniversaire… Et moi: un vieux bipolaire incontrôlable. C'est vraiment la fête…

FREDERIC: Tandis que moi, passer mes quatre-vingts ans dans une piaule minable avec un déprimé alcoolique, c'est l'apothéose!

Page 76

Mais derrière ces répliques acides, les révélations surprenantes, on entr'aperçoit un fond beaucoup plus sérieux et existentialiste. Jusqu'à quel point peut-on maîtriser sa vie? Et si l'on fait des erreurs, peut-on se le reprocher? N'y aurait-il pas moyen d'agir autrement? Le destin existe-t-il? Peut-on le modifier? Autant de questions qui se densifient en filigrane du dialogue principal qui éclaire peu à peu les zones d'ombre des personnages concernant leur mariage mais aussi leur passé plus ancien et notamment le rapport intime qu'il entretenait avec leur grand-père. Ce passage est extrêmement touchant et agira comme un révélateur sur Fred.

Plus trivialement, on explore aussi le rapport des hommes à la séduction et aux femmes qui sont omniprésentes dans ce texte malgré l'absence de personnages féminins en chair et en os. L'amour est donc omniprésent avec ses bienfaits mais aussi ses dérives: l'épouse castratrice ou du moins dominatrice qui dirige la vie de Fred seulement parce qu'il le veut bien, l'éveil à l'amour sincère et simple plus tard pour Frédéric… autant de facettes d'une vie disséquée au scalpel par une auteure avare en mots mais qui touche juste à chaque réplique. D'ailleurs le livre en lui-même est plutôt court (137 pages) et il se lit en moins d'une heure avec un plaisir renouvelé à chaque page. L'écriture très contemporaine y est pour beaucoup, familiarités et bons mots s’enchaînent sans discontinuer et accrochent définitivement le lecteur désirant connaître le fin mot de l'histoire. Un petit plaisir qu'il serait donc dommage de bouder.