mercredi 14 août 2019

"Le Bal des débris" de Thierry Jonquet

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L’histoire : Coucou, c'est nous qu'on est les vieux !
On croupit dans la cour de l'hospice, avec nos cannes et nos bérets, et nos copines les vieilles ! Les infirmiers sont adorables : ils nous font des niches ! Et pour Noël, comme on a été sages, on aura droit à un bal masqué !
Tout ça c'est bien joli, mais faudrait quand même voir à quitter cet enfer...

La critique de Mr K : Un petit tour auprès de Thierry Jonquet aujourd’hui avec le très court roman Le Bal des débris sorti en 1998. Il traînait dans ma PAL depuis un bout de temps ce qui en soit est un exploit quand on connaît mon amour immodéré pour cet auteur à la langue virtuose, maligne et aux scénarios sans pitié et engagés. Ergothérapeute un temps en hôpital avant de devenir écrivain à plein temps, Jonquet nous convie à lire un polar servi bien noir qui dépote ! Suivez le guide.

Frédo pousse des chariots dans un hôpital spécialisé dans la gériatrie. Payé au lance-pierre, pas des plus motivés par son activité, il traîne son ennui du haut de ses 24 ans. Il vit avec sa compagne, une pasionaria de la CGT dans un petit appartement sans prétention. Le quotidien morose des tâches rébarbatives va changer du tout au tout avec l’hospitalisation d’Alphonse, un monte-en-l’air reconverti en plombier zingueur. Ensemble, ils décident de monter le coup d’une vie. En effet à l’hôpital une vieille dame internée depuis peu fait appel à des agents de sécurité privés pour garder sa chambre H24. Il n’y a pas de fumée sans feu et très vite les deux compères découvrent que la riche veuve possède une parure de diamants fort alléchante... Bien évidemment, rien ne va se passer comme prévu, ce serait trop facile... Et l’on peut compter sur Jonquet pour nous livrer une histoire bien retorse.

En 126 pages, l’auteur réussit le tour de force de nous tenir en haleine sans discontinuer. Après deux brefs chapitres introductifs qui permettent de se familiariser avec les principaux protagonistes, la machine se met en route et rien ne l’arrête jusqu’au dénouement. On est dans un cas d’école avec la trame classique d’une opération qui permettrait aux complices de changer de vie. Découverte de la cible, la rencontre entre les deux hommes qui se rapprochent, l’élaboration du plan, le déroulé qui déraille et finalement un acte final aussi étonnant que déroutant avec sa fin ironique qui m’a personnellement fait jubiler. On ne s’ennuie pas une seconde et l’on retrouve toute la science de Jonquet pour bien mener sa barque, faire interagir les différentes informations distillées au compte-goutte.

La patte littéraire est une fois de plus cruelle et sans concession. Il faut voir la description qu’il fait de l’assistance publique, des conditions de travail éprouvantes des personnels, le manque de considération de certains personnels envers leurs patients, la course au profit au détriment de la solidarité nationale... Le ton est cinglant et personne n’en sort réellement indemne. Bien engagé à gauche, on sent le vécu derrière la plume avec quelques descriptions fort réalistes du milieu hospitalier et son fonctionnement interne. Et puis, il y a les personnages principaux, êtres en déshérence qui souhaitent changer de vie et remettre les pendules à l’heure. Cela donne des portrait touchants qui donnent à voir des destinées parfois brisées ou en stand by. J’ai bien aimé aussi le portrait des pensionnaires de l’hospice qui oscillent entre folie, sénilité et parfois puérilité, avec des vieux de la vieille prêts à faire des conneries pour égayer leur existence. Loin d‘être irrévérencieux envers nos anciens, ce roman offre un regard distancié et ironique qui m’a parlé entre sourire et larme.

Se lisant d’une traite, Le Bal des débris fascine, hypnotise et relâche sa proie après quelques heures de plaisir intense. Très bien écrit car franc et direct dans son style, ne cherchant pas à épater la galerie mais plutôt à embarquer le lecteur dans une histoire à tiroirs, voila un bon polar qui ravira les fans et permettra à ceux qui ne connaissent pas encore Jonquet d’y faire leurs premiers pas avant d’attaquer le sérieux avec Moloch, Mygale ou encore Les Orpailleurs.

Egalement lus et chroniqués du même auteur au Capharnaüm éclairé :
- Les Orpailleurs
- Le Pauvre nouveau est arrivé !
Moloch
Mémoire en cage
La bête et la belle
La vie de ma mère !
Mygale

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vendredi 8 février 2019

"La Fille du capitaine" d'Alexandre Pouchkine

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L'histoire : Nous sommes en 1773 : en route pour un fortin perdu au milieu de la steppe, où il doit faire ses premières armes d'officier, Piotr Griniov voit surgir de la tempête de neige un vagabond dans lequel il reconnaîtra bientôt l'usurpateur Pougatchov. Les aventures alors s'enchaînent.

La critique de Mr K : Pourtant grand fan de littérature russe, Alexandre Pouchkine m'avait évité jusque là. C'est au hasard d'une déambulation à notre Emmaüs chéri que je tombai sur le présent ouvrage qui me tendait ses petites pages implorantes. Considéré comme un des premiers grands classiques russes, La Fille du capitaine fait la part belle à l'Histoire, l'aventure et le romanesque. Autant de points qui ne pouvaient que me séduire. Je suis ressorti enchanté de cette lecture.

Âgé de 17 ans, Piotr Andréievitch Griniov est envoyé par son père rejoindre l'armée de l'impératrice russe loin de sa ville natale dans les confins de l'empire au sud de l'Oural. Il est accompagné pour cela par son fidèle serviteur et ensemble ils débutent un voyage difficile. Après quelques péripéties et une rencontre impromptue, les voilà arrivés au fort de Biélogorsk dans la province d'Orenbourg, lieu de son affectation. Il y fera la connaissance de Maria, la fameuse fille du capitaine et très vite de doux sentiments naissent entre les deux jeunes âmes. Mais le destin est capricieux et va continuellement leur jouer des tours sous fond de révolte cosaque ne laissant aucun répit au lecteur durant les 129 pages qui composent ce livre.

Ce qui m'a étonné et aussi plu au final dans cet ouvrage, c'est sa simplicité. Gros lecteur de Tolstoï et Dostoïevski, je m'attendais à quelque chose de très dense, à des descriptions dithyrambiques, caractéristiques langagières que j'affectionne tout particulièrement chez les grands auteurs russes. On est aux antipodes de cela ici avec un texte plutôt léger, avec très peu de caractérisation des personnages et une priorité donnée à l'action et aux péripéties. Il y a presque un aspect "conte" dans ce récit mouvementé, qui enchaîne les rebondissements. Pas le temps de s'ennuyer, l'auteur allant à l'essentiel et prenant un malin plaisir à jouer avec ses personnages comme Nana (notre chat) avec les souris du jardin. Il n'y a donc pas de détours ou de digressions, l'histoire se concentrant sur les aventures hautes en couleur, palpitantes et touchantes de Piotr, jeune homme fougueux un peu niais et emprunté qui va au fil du récit découvrir beaucoup sur lui-même.

Un charme désuet se dégage de cette lecture où l'on a l'impression de voyager dans le temps avec des personnages bien marqués par leur époque. On ne plaisante pas avec l'honneur par exemple et chacun semble mû par des convictions fortes quelque soit le côté de la barrière où l'on se trouve. Tout le monde est aussi perfectible et Pouchkine s'amuse à croquer ses errances fugitives qui ne manquent pas de rajouter du piment à l'ensemble. Bien que caricaturaux pour la plupart (le jeune héros a toute les qualités, le serviteur est vraiment d'une dévotion extrême pour un serf), les personnages restent attachants et donnent un grand intérêt à ce récit enlevé. J'ai tout particulièrement apprécié Pougatchov qui pour le coup est plus nuancé car capable à la fois de grande cruauté mais aussi de clémence. Son évolution est intéressante surtout qu'il s'agit d'un personnage qui a vraiment existé.

Se lisant extrêmement bien avec un plaisir renouvelé, j'ai aimé cette première incursion chez Pouchkine qui à travers une histoire classique dresse en filigrane un portrait de la société russe de l'époque et procure une addiction immédiate. Un bel essai pour un premier contact qui appelle d'autres lectures. Qui sait... Peut-être d'autres ouvrages m'attendent au détour d'un futur chinage ?

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jeudi 13 décembre 2018

"La Ligne verte" de Stephen King

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L'histoire : Octobre 1932, pénitencier d'État, Cold Mountain, Louisiane. Le bloc E, celui des condamnés à mort, reçoit un nouveau pensionnaire : John Caffey rejoint ceux qui attendent de franchir la ligne verte pour rencontrer la chaise électrique, Miss Cent Mille Volts. Mais Caffey n'est pas comme les autres. D'accord, on l'a retrouvé auprès des cadavres ensanglantés de deux petites filles, mais il est étrangement absent. Jusqu'au jour où Paul, le gardien-chef, tombe malade et alors une terrible vérité semble s'esquisser. Qui est ce prétendu meurtrier aux pouvoirs étranges ? Qui dresse Mister Jingles, l'étrange souris, bien trop intelligente ? Quand Paul commence à répondre à ces questions, il sent que personne dans le bloc E ne sortira indemne de la rencontre avec John Caffey.

La critique de Mr K : Voici un titre qui m'échappait depuis un certain temps. Je l'avoue, j'ai eu beaucoup plus jeune une grosse période Stephen King, un auteur qui me faisait frissonner comme personne et qui m'avait bluffé à plusieurs reprises avec notamment des titres comme Shining, Simetière ou encore le fabuleux recueil de nouvelles Danse macabre. C'est pendant un chinage que je tombai sur l'édition originale de La Ligne verte (magnifiques couvertures !), un récit écrit à la manière des feuilletonistes d’antan et dont j'ai déjà vu plusieurs fois l'adaptation en film. Il ne m'a pas fallu plus de cinq secondes pour me porter acquéreur des six volumes pour enfin pouvoir me faire ma propre idée sur cette histoire dans sa version littéraire.

Le narrateur Paul écrit depuis sa maison de retraite où il attend sa fin. À travers des feuillets qu'il écrit régulièrement, il revient sur des événements marquants de sa vie lorsqu'il était gardien chef du quartier des condamnés à mort d'une prison d'État de Louisiane dans les années 30 durant la Grande Dépression. Homme de principe, il vit alors pour son travail et sa famille dans une routine qu'il a fait sienne et qui lui convient malgré l'omniprésence de la mort. L'arrivée d'un colosse noir accusé d'un crime atroce va chambouler les existences bien réglées de l'équipe qu'il dirige, révéler la nature de chacun et même explorer les mystères de la foi et du surnaturel.

Il faut bien l'avouer, Stephen King est un redoutable conteur et une fois le premier volume entamé, il ne m'a pas fallu longtemps pour tomber dans le piège, devenir addict et enchaîner les heures de lecture. Style simple et direct, personnages charismatiques (bien que caricaturaux) et récit enlevé sont les principales force de cette histoire toujours aussi séduisante. Certes, il n'y a aucune réelle surprise comme j'avais vu l'adaptation cinématographique auparavant (très fidèle soit dit en passant) mais on se laisse porter par l'ensemble entre plaisir, révolte et grande tristesse. Ah, il s'y connaît le King pour faire monter la sauce, exacerber les tensions et nous faire bondir dans notre fauteuil ! D'ailleurs, je dois bien avouer que certains passages sont vraiment too much, notamment le personnage-repoussoir de Percy qui à mes yeux n'est vraiment pas crédible car véritable incarnation du Diable. Bon, on connaît l'aspect manichéen qui habite les œuvres du maître de l'horreur mais là c'était trop. Ce qui passe en film est souvent moins digeste en littérature...

Heureusement, il y a les autres personnages qui rattrapent l'ensemble avec leurs contradictions et leur simplicité somme toute humaine (notamment l'équipe de surveillance). Gardiens comme prisonniers sont décrits, mis en action avec finesse, tendresse et beaucoup d'efficacité. Peu de temps mort à déplorer, les flash-back, descriptions et autres sources d'information se mêlent à l'histoire qui avance à un rythme soutenu. Pêle-mêle, j'ai adoré le personnage de Paul (notamment ses rapports avec sa femme), mais aussi Dean le jeune père de famille un peu en retrait, Brutal le gros ours au cœur tendre, Mr Jingles la souris apprivoisée par Delacroix un prisonnier attendrissant malgré le crime qu'il a commis. Et puis, évidemment, il y a John Caffey, le mystérieux détenu qui semble posséder des pouvoirs divins, victimes expiatoires de la cruauté des hommes et qui semble accomplir miracles sur miracles. Là encore, on tombe dans la caricature outrancière à grosses ficelles mais sa naïveté naturelle, son absence totale de cupidité et d'ambition ne peut que faire fondre le lecteur et il est bon parfois de revenir aux fondamentaux. On finit la lecture sur les genoux, les yeux baignés de larmes et même si c'est téléphoné, c’est efficace. Une sorte de terrorisme psychologique comme disait Björk à propos de l'histoire de Dancer in the Dark de Von Trier, un de mes films cultes.

Au final, je suis donc partagé entre un plaisir de lire évident pour une histoire qui marque les esprits et un sous-texte tout de même simpliste et réducteur à 10 000 lieues de ce que révèle être la nature humaine, subtile mélange contradictoire qui n’apparaît pas trop ici (les gardiens principaux et les détenus sont vraiment tous très sympas, c’est magique !). Je dirai qu'on a ici face à nous une œuvre purement récréative, un super brûlot anti peine de mort (ça tombe bien, j'ai toujours été contre) mais pour la nuance on repassera. Dommage dommage car c'est justement ce qui nous manque dans le monde d'aujourd'hui : de la pondération ! Je garde tout de même un avis positif sur ce livre car il a le mérite vraiment de faire passer un bon moment, notamment pour les plus jeunes qui y trouveront des trésors d'humanité qu'ils pourront à leur tour cultiver.

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jeudi 9 août 2018

"La Dimension fantastique" volume 3, Anthologie présentée par Barbara Sadoul

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Le contenu : Pauvre diable ! Le voici qui tombe sur un os ! Le simple mortel à qui il est venu proposer son odieux marché n'a pas d'âme... Comment donc pourrait-il s'en emparer ? D'ailleurs, le sac d'âmes qu'il tente d'emporter est si lourd qu'il lui faut trouver l'aide d'un saint homme pour le soulever.
Le diable n'est pas seul à souffrir... Et les dix nouvelles ici réunies proposent bien d'autres sortilèges. Messages d'outre-tombe, statues animées, génies farceurs, masques grimaçants, voyageurs temporels ou manifestations inquiétantes des éléments déchaînés... Bienvenue dans la dimension fantastique !

La critique de Mr K : Je bascule du côté obscure aujourd’hui avec ma chronique sur le troisième volume de l’anthologie de nouvelles fantastiques initiée par Barbara Sadoul chez Librio. Les deux premiers volumes avaient été de franches réussites, j’ai laissé passé un peu de temps avant d’entamer celui-ci. On est dans la même veine et malgré des textes inégaux, on ressort content de sa lecture et les amateurs de fantastique seraient bien inspirés de se pencher sur son cas !

Barbara Sadoul nous propose à nouveau dix nouvelles du genre fantastique avec un balayage assez large en terme de nationalité et d’époque. Ainsi, se côtoient dans ce volume 3 des auteurs très classiques comme Flaubert, Hugo, Dumas et Wilde, mais aussi des plus récents comme Jodorowsky, Bradbury ou encore Brown. Les thématiques sont elles aussi assez variées avec des histoires de monstres, de Diable, d’esprit et de quotidien totalement chaviré par l’irruption d’un événement totalement imprévu. Pas de doute, on est au bon endroit si l’on aime frémir légèrement et/ou être mené par le bout du nez par des auteurs diaboliques.

Je ne reviendrai pas sur chacun des courts textes qui composent ce recueil, je vous laisse découvrir la primeur du contenu. Sachez simplement que le suspens est au rendez-vous, les situations parfois très cocasses ou totalement terrifiantes (le texte de Bradbury est énorme !). Le cahier des charges est respecté à la lettre avec tous les ingrédients qui font la force de ce genre que j’apprécie tant : une normalité exposée de manière claire, un élément déclencheur que l’on ne voit pas forcément venir, des personnages déroutés de leur trajectoire qui commencent à perdre pied et une confluence entre rêve / cauchemar / réalité qui finit par prendre à la gorge les protagonistes et même parfois le lecteur lui-même.

Certes, certains textes sont plus légers, moins percutants mais l’ensemble est cohérent, bien agencé et donne à voir de multiples facettes de ce genre si riche. De manière générale, les textes sont très accessibles (à part un ou deux à l’écriture vieillotte - ce qui ne me dérange pas d’ailleurs -) et font mouche en terme de chute finale. Décidément, cette collection vaut le coup d’œil, avis aux amateurs !

Déjà lus et chroniqués de la même série au Capharnaüm éclairé :
- La Dimension fantastique, volume 1
- La Dimension fantastique, volume 2

mardi 24 juillet 2018

Incartade recyclage !

À l'occasion d'une après-midi soldes pour occuper une journée de mauvais temps (la seule depuis des semaines, yes !), Nelfe et moi nous sommes arrêtés zieuter à la recyclerie de Lorient. L'occasion pour nous de partir en quête de verres à pied que j'ai l'indélicatesse de régulièrement casser et qu'il faut donc renouveler. Nous sommes revenus broucouille à ce niveau là... Par contre, une fois de plus, le rayon livre s'est révélé fourni et quelques titres m'ont fait tellement de charme que je n'ai pas pu résister ! Jugez plutôt...

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- Histoires d'ici et d'ailleurs de Luis Sepulveda. Il m'est tout bonnement impossible de résister à cet auteur et comme ce recueil m'avait échappé jusque là... Sepulveda nous raconte le Chili à travers 25 courts contes, celui de l'après Pinochet que l'auteur redécouvre lors de son retour d'exil. Je m'attends à une belle claque entre humanisme, dénonciation de la dictature et regard naturaliste sur le pays natal.

- Le Riz de Shahnon Ahmad. Dur dur de résister à un ouvrage de chez Babel surtout que celui-ci a très bonne réputation. Chronique familiale sur la paysannerie asiatique, ce roman à valeur presque documentaire selon l'éditeur met le riz au centre de tout et quand les nuages de mauvais augures s'amoncèlent, on fait bloc pour survivre et continuer sa culture. On nous promet un roman haletant et envoûtant, faisant la part belle au cycle de la nature. J'ai bien hâte de m'y mettre !

- L'Heure des fauves d'Andrew Klavan. Voici le plaisir coupable de mon craquage, un roman de la collection Terreur de chez Pocket. L'histoire est bien étrange avec une femme qui disparait du monde au sens littéral, elle existe physiquement mais plus personne ne la connaît. D'ailleurs, il semblerait qu'un double ait pris sa place... Ubiquité ? Assassin ? Victime ? C'est un sacré mystère qui semble entourer l'héroïne. Il me tarde de démêler le vrai du faux.

- Le Soleil de minuit de Pierre Benoît. Récit d'un amour perdu puis retrouvé, je ne connais pas ce court roman d'un auteur que j'ai lu il y a longtemps et que j'ai à chaque fois apprécié (notamment le toujours très bon L'Atlantide). Le héros réussira-t-il dans ce roman à résister à la passion qui l'anime quand il revoit la belle princesse Armide ? Où va-t-il laisser tout tomber (famille, travail) pour succomber à la tentation ? Wait and read.

- La Maison des hommes vivants de Claude Farrère. Auteur méconnu mais talentueux, à cheval sur deux siècles, Claude Farrère a écrit nombre de bons récits fantastiques. Celui-ci est un des plus connus, je n'ai pas raté l'occasion de m'en porter acquéreur. Le  personnage principal navigue entre rêve et réalité, suite à une randonnée en pleine landes où les éléments semblent ligués contre lui, le voila prisonnier d'une étrange demeure où il ne semble plus maître ni de sa vie ni de sa mort ! Bizarre, bizarre... Le résumé vaut la peine de se pencher sur la question, non ?

- Chopin - Valses aux éditions Choudens. Vous n'êtes pas sans savoir que ma très chère Nelfe est pianiste depuis son plus jeune âge, quel ne fut pas son bonheur de tomber sur ces partitions d'un de ses compositeur préférés ! Bon, certains morceaux font doublon avec d'autres partoches déjà en sa possession mais voici une belle édition qui va venir enrichir sa petite collection !

Petit craquage donc mais de belles promesses dans les lectures à venir. J'aime aider au recyclage et cela donne bonne conscience... du moins si on ne regarde pas trop sa PAL qui grandit inexorablement !


mercredi 23 mai 2018

Craquage chez l'abbé (part II)

Mieux vaut tard que jamais, voici enfin le billet sur la deuxième partie du craquage assez conséquent que nous avons commis à notre Emmaüs chéri en février dernier ! Place aujourd'hui à la selection de livres contemporains après les mondes imaginaires entraperçus lors du précédent post.

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(Oooooh... ils sont beaux !)

Comme vous pouvez le constater, on s'est bien lâché ! Entre découvertes aléatoires et livres recherchés, nous nous sommes gâtés avec notamment quelques pièces attendues depuis des années et qui vont rejoindre la PAL pour quelques moments d'éternité tant ils risquent de ne pas y rester très longtemps. Comme la gestion d'une PAL est une chose très compliquée et source de discorde, je ne donnerai ni de titres ni de délai pour éviter de m'enfoncer... Quoi ? Nelfe me dit que je le fais déjà tout seul... Pas faux... Allez, trêve de bavardages et passons aux choses sérieuses. Roulement de tambour, les présentations peuvent commencer !

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(À tout seigneur tout honneur, débutons par les grands formats !)

- La Variante chilienne de Pierre Raufast. Un drôle de roman que celui-ci qui m'a interpellé par sa quatrième de couverture intrigante. Un homme collectionne ses souvenirs dans des bocaux et à chaque fois qu'il en ouvre un, c'est l'occasion pour l'auteur de tisser des histoires qui s'entremêlent et se répondent entre elles. Comme j'aime beaucoup cette maison d'édition (c'est celle de Xavier Mauméjean, un auteur que je ne saurais que trop vous conseiller), je me suis jeté à l'eau. La lecture sera mon seul juge n'ayant pas cherché ici ou là à en savoir plus.

- Les Échoués de Pascal Manoukian. Ouvrage sur le drame des migrants, il se déroule en 1992 bien avant le raz de marée humanitaire qui se joue encore aujourd'hui. À travers quelques personnages déracinés, l'auteur nous invite à partager ces trajectoires brisées qui se lancent à l'assaut de la forteresse Europe avec leur lot de malheurs et de désillusions. Un livre à priori poignant et qui fera sans doute douloureusement écho à notre actualité honteuse où on l'on peut par exemple en France être poursuivi pour délit de solidarité. Un livre qui je l'espère marchera sur les pas du fabuleux Eldorado de Laurent Gaudé.

- L'Esprit de l'ivresse de Loïc Merle. Un livre qui traite d'une révolte imaginaire dans les quartiers difficiles de France, sempiternels oubliés de notre République pas si égalitaire que cela (voir le sort réservé au rapport Borlo par Micron Ier). C'est une thématique - la banlieue, les cités - qui me touche particulièrement pour y avoir enseigné en début de carrière pendant de nombreuses années. Le point de vue ici est différent car tout est raconté à travers les yeux d'une seule personne qui assiste impuissante à l'inéluctable embrasement de son quotidien. L'auteur ayant été journaliste dans une première vie, je suis curieux de voir le résultat. 

- Touriste de Julien Blanc-Gras. Voici un auteur qui m'avait fait forte impression lors de ma lecture de Briser la glace. Belle plume, ton original alliant drôlerie et prise de conscience écologique, je me jetai sans réfléchir sur ce titre qui me tendait ses petites pages. Il s'agit ici d'un roman géographique où le narrateur décide de voyager un peu partout dans le monde et de raconter son parcours de touristes entre découvertes, déconvenues et parfois quelques situations hors du commun. M'est avis que ce titre ne restera pas longtemps dans ma PAL, je prévois de le lire justement quand viendront les prochaines vacances.

- Le Livre de la jongle de Stéphane de Groot. Pour terminer chez les grands, un livre détente où Stéphane De Groot en amoureux de la langue française s'amuse à revisiter dans l'esprit si drôle et absurde qui l'habite des expressions populaires. J'ai déjà feuilleté un peu l'ouvrage, ça annonce du lourd, du très très lourd même. Je suis très parti pris avec lui car je suis fan du bonhomme et j'avais déjà adoré son Voyages en absurdie. Hâte de découvrir cet ouvrage plus ancien mais qui va (j'en suis sûr) tenir toutes ses promesses.

 

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(Petits mais costauds!)

- Le Feu d'Henri Barbusse. Enfin, je l'ai trouvé. Voila un ouvrage que je recherchais depuis très longtemps en chinage et qui m'échappait jusque là. Passionné d'Histoire et aimant les romans-témoignages touchant à la Première Guerre mondiale, ce livre est considéré comme un classique. Prix Goncourt en 1916, suscitant la polémique car décrivant l'horreur à l'état pur alors que le conflit est en cours, échappant à la censure, voici un livre essentiel que je vais enfin découvrir. Là encore, il ne fera pas de vieux os dans ma PAL.

- L'Enfant de la haute mer de Jules Supervielle. Livre-poème composé de textes en prose décalés flirtant avec le conte, j'ai sauté sur l'occasion de lire du Supervielle. Auteur visionnaire à sa manière, il m'a permis d'obtenir mon concours de professeur dans la phase écrite (très beau sujet de français d'analyse de texte) et m'a ensuite ravi lorsque je découvrais d'autres oeuvres de lui au hasard de mes lectures. Ce livre semblait m'être destiné tant il était un peu à part dans son bac, me faisant de l'oeil et attirant sur lui mon regard puis mon coeur. Ce sera sans aucun doute un grand moment que de plonger dans cet univers si magique et onirique à nouveau. 

- Le Lion et La Rose de Java de Joseph Kessel. On ne présente plus ce monstre sacré qu'est Kessel. J'avais lu Le Lion, il y a très très longtemps lorsque j'étais en collège. Je vais le relire avec un plaisir immense et j'imagine que je vais le redécouvrir. L'autre titre m'était parfaitement inconnu mais je me suis dit que c'était l'occasion de lire autre chose du maître et de goûter à une découverte pour le coup total. Wait and read !

- Simples contes des collines de Rudyard Kipling. Encore un écrivain hors norme avec l'auteur du Livre de la jungle qui se livre parfois à l'exercice de la nouvelle comme dans ce recueil qui se propose de dresser un portrait atypique des Indes britanniques où les personnages sont partagés entre leurs aspirations, l'ordre établi et leur destinée. Je m'attends là aussi à du très bon tant Kipling a une plume singulière et envoûtante. 

- La Fille du capitaine de Pouchkine et Premier amour de Tourgueniev. De la littérature russe pour terminer enfin avec deux ouvrages de chez Librio pour deux auteurs classiques réputés que je n'ai pour l'instant jamais pratiqué. La honte va être enfin réparée avec ces histoires d'amour, d'honneur et de doute. Fervent amateur de Dostoievski, Tolstoï mais aussi des nouveaux auteurs russes émergents comme Glukhovsky, Starobinets ou encore Galina et Lipskerov ; j'ai hâte de me replonger dans cette littérature si particulière où l'on cisèle les hommes à la manière de diamants bruts.

 

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(La sélection officielle cannoise nelfesque)

- Amours de Léonor De Récondo. (Hop je prends la main rapidement pour présenter mes 2 ouvrages) Pour celui-ci, je n'ai pas lu la 4ème de couverture. J'ai une confiance aveugle en ma copinaute faurelix qui avait adoré ce roman. Elle m'avait d'ailleurs dit de ne pas lire la 4ème. Je suis sage, j'obéis ! Je sais pour le coup ça ne vous aide pas trop...

- De flammes et d'argile de Mark Spragg. Quoi !? Un Gallmeister tout seul, perdu, au milieu de livres d'occasion !? Je ne peux pas le laisser là ! Oui encore une fois, je vous aide beaucoup... (Et hop, je redonne la main à Mr K. A vous les studios !)

De biens belles acquisitions qui viennent grossir nos PAL respectives de fort belle manière. Depuis février dernier, nous n'avons pas recraqué, il faut garder la tête froide et essayer de vider nos réserves même si la tentation est forte notamment lors de vides greniers très à la mode aux beaux jours. Nous verrons combien de temps nous tiendrons (déjà 3 mois !)... En attendant, nous avons un choix certain pour nos prochaines lectures et des heures incalculables de plaisir en prévision. Chroniques à venir dans les semaines, mois et années à venir !

jeudi 23 novembre 2017

"La Morte amoureuse" de Théophile Gautier

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L’histoire : Peut-on être prêtre et amoureux ? Peut-on aimer la nuit et prêcher le jour ? Questions bien embarrassantes... Surtout quand les réponses s'avèrent positives...

Ajoutez-y une pincée de fantôme. Secouez. Et vous voici dans une mystérieuse histoire d'amour ! Mais rassurez-vous, il ne s'agit que d'un rêve... et d'ailleurs, Clarimonde, la belle courtisane, est morte depuis si longtemps...

Mais au fait, que vient-elle faire dans ce présent ? Pourquoi trouble-t-elle encore les vivants ? Prenez garde, âme pure, de ne pas succomber aux charmes de cette immortelle ! La beauté dissimule parfois de puissants venins...

La critique de Mr K : Lecture d’un classique aujourd’hui avec La Morte Amoureuse de Théophile Gautier relu et dévoré à l’occasion des vacances de la Toussaint. Amoureux du Beau et de l’Histoire, c’est un auteur que j’ai beaucoup pratiqué plus jeune et l’occasion s’est présentée de retomber sur ce volume lors d’un chinage. Que de souvenirs me sont revenus durant ce re-reading savoureux !

Romuald a consacré sa jeune vie à devenir prêtre. Le jour de son ordination, il croise le regard de Clarimonde, une courtisane au charme vénéneux qui va remettre en question sa foi et son engagement. Malgré sa mort subite, elle vient régulièrement le visiter, le tenter et l’entraîner loin du chemin qu’il s’est décidé de suivre. Réalité, fantasme et surnaturels se mêlent alors, jouant avec l’esprit de cet homme partagé entre sa vocation et ses désirs inavoués.

En 45 pages seulement, Théophile Gautier offre un merveilleux récit fantastique à l’ancienne qui s’inscrit dans la droite lignée des classiques écrits par Maupassant, Poe, Lovecraft et consorts. D’une situation quotidienne anodine, on dérive lentement vers l’étrange. Qui est cette Clarimonde que même la mort ne semble pas éteindre la passion et la vie qui l’anime ? Là où le jeune homme baisse les armes pour étreindre la passion la plus destructrice, l’auteur s’interroge. Fantôme, vampire, manifestation du Diable ? Tour à tour différentes hypothèses s’offrent à lui et le perdent au fil du récit qui se plaît à bousculer les lignes et à effacer les frontières du réel. Malgré quelques éléments et personnages attachés au monde sensible, rien ne semble pouvoir empêcher ce rapprochement contre nature.

Romuald n’est qu’un homme avant d’être un prêtre, il lutte finalement peu face à sa nature profonde, son amour pour la belle l’aveugle et l’entraîne dans une course en avant mortifère. Sa volonté annihilée, il cède à ses pulsions et n’est plus à quel Saint (sein -sic- ?) se vouer malgré les rappels successifs de son mentor qui lui enjoint de résister à la tentation. Cette lutte interne est très bien rendue par un auteur possédé par son sujet et qui multiplie les états d’âmes du prêtre en perdition. Très peu de textes peuvent se targuer de décrire aussi bien la fascination pour l’inconnu et la souffrance inhérente à toute passion qui nous consume. Éros et Thanatos se sont donnés rendez-vous dans ce court texte d’une rare efficacité qui laisse le lecteur pantois en toute fin de lecture et même si la fin peut s’avérer heureuse, l’expérience laisse des traces et nourrit la réflexion.

L’écriture est tout bonnement magique, loin des lourdeurs stylistiques qu’on peut parfois lui reprocher (la nouvelle incluse dans ce volume - Une nuit de Cléopâtre - en est un bon exemple, je la trouve prématurément vieillie), l’histoire de Romuald et Clarimonde éclaire par sa concision et sa finesse de structure. Aisée d’accès, très contemporaine par sa manière d’explorer l’esprit humain, cette nouvelle est un modèle du genre fantastique à la fois effrayante et très belle dans sa langue. On passe un délicat et très bon moment de lecture et l’on comprend pourquoi elle est toujours étudiée encore aujourd’hui dès le collège. Un monument à sa manière.

jeudi 5 octobre 2017

"Le Grand dieu Pan" d'Arthur Machen

 

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L’histoire : Belle mais démoniaque ! Entourée d'un halo d'étrangeté et de mystère... Telle est la femme qui hante les rues de Londres, mais aussi l'esprit dérangé de ceux qui l'ont rencontrée, des hommes en général fortunés. Tous ont fini leurs jours dans des circonstances ténébreuses, le visage déformé par l'épouvante et l'effroi.

Par quelle fatalité cette créature superbe sème-t-elle la mort autour d'elle ? Serait-elle maudite ? Aurait-elle pactisé avec une puissance maléfique ?

Il semble bien qu'elle ou sa mère, victime d'une expérience diabolique menée par un savant fou, ait aperçu ce qu'aucun œil humain ne peut contempler... Le dieu de l'abîme, le grand Pan, dont la vue cause une peur "panique" !

La critique de Mr K : Lors d’un craquage à la recyclerie de Lorient, j’avais jeté mon dévolu sur cet ouvrage ainsi que toute une série d’ouvrage Librio. J’aime beaucoup cette maison d’édition qui propose souvent des titres classiques à pas cher. C’est un auteur reconnu que je m’apprêtai à découvrir en ouvrant cet ouvrage, il m’avait jusque là échappé, aucun de ses livres n’ayant croisé ma route lors de nos chinages compulsifs à Nelfe et moi. Le hasard aidant, me voici maintenant en mesure de vous donner mes impressions sur ce britannique maître de l’horreur qui a officié à cheval sur le XIXème et XXème siècle.

Londres à l’époque victorienne est décidément une ville dangereuse, surtout si l’on est un riche bourgeois en goguette. Les morts étranges se succèdent chez les célibataires nantis de la capitale londonienne, les cadavres retrouvés sont marqués de l’effroi le plus profond et à chaque fois des témoignages convergent en notifiant la présence d’une jeune femme séduisante mais aux traits dérangeants. Le narrateur commence alors son enquête auprès de la bonne société, se rendant sur les lieux des drames et en interrogeant toutes les personnes qui pourraient le renseigner sur les victimes et sur cette mystérieuse femme insaisissable. Peu à peu, la lumière se fait sur le problème d’identification de la dite prédatrice mais aussi sur les origines du mal qui pourraient remonter au dieu Pan de l’Antiquité, seigneur de la fête et des abysses...

On est très vite pris par l’histoire qui est construite de manière labyrinthique : on commence par une expérience étrange puis on navigue de témoignage en témoignage sans que l’ensemble paraisse cohérent. Les faits inexpliqués s’accumulent et l’on croise nombre d’âmes égarées. Pourtant, le narrateur poursuit ses investigations avec abnégation même si ceux qui l’ont précédé ont sombré dans la folie ou ont passé l’arme à gauche. C’est l’occasion pour le lecteur de nager en plein XIXème siècle, de frayer avec la bourgeoisie et de côtoyer l’étrange. L’ésotérisme était en vogue à l’époque et ce court récit s’en fait le bel étendard.

Expérience interdite, femme-succube à la beauté fatale, divinité païenne qui rend fou sont les ingrédients surnaturels distillés au fil du récit qui par ses tours et détours se plaît à perdre le lecteur pour mieux le recapter par la suite. On retrouve à ce niveau les techniques classiques du genre qui quand elles sont bien employées frappent juste et fort. Le mélange réalité et surréel fonctionne à plein et il est si plaisant de voir la gente masculine subir les foudres d’une certaine féminité qui finalement prend sa revanche sur les sociétés patriarcales de l’époque. Mon côté sadique a été grandement satisfait dans ce domaine.

Loin de basculer dans l’horreur ou la surenchère, tout se joue sur la montée de l’angoisse, le non-dit et l’imagination du lecteur qui bat la campagne face à tant d’événements bizarres et souvent parcellaires. Nébuleuse mais pas sans fond, cette nouvelle au charme vénéneux et très anglaise dans son traitement hypnotise et captive. La langue est d’une beauté de tous les instants, jamais désuète malgré le temps qui a passé depuis l’écriture. Très facile d’accès, c’est le genre de texte qu’on peut aisément faire lire à un jeune lecteur pour lui faire découvrir le genre fantastique en parallèle d’un bon Maupassant.

Étant un grand fan du genre, Le Grand dieu Pan m’a comblé tant au niveau émotion qu’en terme de qualité littéraire. Se suçotant comme une douce sucrerie, on en redemande et m’est avis que je n’hésiterai pas une seconde si mes pas venaient à croiser à nouveau un ouvrage de cet auteur. Avis aux amateurs !

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mercredi 9 août 2017

Petit tour à la ressourcerie...

Avant notre départ en Périgord, Nelfe et moi sommes allés innocemment à la ressourcerie de Lorient pour voir un peu ce qu'ils proposaient. Plus précisément, nous recherchions quelques verres à vin, vu ma mauvaise habitude de les casser en faisant la vaisselle. Aucun verre nous ne trouvâmes mais par contre, le rayon livre était bien achalandé... Jugez plutôt des nouvelles acquisitions que nous avons ramené à la maison !

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(aie aie aie...)

Vous voyez où on en est arrivé ??? I.R.R.E.CU.P.E.R.A.B.L.E.S ! Enfin surtout moi comme vous allez pouvoir le constater, Nelfe s'étant une fois de plus illustrée par sa capacité de résistance à la tentation. Voici un traditionnel post de craquage comme nous en avons le secret, suivez le guide pour la présentation des petits nouveaux qui viennent rejoindre leurs congénères dans nos PAL respectives. 

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(THE trouvaille !)

- La Ligne verte de Stephen King. Un des derniers "vieux" titres de Stephen King qui m'avait échappé jusqu'ici. Comme beaucoup, j'ai adoré le film mais je souffrais de ne pas avoir lu ce titre paru sous forme de feuilletons et réputé comme très réussi dans l'oeuvre de cet ogre littéraire. Gros coup de chance donc de tomber sur les six volumes réunis au même endroit et dans la toute première édition. Sans doute, une de mes prochaines lectures tant l'attente fut longue !

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(Librio en force, again !)

- La Morte amoureuse de Théophile Gautier. Sans doute, le premier roman mettant en scène un mort-vivant, et féminin de plus ! Rajoutez là-dessus un auteur que j'adore, une bonne pincée de XIXème siècle, un prêtre amoureux, des esprits qui se déchaînent et vous obtenez un court récit que j'ai hâte de parcourir. Là encore, il ne devrait pas trop traîner dans ma PAL !

- Aurélia de Gérard de Nerval. Entre hallucinations et mystères, De Nerval propose ici un voyage subliminal dans son imagination au coeur de son romantisme à fleur de peau et de ses rêves éveillés mêlant femmes disparues, ancêtres regrettés et paysages merveilleux. Je ne sais pas pour vous mais personnellement, je suis plus que tenté !

- Le Prince de Machiavel. Un classique hors norme que je vais relire avec grand plaisir (emprunt au CDI dans mon année de terminale). Précurseur dans la pensée politique, cet ouvrage explique clairement et nettement le principe de realpolitik et le contrôle des masses. Rajoutez un bon ouvrage de Debord (La société du spectacle au hasard...) et vous obtenez la société actuelle. Pas le genre de lecture rassurante en soi mais comme on dit knowledge is power !

- Le Grand dieu Pan de Arthur Machen. Première incursion dans l'univers d'un auteur présenté comme un maître de la terreur et des mondes inconnus. L'action se déroule à Londres où une femme fatale sème la folie et l'effroi sur son sillage. Qui est-elle vraiment ? Que recherche-t-elle ? Navigant constamment entre réalité et déviances diaboliques, on promet au lecteur une lecture tumultueuse. Ça promet !

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(Un pot-pourri, bien sympathique !)

- L'Attente de l'aube de William Boyd. Un acteur se voit proposer de devenir agent secret par une commanditaire dont il tombe amoureux... J'aime beaucoup cet auteur qui à priori multiplie les surprises et les rebondissements dans un roman salué par la critique. Wait and read.

- Toutes les familles sont psychotiques de Douglas Coupland. Un récit dynamitant le roman familial traditionnel et qui met à mal l'American way of life. Connu pour sa subvertion, l'auteur s'amuse à envoyer une tribu de sympathiques cinglés dans une Floride de carte postale. Gare à la casse !

- Les Sirènes de Bagdad de Yasmina Khadra. Un Khadra, ça ne se refuse jamais, j'ai donc adopté celui-ci sans même regarder le résumé en dos d'ouvrage. On retrouve ici les thématiques chéries par cet auteur : le fanatisme, la violence et la confrontation entre tradition et modernité. M'est avis qu'une fois de plus, je ne sortirai pas indemne de cette lecture !

- Balade pour un père oublié de Jean Teulé. Road movie insolite qui voit un jeune père kidnappé son nourrisson à la naissance et partir revoir les différentes femmes qui ont jalonné sa vie ; je m'attends au meilleur d'un auteur que j'affectionne tout particulièrement. Vous lirez un peu plus bas que j'ai doublé la mise à son sujet !

- Les Carnassières de Catherine Fradier. Une ex flic virée pour bavure se retrouve projetée dans une enquête à haut risque dans le milieu russe des Baléares. Au programme : mafia sibérienne, ex du KGB et meurtres en série. C'est très engageant et le style incisif semble se rapprocher d'un Despentes. Tout pour me plaire donc !

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(Pot pourri de brochés pour changer !)

- Retour en absurdie de Stephane de Groodt. Là encore, un pot monstrueux que de tomber sur ce titre. Nelfe m'avait offert le premier tome il y a quelques années et j'avais adoré cette expérience bien branque et délectable à souhait. Je vais pouvoir rééditer cette lecture hautement plaisante avec ce volume deux des chroniques télévisuelles d'un as du calembourg et du jeu de mot.

- Héloïse, ouille ! de Jean Teulé. Teulé deuxième acte avec un volume consacré à Abelard et Héloïse, couple mythique que l'auteur va s'employer à démystifier dans le style si vert qu'on lui connait. Hâte de lire celui-ci aussi !

- La Tâche de Philip Roth. Troisième volume d'une trilogie thématique sur l'identité et l'histoire de l'Amérique d'après guerre (j'ai les deux autres volumes dans ma PAL), il est ici question de mensonge, d'honneur et d'amour. Le genre d'ingrédients qui bien mixés donnent souvent de grandes oeuvres et quand on connait les talents de Roth en matière de narration et de style, ça risque d'être très bon !

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(La sélection de Nelfe... Oui, elle est 10 000 fois plus raisonnable que moi!)

- Ni vu ni connu d'Olivier Adam. J'aime beaucoup Olivier Adam (là, c'est Nelfe qui parle) et je suis curieuse de découvrir celui-ci paru dans une édition jeunesse. Ça va se lire très vite mais je ne doute pas que ça soit encore une fois intense !

- Mississippi de Hillary Jordan. Un Belfond ! Une maison d'édition de qualité ! Limite je peux y aller les yeux fermés. Mississippi des années 40, "dans la lignée d'un Faulkner", nous dit la quatrième de couverture : ça donne envie !

- L.A. Requiem de Robert Crais. Encore un Belfond ! Une enquête, un flic en pleine rédemption mais au passé trouble. Miam miam !

Belle moisson d'ensemble, non ? Certes les livres sont encore plus serrés qu'avant dans nos PAL mais les promesses de lecture sont riches et nos chroniques prochaines et à venir en témoigneront certainement. Qu'il est bon d'être book addict, une passion dévorante mais pas vraiment ruineuse quand comme nous, on aime les livres de seconde main... À quand le prochain craquage ?

dimanche 8 mai 2016

Pour quelques petits craquages de plus...

En mai, fais ce qu'il te plaît dit l'adage bien connu. Je l'ai pris au mot avec ces petites acquisitions pas piquées des vers et accumulées au fil de trouvailles faites au détour d'une promenade ou de chinages désintéressés (si si, je vous l'assure!). Le stock augmentant, il était temps pour moi de vous les présenter pour mieux les intégrer à ma PAL juste après. Au programme: des auteurs chéris qui se présentent de nouveau à moi, des livres à la réputation déjà bien fournie et des coups de poker qui je l'espère s'avéreront payants en terme de plaisir de lecture. Suivez le guide!

Acquisition mai 1
(Ooooooh, qu'ils sont beaux!)

Belle photo de famille, non? Il faut dire qu'on a un magnifique tapis qui va super bien dans la pièce et de surcroît très photogénique! J'imagine que vous avez déjà repéré des auteurs déjà croisés sur le blog et qui font écho à vos propres pulsions de lecteur? Hé hé, cherchez pas, ce sont mes nouveaux adoptés!

Acquisition mai 4
(Si c'est américain, c'est bien! Bruce Campbell alias Ash dans la série des Evil Dead de Sam Raimi)

- Sacrés Américains de Ted Stanger. J'avais été partagé par son précédent ouvrage sur la France et les français, le trouvant parfois pertinent, parfois très caricatural notamment sur les aspects culturels de notre beau pays. Je suis curieux de voir ce qu'il propose avec cet essai drolatique (c'est la marque de fabrique du bonhomme, ancien correspondant US à Paris) sur ses compatriotes. Vous serez les premiers informés dès que je l'aurai lu!

- Marionnettes humaines de Robert Heinlein. Difficile de résister à Heinlein qui fait partie du panthéon des auteurs cultes de la SF. Alors quand en plus l'histoire parle d'invasion extra-terrestres manipulateurs de l'esprit humain sans que personne ne se doute de quoique ce soit (sauf le héros bien sûr!), je ne peux que me précipiter sur ce pauvre livre égaré dont la quatrième de couverture est attractive au possible. Hâte d'y être!

Acquisition mai 3

(22 v'la les flics, les psychopathes et les meurtriers!)

- Le Bal des débris de Thierry Jonquet. Un auteur qui ne m'a jamais déçu et m'a souvent cloué sur place avec des personnages bien tordus et un jugement sans appel sur notre société actuelle en arrière-plan. Je ne connaissais pas ce court roman qui se déroule dans un hôpital qui sera le théâtre d'une course effrénée à la suite de diamants volés. À priori court et efficace selon des critiques de blogs-amis, je me lance bientôt!

- Les Morsures du passé de Lisa Gardner. Aaaah, Lisa Gardner! Quand on me parle d'elle, je m'enflamme de suite! Autant, elle a su me proposer des livres vraiment puissants et réussis, autant elle est tombée parfois dans le pathos et l'artificiel (voir mes chroniques). Ce titre est considéré par beaucoup comme son meilleur, un véritable cauchemar dont on ne sort pas indemne. Comme je ne suis pas rancunier, je me suis laissé tenter. Le verdict (quelqu'il soit) tombera bientôt.

- Touche pas à mes deux seins de Martin Winckler. Bon ben pas d'excuse là... C'est un Poulpe et en grand amateur des aventures de Gabriel Lecouvreur, je ne pouvais résister. Selon le résumé, on plonge pour une fois dans le passé du Poulpe, sur ses années de formation et ses premiers amours. Tout un programme que j'ai vraiment hâte de découvrir!

- Le Nuisible de Serge Brussolo. Encore un auteur que j'adore. Brussolo, en plus d'être prolifique et remarquable d'efficacité dans la gestion du suspens, surprend souvent à la fin de ses romans pour ne pas dire tétanise dans ses romans policier / polar. Il est ici question d'un mystérieux corbeau qui révèle des vérités à un auteur à succès. Ce dernier va alors entrevoir sa part d'ombre et s'en servir pour régler ses comptes. Cela promet beaucoup, une sorte de voyage à la confluence de la folie et des choix que l'on doit parfois faire. M'est avis qu'il sera vite lu celui-là!

Acquisition mai 5
(Un beau mix de tout plein de bonnes choses!)

- Chambre 2 de Julie Bonnie. Un authentique coup de poker que cette acquisition basée uniquement sur une couverture intrigante (voir fascinante) et une quatrième de couverture du même acabit. Une femme travaillant dans une maternité se raconte et témoigne de ce qu'elle vit et voit dans chaque chambre de l'établissement. Perçu comme un vibrant hommage au corps des femmes et un regard impitoyable sur ce qu'on peut lui imposer, je m'attends à un grand choc salutaire. Wait and see!

- À l'est d'Eden de John Steinbeck. Alors on touche à du classique en puissance par un auteur auquel je voue un culte sans borne. Steinbeck c'est l'art d'écrire à l'état pur, des personnages ciselés avec une économie de mots et une poésie peu commune. Je viens d'ailleurs de terminer Tendre jeudi la semaine dernière, la chronique est déjà écrite et sera publiée dans les semaines à venir. Bref, quel bonheur de tomber sur ce titre, célèbre par son adaptation avec l'éternellement jeune James Dean, récit d'une chronique familiale et d'une région où a grandi l'auteur. Cela sent le chef d'oeuvre! D'ailleurs ce roman a permis à Steinbeck de recevoir le prix Nobel de littérature, ce n'est pas rien tout de même! Aaaaarg! 

- La confrérie des chasseurs de livres de Raphaël Jerusalmy. Précédé d'une réputation flatteuse, ce livre semble avoir tout pour me plaire. Avec Villon comme personnage principal (il faut lire le remarquable ouvrage de Teulé sur ce poète-bandit hors du commun!), l'auteur nous invite à une plongée dans la Jérusalem d'en bas, les jeux d'alliances, les complots et contre-complots avec au centre de l'histoire les livres, l'humanisme et la lutte contre les dogmes politiques et religieux liberticides de l'époque. Ça ne donne pas envie?  

- Moon Palace de Paul Auster. On ne peut pas dire non à cet auteur: univers étrange, écriture unique et immersive. On est toujours surpris et une lecture de Paul Auster est toujours une promesse d'exploration de l'âme humaine. C'est donc sans même lire la quatrième de couverture que j'adoptais Moon Palace qui suit le destin d'un américain depuis son enfance, une vie riche où l'on retrouvera sans nul doute les thèmes chers au coeur de l'auteur dont la solitude et la chute. Belle pioche encore!

Acquisition mai 2
(Et pour finir en beauté, des Actes sud à prix modique! Yes yes yes!)

- Le jaune est sa couleur de Brigitte Smadja. Jonas va mourir et sa meilleure amie (la seule a être au courant) va l'accompagner. Évocation du passé, recherche d'un ami perdu et moments de complicité se complètent dans un roman sortant des sentiers battus de la littérature de deuil, proposant à priori des personnages denses et romanesques. Comme j'adore cet éditeur, je fonce les yeux fermés!

- La Souris céleste de Jean Cavé. Seul recueil de nouvelles de mon chinage du jour, le résumé annonce la couleur dès le départ avec des nouvelles complètement branques faisant la part belle à la jalousie, l'adultère, aux êtres en perdition dans le réel ou leurs fantasmes. J'aime être dérouté et les courts récits ont l'avantage d'aller à l'essentiel et de multiplier parfois les émotions. Qui lira, verra comme on dit!

Pas mal ma nouvelle portée, non? Certes cela n'arrange pas le sort de ma PAL mais les promesses sont riches et mon impatience est grande. Si seulement, je pouvais être payé pour lire, j'abandonnerai de suite mon travail (que j'adore pourtant!) pour me plonger avec délice dans ces récits variés et accrocheurs (en plus ma PAL baisserait plus rapidement!). Pour la suite, vous savez ce qu'il vous reste à faire: guetter les chroniques et peut-être vous laisser tenter à votre tour!